‹ Dictionnaire d'ascétismeChapitre 91 sur 315 · XLII · texte numérisé non relu

XLII

L'état des fidèles dans l'Eglise se divise en trois genres , à savoir : l'état des laïques, celui des clercs et celui des moines. Parmi les laïques ou séculiers , il y a les rois , les gouverneurs, les juges, les soldats, les marins, les agriculteurs, les mécaniciens, les gens maries, enfin les personnes qui occupent les diverses professions utiles. Parmi les clercs, brille au sommet le Pape ; ensuite viennent les cardinaux, puis les patriarches,^ les archevêques , les évêques, les archidiacres, les chanoines, les curés, les prédica* teurs, les catéchistes, etc. Parmi les moines,, les uns mènent la vie contemplative; les autres la vie active, les autres la vie mixte, selon les divers ordres et les diverses professions religieuses.

11 y a une vocation pour l'état laïque et séculier. Dieu, selon le conseil de sa samte volonté , destine dans le monde , les uns au gouvernement, en leur distribuant, selon ses vues, les difl'érents degrés de la hiérar-

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chie; les autres aux professions diverses, soit du travail intellectuel, soit des travaux manuels, soit au mariage, soit au célibat. Cela se prouve par TEcriture sainte. D'abord, en ce qui concerne les rois (Prov, xv) : Cest par moi que les rois régnent^ et que les législateurs décernent des choses justes ; c'est par moi que les princes gouvernent et que les puissants décernent la justice. Saint Paul, parlant des époux et des vierges, ou des veuves (/ Cor, vu), nous dit : Chacun a reçu de Dieu un don particulier j l'un d'une manière j Vautre d'ime autre. Du reste, on voit dans la Genèse que les bommes manifestent des inclinations variées, les uns pour Tagriculture , les autres pour la conduite des troupeaux; d'autres pour la musique, ou pour la métallurgie, etc.; et Sécretien suppose clairement que ces inclinations nous viennent de Dieu. Au chap. xiv, li, elle dit qu'Abraham et les siens se conduisirent en vaillants guerriers ; nous y trouvons des exemples innombrables de rois, de juges, d'étX)ux, de vierges, de veuves, de soiuats, d'ingénieurs, de mécaniciens, qui étaient destinés par la Providence à leurs fonctions. Les saints Pères tiennent la môme doctrine : « Le Dieu très-clément , dit saint Basile, pour veiller à notre salut, a séparé les hommes en deux classes ; il a voulu qu'il y eût des personnes mariées et des vierges, afin que ceux qui n'avaient pas le courage de soutenir les combats de la virginité ^e choisissent des épouses. >» Il apporte pour exemple Abraham, Job, David, Daniel, Samuel, etc. Saint Chrysostome, dans son livre :a contre ceux qui méprisent la vie monastique : « Quoi donc 1 dit-il, est-ce que tous ceux qui s'engagent dans les liens du mariage périront T Je me garde bien de le dire ; mais, pour se conserver, ils doivent soutenir de plus grands combats. » Saint Ambroise (lib. i 8/f., c. W) enseigne, en général, que chacun connaisse son génie particu- 1 er, et qu'il s'applique à la chose pour laquelle il a le plus d'aptitude. Saint Jérôme (lîv. ï Adv. Jov,)y parcourant les différents devoirs de la vie, nous dit : « Nous savons que dans une grande maison il y a, nonseulement des vases d'or et d'argent , mais aussi de bois et d'argile. Ainsi Jésus-Christ est le fondement, et, sur ce fondement, saint Paul, rarchitecte, nous dit aue les uns édifient de l'or, de l'argent, des. pierres précieuses; les autres, au contraire, du foin, du bois et de la paille. Nous n'ignorons pas que les noces sont honorables, et que le lit nuptial est immaculé ; mais nous acceptons le mariage de telle sorte que nous préférions la virginité, qui naît du mariage. » Saint Augustin, dans différents ouvrages, approuve tous les états, quoiqu'il préfère les uns aux autres. Saint Bernard, dans son guaranlesixième sermon sur le Cantique des cantiques, nous montre la sainte Eglise se réjouissant de l'autorité des prélats, de la décence du clergé, de la discipline du peuple, du repos dos moines, et retirant de la considération et du fruit de toutes les situations de

ses enfants. La raison nous convainc que l'état laïque et séculier est nécessaire au bien commun. Dieu donc, qui est le sage gouverneur du monde entier et de toute la société humaine, appelle les hommes à des états variés pour la conservation du bien commun qu'il a nécessairement en vue.

La vocation à l'état laïque ou séculier est dirigée par la divine Providence , mais par une voie naturelle, c'est-à-dire une inclination naturelle à un office plutôt qu'à un autre. Toutefois cette inclination a un côté surnaturel, en ce que la grâce surnaturelle vient en aide pour accepter la bonne détermination : c'est ainsi que dans la nouvelle loi le mariage a été élevé à la dignité de sacrement, pour préparer les époux au digne accomplissement de leurs devoirs. C'est ainsi que la Providence pourvut à ce que l'on cnoisît soixante-dix vieillards pour venir en aide à Moïse, qui succombait sous le poids du gouvernement (Num. xvn) : Je descendrai. Je prendrai de ton esprit, et je le leur communiquerai, afin qu'ils partagent le poids de la direction , et que tu ne sois pas seul chargé. On lit au i" livre des Machabéesf que Judas livrant un combat au nom du Seigneur, quelques-uns formèrent contre lui des projets dictés par une ambition jalouse, mais sans succès, parce qiie, est-il dit, ils n étaient point de cette race d'hommes par laquelle le salut du peuple devait se faire. Lorsqu'il s'agit de construire le tabernacle. Dieu n'emplova pas seulement ceux qui avaient naturellement de l'aptitude pour les arts mécaniques ; mais il se servit spécialement de deux orfèvres, et il les remplit de son esprit de sagesse. D'où Rupert {in Exod.) conclut ; « Qui doutera que ces aptitudes pour les arts ne soient des dons de Dieu? Par conséquent, en quelque personne quo Ton découvre ce goût pour les arts utiles ou licites, il faut le respecter, et avertir ceux qui excellent dans les parties où ils sont appelés par leurs inclinations, qu'ils emploient ce don de Dieu dans des vues d'utilité générale pour le bien des hommes et pour 1 honneur de Dieu, qui doit être remercié dans tous les dons qu il nous distribue. »

D'où l'on doit conclure qu'il faut procéder avec maturité et conseil dans la recherche de sa vocation, môme quand on est sur le point de l'engager dans 1 un des états si variés de la vie séculière. Car dans la vie séculière on rencontre de graves difficultés et beaucoup de dangers pour son salut éternel,comme il paraît par la réponse que les apôtres faisaient à Notre-Seiçneur (Matth. xix), lorsqu'il s'agissait du libelle de répudiation : Si les rapports de l'homme et de la femme sont tels, it n'est pas expédient de se marier. Certes l'indissolubilité du mariage le rend trèsinsupportable dans les I cas d'absence, de maladie, et lorsqu'on a une femme odieuse de mauvais caractère, et laide. Et quoique l'Apôtre (7 Cor. vn) laisse le mariage libre , il modifie considérablement celte liberté en disant : que pour éviter la fornication chacun ait sa femme ; (pie celui qui ne sait se contenir

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$e marie ; et encore : Mtliui est nubere quam uri. 11 dit de ceui qui sont dans le mariage: Ceux qui vivent dans cet état ressentiront les tribulations de la chair.... Celui qui est avec une femme a les sains du monde, %l s'inquiète comment it peut plaire à son épouse et il est divisé. On peut voir par là combien Tétai du mariage entraîne de tribulations. Il y a les peines de la grossesse, de l'enfantement , de réducation des enfants , des rixes domestiques ; il y a les sollitudes non moins cruelles qui viennent si souvent du manque des choses nécessaires ou de la grande difficulté de se les procurer ; enfin dans Tordre des choses spirituelles , comme le cœur est divisé entre Dieu et le monde , il ^ a de la peine, et une grande peine à atteindre jusqu'à aimer Dieuplus que toutes choses. De plus", il est si difncile cf'ôtre riche selon le désir qu'en ont les séculiers , et d'entrer en même temps dans le royaume des cieux, que cela parait presque impossible. C'est ce qu'enseigne Notre-Seigneur {Matth. xix) : En vérité je vous le dis, les riches entreront difficilement dans h royaume des deux. Il est plus facile à un (hameau de passer par le trou d'une aiguille quà un riche d'entrer dans le royaume des deux. Ce qu'ayant entendu, les disciples lui dirent : Qui donc pourra être sauvé? Il n'y a donc rien de plus raisonnable que de bien peser la résolution de se choisir un état de vie. Il faut prendre carde de se laisser mouvoir par un motif vicieux. Nous devons chercher la volonté de Dieu , agir en chrétiens et non en hommes passionnés , et alors on aura des motifs d'espérer que Ton ne sera point séduit dans son choix, et qu'en tenant compte de toutes les circonstances Ton aura choisi , après Tinspiration de la grâce , Téwt le plus propre a nous rendre utiles en ce monde et obtenir la vie éternelle.

Exposons maintenant les règles pour connaître SL vocation à l'un des états séculiers :

I. Si quelqu'un est porté à remplir un état séculier, purement par l'attrait du plaisir, des honneurs, par le désir brutal de la concupiscence, sans aucune considération des })érils qui existent pour son âme , celui-là n'est point mu par une vocation divine , et ne choisit pas en chrétien

II. Si la vocation divine , selon des apparences fondées , voi\s appelle à tm état de perfection, il n'est pas sûr de rester dans un état séculier, sous quel prétexte que ce soit , c^r ce ne serait pas prendre la voie par laquelle Dieu veut vous appeler à lui.

lIL Saint François de Sales donne cette règle : a On peut bien ne vendre pas ce qu'on a et ne donner pas aux pauvres, parce qu'on n'a pas le courage de faire un si grand renoncement. On peut bien aussi se marier, parce qu'on aime une femme, ou parce qu'on n'a jîas assez de force en Tftme pour entreprendre la guerre qu'il faut faire à la chair. Mais de faire profession de ne vouloir point suivre les conseils, ni aucun d'iceux , cela ne se peut sans mépris de celui qui les donne. »

IV. Saint Ignace, dans sGsExercices, avertit ceux qui conservent des bénéfices ecclé-

siastiques pendant qu'ils sont engagés dans les liens du mariage, qu'ils ne marchent point droit dans la voie de Dieu, mais obliquement.

V. Le môme saint avertit « que le directeur doit avenir celui qu'il dirige, d'être disposé à suivre les conseils évançéliques en môme temps que les préceptes, si la volonté de Dieu demandait qu'il les suivît; bien plus il devrait être plus incliné à suivre le» conseils , si la jjIus grande gloire de Dieu y était intéressée.» Le même saint ajoute ces i aroles remarquables: « 11 faut des marques

})lus sensiblement convaincantes pour non:; aire connaître que Dieu nous appelle à un état où Ton n'est ten u qu'à observer seulement les préceptes, jjarce qu'il est certain que Dieu aime qu'on suive les conseils ; il y exhorte. Au contraire il a montré les périls de Tétat ordinaire. »

La vocation aux dignités civiles doit être éprouvée avec soin, ce que Louis Dupont démontre avec évidence dans son livre second De la perfection chétienne. La raison en est que, dans ces dignités de royauté, d'administration , de judicature , etc., on a besoin d'une grande mesure de vertu chrétienne tant

Eour se bien gouverner soi-même que pour ien gouverner les autres; ce qui devient très-aifficile lorsqu'on a à traverser les périls de l'ambition , de l'orgueil , de l'avance, de Tinjustice , etc. Celui-là est donc misérable et voisin de la perdition , qui, sans consulter Dieu, sans implorer le secours de sa grôce, ni les conseils aes sages, sans y être aiv pelé, s'ingère dans ces dignités par des soins inconvenants et injustes. Osée (vni, 4) a dépeint ces hommes dans ces paroles : Ils ont régné, mais ce n'est point par moi. Us furent princes, mais je les ai ignorés. Cornélius de Lapierre remarque à ce propos : « Dieu accuse les rois d'Israël de ne régner que par eux-mêmes et non par sa volonté, parce que qrelques-uns envanirent tyran niquement le trône ; tels furent Zamri, Amri, Sellum, Macahem, Phaceja , Phacée et Osée, sous le règne desquels le prophète Osée annon';a ces choses. D'autres, tels que Jéroboam, Jéhu, etc., quoique appelés de Dieu, se conduisirent dans leurs jonctions, non selon Tesprit de Dieu, maissclon le capricedeleurs cupidités.» Tous ceux qui gouvernent devraient donc méditer attentivement ces paroles de la Sagesse (vi , 2) ; O rois , écoutez ; prêtez r oreille , vaut qui gouvernez les peuples, qui contenez les multitudes; tous qui vous plaisez dans le ras* semblement des nations : parce que la puis* sance vous a été donnée par le Seigneur , la force par le Tout-Puissant , lui qui interroge vos œuvres , scrute vos pensées. C'est bientôt et d'une façon terrible quil vous apparaîtra ^ car il y aura un jugement très^igoareux pouY ceux qui ont le commandement. Aussi saïut Thomas observe (tnJ?om., lit. 1) : « La puissance rople, ou quelque autre dignité, j i/ui être considérée sous trois rapports : le premier regarde la puissance même , et qu ce sens Dieu a dit : C est par moi que les rois régnent. Le second regarde la manière d'obtP!:Ir es

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pouvoir , et en ce sens quelquefois le pouvoir est acquis régulièrement selon le dessein de Dieu , selon qu'il est marqué (Hebr. v , 4) : Que personne ne s'empare des dignités, excepté celui qui est appelé comme Aaron. Quelquefois on s'empare du pouvoir par un appétit pervers de rambition. Ceux-là ont été dépeints par Amos(vi, 14). N'est-ce pas par notre propre pouvoir que nous nous sommes revêtus de t autorité/ On peut enfin considérer Taatorité par rapport à son usage , et alors eJle est quelquefois de Dieu, selon ces paroles : Cest par moi que les rois gouvernent,.. D'autres fois elle n est pas de Dieu , lorsque ceux (jui en jouissent s'en servent contre la justice, selon ces paroles (Ps. ii) : Les rois de la terre se sont levés , les princes se sont ligués contre le Seigneur. »

Règles pour Vélection des dignités civiles. — Nous les tirons de la doctrine précédente de saint Thomas.

I. Que ce soit par un droit héréditaire ou par l'élection que quelau'un arrive aux honneurs , on doit considérer que la puissance est plutôt une charge qu un honneur,

Elutôt un péril pour Tâme au'une source de onheur.

II. Môme dans le cas où Ton est élevé par le droit héréditaire ou d'élection on ne cloit jK>int chercher à arriver plus sûrement à ses fins par des moyens iniques et vicieux. Mais on doit se servir de moyens honnêtes et légitimes, quand môme ils seraient moins expédilifs et moins sûrs, et abandonner Tévéneraent à la providence divine.

III. Bien plus, le supérieur doit prier Dieu clans ses entreprises, et demander que ses efforts ne soient pas couronnés de succès, si 10 succès est réellement un mal moral pour lui et les autres.

IV- On doit se rappeler qu'il ne suffit pas de bien commencer, mais qu'il faut de la persévérance afin de résner et de gouverner continuellement selon 1 esprit de Dieu.

V. Quiconque aspire aux dignités civiles doit s efforcer préalablement d'acquérir la science et les qualités nécessaires pour dignement satisfaire à sa charge.

Celui qui répond à sa vocation dans Vétat séculier peut arriver à la perfection. — Si on a réfléchi sur sa vocation, si on s'y est disposé j)ar la prière, si on y est entré par des voies lî roi les, on pourra y parvenir à la perfection c hréti enne, soit que l'on remplisse des fonctions éminentes, soit que l'on remplisse des fonctions inférieures. Nous le prouvons par l'Ecriture sainte, qui nous montre la perfection compatible avec les honneurs, le mariage et les richesses... Nous pouvons le déduire ûes paroles de Jésus-Christ qui, après avoir fait sentir la difficulté du salut pour les riches, explique sa pensée en disant : cela estimpossible aux hommes, mais tout est possible à Dieu.

JL' Apôtre (/ Cor. vn) exhorte les esclaves de rester dans la servitude ^ les épouses de rester soumises au jouç du mariage, les enfants de se lier parles liens matrimoniaux si c'est leur goût et leur vocation j et depuis le

V. 29 il prescrit les règles d'après lesquelles toutes ces choses doivent se faire chrétiennement ; et il dit : Le temps est court : que dorénavant ceux qui ont des épouses soient comme nen ayant pas ; aue ceux qui usent du tfionde soient comme n en usant pas ; car la figure de ce monde passe vite. Et dans sa première Epitre à Timothée, il enseigne aux femmes comment en donnant des enfants à la famille elles peuvent se sauver par la modestie et la piété. Il dit aux veuves de se montrer irrépreTiensibles, aux riches, de déposer les pensées superbes, de ne point mettre leurs espérances dans l'incertitude des richesses, mais en Dieu. De même le saint Précurseur prescrit aux publicains de faire ce

3ui est conforme à leurs institutions, aux solats, de ne se rendre coupables ni de violence, ni de calomnies, et d'être contents de leur solde.

Outre les saints vivant de la vie séculière loués dans les saintes Ecritures, Raynaud (i.Wlll Hagiolog., Lug^J afait une collection de saints et de saintes cle toutes les conditions laïques. Ils sont gouverneurs, juges, soldats, artistes, agriculteurs; il y en a de la haute, de la moyenne et de la basse condition sociale.

Les saints Pères ont le même enseignement. Saint Augustin [De bon. conjuq., 1. xxi) fait l'éloge et de la continence de saint Jean- Baptiste, et du mariage d'Abraham. Il les considère tous les deux dans des états divers, comme les soldats du Christ. Dans sa Lettre 189* il dit : « Il y en a qui ne suivent point le conseil de vendre tous leurs biens

Eour les donner aux pauvres, ce conseil si eau et si siiblime : et pourtant ils savent se garantir des crimes damnables, et selon la parole de l'Evangile, nourrir Jésus-Christ qui a faim, lui donner à boire dans sa soif, le revêtir quand il est nu, le recevoir quand il est pèlerin ; ceux-ci ne seront pas jugés au dernier jour avec Jésus-Christ, mais ils seront miséricordieusement jugés. » Dans sa Lettre iW, il aioute : « Rien n'empê( ho h quelques-uns d être parfaits, quoiqu'ils ne se trouvent point dans une profession de perfection, et que d'autres qui ont la profession de perfection restent imparfaits. » Enfin saint Laurent Justinien avertit un sé«ulier do pleurer ses péchés passés, de s'elforcer d'éviter les péchés mortels, et de se contenter du reste de Inobservance des commandements de Dieu et de l'Eglise.

La raison nous dit aussi que la charité, en laquelle consiste surtout la perfection, peut exister dans tous les états, et même qu elle peut-être plus grande dans une profession commune que dans une profession plus relevée.

Si avant de choisir un état, il faut de grandes réflexions pour ne pas s'abuser dans son choix.— Le choix étant une fois fait, au contraire, il faut, l" persévérer dansTétat choisi, dans les fonctions adoptées, à, moins que ces fonctions et cet état ne soient illicites. Souvent même la détermination devient nécessaifc el irrévo aWe, comme dans le sacer-

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(Jocc el le Duariage.... 2* Quand môme le choix serait fait témérairement, il est exjpédient d'y rester et d'y persévérer, s'il n est point devenu illicite; ceci devient un devoir rigoureux pour les choix irrévocables dont nous parlions. Au surplus on peut par la pénitence faire disparaître la tache de témérité, en acceptant avec résignation les tribulations qui accompagnent son état. Dieu viendra en aide à celui qui agira de la sorte, et par sa grâce il pourra mener une vie chrétienne. 3- Dans le sentiment chrétien, chacun doit être content de son sort. 11 doit en eflet considérer que la Providence a disposé les choses de manière à ce qu il se trouve où il est. D'après Louis Du Pont c'est une chose bien dan;^crcuse de choisir un état contre la volonté de Dieu, et d'y arriver par des moyens coupables; c'est, dit-il, rompre le fil des moyens que la Providence avait disposés pour nous conduire à notre fin, et on se prépare la condamnation rapportée dans saint Matthieu : Toute plantation qui n'est pas plantée par le Père céleste sera déracinée. Toutefois si Terreur est consommée el que le choix d'un état soit irrévocable, on ne doit pas conclure qu'il faut se défier de la divine providence. Si nous nous sommes trompés de voie. Dieu dans son infinie charité i^eut nous conduire au salut éternel par une autre voie, et changer le mal en bien, comme il «irriva à l'enfant prodigue, pourvu que nous effacions le passé par la oénitence, et que nous nous placions docilement dans les mains de Dieu pour l'avenir.

Dieu appelle aussi un certain nombre à /Vt.at clérical. — C'est la volonté de Dieu qu'un certain nombre de chrétiens entrent dans l'état ecclésiastique, pour en occuper les différents degrés, selon qu'ils sont énumérés dans le concile de Trente (sess. xxni, c. 2), où il traite du sacrement de 1 ordre ; à savoir : la tonsure cléricale; les ordres mineurs, de portier, de lecteur, d'exorciste, d'acolyte; ensuite les ordres majeurs de sous-diacre, de diacre, et du sacerdoce. Parmi ceux qui sont dons le sacerdoce, Dieu appelle les uns à être pape, les autres cardinaux, d'autres patriarches, archevêques, évoques, archidiacres, chanoines et curés; d'autres encore prédicateurs et catéchistes, etc....

L'Ecriture sainte établit bien clairementla vocation cléricale [Hehr.y v, k). — Queper-^ sonne ne s'engage dans ces honneurs^ si ce nest celui qui est appelé comme Aaron. [Eph. iv, 11.) — Le Christ a établi les autres pasteurs. (Act. XX, 28.) — V Esprit-Saint a établi les évéguespour gouverner l'Eglise de Dieu. (Luc. VI, 17.) Le Christ appela ses disciples, et il en choisit douze parmi eux, qu il nomma apôtres.

Les saints Pères ont la môme doctrine.

Saint Grégoire dans son Pastoral ^ repartie, parle ainsi des recteurs des âmes qui n'ont pas les qualités de leur état : « ils ne gouvernent pas par la volonté du souverain I^ïédiateur, mais par eux-mêmes, dépouillés de toute vertu, n étant point appelés par la voionié divine, mais par les motifs de cupi-

dité. Ils ont ravi par violence le pouvoir or^torial, plutôt quils ne l'ont reçu. » Saint Isidore (lib. m), dit : a Un clerc doit être crucifié au monde dans sa propre chair par la mortification, pour se livrer aux fonctions de son ordre, si réellement il y est arrivé par la volonté de Dieu, contre son gré, et par humilité. » — « Il y en a beaucoup qui viennent^ dit saint Bernard, mais considérez qui est celui qui est appelé. » Saint Thomas (Corn, in Ep. ad Uebrœos) : « L'enseignement divin ne dit pas que personne doive s'emparer des honneurs par faveur, par argent, ou par puissance, mais il doit être appelé comme Aaron. » Saint Bonaventure nous avertit que nous devons trembler en entendant la parole de Jésus-Christ, de peur de prendre à tort les honneurs, et de n'être point appelés comme Aaron.

La raison nous dit aussi que la vocation divine dépend de la série de grâces qui e5t absolument nécessaire pour remplir dignement les nombreuses et difficiles obligations de l'état ecclésiastique.

Cette vocation est surnaturelle ; car, dit Schram, à raison de la difficulté, de la perfection qu'exige cet état, les raisons purement naturelles qui suffisent pour justifier une vocation laïque, ne suffiraient plus pour légitimer une vocation cléricale. Sans doute Dieu prépare déjà naturellement à cet état ceux qu'il y destine, soit par des vertus infuses, soit en leur donnant les qualités de la science, du génie et d'autres aptitudes qui les mettent au-dessus des irrégularités et des empêchements de cette vocation ; mais, outre cette préparation naturelle, Dieu a une manière plus spéciale de désigner et de préparer aux ordres sacrés, qui fait de cette vocation une vocation vraiment surnaturelle.

La vocation à Vétat ecclésiastique demande ta plus sérieuse délibération. — Louis Du Pont établit avec raison que .la vocation à l'état ecclésiastique, surtout la vocation à la prélature, demande une délibération, une maturité de conseil bien plus marquée que la vocation séculière et même religieuse. Cela ;se déduit des paroles de l'Ecriture sainte. U faut, dit saint Paul à Timothée, qu'un évéque soit sans reproche^ que les dia-cres st^ieni pudiques. A Tite : // faut qti^un évéaue soit exempt de crime. Saint Jérôme {Ad Ueliod.) dit : « Si les gracieuses sollicitations devaient venir vous inviter à entier dans le sacerdoce et la prélature, je me réjouirais de leur assentiment, mais la possibilité de la chute me fait trembler. Je sais que celui qui désire Tépiscopat désire ui.e chose bonne; mais ajoutez ce qui suit : 11 faut qu'il soit sans reproche. Que celui donc qui s'avance l'éprouve lui-même. »

Saint Grégoire et saint Augustin ont le même sentiment sur le même sujet. Ecoutons saint Bernard (Tr. de conv. ad cler.^ c. 29) : « De toutes paris on court aux ordres sacrés, et de simples mortels assuiaent sans révérence et inconsidérément un ministère qui est redoutable aux anges eu a-

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mdmes. Plût h Dieu que, sur le point d'élever une tour, ils se recueillent pour calculer et se rendre compte des moyens pour terminer Tentreprise l Plût à Dieu que ceux qui ne sont pas capables de continence ne se précipitent pas dans un état voué à la perfection du célibat ! Oh I o*est là une tour somptueuse et une grande chose : combien peu le comprennent ! 11 serait plus avantageux de se sauver dans une position humble et au milieu de la foule, que de s'élever pour se précipiter, et s'exposer à un jugement plus sévère. » Saint Thomas (1-2, q. 188) dit que la perfection de la vie est une condition préalable pour Tépiscopat, et qu'il n'en est pas de même de l'état religieux qui est une voie pour y arriver. D'où il conclut qu'il y a de la présomption à se croire parfait, lorsqu'on doit penser qu'on est seulement sur le chemin qui y conduit.

Marques de voccUion à l'état ecclésiastique, — Pour Qu'on puisse être rassuré sur le choix que Von fait de l'état ecclésiastique , il faut que l'on puisse réunir les marques suivantes :

I, La pureté do conscience et l'innocence de la vie passée ; car TApôtre recommande à Tite d'établir dans les cités des évoques

3ui soient sans crime. (Tt/. i, 7.) Il dit des iacres à Timothée : Quils administrent de tefle manière qu'ils n'aient aucun crime à se reprocher. (I Tim. ni, 10.)

Saint Jérôme exige non-seulement que l'on soit sans faute grave au moment môme où l'on est admis dans les ordres, mais encore depuis que l'on a été admis dans l'Eglise par le baptême.

II, La seconde raaroue est Tétude, l'amour de la discipline ecclésiastique et Tamour du prochain.

III. Ne pas rechercher Tétat ecclésiastique j>our rhonneur, les richesses ou d'autres considérations humaines. C'est là, au contraire, un signe manifeste de la suggestion du démon, qui perd une âme par rorgueil et la sensualité.

IV. La quatrième marque est de n'avancer vers les ordres qu'avec crainte, non point parce qu'on s'en croit indigne, mais parce qu'on ne fait qu'obéir à une injonction rigoureuse de ceux qui ont mission pour vous déterminer et vous appeler au nom de l'Eglise. Cette matière trouve son compléfaent lorsqu'il s'agit du bon gouvernement des religieux. Quil nous suffise d'iijouter sur ce point cette remarque du Cathéchisrae (i u concile de Trente : Xa loi naturelle et divine ordonne que celui qui sert à f autel doit vivre de l'autel; mais, s'approcher de Cautel par le motif du gain et de l'avarice^ c^est un grand sacrilège.

Dieu appelle quelques personnes à Vétat religieux. — C'est une pro[)Osition établie j>ar Louis Dupont et la plupart des auteurs ascétiques. L'état religieux est celui où les fidèles qui y entrent lont profession de teni\re h la penection de la ctiarité chrétienne, en Jcoetlant les vjbux de pauvrctr^, de chasteté et d'obéissance, et de vivre avec stabi-

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lité d'une vie commune approuvée par l'Eglise. iJi légitimité et la convenance de cette vocation se prouve par l'enseignement de Jésus-Christ, qui ne s'est pas contenté de proposer des ])réceptes communs qui obligent tous les Chrétiens, mais qui, outre ces commandements obligatoires pour tous, y a ajouté des conseils d'une grande perfection; c est-à-dire les conseils de la pauvreté, de la chasteté et de l'obéissance. Amsî, dans saint Matthieu (c. xix), Jésus-Christ conseille la chasteté sous la métaphore des eunuques, et i \ ajoute : Mais tous ne saisissent pas cette parole^ mais seulement ceux qui en ont reçu le don.Que celui qui peut comprendre comprenne. Ainsi Jésus-Christ, répondant au jeune homme qui lui assurait avoir observé tous les commandements, lui conseille la pauvreté et l'obéissance, en lui disant {ibid,) : Si tuteur être par fait y va, vends ce que tu as, et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor au ciel, et ensuite viens et suis moi. Pierre répondit alors au nom de tous les apôtres {ibid.) : loUà que nous avons tout abandonné et nous vou^ avons suivi. On peut voir, dans les premiers monuments de l'histoire de l'Eglise, que les premiers fidèles de Jérusalem observèrei t en grande partie ces conseils : La multitude des croyants, (iit saint Paul, n'avait qu'un cœur et qu'une âme. Personne parmi eux ne croyait posséder ce qu'il avait, mais toutes choses leur étaient communes. [Act. iv, 32.)

Les saints Pères ont prêché cette vocation snéciale. Saint Denis lait aux moines ui.e place très-élevée parmi ces laïques h cause de leur parfait renoncement. {Lccles. hier., c. 6.) Eusèbe {Dém. evang., 1. 1) dit que l'état monastique est au-dessus de la vie com-. mune, et surpasse même la nature humaine. Saint Basile (Constit. mon., xix, 23) assure que ceux qui se vouent à la vie monastique sont les imitateurs parfaits de la vie de Jésus-Christ et des apôtres : « Car, dit-il, Jésus-Christ a choisi des disciples dans le but de pratiquer cette perfection de vie, afin que par eux celte forme de vie reste comme un modèle à la postérité. » Saint chrysostome dit, dans son homélie 19 in Matth. : « In moine doit désirer d'imiter la vie apostcti^ que; » et dans d'autres parties de ses œuvres il parle souvent de l'excellence de ce genre de vie. Saint Jérôme dit ( ad Heliod. , lit.l) : « Lorsque tu abandonnes la vie militaire et que tu t'es en quelque sorte rendu eunuque pour le royaume de Dieu, gu'as-tii fait, sinon de l'engager dans le chemin de la perfection? » Saint Augustin (dans sa Cité de Dieu, c. 17) parlant de cette jjarole des apôtres : Voilàque nous avons tout abandonné pour vous suivre, il ajoute : « Ce vœu a été émis par des hommes puissants. Mais cette force n*a pu leur être accordée que par celui qui donne la puissance à ceux qui font des vœux. Dans votum voventi. » Et au livre i'' De mor., il dit des choses merveilleuses de la perfection religieuse. Saint Grégoire Hib. II, ep. 100) critique l'édit de l'empereur Maurice, qui aéfend aux soldats de se faire moines. U donne entre autres raisons celle-

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ci : « Il y a un certain nombre de personnes qui ne peuvent se sauver, à moins qu'elles ne donnent tout ce qu'elles possèdent. » Cassien (dans ses Institutions monastiques) assure que le monachisme a été établi en conformité de la vie des premiers Chrétiens par saint Marc, dans TEglise d'Alexandrie, et qu'ensuite les saints Pères ont propagé ce genre de vie. Voici comment saint Bernard parle sur ce sujet : « J'estime que les cloîtres sont, dans l'Ëglise, des lits de repos ; c'est là qu on vit en paix, débarrassé des soins et des sollicitudes de la vie séculière ; et ce lit de repos nous apparaît comme couvert de fleurs, car les exemples des Pères qui ont pratiqué celte vie et les éloges qu'ils lui ont donnés font briller comme des fleurs, et la conversation des Pères, et leur vie édiQante. » Saint Anselme (I. m De consiL evang.) : a Si vous voulez être parfait, dit-il, c'est dans un cloître qu'il faut pratiquer les conseils de perfection. « C'est ainsi que les saints Pères lont compris. Voici le jugement de saint Laurent Justinien : « La plus parfaite image de la céleste patrie, dans cette vallée de lai*mes, se trouve dans la réunion et la vie commune du monastère, où tout concourt à la perfection du culte divin. » Louis de Blois, Gerson, Jean Tauler tiennent la même opinion. Sainte Catherine de Sienne IDialog. 157-158) nous dit des monastères : a C est une barque qui a été disposée et préparée par le Saint-Esprit pour recevoir les âmes qui veulent courir à la perfection et ne le peuvent qu'à travers les périls : le pilote de ce vaisseau est très-certainement le Saint-Esprit. » Sainte Thérèse nous informe, dans le 32* chapitre de sa F«>, que TEpoux lui dit : « Quelque relâchés que soient^les monastères, ne croyez pas qu ils soient' inutiles au service de Dieu. Que deviendrait le monde sans les religieux!»

C est saint Thomas (2-2, q. 186} qui nous fournira les raisons de la perfection religieuse et de la sublimité de cette vocation. 11 y enseigne que Tétat religieux est un état de perfection, qu'il est beaucoup plus parfait que l'état séculier. L'homme y est activement voué au culte et au service divin. Les vœux de religion l'y dégagent de tous les >oucis séculiers ; il dit qu'il est certain que l'entrée en religion est un bien supérieur, et que le seul projet d'entrer dans une de ^es saintes demeures est déjà une inspira- ^ *ion du Saint-Esprit; d'y être appelé c'est ■ donc une grâce tre^-spéciale. Ensuite, la vocation religieuse arrache l'flme autrès-srand danger de se perdre dans la vie séculière. Saint Bonaventure observe que par le vœu de pauvreté on évite la concupiscence des yeux ou l'avarice; par le vœu de chasteté la concupiscence de la chair ou la luxure ; par Je vœu d'obéissance la superbe de la vie ou l'orgueil : et dans ce triple renoncement on aune triple prérogative, celle d'échapper aux trois sources de corruption qui sont dans le jnonde. Accourez donc, disent les saints Pères, àcô« villes de refuge et de salut, et Ih vous

gémirez sur le passé, vous obtiendrez des grâces pour le présent, et vous marcherez avec confiance vers la gloire future.

La vocation religieuse est un signe de prédestination, — C'est le sentiment du P. Plati (liv. I De statu relig.) que c'est là une vraie marque de prédestination; on peut, dil-il, le conclure de ces paroles de Jésus-Christ Matth. XIX, 29) ; Quiconque aura abandonné sa maisony ses frères ou ses sœurs ^ ou son pire ou sa mère^ ou sa femme ou ses enfants^ ou ses champs pour Vamour de mon nom^ recevra le centuple en ce monde j et dans l'autre la vie éternelle lui appartiendra. Saint Laurent J ustinien (De la aiscip. mon.<, c. 7) ajoute : « Celui-là espère avec sincérité entrer dans la céleste Jérusalem qui est entré dans la congrégation des justes, c'est-à-dire dans un monastère. Car c'est un grand signe d'élection que d'avoir part à cette sainte confraternité, t Voici un mot remarquable de Fauteur du Serm. ad fratr. de Monte : « C'est à peine si on pourrait trouver un moine mourant qui descende en enfer , parce qu'à moins qu'on ne soit prédestiné au ciel, on ne persévère pas à garder cette vocation jusqu'à la mort.» Saint Arsène adressant cette prière à Dieu , « Seigneur, enseignez-moi le chemin par lequel je dois me sauver, » entendit cette réponse : Arsène , fuis les hommes et tu stras sauvé. Et, dès ce moment quittant le monde, il se retira dans un désert.

La profession religieuse est comme un autre baptême. — Celte opinion est de saint Thomas (2-2, q. 189): il enseigne que par la profession religieuse les péchés de la vie

Eassée sont effaces comme par un second aptême. « C'est un privilège, dit-il, qui ne peut pas être établi par des raisons rigoureuses, mais on peut le déduire par des tcmparaisons très-plausibles. Dans la profession religieuse, comme dans le baptême, dit-il, nous sommes ensevelis par Jésus-Christ dans la mort. » Car, en effet, nous sommes morts au monde et ensevelis avec Jésus-Christ. Cela se confirme par la révélation de ce moine dont parle saint Thomas : « La vertu que j'ai vue établie par le baptême, je l'ai vue aussi fixée par l'habit monacal, quand il est donné à un religieux. » Plusieurs saints Pères, entr'autres saint Bernard, adoptent la même comparaison, et appellent la profession religieuse un parfait baptême à cause de son parfait renoncement au monde.

On ne doit décider une vocation religieuse qu'après de mures délibérations. — Pourtronnaître et mettre à exécution une vocation teligieuse , il faut se garder d'agir témérairement; il ne faut avancer qu'appuyé sur le conseil d'hommes doctes et prudents

Cela se prouve par l'Ecriture sainte {Luc. XIV, 23) : lorsque Jésus-Christ parle du conseil de renoncer à toutes les possessions, il nous convainc de l'importance de Tentreprise et de la prudence que demande son exécution, par la parabole de Thomme qui doit élever une tour et de celui qui doit entreprendre une guerre, et oui l'un et l'autre supputaient leurs moyens a cxé;^ulion. Qvu-i

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ieplus signillcatif, dans le même but, que ce mot (la Sauveur dans saint Matthieu (xi\, 11) : Tous ne saisUsent pas cette parole : que ceux qui pouvent comprendre comprennent.

Les saints Pères ne nous laissent pas ignorer le soin et îa maturité de conseil que demande une pareille décision ; Saint Basile [De abd, rer.^ saint Laurent Justinien {DisctpU mon, G. 3), et plusieurs autres cités plus haut. Voici une parole du patriarche des moines d'Occident : « Si un nouveau-venu se convertit et se présente pour entrer, ne soyez point trop facile à l'admettre, mais, selon le mot de TApôtre, éprouvez les esprits pour savoir s'ils viennent de Dieu.» Clément VIII déclare dans sa décrétale De Vadmission des novices^

3UC. « les supérieurs doivent s'informer avec iligencc par quel motif et dans quelle vue les candidats se sont présentés au noviciat ; on doit savoir si c'est par le désir d'une vie

Ç!us sainte, ou par légèreté. » Le concile de rente (sess. xxv, c. 15) demande une année entière de noviciat pour arriver, selon le conseil de saint Benoit» h une sufiisante délibération et une mure décision. Le même saint avertit le maître des novices d'imposer au novice tout d'abord les choses les plus difficiles dans le service de Dieu.

La raison nous avertit qu'outre les inclinations et les aptitudes naturelles que nous pouvons avoir pour cet état , il faut encore une inspiration surnaturelle; or, peut-on, sans le secours d'un prudent directeur, et après avoir longtemps réfléchi , s'assurer de la réalité et de la divine origine de cette inspiration. Une vocation peu apparente est <!omme nulle, car on n ose, dans ce cas, se décider sur de légères apparences : il faut donc, dans une affaire aui engage toute la Yie et qui engage môme le salut, no rien négliger de ce qui peut apporter la certitude dans la décision.

C'est rarement avec avantage quon con^ suite ses parents dans une pareille affaire, — C'est même une erreur grossière de vouloir se laisser conduire en pareil cas par les avis de ses parents, de ses amis , c'est-à-dire de personnes qui se décident ordinairement par des motifs purement humains, de la chair et du sang, et qui, le plus souvent, ne comprennent rien à la grandeur du renoncement d'un chrétien qui se donne exclusivement à Dieu. Us ne comprennent pas cette parole de Jésus-Christ : Je suis tenu pour séparer un homme de son pire,,. Celui qui aime son père ou sa mire plus que moi ncst pas digne de moi, (Matth, X.) Ce qui a fait dire à saint Jérôme (Ep. ad Beliod,, 1) : « Si votre père se trouve sur le seuil de la porte, marchez sur le corps de votre père, volez vers Tétendard deJesus- Christ. C'est le propre de Tamour de Dieu d'être cruel en pareille circonstance. » Saint JLaurent Justinien enseigne la môme chose. Voici ce que dit saint Bernard (Serm, de conr. ad c/er.):KQuelles grandes flmes la fausse sncresse du monde, supplante 1 et, comme elle éteint en elles le feu sacré qui commençait à 5'dihinacrl Cette sagesse mondaine dit h celai qui est appelé : Ne vous préripitpz pa' ;

considérez attentivement, réfléchissez long^ temps ; c'est un grand projet que vous agitez, vous ne sauriez réfléchir trop longtemps. Rondez-vous compte de ce que vous pouvez, consultez vos amis, de peur de vous exposer à d'amers regrets. Cette sagesse est animale, diabolique, ennemie du salut, elle suffoque la vie, engendre la tiédeur, elle excite le vomissement de Dieu. » Ajoutons-y l'autorité de saint Anselme (liv. m, p. 12) : «C'est uno chose affreuse à penser que ceux que Dieu voulait retirer du monde, pour les soustraire h ses périls, l'évoque les refuse et les exporo à la rapacité des loups. »

Rigtes pour connaître la vocation religieuse, — Les règlessuivantes seront d'une grande utilité pour connaître la vocation leligieuse.

La première est de se rendre compte des forces du corps et des qualités de son esprit, afin de savoir si on y trouvera, ou un empêchement du droit positif, ou un obslaclo naturel à l'entrée en religion.

La seconde est la pureté d'intention. Il faut entrer en religion par des vues qui intéressent le salut et la gloire de Dieu, si c'e^t l'ambition ou le désir de posséder des avantages temporels, la vocation ne vient point de Dieu ; on contredit ces paroles de TEvancils : Maître, Je te suivrai partout où tu iras, [Matth, VIII, 19.) Ce sont les intentions viciées qu'on porte dans les communautés qui y introduisent le relâchement.

La troisième marque est de sentir intérieurement une impulsion, un entraînement vers cet étal qui procède purement du désir de sauver son âme. Si cette impulsion vient du raisonnement et de la froide raison, la chose est plus sûre ; si elle procède de la voîonté qui vous tourmente d'entrer et ne vous laisse pas de repos que vous n'ayez accompli votre projet, l'impulsion est moins sûre, mais elle est bonne dès que le motif de cette impulsion est le désir de sauver son âme. Saint Thomas nous assure qu'alors nous devons nous rassurer par la bonté du motif, motif que la chair et le sang, et le monde ou le démon ne suscitent pas. Le démon tronsformé en ange de lumière ne pousse pas à de saintes choses pour de bons motifs; et, lors mono qu'il s'en mêlerait, il n'y a pas de danger do suivre des impulsions sages; quand il mêlera des motifs corrompus, il sera temps encoio de lui résister.

La quatrième nous est fournie par saûit Benoit : il veut que le novice soit porté à l'obéissance, aux opprobres et qu'il ait du goût pour l'œuvre de Dieu.

La cinquième est d'apporter une jjIus grande aUention encore quand on est arrivé h ce point de savoir si l'on doitentrer dans uno religion plutôt que dans une autre. Comme les instituts sont très-divers, non-seulement pour la diversité de la rigueur de la règle, mais encore pour la variété des aptitude?, soit du corps, soit de l'esprit, qu'elles demandent, on doit se rendre compte, et i .îr son propre jugement, et par celui des autn>, des choses dont on est capable. Ce n'est i^s

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tout : il faut encore savoir si la discipline relii^ieuse est bien observée dans le monastère Ton entre ; si le relâchement ne l'a pas

envahie au préjudice des règles approuvées.

La sixième regarde le directeur qui doit éprouver son candidat par le fréquftnt exercice de la réceution des sacrements et des œuvres de piété, comme sont une bonne confession générale, le règlement de la vie intérieure et extérieure, comme on peut le voir dans Louis Dupont (L. m, tr. 4, c. 11).

// ne faut pas négliger de s'occuper de sa votation religieuse, ni l ajourner trop longtemps. — Une fois (jue Ton a connn que Ton est appelé à la vie religieuse, que l'on se garde d'y résister ou d'y apporter des obstacles ou des temporisations, a abord on s'exposerait aux menaces de l'Ecriture sainte (Prov. i, 2i) : Je vous ai appelé, et vous n'êtes point venu, f ai présenté ma main, et personne ne Va prise, et mon conseil a été méprisé; moi, à mon tour, je me rirai de vous dans votre détresse. On peut se rappeler encore ce qui arriva à ceux aui étaient invités à la grande cène et qui relusèrent d'y venir (Luc. xiv,24) : aucun de ces hommes qui furent invités ne goû- Jeront de mon festin. On voit encore dans saint Luc (ix, 60) que Jésus-Christ ne permit aucun retard aux deux disciples qu'il appela, pas même pour accomplir un devoir bien respectable, puisque l'un d'eux demandait la permission d ensevelir son père, et l'autre de régler les plus grandes affaires de sa maison.

Les saints Pères tiennent la même opinion. Saint Jérôme (Lett. iOS) ; saint Chrysostome (Homil. 56) :« S'il est avantageux et aux pénitents et aux innocents de se réfugier aans la vie monastique, pourquoi retardezvous? Si Dieu vous appelle de ce monde avant l'exécution de votre projet, vous souffrirez une perte irréparable. » Saint Bernard (dans ses lettres 105, 108, 109) s'exprime ainsi : « Dès que vous no doutez plus que la parole qui vous appelle ne vienne de Dieu, qu'avez-vous besoin de délibérer davantage?

L'ange du ^rand conseil vous convie, à quoi bon recourir à des conseils étrangers ? Trouireriez-vous un conseiller plus fidèle ou plus sage? Je connais les choses qu'il faut exécuter promptement. On veut m'arracher du gouffre de la géhenne, et je demande du retard, et je fais difficulté de me délivrer I On m'offre un grand trésor, je dois le recevoir avec empressement, et présenter ma main avec une grande joie. » Ecoutez encore saint Laurent Justinien : «Quand on est désigné pour entrer en religion, on estdifficile- Hient exclu de cette Jérusalem céleste. C'est donc avec une grande maturité de raison, et une grande circonspection, que celui qui est appelé à ces réunions consacrées à Dieu doit agir, de peur que par la fraude du démon, par son ignorance ou sa négligence, il ne soit détourné de sa vocation. Négliger ou «gourner sans raison la vocation religieuse, c est une souveraine ingratitude et un mépris de cette grâce si haute et si précieuse. La raison seule nous le fait comprendre, et il doit nous paraître naturel que Dieu, se

voyant méprisé dans un don si relevé, nous refuse la grâce de persévérance et d'autres faveurs utiles au salut : Sans doute que celui

3ui tient cette conduite et se rend coupable e cette négligence pourra toujours compter sur les grâces communes et ordinaires, mais il se sera rendu indigne des grâces fortes et puissantes. »

Outre cette première vocation à l'état religieux, les maîtres de la vie spirituelle re* connaissent ce qu'ils appellent une seconde vocation^ qui concerne les religieux qui sont tombés dans la tiédeur et le relâchement, et qui sont sollicités par la grâce à revenir à la ferveur et à la perfection de leur état. Cette vocation est manifeste dans les sept lettres envoyées par saint Jean aux sept évêques d*Asie {Apoc. n) ; on y voit que ces anges ou évoques sont appelés d'une moindre perfection à une plus grande, de la tiédeur ou d'une chute, à la rénovation de l'esprit de ferveur, et à la peifection de la première vocation. Dans la première lettre» lange d'Ephèse est averti de réparer sa première charité, qui commençait a s'éteindre : l'ange de Smyrne, d'être constant dans l.i vertu jusqu' à la mort ; l'ange de Pergam^ de montrer plus de courage; l'ange de | ïhyatire, de savoir résister avec intrépidité ; l'ange de Sardique, de pleurer sur la mort de son âme; l'ange de Philadelphie, ^a conserver ce qu'il a reçu; l'ange de Laod*cée, de veiller à ce que sa tiédeur ne provoque de la part de Dieu un vomissement. Cette significative énumération est terminée par cette contlusion (Apoc. y, 20) : Voilà que je suis debout à la porte, et f y frappe, pour savoir si quelqu'un entena ma voix afin que f entre. Ces paroles indiquent clairement le renouvellement d'une seconde vocation.

La même chose peut se prouver par les saints Pères. Saint Basile exhorte un moine, qui était déchu de sa première ferveur, « d'écouter la voix du bon Pasteur, car c'est lui qui vous poursuit, pour vous arracher de la gueule du lion. » Saint Bernard dit dans une occasion semblable : « Jésus-Christ a sans doute beaucoup de soldats qui ont entrepris couraçeusement, qui ont résisté et vaincu. Mais il en a peu qui, ayant une fois pris la fuite, s'exposent courageusement au aanger, recherchent le combat qu'ils fuyaient, et recherchent l'ennemi qui les déconcertait, et, parce que ce qui est glorieu x est rare, je te félicite d'être du nombre de ceux qui ont d'autant plus d'honneur qu'ils sont du plus petit nombre. » On çeut naturellement se rendre compte de ceci. Il est plus parfait de suivre la vocation religieuse qu une profession séculière, et ceux qui la suivent sont favorisés de grâces plus abondantes pour y persévérer, et, si on vient à s'arrêter dans le chemin de la perfection, ou à faire quel-

S Je chute, la grâce aide à se relever; et c esi ce qu'on appelle grâce de seconde vocation. Grâce qui, selon le concile de Trente (Sess. VI, can. 22), n'est pas moins nécessaire que la première pour la seconde justification et la persévérance.

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Outre les mouvements intérieurs de la grâce qui aident à la seconde vocation et donnent la persévérance, il y a encore des secours extérieurs de cette grâee, qui consistent dans les exercices de la vie religieuse, la fréquentation des sacrements, Toraison vocale, l'oraison mentale, les lectures spirituelles, |les exhortations, les jeûnes et les autres mat>érations de la chair, la clôture, le silence, la correction, la pauvreté, l'obéissance, les exercices spirituels de huit jours ; tous ces moyens obtiennent ce que dit saint Bernard : « En relision, Thonmie vit nlus purement, tombe plus rarement, se relève promptement, meurt avec plus de confiance, ost plus vite purifié, plus promptement récompensé. »

Résister à cette seconde vocation, y opposer une mauvaise volonté et des retards continuels, c'est un si^ne de damnation, selon ces paroles de TEcrilure sainte [Luc. ix, 62) : Quiconque mei la main à la charrue et regarde derrière êoi nest point apte au royaume des deux ; paroles que saint Basile [Const. monach.) applique à la première et la seconde vocation, l^ons lisons aussi dans saint Jean (vi, 67): Plusieurs de ses disciples s'en retournèrent et ne suivirent plus Jésus,

Saint Augustin {in Psalm. lxxv) dit :

« Qu'aucun moine ne dise : « Je sors du « monastère, car le roj^aume des cieux n'est « pas seulement fait *^pour les religieux. » Car je lui répondrai : « Ceux-là n'ont point «fait de vœux; toi, au contraire, tu en « as fait. Tu as regardé derrière toi. » Et, pour faire comprendre qu'il ne parlait pas seulement des moines apostats, il rapporte l'exemple de la femme de Lojth, qui ne retourna pas en arrière, mais qui regarda seu- Jement en arrière, et fut changée en statue de sel. Et le saint docteur finit par exhorter son religieux , en disant : a Aie confiance dans ta profession, et le secours de Dieu achèvera; regarde ton conducteur, et ne regarde pas derrière toi; celui qui te conduit marche en avant. Le lieu d'où il t'a tiré reste derrière ; aime ton conducteur, et ne condamne pas celui qui a la faiblesse de jeter -«in couj) d'œil vers le lieu du départ. » L'abbé Panupbius, cité ftar Cassien, dit : « De même que Dieu a promis une grande eloire à ceux qui le servent fidèlement selon les règles de leurs institutions, de même de grandes peines sont réservées à ceux qui remplissent négli-

f;emment leurs devoirs de religieux, et reusent de produire les fruits de sainteté qn'on devait attendre d'eux : Car il vaut mieux, dit l'Ecclésiaste (v, 4), ne point faire de vœux, que d'en faire et ne point tenir. »

La raison nous dit aussi que de suivre la première vocation c'est seulement un signe commencé de prédestination, en tant que cette vocation place quelqu'un sur la voie. Mais cette espérance s évanouit, s'il retoiu'ne au monde ou s'il vit en religion d'une manière mondaine; mais, l'effet de cette vocation se fixe, et les fruits s'en assurent par la seconde vocation et le rappel à la ferveur de son état.

Il y a des dangers et de graves inconvénients à quitter son ordre pour entrer dans un autre. 11 y en a encore plus à retourner dans le siècle : cependant cela peut arriver quelquefois, et alors il faut que cela soit, non par une apostasie mais avec une permission en forme, émanant d u Souverain Pontife , obtenue non fruduleusement pour des motifs sérieux , tels que ceux qui viennent du défaut de forces pour supporter les austérités de tel ordre, ou la raison d'utilité

Générale, etc. C'est le sentiment de saint homas, mais il ajoute qu'il est bien plus facile de faire du progrès dans une religion où l'on a déjà hanilude de vivre. Ce gu'il confirme par les paroles de Cassien, qui, dô son côté, expose les dangers de changer d'ordre religieux; il les compare à celui qui résulterait du projet de cnanger ses membres contre des membres étrangers; or, dans le fait, en religion, nos frères sont devenus comme nos propres membres.

11 résulte de ce qui précède : 1° qu'un religieux qui, ayant reconnu sa tiédeur, désira se renouveler, obtiendra ce renouvellement plus facilement en révérant à la pratique exacte de l'ordre où il est d'abord entré que dans une ordre différend ; 2° que si un religieux reconnaît que sa vocation en religion en général , soit à tel ordre en particulier, à été inconsidérée ou nulle, qu'il renouvelle présentement cette vocation comme s'il y entrait au début, et il renouvellera et retrouvera tous ces défauts; 3* de cette manière il sera dispensé de recourir aux moyens embarrassés d'annulations de vœux, de dispense, de changement de religion, et surtout de rentrée dans Tétat séculier; 4." un novice ne s'empressera pas de déposer le saint habit au premier dégoût, car s'il est dangereux de résister à sa vocation, il l'est plus encore de l'abandonner après l'avoir embrassée. Il n'est pas rare de voir la vengeance divine suivre dans le monde ceux qui ont lâchement déserté leur vocation. Saint Augustin en cite plusieurs exemples dont il se servait pour soutenir le courage des novices.

11 ne suffit pas de vivre en religion en suivant simplement l'attrait de sa première vocation, tout en se livrant à la tiédeur et an relâchement. Il faut de toute nécessité correspondre à la seconde vocation, secouer l'esprit de tiédeur, et s'élever à la perfection. C'est dans ce sens çiuenous lisons dans Isaïe (xxvi, 10] : Tai fait des choses iniques dans la terre des saints. Et Jérémie (xi, 15) : Pourquoi mon bien-aimé a-t-il opéré des crimes dans ma maison ?

Voici comment saint Bernard (serm. 2 De jejunio) parle de l'esprit de ferveur : « La conversion du corps, si elle est seule, n'est rien. Il n'y a là qu'une apparence de conversion et non une réalité ; c'est un simulacre de vertu très-Vide dejpiété. Quaiid on ne voit que cette superficie , on croit tout sauvé , et Ton ne sent pas le ver intérieur qui ronge tout. La tonsure reste, l'habit n'est point changé j on garde même les jeûnes^ 1^

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tempe des cflSces, mais {le cœur est loin de moi , dit le Seigneur. Faites donc attention à ce que vous aimez, à ce que vous craignez ; quel est l'objet de vos joies et de vos tristesses, et vous trouverez une âme séculière sous un habit religieux, et sous Tétala^e d'une conversion, un cœur dépravé. » Louis de Blois peint aussi la pénitence d'un religieux qui manque de ferveur, a 11 n'a, ditil, ni courage, ni activité pour le service de Dieu; ce sont les créatures aui lui plaisent et lui sont chères. Il s'y complait et les poursuit avec ardeur. De là il se répand au dehors ; il vit sans retenue et sans garde à la porte de ses sens. Il tombe dans des discours sans fin et inconsidérés, et dans des extravagances. » Indépendamment de toute autorité, nous comprenons qu'il ne suffit pas d'être ])lacé dans un état de perfection qui nous oblige à nous élever au-dessus de l état séculier, si en réalité la vie ne correspond pas à l'étal, il faut que l'esprit intérieur et les actions soient dignes des vœux qu'on a formés.

Celui qui ne vit pas religieusement en religion se glorifierait en vain do la perfection, c'est en vain encore qu'il ferait la critique des autres ordres moins rigoureux que le sien, puisqu'il ne s'y conforme pas. 11 tombe insensiblement dans le relâchement, et peu à peu dans des fautes graves, et s'éloigne ainsi de la perfection de son état. Le remède a ce funeste état est la rénovation sincère de la vocation, c'est-à-dire de chercher Dieu seul dans tous ses exercices , de vivre d'une vie toute nouvelle et spirituelle, en secouant la paresse et la tiédeur.

Vétat religiei:x est un continuel martyre. — Les Pères mystiques ont saisi toutes les occasions de montrer Tétat religieux, quand on y persévère avec constance et ferveur, lîorame un espèce de martyre. Saint Jérôme, écrivant à £ustochium, lui parle ainsi de sa raère sainte Paule : « Votre mère a été couronnée par un long martyre; car, ce n'est pas seulement l'effusion du sang qui a les honneurs de cette confession. La servitude d'une âme dévote qui a la force de se conserver immaculée dans sa vie quotidienne est aussi un vrai martyre. » Le cardinal Bona {De

grinc. vit. Christ.^ c. M) dit aussi : « Un saint omme affirmait qu'il n'y avait pas au ciel un seul moine qui n ait été martyr sur la terre ? la vie d'un religieux, se conformant strictement aux prescriptions de sa règle, est un martyr non sanglant. La principale cause pour laquelle plusieurs religieux tombent dans l'irrégularité de la vie est dans leur défaut de réflexion ; ils ne considèrent pas combien sublime est leur état, et combien est nuisible tout relâchement, et de là on jtombe insensiblement dans l'oubli de la vocation. »

Que chaque religieux donc s'encourage à rorrespondre promptement, avec ferveur et persévérance, à sa vocation. Il ne suflSt pas «l'avoir renoncé à tout dans le monde, d'avoir abandonné ses biens et ses parents, si l'on ne «'élève à un parfait amour de Dieu, selon ce i|Ue dit l'Apôtre : Quand f aurais donné tout

mon bien pour la nourriture despaurres^ quand f aurai» livré mon corps à la pénitence^ si je n'ai pas la charité^ rien ne me servira. (/ Cor. xiif, 8.)

VŒUX. — La question des vœux peut être envisaçée au point de vue du doçme, de la philosophie et de l'histoire, ou bien au point de vue des avantages mystiques. Nous la considérons sous ce double rapport.

Le vœu est une promesse que Von fait h Dieu d'une chose que l'on croit lui être açréable, et à laquelle on n'est pas obligé d ailleurs. C'est ce qu'entendent les théologiens, lorsqu'ils disent que le vœu est promissio de meliori bono. Promettre à Dieu d'accomplir tel commandement qu'il nous fait, ou d'éviter telle chose qu'il nous défend, ce n'est pas un vœu, parce que nous y sommes obligés d'ailleurs par sa loi. — Est-il permis et louable de faire des vœux, et lorsqu'on en a fait est-on obligé de les accomplir? Cela ne peut être mis en question que par ceux qui ne veulent pas avouer qu'il y a de bonnes œuvres de surérogation, que Jésus-Christ nous a donné des conseils de perfection, et qu'il y a du mérite à les pratiquer. C'est une erreur des protestants, que nous avons refutée ailleurs. Quand le bon sens ne suffirait pas pour nous persuader le contraire, l'Histoire sainte nous en convaincrait. — En effet; Dieu n'a pas dédaigné les vœux que lui ont faits les patriarches ; Jacob promet à Dieu de lui offrir la dîme de tous les biens que sa providence daignera lui accorder, et ce vœu est agréé de Dieu. {Gen. xxvni, 22; xxx, 13.) Ainsi en avait agi Abraham, en donnant à Melchisédech la dîme des dépouilles qu'il avait prises sur les rois qu'il avait vaincus. {Gen. xiv, 20.) David fait vœu de bâtir un temple au Seigneur, et Dieu lu: promet que cela sera exécuté par son Fils. (II Reg. VII. 13; Psal. cxxxi, 2.) Les principaux Israélites s'obligent à contribuer aux irais de cet édifice, et ils accomplissent leur vœu. (I Parai, xxix, 9.)

Les livres de Moïse contiennent plusieurs lois touchant les différents vœux que Ton pouvait faire, touchant l'obligation et la manière de les accomplir. Nous vovons {Levit. XXVII, 1) qu'un homme ou une femme libre

Souvaient se vouer au service du Seigneur ans son tabernacle, qu'un père pouvait y consacrer un de ses enfants ou un esclave. Dans la suite on nomma ces derniers nathinéens, donnés à Dieu. S'ils n'accomplissaient pas ce vœu, ils devaient être rachetés par un prix que la loi avait fixé. Nous lisons encore (Num. Vf, 1 ) qu'un homme ou une femme pouvait faire le vœu du nazaréat pour un temps ou pour toujours, et que ce rteu les obligeait à certaines abstinences : il est dit, {Num. V. 8) qu'un nazaréen est consa(Té à Dieu (5anc^w# Domino); Sarason, Samuel, Jean-Baptiste, en sont des exemples. {Voyez Nazaréat, Béchabites.) Nous avons parlé de la fille de Jephté en son lieu, {fbyez jEPHré.) L'obligation d'accomplir les vœux est claireiKcnt établie. (Dcut. xxiii, 21; Job. xxii, 26; PsaL lxv, 13) Ecclc. y, 3, etc.)

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