‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 79 sur 315 · DOS · texte numérisé non relu

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Après s'être fort étendue sur les grâces extraordinaires que le Seigneur fait a une Ame parvenue à cette union intime, elle retrace l'amoureuse im|jatience qui la porte vers la maison de son éternité. Absente de^

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celui qn*e]le aime et dans leqtitl seul eH« a nifs (out son bonheur, comment pourrakel!e désirer de vivre T Elle se trouve dans uno si grande solitude, que toutes les compagnies du monde ne pourraient la diminuer, pas même tous les sclnts qui sont dans le cief, ïe Saint des saints (louvhn't seul par sa présence remplir ^cs désirs. Tout lui fait db la peine ; tout la tourmente. Elle est comme une personne suspendue en l'air, qui ne peut posei* le pied sur la terre, ni s élever vers le ciel ; elle brûle de soif, et cette soif est d'une telle nature, qu'il n'y a point d'eau ici-bas qui soit capaole de l'éteindre, ni dont elle voulût se servir, quand BiOme il y en aurait. I.a seule eau qu'elle souhaite est celle dont Notre-Seiijneur parla ft la Samaritaine; mais il ne la lui donne pas encore. (6' dem., chap. 11.)

Dans le premier chapitre de la septième demeure, on voit h quel point était ardente Ifl charité que sainte Thérèse avait pour les pei-sonnes qui étaient en état de péché. Elle ne peut assez faire'sentir à ses filles le désir qu'elle a de les accoutumer à prier pour le salut de ces flmes. « Hélas I dit-elle, si nous voyions un chrétien monrirdefaim, non, fautes do vivres, placés en quantité prés de lui, n:ais par l'impossibilité d'y toucher, parce que se.s mains seraient liées derrière le dos, et attachées avec une forte chaînée unnotcau; de plus, si la mort qu'il serait près de subie n'était pas seulement une mort temporelle, mais éternelle ; quelle cruauté ne serait-ce pas àe se contenter (te le regarder, sans lui donner de quoi soutenir sa vie? Eh bien I que savezvous, mes sœurs, si nos prières ne procureront pas le salut d'une flme réduite en un état Incomparablement (ilus déiilorable que celui de ce malheureux exposé au riéril de mourir de faim î. Je vous conjure donc, au nom de Dieu, de n'oublier Jamais dans vos prières les Smes qui sont dans cet état. »

Revenant ensuite au mariage de l'dmc avec Dieu, elle compare l'union qu'ilproduit k celle d'une pluie qui tombe du ciel dans une fontaine ou dans un ruisseau, où elle se mfile tellement, que l'on ne saurait plus la distinguer. Elle la compare aussi a celle d'une rivière qui, une fois confondue avec les eaux de la mer, no peut plus s'y discerner; c'est enfin comme une grande lumière qui, entrant dans une mfime chambre par deux fenêtres, se mêle d'une manière si parfaite, que ce n'en est plus qu'une seule.

Quoique l'état habituel d'une âme que le Seigneur 8 élevée h cette communication intime soit un état de jjûix, il y a pourtant des travnux et des peines à essuyer. Mais tous ces travaux ne troublent plus", cwmme auparavant, le ralme qui règne dans son cœur. L'Ame est alors comme un roi dont les Etats sont agités par des divisions intestines qui lui sont très-pénibles, quoiqu'il n'en soit pas moins paisible nu fond de son palais.

« J'avoue, dit ingénument sainte Thérèse, que toutes ces comparaisons ne me satisfont {loint, et que je suis la première à m'en moquer j mais je n'en sais pas de meilleures. »

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BHe exhorte les personnes à qui Dieu aura fait une si grande ftiveùr, h lui rendre des actions de grâces 5igna)ées. « Considérez, leur dit-elle, cette preuve de son anioor comme un ami considérerait un billet écrit en chifires et plein de tendresse, que son ami lui enverrait pour lui donner une marque extraordinaire de son amitié et pour lui en demander une de la s' pas de lui répondre ave quoique vous soyez alor quelque occupée que v car il arrive souvent q prend ce moment pour n genre de grâce. Bien a s'opposer a ce que vou amour, puisque celte r qu'un acte intérieur d'an sant, comme saint Paul :

lez-vous que je fasse ? si d'autres expressions qu pour lui témoigner voir (7" dem., chap. 3.)

Elle finit ce traité par de nouvelles protestations de son insiifiisance et de sa soumission à l'Eglise catholique. Mais en Pinissani, elle avertit de nouveau ses religieuse» que l'édifice spirituel dont elle vient de Ici» parler, n'a d'autre fondement que l'huiiiilité, et que Dieu n'élèvera guère cet édifice, si l'humilité n'est passim'ère, parce qu'autrement, plus il serait haut, et plus sa chute et sa ruine seraient grandes.

Comme les violents maux de tète que souffrait la sainte dans le temps qu'elle rédigeait cet ouvrage ne lui permcltaici:t pas de relire ce qu'elle avait écrit, on ne doit pas être surpris d'y trouver plusieurs répétitions et une assez grande diffusion. Ce dernier défaut provient aussi do l'extrême facilité d'élocution que sainte Thérèse avait acquise dans l'oraison, et à force de parler et d'écrire sur celte matière. Mais cet ouvrage , quoiqu'un des derniers monuments de sa piété, n'en porte pas moins l'empreinte de son génie. On est éluiiné de la chaleur avec laquelle sont écrits plusieurs chapitres, et on ne conçoit pas comment elle a pu, malgré ses occupations continuelles, écrire en ausssi peu de temps un si long traité.

8* Pemées sur l'amour de Dieu. — On a douné ce titre aux sept premiers chapitres d'une espèce de commentaire que ta sainte avait composé sur le Canlùftic des cantiques. Le reste de cet ouvrage n'existe plus, et le fragment que l'on en a eût été supprimé de môme, si une personne, qui avait eu communication de ce manuscrit, n'eût tiré secrètement copie des sept premiers chapitres, l'n directeur, h qui la sainte s'adressa dans le temps qu'elle venait de finir cette exposition du Cantique des cantiques, crut, sans même la lire, qu'il y aurait du danger h rendre public le travail d'une simnle femme sur une partie aussi délicate de l'Ecriture sainte. Il lui ordonna donc de le brûler, et il fut obéi aussitût.

On voit, parce qui en a été conservé, que

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c'était une suite du traité du Château de l'âme. Il y a méoie encore plus de mysticité. Le style nous a paru se ressentir du grand âge et des infirmités de Vauteur. En général, il est moins intelligible quo celui de ses autres ouvrages.

L'évêque de Tarragone rapporte (1. ni, c. 18, p. 155, 156) que le P. Bannez attesta, dans le compte qu h rçndit des actions de sainte Thérèse, lorsqu'il fut question de dresser le procès-verbal de sa canonisation, qu'ayant voulu mettre un jour à Tépreuve son humilité et son obéissance, il lui ordonna de jeter au feu V Histoire de sa vie. La sainte, qui venait de mettre la dernière main à cet ouvrage, ne balança pas un instant. Elle Teût brûlé sur-le-cnamp , si, par un ordre contraire, le P. Bannez ne Ten eût détournée. Cette promptitude à sacrifier ainsi le fruit d'un long travail dénote certainement une âme humble et docile.

9' Méditations après la communion y ou ))lutôt Exclamations de Vâme à son Dieu. — Cet opuscule fut écrit en 1569. Il est divisé en dix-sept petits chapitres, dans lesquels sainte Thérèse exhale, pour ainsi dire, les soupirs d'un cœur profondément blessé par l'amour divin considéré dans l'Eucharistie, C'est une suite d'expressions embrasées par tous les sentiments aune âme pénitente, qui ne désire plus autre chose que de voir finir son exil. La lecture seule de ces élans d'amour et de confiance a servi plusieurs fois de moyen à la grâce, pour toucher des pécheurs endurcis et leur faire embrasser la vertu.

L'humilité de la sainte s'y produit à chaque page. « Seigneur, s'écrie-t-elle , les témoignages que vous m'avez donnés de votre amour ont toujours surpassé de beaucoun mes désirs et mes demandes. Si j'ai donc à me plaindre, c'est uniquement de la trop grande bonté que vous avez eue de me souiîrir avec tant de patience. Que pourra donc vous demander une créature aussi misérable que je le suis ? Je vous demanderai avec Augustin , ô mon Dieu I que vous me donniez de quoi vous donner, afin que je puisse vous payer quelque petite partie de la

5rande clette dont je vous suis redevable, e vous demanderai de vous souvenir que je suis votre créature, et de me faire la grâ(îe de connaître quel est mon Créateur, afin que je l'aime. » (Éxcl. 5.)

10' Ses Lettres. — Nous regrettons plus que jamais ici de ne pas pouvoir donner |)t«s d'étendue à la notice des ouvrages de sainte Thérèse. Ses Lettres mériteraient surtout un extrait fort ample, parce que rien ne fait mieux connaître l'esprit et le cœur d'une personne, que les effusions familières d'une correspondance suivie.

Celle de la sainte fondatrice est des plus îtitéressantes. On y trouve presque tous les genres du style épistolaire, embellis par les agréments de la gaieté. C'est partout une bijnté de cœur extraordinaire; c est une âme désintéressée, généreuse et forte, qui se dévoile pleinement à ses amis; c'est un carac-

tère charmant, dont la vive sensibilité semble n'avoir jamais été émoussée par l'ingratitude et la perfidie des hommes. Le cœur de Thérèse, infirme, âgée, accablée d'affaires , est toujours un cœur tendre qui n'est jamais plus content que lorsqu'il peut s'épancher dans le sein de l'amilie. Sa piété est douce, insinuante , à la portée de tout le monde. Elle ferait aimer la religion et la vertu aux personnes les plus vicieuses et les plus impies. On ne peut guère se défendre de ses attraits ; et nous ne doutons point que les lettres d'une sainte aussi aimable n'offrent à ceux qui les liront les motifs les plus puissants de se consacrer à la vertu.

Elles furent publiées d'abord en quatre petits volumes par le vénérable dom Jean de Palafox, évêque d'Osma. On les a traduites depuis en français. Peu de traductions ont été faites avec autant de soin et de succès. M. Chappe de Ligny, avocat au parlement, publia le premier volume en 1753. Le second avait déjà paru en 17W, par les soins de dom La Taste, évéque de Bethléem. Ce sont deux petits vol. in-^. Les lettres de sainte Thérèse suivent dans chacun l'ordre chronologique ; mais il eût été à propos de rap- Î)rocner dans le môme yolume celles qui ont a môme date. Le premier en contient 6i, el le second 108.

On doit la traduction du dernier à une des plus saintes Carmélites qu'il y ail eu en France , la mère Thérèse de Saint-Josepl.. Elle avait eu pour père M. de Maupeou, doiii la famille a été illustrée par les premières places de la magistrature; c'était une fille remplie d'esprit et de vertu; elle réunissait, à beaucoup d'autres avantages, celui d'avoir appris l'espaçnol eu Espagne même, à la cour de Madrid, pendant deux ans et demi de séjour qu'elle y fit avec son père. On assure qu'elle entendait parfaitement le castillan, qui est l'espagnol le plus épuré, et dont sainte Thérèse s est servie d une manière singulièrement correcte.

A son retour d'Espagne, elle se fit carmélite à Saint-Denis. Elle y mourut en 1727, à l'âge de soixantendix ans, après en avoir passé quarante-trois dans le cloître. L'avertissement qu'elle a mis à la tête de sa traduction est (\qs plus modestes. hsL préface est de Mgr l'évéque de Belliléem; elle nous a paru instructive et bien faite. 11 y a beaucoup d'anecdotes curieuses dans les remar- 3ues que M. de Maupeou a mises à la suite e la plupart des leUres. Le travail de M. de Ligny ne mérite pas moins d'éloges, par la critique historique et. chronologique qu'il a faite de plusieurs endroits de ces lettres.

Elles ne commencent qu'en 1560; elles vont jusqu'en 1582. C'est un recueil bien précieux pour toutes les personnes qui s'intéressent à la gloire d'uneaussi grande sainte Les plus remarquables sont celles au'elle écrivit à son frère, dom Laurent de Cepède, au P. Jérôme Gratien, et à la prieure de Séville. Nous voudrions pouvoir en citer plusieurs en entier; mais l'édition dont nous parlons est assez réi>andue pour qu'on puisse

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y avoir renours. Ainsi nous nous bornons à ajouter que parmi les cent soixante-douze lettres qu'elle renferme, il n'y en a guère qui ne soient remplies de sages maximes de conduite, ou qui ne soient agréables par Tenjouement et la facilité du style.

i V Glose y ou Cantique après la communion, — Sainte Thérèse n'avait jamais appris à faire des vers; mais l'amour divin enflamma plusieurs fois son génie, au point qu'elle en faisait alors avec racilité. Le fameux cantique, i*.onnu sous le nom de Glose de sainte Thérèse, est une production mémorable de ce divin enthousiasme.

Nous ne voulons cependant point terminer ce long article, sans chercher à disculper sainte Thérèse des abus que l'on pourrait faire de ses doctrines, en les exagérant au profit des idées quiétistes. « Ce serait, en effet, fausser, dit un auteur, la doctrine de sainte Thérèse, que de prétendre s'élever à toutes les manières d'oraison qu'elle a pratiquées par une grâce et une opération toutes singulières d'esprit de Dieu , et de vouloir passer partons les dexrés d'oraison, de ravissement, d'union et de quiétude, dont elle parle si saintement et si doctement dans ce livre.

« Mais ce serait encore une grande ignorance , que de confondre ce que cette sainte y enseigne de l'oraison de quiétude, avec la doctrine extravagante et erronée que le Saint- Siège a condamnée dans Molinos, le malheureux chefdes quiétistes, et qui est un poison d'autant i)lus dangereux, qu'il est couvert du voile d'une fausse spiritualité, qu'on ne peut regarder que comme une source de toutes sortes d'illusions, et d'une corruption honteuse et déplorable. Il est donc nécessaire d'avertir ici les âmes simples ou peu instruites de prendre garde à ne pas tomber dans l'une de ces deux erreurs opposées, qui sont, ou de se croire par une fausse humilité trop grands pécheurs ou trop dépourvus d'intelligence pour pouvoir aspirer à la gr&ce de faire oraison, ou de se flatter, par une présomption encore plus dangereuse qu'il leur est facile, et à toutes sortes de personnes , de s'élever par elles-mêmes à ce degré sublime d'oraison que l'on appelle contemplation : d'où il est aisé de tomber dans toutes les autres illusions sur cette matière.

« Il n'y a personne qui ne se doive croire appelé à la prière, et qui ne puisse aspirer en quelque façon à la grâce deVoraison mentale, qui, des quatre manières dont parle notre bienheureuse maîtresse, est la seule qu'elle recommande indifféremment à tous ceux qui veulent travailler à leur salut. Plus on est misérable, plus on a besoin de penser à sa misère, d'en çémir devant Dieu, d'en flésirer, d'en chercher et d'en demander les remèdes au souverain médecin des âmes : et il n'en faut pas davantage pour faire une bonne oraison mentale, à laquelle Notre- Seigneur nous appelle tous, quand il nous dit à tous : Considérez, veillez et priez. [Marc. xui, 33.\ El elle s'appelle mentale, parce

que l'esprit y a plus de (îart qu'aux autres manières d'oraison, et qu il y travaille à recueillir au dedans de lui-même ses pensées, accoutumées à suivre l'éearement des sens, pour se mettre en la présence de Dieu, et comme sous les yeux de Jésus-Christ ; et là s'appliquer à considérer ce qu'on a reçu de Dieu, l'usage qu'on a fait de ses dons, et la vie que Ton a menée ; à méditer la vie et les mystères de Jésus-Christ ; à étudier la loi de son Evangile; à mesurer sur cette règle divine et inflexible nos mœurs et nos inclinations, le corps de nos actions ordinaires et le fond de notre cœur, pour avoir lieu de ren* dre à Dieu nos devoirs, de lui demander sa grâce et son amour, et de régler notre vie sur sa volonté.

« Autant la sainte nous exhorte à ne quitter jamais par nous-mêmes cette manière d'oraison, sous quelque prétexte que ce soit, autant s'efforce-t-elle de nous persuader que c'est une des plus dangereuses illusions où l'on puisse tomber, que de se vouloir élevei soi-même à un degré plus haut, et passer de son mouvement à une manière plus sublime d'oraison, a Si pour passer outre, dit-elle, « et chercher ces goûts et ces consola- « tiens que Dieu donne à qui il lui plaît, « on fait des efforts d'esprit, on perdra « ce qu'on avait déjà, sans acquérir ce qu'on « prétend ; car ces goûts et ces consolations « étant surnaturels, la recherche qu'on en « fait par des voies humaines est inutile, et, « l'entendement cessant d'agr, l'âme de- « meure dénuée de tout, et dans une extrême « sécheresse. Nous ne devons donc point, « ajoute-t-elle, nous efforcer de suspendre « notre entendement, ni cesser de le faire « agir, parce que nous demeurerions comme « hébétés, sans pouvoir arriver à ce que nobs « prétendrions obtenir par ce moyen. Et « c'est une rêverie de s'imaginer qu'il dé: « pend de nous de faire agir ou cesser d'agir, <t comme il nous plaît, les puissances de « notre âme. C'est une peine très-mal em- « ployée, qui laisse l'âme dans le dégoût, « parce qu'elle se trouve comme un homme « qui, s'étant déjà élancé pour sauter, et a étant retenu car quelqu'un, trouve qu'il a « fait un effort inutile. •» Et cette prétention ambitieuse peut même, comme elle dit plus haut, causer la perte d'une âme qui s'y laisse aller.

« Qu'aurait donc dit cette grande sainte, si elle avait vu, comme nous le voyons aujourd'hui, des gens qui font un art tout humain de la contemplation la plus divine, qui s'en établissent eux-mêmes les maîtres, qui y poussent indifféremment toutes sortes de personnes, qui prétendent les y élever par des méthodes qui sont de pures inventions de leur esprit, et qui, par l'espérance vaine et illusoire d'une prétendue oraison de quiétude, les retirent de la pratique solide et de la voie sûre et évangelique de l'oraison commune, de la méditation de l'Evangile, de la considération de leurs propres misères, et des besoins les plus pressants de leur âme, et, ce qu'on ne peut dire sans horreur.

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leur ôtdiit la vue de Jésus-Christ, et les détut'rnent ilc l'o|)|)licotion salmairo aux mystères qu'il a accomplis pour nous dans sa chair ?

ï Celle folle et pernicieuse spiritualité n'a pas été inconnue ii sainte Thérèse, et il y avait, de son temiis, de faux contemplatifs, qui, sous préteilc de norter les Urnes à une grande perfection, voulaient qu'elles ne conlemplasjrnt que la seule divinité, sans s'arrfiler à rien de corporel, non pas m^me à l'humanité du Sauveur; parée, disaieni-ils, que l'humanité do Jésus-Christ embarrasse ceux qui sont déjà si avancés dans l'oraison, et les empêche d arriver à une contemplation plus partaite. Les erreurs et illusions d'esprit, et les désordres charnels oii ces maiint conduit les auteurs et sectateurs de cette fausse ime on vient de le découe et par les soins du SaintsufTisenl pour nous périt de l'espril de ténèbres, îi souvent en ange de luit à contrefaire les œuvres de Dieu et les opérations de son Esprit, pour perdre les âmes par des moyens semblables a ceux que Dieu a institués pour leur sancti(ir3'.ion, et rendre, autant qu'il peut, ceuxci inutiles; car, i»ar cette collusion, il fait souvent prendre le change aux âmes qui ne sont pas sur leurs gardes; il décrie l'oraison véritable, et la rend sus|'.ecle par les abus qu'il y introduit par l'entremise do ses maîtres orgueilleux et corrompus, qui, après s'ûlre laissé séiluiro les premiers a ses artifices, font tomber humblement aux pieds de Jésus-Christ, par une sincère humilité, unique fondement de Is bonne oraison, veulent prendre lessor, pour s'élever par ellesmêmes vers le ciel, sans considérer, pour roc servir de la comparaison de notre sainte, que c'est comme si uncrauaud, enfoncé dans ]a fange, et tout chargé de boue, enlrepreuait de voler et de s'élancer au plus haut de l'air.

« Celles qui pourraient tomber entre les mainsdcsemblaoles directeurs, doivent donc bien peser les avis si sages qu'elles trouveront dans celte vie contre rillusion, et prendre garde surtout que l'oraison de quiétude dont elle parle, est bien différente do celle de nos quiétistes.

•c Car, 1° ceux-ci en font une science acquise et un ouvrage de l'espril humain ; au heu que la sainte soutient que c'est un pur don de Dieu qu'on ne peut recevoir que de sa libéralité, que nulles prières, nuls travaux, nulles pénitences ne nous peuvent faire acquérir, et que Dieu ne donne que par le seul motif de sa bonté. 2° Ces gens-là y portent indifTéremmeut toute sorte de personnes ; notre sainte nous fait connaître que celle dentelle parlcn'estque pour un petit nombre d'âmes choisies que Dieu y appelle, après les y avoir disposées par un grand dégagement du monde, et par la morliiication de lours sens et de leurs puissances : encore veut-elle que quand Jésus-Clirist même

Icsy veutéicver, s'en reconnaissant indignes, elles lui disent, avec saint Pierre : Retirtxvout de moi, Seigneur, je ne suis qu'un mtsérablr pécheur. Car l'édiBce de l'oraison étant fondé sur l'humilité, plus l'ûme s'abaisse, plus Dieu l'élève. 3* Ces contemplatifs font de leur oraison de quiétude un élat oîi l'on se doit interdire tout usage de l'entendement, et suspendre l'ai-tion de toute.s les puissances de l'âme; notre sainte est bien éloignée d'une telle vision. Caria différence quelle met entre l'oraison mentale et l'oraison de quiétude consiste en ce que la

firemière comprend tout ce qui nous porte à 1 dévotion par le moyen de l'entendement : considérations, raisonnements, réflexions étudiées, recherche des vérités, examens dcsj^aroles et du sens de l'Ecriture, etc ; au hou que l'oraison de quiétude supposant, ou la seule lumière de la foi , ou des vues fort simples des choses de Dieu, de ses perfections, de sesmystères, doses vérités, consiste principalement dans l'usage humble et taisible que l'amour en fait faire h la volonté, a première court, pour ainsi dire , après son objet; la seconde l'a trouvé, le possède, s'y attache et sV repose doucement, lorsque la volonté, attirée par Tespril de Dieu, s'applique à l'adurer dans quelqu'une de ses perfections, de ses opétations, de ses œuvres, de ses vérités, et è s'humilier et à s'anéantir en sa présence, à se pénétrer de reconnaissance pour ses bienfaits, d'amour pour lui et pour Jésus-Christ, cldudésird'éfreà lui plus parfaitement, de se réunir à luï.de se perdre et de se consommer en lui. Notre sainte n'exclut pas même de son oraison de quiétude l'application de l'flme à ses propres besoins, ou à ceux du prochain. On y peut prier pour relise, pour les Ames du purgatoire, |)our les personnes qui se sont recommandées à nos prières. On peut s'y servir des paroles de l'Ecriture, y employer quelques prières vocales courtes et pénétrantes, et propres à exprimer les désirs et les dispositions de noire cœur ; mais elle veut que tout cela se fasse sans y employer ni de longues considérations, ni de grands raisonnements , ni beaucoup do paroles. C'est une oraison toute d'attachement et d'amour; c'est l'afl'aîre du cœur plus que de l'esprit ; c'est un sentiment vif de la présence de Dieu, et une joie inconcevable de se trouver avec lui et de se voir si admirablement prévenu de sa ^âce et de sa miséricorde, et un désir pressant d'y correspondre avec une parfaite fidélité.

a Quandon est, dit-elle,aiDsienreuosen la * présence de la sagesse éternelle, le moin- « are acte d'humilité vaut mieux que toute 0 la science du monde. Ce n'est pas alors le

■ temps de raisonner, mais de reconnaître

■ sincèrement ce que nous sommes, et do « nous présenter en cet état devant Dieu. " qui, s'abaissant jusqu'à vouloir bien nous

■ souffrir en sa présenne, veut que nous enu trions de bonne foi dans la vue de notre " néant; à peu près comme ce pauvre pua blicain de l'Evangile, qui, abaissé de «XBur « dcrant Dieu, n'osait ni s'approcher du lieu

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« saint, ni lever les yeux au ciel. » Cette manière de tra.ter avec Dieu lui est inOnimem plus agréable que toute la rhétorique (loat se sert rentendemont. Ecouter alors tout ce que noire esprit nous voudrait dire par ses raisonnements, c'est comme jeter çans discrétion sur une étincelle de grosses bûches qui Téteigncnt. « De petites pailles, « lit notre théologienne , et moins encore a que des pailles, s'il se pouvait, que Ton jet- « lera avec humilité dans ce feu de lamour « de Dieu, rallumeront beaucoup mieux « que si l'on y mettait quantité de bois par « de grands raisonoemerits. » Ce qu'elle appelle encore faire un grand bruit dans notre âme, troubler son repos, et la tirer de cette quiétude avec laquelle elle se porte et s'unit à Dieu, k"* Ces séducteurs font accroire à leurs disciples que tous les objets corporels sont un obstacle à l'oraison de quiétude, jusqu'à leur vouloir ôter de devant les yeux 1 humanité sacrée de Noire-Seigneur. Il e^t vrai que notre sainte se laissa entraîner dans cette erreur par la lecture de quelques auteurs de réputation qui l'enseignaient : ce qui fait voir quel mal c'est de ne pas purger 1 Eglise de ces sortes de livres, qui ne sont bons qu'à séduire les âmes par cette vaine et orgueilleuse spiritualité, et à les détourner ae la piété véritable par le faux brillant d'une piété sublime et d'une oraison extraordinaire. Sainte Thérèse ne demeura pas longtemps dans cette pratique , et elle s'étonne qu'il lui soit entré dans l'esprit, seulement une heure, que Jésus-Christ lui aurait été un obstacle à son avancement dans la piété» et comme elle a pu s'éloigner de lui sous prétexte de le mieux servir, et dans la créance de prendre un meilleur chemin. « O cf Dieu de mon cœur, dit ce cœur tout ardent <c de l'amour de son Sauveur, Jésus-Christ « crucifié, qui ôtcs mon souverain bien, je « ne me souviens jamais sansdouleurdecette « folle imagination que j'avais alors , parce « que je ne puis la considérer que comme « une grande trahison que je vous faisais, a quoique ce ne fût que par ignorance. »

« Elle ne peut se lasser de témoignerson indignation contre cette pernicieusedoctrine, qu'elle traite d'ignorance, de folie, d'aveuglementy d'erreur, de tromperie et d'illusion insupf^ortable et incompréhensible : encore se retient-elle, par humilité et par la considération de son sexe et de quelques-uns de ces auteurs qui passaient pour savants et spirituels. Elle leur oppose l'exemple de la sainte Vierge, de l'apôtre saint Paul, de saint Bernard, de saint François, de saint Antoine de Padoue et de sainte Catherine de Sienne, les plus grands contemplatifs qui aient jamais été, et en môme temps les plus attachés aux mystères de Jésus-Christ, et, pour ainsi dire, les plus passionnés amateurs de son humanité sainte, qu'on ne doit jamais considérer que comme unie au Verbe «iiviu, qu'ils n'avaient garde de mettre, comme font ces nouveaux quiétistes, au rang de nos misérables corps et des autres choses créées.

« En effet, n'est-ce pas marcher en Tair que de marcher sans Jesus-Chri^t? N'est-ce pas bâtir sans fondement que de n'élever pas sur lui rédiûce de la piété? N'est-ce pas par ce divin Sauveur que nous devons pratiquer toutes les vertus ? N'est-ce pas lui qui nous en montre l'exemple, qui en est le parfait modèle, qui nous en donne les forces? Non, sans lui nous ne pouvons avoir accès à Dieu son père, paive que c'e.-t en lui seul qu'il a mis sa complaisance, en lui seul que nous nous devons présenter à Dieu pour faire oraison : et l'Eglise, qui finit toutes ses prières par Jésus-Christ, nous apprend par là que nulle ne peut être reçue de Dieu, ni exaucée que par les mérites et par l'entremise de Jésus-Christ son fils.

« Que sa sacrée humanité ne soit donc iamais mise au nombre des choses sensibles dont nous devons nous sé[)arer pour nous élever à Dieu, ce oui pourrait môme conduire les âmes à quitter la dévotion envers la sainte Eucharistie , et à se séparer de l'usage du sacrement adorable du corps et du sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ : car n'est-ce pas pour nous élever à Dieu que son Fils est descendu du ôiel, et s'est mis au rang des choses sensibles en s'unissant personnellement à notre chair, afin d'être par elle notre voie et notre lumière, notre nourriture et notre vie, comme il le dit lui-môme; ou comme parle l'Apôtre, pour devenir notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption.

« Estimons-nous heureux, au contraire, de l'avoir toujours devant les yeux de notre foi, de vivre continuellement en sa présence d'avoir à nos côtés un tel ami qui ne nous abandonne jamais dans les travaux et dans les souffrances, comme font les amis du monde, et d'avoir à combattre contre le monde et le péché dans la prière, sous un chef qui est notre unique soutien et toute notre force. Enfin ces docteurs se mettent en possession de régler l'avancement des âmes, et de les tirer, comme il leur plaît et quand il leur plaît, de la vie purgative, selon leur langage, pour les établir dans l'illuminative et dans l'unitive. Et c'est ce que notre sainte avoue franchement qu'elle ne comprend pas, et ce qui en effet est une doctrine bien dangereuse en elle-même , quelque bon sens qu'on lui puisse donner. Car y a-t-il un temps en cette vie où une âme, quelque parfaite qu'elle soit, n'ait pas besoin de travailler à se purifier ? Ne reste-t-il pas toujours dans les plus éclairées des ténèbres à dissiper par la lumière de l'a charité? Et n'est-ce pas tromper misérablement des âmes simples, que de leur faire croire qu'elles ne doivent plus pensera la vie purgative, et de leur ôter, commeonfait dans cette nouvelle école, à la vue de leurs péchés et de leurs imperfèc-* lions, lorsqu'elles ont peut-être plus de besoin de travailler à la mortification de leurs sens et de leur volonté, et à se purifier d'un grand nombre de défauts, et peut-être avant qu elles aient commencé à expier une vie toute mondaine par di) dignes œuvres de pénitence. »

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niO LASSE, dit V Humble moine, qui vivait vers Tan 640, a laissé sur la vraie (!harité et su.' la vraie continence deux petits écrits qui peuvent être consultés.

THOMAS DE JESUS, ou Didace-Sanche d'Avila, né dans TAndalousie vers 1568, embrassa Tordre des Carmes déchaussés, à Valladolid, devint prieur, provincial de Castille, et définiteur général de la congrégation d'Espagne. 11 mourut en réputation de sainteté a Kome le 26 mars 1626. Nous avons de lui : V SUmulus missionum ; — 2r Thésaurus sapientiœ divinœ, etc., — S^'Exfositio in omnés fere régulas ordinum reïi^iosorum^ Anvers, 1617, in-fol.; — i* Plusieurs ouvrages ascétiques, tant en latin qu'en espagnol. On a recueilli une partie de ses œuvres sous le titre de Opéra omnia homini religioso et upostolico utiUssimay Cologne, 1684', 3 vol. in-fol.

THOMAS DE JESUS. — Voyez Aîidrada (Thomas).

THOMAS A'KEMPIS, né au village de ce nom, dans le diocèse de Cologne, en 1380, entra, en 1399, dans le monastère des Chanoines réguliers du Mont-Sainte-Agnès, où son frère était prieur. Ses actions et ses paroles {)ortaient à la vertu; son occupation principale était de copier et de composer des ouvrages de piété. Ceux que nous avons de lui respirent une onction qu'il est plus facile de sentir que d'exprimer. Ce sont : V Solilo^uium animœ ; — 2" Tallis liliorum ; -— 3* De tribus tabernaculis ; — 4" Gemitus et suspiria animœ pœnitentis; — 5' Cohortatio ad spiritualem profectum. On lui attribue aussi

1 excellent livre De Imitatione Christi. Thomas A'Kempis mourut saintement en li71.

THOMAS DE Valence. Dominicain espagnol, dont on a un livre en sa langue, intitulé : Consolation dans l'adversité, vivait au xvr siècle.

THORENTIER (Jacques), docteur de Sorbonne, prêtre de l'Oratoire, mort en 1713, se livra avec beaucoup de succès à la chaire et à îa direction des consciences. 11 travailla avec ardeur, mais en vain, à ramener le P. Quesnel à la soumission due aux décisions de TEglise. Outre ses sermons, on a de lui : !• Les consolations contre les frayeurs de la mort, in-12 ; — 2" Une dissertation sur la pauvreté religieuse, 1726, in-8".

TIBERGE (Louis), directeur du séminaire des Missions-Etrangères, à Paris, mourut dans cette ville en 1730. Ses ouvrages ascétiques sont : !• Une Retraite spirituelle,

2 vol. in-12; — 2** Une Retraite pour les ecclésiastiques, 2 vol. in-12; — 3** Retraite et méditations à l'usage des religieuses et des personnes qui vivent en communauté, in-12. Ces ouvrages sont écrits avec une noble simplicité et une grande onction.

TIÉDEUR (Voie purgative). — Outre le péché mortel et le péché véniel, il faut fuir avec le plus grand soin la tiédeur et Yindiffértnce, par laquelle ceux qui ont commencé a marcher avec empressement dans la voie

de la perfection sont bientôt saisis de dégoût et de tristesse et plongés dans uu abattement et un engourdissement qui les empêche de songer, comme autrefois, à se perfectionner davantage. Contents de leur médiocrité, ils regardent comme suffisant de ne pas tomber dans de graves péchés et s'inquiètent peu, du reste , des fautes vénielles et des imperfections : on les appelle donc imparfaits et tièdes ; car la chanté qui les animait auparavant, se refroidit en eux, si elle ne s'éteint pas complètement.

Saint Bernard (serm. 3 De Ascens.) et Cassien (1. X Collât., c. 2, 3, 6), ont indiauétous les signes de la tiédeur pour les religieux. Quant à ce qui regarde tous les Chrétiens, on peut assigner les suivants, avec Louis du Pont (i p. Med.) : 1" une grande facilité à omettre les exercices de piété, l'oraison, la lecture spirituelle, la communion, sous les moindres prétextes, de manière que le service divin n'occupe que le dernier rang, et qu'on ne s'en acquitte que quand cela plaît ou qu'on n'a rien de mieux à faire ; 2" la négligence à remplir les œuvres de piété, c'est-àdire, le manque de respect, la distraction et le peu de dévotion dans la prière, aucun fruit dans la méditation ; l'absence presque complète de préparation, de douleur, de ferme propos, d'amélioration dans la confession; une préparation insuffisante, aucune foi vive, aucune ferveur, aucun désir ardent dans la communion ; 3*" la dissipation continuelle de l'esprit sur des objets vains, frivoles, pernicieux ou funestes, sans aucmi soin d'abnégation personnelle et de recueillement intérieur , avec une ignorance affectée de ce qu'on ne peut ignorer et un endurcissement aux remords de la conscience ; 4* l'habitude d'açir sans réflexion, sans bonne intention, mais presque toujours selon ses

f;oûts et d'après ses passions, la sensualité, 'amour-propre, le respect humain ou quelque autre lin privée ; 6" l'insouciance a acquérir des verlus , à mortifier les passions et à exercer les bonnes œuvres convenables à son état ; 6** le mépris des petites choses dans ce qui regarde l'âme

Pour fuir la tiédeur avec empressement, il nous faut donner aux motifs suivants une sérieuse attention : Thomme tiède se trouve déjà en état de péché mortel, ou en est plus ou moins proche ; et sa tiédeur le met en grand danger de tomber dans ce péché et môme dans l'impénitence finale et la damnation.

!• On le prouve par la grave oblieation où se trouve tout Chrétien de tendre à la perfection: or, le tiède manque à cette obligation, ou n'est pas loin d'y manquer, s'il ne s'empresse de se corriger de sa tiédeur.

2* Pour agir moralement avec droiture et sans faute, on requiert une certaine certitude morale ou au moins pratique, de Tétat de grâce, certitude fondée sur une forte présomption, qui n'est, même chez les plus fervents, qu'à l'état de conjecture. Ne soyez pas sans crainte sur le péché pardonné. (Eccli. V, 5.) — Opérez votre salut avec cr/iinte et

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tremblement. {Philip, u.) Mais le tiède peut d'xiutant moins avoir cette certitude, qu'il présente plutôt les marques d*un grave relâchement et d'une erreur ou d'une ignorance coupable, que de l'accomplissement de toute la loi chrétienne. H y a donc chez lui plutôt présomption de Fétàt de péché que de Tétat de grAee,

3* L'insouciance est par elle-même un péché grave et capital, quand elle est une tristesse du bien divin qu'il faut nécessairement accomplir sous peine de péché mortel par Texercice des œuvres de piété. C'est l'opinion commune de tous les théologiens et en particulier celle de saint Thomas (2-2, g. 35, a. 3); or, la tiédeur, comme fille ae l'insouciance, est très- proche de cette tristesse et de cet éloignement de Dieu, si elle n'est pas déjà cet éloignement même, par suite d un péché considérable. 11 ne sert de rien àl'homme tiède de ne pas vouloir s'éloigner complètement de Dieu ; car il suffit qu'on dise de lui : Le paresseux veut et ne veut pas, [Prov. XIII, 4>.)

4* La tiédeur naît de l'orgueil, et en favorise le développement et cela à un degré qui lui donne bientôt de la gravité. Car le tiè;jc, croyant avoir fait des progrès dans la voie de ia perfection, se les attribue à lui-môme et à ses mérites ; et en ])unition de cette vaine complaisance^, il est privé du goût des choses spirituelles et se tourne \eTS la vaine contemplation de son orgueil. Tant que sa tiédeur ne Ta pas encore précipité dans des crimes manifestes, tant qu'il continue à faire extérieurement quelques bonnes œuvres et à fréquenter les sacrements , il se complaît dans la perfection qu'il a acquise et môme augmentée, comme il se l'imagine faussement ; il méprise les autres, en les comparant à lui-même ; il les regarde comme ayant moins travaillé que lui, ou il remarque en eux des défauts qu'il ne voit j>as en lui-même. Cet orgueil et celte tiédeur sont souvent punis par une chute notoire, qui n'ei^t. toutefois pas la première aux yeux de Dieu ; car elle a été précéJée d'un grand nombre d autres^ chutes graves, mais cachées.

5" L'ffcorame tiède a une souveraine horreur pour le péché mortel, lorsqu'il est d'une gravité particulière ; mais cette norreur s'eflace devant le péché mortel envisagé en général et dans son principe. Qui pourrait croire en effet que 1 homme tiède, qui peut à peine apprécier Dieu, le chérisse par-dessus tout, et soit disposé, par la force de cet amour, à faire tout ce qu'il prescrit et à fuir tout ce qui porte obstacle à la conservation de l'amour de Dieu ; à aimer son prochain et même ses ennemis au point de leur faire du bien s'il en trouve l'occasion? Qui penserait que l'homme tiède cherche à faire abnégation de lui-même, selon le précepte de Jésus-Christ? {Matth. xvi, 24.) Ajoutez à cela les péchés mortels provenant d'une coupable ignorance, qui peuvent se commettre pour la plupart dans l'état de tiédeur. Car, selon saint Thomas (1-2, q. 8^, a. 4, ad 3) : Tous les péchés qui proviennent de /'i-

DiCTio?i?iAiRK d'Ascétisme. H.

gnorance peuvent se rofnener à T insouciance, 6* L'homme tiède est souvent en étatd'impénitence, ainsi que le montre ce passage de V Apocalypse (m, 15) : Je connais vos œuvres^ vous n'êtes ni froid ni chaud; plût à Dieu que vous fussiez froid ou chaud I Mais comme vous êtes tiède et que vous n'êtes ni froid ni chaude je vais vous vomir de ma bouche. Voici comment l'expliquent communément les interprètes : l'nomme tiède, pour le présent, n'est peut-être pas, ou du moins n'est regardé, ni par lui-même ni par les autres, comme aussi coupable qu'un pécheur public; mais sa situation est plus dangereuse pour l'avenir, attendu qu'il court plus de danger de tomber dans rimpénitence ; soit

Earce que, en se comparant aux pécheurs pulics, il ne s'inquiète pas de redoubler de ferveur ; soit parce que, ne connaissant pas la misère de son état, il ne s'empresse pas de s'en tirer. C'est donc avec raison que l'abbé Daniel dit dans Cassien (Co//. , lib. IV, c. 19) : « Sa situation est pire, parce que tout homme charnel, séculier ou gentil, arrive plus facilement à une conversion salutaire et au faîte de la perfection, qu'un religieux, qui, ne suivant pas les voies de la perfection selon les règles de l'ordre, s'est une fois écarté du feu de la ferveur spirituelle. Car le premier, humilié des vices extérieurs dont il est couvert et se sentant souillé par la corruption de la chair, accourt quelquefois avec componction vers la source de la véritable purification et monte même au faîte de la perfection ; rempli d'horreur pour l'état glace d'infidélité où il se trouve, il brûle du feu spirituel et vole plus facilement à la perfection. Mais, au contraire, le religieux qui abuse de son nom par la tiédeur de sa conduite, et qui marche dans la voie sans l'humilité et la ferveur qu'il devrait avoir, une fois infecté de cette lèpre honteuse, s'y consume en quelque sorte et ne peut s'avancer plus avant dans la perfection, ni com])rendre les avertissements des autres. Pourquoi nous arrêter plus longtemps sur ce point assez connu et vérifié par l'expérience ? nous avons souvent vu des hommes froids et charnels, parmi les séculiers et les païens, parvenir a la ferveur spirituelle; mais des hommes tièdes, jamais. »

7** La tiédeur conduit directement è l'impénitence, et à l'impénitence finale; soit parce que dans cet état s'enracine davantage la dureté du cœur, l'insensibilité pour la pénitence et l'aveuglement pendant toute la vie ; soit parce que Ihomme tiède, arrivé entre la vie et la mort, éclairé de la lumière divine, et reconnaissant sa misère , perdra courage et sera précipité dans l'abîme du désespoir. En effet, saint Thomas {2-2, quœst. 20, a. k) enseigne que le désespoir provient plus de la tiédeur que de l'intempérance : par elle l'homme, en effet, tombe dans un état d'abjection si profonde qu'il ne pense

Elus pouvoir arriver au bien si difficile de la éatitude. C'est ce qui fait dire à saint Grégoire (m Pastor., p. n, admon. 35, prope fin.): L'Ame qui, après avoir perdu la froideur df

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l'infidélité, ne surmonte pas la tiédeur, et ne sent pas sa ferveur se ranimer, bientôt finit par se refroidir dans cette tiéJeur coupable. Mais, de même qu'avant la tiédeur, la froideur n'exclut pas 1 espérance, de môme, après la froideur, la tiédeur mène au désespoir. Celui qui est encore dans les liens du. prêché ne perd pas l'espoir de se convertir; mais celui qui, après la conversion, est devenu tiède, perd môme l'espérance qui reste au pécheur. Car aucun de ceux qui mettent la main à la charrue et regardent en arrière n'est propre pour le royaume de Dieu. {Luc, ixl, 62.)

Notre esprit doit donc réunir tous ses efforts pour sortir du misérable état de tiédeur ; nous devons, avec la grâce divine, retourner dans la voie de perfection que nous avons quittée, et nous mêler avec les commençants BU esprit de pénitence, pour pleurer nos fautes passées et n'y plus retomber désormais. Disons donc, avec David, d'un cœur eontrit : Je Vai ditj cest maintenant que je commence {Psal. lxvi), c'est-à-dire, comme l'expose Denys de Carthage : « Je commence maintenant à connaître, car je comprends la vanité du siècle présent et la félicité du siècle futur ; je regarde pour rien toute ma vie, mes progrès et ma perfection d'autrefois ; c'est avec de nouvelles résolutions, avec une nouvelle ferveur, avec un zèle ardent, que je reprends les sentiers d'une vie meilleure, que j entre dans la voie du progrès spirituel, et qUe je recommence chaque jour comme de nouveau. » Ajoutons avec David : Cest là h changement de la droite di Très-Haut. Nous savons que nous ne pouvons nous confier en nous-mêmes, et que rien ne nous empêche d'avoir confiance en Dieu : l'Apôtre lui-môme nous y invite : Transformez-^ous par le renouvfilement de votre esprit. {Rom. xii, 2.) Saint Augustin ajoute à ce sujet : « L'image doit commencer à se réformer par celui oui î'a formée : car elle ne peut se réformer ellemême comme elle a pu se déformer. » (L. iv De Trinit , c. 16.) Bien que vieillis dans le vice de la tiédeur, ne perdons pas cependant courage, ne regardons pas comme impossible de régénérer le vieil homme, de le faire en quelque sorte entrer une seconde fois dans le sein de sa mère, pour recommencer une vie nouvelle, avec un esprit nouveau. Ce qui est impossible à la nature est facile à la grâce, sous le souffle de Dieu, qui inspire l'esprit de vie:iln'est besoin, pourcela, que d'eau, ou des larmes de la pénitence, comme il est dit, dans Y Apocalypse (a, 45), à l'ange ou à l'évoque d'Ephèse, qu'on croit être saint Timothée : Satunreproche àvous faire^ c^est de vous être relâché de votre première cliarité. Souvenez-vous donc de l'état d'où vous êtes déchu ; et faites-en pénitence , et rentrez dans la pratique de vos premières œuvres : si vous y manquez^ je viendrai à vousj et j'ôterai votre chandelier de sa place^ si vous ne faites pénitence. 11 est dit à l'évôque de Pergame : jai aussi quelques reproches à vous faire... faites de même pénitence. (/Wd., ik , 16.) Ecoutons 'Dieu, qui nous crie par l'Apôtre : Levez-vous, vous qui dormez; sor^

tez d'entre Us morts^ et Jésus-Christ vohs éclairera {Eph. v, ikU c'est-à-dire, selon l'explication de saint Thomas : Levez-vous, sortez de la négligence des bonnes œuvres, vous qui dormez. Reconnaissons notre état dans la parabole des dix vierges, dont cinq étaient lolles et les cin(| autres sages : Comme répoux tardait avenir, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent. {Matth. xxv , 5.) Saint Thomas interprète, avec Origène, ces paroles du sommeil de la tiédeur et de la paresse. Ne soyons pas du nombre des vier-

f;es folles , qui , livrées non-seulement à 'assoupissement, mais encore au sommeil de la tiédeur, s'inquiètent peu de laisser éteindre la lampe de la charité, et n'y yersent pas l'huile des bonnes oeuvres.*^ Si la mort venait à nous surprendre en cet état, et si nos lampes s'étaieni une lois éteintes, c'est en vain que nous implorerions le secours des autres, et que nous nous écrierions '. Seigneur l Seigneur! ouvrez-nous. La mort nous saisirait, et il nous serait répondu : La porte est fermée. Faisons donc enfin le ferme propos de nous consacrer pour toujours entièrement à Dieu. Rappelons-nous ce que Dieu est, ce que nous sommes, ce qu'est tout le reste, et reconnaissons qu il est bien loin de trop exiger de nous.

Pour assurer l'clBcacité de notre résolution, il ne faut pas né^li^er les moyens d'éviter ou de chasser la tiédeur. Le premier est une prière ardente à Dieu pour acquérir la ferveur de l'esprit. Le second est la mé^ ditation de la majesté et de la bonté divine^ qui allume directement en nous le feu de la charité, selon cette parole du Roi-Prophète : Pour mot, c'est un avantage de demeurer attaché à Dieu, et de mettre mon espérance dans celui qui est mon Seigneur et mon Dieu {PseU. Lxxvi, 28); ou encore la méditation de notre bassesse et de notre infirmité, ce qui nous conduit indirectement au même résultat, et nous garantit de toute présomption, selon cet autre passage : J'ai levé les yeux vers la montagne, d'où me viendra mon secours {Psai. cxx, 1.) Le troisième moyen consiste à ne pas se presser d agir, mais à ne le faire que comme Dieu le veut, en observant le but, le lieu, le temps et les circonstances qu'il nous prescrit. Aussi, est-ce plutôt de la négligence que de l'activité d agir avant le temps voulu, ou en moins de temps, ou encore dans un autre temps. Car c'est un moyen d'éviter la fatigue et la peine. Le qualriènae moyen consiste à méditer la brièveté de la vie. Le jour de demain sera peut-être notre dernier jour; nous devons donc faire, pour réternite, provision d'œuvres méritoires, sans lesquelles se passent inutilement les jours de notre vie. Le cinquième est la fuite de toute affection terrestre et déréglée, de toute curiosité et de toute occupation peu en rapport avec notre état. Le sixième est la constance et la ferveur dans les exercices spirituels, même en temps de sécheresse et d'aridité spirituelles. Le septième, la fuite de l'oisiveté et l'observation d'une exacte distribution du temps. Le huitième, l'exam(:ii

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D'ASCETISME.

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général de chaque ]oiir, et l'eiamen particulier relativement a notre défaut princioal. Le neuvième, la fuite des entreliens inutiles, des distractions et des familiarités. Le dixième, une retraite de huit jours, une fois par an , et chaque mois , un retour sur soimême.

TOMMASI (Jean-Marie), illustre et |)ieux cardinal , fils de Jules Tommasi , duc de Palma, naquit à Alicate, en Sicile, Tan 1649. A la science, à une grande capacité, il joi-

fnait une rare modestie. 11 termina une vie diflante par une sainte mort, le 1" janvier 1713. On a de lui un grand nombre d'ouvra-

§es palrologiques et liturgiques, et, en outre, ivers Opuscules ascétiques en latin et en italien. La congrégation des rites avait décerné, à Jean-^larie Tommasi, le titre de vénérabîe\ en 17Ï4; Pie Vil Ta béatifié en

TOURON (Antoine), du diocèse de Castres, en 1686, se fit Dominicain et se distinqua dans son ordre par ses vertus et ses ouvrages. 11 mourut à Paris le 2 septembre 1775. Outre la YieAQ saint Thomas d'Aquin et celle de saint Dominique , il a laisse : 1" De la Providence^ 1752, in-12; — 2'JLa main de Dieu sur les incrédules y 1756, 3 vol. in-12 ; — â" Parallèle du vrai fidèle et de l'incrédule^ 1758, in-12; — k'' La Vie et l'Esprit de saint Charles-BorroméCy 1761, 3 vol. in-12, etc.

TRACY (Bernard Destut de), pieux Théatin, naquit au château de Paray-le-Fres v, près de Moulins, de parents nobles, le 25 août 1720. 11 renonça, dès sa jeunesse, aux avantages de la fortune et aux jouissances du siècle que lui promettaient sa naissance et son titre d'aine, pour se consacrer uniquement à Dieu. Dès Tâge de 16 ans, il entra chez les Théatins, et fut un modèle de vertu et d'humilité. Il mourut à Paris le 14 août 1786, après une vie sainte, mortifiée et studieuse. Nous avons de lui un assez grand, nombre d'ouvrages, dont voici les principaux : 1* Conférences ou Exhortations ^ à V usage des maisons religieuses , 1765 ; — 2* Conférences ou Exhortations sur les devoirs des ecclésiastiques : — 3** Traité des devoirs de la vie chrétienne^ à Vusage de tous les fidèles y 1770, 2 vol.; — 4* Nouvelle retraite^ à l'usage des communautés religieuses, 1783; — 5* La vie de saint Bruno, de saint Gaétan, etc.

TRANSFORMATION (mystique). — Le degré suprême de la contemplation {Voy. ce mot) est la transformation mystique passive , par laquelle 1 âme mystiquement morte et anéantie, par une infusion toute spéciale de la Divinité, s'unit intimement à Dieu, dans le fond et le sanctuaire le plus secret d'elle-même ; de toutes parts alors elle brûle des feux de l'amour divin, qui la

r^nètre et l'embrase d'une manière intime, tel point qu'elle se dépouille en quelque sorte elle-même; dans ses facultés spirituelles, et même, pour ainsi dire, dans celles du corps, elle éprouve certaines opérations extraordinaires, qui, tout en supposant implicitement le consentement de l'âme, ne peu-

vent être attribuées qu'à la seule présence intime de Dieu, présence qui procure à l'esprit et au cœur la paix et la satisfaction de tous leurs désirs. L'âme est ainsi jjénétrée d une sorte de sentiment divin qui la fait vivre , la change et la transforme , pour ainsi dire, en Dieu.

Pour expliquer cette transformation mystique, ce don sublime, si peu connu et si rarement accordé , remarquons : 1* qu'elle n'est appelée le don suprême de la contemplation crue d'une manière comj[îarative , et non absolue ; car la contem])lation parfaite n'est possible que dans la patrie ; dans la voie elle est, il est vrai, perfectible à l'infini; mais comme ce degré de tranforraation semble le plus parfait de tous, et que les degrés les plus parfaits peuvent tous facilement s'y ramener, on peut le regarder avec raison comme le plus parfait d'une manière comparative. 2" Nous avons dit que dans ce degré l'âme est mystiquement morte, comme nous l'avons remarqué en parlant de Vinfusion passive {Voy ce mot) ; 3" qu'elle est anéantie par une infusion toute spéciale de la Divinité [Voir le même article); 4" que Vâme s'unii intimement à Dieu dans le fond et le sanctuaire le plus secret d'elle-même. Par ces paroles métaphoriques, les mystiques entendent Tâme dégagée, (lutant que possible, de tout objet te- estre ot créé, et, pour ainsi dire, s'anéantissant d'elle-même, pour s'attacher uniquement à Dieu. Dieu seul est en quelque sorte son centre ; elle repose en Dieu seul ; elle est de toutes parts environnée et embrasée des feux de son amour; elle s'anéantit et semble se dépouiller d'elle-même par la destruction de son amour-propre. 5' Aussi dans toutes ses facultés elle épVouve des opérations extraordinaires d'intelligence et d'amour, opérations auxquelles elle consent d'ailleurs; 6'* enfin elle est pénétrée d'une sorte de sentiment divin, qui la fait vivre, la change et la transforme , pour ainsi dire, en Dieu. Cette transformation est expliquée par les mystiques au moyen de plusieurs comparaisons matérielles". (Gebson, Th. myst., cons. ki, et cons. 2, De oper. sanct.) De même que le fer incandescent semble se transformer en feu, et que, tout en conservant sa substance, il possède toutes les propriétés du feu; de même que l'air semble se transformer en la lumière qui l'éclairé ; de même que l'eau, mêlée dans un tonneau de vin, présente toutes les apparences du vin; de même que le fer aimanté se change , pour ainsi dire, en aimant, sans changer ae nature, ainsi dans ce degré d'union l âme paraît véritablement se transformer en Dieu.

L'homme peut arriver à cette transformation passive. On le prouve :

l^Par l'Ecriture sainte {Il Cor. m, 18): Nous tous , sans voile qui nous couvre te visage, et contemplant la gloire du Seigneur, nous sommes transformés en la même image « de clarté en clarté, par nilumination de f esprit du Seigneur. — Nous gémissons sous le poids qui nous accable, parce que nous na voulons pas être dépouillés, mais être revêtus;

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en $orte que ce quil y a de mortel soit a6êorhé par lavie. (Il Cor. ^ v, k.) — Que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes , mais pour celui qui est mort et qui est ressuscité pour eux. (Ibid.^ 15.j — Ceux qu'il a connue par sa prescienccy il les a aussi prédestinés polir être conformes à rimage de son Fils, afin quil fât Vaine entre plusieurs frères. [Rom. viïi, 20.) — Je vis y mais ce n'est plus moi qui vis, c*est Jésus-Christ qui vit en moi. {Gai. ii, 20.) Tous ces textes sont appliqués par saint Thomas, par Corneille, Lapierre, etc., à la transformation passive, au moyen de laquelle Tâme , par la force de l'amour et de la contemplation, peut réellement, en un certain sens mystique, se transformer en l'esprit de Dieu, et mourant à elle-même, ressusciter à Jésus-Christ. Cette transformation est figurée parla transfiguration de Jésus-Christ {Matth. ^vn); et par celle de Moïse {Exod. xxxiv, 29), c^uand, après une contemplation de quarante jours, il descendit de la montagne avec une figure éblouissante d'éclat.

2** Par les saints Pères. « Quand l'âme, dit saint Dcnys (De div. nom., c. 4), revêtue d'une forme divine par la connaissance de l'inconnu , se plonge dans les rayons de la lumière accessible, l'amour divin la transporte en extase, et ne permet plus à l'amant d'avoir de Taraour j)our lui-môme , mais uniquement pour l'objet aimé. » C'est, ajoute-t-il encore, cotte extase qui faisait dire à saint Paul : Je vis, mais ce n'est plus moi qui vis, c^est Jésus-Christ qui vit en moi, « Aussi , <;elon saint Grégoire de Nysse, il no do l plus rion y avoir en nous que Dieu ; et Tûme [lurifiée ne doit plus avoir pour unique occupation, que de se dégager de toute chose , de toute pensée terrestre , afin de parvenir à cet état que l'intelligence nous fait a[)ercevoir, et où débarrassée de toute matière, de toute imperfection, elle se transforme en l'image glorieuse du principe de toute beauté. » Saint Grégoire le Grand commente ainsi (In Cant. i) ce passage : // m'embrassera : a C'est comme si 1 âme disait : Qu'il vienne, celui que j'aime seul et pardessus tout ; qu'il me touche par la douceur de son inspiration. Car lorsque je ressens son baiser, je ne suis plus moi-même, mais par une subite transformation, je suis changée a l'image de mon bien-aimé. » Selon saint Bonaventure (1. i Prof, rel., c. 15) : « Tant que ces facultés de l'âme ne sont pas entièrement empreintes de Dieu, l'âme n'a pas revêtu la forme divine ; car la forme de l'âme, c'est Dieu, dont elle doit porter l'empreinte, comme d'un sceau.»— «Par cela même que l'amour, dit saint Thomas (In S, d. 27, q. i, ad. 1), transforme l'amant en l'objet aime, il fait aussi pénétrer l'amant dans l'intérieurxlG l'objet aimé et réciproquement. » Enfin Gerson dit dans sa Théoloqie mystique (xli) : « L'union amoureuse de l'esprit avec Dieu , qui se fait par la théologie mystique, est justement appelée transformation, d'après saint Denys et les saints Pères. »

3" Par la raison. L'amour transporte Ta-

mant hors de lui-même par la vivacité de l'affection et de la sensation, et le transforme en l'objet aimé, de manière à ne lui faire apercevoir aucune différence entre lui-môme et cet objet aimé. 11 inspire à l'amant tant d'affection pour l'être qu'il aime , qu'il se dépouille pour ainsi dire de lui-même, qu'il revêt son bien-aimé et qu'il ne fait plus qu'un avec lui. L'âme alors ne s'-inquiète ni d'elle-même, ni de ses propres intérêts, pas plus que si elle n'était [lus de ce monde; elle est tout entière par la pensée et par l'affection dans son bien-aimé ; elle ne pense, elle ne désire, elle ne recherche aucun autre bien que le sien. Or c'est en cela ç[ue consiste la transformation mystique passive. Donc l'homme peut y arriver en ce monde.

Amaury ou du moins ses disciples ont prétendu que « l'âme contemplative ou bienheureuse perdait son essence propre > et retournait dans cette essence idéale qu'elle a de toute éternité dans l'intelligence divine. » Gerson attribue cette erreur à Amaurj Th. myst.j consid. 4-1), et Noël Alexandre,

ses disciples. (Hist. Èccl.j sœc. xui, c. 3, a. 5.) Quoi qu'il en soit, elle mérite le nom do folie que lui a donné Gerson; la condamnation prononcée contre elle parle quatrième concile de Latran , tenu sous le Pape Innocent III (inc.DAiiNAMus,Z>eswm. Jrm.), la traite également de doctrine insensée : « Nous réprouvons et nous condamnons le dogme pervers du sacrilège Amaury, dont l'esprit a été tellement aveuglé parle père du mensonge, que sa doctrine doit être regardée moins comme hérétique que comme insensée. » Gerson ajoute : « Cette doctrine insensée d'Araaury semble avoir été renouvelée par l'auteur du traité De ornatu spiritualium nitptiarum. » Mais, comme d'a[)rès Gerson lui-môme, Jean Kusbroch, l'auteur de ce traité, semble dans ses autres ouvrages être revenu i lus tard de cette erreur, en disant que a l'âme contemplative reste toujours dans son essence profire; que c'est seulement par similitude qu'on la représente coùime se transformant en l'essence divine.* Gerson n'aurait pas dû s'ojâniâtrer à reprocher et à imputer une erreur aussi grossière à un illustre personnage ; il devait se contenter de dire qu'il lui était échappé une ex}:res3K»n un peu téméraire, corrigée d'ailleurs \av ses autres ouvrages. C'est ce qu'ont fait les apologistes de Rusbroi'h, tels que Denys le chartreux, I^urent Surius, etc. Au reste le cardinal Bellarmin s'exprime ainsi à ce propos (L. de script. Eccles,) : a II arrive ordinairement à ceux qui écrivent sur la théologie mystique , de voir leurs expressions approuvées [;arles uns, critiquées par les autres : c'est que tous ne les entendent pas de la même manière. »

La transformation mystique passive est aussi app»ejée par les mystiques mariaçe spirituel. De même qu'Adam ait, à propos du mariage charnel, que par lui Vhommt s attachera à sa femme et qu'ils seront deux desns une même chair (Gen. n, 24); de ruéme TApôtre dit aux Ephésiens ( v, 32) : Le sacre-

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ment est grande je di$ en Jésus-Christ et dans son Eglise. Et aux Corinthiens {1 Cor. vi, 17) : Lelui qui demeure attaché au Seigneur est un même esprit avec lui. Par ce mariage spirituel de Dieu avec une ârae bien dis{iosee, l'âme s'attache à Dieu, par une union transformalive , et ne fait plus qu'un avec lui. C'est en ce sens qu'il faut eniendre ces f aroles de l'épouse ( Cant. m , k): Je Fai arrêté et je ne le laisserai point aller ^ que je ne l*aie introduit dans la maison de ma mère et dans la chambre de celle qui m'a donné la vie. « Une telle conformité, dit saint Bernard (serm. 83 in Can/.), marie l'âme avec le Verbe : semblable à lui par nature, elle se rend semblable aussi j ar volonté, en le chérissant comme elle en est chérie. L'amour parfait est donc un mariage.... C'est réellement une union sainte et spirituelle : c'est même une sorte d'embrassement. Car on peut bien appeler embrassement l'état où l'on n'a plus qu'une seule et même volonté, où de deux on n'est plus qu'un seul et même esprit. » — « Quand notre divin Sauveur, dit sainte Thérèse (in Ca«^.,mans.i,c. 1), daigne prendre compassion de cette âme qu'il a choisie pour son épouse spirituelle, à cause des maux qu'elle souffre et qu'elle a soufferts dans Tardeur de ses désirs envers lui , il l'introduit dans sa demeure , pour consommer le mariage spirituel. » Saint Jean de la Croix tient le même langage, (en dial. amor. cant. 28.) On objecte 1** que ce mariage spirituel semble être propre aux bienheureux, selon ces paroles de l'Apocalypse (xxi, 9): VeneZy et je vous montrerai la fiancée, l'épouse de r Agneau. La ré|>onse est facile : la transformation n'est appelée mariage spirituel, que relativement aux autres , degrés moins parfaits de la contemplation : cette dénomination, dans son sens absolu, ne convient qu'à l'état seul des bienheureux; — 2' mais, direz-vous, on ne voit pas bien la différence entre les fiançailles de Yinfusion passive [Voy. ce mot) et le mariage spirituel de la transformation. — Voici la différence : Quand runion consiste seulement dans la conformité des volontés, qu'elle s'accomplit par la promesse faite ou dans le baptême, ou dans l'étal religieux, ou dans l'oraison de contemplation ordinaire , quoique parfaite en son genre , elle ne constitue qu^ des fiançailles imparfaites. Elles .<;eront paifaites seulement quand par l'union contemplative d'infusion passive se surajoutent le toucher et la vue spirituelle, et aue l'âme reconnaît expérimentalement par l'une ou l'autre de ces facultés, la puissance de son bien-aimé, et s'enflamme du désir de s'unir complètement à lui. Enfin quand cette union complète s'opère par une sorte de tact et de vision spirituelle expérimentale, dans toutes les facultés de l'âme* et dans l'âme tout entière, uniquement livrée à l'amour passif de Dieu, alors les fiançailles deviennent un mariage spirituel, autant que cela est possible dans la voie ; car, considéré par rapport à la patrie, ce mariage apparaît plutôt simplement comme ratifié que comme un mariage con-

sommé; — 3- on objecte encore que le mariage implique un lien habituel et indis&o- . luble. Or, 1 union contemplative, quel que soit le degré c'o [ erfection où elfe arrive dans la voie, n'est ni habituelle, ni indissoluble, mais actuelle, et pouvant se perdre par une faute ou par une épreuve. — Nous avons déjà dit que ce mariage spirituel n'est pas absolument réel dans la voie , et qu'il ne faut l'entendre que d'une manière comparative. Car, pour que le lien de ce mariage soit regardé comme persévérant dans sa substance, il n'eit pas nécessaire qu'il se manife>te par 4es actes déternJnés et continus, mais seulement de temps en temps et par des actes non interrompus par quelque faute mortelle ; il suffit même , pour la durée parfaite de ce mariage, qu'il se manifeste et se continue par des actes amoureux moralement fréquents, qu'on peut assimiler à ceux de la cohabitation conjugale. D'ailleurs ce mariage, par un péché grave, qui est la mort de l'âme, se rompt comme le mariage charnel par la mort du corps. Parfois néanmoins l'âme contemplative parvenue à ce degré d'union reçoit des grâces toutes spéciales de persévérance dans cette union divine, à tel point ou'il est beaucoup plus difficile de perdre î amour de Dieu que les autres amours; bien plus, Thomas de Jésus pense ( 1. iv De orat., c. 18, ad 8) que dans ce degré l'âme obtient par révélation divine la certitude de son état de grâce et de sa persévérance , ou que du moins elle est connrmée en grâce, sans cependant en acquérir la certitude par une révélation spéciale. Mais ce privilège n'étant pas appuyé sur de. solides fondements, la plupart^^des mystiques le suspectent justement.

Un des fruits principaux, une des marques les plus manifestes de la transformation passive, c'est l'union intime avec Jésus-Christ crucifié. L'Apôtre dit aux Corinthiens (if Cor. V , 13 et seq. ) : Soit que nous soyon$ emportés hors de nous-mêmes, c'est pour Dieu... Car la charité de Jésus-Christ nous presse... Jésus -Christ est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort pour eux. Par ces mots : Nous sommes emportés hors de nous-mêmes, saint Thomas entend cette contemplation qui élève l'âme, et l'entraîne hors (Telle-même pour l'unir à Dieu. C'est dans ce cas que la charité de Jésus- Christ nous presse et nous excite à réfléchir qu'il est mort pour nous , et que par conséquent nous ne devons plus vivre pour npus« mêmes, mais pour celui qui est mort pour nous. L'Apôtre dit encore (Phit. n, 5) : Soyez dans le même sentiment ot\ a été Jésus-Christ qui, ayant la forme et la nature de Dieu.... s'est anéanti lui-même... s'est rabaissé lui- V éme,ense rendant obéissant Jusqu'à lamort, et jusqu'à la mort de ta croix. C'est-à-dire, .«elon saint Thomas, « Ressentez comme au toucher (ce qui est le propre de la transformation passive), en imitant les exemples de Jésus-Cnrist. » Aussi l'éjiouse des Cantiques s'écrie dans les délices spirituelles

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de sa contemplation [Cani. i^ 12) : Mon bienaimé est vaur moi comme un bouquet de myrrhe ; il demeurera sur mon sein. Richard de saint Victor {Tr. de grad. viol, char.) enseigne la même doctrine: « Dans cet état suprême de contemplation , dit-il. Dieu propose à l'âme la fbrme de la volonté du Christ, c*est pourquoi il lui dit : Soyez dans les mêmes sentiments. Or cette forme est celle de l'humilité de Jésus-Christ : c'est è elle que doit se conformer quiconque veut atteindre le degré suprême de la volonté parfaite... Ainsi dans le troisième degré de contemplation, rame se glorifie en Dieu ; dans le quatrième elle s'humilie pour Dieu; dans le troisième degré elle se conforme à la dirine clarté, et dans le quatrième à Thumilité chrétienne , et comme dans le troisième de-

Sré elle était, pour ainsi dire, dans la forme e Dieu, néanmoins dans le quatrième, elle commence à s'anéantir elle-même , prenant la forme d'esclave , et reprenant extérieurement la forme humaine. » En effet, plus les personnes contemplatives se rapprochent de Dieu par la contemplation , plus elles doivent se conformer a l'image de son Fils. (Rom. vin, 29.) Or cette conformité ne s'acquiert que par Tunion intime avec Jésus- Christ crucifié ; elles doivent donc s'unir à lui de cette manière.

La seconde marque de la contemplation parfaite ou de la transformation consiste à souffrir, non-seulement avec résignation , mais encore avec le désir de la souffrance et une joie spirituelle dans toutes les tribulations :

1* C'est la pratique de la doctrine évangélique, enseignée par le Sauveur et observée par les apdtres {matth. v, ii ) : Vous serez bien heureux lorsque les hommes vous chargeront d'injures^ quxls vous persécuteront^ et qu'à cause de moi ils diront faussement toute sorte de mal contre vous. Réjouissez^ous et tressaillez de joie, parce qu'une grande récompense vous est réservée dans le ctel. C'est dans cet esprit que les Apôtres sortaient joyeux du conseil^ parce qu'ils avaient été jugés dianes de souffrir Vignominie pour le nom de Jésus ; et que saint Paul disait (// Cor. xi, 30) : S'il faut se glorifier de quelque chose^ je me glorifierai de mes peines et de mes souffrances, — Pour moi^ à Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu'en la croix de Notre- Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi, comme je suis crucifié pour le monde. {GaLw, ik.) Au moment de la transfiguration de Jésus sur la montagne. Moïse et Ëlie, dans une suprême contemplation, lui parlaient de son élévation, c'est-à-dire, selon saint Jean Chrysostome (hora. 17 in Matth.), de sa croix et de sa pasiion , qu'il devait accomplir à Jérusalem. '

2* C'est aussi la doctrine des saints Pères. « Celui qui brûle pour le Seigneur, dit saint Jean Chrvsostome (Hom. 8 ad Ephes. iv), d'une ardeur passionnée , celui-là connaît la vertu des cnaines divines ; et si on lui donnait è choisir, il préférerait porter les chaînes de Jésus-Christ, plutôt que d'habiter

dans le ciel. » — « Pour celui qui a été ravi jusqu'au troisième ciel, tout attachement pour le monde est une croix. » (Saint Bem- RiBD, serm. 7, De quadrag.) « O aimable , A vénérable Passion de Jesus-Christ, s'écrie saint Bonaventure, vous remplissez l'âme qui vous médite dévotement d'une si douce et si salutaire ivresse, que vous la rendez non-seulement angélique, mais divine. Ed effet, Tâme contemplative qui se fixe par la méditation sur les souffrances et les tourments du Christ, ne se voit plus elle-même, et n'aperçoit plus que Dieu.)» (P. i StimuL div. amor., c. 1.) C'est cet esprit d'extase qui faisait dire à saint Ignace, martvr : Mon amour est crucifié: à sainte Thérèse : Ou souffrir ou mourir; à sainte Madeleine de Pazzi : Souffrir, sans mourir: à saint François Xavier : Encore plus. Seigneur, encore plus. Sainte Thérèse remarque encore [Château de Vàme^ vu, c. 4) que tous ceux qui se sent le plus ap-

f)rochés de Jesus-Christ, sont ceux qui ont e plus souffert : témoins la très-sainte Vierge et les apôtres.

3* Enfin, la raison nous montre que plus est ardent Tamour pour Dieu, plus op doit désirer de souffrir, i)our lui rendre témoignage.

Ecoutons , pour conclure, ce conseil de sainte Thérèse [Cast., mans. vn, c. 4) : « Sachez que cela vous importe plus que je ne saurais vous le représenter : vous n avez qu'à jeter les yeux sur Jésus-Christ crucifié, pour ne trouver rien de difficile. Notre-Seigaeur nous a^ant témoigné son amour par des actions si merveilleuses et des tourments si horribles, prétendrions-nous le contenter par de simples paroles? Savez-vous, mes sœurs , ce que c'est d'être véritablement spirituelles? C'est de se rendre esclaves de Jésus-Christ, comme il a bien voulu l'être lui-môme, afin qu'étant marquées de son sceau, qui est la croix, il puisse disposer de nous en la manière qu'il lui plaira, en quel, puisque vous lui avez soumis votre liberté au lieu de vous faire tort il vous fera une grande grâce. » Plus les contemplatifs s^apprêchent de Dieu par la contemplation, plus ils doivent être de parfaites images de Jésus crucifié, images, non tracées par le pinceau d'une manière superficielle, mais gravées sur l'airain fondu au feu , comme ce serpent que Dieu ordonna à Moïse d'élever dans le désert [Num. xxi, 8), et qui fut la figure de Jésus-Christ crucifie : par cette raison, l'âme vraiment contemplative, ne craint pas, mais aime de souffrir et d*ôtre crucifiée avec Jésus, comme Jésus aime d'être crucifié en elle, comme il l'a été autrefois en saint Pierre. C'est par rim}mlsion de cet esprit que tous les saints n'ont pas suivi, pour aller au ciel, d'autre voie que celle des souffrances ; c'est en souffrant joyeusement avec Jésus crucifié qu'ils ont trouvé même en ce monde un avant-goût de la future béatitude. Dans notre tiédeur, nous ne comprenons pas ce mystère ; toutefois nous avons la preuve de saint François le Séraphique, visiblement transformé en Jésus-Christ .crucifié; ée:outons-le

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parlant d'une Ame consumée du désir de quitter Tétai de contemplation pour être transformée dans 4es douleurs de Jésus- Christ, dont le çQÛt est si amer, mais dont l'opération est si féconde en suaves délices. Ce grand saint s'exprime en ces termes (1. m Opusc.f collât. 24.) : « Or, nous voyons c[ue Dieu communique sa grâce à ceux qui le suivent de cette manière; au contraire il la ravit à ces Ames présomptueuses, qui disent vouloir s'unir à lui par aautrcs moyens chimériques, sans jamais se détacher complètement d'elles-mêmes. Aussi finissent-elles

ar tomber misérablement dans Tabîme. »

Voy, Oraison d'union.) TRICALET ( PiEBRE-Jof EPH ) , docteur en théologie de l'université de Besançon, directeurjdu séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet, à Paris, naquit à Dôle le 30 mars 1696, d'une famille honorable ; et après avoir mené une ieunesse oraçeuse, il se convertit et prit l'habit ecclésiastique. Ayant reçu les ordres sacrés, il vint à Paris, ou ses talents et ses vertus lui firent une réputation qu'il ne cherchait pas. 11 mourut le 30 octobre 1761. Ses ouvrages ascétiques sont : V Abrégé du Traité de r Amour de Dieuy de saint François de Sales, 1756, in-12; — 2' Année spirituelle^ contenant tous les exercices d'une âme chrétienne, 1760, 3 vol. in-12 ; — 3" Abrégé de Id perfection chrétienne , de Rodriguez,

1761, 2 vol. in-12 ;—hUe Livre du Chrétien,

1762, in-12 ; — 5" Précis historique de la vie de Jésus-Christ, 1760, in-12.

TRISTESSE. — Chassez la tristesse loin de vous, dit' le Sage, car elle a fait mourir beaucoup de gens , et nest bonne à rien, {EccH. xxx, 24, 25.) Cassien, dans un Traité de la tristesse, dit que c'est un mal dangereux et aussi difficile à guérir que toutes les autres infirmités spirituelles, et il prouve par l'Ecriture ses fA(îheux effets. « Gardezvous, dit-il, de donner entrée en votre Ame à la tristesse, car si elle s'empare une fois de vous, elle vous ôtera bientôt le goût de la raison et de la lecture spirituelle, elle fera que vous en trouverez le temps long et que vous vous y adonnerez moins qu'A l'ordinaire; quelquefois même, elle sera cause Sie vous les abandonnerez tout à fait ; enfin, le répandra tant d'ennui et tant de dégoût sur vos exercices s[nrituels que vous en serez rebuté. Le Prophète royal, ajoute-t-il, l'exprime bien^en disant : Mon âme s'est endormie d'ennui {PsaL cxvin, 28).» Une dit pas que son corps s'est endormi, mais bien son Ame, parce qu en effet la tristesse et la langueur spirituelle donnent tant d'ennui et tant de aégoût à TAme pour la dévotion et les choses saintes, qu'elle tombe comme dans l'assoupissement et devient incapable de tout bien. Ce dégoût va si loin qu'on se sent piqué de la ferveur des autres et qu'on tAche^de les détourner.

« La tristesse produit encore un autre mal, dit Cassien, c'est qu'elle nous donne de l'aigreur et de la rudesse pour nos frères. Saint Grégoire dit qu'elle porte aisément à la colère ; nous l'éprouvons en effet tous les

jours; quand nous sommes chagrins, tout nous fâche et nous blesse. De plus elle rend* l'homme impAtient, soupçonneux et intraitable ; quelquefois elle le trouble tellement, qu'il semble n'avoir plus de jugement, suivant ces paroles du Sage : qu'il n'y a point de raison où il y a tristesse et amertume de cœur, [Eccli. xxi, 15.) Aussi voit-on souvent

3ue quand on en est atteint, on a des craintes, es défiances et des idées si déraisonnable?, que ceux qui ont l'esprit sain ne peuvent les regarder que comme des égarements d'esprit. Des personnes, même d'un grand mérite et d'un grand savoir, s'adonnent parfois à cette humeur noire et mélancolique, jusqu'à pleurer devant le monde comme des enfants, en sorte que, quand elles se sentent frappées de ce mal, elles s'enferment pour pleurer en liberté et ne pas se faire tort à elles-mêmes en se montrant dans cet état. » a Si vous voulez connaître h fond, dit Cassien, les mauvais effets que produit la tristesse, le Saint-Estrit vous 1 apprendra par ces paroles du Sage : De même que les vers rongent les habits et le bois oô ils se mettent, de même la tristesse ronge le cœur de l'homme, iProv. XXV, 20.) Comme un habit rongé par les vers ne peut plus servir à rien, et un bois vermoulu n'est plus propre à être mis en œuvre, parce qu'il tombe en poussière dès qu'on y touche, ainsi un homme ronffé de tristesse devient inutile à tout. » Mais le mal ne s'arrête pas là, ce qu'il y a de plus mauvais, c'est que la tristesse est la cause de beaucoup de tentations et de chutes, suivant ces paroles de l'Ecriture : La tristesse en a fait mourir plusieurs. De là vient que quelques-uns l'appellent une retraite de démens, et appliquent à ce sens ces mots de Job, en parlant du démon : // dort à l'ombre. [Job XL, 16.) C'est dans cette humeur sombre et noire où vous vous entretenez, disent-ils, et; ^ns ces ténèbres épaisses qui vous offusquent l'esprit, que le démon se retire et se repose ; et c'est dans cet état , qu'il prend son temps pour vous attaquer et vous perdre. On explique encore dans le même sens ces paroles du Prophète : Quand vous avez répandu les ténèbres, et que la nuit est venue, toutes les bêtes sauvages se promènent, {Ps, cni, 29.) De même que les bêtes sauvages attendent la nuit pour sortir de leurs tannières, de même le démon attend que les ténèbres de la tristesse se soient répandues sur vous pour vous inquiéter par toutes sortes de tentations : Ils tiennent leurs flèches toutes prêtes dans les carquois, pour tirer dans l obscurité sur ceux qui ont le cœur droit. {Psal. x, 21.)

Saint François disait que la tristesse dans le cœur des chrétiens était un sujet de joie pour le démon, parce qu'alors il lui est aisé ou de les jeter dans l'accablement et le désespoir, ou de les faire tourner du côté des plaisirs du monde. Ce qui arrive à ceux qui s'abandonnent à la tristesse , c'est que le démon les jette tantôt dans le désespoir, comme on le voit par Caïn et Judas ^ tantôt, croyant en venir mieux à bout, il leur propose des

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divertissements et des plaisirs, comme le seul moyen de sortir de leur abattement, et tantôt il leur présente des pensées impures et les y entretient sous le même prétexte. Or, ces tentations qui regardent les plaisirs et rimpureté , et qui ne sont que trop ordinaires aux personnes tristes, sont très-dangereuses, parce qu'un religieux s'imaginant alors qu'il serait plus heureux dans le monde se dégoûte bientôt de son état , et y renonce facilement.

<c L*âme, dit saint Grégoire, no peut jamais être sans quelque plaisir ; il faut qu'elle en trouve ou aans les choses du ciel , ou dans celles de la terre. C'est pourquoi, dès

au'elle n'en a plus dans celles du ciel , le émon qui connaît bien ce que c'est que l'homme , lui présente des pensées impures, et le soulagement que ces plaisirs apportent à sa tristesse fait qu'il les embrasse comme un remède à son mal. »

La tristesse enfin produit tant de mal que le Sage l'appelle la plus grande de toutes les plaies et qu'elle conduit bien vite à la mort. (JSceli. XXV, 17 ; xxxviii, 9.) « Elle conduit même à la mort éternelle, d dit saint Augustin, et c'est dans ce sens gu'il explique ces paroles de Jacob à ses enfants : fous serez cause que sur mes vieux jours la douleur me fera aller aux enfers, [Gen. xlii, 28.) « Jacob, dit-il, craignait gue le regret qu'il aurait de la perte de Benjamin ne fût capable de lui faire manquer son salut et de le précipiter en enfer, et c'est pour cela , ajoute t-il , que l'Apôtre nous avertit de prendre carde que quelque racine d' amer tume^ venant a pousser en hautf ne s'oppose à la grâce et ne souille beaucoup de gens. {Hebr. xii, 15.) Ce n'est pas, au reste, pour notre satisfaction et notre intérêt particulier que l'Ecriture et les saints nous avertissent tant de ne pas nous laisser alleràla tristesse, car a!il ne s'agissait d'autre chose , il importerait peu que nous fussions tristes ou non ; c'est parce que la tristesse est la source de beaucoup de péchés et de maux , et c'est aussi pour cela que le démon fait tout ce qu'il peut pour nous jeter dans l'abattement. »

Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur y dit l'Apôtre , je vous le dis encore , réjouissezvous. (Philip. IV, 4.) Le Psalmiste nous le recommande souvent aussi : Que les justes^ dit-il, se réjouissent dans le Seigneur et soient ravis de joie , et que ceux qui ont le cœur droit se réjouissent en lui. (PsaL xxxi, 11.) — Que tous ceux qui vous cherchent y 6 mon Dieu ! se plaisent et se réjouissent en vous. (-P«o/. Lxix, 5.)— Çmc toute la terre se réjouisse en Dieu; qu'elle serve le Seigneur avec plaisir , et qu'elle se présente avec joie devant lui. iPsal. xcix, 1, 2.)— Que le cœur de ceux qui cherchent le Seigneur se réjouisse. {Ps. civ, 3.) Il nous exhorte encore en plusieurs autres endroits, de servir Dieu avec Joie , et quand l'ange Raphaël salua Tobie , il lui dit : Quelajoie soit toajours'avec vous. {Job V, llT) Saint François avait coutume de dire que c'était aux démons et aux méchant? qu'il appartenait d'être tristes , mais

gue les véritables religieux devaient toujours être dans la joie. On ne doit entendre dans la demeure des justes que des cris de réjouissance pour leur salut. (jP«a/. cxvii, 15.) Et comment pourrions-nous être tristes, nous que Dieu a choisis entre tant d'autres pour nous mettre dans sa maison ?

Ce qu'on a dit de la tristesse, et le soia gue r Ecriture prend à inviter si souvent les justes à se réjouir, montre assez combien il faut servir Dieu avec joie , mais afin d'y être plus excité parles avantages qu'on en retire, voici quelques* raisons qui nous y portent : La première est que Dieu veut être servi de cette sorte. Dieu aime, dit saint Paul, celui qui donne avec joie , et non avec chagrin et par contrainte. ( // Cor. ix, 7.) Ce sont aussi les paroles du Sage : Que tout ce que vous donnerez soit toujours accompagné a un cœur gai. [Eccli. xxxv, 11.) Comme dans le monde les maîtres veulent être servis avec joie, et ne peuvent souffrir qu'on le fasse^ avec chagrin, de même Dieu, qui est le souverain maître, veut être servi avec affection et avec joie > et rejette ceux qui le font avec chagrin et avec dégoût. L'Ecriture remarque que quand les Israélites offrirent une grande quantité d'or , d'argent et do pierreries pour bâtir le temple , ils le firent avec une joie extrême , et David rendit des actions de grâces publiaues à Dieu, i)Ourle zèle et la bonne volonté du peuple. Voilà ce que Dieu recherche : il ne regarde pas l'action , mais l'esprit (jui la dirige. Dans le monde même, on dit ordinairement qu'on fait plus de cas de la bonne volonté que du reste, et au elle donne plus de prix aux moindres cnoses, tandis que sans cela les plus grands services ne touchent point et sont même à charge. Ce sont de bons mets , mais apprêtés d'une manière qui les gâte et en ôte tout le goût.

La seconde raison est que le service de Dieu rempli avec joie tourne à son honneur et à sa gloire , parce qu'on témoigne par là gu'on agit avec affection, et que tout ce qu'on fait n'est rien au prix de ce qu'on voudrait fa re. Il n'en est pas de même de ceux qui servent Dieu avec tristesse ; on dirait qu ils croient faire beaucoup, qu'ils gémissent sous le faix et qu'ils sont comme accablés sous le joug , ce qui déplaît beaucoup à Dieu ; aussi une des raisons pour lesquelles saint François no voulait pas voir ses religieux tristes , c'est que la tristesse est le signe d'une mauvaise volonté et d'un corps pesant. Quant à ceux qui servent Dieu avec joie et avec promptitude, ils semblent dire que tout ce

Ju'ils font n'est rien auprès de ce qu'ils vouraient faire. Tout ce que je fais pour vous , Seigneur, disait saint Bernard, se fait en peu de temj*^, et si le temps se prolonge, l'amour fait que je no m'en aperçoive pas. Voilà ce

aue Dieu demande de nous. Gardez^ous ^ it-il, quand vous jeûnez, détre tristes eom^ me des hypocrites ; Us se macèrent le visage^ afin de faire voir aux hommes qu Us jeûnent: mais pour vous , quand vous jeûnez, parfumez'vous la léte, lavez-vous le visage, afin dû

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ne pas f(fire paraître aux hommes qxu vous jeûnez. ( Matth. vi, 16.) Remarquons ici que

3 uelques-uns s'imaginent que pour demeurer ans la décence et la modestie religieuse, il faut tenir toujours les yeux baissés et avoir une contenance triste f ils se trompent. La modestie des religieux , dit le Pape saint Léon, doit être sainte et non triste ; il faut qu'elle soit mêlée de gaieté, etquecetle eaieté soit mêlée de modestie, et ces deux choses bien alliées ensemble produisent un bon effet dans la personne d'un religieux.

La troisième raison est que non-seulement Dieu en est plus honoré , mais que le prochain en est aussi plus édifié et la vertu plus estimée, car l'exemple de ceux qui servent ainsi Dieu a une grande force pour persuader que dans le chemin de la vertu on ne rencontre point les peines et les difficultés <^ue les méchants s'imaginent ; et comme

I homme aime naturellement la joie, celle qu'il se promet d'^ trouver le porte plus facilement à le suivre. Les prêtres que leur

Î)rofession engagent particulièrement dans e service des âmes , et par conséquent dans le commerce du moncle, doivent exercer leur ministère avec joie; car rien n'est plus

Î)ropre à inspirer Tamour de la vertu et de a jierfection ; et il est même arrivé que la joie et le contentement qui paraissent sur le visage des vrais religieux ont fait embrasser la vie religieuse à un grand nombre. Tous les hommes cnerchentà vivre contents, et s'ils savaient quel e^t le contentement d'un vrai religieux, le monde ne serait bientôt j;lus qu'un désert; mais ce contentement n'est une manne qu'à ceux qu'il lui a plu de choisir.

II l'a découverte à vous et Ta cachée à votre frère , c'est ce qui a fait qu'il est demeuré dans le siècle , et que vous êtes entré dans la religion; c'est ce qui doit aussi vous obli-

Ser à rendre à Dieu de continuelles actions 6 grâces.

La quatrième raison est que nos bonnes œuvres ont plus de mérite devant lui, et sont plus saintes et plus parfaites : car c'est une maxime de la philosophie, crue la joie

{perfectionne ,ce que l'on lait, et la tristesse e gâte. Ne voit-on pas tous les jours une grande différence entre celui qui fait une chose avec plaisir, et celui qui ne la fait qu'à regret? Il semble que l'un ne la fasse que par manière d'acquit, et seulement pour pouvoir dire qu'il fa faite; mais l'autre est tout appliqué à bien faire ce qu'il fait, et tâche ae s en acquitter du mieux possible. Saint Chrysostome dit que le contentement et la joie donnent du courage et des forces pour la pratique des bonnes œuvres; c'est pourquoi le Prophète royal disait à Dieu : JTai couru dans ta voie de vos commandements ^ lorsque vous avez dilaté mon cœur. Or, c'est la joie qui fait que rien ne donne de la peine aux justes; qu'ils courent y et ne se fatiguent point ; qu'ils marchent^ et ne se lassent jamais. La tristesse serre le cœur, elle Ate non-seulement l'envie, mais aussi la force d'agir, et fait que ce gui était auparavant très-facile devient pénible et insuppor-

table. Aaron reconnut en lui cette faiblesse, lorsque venant de perdre deux de ses enfants, que le feu du ciel avait tués, étant repris par Moïse de ce qu'il n'avait pas entièrement consommé le sacrifice : Comment ^ dit-il, aurais-je pu plaire au Seigneur ^ portant aux cérémonies un esprit accablé de deuil? Et comment disaient aussi les enfants d'Israël dans la captivité de Babylone, pourrions-nous chanter des cantiques au Seigneur danf une terre étrangère? Enfln, l'expérience nous fait voir tous ïes jours que, non-seulement la tristesse de Pâme abat i esprit , comme dit le Sage; mais qu'elle abat aussi le corps, au point qu'il semble qu'on n'ait ni force ni vigueur; et c'est par cette considération que les saints nous avertissent de ne point nous laisser abattre par la tristesse dans le temps des tentations, car cela ne sert qu'à nous décourager et à nous rendre moins propres à la résistance.

Une cinquième raison pour laquelle il est encore extrêmement à souhaiter que les Chrétiens, et surtout les religieux, servent Dieu avec joie, c'est que, quand on s'y prend ainsi , il v a tout lieu d'espérer qu'op ira jusqu'au bout, au lieu que , en s y prenant autrement, il est à craindre qu'on n'aille pas bien loin. Quand on voit qu'un homme chargé marche pesamment et comme à regret, paraît tout hors d'haleine et s'arrête à chaque pas pour se reposer ou redresser sa charge, et en laisse tomber tantôt une chose et tantôt une autre, on juge aussitôt qu'il n'en Keut plus et va tomber avec son fardeau lais quand, au contraire, on en voit un autre qui porte sa charge délibérément, chante en marchant, on s imagine qu'il en porterait encore davantage et qu'il ne demeurera pas en chemin. Il on est de môme des religieux : ceux qui ont la tristesse peinte sur le visage, en s'acquittant des devoirs de leur profession, et qui semblent gémir sous le faix, donnent mauvaise idée de leur persévérance; mais ceux qui portent le joug du Seigneur avec joie, qui s'acquittent avec plaisir des fonctions les plus basses et des exercices les plus pénibles de la religion, et n'y trouvent rien de trop difficile, donnent de grandes espérances qu'ils seront toujours fidèles à leur vocation.

Les saints regardent cette joie comme un si grand bien, qu'ils disent que, même dans les chutes spirituelles, il ne faut pas se décourager ni s'attrister; car, quoique le péché soit une des choses qui peuvent justement nous rendre tristes, cette tristesse doit être pourtant modérée par l'espérance du pardon et par la confiance en la miséricorde de Dieu , de peur^ dit l'Apôtre, que celui qui se trouve en cet état ne soit accablé par l'excès de scn ' chagrin. (Il Cor. ii, 7.) Cest pourquoi saint François, qui n'en pouvait souffrir l'apparence sur le visage ae ses religieux, dit un jour à un de ses compagnons qui paraissait triste : « IJn vrai serviteur de 6ieu ne doit jamais être chagrin que pour avoir péché; si vous en avez commis quelq^u'un, repentezvous-en et confessez-vous ; imnlorez la mi-

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nCTKKOAIRE

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!a, et dites-lui avec le Pn>li] : Remdes-moi,Stigneur, la iilanct tatutaire, et forlifUsout-puUtant de notre grâce. ■ ipliquant ce passage, dit que tndes~moi, etc., sisiiifieDt :

igneor, la joie que j avais en lut que de pécber; et cela u-ore Bïcc quel soin les Trais ieu doivent entretenir celle leur cœur, puisqu'elle est le qui sont dans sa grâce.

Srend séfèremect ceui qui, voie de Dieu, se iiJongent ns la tristesse, et ont le cœur i d'amertume, que les choses

fïlus de douceur pour eui.

it-il, abattus, languissants, lémes et & tout le monde ; et pas pour avoir commis quelel;cest, disent-ils, la uou-

„,„ -ychés véniels, et le regret de

oe pas servir Dieu comme ils le doivent et comme ils le voudraient, qni les met en cet état. ■ Or, il y a en cela de l'illusion et de l'erreur; car cette tristesse excessive dans laquelle ils se iilongent peut faire b leur Ame une plus grande plaie que les fautes mtoes dont ils saOIîgent, Elle fait qu'ils laissent augmenter un mal auquel ils auraient pu remédier avec un peu ^lus de prudence et de courage, et qu'ainsi ils tombent d'un inconvénient dans un autre ; c'est là justement ce que le démon cherche, de leur ôter la force d'agir, et de les emrCcher défaire autre choae que de s'afiliger. Ce que la vue de nos filutes et de notre laiblesse doit produire en nous, c'est de nous rendre plus Immbles, de nous exciter à demander une plus grande grSceà Dieu, puisque nous en avons besoin; enOnde nous tenir davantage sornos gardes, en profitant du passé pour l'avenirt et en prévoyaulles occasions {mur les éviter; c'est ainsi que nous avancerons plus qu'en nous laissant abattre inutilement par le chagrin. S'il fallait s'y abandonner pour les fautes que nous commettons tous les jours, quel est celui, dit le P. Avila, qui pourrait jamais avoir de ta joie et du repos? Car, êi vaut failet , Seigneur, une recherche exacte det péehéê, gui pourra la toulenirf {Psal. cxxix, 3.) Appliquez-vous à servir Dieu et à remplir vos devoirs; et s'il vous arrive de manquer en quelque chose, ne vous troublez pas et ne vous découraecz pas pour cela; tout le monde manque. Vous êtes un homme faible et non un ange ou un saint, et Dieu, qui connaît bien notre faiblesse et notre misère, ne veut pas que nous perdions courage quand nous sommes tombés. Il veut seulement que nou» ayons recours b lui pour lui demander de nouvelles forces, et que, àl'exeni- {lie des enfants qui ne sont pas plutfil tomlés qu'ils se relèvent aussitôt et se remettent a courir, nous nous relevions promptemenl et recommencions aussitôt ft courir dans la voie de ses commandements.

Les pères, dit saint Ambroise, voient la chute de leurs enfants avec plus de compas-

sion que de colère. Il cd est de m^me da

Dieu envers oous ; il dous aime comme ses enfants, il connaît notre fragilité; ainsi nos chutes et nos faiblesses excitent plntdt sa tendresse que son indignation. De même ffu'un pfre a pitié de tet enfantt, de même Dieu a pitié de ceux gui le craignent ; car il Kiit de quoi nous sommri formés, et il n'a ou oublié que nous ne sommet que poussière, {Psal. en, 13 et 1^.) Une des plus grandes consolations qu'aient ceux qui ne servent pas Dieu avec toute l'ardeur qu'il faudrait, c est de savoir que, quoique nous ne répondions pas h ses bontés comme nous le devOQs, il ne laisse pourtant pas de nous aimer et de nous souffrir : Car H est riche en miséricorde (Ephes. u, k); et nos péchés disparaissent devant sa miséricorde infinie, comme la cire

3ui fond au feu. Quels sentiments de zèle, e reconnaissance et de joie ne doit pas exciter en nous la {lensée que tant de fautes dans lesquelles nous tombons chaque jonr par faiblesse, n'emfièchent pas qu'il ne nous aime toujours aus^i tendrement, et ne diminuent rien en nous de sa grjce I

Voyons maintenant quelles sent les causes de la tristesse, afm d en connaître mieux aussi les remèdes, et en faire usage k propos. Cassien et saint Bonaventure disent que la tristesse peut naître de diverses causes. Quelquefois elle vient de la constituttoo du tempérament et de ce que l'humeur mélancolique domine tout le reste, alors c'est un mal qui a plus besoin de médedns que de directeurs. Il est pourtant à remarquer que celte huineur se nourrit et s'augmente par les pensées chagrines danslesquelles on s'entretient, et il est si dangereux de s'y laisser aller, que Cassien dit qu'il faut les éloigner de nous avec autant de soin que celles contre la pureté et la foi. — Souvent on ne saurait préciser d'où la tristesse vient, car il arrive souvent que sans sujet on tombe tout à coup, daus une profonde mélancolie, qui fait qu'on ne prend plus de plaisir à rien ; tout blesse, tout déplaît, on fuit le monde, même ses meilleurs amis, on se fait arracher les paroles, et on ne dit plus rien qu'arec sécheresse et dureté. Cela nous fait voir, dit Cassien, que nos impatiences et nos promptitudes ne viennent pas toujours du sujet que nous en donnent nos frères, mais de la mauvaise disposition de l'intérieur, et de ce que nous ne réprimons pas assez nos passions. Ainsi, le remède qu'il faut y apporter n'est pas de fuir la société deshonimes, mais de mortifier no3 passions, sans cela, partout où nous irons, nous porterons toujours avec nous la cause de noire chagrin et de notre tolère.

Il est rapporté dans la TïrdesainlFuIhyme, aiitié, qu'un de ses religieux dont la promptitude et la colère étaient devenues insui>portahles il tous les autres, résolut de sortir du monastère, et de se retirer dans le désert, croyant qu'il n'aurait plus rien à démêler avec personne, et qu'étant seul il n'aurait plus d'occasion de se ftiher et vivrait en paii. tl exécute sa résolution, s'enferme dans

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DWSCETISME.

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une cellule, et à peiae y était-il entré, qu*une cruche d'eau quu avait apportée avec lui vint à se répandre. 11 va la remplir, et ne Ta pas

{►lutôt posée à terre qu'elle se répand encore. 1 retourne de nouveau pour la remplir, prend garde à la bien poser; mais elle renverse une troisième fois; alors il la saisit de colère, la jette contre terre et la brise en mille morceaux. Revenant ensuite à lui, il réfléchit sur son emportement, et voyant qu'il ne devait pas rejeter sur ses frères la cause de sa promptitude et de sa colère, mais Tattribuer uniquement au peu de soin qu'il avait de se répnmer, il retourna promptement au monastère. On voit par là que si on a quelques mouvements de colère et de promptitude, il faut les attribuer h soi-même, et non au prochain. Mortifiez vos passions, dit Cassien, et vous vivrez en paix non-seulement avec vos frères, mais suivant les paroles de VEcriture; les bêles de la terre s'apprivoiseront avec vous. ( Job v, 25. ]

« La tristesse, dit saint Bonaventure, vient encore quelquefois de ce qu'il nous sera arrivé quelaue chose de fâcheux, ou de ce que nous n aurons pas obtenu ce que nous souhaitions avec ardeur. » Saint Grégoire et saint Au^istin sont de cet avis, et disent que la tristesse, dans les gens du monde, vient de leur attachement aux choses du siècle, car il est certain que celui qui aime quelque chose ne pe>it s'en voir priver qu'a regret, tandis que rien ne peut affliger celui qui est détaché de tout, et à qui Dieu seul sufût. 11 n'y a pas de doute, dit le P. Avila, que ce ne soient nos désirs qui font nos inquiétudes et nos chaçrins. Plus les désirs sont ardents, plus les inquiétudes sont violentes, moins on a de désirs, moins on a d'inquiétude, et quand on ne désire plus rien, on jouit d'un parfait repos. Enfin, nos désirs sont nos bourreaux, et ce sont eux qui font continuellement toute notre gène et notre supplice.

Pour en venir maintenant des choses générales aux particulières, nous dirons que ce qui fait souvent le trouble etla tristesse d'un religieux, c'est qu'il n'a pas assez de soumission et d'indifférence pour tout ce que l'obéissance peut lui prescrire. Il craint qu on ne le retire d'un lieu où il se trouve bien, qu'on ne lui 6le un emploi qu'il aime, ou qu'on ne lui en donne un autre qui ne serait

|>as de son goût, voilà ce qui le rend si méancolique et si chagrin. «Il désire ce qu'il n'a pas, dit saint Grégoire, et il craint de perdre ce qu'il a. Ainsi la crainte et l'espérance Tagitant sans cesse, suivant l'état où il se trouve, il flotte continuellement de côté et d'autre, et souffre en lui-même tous les divers changements qui arrivent aux choses auxquelles il s'attache. » Il n'en est pas de même d'un religieux qui se tient toujours dans une |)arfaite égalité d'esprit pour toutes les choses auxquelles l'obéissance peut l'obli-

ger, et qui ne met son contentement qu'en >i6u, iljouit d'un contentement parfait qu'on »e peut lui ravir. Ses supérieurs peuvent bien le retirer du lieu et de l'emploi où il

est, mais non le priver du contentement dont iljouit, puisqu'il ne le fonde sur aucuu lieu, ni sur aucun emploi, mais sur la soumission à la volonté de Dieu sur lui; ainsi, quels que soient le lieu et l'emploi qu'il occupe, il est toujours également satisfait. Si vous voulez l'être toujours, mettez votre contentement à faire la volonté de Dieu, et ne l'attachez à rien de déterminé, ni à suivre les mouvements de la vôtre; car ce n'est pas là le moyen d'être content, mais celui 'de ne l'être jamais, et d'avoir mille dégoûts et mille chagrins

Enfin, pour approfondir davantage cette matière, c'est ordinairement l'orgueil plutôt que la mélancolie qui nous rend tristes : aussi tant que l'orgueil régnera en nous, soyons sûrs que nous ne serons pas exempts de chagrins, car nous ne manquerons pas de sujets d'en avoir; ainsi nous n'aurons jamais de repos ni de douceur. Ce qu'on vient de dire du défaut de soumission pour les choses auxquelles l'obéissance peut nous engager peut se rapporter à ce que nous disons ici, carie plus souvent, lorsque nous craignons quelques emplois, ce n'est pas la difficulté qui y est attacnée qui nous les fait appréhender, puisqu'il y en a davantage dans ceux que nous recherchons, c'est l'orgueil, l'amour-propre, l'envie de nous attirer de la considération qui nous porte à vouloir les uns, et à fuir les autres. Voilà ce qui est cause que les emplois les moins pénibles et les plus aisés nous semblent si fâcheux et si difficiles; voilà ce qui nous rend si chagrins en les exerçant, et ce qui fait

3ue la seule pensée et la seule appréhension 'une telle charge nous alarme et nous afflige.

Le remède contre cette sorte de tristesse est d'être humble, et d'aimer les plus bas emplois. Apprenez de moi, dit Jésus-Christ, que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez lereposde vos âmes, {Matth. xi, 29. ) « Si nous imitons l'humilité du Sauveur, dit saint Augustin, bien loin d'éprouver de la peine et de la difficulté dans la pratique de la vertu, nous y trouverons du plaisir et de la facilité; car, ce qui la rend difficile, c'est l'attachement à sa volonté et à ses propres lumières, l'orgueil, l'amour de soiml&me, de ses plaisirs et de ses commodités. » Or, l'humilité surmonte tous ces obstacles, car elle fait qu'on s'estime peu, qu'on renonce à ses sentiments et à sa volonté , qu'on méprise les biens, les [>laisirs et les vanités du monde; et après cela, la pratique de la vertu n'a rien de difficile et do fâcheux, elle est au contraire remplie de toutes sortes de satisfactions et de douceurs.

TRITHÊME (Jean \ né à Trittenheim près de Trêves, en 1462, se fit Bénédictin, devint abbé de Spanheim, au diocèse de Mavence, en HS3, puis de Saint-Jacques à Wirtzbourg, en 1506, et mourut le 13 décembre 1516. 11 se distingua par sa vaste érudition, par sa piété et par son zèle pour la discipline. Outre plusieurs ouvrages historigues, il a laissé des ouvrages de piété. 160o, in-fol., parmi lesquels on r^arque un Commen-*^

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DICTiONMAIRE

taire $ur la rfijle de Sainl-Benotl; des Gémisiements $ur la d'cadenee de cet ordre; el des Traités sur les différent» devoirs de ta vie religieuse.

TRONSON ( Loris J, né à Paris, obtint une au roi, qu'il quitta en ^ini-Sulpicc, dont il fut S76, et mourut en 1700, s-neuf ans. C'était un sens, d'un savoir assez lé exemplaire. Il assista véques (le Meaux et de Srencos d'Issy, où les ■uyon furent examinés.

imens particuliers, 2 vol.

Cleri, 172i, Paris, in-4'.

stimés.

es Turlitptns étaient une lues, ou plutôt de liberrc.1t en France, en Allci^s-Bas, |)endant les xiu* faisaient profession |iuî, ils soutenaient qu'on ï de rien de ce qui est est l'ouvrage de Dieu; s allaient nus dans les

rues, et plusieurs commirent publiquement les mêmes impudicités que l'on a reprochées «ux anciens cyniques. Sous le voile d'une fausse spiritualité, ils séduisirent une infinité de personnes de l'un et de l'autre sexe, ils bravèrent les censures et les condamnations portées contre eux par plusieurs conciles; ils osèrent dogmatiser à Paris. L'an 1373, sous le règne de Charles V, plusieurs furent brûlés dans cette ville avec leurs livres, entre autres, un certain Jean d'Abantonne, qui était leur chef. Déjà l'an 1310, Marguerite Pori'tta, qui se distinguait parmi eux, y avait subi le même supjilice avec un de ses confrères. Elle avait fait un livre dans lequel elle s'efforçait de prouver que l'âmn, lorsqu'elle est absorbée dans l'amour de Dieu, n'est plus soumise à aucune loi, et qu'elle peut, sans st rendre coupable d'aucun crime, satisfaire tous ses appétits naturels; tous regardaient la pudeur et la modestie comme des marques de corruption intérieure, comme le caraclÈre d'une flme assujettie h la domination de l'esprit sensuel et animal, etc.

UDALRIC. moine de Cluny, né à Ratis- - bonne vers 1018, et mort au monastère de ' La Celle en 1093, fut l'une des plus grandes

I umières de l'ordre monastique. Il nous reste de lui, dans le Spieilége de v. Luc d'Achery, un Recueil des anciennes coutumes de Cluny, qui peut servir à faire connaître quelques usages de son siècle, et qui fui en grande estime dans plusieurs monastères, comme un ouvrage propre à y nourrir la régularité et la piété.

UNION (Obaison d'J. — Sa nature, sa possibilité, ses effets; manière de s'y conduire, ses voies. — Outre \ti méditation, loratjon a^ective, celle de recueillement actif et d& quiétude, il y a un cinquième degré d'oraison, qui est celui de l'union de t'ditte avecDieu. Or, on distingue plusieurs sortes d'union de l'âme avec Dieu. La première se fait en nous ynr le moyen de la grâce habituelle et sanctiûante. On était dans le péché, ou originel, ou mortel actuel, qui nous privait de Pami- , tié de Dieu, et nous désunissait d'avec lui; le péché est remis par les moyens que Dieu nous a donnés, le liaptème et la pénitence; on rentre en grâce avec Dieu, on s'unitàlui, et cette union est absolument nécessaire pour être sauvé. La seconde se fait par les actes fervents de la volonté, par lesquels nous nous unissons h Dieu, et nous l'embrassons avec ses actes, comme avec dos bras inti^rieurs, nous joignant à lui d'esprit el de cœur aussi étroitement que possible.

II y en a encore une troisième que Dieu opère en nous, en se faisant sentir à notre

âme d'une manière eitraordinatre, en se joignant intimement à elle. C'est de cette union que nous allons nous entretenir.

Cette dernière union est de deux sortes, l'une passagère et l'autre permanente. La passagère se fait par un attrait extraordinaire qui passe et qui unit notre Sme à Dieu, tantiis que cet attrait dure; par exemiile. les liquéfactions, les blessures d'amour, lesembrasements, les ravissements et autres, dout parlent les livres de sniritualité, sont des grâces d'union, mais elles sont passagères. L'union permanente est tixe, et nous est donnée par manière d'habitude. C'est de cette dernière que nous traitons, et non des autres qui ne font que passer, et n'établissent pas celui qui les a dans l'état d'union; un état supposant quelque chose de plus fixe et de plus permanent. Quant h la partie de nous-mêmes, où réside celte union, on sait que l'âme, toute simple qu'elle est, ne laisse pas d'opérer diversement selon les divers organes du corps. En quelques-uns, cette union réside tantôt daos la pointe de l'esprit, tantôt dans le fond de rSme ; dans quelques autres, c'est dans cette dernière partie, el encore diversement ; car quelquefois c'est simplement dans le Ibnd de l'âme, et d'autres fois dans le centre et dans le plus intime de l'âme. Quand l'union réside dans les deux premiers endroits, ordinairement c'est dans les commencements; mais quand on est plus avancé, c'est dans le fond de l'âme, et même dans le centre quand on a fait un grand progrès dans l'état

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d'union. C*est de cette union qu'op parlera, comme étant celle à laquelle nous devons aspirer.

Il est doux de l'éprouver, mais très difficile de le faire comprendre à ceux qui n'en ont nulle expérience. Si Dieu pourtant nous a favorisés quelquefois d'une manière passagère de quelques attraits surnaturels, nous concevrons en quelque sorte ce que' c'est que cette union. Si ces saints attraits, ces mouvements, ces onctions ou ces touches du Saint-Esprit étaient à peu près permanentes, au heu qu'elles ne sont que passagères, nous aurions l'union dont u est question, excepté qu'elle ne se ferait pas sentir toujours d'une manière si forte et si véhémente que ces attraits passagers. Voilà ce que c'est que l'oraison d'union; c'est une expérience d'une opération de Dieu, presque continuelle et permanente au fond de Jiotre âme, qu'il unit incessamment à lui.

L'oraison d'attention amoureuse à Dieu

f)résent diffère de celle-ci en ce que dans a première il y a un regard de Dieu, un souvenir de lui, et une tendance à lui, ce qui n'existe pas dans celle-c», où tout cela a cessé, sans aucune vue distincte de Dieu, sans aucun ressouvenir de lui, et sans aucune tendance à lui; nous jouissons de Dieu et nous le posiéJons, sans aller discuter ce que c'e>t dont no:is jouissons, et ce que nous |:os£édons. On ne dit pas que Tâme ne sache, avec autant d'assurance qu'on pût en avOT moralement parlant, que c'est Dieu qui se fait sentir, et que c'est lui qu'elle goûte, et avec lequel eUe est unie, mais elle n'y songe I as et n'y réfléchit pas.

S'il y a beaucoup de rapport entre l'oraison de recueillement |>assif et Toraison d'union, il y a aussi entre elles plusieurs différences. 1" Le recueillement est ordinairement court et passager, et Tunion est quelque chose de plus lixe. 2** Sans le recueillement oxJinaire, les puissances sont comme tout assoupies , et dans l'union elles sont (>lus libres et plus dégagées, parce (fue Dieu s étant retiré dans le fond de 1 âme, il ne lie pas les puissances intellectuelles de la même sorte qn il faisait dans Toraison de recueillement passif; les attraits n'y sont l>as si sensibles, mais bien plus délicats et plus spirituels, et pour l'ordinaire, ils laissent à l'âme la liberté d'agir par son entendement et sa mémoire. V oici ce qu'en dit sainte Thérèse, dans sa Tïe, écrite par elîeniême : « On sent que la volonté (dans cet état d'union) est comme liée, et jouit d'une grande joie et d'un grand re| os, dans le même temps *nie l'entendement et la mémoire sont si libres qu'ils peuvent traiter d'affaires, et s'occuper à des œuvres de charité. Or, quoiqu'il semble que ceci soit la

((il) Bossuet, dans la lettre où il répond aux difficultés que madame de la Mai3onfort lui avait proposées sur son Livre des étals d'Oraison^ avoue que racluclle et perpétuelle présence de Dieu est possible; qu*ordinairement ce qu'on appelle Tétat d*uiiion avec Dieu se réduit à une grande facilité de revenir h Dieu..., que Tunion, quoique continuelle,

même chose que ce que j'ait dit arriver dans l'oraison de quiétude, il y a de la différence, parce que dans l'oraison de quiétude l'âme demeure dans ce saint rejios dont jouissait Madeleine, sans oser se remuer; au lieu que, dans l'oraison d'union, elle se trouve capable de travailler comme Marthe. Ainsi, Ion f)eut dire qu'elle est tout ensemble dans a vie active et dans la vie contemplative, et qu'elle peut s'ap[»liquer à des œuvres de charité, è des affaires «conformes à sa profession, et à la lecture, quoiqu'elle sente bien ou elle ne pourrait disposer absolument (Telle-même, parce que sa volonté, qui est sa principale partie, est tout occupée ailleurs. C'est comme si, parlant à quelqu'un lorsqu'un autre nous parle en même temps, notre attention était partagée, et l'on connaît avec beaucoup de satisfaction que l'on est ainsi. » Remarquons gu'on a dit que cette oraison laissait ordinairement nos puissances dans une grande liberté, pour s'appliquer aux œuvres de piété, mais cela n'est pas toujours ; car il plaît à Dieu quelquefois de faire comme un écoulement «t une effusion abondante de son amour, qui les lie de la môme manière que dans l'oraison de recueillement.

Il est vrai que plusieurs traitent de rêverie tout ce qui se dit sûr ce sujet, mais on peut les mettre au nombre de ceux dont parle lapôtrc saint Jude : Ceux-cU dit-il, condamnent avec exécration ce qu'Us ignorent. (Jud, 10.) Gardons-nous d'un tel jugement. Si la conduite do Dieu sur les âmes nous est inconnue, si ses voies nous sont incompréhensibles, n'allons pas pour cela les blâmer, ni les désaprouver, croyons-en plutôt à l'expérience de sainte Thérèse, de saint Jean de la Croix, de saint François de Sales, et de tant d'autres qui n'él«ient pas des esprits faibles, et qui disent avoir goûté, senti, éprouvé cette opération habituelle de Dieu dans leur âme. Qui de nous, quand il s'agit de la direction et de la lx)nté d'un chemin, n'aime mieux s'en rapporter à ceux qui lont fréquenté, qu'à ceux qui ne l'ont jamais parcouru. Ainsi, regardons cette union de Tâme avec Dieu, comme très-possible, et même quelquefois réelle (61].

Le Saint-Esprit dans les divines Ecritures nous parle en plusieurs endroits de l'union de l'âme avec Dieu. Vnissez-vous àDieu ^ ditil dans VEcclésiaste (xi). — Mon dme, 5figneurj dit lePsalmiste, s'est tenue attachée à vous ^ et votre droite ni a soutenu. Et ailleurs: Pour moi y mon bien est de me tenir uni à Dieu. {Psal. xlii, 8; lxvii, 27.) Il y a plusieurs autres passages de l'Ancien Testament , qui montrent qu'il faut s'unir à Dieu; mais dans le Nouveau il est parlé de cette union beaucoup plus expressément. Ecoutez

n empêche pas de s'exciter aux actes distîDcls..., quilya une certaine présence de Dieu qui peut, quoiqu'on la nomme simple, compatir avec de délicates réflexions... ou'il est persuadé que la sainte Vierge a élé unie à Dieu d'une manière très-émineD|e. {Lettres de Bossuet à madame de la Maisonfort, lett« XII, rép. 4, 2,5, 5,8.)

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comment Nolre-Scigneur Ta recommandée à ses disciples: Demeurez enmi^ et moi en vous ; comme la branche de la vigne ne saurait porter de fruit d'elle-même , mais qxiil faut qu'elle demeure unie au cep , ainsi vous n'en pouvez porter aucun si vous ne demeurez en moi. Je suis le cep de la vigne , et vous en êtes les branches ; celui qui demeure en moi^ et en qui je demeure, porte beaucoup de fruits^ car vous ne pouvez rien faire sans moi. Celui qui ne demeure pas en moi sera jeté dehors comme un sarment inutile , t7 séchera et on le ramassera pour le jeter au feu. (Joan. xy.) Mais de tous les endroits où Noire-Sei-

f;neur parle de l'union qu'on doit avoir avec ui , il y a deux passages bien remarquables. Voici le premier: Si quelqu'un m'aime^ il gardera ma parole^ et mon Pire l'aimera^ et nous viendrons à lui , et nous ferons en lui notre demeure. (Joan. xiv.) Ceci s'entend à la vérité de tous ceux qui sont en état de grAce» dans lesquels Dieu fait sa demeure d'une manière tout autre que dans le reste de ses créatures; mais aussi il est vrai que, puisqu'il demeure en eux parce qu'ils l'aiment, il demeurera d'une manière plus spéciale en ceux qui l'aimeront davantage. En ceux-là il y sera comme dans sa maison , et dans ceuxci comme dans son cabinet. Ceux qui sont du commun des chrétiens sont comme des appartements où Dieu à la vérité fait sa demeure, mais où il ne se plaît pas autant que dans les autres qui sont comme ses cabinets, dans lesquels il met, pour ainsi dire, ce qu il a de plus précieux et de plus rare , et où il prend plaisir à se retirer.

Le second passage est celui-ci: Qu'ils soient en nous , comme vous , mon Pire , êtes en mot, et moi en vous. Ohl qu'elle est grande l'union que nous devrions avoir aver. Dieu, puisquelle devrait être semblable à celle qui est entre les personnes divines I Qui peut jamais atteindre un tel but? Seraieut-ce des hommes faibles comme nous? Non, il faut que celuilà même, qui veut notre union, la fasse; il faut quece soit lui qui s'approche de nous,car,pour nous,nous ne pouvons atteindre jusqu'àlui; il faut qu'il nous attire, qu'il nous presse, qu'il ndus unisse à lui , non d'une manière passagère , mais fixe et permanente ; car sans cela comment serions-nous un en Dieu, comme Notre-Seigneur est un avec son Père, et comment se vérifieront encore ces autres paroles de Jésus-Christ : Je suis en eux^ et vous en moi, afin quils soient consommés en unité? (Joan. XVII , 23.) Une union si grande et si étroite ne peut s'opérer que par la main du Tout-Puissant , mais croyons que Dieu l'opère quand il veut et avec qui il veut.

On ne dit pas que tous les chrétiens sont appelés à cette oraison d'uuion ; on convient

ippelle tous les cnretiens par grâces ordinaires; grâces par lesquelles il s'unit ceux qui lui sont Qdèles aussi étroitement que le demande l'état de perfection où il veut les élever; mais il faut aussi convenir que ces mêmes paroles peuvent et doivent

s'entendre de cette union plus particuliè. e qui se fait dans l'oraison d'union; caries paroles de Notre-Seigneur, étant générales et n'excluant aucune union , désignent dès lors par leur étendue et leur généralité l'union intime et persévérante dont il est question. Ainsi, quoiqu'on ne prétende pas que Dieu veuille opérer extraordinairement en tous les chrétiens cette union , et qu'on soit persuadé qu'il en sanctifie plusieurs sans les conduire par cette voie, on ne doute pas qu'il ne fit à un ^rand nombre la faveur de les élever à l'oraison d'union, s'ils s'en rendaient dignes en correspondant à la bonne volonté qu'il a pour eux. Mais hélas 1 qu'il trouve peu de chrétiens qui s'abandonnent véritablement à lui, et qui lui soient entièrement fidèles 1

On ignore pourquoi l'Ecriture sainte ne nous a pas instruits de cette importante matière plus ouvertement et plus en détail. Ce- *pendant, ouvrons le Nouveau Testament, et nous verrons : l'que Jésus-Christ disait aux apôtres: J'aurais encore bien des choses à vous dire , mais vous ne pourriez les porter présentement ; quand l'Esprit de vérité sera venu , il vous enseignera toute vérité. (Joan. XVI.) Saint Paul écrivait aux Corinthiens : Je ne vous ai noutris que de lait, et non de viandes solides , parce que vous êtes encore charnelê. (/ Cor. m.) Et a jx Hébreux : Vous êtes lents à entendre , car au lieu que depuis le temps qu'on vous a instruits vous devriez déjà être maîtres , vous auriez encore besoin qu'on vous apprit les premiers éléments par où l'on commence à expliquer la parole de Dieu ; et vous êtes devenus comme des gens â qui on ne devrait donnit que du lait, et ncn une nourriture solide; or, quiconque nest nourri que de lait est incapable de compren^ dre les discours de la par faite justice , comme étant encore enfant; mais la nourriture solide est pour les parfaits. (Hebr. v.) Voilà peutêtre les motifs pour lesquels l'Ecriture sainte ne parle pas ouvertement de l'oraison d'union. Quoi qu'il en soit , cette sainte voie y est suffisamment indiquée , et il ne £aut pas douter que les apôtres et les | remicrs chrétiens en partie n aient été unis à Dieu d'une manière très-parfaite.

Il ne faut pas croire que ce soit par ignorance que les fondateurs d'ordres et les instituteurs de communautés n'aient pas instruit leurs discii)les sur cette union de rAme avec Dieu; car assurément saint Antoine, saint Basile, saint fienott, saint Bruno, saint Bernard, saint François d'Assise et autres saints fondateurs d'ordre étaient dans des unions très-intimes avec Notre-Seigneur.

Comment auraient-ils passé des nuits et des journées entières dans l'oraison, s'il n'en avait été ainsi? Comment sans cette union eussent-ils pu faire les grandes choses qu*i]$ ont faites? Cela ne leur eût pas été possible. Cependant ils ont sagement fait d introduire simplement l'oraison mentale ou la méditation dans leurs ordres et leurs communautés, parce qu'il faut commencer par le, et qu'il convient de s'accommoder au grand

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nombre qui ne peut tendre plus haut » soit par faiblesse et peu de cœur , soit même quelquefois par la volonté de Dieu qui ne demande rien davantage. Si les saints avaient publiquement introduit dans leurs communautés une autre manière d'oraison , ils auraient beaucoup nui à ceux qui n*en étaient pas capables; au lieu qu'en établissant Tusage de la méclitation , ils mettaient Toraison à la portée de tous leurs disciples, sans nuire à ceux que le Saint-Esprit veut faire avancer dans ce saint exercice, quand il les trouve fidèles à la grâce et propres à ses desseins. D'ailleurs les saints , dans les directions particulières, ne manquaient pas d'aider de leurs conseils et de leur eipérience ceux

au'ils voyaient portés vers cette oraison 'union.

Les effets que l'oraison d'union produit dans les âmes sont au nombre de quatre principaux. 1° Les vertus sont plus solides que dans les autres états; 2" on est dans une parfaite indifférence de toutes choses ; 3" on ))Ossède une grande tranquillité d'esprit et de cœur ; 4" on est revêtu de lesprit de Notre- Seigneuretde sa vie.

1- Les vertus sont plus solides. Ecoutons les paroles de sainte Thérèse , pour le [)rouver. «Comme, lorsqu'on est arrivé à cette oraison d'union, les vertus sont beaucoup f)lus fortes que dans celle de quiétude, lame ne tiaura!t l'ignorer , parce qirelie se sent tout autre qu'elle n'était, et admire comment elle peut opérer de grandes choses par la vigueur que lui donne rôdeur des fleurs que Noire- Seigneur veut qui s'ouvrent, atiii de lui faire connaître les vertus qu'elle po?!>sè«le; mais elle voit clairement en même ieuips(|u'ellc a travaillé en vain durant plusieurs années pour les acquérir, et que c'est cet aimable jardinier qui l'en a enrichie en un moment. Cette connaissance la fait entrer dans une humilité encore plus profonde que celle d'auparavant, parce qu'elle voit clairement que la chose qu'elle a faite a été de donner son consentement è ce que Noire-Seigneur voulait accomplir en elle, et de recevoir avec joie ies ff races dont il l'a favorisée. » ( Vie de sainte Thérè^ par elle-même.) Voilà ce que cette

Îrrande sainte dit sur ce sujet , après en avoir ait une heureuse expérience; et ce qu'éprouvent sensiblement tous ceux à qui Dieu a fait !a grâce d'arriver à l'élat d'union. Leur charité est |)lusgrantle qu'autrefois, leur coniiance en Dieu plus ferme, leur humilité plus profonde, leur obéissance plus simple et plus pure, et ainsi des autres vertus. Il ne faut pas s'en étonner ; car dans les autres états, les vertus étaient en quelque sorte des fruits do notre travail, et en celui-ci elles sont rouvrage de Dieu.

2- La sainte indifférence pour toutes choses consiste à ne rien vouloir, à ne rien désirer avec empressement, et à être également content de tous les événements. Ainsi dans cet état, une âme est si unie à Dieu, qu'elle ne veut que ce que Dieu veut; ses désirs sont heureusement confondus avec ceux de Dieu y n'en ayant point de propres, mais

seulement se laissant mouvoir k ceux do Dieu ; et comme en Dieu tout est infiniment tranquille, il s'ensuit que cette âme ne désire et ne veut rien avec le moindre empressement, qu'elle ne veut ni la joie ni la douleur, ni les applaudissements ni les mépris, ni la santé ni la maladie, ni la solitude ni la compagnie, ni la mort ni la vie. Autrefois elle désirait la mort pour posséder plus à son aise Jésus-Christ, elle désirait vivre pour avoir le temps de faire pénitence , à présent ces désirs pe sont plus bons. S'il arrive quelquefois à cette âme comme à l'Apôtre d'en avoir quelques-uns, c'est plus par une impression reçue que par sa propre opération. Pour ce qui est des événements, excepté le péché, elle les voit avec une égale indifférence; il lui eM égal que ses bonnes œuvres aient un bon ou mauvais effet, que ses saintes entreprises réussissent ou non , en un mot , tout lui est indifférent.

Cette indifférence pourrait être blâmable si elle naissait de la stu})idité ou d'un naturel ainsi fait ; mais quand elle vient d'une volonté totalement conforme à celle de Dieu, loin «le la blâmer, on ne saurait trop l'estimer. On a vu des personnes favorisées do cette grâce, qui, entendant parler de fâcheux accidents concernant leurs amis ou ellesmêmes, les éi-outaient avec autant d'indifférence qu'une histoire du temps passé. En CCS occasions, il serait pourtant bon de s'efforcer un peu, par esprit de charité, d'entrer tians les sentiments des autres, en condescendant à leur faiblesse, à l'exemple de Notre-Seigneur qui, voyant les sœurs de Lazare pleurer la mort de leur frère, pleura avec elles. Telle était aussi la pratique de saint Paul, comme il le dit par ces paroles : Je me suis fait tout à tous pour contribuer au salut de tous (/ Cor. ix) ; qui est faible sans

?meje m'affaiblisse avec lut? qui est scandaisé sans que je brûle? (II Cor. xi.)

3" L'égalité d'esprit consiste à ne se trembler de rien;, ce qui est une suite de la sainte indifférence; car il est certain que nous n'aurions jamais aucun trouble , si nous n'avions pas de désirs. Quand une âme est fortement unie à Jésus-Christ, il semble qu'on peut dire d'elle ce qu'où dit de ceux qui, ayant gravide hautes montagnes, voient quelquefois se former au-dessous d'eux la

})luie et la grêle, les orages et la tempête, la budre et les éclairs, sans s'effrayer et se troubler, parce qu'ils sont au-dessus ; ainsi en est-il cfe quelqu'un bien uni à Dieu ; rien ne le troubln et ne lui ôte légalité d'esprit. Sainte Thérèse (dans son Château de rame) parle ainsi : « L'âme en cet état n'éprouve presque jamais de troubles intérieurs comme elle en éprouvait auparavant, parce que les sens et les puissances n'y ont aucune part, et que son saint Epoux, en se communiquant h eile d'une manière si relevée, l'a mise avec lui en assurance dans un lieu où le démon n'oserait paraître, et où, quand môme il voudrait venir, il ne lui permettrait pas d'entrer. »

Dans l'état d'union, il y a toujours à souf-

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frir, comme nous le dit sainle Thérèse, a II no faut pas s'imaginer, dit-elle, que le dessein de Dieu soit seulement de donner à ces âmes, dans ce monde, de la consolation et de la joie; ce serait une grande erreur, puisque la faveur la plps signalée que Dieu puisse nous faire, est de rendre notre vie conforme à celle que son propre Fils a menée sur la terre ; et je suis sûre qu'il ne nous départ ces faveurs que pour fortifier notre faiblesse, afin de nous rendre capables de souffrir pour son amour. » Un peu après elle ajoute : « Ainsi , tant que ceux que Dieu élève à un état si suolime vivent en ce mon le, ils endurent toujours de pénibles travaux {Château de rame). » Mais s*il est vrai que dans cet état le démon et le monde redoublent leurs persécutions, et qu on ne s'épargne pas soi-même , il est vrai aussi que tout cela est compté pour rien , et que toutes les peines et les travaux n'ôtent point l'égalité d'ame et la tranquillité d'esprit.

Sainte Thérèse déclare encore qu on peut toujours pécher. «J'ai vu, dit-elle, des âmes fort élevées qui, étant arrivées à cet état, sont tombées dans les pièges du démon, tout l'enfer se joignant ensemble dans ces rencontres, parce que ces malheureux es-

t>rits savent qu'il ne s'agit pas seulement de eur faire perdre une âme, mais plusieurs. Comment pourraient-ils l'ignorer, après tant d'expériences qu'ils en ont faites, et nous, en douter ? » Ailleurs elle ajoute : « 11 ne faut pourtant pas se persuader que lorsque Dieu a fait une si grande faveur a une âme, elle soit assurée de son salut et de ne pouvoir plus l'offenser ; je ne l'entends pas ainsi ; mais je déclare qu'en quelque lieu que je traite ce sujet, quoiqu'il semble, par ce que je dis, que Tâme ne coure plus de fortune; cela ne doit s'entendre que pour le temps que sa divine Majesté la conduira comme par la main, et qu elle ne Toffensera point. » {Château de l'âme). Voilà le sentiment de notri^ sainte ; mais ces terribles chutes arrivent rarement; il suffit qu'elles arrivent pour faire trembler tout le monde, et tenir les plus intérieurs dans une sainte crainte qui sera pour eux la mère do la sûreté.

4" On est revêtu de l'esprit de Dieu, et on rit de sa vie. Saint Paul, dans sa première Epilre aux Corinthiens^ ch. vi, nous dit que celui qui est uni au Seigneur est un même esprit avec lui. Ce n'est pas que notre esprit change de nature, mais il prend les qualités de l'esprit de Jésus-Christ, de même qu'un étranger prend l'esprit d'un pays à force de fréquenter les personnes qui f'habitent. En effet, si nous devenons semblables à ceux que nous fréquentons, comment, demeurant toujours unis à Notre-Seigneur Jésus-Christ, ne finirait-on pas par prendre son esprit? Aussi, dans le cours de cette union, la vie naturelle semble tellement éteinte et tellement absorbée en celle de Jésus-Christ, qu'il parait plutôt agir que nous-mêmes; et pour lors, on voit l'accomplissement de ces belles paroles que saint Paul disait de lui-même, et

2ue toute âme parfaitement unie à Jésushrist peut dire : Je vu, ou plutôt ce n'est plus moi qui vis^ mais c'est Jésus^Christ qui vit en moi {Gai. xl) ; c'est lui qui veut bien être lo principe de toutes mes actions, donner le mouvement à toutes mes pensées et diriger toutes mes paroles. Sainte Thérèse l'avait éjTOuvé lorsqu'elle disait d'ellemême : «Je ne me connais plus ; il semble qu'il y ait quelque autre en moi qui pense, qui parle, qui agisse, ou |)lutôt qui me foit penser, })arier. et agir. » O heureux ceux qui en sont là 1 c'est à eux que s'adressent ces paroles de saint Paul : \ous 4tes morts^ et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus- Christ. {Coloss. m.) Quel bonheur d'avoir perdu une méchante vie, pour en retrouver une si excellente ; d'être mort à toutes les choses créées, pour vivre à Dieu, de Dieu et avec Dieu I A la vérité tout cela n'est dans sa perfection que dans l'union consommée, que Ton nomme pour ce sujet transformation ; mais cependant, dès que l'on est dans cet état d'union, on y partiiipe chacun selon son degré et selon tés progrès qu'on a faits dans cette sainte voie.

Il V a peu de Chrétiens qui arrivent à cet état d'union ; c'est un malheur gue déplore sainte Thérèse, qui ne sait à quoi l'attribuer. Aussi dit-elle dans sa Vtc, qu'elle a écrite elle-même, «que ce n'est pas Dieu qui en est la cause ; c^r il est certain que de sa part, il voudrait y eu élever beaucoup. » Mais il ne les en trouve pas dignes, parce qu'ils ne veulent pas se mettre en devoir de le laisser faire en eux ce qu'il voudrait. Tout est plein de gens oui veulent et ne veulent pas : ils veulent s abandonner à Dieu, quand ils considèrent le bonheur (ju'ii y a de se mettre entre ses mains ; mais ils ne veulent pas, quand ils voient qu'il demande d'eux certaines conditions qui leur paraissent trop rudes ; comme de renoncer à tout, de se détacher de tout, de souffrir beaucoup, etc. 0 mon divin maître ! quand leur ferez-vous connaître jusqu'où vont leur lâcheté et leur aveuglement ? Hélas 1 si j'étais de ce nombre, n'ayez pas égard à ma volonté rebelle ; usez du souverain pouvoir que vous avez sur elle ; attirez-la près de vous par l'odeur de vos parfums, malgré tous les obstacles qui s y opposent. ^

On peut, dans Tétat d'union, faire en certains moments des actes , et alors il &ut s'exciter doucement à en produire, mais d'une manière très-simple et sans agitation, afin de ne pas troubler l'ouvrage que Dieu veut faire en nous. Pour penser aux mystères de la vie et de la mort de Notre-Seigneur, quelquefois Dieu les met tout d'un coup dans notre esprit ; d autres fois les solennités de l'Eglise, la vue d'une image, la prédication nous en renouvellent le souvenir. 11 faut bien se garder d'exclure et de rejeter ces pensées; elles nous serviront comme de véhicule pour porter notre cceur et notre esprit à Touvrage que Dieu fait en nous, et par ce moyen il avancera davantage. Il en est de même pour la pensée du Très-

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Saint-Sacrement de l'autel, du saint sacrifice de la messe, de Tinvocation de la sainte Vierge et des saints : tout cela nous sera d une très-grande utilité pour arriver à notre fin.

Go a plus de facilité de faire des prières Tocales dans cet état que dans le précédent , car les puissances y sont plus libres. On fera donc des prières vocales, afin d'adorer Dieu de tout son être ; mais on en fera peu, donnant presque tout le temps qu on aura de libre, après ses obligations,. à Toraison d'union, qui ne consistera qu'à se tenir recueilli et ii laisser Dieu agir en nous.

Il faut donner un temps considérable à Toraison, lors môme qu'on est parvenu à un état où Dieu opère en nous presque continuellement, parce que l'opération de Dieu n'est que pour nous attirer de plus en plus à lui et nous y unir davantage , ce qui se fait mieux dans le silence de l'oraison que

{)artout ailleurs. II est bien vrai que dans es affaires les plus embarrassantes, nous tenons à Dieu, mais non pas totalement, car nous sommes un peu partagés ; et, à cause de ce partage, l'ouvrage de Dieu en nous avance lentement; au lieu qu'il se fait plus vite quand nous donnons, pendant Toraison, toute notre attention et notre consentement à l'opération de Dieu. On ne prétend pas qu'il ne faille quitter Dieu pour Dieu, comme on la déjà dit, car Dieu est l'ami de Tordre ; mais il est certain que quiconque voudrait, hors de l'ordre de Dieu, employer 5on temps, même à de bonnes choses, sans en donner à l'oraison, s'en trouverait trèsmal. L'eipéri^nce apprend que si l'on n'est fidèle à ce saint exercice, on est comme ceux qui, avant ieûné longtemps, tombent presque en défaillance.

L'opération de Dieu est plus forte et plus sensible en certains moments que dans d'autres ; car Dieu se plait de temps en teoips à faire part à l'Ame d'une plus grande abondance de ses douceurs et de ses caresses. Pour l'ordinaire, il est dans Tâme comme un fleure de paix qui roule doucement ses eaux; mais quelquefois le fleuve déborde et inottde les campagnes voisines. Alors toutes les puissances de l'Ame se remplissent d'une céleste consolation, et se trouvent dans un très-doux recueillement. Au reste, cela arrive plus ou moins souvent, selon qu'il plaît à Dieu ; on ne peut rien déterminer là-dessus : quelques-uns l'éprouvent très-rarement, d'autres plus souvent; quelqfues-uns après la sainte communion, d'autres après avoir fait quelques austérité.?; d'autres tout d'un coup, sans avoir rien fait pour attirer cette grâce.

Pour arriver à cet ^tat d'union, il y a deux voios dont Dieu se sert en général , l'une extraordinaire et l'autre ordinaire. Les Ames que Dieu élève à l'oraison de la manière extraordinaire, sont colles qu'il y élève sans les faire passer par les divers degrés d'oraison , les prévenant, pour ainsi dire, avant toute préparation et les mettant tout d'un coup aans l'oraison d'union. Ainsi, quel-

DiCTiON:iiiRE d'Ascétisme. II.

quefois celte faveur est donnée à certaines Ames qui ne font que sortir du pèche, maji sont véritablement converties. D'autres fois elle est accordée h des personnes simples, mais qui cherchent Dieu sans trop savoir comment, n'étant point instruites de l'oraison mentale. Dieu, touché de leur simplicité et des désirs sincères qu'elles ont de se donner à lui, vient au-devant d'elles et leur accorde en un moment l'ùraison d'union. Sainte Thérèse dit on avoir connu qui y sont arrivées en ne se servant que de prières vor-ales, elles ne savaient rien laire de mieux. 11 y en a d'autres qui, dès leur entrée dans la vie intérieure, se trouvent dans l'impuissance de méditer, et dont la bonne volonté est aussitôt favorisée de l'oraison d'union. C'est ainsi que Dieu a égard à toutes sortes de personnes, et qu'il aide les Ames pour faire leur course intérieure et arriver enfin au but oii il veut les conduire.

Veici ce qu'on conseille défaire à ces personnes : 1"* Se laisser conduire comme de coutume par leur bon Maître, qui a usé de tant de miséricorde envers elles. 2" Prendre bien garde de vouloir retourner en arrière pour reprendre les routes qu'elles ont ontrc-jassées. 3° Pratiquer bien fidèlement la vertu ; car elles n'y sont pas si bien établies que d'autres qui l'ont acquise par une suite d'actoo réitérés pendant plusieurs années.

Les âmes que Dieu élève à Toiaison d'union par la voie ordinaire, sont celles qui passent par tous les degrés dont on a f arlé et qui montent ainsi jusqu'à ce qu'elles soîe;:t parvenues à l'oraison d'union. Celles qui > parviennent tout à coup, sont semblables a ces favoris qui seraient choisis par un roi pour être promus aux premières dignités sans avoir parcouru les degrés inférieurs, sans aucun mérite de leur uart; les autres ressemblent à ceux qui y sont élevés peu à peu, en passant par tous les degrés d'honneur avant de parvenir au premier qui donne une si grande part aux affections et aux faveurs du prince.

Parmi les âmes que Dieu fait passer par les divers degrés, il y en a de plusieurs sortes. 1" Les unes reçoivent des faveurs trèssurnaturelles et extraordinaires, comme des visions, des ravissements, des extases, der. blessures d'amour, etc. 2* D'autres sont peinées d'une manière extraordinaire, comme étant livrées au démon pour endurer tout ce qu'il peut faire souffrir de plus terrible» toujours pourtant selon la mesure du pouvoir qui leur est donné de Dieu, qui ne man que pas de proportionner la grâce à la tentation. 3* D'autres, après avoir passé les premiers degrés d'oraison et être entrées dans le?5 voies passives, y marchent dans un grand dénûment, par la foi nue qui leur sert de flambeau pour les conduire, mais qui ne leur donne qu'une petite lueur qui n'est pn» accompagnée de chaleur sensible. Dans cet étal, on a de la peine à parcourir sa carrière ; pour en venir à bout, il faut une très-grando fidélité. On est tenté de quitter l'oraiso i tour s'adonner aux œuvres cxtérier.rcs où

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l'on 4rouve plus de consolations , ou pour renoncer ent.èrement aux exercices de piété; mais loin de suivre ces tentations, il faut redoubler de courage et de fidélité, et Ton fera de grands progrès ; car, connue en fournissant tout ce qui est nécessaire pour faire le voyage , 'Dieu le fournit en quelque sorte soiis main, sans le faire sentir et sans qu'on s'en aperçoive, on mérite davantage, parce qu'il en coûte plus de marcher par un chemin si dénué. Marchons-y donc généreusement, et au bout de quelque temps nous arriverons à la terre promise où coulent des ruisseaux de miel et de lait. 4" Enfin, il y en a qui, après être sorties des premiers états de l'oraison, passent de degré en degré jusqu'à l'union, tantôt dans des jouissances, et tantôt dans des privations ; mais quelquefois les consolations l'emportent sur les dégoûts, et d'autres fois les privations sur les jouissances. Quelques-unes sont soutenues dans leur course intérieure par la vue simple de

Suelque mystère de la vie ou de la mort de otre-Seigneur ; d'autres par l'attrait au saint sacrement ou à la simple présence de Dieu. Toutes ces voies conduisent à la même fin. 11 y en a encore beaucoup d'autres, mais cela mènerait trop loin; on ne pourrait même en venir h bout, car Dieu a des moyens infinis pour conduire et sanctifier les âmes.

Le dernier état de la vie intérieure est celui de l'union parfaite et consommée auquel pou parviennent, mais dans lequel il y a toujours des dearés à parcourir jusqu'à ce (lu'on soit arrive à la jouissance de Dieu dans l'autre vie. Cette union parfaite et consommée , ou transformation (car c'est ainsi qu'on la nomme), consiste en trois choses : 1* dans un anéantissement de toutes propres opérations ; 2** dans une possession que Dieu prend de notre âme pour agir en nous à la place de nous-mêmes; 3" dans une jouissance fort simple et très-foncière de Dieu dans toute l'essence et les puissances de notre âme (62). {Voy. Transformation.)

11 y a deux sortes d'anéantissement de toutes propres opérations, l'un actif et l'autre passif. 1" L'actii se fait par la personne d'oraison, qui, aidée de la grâce commune, renonce à ses manières d agir ordinaires, naturelles et humaines, pour s'abandonner à l'esprit de Notre-Seigneur. C'était la pratique des grands serviteurs de Dieu; nous voyons dans leur vie qu'avant de répondre à des demandes qu'on leur faisait, ou avant de faire quelque action tant soit peu considérable, ils s'arrêtaient tout court, renonçaient à leurs propres lumières et à leurs inclinations pour recevoir les impressions et les lumières de Notre-Seigneur. Cette pratique est excellente, et si l'on y était fidèle, il ne se glisserait pas tant de manquements dans nos actions ; on ne ferait pas les choses par l^assion, par humeur, par inclination, ni se-

(Gâ) f Dans Toraison de transformation, on devient un même esprit avec Dieu par ranéanlissement de ses jugements, de ses volontés, de ses actes, de ses iHiissaiiccs, cl pour ainsi dire de son être; comme le Lois, après avoir été desséche cl purifie, est changé

Ion le raisonnemeni naturel, ni |:ar prudence humaine ; mais on les ferait dans 1 esprit de Notre-Seigneur, et c'est là l'unique moyen de les faire avec la perfection requise. 2* L'anéantissement passif est celui que Dieu seul opère dans une âme, et par lequel il bannit non-seulement toutes les opérations propres de cette âme, mais même les opérations sen* si blés qu'il avait coutume de lui imprimer; elle n'a plus ce doux recueillement dont Dieu la favorisait autrefois ; elle n'éprouve plus ces unions sensibles, ces transports d'amour ; Dieu la prive de tout cela pour la rendre ensuite capable de la plus parfaite de toutes ses opérations.

Par cette possession que Dieu prend dé notre âme pour agir en nous à la place do nous-mêmes, notre âme agit encore quand elle est parvenue une fois à l'état de transformation; mais dans son action elle est conduite par l'impression uu Saint-Esprit qui demeure d'une manière toute spéciale en elle, l'excite à agir, et la met en œuvre quand et comment il lui platt. Dieu est dans cette âme comme un roi qui y commande absolument; il ordonne aux pieds de marcher, et ils marchent ; aux yeux de voir, et Ils voient; aux mains d'opérer, et elles opèrent ; à la langue de parler, et elle parle ; à l'esprit de s'appliquer, et il s'applique ; à la volonté de vouloir, et elle veut. C'est ainsi que l'âme est gouvernée, non pas selon ses inclinations, car elle ne paraît plus en avoir, mais selon qu'il plaît à son divin Maître; en sorte que 1 on pourrait lui appliquer ces paroles de Notre-Seiçneur à saint Pierre : En vérité y en réritéyje vous le dis, lorsque vous étiez plus jeune, vous tous ceigniet vous-même et vous alliez où votis vouliez; mais lorsque vous serez vieuxy vous étendrez vos mainsy et un autre vous ceindra et vous minera où vous ne vaudrez pas. [Joan, xxi.)

La nature assurément en souffre, parce qu'elle se voit liée et garrottée, ce qui ne peut lui être agréable; mais la partie raisonnable est ravie de voir que Dieu veut prendre soin de la gouverner. Elle avait dit souvent avec David : Mon âme ne demeurera-t-elle pas soumise à Dieu. . . ? MaiSy mon dme^ demeurez toiijours soumise à votre Dieu, (Ps. t,xu 1, 5.) Elle voit à présent l'accomplissenicnt de ce souhait et elle s'en réiouit, parce qu'elle sait que Dieu est un excellent pilote qui lui fera éviter le naufrage qu'elle courait risque de faire à tout moment^ et un bon guide qui la conduira sûrement dans les voies du saluL L'âme qui est en cet état peut se retirer de cette soumission à la conduite de Dieu, et elle ne le fait que trop, à moins d'une fidélité extraordinaire; mais alors elle cesse d'ag'r divinement, afin d'agir humainement, ce qui est pour elle un grand malheur et une grande perte.

Enfin par cette jouissance fort simple et

et converti en feu, avec cette différence qne le bois change de nature, el que Tâme conserve la sienne,

3uflq\:e pénétrée qu'elle soit de Dieu. • (Méthode 'Oraison par le P. Trasset, cli. 3.)

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très-foncière de Dieu dans toute l'essence et les puissances de rAme> on entend que Toraisôn se faisant alors avec un abandon continuel à ropération de Dieu , Tâme se trouve parfois aans une telle jouissance, que ceux qui ont le bonheur de l'éprouver ne peuvent se l'expliquer qu'en disant que l'on est tout pénétré de Dieu, tout imbibé de lui et tout transformé en lui ; comme. si Dieu et lôme étaient mêlés ensemble, de même que Teau d'une rivière est mêlée avec celle de la mer dans laquelle elle se jette, ou deux morceaux de cire qu'on aurait fondus dans un même vase. En effet, dans cet état, l'on ne jouit jpas de Dieu comme autrefois, lorsqu'il se faisait sentir tantôt dans une partie de l'âme et tantôt dans une autre, seton notre manière de concevoir; mais Dieu se répand dans toute l'essence de l'âme , dans toutes ses capacités et dans toutes ses puissances. C'est quelquefois comme un avant-goût du paradis.

Cette grande jouissance n'est pas continuelle, car, outre que l'opération cle Dieu est quelquefois si délicate qu'à peine peut-on s'en apercevoir, il y a dans cet état de transformation divers changements et diverses opérations qui crucifient les âmes et leur font souvenir qu'elles sont encore dans cette vie mortelle. £n attendant que nous soyons élevés à cet état, travaillons fidèlement selon le talent que Dieu nous donne actuellement ; mettons tout notre soin, non pas à désirer les jouissances de Dieu, mais a nous rendre agréables à ses yeux, fidèles à ses attraits, soumis à ses ordres, abandonnés à sa conduite, et constants dans l'oraison.

CoKGLusioN. — Avis aux personnes d'orai' êOfif en quelque degré qu'elles puissent être, — I. Pour réussir dans l'oraison, on ne doit point mettre de limites dans son avancement en ce saint exercice, mais faire tout son possible |K)ur s'y perfectionner de plus en plus.

II. Chacun doit se contenter de son sort, * ficher de connaître ce que Dieu demande de ui, et après l'avoir connu, marcher avec vigueur et persévérance par la voie qui lui est marquée, sans en désirer ni en chercher une autre. Ainsi, il faut éviter de faire comme ceux gui lisent plusieurs livres, et qui veulent aller par tous les chemins dont il est parlé. Il faut aussi éviter, si l'on est conduit par la voie d'amour et de jouissance, de vouloir rétre par celle de simplicité et de pure foi, et si I on est conduit de cette dernière façon , de vouloir l'être de l'autre. De môme si Von est dans les grandes peines, il ne faut pas souhaiter d'être mené par la voie des grandes faveurs, et si l'on est dans les grandes faveurs, par celle des grandes peines. Il est très-important d'embrasser de tout son cœur l'ordre que Dieu veut tenir sur notre conduite. O mon Dieu! devons-nous dire, que voulez-vous que je fasse? Ce n'est pas à moi à. choisir ni à vouloir, mais à vous à choisir et à vouloir pour moi car vous êtes monDieuy et mon sort est entre vos mains. {Ps. xxx, 18.) III. Il faut prendre garde de ne jamais con-

damner la voie des autres, ni de préférer sa voie à la leur. Que ceux donc qui sont attirés de Dieu d'une manière extraordinaire ne s'estiment point au-dessus de ceux qui ne sont pas prévenus de ces grandes grâces, et que ceux-ci ne taxent point ce qui paraît d'extraordinaire dans ceux-là d'illusion et de tromperie du démon. Que ceux qui sont conduits par les tribulations ne se préfèrent point à ceux qui le sont par les jouissances, et que ceux-ci ne conaamnent point la voie de c^ux-là. Il faut s'abstenir de faire la comparaison d'une voie à l'autre, elles sont toutes bonnes, et elles font toutes également de grands saints. La meilleure pour nous est celle par laquelle Dieu veut que nous marchions; le mérite de la sainteté ne dépendant pas de la manière dont on est attiré de Dieu, mais de l'union qu'on a avec lui, laquelle peut être égale dans tous les états et les manîères d'oraison.

IV. En tout état il faut s*attacher aux choses que Dieu demande de nous p^ar sa volonté déclarée , c'est-à-dire par sa loi, par nos règles et les ordres des supérieurs. Pour celles que nous croyons que Dieu nous demande pr des instincts particuliers , elles sont sujettes à un grand examen, et pour peu ou'elles vous excitent de trouble, il faut sans nésiter les abandonner.

V. Tous ceux qui veulent avancer dans l'oraison doivent se mettre sous la conduite d'un docteur expérimenté. Par là ils sauront mieux ce que Dieu demande d'eux que tous les livres qu'ils pourraient lire. Mais il est nécessaire que le directeur ne soit pas du nombre de ceux qui veulent que toutes les personnes qui sont sous leur conduite marchent par leur voie ; il doit donc en savoir

Elus d'une, car sans cela il pourrait faire eaucoup de peine, et même beaucoup de tort aux âmes qu'il dirige, en mettant, comme dit saint Jean de la Croix, sa main grossière à l'ouvrage de Dieu , ouvrage qu'il ne fera que salir et gâter s'il n'a soin de suivre pas à pas les desseins de Dieu sur les âmes, sans prévenir ses voies, se contentant d'ôter tous les obstacles qui pourraient les empêcher d'y marcher librement

VI. Les personnes d'oraison doivent bien se persuader que ce que Dieu demande d'elles est de travailler solidement à la vertu. Ce serait se tromper fortement de croire qu'il faut faire l'oraison pour l'oraison ; telle n'est pas l'intention de pieu : il veut que nous fassions oraison pour devenir plus vertueux, et nous rendre par là plus agréables à sa divine Majesté. Quand Dieu opère en nous, quand il nous fait jouir de ses douceurs , ce n'est pas pour nous y arrêter, mais pour gagner notre cœur, afin qu'ensuite nous venions à la pratique de toutes les vertus; c'est là la fin de l'oraison, et quiconque croit autrement est dans l'erreur. Ainsi, lorsqu'on est véritablement dévoué à l'oraison , on est d'une vertu solide, « on fait de grandes choses pour Dieu, dit sainte Thérèse {Château de Vàme)y et l'on ne se sauve jamais tout seul, mais on en attire beaucoup d'autres, soit par les bons

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