‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 84 sur 315 · TIN · texte numérisé non relu

TIN

Traité de la vie spirituelle ; — 2' Traité de la fin du monde ^ ou de la ruine de la vie spirituelle : — 3" Traité de la dignité eeelésiastiqtUy et de la foi eatholiaue ; — k" Explication de f Oraison Dominicale^ etc.

VINTRAS (Pibrrb-Michel), chef d'une nouvelle secte de montanistes et de faux mystiques, qui se forma vers Tan 18^0-il dans le diocèse de Bajeux, sous la dénomination diOEuvre de la miséricorde. Il se révéla surtout par un Opuscule sur des communications annonçant cette œuvre, dont voici la substance :

Art. V\ Œuvre de la miséricorde. — La mission de Pierre-Michel est appelée par lui Œuvre de la miséricorde ^ ))arce qu'elle a pour but, dit-il, de fléchir la colère de Dieu et d'aider à la conversion dés pécheurs. Il annonce qu'après un grand bouleversement dans la société, le règne du Saint-Esprit commencera sur la terre épurée. C'est ici aussi que commence l'erreur. — Il enseigne « que le premier règne, celui du Père, était le règne de la crainte (sous la loi mosaïque). — Que le second règne, celui du Fils, était le règne de la grdccy de la conciliation, qui devait tout purifier pour nous conduire a celui de l'ara :>ur. - Que le troisième règne , celui du Saint-Esprit, est le règne de Vamourj c'est «ussi celui dont Pierre-Michel a été élu le prédicateur, ainsi que Mon tan. » —Il suppose donc, par cette distinction bien formelle, que le règne du Père n'était pas en même temps celui du Fils, et celui du Fils en même temps celui du Père et du Saint-Esprit. Or c'est la doctrine catholique que la très-sainte Trinité, Père, ï'ils et Saint-Esprit, n'a pas moins régné sous la loi de Moïse que sous la loi de grâce ; que, quoique les trois personnes soient parfaitement distinctes les unes des autres dans leurs opérations re/orfvf^ {ad tn^ra, suivant Teipression des théologiens), elles ne le sont pomtdans leurs opérations fx^MVtirf* {ad exdra), et qu'elles y concourent toutes trois également. D'où il suit que le règne du Pèr« est tout à la fois celui du Fils et du Sainl-Esprit.

Qui ne sait d'ailleurs que l'inspiration des

Krophètes, partie essentielle de l'ancienne >i, est attribuée spécialement au Saint-Esl)rit, ainsi que celle des apôtres sous la loi de grâce ? W'est-il pas éviaent que le grand mystère de l'Incarnation est regardé comme l'ouvrage du Saint-Esprit : Spiritus sanctus superveniet in te(Luc. i,35); conceptus est deSpiritu fancto (Symb. apost.); que c'est le Saint-Esprit qui a enseigne aux aj ôlres toute vérité [Joan. xxvi, 15), qui leur a donné le don des langues [Act. n, fc), etc.. Mais, encore un coup, toutes ces merveilleuses opérations du Saint-Esprit lui étaient communes avec le Père et le Fils, quoique la puissance soit principalement attribuée au Père, la saf^esse au Fils et la bonté au Saint-Esprit, ^ans les saintes Ecritures. Que devient donc le nouveau système imaginé par Pierre-Michel, et qu'il a emprunte à un célèbre hérésiarque? En enseignant, comme il prétend, d?s vérités ignorées jusqu'à présent, ne

donne-t-il pas un JémentiàNotro-Seigneur,

2ui a déclaré à ses apôtres que le Saint- Isprit leur enseignera toute vérité? Ne semble-t-il pas supposer que le Sauveur du monde a jugé à propos de cachera ses disciples certaines vérités de la plus haute importance, que le Saint-Esprit a tenues comme en réserve , jusqu'au jour où son grand prophète Pierre-Michel les annoncerait de sa part ?

Nous voyons dans ce premier article que Pierre-Micliel a employé, pour fa ire accroire àsesdisciplcsqu'il est véritablement l'organe du Saint-Esprit, Aesmoyens de séduction qui annoncent un homme adroit, tout simple ouvrier qu'il est, à manier les esprits.

Voici le premier : « C'est un bruit assez généralement répandu dans la société que la France est menacée de grands malheurs. De sinistres prophéties , propagées par tout le royaume depuis bien des années, ne nous prîédisent que désastres, incendies , bouleversement général dans Paris et autres grandes villes... » Pierre-Michel a profilé adroitement de ces impressions si générales de terreur, pour efl^rayer ses disciples elles engager à s'en préserver en adoptant ses rêveries. « L'OEuvre de la Miséricorde, dit-iî, annonce que Dieu, irrité des crimes de la terre, va la frapper; elle prophétise des malheurs inouïs, la destruction cies villes, et des événements effroyables, au milieu desquels la lutte s'élèvera puissante, acharnée entre les hommes, les anges et les démons sur la terre, et parmi les éléments. Vers la fin de cette lutte, les anges vaincront les démons à face humaine, Tarchange Michel enchaînera Lucifer, et le règne du Saint-Esprit commencera sur la terre. » La conséquence est facile à tirer : Venez à mot, et vous serez à couvert.

Deuxième moyen de scduction. — On s'est occupé pendant nombre d'années, surtout depuis la mémorable prophétie de Martin, do Gallardon, et sa visite au roi, du sort du prétendu Dauphin, fils de Louis XVI. Les uns assurent qu'il est mort au Temple ; les autres, qu'il est encore vivant, et qu'il doit reparaître tôt ou tard dans une crise politiquo pour monter sur le trône. C'est aussi ce qu'assurent certaines proi)héties qui ont circulé à Paris et dans les provinces, Pierre- Michel se déclare en faveur du dauphin vivant. Pour se concilier en môme temps ce grand nombre de légitimistes qui ne reconnaissent que le duc de Bordeaux pour vrai et unique héritier du trône, il annonce que ce jeune prince reconnaîtra les droits antérieurs du daiiphin, et deviendra son auxiliaire.

« Au fort de ces événements terribles, dit Pierre-Michel, Dieu doit se servir du duc de Normandie, le convertir et le rendre nouveau Cyruset Constantin. Ce prince, appelé monarque, doit ensuite, conjointement avec un nouveau saint Pape, établir définitivement le règne de Dieu sur toute la terre. Ce prince doit prophétiser et faire des miracles. Le duiî de Bordeaux, qui se démettra de ses droits

Page 1