‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 90 sur 315 · RÈGLES PODR DISTINGUER LES VRAIES VISIONS · texte numérisé non relu

RÈGLES PODR DISTINGUER LES VRAIES VISIONS

DES FAUSSES. — Elles sont fausses en ellesinâmes, 1" si elles sont contre la foi , si elles indiquent un objet indigne de Dieu , quelque chose contre les mœurs, ou tout au moins quelque chose contre la tradition ou les définitions de l'Eglise, des théologiens ou des saints Pères ; — 2* si elles représentent quelque chose d'indécent et d'impudique : saint Bonaventure ( in vu Prof, relig,^ c. 18) développe ce point avec un grand soin ; — 3" si la forme du corps qui apparaît dans la vision est difforme , bestiale , repoussante : il est probable que la vision n'est point divine. Suarez observe ici que lorsque le démon apparaît sous forme numaine, jamais il ne prend h forme humaine intégralement : il y a quelque chose de la bête qui apparaît, particulièrement les pieds; etTyrée ajoute que non-seulement le déraon conserve un côté bestial, mais de plus qu'il y a des animaux qui sont par eux^ mêmes des emblèmes favorables qui ne peuvent jamais prêter leurs formes aux démons dans ieiu*s apparitions. Tels sont les formes de la colombe, de l'agneau, qui ont servi aux apparitions de ^otrc-Scigncur et du

Saint-Es| rit, et qui pour cela sont interdits au démon. Cependant le P. Régnera observe qu'il y aurait du danger à trop généraliser celte règle, puisque le démon peut se transformer en ange do lumière, et alors il n'a rien de repoussant dans ses apparences.

De même, dans un sens contraire, les bons an^es, qui ordinairement apparaissent sous la tigure gracieuse d'un jeune homme, ont

auelauefois apparu , comme dans Ezéchiel , bnsV Apocalypse ^ sous la forme de certains animaux.

Comment faut-il aair dans une vision douteuse? Lorsque le néman se transforme en ange de lumière, par exemple, lorsqu'il apparaît comme s'il était Jésus-Christ suspendu sur lacroix, dans le doute s'il est ange bon ou mauvais, il ne faut pas s'empresser de donner des signes de mépris, comme de cracher à la face du personnage qui apparaît ; ear ce ne serait pas éprouver les esprits, mais s'exposer à mépriser un» bon esprit. C'ett pourquoi on a justement désapprouvé im des premiers confesseurs de sainte Thérèse qui, à l'occasion de ses premières vision.*^, lui ordonna de répondre à ces visions par un signe de la main qui n'était point assez honnête ; le meilleur moyen à prendre est de se livrer à la prière et de se considérer comme indigne des visions et de toute visite céleste.

Si tous ces signes négatifs manquent ; si la vision n'a rien contre la foi, les mœurs, les sentiments et l'es} rit de l'Eglise, contre le sentiment des Pères et des docteurs ; si elle n'offre rien d'indécent ni d'indigne de la majesté divine, alors on peut conclure au moins négativement que la vision est céleste de la part de la matière de la vision. La conviction se fortifie si les apparitions sont fréquentes , si la considération de la personne et des effets produits concordent avec le reste. Car Dieu ne permettrait pas qu'une vision diaboliçiue entraînât ainsi les âmes dans la séduction par un système suivi de fausses révélations.

Signes d'une fausse vision pris du côté DE LA personne. — Lc premier signe est celui-ci : si la personne n est point catholique. Au témoignage de l'Apôtre, sans h foi, on ne peut plaire à Dieu. S'il en est ainsi, comment concevrons-nous qu'un infidèle puii>se recevoir les prodiges des visions, c'est-à-dire les délices des âmes qui lui sont le plus étroitement unies?

Il y a cependant ici des objections à résoudre ;* on peut citer des faits qui paraissent des exceptions à cette règle. Nous pouvons citer les visions de Nabuchodonosor, de Balthazar et peut-être la vision de la femme de Pilato : ces personnes furent réellement averties par des communications surnaturelles. Mais ces cas bien rares ne doivent point infirmer la règte générale. D'ailleurs, que des visions aient heu en faveur de certaines âmes qui sont spécialement les amies de Dieu , c'est une chose bien différente qu'elles arrivent aux ennemis de Dieu, dans le but de les détourner du nml et de les stimuler

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au bien, comme dans les circonstances précitées.

C*est un second signe que la vision n*est point divine, lorsque la personne qui dit l'éprouver est pécheresse ou fort tiède dans sa conduite ; car il est écrit (Sap. i, k):La «ch gesse fC entrera point dans une âme mal disposée. Et Dieu dit du tiède {Apoc. m, 16) : Parce que vous êtes tiède je commencerai par voîis vomir. D'où Von voit que Dieu a en aversion le^ pécheurs et les tièdes, et dès lors ils sont indignes de ses faveurs.

On dit cependant que des saints même ont cudcfausses visions. Ainsi saint Sccondelto fut séduit par le démon apparaissant sous la figure de Notre-Seigneur. Il lui fit quitter sa celliflQ sous prétexte d*aller au milieu du

{)euple guérir les infirmes : ce qu'il fit en efét, mais en invoquant le nom de Jésus- Christ (Àct.SS,^ 1 Aug.) Ainsi, ce bienheureux Jourdain fut souvent trompé par le démon lui apparaissant sous la fiigure do Jésus- Christ, et, sous prétexte d'une plus grande austérité, lui conseillant de se priver de sa nourriture et de son sommeil, m6n\o quand il était malade, afin de le rendre incapable de remplir son ministère. {Act, ES. y 13 iPebruar. ) Et sainte Catherine de Bologne fut trompée pendant cinq ans par le démon qui lui représentait Jésus-ChrisI se transfigurant, et qui , sous prétexte de con-« fusion, la poussait au désespoir. Nous répondons à cela que Secondelle n'est pas exempt de plusieurs fautes qu'il expia depuis. D*abord il se crut saint; ensuite il quitta sa cellule sans ta permissioa de son supérieur ; ensuile il alla guérir tes malades au milieu du monde sans avoir consulté son maître. 11 se fia donc trop à ses propres sensations. Le fi. Jourdain crut aussi trop, facilement à la présence personnelle de Jésus-Christ ; ensuite i) ne consulta point son prieur,, selon l'avis duquel il tenait le lit de repos ; mais des larmes abondantes effacèrent cette omis-, sion. Quant à sainte Catherine de Bologne, elle a écrit elle-même dans ses Œuvres qu'elle était alors coupable d'une certaine présomption, d'une trop bonne opinion de sa personne, et qu'elle mérita ainsi d'être séduite par le démon.

Troisième marque d'une fausse vision. -^ L'orgueil. Et cette marque est vraie, soit

Sue l'orgueil se manifeste, soit qu'il se cale , parce que Dieu résiste aux superbes et il donne sa grâce aux humbles. (Jac. iv, 6.)

Quatrième marque. —^ Si on désire les visions, c'est une marque que celles qu'on croit avoir sont iïiusses. Ce signe, qui sup^. pose la présomption et une orgueilleuse cu^ riosité, dérive de ce qui est dit précédem^ ment. C'est une marque d*orgueil et de cu^^ riosité, dit Alvarez de Paz, de donner accès à de pareils désirs. « Plusieurs sont convaincus, dit saint Bonaventure, qu'il est plus sûr de ne pas éprouver de pareilles merveilles, et que, les éprouvant, on n'y croie pas aussitôt ; et, quand on est certain que CCS visions existent, les accepter comme des faveurs peu fructueuses

et rester indifférent par rapport à elles; si elles sont fausses, ne poi«)t s'y fier. £o uo mot, dit le saint docteur, toutes ces révélations sont plus à redouter qu'à espérer. <» (Tr. 7 De prof, relig.^ etSent.^ dist. 9, art. 1.) « Disons numblement avec saint Pierre^ dit Gerson : Eloignez-vous de moi, parce que je Hiis un homme pécheur^ parce que je suis vil, que je suis indigne de ces visions: je ne/ei appelle ni ne les excepte point; je m en éloigne plutôt. Que je jouiêse de votre «ue, non sur la terre y mais quand je serai au ciel TouU ma récompense ce sera vous, d mon Dieu! fl elle est assez grande. Vos visiofis en ce monit m'importent peu! » {Tr. deprob.spirit.)Oï\ nous objectera peut-être le mot de saini Paul dans son Epilre aux Thessalonidm (i, 5) : Gardez-vous d* éteindre r esprit de Ditu, Si la vision vient de Dieu et qu'on lui résiste, ne résiste-t-on pas alors au Saint-Esprit, et n'étouffe-t-on pas sa grâce ? Nous répondons * qu'une vrare humilité ne sera jamais un motif d'éloignement à TEsprit- Saint qui donne sa grâce aui humbles. Au contraire, c'est à ces âmes qu il secoramunique avec plus de plénitude, et les obstacles que fournit leur humilité se changeront en titres d'amitié devant ce Dieu qui ei^alto les humbles. Saint Vincent Ferrier ajoute h son tour {Tr. de vit. spirit. , c. 12) : « Un tel «lésir ne peut exister sans une racine et un fondement d'orgueil et de présomption. Ilyi encore une curiosité répréhensible relativement aux choses divines, (}ui suppose une certaine vacillation de la foi. »

Cinquième marque. — Si la personne est <:u- Jette à du délire, ou a d'autres accidents du même genre. Toutes les fois qu'une personua est sujette à tomber dans le délire, à éprouver des possessions , quand même elles ne seraient que passagères, et quand même il n'y aurait que ce seul signe négatif, il est à présumer que cette personne n aura pas de vision divine, quoiaue dans les moments lucides cela puisse absolument se supposer. La raison en est que ces choses se voient rarement dans les saints, et ensuite que le mauvais esprit peut avoir facilement prise sur ces organisations, et qu'il ne faut acceiter en elles les visions qu'avec réserve.

Sixième marque. -^ La mélancolie. Cette marque n'est point décisive, mais elle doit avertir seulement de se tenir sur ses gartH surtout si la mélancolie est foi te, ou si lo» a un autre défaut de caractère qui pousse à l'excès. On comprend aisément que les mélancoliques, les exaltés, ceux qui sont invaillés par la bile, qui sont j)oussés par «les pensées ardentes et extrêmes, peuvent s imaginer voir ce qu'ils ne voient p<i5. « Ij faut considérer la constitution du corps, d'* le cardinal Bona {De dis. 5»., c. 20), de laquelle dépendent souvent les mœurs «e '^ vie. » En effet, ceux qui jouissent dune faible santé, qui ont une imagination ardente, qui sont atrabil.aircs, de telle son'j qu'éveillés ils semblent rêver, ils cru:crt voir et entendre ce qui n'existe pas; on comprend aisément que ceux-là soient sujets a

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illusjo.îs. Les lon;5s Jeûnes, les veilles immodérées, dessèchent aussi le cerveau, dissipent les esprits vitaux, et provoquent des fantômes auxquels une âme faible peut s'attacher comme à de véritables révélations divines.

Disons cependant avec Delrieu (1, iv, c. 1) que ce signe n'est point péremptoire, car Dieu ne se laisse pas enchaîner par la mesure des dispositions naturelles; et avec saint Thomas (22-, 9, 72) : « Dieu n'a pas besoin d'une disposition préalable pour obtenir des effets surnaturels dans une âme; il peut sur-le-champ mettre dans la personne h qui il veut faire des faveurs surnaturelles la disposition qui convient selon l'ordre de la nature. » Nous pouvons comprendre que cela veut dire que Dieu peut quand il lui plaît éloigner les obstacles qui empêcheraient ses communiiîations aux serviteurs fidèles. C'est ainsi que Jérémie, quoiqu'il fût naturellement mélancolique , est cependant trèsfavorisé de communications surnaturelles.

Septième marque. — S'il s'agit d'un novice. Cette marque n'est pas non plus décisive : cependant si c'est un débutant dans la vie spirituelle qui a des visions, il sera prudent de présumer d'abord que son ignorance peut lui avoir donné le change dans Quelques phénomènes extraordinaires do 1 imagination.

Saint Louis Bertrand ayant rencontré un no* vice qui se disait avoir" éprouvé des visions, ce saml lui répondit : « Quoi I vous en êtes déjà aux révélations? alors vous quitterez bientôt l'habit religieux. » Cette prophétie se vérifia peu de jours après. En effet, les novices sont tout occupés, au début, à extirper les vices et à pratiquer des vertus ; il n'est pas naturel de s'élever tout à coup si haut.

Nous avouons cependant que ciuelques novices, parmi lesquels on cite saint Stanislas Kotska, ont éprouvé des effets extraordinaires dès le début de la voie purgative. Mais ces exceptions laissent subsister la règle générale.

Huitième marque, — S'il s'agit d'une personne pauvre, ou riche, ou jeune, ou vieille. Ce signe négatif est léger, mais il doit être pris en considération avec le cardinal Bona, qui dit : « Dans le pauvre, on craint la fie* *ion, dans le riche l'ambition, dans le jeune hcrnme de l'imagination, dans le vieillard un commencement ou un progrès de délire, cô <iui s'explique par l'état du cerveau dans ces deux âges opposés. »

Et toutefois, Samuel a eu des communica* tions célestes depuis son enfance jusqu'à une extrême vieillesse; les pauvres apôtres et le riche David ont eu des visions divines. C'est

r)urquoi ce signe n'est qu'une présomption raison des exceptions qu'il admet.

Neuvième marque. — Si c'est un*» femme. Cette marque que nous indiquons en dérider lieu est la plus légère de toutes. Toutefois , les hommes d'autorité ont voulu qu on fût très-défiant sur les visions quand il s'agit d'une femme. Et ici sainte Thérèse vient nous appu;-or : « Nous sommes bien convain-

cus, dil-elle, de la faiblesse ae notre nature, mais elle est plus faible encore dans les femmes. C'est pourquoi il ne faut pas qu'elles croient avoir des visions à la première im-

Eression extraordinaire qu'elles éprouvent. » es femmes sont d'une nature plus faible que les hommes; le sentiment tient chez elles une plus grande place que la raison ; leurs désirs sont vifs et ardents, et de là elles croient quelquefois voir ce qu elles désirent ardemment. Voilà la raison de la défiance

3ue nous signalons ici comme une pruence.

Mais cette prudence et cette défiance ne nous empêcheront pas d'admettre comme véritables un grand nombre de visions, dont une infinité de servantes du Seigneur ont été favorisées. Ainsi sainte Brigitte, sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse, sainte Madeleine de Pazzi, sainte Rose de Lima, ont eu des révélations et des visions en grand nombre. Le théologien Mattheuccins (dans sa Théologie canonique des Béatifications y 1. m) dit qu'il ne faut pas désapprouver les apî^aritions et les visions, parce que ce sont des femmes qui les ont éprouvées. Seulement on y apporte une attention spéciale.

Marques d'une vision dfvine prise de la PART DE LA PERSONNE. — D'après cc qui vient d'être dit, on peut conclure qu'il faut rem-

Slir les conditions préalables suivantes pour tre capable d'avoir une vision divine : l' Il faut être catholique; 2° avoir horreur du péché , même des péchés légers ; 3" exceller dans les vertus, particulièrement dans l'humilité; 4" ne pas désirer les visions, et s'en juger indigne; 5" être d'un esprit sain, d'un jugement prudent.

Signes négatifs de la vision divine du CÔTÉ des effets. — La première marque qu'une vision n'est point vraie en consiaéranl les effets, c'est que l'objet qu'on voit ou

3u'on croit voir excite à quelque chose d'inécenl et d'impudique. Nous lisons dans saint Jacques (m, i7) : La sagesse qui est d^cn haut est pudique d'abord , ensuite pacifique , modeste.... Et saint Bonaventure dit des visions : « Je ne sais que penser de ceux qui, après avoir éprouvé des douceurs spirituelles, sont peu après souillés par les dilatations charnelles : il me semble que j'aimerais mieux être privé de fleurs que je ne pourrais ramasser que dans la boue. » On conçoit cependant que dans les révélations divines on peut voir figurer d'une manière très-convenable et pure l'union de l'Epoux et de l'Epouse du Cantique des cantiques au moyen des corps aériens très-parfaits, comme en effet ce spectacle fut donné à sainte Gertrude sans que rien d'inconvenant ait pu blesser son imagination. Dieu peut aussi îacilement donner ce spectacle à une âme en conservant son cœur dans une parfaite pureté, qu'il a pu en faire parler saint François de Salles et saint Bernard avec une inimitable décence, et avec un grand fruit d'amour de Dieu.

Nous avons à ce sujet quelques objections à résoudre. Nous avons entendu saint Paul

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qui nous dit': De peur que la grandeur des révélations ne m'enfle, C aiguillon de la chair ma été donné; et saint Bonaventure dit (^jiProfes.relig.fC. 18): «Je n'oserais condamner ceux qui, dans les affections d'une piélé sensible, éprouvent sans consentement les perturbations impures de la chair; je ne jmis non plus approuver ceux qui ressentent du plaisir à ces choses, q^uelque bien dirigée que paraisse leur intention. »

Ecoutons maintenant saint Jean de îa Croix (Nuit obsc, c. 4, L i) : « Il arrive quelquefois aux commençants, au milieu mêrue de .tîurs exercices spirituels les plus affectueux, de sentir en eux-mêmes les mouvements les plus honteux de la sensualité : ces chosesarrivent dans l'oraison même prolongée et jusque ilans les moments o«i Us reçoivent les sacrements de pénitence et d'eucharistie. Cela iirrive , dit-il , particulièrement aux âmes plus faibles, et le goût même des choses spirituelles qui excite en même temps la sensibilité corporelle peut en être Toccasion ; souvent aussi cela peut arriver par rartitice du démon pour les détourner des exercices les plus saints. » Sainte Thérèse dans une lettre à son frère exprime le môme avis* « Je pense , dit-elle , que de la délectation pi:rsment spirituelle il peut quelquefois naître des mouvements impurs de délectation charnelle; » et elle cite pour comparaison une personne qui , chaque fois qu'elle approchait de la sainte table , éprouvait un grand désordre dans la chair... Cassien fcoU. 22) raconte la même chose, et saint Thomas, raisonnant sur ce fait, assure que le démon se sert de tous les moyens pour faire entrer le péché impur dans Tâme ; il se sert de la beauté des personnes de sexe difl'érent, de l'exposition de certains tableaux et de tout ce qui peut tourner à faire naître de mauvaises pensées. 11 ne paraît pas iirobable à Gravina qu'on puisse éprouver dans son corps les graves clésordres dont nous avons parlé , sans qu'il y ait péché, et Casnedé ne croirait pas à l'innocence quand môme elle îui serait affirmée par serment. 11 regarde ces personnes comme coupables soit en ellesmêmes soit dans les causes. Deguéra affirme qu'une vision divine ne peut par soi-même exciter directement à des choses honteuses, ce qu'il assure contre l'erreur des béguards, des illuminés et des molinistcs.

Le second signe qu'une vision n'est point divine, c'est qu'elle pousse à l'orgueil, à la présomption et à la complaisance dans ces sortes a émotions; en sorte qu'elle se regarde déjà comme sainte par ses actions et commence à mépriser son prochain qu'elle place déjà à une grande distance d'elle. Voici

réputer indigne, et de croire que Ton est plus éloigné que tout le monde de mériter de pareilles faveurs; et si malgré cette précaution on éprouve quelque chose d'extraordinaire* il sera encore orudent de commencer

ar repousser ces choses avec une sainte et uumble pudeur. On ne manquera pas de motifs d'attribuer ces impressions extraordinaires à quelque lésion de l'imagination. Quoi de plus naturel alors que de craindre que le démon ne se serve de telles visions pour nous séduire, et que Dieu ne permette une dangereuse épreuve pour nous punir de nos fautes passées? et si ces machination* viennent du démon, l'humilité chrétienne les dissipera ; si Dieu les permet pour nous éprouver elles ne nous nuiront pas ; et enfin pour épuiser les suppositions , si la révélation vient vraiment de Dieu, la pieuse humilité qui la repousse ne fera que mieux préparer l'âme à recevoir les véritables communications divines. Et cette âme si humble et si édifiante d'elle-même entendra s'adresser par le Maître du festin ces douces paroles : Mon ami^ montes plus haut ; plus elle se sera empressée de tenir la dernière place, plus le père de famille la pressera de monter. Un jour Dieu dit à la bienheureuse Angèle de Fuligino, qui doutait du caractère de ses visions : Yoici à quoi tous connaîtrez que c'est moi qui vous parle dans vos visions : cest que quand je vous parlerai , vous ne pourrez vous distraire à autre chose quand vous le voudriez, et que vous ne pourrez être affectée d'une pensée de vanité pour ces faveurs, »

Le troisième signe d'une fausse vision est que celui qui en est l'objet ne la révèle pas à son père spirituel pour lui demander conseil , ou qui à cette occasion refuse de se soumettre au jugement de ses maîtres. Ainsi l'enseigne saint Bonaventure (1. vu Profess. relig., c. 20) : « Il faut alors demander le conseil des sages, mais d'un petit nombre. » Le cardinal Bona {Discr. sptr., c. 20) loue dans sainte Thérèse son exactitude à communiquer tout ce qu'elle éprouvait dextraordinaire à ses supérieurs, et son obéissance parfaite à faire ponctuellement ce qu'ils lui commandaient ou conseillaient. Le cardinal Turrecreraata donne, entre autres marques pour lesquelles les révélations de sainte Brigitte doivent être regardées comme surnaturelles, que c^tte sainte soumettait tout ce qui lui arrivait d'extraordinaire à l'examen, au jugement et à la correction do son père spirituel, et des autres supérieur?, des prélats et des hommes doctes et prudents, d gui elle soumettait tout avec une profonde humilité. Gerson (alphabet xvn, litt- 10) avertit les directeurs de n'admettre que difficilement des communications de ce genre de la pai t de leurs pénitents , de se montrer même sévères envers eux, afin d'éprouver et leur humilité et leur prudence; et à cette occasion il s'élève fortement contre ceux qui, dans de pareilles circonstances, no consultent pas leurs directeurs , ou qui , les ayant consultés,ne se soucient point de suivre leurs avis : « De ceux-là, dit-il, je prédis avec certitude qu'ils tomberont dans toutes les illusions du démon; ils courront avec une affreuse précipitation, avec un aveugle emnresscment contre la pierre d'achoî>pemcirt*

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Avez pour suspect tout ce qui concerne leurs révélations. »

Le quatrième iigne d'une révélation fausse ou suspecte, c'est que celui qui se dit l'avoir éprouvée en parle volontiers et avec jactance. Voici ce que Gerson dit à ce sujet: « Connaissez-vous quelqu'un qui se complaît à Earler de ses visions, regardez-le comme un omme qui mérite d'être séduit par le démon et qui , sans doute , Test déjà. » Sans doute on peut communiquer à d*autres les faveurs divines au'on a reçues , comme le fait saint Paul et la très-sainte Vierge qui a confié à saint Luc certaines choses pour l'édification de TEglise, mais on ne doit faire ces communications que lorsqu'on y est autorisé par des personnes compétentes , et se conduire comme la divine Mère de Dieu, qui conservait toutei ces paroles et en conférait seule en elle-même dans le silence de son cœur.

Le cinquième stgne a une fausse vision consiste en ce qu'elle ne porte pas celui qui réprouve h la vertu de mortification. Gravinafait remarquer qu'il faut observer avec une sérieuse attention si les grâces privilégiées sont unies à la mortification et à la croix. Si la mortification n'a ni précédé ni accompagné , ni au moins suivi les faveurs, on doit les regarder comme suspectes. Voici la raison fondamentale de ce jugement : ces dons célestes ne sont accordés que pour la manifestation delà foi, Futilité derEglise. Or, la foi se montre surtout par la mortification et la patience chrétienne. C'est par les vertus que l'Eglise s'est fortifiée et étendue,

2ue le monde a été vaincu et converti. Jésushrist lui-même, l'auteur et le consommateur de notre foi, les anôtres, les docteurs de l'Eglise, n'ont rien ait ni écrit touchant leurs propres révélations. Ils se sont contentés de prêcher par paroles, par écrit, et surtout par l'exemple, la mortification, l'humilité, la patience dans les souffrances et les persécutions.

Le sixième signe de séduction dans 1q3 visions est celui-ci : si au début de la vision elle flatte doucement l'âme, et qu'à la fin elle 5>c trouve agitée et troublée. Ainsi nous l'en- 5 eigne Diaooque {De perfect., c.75) : «Lorsc|uc Tâme, dit-il, est excitée et élevée par 1 Esprit-Saint, alors elle domine toutes les ténèbres de Tesprit malin : si au contraire elle est influée pai l'esprit d'erreur, les ténèbres (lu péché l'enveloppent entièrement. » Nous lisons aussi du prêtre Zacharie qu'au

Premier moment qu'il vit l'ange auprès de ' autel du Seigneur, son premier sentiment fut la crainte et un grand trouble. Et la bienheureuse Vierge Marie, saluée par l'ange, fut tout d'ai)or J troublée dans son discours. De inêiiic encore les bergers qui furent avertis par l'ange «le la naissance de Noire-Seigneur, furent agités d'une grande crainte. Mais toutes ces saintes personnes furent bientôt rïélivréesdc leur crainte, car l'ange dit aussitôt h Zacharie : Ne craignpz points Zacharie^ et à la sainte Vierge : Ne craignez points Varie Ce qui c^t aiuî-i interprété por saint

Athanase dans la Vie de saint Antoine : a La douceur et la consolation de ces apparitions sont telles, qu'alors même râme,;quoi- Siie accablée au premier moment par l'éat indicible de ces apparitions , retrouve aussitôt tout son calme, car la crainte ne vient

Eas seulement de la timidité et de la failesse de l'âme, mais encore du spectacle subit des grandes choses. Si donc après les premiers moments de frayeur on sent renaître en soi la confiance en Dieu et la paix de l'âme, sachons reconnaître que nous avons reçu un secours du ciel : et cette sécurité est un indice de la 'présence de la majesté divine. » Saint Thomas est du même avis (m part. q. 30j ; Saint Villalpand dit avec beaucoup de justesse : « Lorsque l'âme jouit d'une consolation profonde, elle ne peut venir du démon. Aussi, après qu'on a eu ime vision qui est son œuvre, quelque brillante et sédui^^ante qu'elle soit, ce n est point de la consolation, mais une certaine horreur qui en est le résultat. »

Le septième signe de la fausse vision consiste en ce que la vision disparaisse lorsqu'on fait le signe de la croix; qu'on invoque le saint nom de Jésus; qu'on expose les reliques des saints, et qu'on répand de l'eau bénite. Sans doute cette marque n'est point infaillible, puisque le démon, pour se transformer en ange de lumière, prend quelquefois la forme de Jésus-Christ en croix. Toutefois, il est évident que si la présence des saintes enseignes dont nous venons de parler fait disparaître la vision*, on ne peut douter qu'elle ne soit produite par l'esi rit de ténèbres.

En considérantles effets, on peut donc conclure que la vision est divine, si 1" elle ne rappelle aucune image indécente; 2' si elle provoque à une profonde humilité, et à un grand mépris de soi-même ; 3* si la personne qui éprouve la vision en éprouve de la conliision, que néanmoins elle expose toute la chose à ses supérieurs, et s en rapporte exactement à leur commandement; A" si elle ne parle point de ces faveurs à moins que, sollicitée par ses maîtres, elle en parle uniquement par obéissance et avec simplicité; 5" si elle en devient plus mortifiée; 6' si, quoique ayant éprouvé de la frayeur au début de la vision, elle se calme bientôt et retrouve la paix de l'âme, 7" si elle n'a aucune répulsion à la vue des reliques des saints, à l'attouchement de l'eau bénite, et à l'invocation du saint nom de Jésus, etc. «Car, dit sainte Thérèse, Dieu ne permettrait pas qu'une âme soit séduite par les choses consacrées par les prières de l'Eglise. Quand le démon agit, dit la sainte, non-seulement il ne produit aucun bon effet, mais encore il en produit de mauvais; mais comme chacune de ces marques, prise en soi, n'a rien d'infaillible, il laut encore agir avec prudence, avec lenteur et maturité, consulter dans le doute, et se défier de ses propres lumières. » De tout ce qui précède sur les visions, nous concluons que, si après avoir bien éprouvé le^ cho>cs extraertl'naircsqui nous

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sont arnvées, nous arons des raisons solides de les regarder comme divines, nous devons les accepter, mais de telle manière, que nous ne nous reposions point en elles, mais que nous cherchions à retirer de là des fruits spirituels.

Le P. Alvarez [Devitaspir.^ 1. v, c. 10) dit : « qu'il fout considérer la fm d'une révélation : si elle excite à Tamour de Dieu et des saints; si elle inspire du goût pour ce qui est bon et utile; si elle console dans les tribulations; si elle réveille dans la tiédeur, si elle anime de plus en plus celui qui travaille déjà courageusement; si elle devient comme un gage de la vie future; enfin, si elle nourrit une crainte pleine de fidélité et d'amour envers Dieu. Qm^ celui qui est admis à la conversation céleste ait soin de mener une vie céleste, de vivre- de telle manière qu'il puisse voirie Dieu vivant aussitôt après sa mort, et que par l'abnégation de lui-môme, il se dispose sans cesse et de plus en plus à se rendre digne des dons célestes. C'est ainsi que les révélations et les visions divines dont il sera favorisé lui deviendront véritablement utiles.»

Saint Jean de la Croix observe à ce sujet : a Quand on est ainsi préparé,^ on prend de ces visions ce que Dieu veut, c'est-à-dire l'esprit de dévotion; c'est pour cela que Dieu aocorde tous les autres (ions. »

Lorsque l'âme n'a en vue que cette fin, c'est une chose merveilleuse de voir combien, au milieu de ces faveurs surnaturelles, elle fait de progrè3 dans l'amour de Dieu.

VOCATI(»iN. — La vocation est une certaine inspiration ou lumière dans l'intelligGAce, ou bien un certain désir ou tendance dans la volonté, par lesquels Dieu nous appelle à un état supérieur pour son service.

On peut distinguer deux sortes de vocations.

L'une se manifeste naturellement par la providence de Dieu ; on la discerne par un instinct et une inclination naturelle à un état

f)lutôt qu'à un autre, selon que le demande e bien commun. Chacun est préparé à cette fin par des talents ou qualités qui lui sont

f proportionnés : celui-ci par la noblesse , ceui-là par les richesses ; un autre par la force du corps ou de l'âme ; un autre par un sentiment naturel d'humilité, de détachement des choses du mond«. L'autre espèce de vocation est surnaturelle. C'est Dieu lui-même au! en dispose l'inspiration dans Tâme par es moyens qui lui sont connus.

Dieu appelle tous les hommes à entrer dans VEglise : les infidèles, afin qu'ils deviennent fidèles; les fidèles pécheurs, afin qu'ils deviennent justes. C'est ainsi que le concile de Trente (sess. vi, c. 5) déclare : « que le commencement de la justification dans les adultes a lieu par la grâce prévenante do Jésus-Christ; cette justification commence dans leur vocation même , par laquelle ils sont appelés indépendamment de leurs mérites, c'est-à-dire sans qu'ils y aient aucun droit. »

?}Ous Usons aussi dans saint Jean fc. i, 9),

en parlant du Christ : Il était la traie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde ; cette lumière est absolument suffisante pour tous, quoiqu'elle soit plus abondante pour un certain nombre.

Maintenant, si nous considérons tous les hommes réunis dans l'Eglise de Jésus-Christ, nous affirmons gue Dieu appelle chacun de nous à un certain état qui est plus approprié à notre salut et au bien commun.

Nous en avons la conviction :

Par la sainte Ecriture : dans la parabole des ouvriers envoyés dans la vigne {Matih, x%) ; dans la paraBole des invites au grand festin {Luc. xiv) : et t7 en appela plusieurs: de môme dans la parabole des talents [Matth. XXV, li) : Et il donna.., à chacun selon ses propres forces. Saint Paul [Rom. xii) nous dit de son côté : Je vous en prie^ marchez dignement dans la vocation où vous avez été appelés. Saint Thomas, commentant ce passage, nous dit que les talents accordés par la Providence aux hommes sont divisés en trois classes; car la multitude des hommes comprend la partie supérieure, la partie inférieure et la classe moyenne.

La raison saisit clairement les motifs do ces divisions. Qu'est-ce que l'Eglise , si ce n'est la maison de Dieu et sa cour; son corps mystique, dont Jésus-Christ est lo chef? Il est donc naturel qu'ainsi que le père de famille dans sa maison, le roi, dans son palais, distribue à diverses peri^onncs les offices et les charges; qu'ainsi eucoie que, dans le corps humain, les différents membres rendent des services divers à l'âme, selon la variété de ses opérations et de ses commandements , ainsi Dieu a dû établir dans l'Eglise divers états; et pour les remplir, il appelle certaines personnes qui y sont plus aptes cpie les autres, qui ont des dispositions particulières et pour y faire leur salut et faire fructifier ce bien commun , selon ce que nous dit Isaïe : Je suis ton Seigneur, qui t'enseigne des choses utiles ; Je (e gouverne dans la voie où tu marches. [Isa.

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