‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 88 sur 315 · TIS · texte numérisé non relu

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iiottvent arriver de deux manières : d'abord le fait 4>eut n'exister que dans les sens des spectateurs. Dieu peut opérer dans leurs yeux un changement par lequel ils sont frappés, comme par la présence du sançet de la cnair de Jésus-Christ, sans qu'il y ait aucun changement dans le sacrement lui-même. Ensuite, on peut supposer que réellement il y a objectivement dans l'Eucharistie ce que Ton croit voir. Saint Thomas ajoute {m part., q. 76), que le premier mode a lieu lorsqu'une ou plusieurs personnes voient la merveille et que les autres ne la voient pas; le second mode a lieu lorsque tout le monde et fjendant longtemps voit la même merveille.

Mais dans l'un et l'autre cas, J^sus-Christ reste présent dans le Saint-Sacrement ; car dit-il, dans le premier mode, il n'y a au^un iîliansement dans le sacrement lui-même ; et dans le second mode, les dimensions du sacrement restant les mômes, et devenant, selon le saint docteur, le fondement d'autres i^ccidcnts, le corps du Christ demeure dans le sacrement, sans qu'il y ait illusion dans l'un ou l'autre cas, car l'apparition n'a lieu que pour démontrer la présence réelle de Jésus4^.hrist dans l'Eucharistie. Théophile Raynaut, Philippe Moria de Saint-Paul, le cardinalCienfuegos, professent le môme sentiment.

Maintenant on peut demander comment les apparitions impersonnelles de Dieu peu- Vent devenir sensibles.

Lorsqu'un ange aiiparatt non pour sa personne, en son nom , mais au nom de Dieu , o-.« dit que c'est Dieu principalement qui a,)paraît et qui est vu. Quoique Dieu ne prenne point alors pour lui-même un corps visible, et ([ue l'ange y figure comme cause

Earticulière , cependant on peut dire que 'ieu est là comme César dans son image, et jwirlant jiar la bouche de l'ange. L'anjje est présent, il est vrai; mais Dieu est aussi présent et même plus présent que l'ange ; car la place de Dieu est plus erande que celle ciu min'stre. Saint A\xgasiin(Contr,Adimant.y 4'.. 9) dit avec iustesse que ce qui apparaît ^:)eut être appelé Dieu à cause de la personnalité divine qui se cache sous la figure de l'ange.

Les bons anges peuvent apparaître sensihlemcnt^ nous l'avons déjà affirmé ; mais il n'est pas difficile de le prouver. Car dans TAncien Testament ces apparitions ont été fréquentes , non-seulement lorsqu'ils tenaient la place de Dieu et parlaient en sou nom, mais encore lorsqu'ils apparaissaient vn leur propre nom. Ainsi David ( // Reg, xxiv) a vu l'ange exterminateur. Ainsi l'ange Itaphaël fut le compagnon visible du fils de Tobie dans son long voyage, et lui rendit divers services dans sa route; revenu auprès du père il eut encore un long entretien avec lui. Dans le Nouveau Testament l'ange Gabriel apparut visiblement et sans aucun doute à la très-sainte Vierge, et à la naissance et à la résurrection de Jésus, des apparitions semblables ont eu lieu. D'autres apparitions ont eu lieu en divers temps.

lAct. I, 10; XII, 7. ) Les saints Pères sont d'accord sur ce point. Voici ce que nous lisons dans saint Augustin {De eivit. Dei^ c. 13) : que les anges ont apparu aux hommes et dans des corps humains, de sorte qu'ils pouvaient non-seulement être vus, mais encore être touchés. Saint Cyprien (De Cardin. Christi opcr.y in prœfat.), saint Atnanase ( serm. 4, contr. Àrian, ), avaient devancé saint Augustin dans cette opinion.

Saint Jean Daraascène, saint Isidore, saint Bernard, saint Bonaventure, les ont suivis. Sainte Thérèse (c. 29] a vu un ange sous une forme humaine, qui lui perçoit le cœur avec un javelot enllammé.

1^ raison nous fait comprendre que les^ anges connaissent la matière de la créationr ils peuvent s'en former des corps visibles^ et apparaître sensiblement aux hommes dans cet état, et saint Thomas en donne ces considérations : c'est que Dieu voulait honorer à l'avance la nature humaine, puisque la Verl>e divin devait s'en revêtir, et nous donner un gage de la société que nous devons avoir un jour avec les anges dans la jrntrie future.

Lapparition sensible des bons anges estelte miraculeuse? (Juxia Bordon, De miraculisy médit. 13.) Toutes les fois que les anges apparaissent sensiblement, il y a un fait miraculeux. Car soit que les anges prennent un corps en s'adaptant des organes qu'il ont préparés avec les éléments existant dans la nature, soit que Dieu lui-même leur fournisse directement ces enveloppes terrestres,, il est certain gue ce corps et ces organes existent et agissent en dehoi s des lois établies, puisque le corps humain n'a pas une origine pareille dans l'état actuel des choses, et que les anges n'ont pas naturellement cette union. Le sentiment de saint Thomas (i part., q. 51), c'est qu'il faut remonter à la puissance divine, divina virtute^ pour expliquer comment les corps sensibles des anges apparaissant sur la terre ont pu être formés.

Autre question : Comment les bons anges se sont-ils unis à ces corps? Pour qu'on puisso dire que les anges ont pris quelquefois des corps, il faut bien qu'il y ait eu une certaine union entre eux et les corps qu'ils prenaient. Ce n'est ni une union informati ve,tn/brfiialiVo, 1 arec que les anges ne peuvent pas devenir une seule nature avec leurs corps; ni une ninonhyposlatique^ qui ne peut convenir qu'à Jésus-Christ; m l'union du moteur avec la chose mue, moventis cum mo6t/t, comme Habacuc et le diacre Philippe furent enlevés par l'ange ; mais c'est une union assomptive, assumptivOf dans laquelle un ange, ayant pris un corps, y est intimement uni, s'en sert, et Itii communique le mouvement et Taclion par un principe intérieur.

Les opérations des anges dans les corps on ils sont uniSn sont-ce des opérations vitales? Non, l'union des anges avec les corps au moyen desquels se font les apparitions, n'est pas une union vitale, n'entraîne pas des opérations vitales : ce sont des opérations,

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c'est une union vitale, mais d'une vilRtité similituri inaire. Ainsi, lorsque les anges man- '' geaient et butaient v ils mangeaient ot buraient réellement ; il y avait division de la matière, mais il n'y avait pas absorption vi* taie selon toutes les lois et toutes les conséquences de l'absorption de la nourriture que nous appliquons h notre usage.

Lts démons peuvent-ils apparatlre semiblemenl aux kommtiî Oui, les esprits malins ou les démons peuvent apparaître sensiblement aux hommes. Cela est prouvé d'abord Ïar l'Ecriture sainte. Ainsi, dans l'Ancien estament, nous voyons que le démon entra dans le corps d'un vrai scrfent, et, en remuant ses orgnnes, il produisait un son fcrafolabte à la modulation de la voix humaine, comme l'exposent saint Chrv?o.Momc, Procope, sninl Augustin. Dans lis Nouveau Testament, le démon apparaît à Notre-Scigneur (Malth. )v; tue. ly), lui promettant tous les royanmes de -la terre, s'il voulait se prosterner devant lui cl l'adorer; ce que les oommentateurs entendent du démon ayant pris une ferme corporelle. Les saints Pères ont pensé de même, et saint Athanas», dans sa rie de saint Antoine, rapporte que les démons apparurent à ce patriarche de la vie monastique sous différentes figures d'animaux, pour le tenter et le faire souffrir.

La vertu angéliquc, comme nous l'avons vu, suffit à fa*;onner des corps qui soient ai.tes à recevoir les esprits d'un ordre différent du nôtre, et à en tirer l'usage qu'ils avaient en vue, et Dieu le permet, soit pour la icrreui des méchants, soit pour l'épreuve des bons,

Les mauvais anges apitaraissent de deux manières, soit sous une forme terrible, pour inspirer de l'horreur, soit sous une forme glorieuse et magnilîque, pour simuler un ange de lumière. Quoiqu'ils puissent prendre la forme humaine, ou des animaux, ou d'autres figures, comme les bons anges, cependant leur puissance en cela est inférieure. Suarez(i)e aitgelis, c. 34) pense que les corps (les anges sont formés de rair le plus pur, et ceux que prennent les démons, de la matière la plus grossière de la création.

Les àmet des bienheureux peuvent nous ap-

Îtarottre. Nous l'établissons par la sainte friture (1 Reg. xxvui). On lit que Samuel fut ressuscité des morts, et apparut à Saiil. Dans la glorieuse transfiguration de Notre - Seigneur, Moïse ot Elie apparurent et parlèrent avec lui. Saint Thomas (ui p., q. 45) enseigne que l'Ame de Moïse n'avait point repris son corps, mais qu'il avait pris un corps aérien, ou d'une manière quelconque, tel que les anges apparaissent; mais quElie avait, de son côté, son vrai corps, parce que ce corps, il l'avait emporté au ciel; sur quoi il remarque vraisemblablement qu'il n'avait pas rapporté ce corps du ciel empyrée, mais <le quelque lieu éminenl, oii il avait été emporté rar le char de feu, faisant entendre par là qu Ëlie dans la ciel vivait h la fagim des autres élus, c'cit-à-direrans cor;!?, jus-

qu'au Jour du jugement, dans la Vie de êiiint Sen resté trois jours dnns sa ci yeux dnns les airs, il vit sortir de son corps sous :

et pénétrer dans la profoi Ensuite le même docteur c « Pendant qu'il fixait un i lecie), illuiapparaissaitu santé. Il vit l'âme de Germain, évèque de Capoue, portée au ciel comme une sphère c'e feu par les anges.B Plus loin encore, le mène saint, parlant de la mort de saint Henolt, ajoute que deux religieux virent un chcm n lumineux tracé en ligne droite vers l'orient, depuis la cellule du saint jusqu'au cie? l'n homme vénérable apparut aux religieux, et leur demanda s'ils comprenaient le .sens de cette vision. Comme tU eurent avoué qu'ils l'ignoraient, ce personnage merveilleux lerr dit que c'était le chemin mie saint Benoît suivait pour aller au cief. feaint Jér6me trconte, dans la Yie de saint Paul, ermite, f^uo saint Antoine vit saint Paul parmi les légions des anges, au milieu de la troupe des prophètes, des chœurs des apAtres, brillant d i:ne blancheur éblouissante. Saint Bernard api a* rut, après sa mort, à son frère Guillaume, cl lui donna l'assurance de son btinheur dans le ciel. Saint Thomas, de son côté, enseigne la doctrine que les flmes des saints peuvent sortir pour un temps du ciel, et s'envelopper d'une forme corporelle, La raison, découvra trois motifs de ces apparitions des îlmos justes : c'est de donner la certitude de leur bonheur pour l'édification des âmes, de justifier les volontés de Dieu, de venir soulager les infirmes et les mourants

Comment se fait telle apparition? Noun laisserons répondre saint Augustin (/>« cvra pro morluie gerend.) ; « Lorsque des Chrétiens décédés apparaissent à quelqu'un, soit dans le sommeil, soit dans la veille, ils n'apparaissent point dans la réalité de leur^ corps, et tels qu'ils sont ; mais ils apparaissent avec une certaine lessemblancc de l'état ordinaire; et nous pensons que les choses arrivent ainsi par la provideine de Dieu, et par le ministère des anges; ce qui' Dieu permet pour encourager les uns, éjiouvanter les autres, ratifier ses ordres, selon lo secret de la profondeur de ses conseils. » Dn reste,.le saint docteur ne pense pas que les flmes des morts ont par elles-mêmes la connaissance de ce que nous faisons et de n; que nous disons sur la terre, et s'ils lo suvent quelquefois, ils l'apprennentlpar les anges qui veillent sur nous pendant la vie. »

il est certain d'ailleurs que des personnes vivantes encore sur la terre peuvent apparaître à de grandes distances h d'autres personnes vivanle-s. Ceci est confirmé par saint Bonaventure dans sa Vie de saint François d'Assise, qui était en même temps en Italie, et personnellement assistant au chapitre de l'ordre il Arles. Dans la bulle de canonisation de saint Pierre d'Alcantara, un voit aussi

?u'il fut ]>lusieurs en plusieurs endroits drférents, et cela dans le méuie momeiifr. Utt

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voit le môme fait dans les actes de canonisation de saint Philippe de Néri.

Ces apparitions sont de vrais miracles. C'est l'opinion commune des docteurs avec saint Thomas (i p., q. 89); c'est l'opinion de Macnon {Dissert, de lacrym ) ; de Matthœuccius (Jnpract. Th. can. ad causas beat.).

Les âmes qui sont dans le purgatoire peu* vent apparaître. Dieu permet quelquefois que les âmes qui souffr<^nt dans le purgatoire apparaissent, soii pour notre instruction, sojt pour demander des suffrages pour ellesmêmes. C'est l'enseignement de saint Thomas (Swpjp., q. 69); il dit quelles peuvent apparaître visiblement pour demander des suffrages. Bollandus rapjiorte (Vita Lutgondi) tju'lnuocent 111 apparut à saint Lulgond, kprès sa mort, et lui annonça que, par son intercession, il avait échappé à la mort éternelle , et délivré de rudes tourments. — Cette apparition se fait aussi par le ministère des anges, particulièrement des anges gardiens

Les damnes peuvent-ils apparaître? Oui, les âmes des damnés peuvent aussi apparaître. Voici comment saint Thomas s'exprime à ce sujet : « On neut croire que les damnés apparaissent quelquefois aux hommes pour leur instruction. » (Supp.<f q. 69.) Baronius rapporte un fait qui confirme cette croyance. On peut croire que ces sortes d'apparitions des damnés se font, non point par le minis* tère des bons anges, mais par celui des démons.

On n'a pas connaissance que des enfants morts sans baptême aient apparu, parce que, disent les auteurs qui ont parlé sur ce point, on ne po irrait tirer aucune utilité de leurs apparitidns, ni aucun exemple de vertu : c est le sentiment du cardinal Bona.

Des visions simplement imaginaires. — Ce genre de visions est plus parfait que le précéJent, en ce que cette vision n'est point corporelle ; elle s'opère dans une portion de l'âme plus intime que la vision corporelle. Nous la définissons : Une communication divine et céleste, par laquelle notre âme aperçoit certaines choses aussi clairement que st on les voyait des yeux du corps.

Il ya deux sortes de ces visions d'imaçi* Ration. Les unes s'opèrent dans la veille, comme les visions d'Ezéchiel et de saint Jean dans l'Apocalypse ; les autres, dans le sommeil , comme la vision de l'échelle de Jacob.

Ces visions peuvent se faire de deux manières: soit que Dieu dispose les sens de manière à ce qu'ils perçoivent de tels objets, soit que réellement il forme de nouveaux objets extérieurs pour les placer devant les sens. lit on pense communément que cela se fait par les anges exécutant les orures de Dieu.

Dieu peut se manifester aux hommes par le moyen de ces visions imaginaires, et c est de cette manière que Jacob vit le Seigneur appuyé sur le sommet de l'échelle. {Gen. xxviii.) C'est ainsi que dans le livre des Parutipomènes on lit que le Seigneur apparut à Salomon dans la nuit. On croU encore que ce

furent des apparitions tma^iTiatr^f, en prenant cette expression dans le sens où nous l'avons déflnie au commencement de cet article, que celles qu'éprouvèrent les prophètes Isaïe (c. v), Jérémie, (c. i),*ctc.

Les saints Pères professent ce sentiment. Aussi saint Isidore (liv. vit Elym.), saint Bernard (serm. 41 in Cant,), saint Thomas, (2-2, q. 183), etc.

Cette vision de Dieu dans râme,par l'imagination, se fait encore par le ministère des anges. Dieu restant toujours la cause efficiente première. Mais ce sont les anges qui s'emparent de notre organisation pour la disposer miraculeusement à ces sortes d'impressions surnaturelles.

El qu'on ne dise pas que cette sorte de vision est une erreur ou une hallucination des sens. 11 est bien vrai que, dans ces visions, Dieu et Jésus-Christ sont vus autrement qu'ils ne sont en soi, mais ils sont vus sans fausseté ni tromperie, du moins par la partie intelligente de l'âme. C'est ainsi que nous ne nous séduisons pas, lorsque, dans notre grossier langage humain, nous parlons des choses spirituelles avec les mêmes termes qui peignent les choses matérielles. Il en est ainsi, parce que nous ne pouvons mieux les peindre dans l'état actuel de la vie. Ainsi, quand Dieu apparaît comme un soleil et Jésus-Christ comme un enfant dans la sainte Eucharistie, nous savons que ce soleil matériel, cet enfant, représentent Dieu immortel, et la personne adorable de Jésus- Christ. Bien plus, ces images représentent leur objet plus parfaitement, parce qu'elles s'éloignent un peu plus de la grossièreté de la matière. Sainte Thérèse, ayant vu Jésus- Christ ressuscitant, assure que, dans cette vision, Jésus-Christ était beaucoup plus parfaitement visible et beau que tout ce qu'on peut imaginer de gracieux et d'élégant dans les créatures grossières qui tombent habituellement sous les sens.

Les anges peuvent4ls apparaître sous desfor^ mes imaginatives ? Oui,les bons anges peuvent apparaître aux hommes dans celte espèce de Vision que les mystiques appellent imaginaire simple, dont nous parlons depuis quelque temps. C'est de cette vision que Jacob aperçut les anges dans un songe, montant et descendant sur l'échelle, et Zacharie (i, 13) parle d'un ange qui parlait en lui-même.

Les bienheureux qui sont au ciel, les âmes du purgatoire, même lésâmes des réprouvés,, peuvent apparaître sous cette forme imaginaire, qui tient le milieu entre les apparitions corporelles et celles qui sont purement intellectuelles.

Y a-t'il une vision purement intellectuelle? Oui, il existe une vision purement intellectuelle , c'eit une claire manifestation des choses divines, qui se fait dans l'intelligence seule, sans figures et sans images , c'est-àdire sans le secours des paroles et des autres signes qui servent ici-bas do support et <ie véhicule à la pensée. Celle vision est la troisième espèce.

On l'appelle donc inteUectuelle- . parce

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D'ASCETISME.

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qu'elle ne repose sur aucun raoven sensible; et deux choses concourent à la produire : d'abord un secours sumalurel, une grAce particulière qui rend rintelligence capable de s'élever à la connaissance de choses sup bllmes et de les voirdirertement. Voilà pour le sujet : de la part de l'objet. Dieu communique certaines formes infuses qui vous mettent en rapport avec l'objet connu.

Dans les visions de cette nature, Dieu seul est la cause principale. Les anges, bons ou mauvais, n'y sont pas employés comme ministres. Nous disons que Dieu y est la cause principale, car Tâme y conserve' encore une certaine puissance comme principe de vitalité, quoigue seule elle ne puisse nullement s'élever si haut.

Quelquefois il arrive qu'une âme à gui Dieu accorde ses faveurs, passe de la vision purement intellectuelle à la vision sensible imaginaire ou à la vision corporelle ; d'autres fois elle parcourt ces degrés dans le sens inverse. Mais, si cette âme n'a éprouvé qu'une vision purement intellectuelle, elle ne pourra jamais rendre conipte de ce qu'elle a éprouvé, parce que les termes et les signes lui manquent pour rendre les idées et les choses perçues. Si une partie de la vision est Imaginative ou corporelle, elle pourra plus ou moins la dépeindre. Ces choses deviennent surtout très-claires par la lecture de la îïe de sainte Thérèse , écrite par elle-même.

Essayons maintenant d'établir sur dos preuves solides la possibilité et la réalité des visions purement intellectuelles, que 'Dieu accorde pour notre instruction. Nous trouvons dans le livre des Nombres^ xii, 6 : Mon serviteur Moise est fidèle dans ma maison. Je lui parle bouche à bouche ^ il voit le Seigneur ouvertement^ non par énigme^ mais en ffgnre. Ces paroles si expresses définissent êllesinémes la vision purement intellectuelle. Saint Paul {// Cor, xii) parle de lui-même comme d'un homme qui a été ravi au troi- ' sième ciel ; il ne sait plus si c'est dans son corps ou hors de son corps. Il a entendu des mystères qu'il n'est point permis à un homme de dire, ify a ici une circonstance qui indique indubitablement la vision intcilectivc , c'est celle du ravissement présumé hors du corps ; car soit que l'âme soit restée dans le corps, soit qu'elle en soit sortie, le corps n'agissait plus et l'âme était seule avec Dieu en communication , sans figures , par le pur esprit.

Saint Augustin (De Gen. ad liu., c. 26) conflrme clairement ces sortes de visions, et saint Bernard (dans son serm.52*înCflna'c.), saint Thomas f2-2, q. 175) et saint Bonaventure H. riiProfess.relia,), parlent d'une vision ou l'on contemple la vérité en ellemême. L^ raison conçoit du reste que si notre manière de connaître la vérité par des figures, des mots et des images nous est naturelle, cependant, avec une grâce spéciale, il est possible que notre âme, élevée au-dessus des forces naturelles, puisse saisir par une voie plus directe la vérité , et atteigne en quelque chose ici-bas à la perfection qui lui

est destinée dans le cie> C'est ainsi que l'humanité de Jésus-Christ avant sa mort est eiàtrée surnaturellement dans les secrets d'ur.o science supérieure, et cela par une visiviU purement intellectuelle.

Dieu, Jésus-Christ, la sainte Vierge, les anges et les bienheureux peuvent être vus d'une vision purement intellectuelle. On peut voJr Dieu dans son unité ou dans sa trinité par àen moyens purement spirituels , soit que cela se fasse expérimentalement d'une manière négative, en tant que l'âme, déjà détachée des choses sensibles, monte de degré en degré l'échelle des choses bonnes, et coni- E renne que la bonté de Dieu est encore eaucoup supérieure; soit d'une manière positive, en connaissant que Dieu est bon, et bon sans terme ni limites. Sainte Angèle assure avoir vu Dieu de cette manière, et sainte Thérèse développe fort au long cette matière. Elle a vu non-seulement Dieu et la sainte Trinité d'une vue spirituelle, mais encore l'humanité de Jésus-Christ. Elle répète à plusieurs reprises que cette vue, quant au mode de perception, est tout autre que notre manière de voir par les yeux. C'est rintelligence de l'âme humaine qui est mise eu rapport direct avec une substance étrangère vue en soi.

Qu^ est-ce que la vision symbolique? Il y a vision symbolique lorsque Dieu , au moyen de certaines choses qui ont une ressemblance avec d'autres, nous les révèle par ce symbole d'une manière surnaturelle. 11 n'y a vision symbolique que lorsque : 1* elle est 5urnalureîle, autrement elle ne serait que nrofane; 2** qu'il y a ressemblance ou symbole, c'est-à-dire lorsqu'une chose est révélée par une autre qui la signifie.

Etablissons que ce mode de vision a eu lieu.

Dieu s'est servi de ce moyen pour notre instruction. Nous lisons dans V Exode , m ,

3ue Dieu apparut à Moïse dans un buisson arent, qui ne consumait pas. Et Moïse s'écria : Tirai et je verrai cette grande vision. L'échelle de Jacob , dont nous avons parlé, est aussi une vision symbolique. L'histoire de Joseph nous fournit un grand nombre de ces visions symboliques. (Gen.xxxvii, etc.) lia vu les g€rb«*x< de ses frères adorer la sienne ; le soleil et la lune et onze étoiles qui l'adoraient. Nous admirons des visions symboliques dans le livre volant de Zacharie , dans la main mystérieuse qui traçait la condamnation de Balthazar, dans la statue que vit Nabuchodonosor, dans la figure de la colombe qui parut sur Notrc-Seigneur. Tous les saints Pères ont admis cette doctrine; nous nous contenterons de citer saint Bonaventure (in vu Profess.relig.)^ parlant de Y Apocalypse : « 11 n'est point vrai , dit-il , qu'il y ait des bœufs matériels au ciel, ou des lions, des aigles et d'autres animaux qui figurent dans l'Apocalypse et dans d'autres visions du prophète. Mais ce sont des vertus célestes dont les mérites et les offices sont désignés par les propriétés de ces figures. » Jésus-Christ se servait de préférence de symboles et de

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paraboles pour instruire le peuple. Dieu qui ronnatt notre naiurc nous montre p^r laque c'est un moyen cflîcarc do nous élever aux choses spirituelles par les choses sensibles. Peut-on reijarder comme symbolique Vapparition de ï)ieu et des saints dans un corps? Lorsque Dieu, Jéius-Chrisl, la très-sainte Vieige et les saints apparaissent sous une forme humaine, avec un corps visible, ce n'est point une vision symbolique. 11 y a plus, Tyrée (liv. i De app. spirit,, c. 2, et De appariiione Dei^ c. 4) nie que Dieu ait apparu clans des figures symboliques, parce qu'il soutient que la forme humaine est seule uignede représenter Dieu quajid il se montre anx hommes ici-bas, quoiqu'il concède que Jcs animaux , dans les symboles , peuvent jBignifier quelque chose dç Dieu. Communément toutefois les théologiens et interprètes accordent que Dieu apparaît dans les visions symboliques. Kt ici la discussiou n'est que dans les mots, puisque tous conviennent que Dieu e.-t signiné dans ces symboles, soit que Ton dise que Dieu y apparaisse, soit

au'o;î dise le contraire. Nous pouvons donc ire sans hésitation quç Dieu apparaît sous des symboles mônxe qui ue sont point hu^ ravins, toutes les fois que ces symboles ne présentent rien qui soit indigne do la maesté divine. Nous pouvons le dire, parce que

es symboles sous formes humaines no peuvent eux-mêmes signifier Dieu que d'une façon éloignée et métaphorique , parce que si Dieu, comme on en convient , peut manifester ses attributs sous des sjrmboles non humains, pourquoi ne pourrait-il pas s'y montrer lui-même? Enfin, la sainte Écriture dit simplement que Dieu a £y^)paru dans le buisson ardent, que le Père éternel a parlé dans lanuede la transfiguration, que le Saint- Esprit est descendu comme un vent violent, et sous forme de langues de feu le jour de la Pentecôte ; et que Iç Seigneuç s'est manifesté à Elie dans le souflle d'un vent léger.

Les visions s;t'mbQliques peuvent être ou sensibles ou fmaginaires, mais on sait qu'elles ne peuvent êtr$ purement intellectuelles, ïjuisqu'il faut évidemment un support saisissable par les sens aux syuiboles. il y a cependant des mystiques qui pensent que Dieu peut fournir à une âme des formes de symboles qui ue soient puisées que dans la région et pour aiasi dans la substance des être créés spirituels, afin d'y trouver des signes subtils et trés-relevés d'objets qui sont d'un ordre de choses plus parfait et plus sublime, et gui vous élèvent même jusqu'à Dieu , et Dieu permet que ceux qui les éprouvent aient des expressions pour les communiquer à leurs semblables.

La vision symbolique ne consiste pas dans le symbole. Les visions symboliques qui ne ijrésentent que le symbole , sans en donner l'intelligence, ne viennent pas de Dieu, ou manquent des caractères qui désignent la vision surnaturelle.

L'Ecriture sainte le prouve d'abord dans T>aniel (x, 1, ) : // faut avoir Vintelligence i(.ias If s vimn9. Dans les Proverbes ( i , 6 ) :

Que le sage fasse attention aux paraboles et à leur interprétation j aux paroles du sage et aux mystères qu'elles renferment. Ses exemples le prouvent. En effet. Pharaon, Dour avoir vu en songe des vaches et des gerbes • ne fut point pour cela un prophète , mais bien plutôt Joseph qui interpréta ces \ision.v; Nabuchodonosor voyant la statue et l'arbre , Balthazar contemnlant la main qui écrivait sur la muraille, n avaient point l'intolligenrc de ces visions; ce fut le prophète Daniel qui la leur donna en les expliquant devant eux. De plus saint Pierre, en voyant descendre du ciel le linge symbolique, n'avait point une révélation parfaite ; il ne fut pleinement instruit qu'à l'arrivée de Cornélius. De plus il ne servit de rien aux Juifs d'entendre les paraboles de Jésus-Christ , puisqu'à cause ae leurs péchés ils ne méritèrent point d'en avoir l'interprétation. Et la sainte Ecriture appelle faux prophètes ces hommes qui s'appelaient voyants et que Dieu avait frappés d'aveuglement.

Les saints Pères pensent de même. Saint Denys a écrit toute sa théologie symbolique dans le but d'interpréter les symboles sacrés. Saint Augustin {De Genesi^ 1. xii, c. 9 ) dit : a Celui qui interprétait des visions qu'un ^utre avait eues sans les comprendre était plus prophète que lui, » Saint Thomas (iw lad Cor.^ c. XIV ) enseigne : a Si dans les visions la lumière intellectuelle ne vient pas éclairer ses symboles sensibles pour les faire comprendre , celui jui a de semblables visions n'est Eas un prophète , mais plutôt un songeur. » .a raison est de l'avis de l'autorité. Si en effet derrière les symboles il n'y a pas de signification , la vision se bornera à percevoir des choses sensibles , des fantômes , et l'âme et le cœur ne seront point attirés vers ])ieu, ce qui répugne, puisque c'est la seule fin que Dieu se propose dans les visions symboliques.

Les figures symboliques ne sont pas nécessairement et ne sont peut-être iamais matériellement vraies dans leur obiet : il sufiit S Telles soient aptes à signifier la chose que ieu a voulu nous faire connaître.

RÈGLES POUR DISGEHNER LES TISIONS EKTPB

EuxEs. — Première règle. — La vision sensible ou corporelle se distingue des autres visions lorsqu'elle est vue de la même ma- Uière par toutes les personnes présentes.

Cependant cette règle, dit Benoît XIV, n'est perpétuelle ni universelle ( m Serr, Dci canoniz. k. 4, p. 1 ) , puisque Notre-Scigneur ayant ap})aru à saint Paul corporellement , les personnes qui l'accompagnaient demeurèi:ent stupéfaites , car elles entendaient la voix et ne voyaient personne. Ainsi il plaît à Dieu de oiontrer ses merveilles AUX uns et de les cachet aux autres ; mais alors , comme dans le cas cité dans les Actes des apôtres (ix). Dieu donne des signes certains de la vérité de la ré-vélation divine. Sa voix qu'entendirent les compagnons de Paul suflisait pour les convaincre. On discerne une vision de Dieu de la vision d'un ang*» par Ic*^ deux caractères suivants : (J'a*

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