V€EU
TCEC
Bll
le prix dd la course ou de la lutte, avaient soin de s*abstenir de tout ce qui pouvait affaiblir leurs forces le moins du monde; s*ils se privaient de toutes les viandes qui fjouvaient leur nuire ; s'ils s'exerçaient continuellement à tout ce qui pouvait les rendre plus robustes; s'ils allaient même jusqu*à s'attacher des plaques de plomb sur les reins, tant pour se rendre plus légers que pour empêcner que la nuit en songe il ne leur arrivât aucune illusion qui pût les affaiblir, et tout cela dans la seule vue de gagner une couronne corruptible (J Cor, -ix, 25); que ne devons-nous point laire nous autres, pour acquérir et pour conserver la chasteté, par laquelle nous obtiendrons une couronne qui ne se flétrira jamais ? »
Saint Bonaventure , parlant de la confession, donne une instruction très-importante, et qui regarde tout le monde en général. 11 dit que , quelque légères que soient certaines choses qui arrivent contre la chasteté, il -faut bien se garder de les taire en confession , sous prétexte ou que ce ne sont pas des pèches ou que ce ne sont que des pécnés v*miéls , et que l'on n'est obligé de s'accuser cpie des mortels , car cela a été cause d'une infinité de désordres. La perte de plusieurs âmes n*a commencé que par là, et Dieu vous
Sarde de donner cette entrée au démon et e lui ouvrir cette porte : il ne lui en faudrait pas davantage pour vous perdre. Bientôt la honte , se joignant dans votre esprit au peu de cas que vous faites de ces choses, vous fera croire que même celles qui sont un péché ou, du moins, dont on peut douter si elles le sont ou non, ne le sont pas en effet; ainsi vous vous dispenserez encore d'en rien dire dans votre confession. Les
1)ersonnes qui sont naturellement portées à a vertu et qui n'ont pas ordinairement la conscience chargée de péchés mortels, sont sujettes à cette mauvaise honte, dès qu'il leur est arrivé quelque chose de cette nature; car l'orgueil et le désir d'être estimé, qui est si naturel à l'homme et si enraciné avec lui , venant à se réveiller , fiiit qu*on craint de déchoir dans l'esprit de son confesseur, et qu'on cherche ensuite des raisons pour se persuader que la chose qu'ont honte de dire n'est point effectivement un péché mortel, et que , pçr conséquent , on n'est point obligé de la dire. Que si cependant on s'en accuse , c'est quelquefois avec des termes et des adoucissements qui la diminuent et qui l'affaiblissent de telle sorte que ce n'est presque plus rien, et que le confesseur a peine à comprendre ce qu'on lui dit, ce qui est comme si on ne se confessait point. Car les choses dont on s'accuse en confession doivent être dites d'une manière si claire, que le confesseur connaisse aussitôt la grièveté du péché; et, lorsqu'en se confessant de quelque faute , on la tourne de telle sorte qu'elle ne paraît point péché, ou que du moins la grièveté et les circonstances nécessaires du péché viennent à n'être pas jcoanues, c'est comme si on ne s'en confessait nullement. Ce qui empêche un pénitent de
s'expliquer aussi clairement qu'il le devrait, c'est que la honte ou plutôt rorjgueil laveugle et le trompe ; c'est qu'il n'a pas une véritable douleur de ses fautes , puisqu'd n'a pas la force de les avouer nettement à son confesseur; car s'il en avait un véritable regret, il offrirait cette honte à Ûïèxi en satisfaction de ses péchés. Nous disons plus; nous disons que la seule répugnance qu'on sent à s'accuser d'une chose, doit suffire pour rendre suspectes les raisons qu'on croit avoir de ne pas la dire, quand ce ne serait que pour vaincre cette répugnance et pour se mortifier, et pour empêcher que la chair et le démon ne l'emportent sur Vesprit.
Mais ce qui rend cela encore plus nécessaire, c'est qu'en matière de chasteté, il y a plusieurs choses que les ignorants no croient pas péché mortel , et qui le sont effectivement. 11 y en a encore d'autres qui sont si douteuses qu'il n'est pas aisé de déterminer positivement si elles sont péché mortel ou non ; et de celles-là on est obligé, sous peine de péché mortel, de s'en confesser aussi bien que de celles qui le sont , de sorte que le simple doute qu'on a si ce qu'on a fait est péché mortel ou non, suffit pour qu'on soit obligé de s'en accuser soui^ peine de péché mortel, et de peur que ne s'en accusant pas, la confession et la communion qu'on fera ensuite ne soient sacrilèges. 1! arrive souvent que même le confesseur, quelque habile qu'il soit , ne peut pas décider si ce qu'on lui dit est péché mortel ou non : comment donc le pénitent ose-t-il se constituer Juge en sa propre cause et décider Î|[u'il n'y a point de péché mortel en ce qu'il a ait, et là-dessus prendre le parti de ne pas s'en confesser? C'est se hasarder beaucoup »
[>rincipalement quand on sent qu'on a de 'inclination à n'en rien dire, et qu'on voudrait pouvoir diminuer sa faute et la faire paraître moindre pour diminuer en même temps sa honte.
Nous ne voudrions pas répondre du pénitent qui serait dans cette disposition; mais en cela il ne faut pas de meilleur juge que la propre conscience de chacun ; car celui qui, dans sa confession, s'accuse de plusieurs choses do peu d'importance ne peut pas ne point a^oir de remords , lorsqu'il évite, d'en aéclarer d'autres qu'il sait être d'une conséquence bien plus grande. Oseriez-vous bien les taire à l'heure de la mort 7 Non , sans doute. Gardez-vous donc bien de les taire maintenant, puisque nous devons toujours faire toutes nos confessions et toutes nos œuvres comme si nous devions aller mourir. Saint Grégoire dit que c'est la marque d'une bonne âme de se faire quelquefois un péché d'une chose qui ne l'est pas ; mais c'est aussi la marque d'une Ame mal disposée de ne pas craindre le péché où il y a lieu de le craindre. J'en use ainsi , disent quelques-uns , pour éviter d'être trop scrupuleux ; et c'est là une autre ruse dont le démon se sert pour les tromper; car ce n'est pas être scrupuleux que de s'accuser de ces sortes de choses , puisque ceux qui
D* ASCETISME
font profession de piété s*accuscnt ordinairement de plusieurs fautes qui sont beaucoup plus légères , et cela non par nécessité ni par scrupule , mais par respect pour l'auguste sacrement qu'ils doivent recevoir ensuite. Il faut une si grande pureté pour s*en approcher , que ouelques maîtres de la vie sj)irituelle conseillent qu'en ce qui regarde cette matière on s'accuse même des cnoses qci ne sont pas péché. Je m'accuse , mon père • devez-vous dire, d'avoir eu des tentations contre la pureté ; et , si vous croyez qu'il y ait eu un peu de votre négligence, ou à leur donner entrée ou à ne les j^as chasser assez tôt (comme d'ordinaire il arrive qu'il y en ait à cause de la corruption de notre chair), vous devez encore le dire, quelque légère et quelque peu criminelle que cette négligence puisse avoir été. Que si vous jugez qu il n'y ait point eu de votre faute, vous pouvez toujours vous accuser d'avoir eu de mauvaises pensées et enouter ensuite : mais, par la miséricorde de Dieu , il me semble qu'il n'y a point eu de ma faute , et que j'ai fait tout ce qui dépendait de moi ; et c est ainsi au'il faut encore en user à l'égard des pensées contre la foi. Ils veulent mètue qu'en matière de chasteté, on s'accuse de quelque chose de moindre que tout ce que nous venons de dire , par exemple , de ce qui arrive en songe, en c^uoi n'y ayant aucune liberté de volonté , il n y a par conséquent aucun péché. Ce n'est pas qu'il soit nécessaire de s'accuser de ces sortes d'illusions , quand on n'y a point donné occasion , et qu'on sait qu'on n y a ni contribué ni consenti ; mais c'est toujours bien fait de s'en confesser , pour s'humilier davantage ; et les personnes de piété , quand il leur est arrivé quelque chose de cette nature, ont coutume par respect pour le saint sacrement , de se réconcilier avant que de communier. Les théologiens mêmes demandent s'il ne Uni point s'abstenir pour cela de la communion ; et ils disent qu'il serait plus respectueux de la différer a un autre jour , à moins qu'il n'y eût quelque raison qui en empêchât , telle que serait celle du scandale que donnerait un religieux qui s'abstiendrait de communier le jour même où toute la communauté communierait. Mais, lorsqu'en cette occasion, on se sert de la permission qu'on a de communier, il est bon du moins de suivre le conseil que nous venons de donner.
L'amour est la passion du monde la plus dangereuse ; car comme c*est la plus lorte et la plus violente de toutes, c'est elle aussi qu'on a le plus de peine a vaincre, et qui peut le plus facilement nous entraîner dans le précipice. Saint Augustin, voulant faire voir la force et la violence de cette passion, et combien il y a sujet de la craindre, se sert de deux exemples de l'Ecriture sainte, dont le premier est pris de la désobéissance d'Adam. Pourquoi, demande le saint, Adam viola- t-il le eommandementjde Dieu, et mangea-t-il du fruit défendu? Est-ce au'il fut assez crédule pour s'imaginer que s il man-
geait de ce fruit, il arriverait ce que le serpent avait dit à Eve, et qu'il serait comme un Dieu ? Il n'y a guère d'apparence qu'étant doué d'une si grande sagesse, il pût se laisser aveugler jusqu'à croire une chose do cette nature, et 1 Apôtre lui-même dit expressément qu'ildamuffu^ootn^ ieduity mais quf la femme ayant été séduite^ elle fut pour îutun sujet du prévarication. (/ Tim. ii, 14.) Adam ne fui donc point trompé comme Eve, et n'ajouta nulle foi aux paroles du serpent ; c'est pourquoi le Seigneur demanda à Eve : Pourquoi ùvex-vous fait cela? Elle répondit : Le serpent m'a trompéey et fenai mangé. (Gen., ui, 13.) Mais quand il demanda la môme chose à Adam, n ne répondit pas : la femme que vous m'avez donnée m'a trompé, et j'ai mangé, mais seulement : La femme oue vous m'avez donnée pour compagne m'a donné du fruit de Varbre^ et fen ai mangé. (G en. xi, 13.) 11 avait tant d'amour et de passion pour sa femme, que, de peur de la contristcr, il fit ce qu'elle voulait ; et ainsi ce fut l'amour seul qui le trompa. Ce ne fut pas cependant, dit ce Père, par un amour de sensualité et ûa concupiscence qu'il se laissa vaincre, car il n'y avait point alors de rébellion dans la chair; mais ce rut par un amour de bienveillance, comme il arrive quelquefois que l'on se laisse aller h offenser Dieu pour ne pas déplaire h son ami. Voilà quelle fut la porte par où le
i)éché entra dans le monde, et, avec le péché, a mort et toutes sortes de malheurs et de misères. Le second exemple est celui de l'idolâtrie de Salomon. Qu'est-ce qui fit tomber Salomon dans l'idolâtrie ? dit ce Père. 11 n*y a pas apparence qu'un homme, qui avait reçu de Dieu le don de sagesse, pût croire qu il y eût quelque divinité dans les idoles, et quelque utilité à les adorer. Ma's qu'estce donc qui le porta à leur offrir de l'encens? Voulez-vous le savoir? Ce fut l'amour; et l'Ecriture elle-même nous le marque positivement. // aima y dijt TEitriture, plusieurs femmes étrangères d'entre les gentils^ desquelles le Seigneur avait dit aux enfants d Israël : Vous ne prendrez point ae femmes parmi eux, et vous ne leur donnerez point vos filles en mariage: car assurément elles pervertiront votre cœur pour vous faire suivre leurs dieux. Salomon cependant s'attacha à elles d^un amour ardent; et comme il était déjà vieux ^ son cœur fut corrompu par les. femmes qui lui firent suivre les dieux étran-\ gers. {III Reg. xi, 1, 2, k.) Salomon n'observa pas les commandements de Dieu, et il lui arriva ce que Dieu lui avait prédit ; car la plupart des femmes étrangères qu'il avait
{)rises , ayant chacune une religion particuïère, il fit élever un autel à chacune de leurs idoles, afin qu'elles les y adorassent, et luimême les y adorait avec elles, et leurof-| frait de l'encens. Ce n'est pas qu'il crût, dit saint Augustin, qu'il y eût dans ces idoles quelque chose qui méritât l'adoration : c'est qu'il était aveuglé d'amour, et qu'il avait peur de fâcher des femmes qu'il aimait éperdument.
Les saints et les maîtres de la vie spiri-