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tuelle, instruits par ces exemples et par une infinité d'autres , nous avertissent de bien nous donner de garde d'une passion si dangereuse et de toutes les occasions qui peuvent la faire naître. Et qu'on ne s'imagine pas, disent-ils, que l'amour qui parait le plus détaché des sens, et fondé purement sur la vertu et sur le mérite, ne soit pas encore très-dangereux. Quelque vertu qu'il puisse y avoir de part et d'autre, quelque uaints et quelque innocents que les entretiens puissent être, et quoique avantage qu'on croie en tirer pour son avancement spirituel, il y a toujours à craindre, et l'on ne saurait être trop sur ses gardes ; car, suivant le sentiment de tous les docteurs, et l«rticulièrement de saint Bonaventure, l'amour spirituel dégénère facilement en un amour charnel et sensuel : c'est d'abord du vin pur et très-exquis; mais il arrive ensuite que, selon rette parole d'Isaïe : \olre vin est mêlé d*ean {Isa, i, 22), on y mêle de l'eau qui en fait perdre toute la bonté. C'est un baume très-précieux de lui-même ; mais on le gâte et on le falsifie bientôt par de mauvais mélanges; et voilà comment le démon nous attire adroitement à lui par des appâts qui nous trompent. Le démon, dit saint Bonavenlure, use en cela suivant ce que l'époux des noces de Cana dit au maître d'hôtel qui servait au festin des noces : Que tout homme sert le bon vin le premier, et qu après que les conviés sont ivreSy il sert le moindre, (Joan. II, 10.) Il fait croire au commencement à ceux qu'il veut engager dans une passion de cette nature, que c est la seule vertu qui les attire; que le commerce qu'ils veulent avoir n'est fondé que sur la piété, et que c'est pour y faire plus de progrès qu'ils recherchent la familiarité des entretiens particuliers. Mais quand ils commencent à avoir le cœur bien pris, et que l'engagement est bien formé, il découvre alors son venin et sa malice. Tout ce qu'il leur faisait envisager d'abord n'était qu'un appât pour les attirer dans le pièce. 11 ne se lasse point, au reste, d'entretenir longtemps une personne dans cette erreur; et quelque temps qu'il y emploie, il n'y a point de regret, pourvu qu'il vienne h bout de ce qu'il souhaite ; et c est que cet amour de spiritualité se convertisse en amour de chair et de sang. Combien de personnes, dit ce grand saint, ont commencé des liaisons d'amitié, sous ombre de piété, s'imaginant que leur commerce ne regardait que le service de Dieu et le salut de leurs âmes ! et peut-être n'avaient-elles point d'autre vue ; mais, par la suite, cette affection si sainte et si pure est venue peu à peu i dégénérer; il s'y est mêlé d'autres sentiments qui ont fait succéder d'autres entretiens aux premiers, et après avoir commencé Îmr l* esprit, ils ont malheureusement fini par a chair. {Gai, m, 3.)
Gerson rapporte qu'un serviteur de Dieu, également recommandable par sa vertu et par sa doctrine, ayant eu occasion de fré-
Sueiiter quelque temps une sainte fille, et 'avoir de grands entretiens de piété avec
elle, vint h concevoir pour elle uneatTedioB si violente, qu'il ne pouvait s'em[ ê'her di lui rendre de longues et fréquentes visites, et de songer continuellement à elle dès qu'il ne la voyait plus. Quoiqu'une affection d« cette nature no pût être ^elon Dieu, (e[endant comme il n'avait, disait-il, auiune mauvaise intention (en quoi bien souvent bea ucoup de gens se trompent et s'aveugleni , il s'aveuglait tellement, qu'il no crovaii [as qu'il y eût en cela aucun mal ni^au-un? illusion du démon, et il demeura dansceii-^ erreur jusqu'à ce qu'étant obligé de faire un long voyage, il reconnut bien à la p:r,c qu'il avait à se séparer, que son affcrbm n'était pas aussi épurée qu il croyait, et qijo si Dieu, par cette absence, ne l'eût éloi;:c^ des occasions, il était bien près de lonihr dans le désordre. Le même Gerson, \m\m h ce sujet des périls et dos illusions de IV mour, dit que tout ce qui a rapi^aienceup charité ne l'est pas, et qu'un saint bommo avait coutume de dire gu'il n'y avait rir» qui lui donnât plus de défiance et de craiDie que l'amour, quoique entre des personne^ d'une sainteté et d'une vertu reconnues.il rapporte encore à ce propos ces naroles du Sage : Il y a un chemin qui semole droit à Vhomme, et cependant il conduit à h mort {Prov, XVI, 25) ; « et tel est, dit-il, le cheinio dont nous parlons. » I
Le premier remède qui se présente est , celui de l'oraison, qui nous est donné [«ar les saints comme un des plus souverains remèdes contre toute sorte de tentations, ei qui nous a été enseigné par le Fils de Dieu lui-même, lorsqu'il dit à ses apôtres : YnHc et priez, de peur que vous n'entriez en tentation. {Matth. xxvï, 41.) Le Vénérable BèJe dit que de même que le bruit et les cm font fuir les voleurs et accourir les voisins au secours, de même la voix de la prière chasse les démons et fait venir les anges ti les saints au secours do celui qui prie. Nous lisons aussi de saint Bernard, qu'une femme imf/rudente l'ayant surpris seul, et s'elFnrçant de le' faire tomber dans l'impureté, il ne trouva point de remède plus présent pour se délivrer d'un si grand péril que de crier au voleur. Que si la voix d'un homme effra.vé a tant de force contre les voleurs, quel [ ouvoir ne devons-nous point croire qu'auront les cris de l'oraison contre nos ennemis invisibles qui veulent dépouiller notre hnf des trésors de la grâce? Ne devons-nous y^^ espérer qu'ils prendront la fuite dès que nous apiïellerons Dieu à notre secowrs^ C'est surtout un remède admirable contre les tentations d'impureté, de s'appliquera méditer sur la passion du Fils de Dieu et de se cacher dans ses nlaies. « 11 n'y a point, dit saint Augustin, de remède plus puissan' contre les ardeurs de la concupiscence, que le souvenir de la mort du Sauveur, et je n'en ai trouvé de plus efficace en toutes choses que les plaies de Jésus-Christ; c'est là que je dors en sûreté d'un sommeil tranguille, et que je reprends une nouvelle vie. » pf grav# docteur remarque à ce sujet que TE-
D'ASCETISME.
criture, parlant de la plaie de Jésus-Christ, ne dit [las que Jésus-Christ fut blessé au côté; mais qu'un des soldats lui ouvrit le côté avec une lance {Joan. xix, 3k) , afin de nous donner à entendre, ajoute-t-il, que le chemin pour aller au cœur de Jésus-Christ est ouvert, et qu'il faut que nous nous relirions dans les trous de cette pierre^ dans r ouverture de cette muraille. (Cant. ii, ik, ) Saint Bernard nous propose aussi le même remède : « Lorsque vous serez, dit-il, attaqué par quelque tentation d'impureté, appliquezvous à songer à la passion du Sauveur du monde, et dites en vous-même : Mon Dieu est attaché à la croix, et je me laisserai aller à des plaisirs crim-nels? » C'est ainsi que le fidèle Uric, étant venu de l'armée rendre compte à David de l'état du siéce de Rabba, refusa d'aller se reposer chez lui, quelque fatigué qu'il fût, et répondit à David qui lui demandait pourquoi il n'y allait pas : L'arche de Dieu et le peuple d'Israël et de Juda sont obligés de camper j et Joab, mon seigneur j et les autres serviteurs du roi, mon seigneur, couchent sur la terre, et moi firai dans ma maison boire, manger et dormir avec tna femme? Je Jure par votre vie et par la mienne que je n en ferai rien, (IIReg. xi, 11.) Imitons son zèle, et disons, à son exemple : Seigneur, vous êtes attaché à une croix, où vous expiez par vos souffrances tous les plaisirs criminels des hommes; je n'ai garde cle m'abandonner à des plaisirs qui vous coûtent si cher.
Quelques-uns , dans ces sortes de tentations, se servent en général du souvenir des dernières fins de l'homme, suivant ces paroles du Saçe : En toutes vos actions, songez ^ votre dernière fin^ et vous ne pécherez jamais. (^Eeeli. vu, 40.) Quelques autres se servent cle la considération particulière de l'enfer, jpesant extrêmement cette réflexion de saint Cirégoire : Le plaisir passera en un moment, mais les j eines seront éternelles. Et en effet, descendre tout vivant dans l'enfer {Ps. ut, 16) et considérer bien ce que c*est que des tourments qui n'auront jamais de fin, qui dureront tant que Dieu sera Dieu, c'est sans doute un moyen très-propre pour ne pas tomber dans le péché. D'autres trouvent un grand secours dans la pensée de la gloire éternelle, considérant quelle folie et quelle fureur c'est de la perdre et de perdre Dieu à jamais pour un plaisir d'un moment, et de manquer à faire les choses auxquelles Dieu nous invite, et auxquelles il a attaché des récompenses, pour faire celles auxquelles le démon nous sollicite, et qui doivent être suivies d'une éternité de supplices. Les autres enfin tirent une grande utilité du souvenir de la mort et de l'image du jugement dernier; et comme toutes ces considérations sont très-bonnes,, chacun peut s'attacher à celle qui fera plus d'impression sur lui. Il arrivera môme que Ton sera louché plus vi vement, tantôt de Tune et tantôt de l'autre ; et ainsi il sera très h propos de les mettre toutes en usage.
Usera encore d'une très-grande utilité et
d'un très-ffrand secours conirc ces tentations, de iaire le signe de la croix sur «on front et sur son cœur et d'invoquer avec le saint nom de Jésus. On a vu des effets merveilleux, et les histoires sont pleines des miracles que Dieu a Oj-érés par ce moyen. La dévotion à la sainte Vierge est aussi d'un grSnd avantage en toutes ^^ortes de rencontres; et ainsi il n'y a personne qui ne doive en avoir et qui ne doive dans tous ses besoins recourir à elle avec confiance, étant impossible que celle qui a porté neuf mois en ses entrailles la miséricorde éternelle, ne soit pas elle-même très-miséricordieuse. Elle est la mère de miséricorde; elle est l'avocate des pécheurs, et elle les aime, parce qu'elle sait que son Fils les a aimés, et combien ils • lui ont coûté. Elle sait aussi que ce sont eux qui ont été l'occasion pour laquelle le Verbe a pris chair dans ses entrailles et qu'elle est devenue mère de Dieu ; et par cette raison elle les regarde avec plus de tendresse et se porte plus volontiers à intercéder pour eux auprès de son Fils, duquel elle obtient tout ce qu'elle veut. Car qu'est-ce au'un fils peut refuser à sa mère, et principalement un ieh fils à une telle mère? C'est pourcfuei saint Bernard s'écrie avec raison : « S'il y a quelqu'un au monde, Vierge bienheureuse, qui puisse dire que vous ayez manqué à le secourir, lorsqu'il vous a invoquée eîans ses besoins, que celui-là ne parle pas de votre miséricorde. » Or, si généralement en toutes choses et en toutes sortes de tentations, il est utile d'avoir recours à la sainte Vierce^ il l'est encore particulièrement dans Tes tentations qui regardent la pureté, parce que,, la sainte Vierge étant très-pure, très-immaculée et vierge par excellence, elle «ûme à prendre un soin particulier des âme5 qui l'invoquent pour se CyOnserver pures. Quel-
3ues docteurs, parlant de l'eitrôme pureté e saint Jean-Biaptiste , qui fut telle, que même, disent-ils, elle ne fut jamais blessée en lui par le moindre péché véniel, l'attribuent à la visite que la Vierge repdiià sainte Elisabeth et au séjour de trois mois qu'elle fit auprès d'elle. « Cette visite, dit saint Ambroise, ne regardait pas moins l'esprit que le corps; car Ta familiarité qui était entre la Vierge et sainte Elisabeth ne fut pas la seulV cause d'un si long séjour: l'avantage qu'en, devait tirer un si grand prophète y eut part aussi. Que si, dès qu'elle arriva, il en tressaillit de joie dans le sein de sa mère, et fut sanctifié, et si sainte Elisabeth, lorsque la Vierge la salua la première fois, fut remplie du Saint-Esprit, quel fruit croyez-vous, continue ce Père, que le fils et la mère aient tiré trois mois durant de sa présence? Le P. Avila dit avoir vu des effets merveilleux de la dévotion à la Vierge en plusieurs personnes qui, s'élant accoutumées à dire teus les jours quelaues prières en mémoire de la pureté avec laquelle elle fut conçue et en mémoire de la pureté avec laquelle elle conçut et enfanta le Sauveur du monde, se trouvèrent par là bientôt délivrées des tentations impures qui les tourmentaient. Ce sont det .
prières très-propres pour cet effet, que les versets qaé 1 Eglise chante en son honneur :
O Vierge ea tout temps vierge, en tout temps secou-
[rable.
Auprès de votre Fils sqyez-nous favorable : Doonez-nous, Vierge pure ei pleine de douceur, La douceur de Tesprit, la pureté de coeur.
Car. en célébrant sa virginité et sa pureté sans tache, nous lui demandons en mèroe temps qu'elle nous obtienne la pureté, afin que nous puissions plaire davantage et à elle et à son sacré Fils.
JLa dévotion aux saints et à leurs reliques est encore un très-bon remède contre les tentations. Césaire rapporte à *ce sujet une histoire qu*il dit tenir de la personne même à qui la chose arriva, qui était un religieux de Tordre de Citeaux, nommé Bernard. Cet homme, qui était encore dans le siècle, allant un jour par le pays, fut attaqué par quelques pensées d*impùreté; et comme alors il n*^ prenait point garde de si près, il ne se mit pas trop en devoir de les chasser et de résister à la tentation. Il arriva cependant qu'un reliquaire qu'il avait coutume de porter toujours à son cou, et où il y avait des reliques de saint Jean et de saint Paul, commença à lui donner des coups sur la poitrine ; mais ne comprenant pas ce que ce pouvait être , ou n'y faisant pas autrement réflexion, il continua encore a s'entretenir dans les mêmes f censées, jusqu'à ce que quelque autre objet es ayant fait cesser, les coups que le reliquaire lui donnaient cessèrent aussi. Peu de temps après, la tentation ayant recommencé à Tattaquei:, les saintes reliques recommencèrent aussi à lui donner des coups comme pour l'avertir d'éloigner de lui ces pensées d'impureJté j et alors il comprit ce que voulaient dire les coups si fréquents qu'elles lui donnaient ; et avec la grâce de Dieu il surmonta courageusement la tentation.
C'est encore une dévotion très-louable et d'un grand secours contre les tentations d'impureté, de.se prosterner souvent devant le Saint-Sacrement, pour demander à Dieu la grâce de les vaincre ; surtout rien ne peut contribuer davantage à nous la faire obtenir, que de nous approcher souvent de la sainte communion , puisque le Seigneur lui-même a préparé cette table contre tous ceux qui nous persécutent. (Ps. xxii, 5.) Les saints disent que cette table céleste est un grand remède contre toute sorte de tentations, mais que particulièrement c'est un remède sou^verain contre celles de Fimpureté; car ce sacrement adorable amortit le foyer du péché, apaise les émotions de la concupiscence, et éteint Tardeur de la sensualité, de même que l'eau éteint le feu. C'est ainsi qu'en parle saint Cyrille, et c'est de ce saint et auguste sacrement, comme nous l'avons déjà dit ailleurs, que lui et plusieiirs autres saints entendent ce passage de Zacharie : Ce qu*U a de 6on, et ce qxCxl a de beau, n'est-ce pas d'être le froment des élus^ et le vin qui fait les vierges ? ( Zach. ix, 17. ) a C e^l avec l'auirtérité des jeûnes et des
veilles, dit saint Jérôme, au'ilfaut repousser les flèches ardentes du démon; » et c'est en effet de cette sorte qu'il en usait, et qu'en usait aussi saint Hilarion, duquel il rapporte que, quand il se sentait attaqué de pensées et de tentations impures, il se mettait en colère contre son corps, et lui disait i Malheureux que tu es , je t*empécherai bien de te révolter: je t'affligerai par la faim et par la 9oif^ je t accaolerai de fardeaux^ et je texposerai aux plus qrandes ardeurs du chaud et aux plus granaes rigueurs du froide afin que tu songes plutôt à tes besoins quà la sensualité. Ce remède nous est extrêmement recommandé par les saints, et plusieurs d'entre eux l'ont très-souvent pratiqué, lors même oue la chair ne s'élevait point en eux contre l'esprit. Il est rapporté dans les Ckroniques de Saint-François ^ qu'un homme du monde demandant un jour à un saint religieux pourquoi saint Jean-Bantiste, ayant été sanctifié dès le sein de sa mère, se relira dans le désert, et y fit une si austère pénitence, le serviteur de Dieu lui répondit : tf Mais vous, dites-miiii pourquoi on jeite du sel sur la viande cpii est encore toute iralche ? — C'est afin, repartit cet homme, qm'ellt se conserve mieux et qu elle ne se corrompe pas. — Et moi, reprit le saint religieux, je vous dis de même que saint Jean-Baptiste s'est servi du sel de la pénitence, afin que la sainteté se conservât en lui sans aucune corruption de péché, et que, selon ce que l'Eglise chante de lui, la pureté de. sa vie ne pût être ternie par le moindre soufDe; guo si dans un temps de paix, et lorsqu'on n*esl combattu d'aucune tentation, il ne laissa pas d'être à propos d'exercer son corps paf la pénitence et par la mortification, à combien plus forte raison doit-on en user de même dans un temps de guerre, et lorsqu'on est exposé aux attaques des tentations?» Saint Thomas dit, après Aristote, que le mol de chasteté vient de celui de châtier^ parce que c'est par le châtiment du corps qu'il faut réprimer le vice contraira à la chasteté; il ajoute que les vices de la chair sont comme les enfants qu'il faut réduire par le. cl^timent, parce qu'ils ne peuvent pas être conduits par la raison. Si, au reste, en maltrair tant son corps par les jeûnes et par les austérités, on vient à faire tort à sa santé, il vaut encore mieux, dit saint Jérôme, que le corfis soit malade, que si l'âme Tétait, et que les jambes tremblent de faiblesse, que si la chasteté était chancelante. Il faut cependant se conduire toujours en cela avec discrétion, et de tolte sorte qu'on vienne à proDortionner la mortification à ses forces, et a se régler suivant la violence de la tentation et de la grandeur du péril.
Car, lorsque la tentation n'est que légère et peu dangereuse, il n'est pas nécessaire d'employer de grands efforts pour la vaincre; mais quand la guerre e^t si allumée au dedans, qu'on est en danger de perdre la chasteté, il n'est plus question alors d'épargner le corps, et de le ménager en rien; il faut absolument tout risquer pour sauver
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DASCETISMfi.
la rie de rame. Il faut, disenl les médecins, des remèdes violents aux maux violents et aigus. C'est ainsi qu'ils en usent dans les maladies du corps; et c*est ainsi que nous devons en user dans les tei\tdtions et dans les maladies de Tâme, lorsqu'elles sont violentes et dangereuses. Les maîtres de la vie spirituelle remarquent une chose au sujet de ces tentations : c'est qu'elles ont deux sources et deux causes. Quelquefois elles naissent du corps même, et par le corps se communiquent à Tàme, comme il arrive aux jeunes gens et à ceux qui 'jouissent !d'une parfaite santé, et qui vivent dans la bonne chère; alors il faut s'en prendre au corps et le maltraiter, puisque c'est de là que vient la source du mal. Quelquefois aussi elles naissent de l'âme, par le moyen du démon, et se communiquent au corps, et cela peut se connaître à diverses marques.
Quand on est plus combattu par des pensées et par des imaginations impures que par des révoltes de la chair, et quand ces révoltes n'arrivent qu'à la suite de ces sortes «le pensée, qui sont quelquefois très-vives iors môme que déjà la chair est comme morte, et c'est ainsi que saint Jérôme, quoique son corps, exténué par l'âge et par les austérités, pût à peine se soutenir, ne laissait pas d'être emporté par son imagination ))armi les danses et les divertissements des dames romaines. De plus, quand ces sortes de pensées arrivent sans sujet dans le temps qu'on le voudrait le moins et qu'il y a inoins de choses qui puissent les faire naître; quand elles ne respectent ni le temps de la prière, ni les lieux saints, quoique cenendant l'homme du monde le plus mécnant ait coutume de ne pas s'entretenir pour lors dans de semblables imaginations, quand elles sont si impétueuses, si étranges et si bizarres, que jamais on n'a rien ouï dire ni rien imaginé de pareil; enfin, quand il semble qu'on entend proférer au dedans de soi des paroles qu'on ne voudrait jamais avoir dites, tout cela fait bien voir que tout ce qui se j)asse alors en nous vient d'ailleurs que de nous-mêmes ; que c'est un effet de la persécution du démon, et oue notre chair n'y a d'autre part que celle d'être le théâtre de la Çuerre qu'il nous livre. C'est pourquoi il iaut se servir alors de remèdes différents des premiers, et tous les saints conviennent que c'en est alors uq très-bon de se faire quelgue occupation louable qui, en attachant lortement l'esprit, puisse en efifacer toutes les sales images qui s'y forment : ce fut dans cette vue que saint Jérôme, comme il le dit lui-même, s'appliqua à étudier la langue hébraïque, dans laquelle il fit de si grands progrès.
Le même saint Jérôme rapporte qu'un jeune religieux grec d'un monastère d'Ëg;ypte, étant extrêmement tourmenté de ces sortes de tentations, et ayant inutilement tâché de les vaincre par le ieûne et par d'autres austérités, découvrit l'état de son âme à son supérieur qui, après l'avoir consolé, prit Texpédient qu« nous dirons pour le
guérir. Il ordonna en secret à un ancien religieux, homme grave et sévère, qu'il s'attachât à contrarier souvent le jeune religieux, et à lui faire des réprimandes fâcheuses, et que quand il l'aurait ainsi maltraité en paroles, il vînt aussitôt se plaindre à lui comme si c'eût été l'autre qui l'eût offensé. L'ancien religieux s'acquitta très-bien de cette commission, prenant occasion à tout propos de quereller le jeune religieux. Par-dessus cela, il allait porter ses plaintes au supérieur et aussitôt d'autres religieux, à qui il avait donné le mot, ne manauaient pas de dire que le jeune religieux s était emporté; et le supérieur après l'avoir repris sévèrement, lui imposait une rude pénitence comme à un homme qui était tombé en faute. Comme cela arrivait tous les jours, le jeune religieux, affligé de se voir si maltraité et d'être tous les jours en butte à tant de faux témoignages» ne cessait de répandre continuellement son cœur devant Dieu, le priant avec larmes delà prendre sous sa protection, puisque tout lamonde l'abandonnait. Tous les religieux cependant étant de concert pour le tourmenter, il n'arrivait rien de mal dans la maison, qu'aussitôt on n'en jetât la faute sur lui, et qu'il n'y eût deux ou trois témoins pour l'accuser, de sorte que c'était tous les jours de nouvelles réprimandes qu'on lui faisait et de nouvelle3 pénitences qu on lui imposait; lor^cpie.ce'a eut duré environ un an, uu risllgieux loi ayant demandé comment iljse trouvait de la tentation dont il avait coutume d'être tourmenté : « Eh quoi, dil-iï,,à peine ai-je le loisir de respirer, et j'aurais le loisir de penser à des voluptés criminelles? 11 y a longtemps
Îue les idées en sont effacées de mon esprit, a 'est ainsi que son supérieur le guérit, en trouvant moyen de chasser ses premières idées par d'autres qui lui fissent plus de peine, et qui fussent moins dangereuses. «Que s'il eût été seul, aioute le même saint à la louange de la vie religieuse, qui eût pu l'aider à vaincre cette tentation? » Aussi, lorsqu'il parle ailleurs de l'avantage que la vie des religieux a sur celle des solitaires : « Une raison, dît-il, pour laquelle il vaut mieux vivre sous l'obéissance d'un supérieur, c'est afin aue vous ne fassiez rien de ce que vous voulez;' que vous mangiez ce
au'on vous donnera, que vous vous babilliez e ce au'on voudra vous donner; que vous fassiez la tâche qui vous aura été prescrite» que vous n'alliez vous coucher qu'après que vous serez accablé de lassitude; que vous soyez obligé de vous lever lorsque vous n'aurez pas encore a$sez dormi, et qu'ainsi l'obéissance vous tenant toujours dans un exercice continuel^ les tentations ne puissent pas. trouver moyen d'entrer chez vous, et que vous n'ayez pas le temps de penser èk autre chose qu'à ce que vous avez a faire. » Saint François disait qu'il avait connu pa^ expérience que les démons fuient ceux qui vivent dans raustérité et dans la pénitence, et qu'au contraire ils s'attachent volontiers à tenter ceux qui traitent délicatement leur chair. £t saint Athanase rapporte que saint.
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Antoine disait à ses disciples : « Croyezmoi, mes frères, Satan craint les prières des ^^ens de bien; il craint letars veilles, leurs jeûnes et leur pauvreté volontaire. » Saint Ambroise, appliquant au môme sujet ces j)aroles du Prophète : J'ai couvert mon âme par le jeûne ^ et je me suis vêtu d'un cilice (Ps. Lxviii, 11, 12), dit que le jeûne et les austérités sont de bonnes armes défensives < ontre toutes les attaques du démon. Jésus- Ohrist nous a enseigné la même chose , lorsqu'a^ant chassé Tesprit immonde que ses <Ji.f:ciples n'avaient pu cha$ser, il leur dit que ces sortes de démons ne pouvaient être chassés que par la prière et par le jeûne. (Matth, iiL,28.) Vous voyez qu'il ajoute le ieûne à la prière, comme étant un moyen xrès-propre pour épouvanter Tesprit impur î ainsi, quand on est combattu par une tentation d'impureté , ce n'est pas assez d'avoir recours à l'oraison , et de former des actes et des résolutions contraires ^ la tentation, il faut encore dompter sa chair par des austérités et des mortifications corporelles , en prenant cependant conseil de son confesseur ou de son supérieur, afin de ne rien faire que très à propos.
Un religieux qui était extrêmement tourlucnlé de cette tentation, consultant un jour le saint frère Gilles sur les moyens de s'en délivrer: « Que feriez-vous, mon frère, lui dit le saint homme, à un chien qui voudrait vous mordre? — Je prendrais des pierres ou un bâton, lui dit le religieux, et je ne cesserais point de frapper que ie ne l'eusse fait fuir. — Eh bien ! reprit 1 homme de Dieu, faites-en dç même à l'égard de votre chair qui aboie contre vous, et vous ferez fuir la tentation. » Ce remède, au reste, est si efficace, que souvent pour k détourner et pour la chasser, la moindre peine et la moindre mortification peut suffire. Il ne faudra, par exemple, que tenir quelque temps les bras étendus eu croix, ou se jetçr à genoux, ou se frajiper la poitrine, ou se pincer, se donner quelques coups de discipline, ou demeurer qiielque tç^raps sur un pied, ou faire enfin quelque chose de semblable.
11 est rapporté dans la Vie de saint André, que comme il était à Corinthe, un vieillard nommé Nicolas fat le trouver, et lui dit qu'il fivait passé toute sa vie dans toute sorte de dissolutions, et que tout récemment étant entré dans une maison publiaue pour offenser Dieu, et ayant sur bii le livre des Evangiles, une courtisane, à qui il s'était adressé, l'avait repoussé rudement, et l'avait prié de ne point approcher d'elle, parce qu'elle voyait en lui des choses merveilleuses qui la saisissaient de frayeur. Il ajouta ensuite que cet accident l'ayant fait rentrer en luimôme, il venait à lui pour avoir quelque remède à sa faiblesse et à l'habitude vicieuse dans laauolle il avait vieilli ; et le saint, touché de 1 état malheureux de ce vieillard, se mit en prière pour lui, et jeûna cinq jours durant, ne cessant de demander à Dieu qu'il lui plût de lui pardonner s^s péchés, et de lui donner le don de chasteté. Au bout de
cinq jours, comme il persévérait d'ofl*rir toujours SQS oraisons à Dieu pour cet effet, il entendit une voix du ciel, qui lui dit: Je vous accorde ce que vous me demandez pour ïe vieillard; mais je veux en même temps que^ comme vous amz jeûné pour lui^ il afflige aussi sa chair par le jeûne ^ s'il veut être sauvé. L'apôtre, obéissant à la voix, enjoignit au vieiilarid de jeûner, et à tous les fidèles de se mettre en prières pour lui ; et le vieillard, étant retourné chez lui , distribua tout son bien aux pauvres , macéra sa chair, et fut six mois entiers à jeûner au pain (;t à l'eau. Après avoir accompli cette pénitence, il mourut; et Dieu révéla au saint apôtre, qui n'était pas pour lors à Corinthe, qu*il lui ^vait fait miséricorde.
11 est rapporté dans le Pré spirituel^ qu'un solitaire, s'étant adressé à un ancien Père du désert, lui dé:'Ouvrit qu'il était continuellement tourmenté de mille pensées d*impureté; et le saint homme, lui ayant ré|)Oodu que pour lui il n'en avait jamais été inquiété, le solitaire, scandalisé de cette réponse, le quitta sans rîen lui dire; et étant allé trouver un autre ancien Père : « Vous saurez, lui dit-il, qu'un tel m'a dit que jamais il n'a été tourmenté de pensées impures, et je m'en suis scandalisé, parce qu'il me semble que c'est une chose impossible et entièrement au-dessus des forces de ia nature. — Puisqu'un si grand serviteur de Dieu vous a dit cela , reprit le vieillard , il faut qu'il ait eu raison de le dire : c'est pourquoi, retournez le trouver et demandez-lui pardon, et sans doute il vous dira pourquoi il vous a parlé de la sorte. » Le solitaire suivit ce conseil ; et étant retourné voir l'homme de Dieu : « Pardonnez-moi, mon Père, lui dit-il, si je vous quittai l'autre jour si brusquement, sans avoir pris congé de vous ; mais dites-moi aussi en même temps , je vous supplie, comment il peut se faire que vous n'ayez été jamais tourmenté par aucune pensée d'impureté?— C'est, répondit le saint vieillard , que depuis que je suis dans le désert, où je ne vis que de pain et d'eau, j'ai toujours observé de ne boire, de ne manger et de rie dormir, qu'autant qu'il fallait pour subvenir simplement aux besoins de la nature , et jamais assez pour satisfaire à ses désirs; et Dieu a permis que, par le moyen de cette abstinence , je me sois conservé exempt des tentations qui vous tourmentent. »
Saint Grégoire dit que quelquefois les tentations d'impureté et les mauvaises pensées dont on est tourmenté sont des restes de la mauvaise vie passée, et une punition des habitudes vicieuses d^ns lesquelles on s'est autrefois entretenu ; et qu'alors il faut essayer d' éteindre ce feu par ses larmes, en pleurant amèrement le passé. Saint fiotaventure dit que c'est un bon remède* contre les tentations de les recevoir comme un châtiment qu'on a mérité par le désordre de sa vie passée, et de s'y soumettre avec un esprit de patience et d'humilité, en disant avec les frères de Joseph : Nous méritons de sovf-
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O^ASCËTISME.
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^rir toute$ ces choses ^ parce que nous avons péché contre notre frerc. {uen, xui, 21.) « Les entrailles de la miséricorde do Dieu sont émues, dit ce Père , quand on se reconnaît digne du châtiment qu'il envoie. » Et TEcriture sainte nous apprend que le peuple dlsraël se servait souvent de ce moyen pour obtenir le pardon de Dieu.
Cn autre mo/en admirable pour attirer les secours de Dieu sur nous dans toutes sortes de tentations, et particulièrement dans celles de l'impureté , et pour faire que nous sortions toujours victorieux du combat, c'est de nous défier de nous-mômes, et de mettre toute notre confiance en Dieu. 11 suffit de dire que, généralement parlant, rhurailité est un grand remède contre toutes les tentations. C'est une histoire très-connue que celle de la révélation qu'eut une fois saint Antoine. 11 vit un jour cn esprit toute la terre pleine de pièges ijui étaient tendus; il entendit une voix qui lui répondit : Ce sera rhumble de cœur. Soyons donc humbles de cœur, et Dieu nous délivrera des pièges dos tentations. Le Seigneur est la garde des petits, dit le Prophète; je me suis humilié, ^t il m'a délivré. {Ps. cxiv, 6.) Les montagnes les plus élevées sont celles qui sont les plus battues de Towse ; la tempête arrache et déracine les plus grands arbres, mais les roseaux, les arbrisseaux et les ro- .siers, qui cèdent et qui plient au vent, reviennent dans leur premier état lorsqu'il est passé. Sur ce principe, un des fruits que nous pouvons tirer de ces sortes de tentations est de nous humilier dev<int Dieu, dans la connaissance de notre misère et de notre faiblesse ; en lui disant : Vous voyez, Seigneur, ce que je suis ; que peut-on attendre d'un amas de boue et d'ordure , que des exhalaisons infectes? Que peut-on attendre d'une terre que vous avez maudite , que des ronces et des épines? Voilà tout le fruit qu'elle peut produire, si vous ne la cultivez par votre grâce.
Nous avons de ce côté-là une ample raa^ tière de nous humilier: car si un habillement vil et grossier, qui est une chose purement étrangère à notre personne , sert , comme disent les saints, a humilier celui qui le porte, combien une infinité de pensées honteuses , qui nous passent à toute heure par l'esprit, et qui se forment au dedans de nous, nous lourniront-elles de sujets pour nous humilier? Le saint frère Gilles disait gue notre chair était comme un l)Ourceau qui prend plaisir à se vautrer continuellement dans la boue , ou comme un escargot qui ne vit que dans l'ordure. Cette considération peut être très -bonne pour nous empêcher d'avoir trop d'attention aux pensées d'impureté; et généralement il est très, à propos de ne point s'arrêter à combattre les objets que la tentation présente, mais d'ea détourner aussitôt les yeux, pour les jeter sur soi-même, et pour s'humilier, cn disant : Il faut que je sois bien méchant, puisqu'il me passe des choses si étranges pari esprit; car de celte sorte on élude le
coup que le démon veut porter, et il demeure confus.
11 est encore d'une très-grande utilité, dans les pensées et dans les mouvements d'impureté dont on est surpris, d'en concevoir autant de confusion que si on en était coupable , quoique cejîondant on se sente très-éloigné d'y consentir. Le démon, qui est le père de l'orgueil, ne peut voir cette humilité qu'avec des transports de rage; vous ne sauriez rien faire qui lui donne plus de ^dépit, et qui l'oblige plutôt à vous laisser en
[)aix, que de tourner ainsi à votre avantage es tentations dont il se sert pour vous perdre; et de plus, cette sainte confusion est une marque d'une volonté bien éloignée do consentir au péché , et par conséquent un grand sujet de satisfaction et de confiance. Il peut être encore qiielauefois utile d'outrager le démon de paroles , par exemple, de lui dire : Arrière de w^î, esprit immonde ; malheureux que tu es, 7i as-tu point honte? Jt faut que tu sois bien sale, puisque tu me présentes de si sales imaginations à r esprit. Car, comme le démon est rempli d'orgueil, il aime mieux quitter la place, que de souffrir quon le méprise et qu'on le traite comme il mérite. Saint Grégoire rapporte qu'un saint évoque de Milan, nommé Dace, passant à Corinthe pour aller à Constant:noj)le, et ne trouvant point d'autre lieu pour se loger, qu'une maison qui était abandonnée depuis longtemps à cause des esprits, il alla s'y retirer avec sa suite. Vers le milieu de la nuit, comme il reposait, les démoqs, sous diverses formes de bêtes, commencèrent à faire un bruit horrible, les uns imitant le rugissement des lions , et les autres contrefaisant le sifflement des serpents, ou le mugissement des taureaux. Le saint évoque, qui s'était éveillé au bruit, les regardant avec indignation et avec mépris : Que votis avez bien réussi! ]env dit-il; vous vouliez être sçmblables à Dieu, et vous vous êtes transformés en bêtes; vous représentez parfaitement bien ce nue vous êtes. « Cette raillerie, dit saint Grégoire , les rendit si confus, que, disparaissant aussitôt, ils abandonnèrent entièrement la maison , sans iamais y retourner, de sorte qu'elle redevint habitée comme elle l'avait été autrefois. » Saint Athanase rapporte que saint Antoine était continuellement tourmenté par des tentations d'impureté, et qu'up jour un petit nègre, sale, vilain, et qui faisais mal au cœur, vint se jeter à ses pieds, eç lui disant: J'ai vaincu une infinité de r/c^a, si vous êtes le seul que je ne puis vaincre! Le saint lui demanda alors qui il était ; la démon lui ayant répondu qu'il était l'espril de fornications Eh bien! répliqua le servi-! tour de Dieu, dorénavant je te mépriserai encore davantage, puisque tu es si méprisable^ et aussitôt la vision disparut.
Jésus-Christ lui-même appelle dans l'Evangile l'esprit de fornication , l'esprit immonde : Lorsque Visprit immonde sera sorti de t homme {Luc. xr , 21i^) ; et c'ci^t cn le traitant de la même soi-te et en le méprisani comme il mérite dcrêtre, que nous pourrons.
MCTfONNÂIRE
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le chasser. Il n'est pas même nécessaire pour cela de lui adresseria parole et d*entrer en discours avec lui ; il suffit quelquefois de lui faire vor par quelque signe extérieur le mépris qu'on a pour lui. Travaillez à votre salut avec crainte et tremblement (Philipp. ii, 12), dit l'Apôtre. Une chose qui peut oeaucoup contribuer à nous conserver dans res{)rit de ])ureté, et généralement à nous maintenir dans la grâce, est de marcher toujours dans la crainte, nous défiant de nous-mêmes et mettant toute notre confiance en Dieu seul. J'ai aopris par expérience, dit saint Bernard, que rien n'est plus propre à attirer la grâce de Dieu, ou à la conserver quand on l'a acquise, ou à la recouvrer quand on l'a perdue, que de ne jamais présumer de soi, mais de marcher toujours devant Dieu en esprit de crainte, suivant ces [laroles de l'Ecriture : Heureux r homme qui est toujours dans la crainte, (Prov, XXVIII, ii.) Au contraire, plusieurs grands saints ne sont tombés que pour s'être trop confiés en eux-mêmes et n avoir pas eu assez de crainte; c'est pourquoi le Saint- Ksprit nous avertit que le sage craint et évite le péril. {Prov. xiv, 16.) Celui qui aura à porter une liqueur précieuse dans une fiole de verre, ne prendra guère de précautions pour la porter sûrement, s'il ne connaît la fragilité du verre ; ainsi il arrivera qu'à la première occasion le verre se cassera et la liqueur sera perdue; mais celui qui saura combien le verre est aisé à se casser, ne manquera pas de prendre toutes les précautions possibles, et par conséquent cette liqueur sera bien plus en sûreté entre ses mains qu'entre celles de l*aulre.
La même Qhose arrive à tous les hommes à l'égard de la grâce. Nous portons les trésors de la grâ::e dans des vases de terre ( // Cor, IV, 7), qui peuvent aisément se briser ; et de plus, la foule et les bourrasques du monde nous heurtent et nous agitent à tout moment. Ceux qui ne connaissent point assez la fragilité et la faiblesse de la nature, ne prennent point garde à eux et se perdent par leur négligence et par la sécurité que leur ignorance leur donne; mais ceux qui se connaissent bien eux-mêmes et qui marchent avec crainte, se tiennent sur leurs gardes, et par conséquent plus en sûreté; de sorte que s'il y en a quelqu'une en cette vie , elle est infailliblement pour eux. « Pourquoi, à votre avis, dit saint Bernard, quelques Chrétiens, après avoir vécu dans une très-grande chasteté pendant leur jeunesse, malgré les violentes tentations dont ils étaient combattus, sont-ils tombés ensuite dans de si grands désordres d'impureté, qu'ils s'étonnaient d'euxmêmes? Cela vient de ce au'en leur jeunesse ils vivaient dans l'humilité et dans la crainte, et que, se voyant à toute heure sur le point de tomber, ils avaient continuellement recours à Dieu qui ne manquait jamais de les secourir. Mais une longue persévérance dans la chasteté les ayant enfin rendus or-
Sueilleux,et les ayant ^trop fait ])résumer 'eux-mêmes , Dieu, au même instant , a retiré la main qui les soutenait ; de sorte qu'é-
tant abandonnés à leur faiblesse, ils ii*ont pu s'empêcher de suivre le mouvement de leur faiblesse, qui est de tomber. » Saint Ambroise attribue aussi à la même cause la chute de plusieurs grands personnages qui, après avoir longtemps servi Dieu, méditant sa loi joiu* et nuit, crucifiant leur chair, réprimant en eux les ardeurs de la concupiscence et souffrant les afllictions et les outrages ayec une patience généreuse, sont tombés ensuite du lalte d'une vie si parfaite et si éleTée dans un abtme de désordres et de misères. Ils ont commencé, dit-il, à se confier en la sainteté de leurs bonnes œuvres et à trop présumer de leurs forces. Ainsi, le démon qui n'avait pu les séduire par les traits de la sensualité, ni les vaincre par l'effort des persécutions , a trouvé le secret de les faire tomber insensiblement par le moyen de la présomption et de l'orgueil.
L'Ecriture sainte et les livres des Pères nous fournissent une infinité d'exemples de cette nature. « Je ne me souviens qu'en tremblant, dit saint Augustin, de plusieurs grands hommes que nous avons vus , ou dont nous avons entendu parler, qui, après s'être élevés par leur vertu jusqu'au ciel, et après y ayoir établi en quelque sorte leur demeure, sont tombés ensuite jusque dans le fond des abîmes et se sont endurcis dans le péché. Nous avons vu. Seigneur, des étoiles et des lumières de votre Eglise tomber du ciel par l'effort du dragon infernal, et nous en avons vu d'autres qui semblaient ensevelis dans la poussière, s'élever miraculeusement tout d'un coup par le secours de votre rnaix» toutepuissante. Combien avons-nous vu de gens qui, après avoir longtemps mangé le pain ées anges à votre table, sont venus a se remplir de la nourriture des pourceaux 1 Combien en avons-nous vu oui, après avoir longtemps vécu dans une chasteté pure et sans tache , se sont ensuite plongés dans toute sorte de saletés et d'ordures ! »
Qui ne serait saisi d'étonnement, en lisant ce que Lipoman rapporte de la chute malheureuse d'un saint solitaire nommé Jacques? Il était âgé de soixante ans, et il y en avait quarante qu'il vivait dans la pratique continuelle de toutes sortes d'austérités ; il s'était même rendu célèbre par plusieurs miracles, et il avait reçu de Dieu le don de chasser les démons. Un jour, ayant délivré une fille qui était possédée , et voyant que ceux qui la lui avait amenée craignaient que, s'ils la ramenaient avec eux, le démon ne s'en emparât de nouveau , il consentit qu'eHe demeurât quelque temps avec lui, et parce qu'il s'était trop confié en lui-même , et qu'il avait trop présumé de ses forces, Dieu permit qji'iJ tombât malheureusement en faute avec elle. Comme un péché en attire d'ordinaire un autre, la crainte d'être quelque jour découvert fit qu'il la lua et qu'il en jeta ensuite le corps dans la rivière; et pour conclusion, désespérant de la miséricorde de Dieu» il quitta la vie solitaire et retourna dans le siècle, où il s'abandonna quelque temps à toute sorte de vices, jusqu'à ce qu'enfin, ren-
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DASCETiSMS.
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Iran! en lui-même, il mérita par une rigoureuse pénitence de dix ans, d'être rétabli ùans le premier état de perfection duquel il était déchu , et d'être mis après sa mort au nombre des saints.
Qui pourrait encore n'être pas épouvanté de ce qui arriva à cet autre solitaire, duquel le grand saint Antoine parle en ces termes : « Aujourd'hui, mes frères, il est tombé une des plus fermes colonnes de la vie religieuse : qui est-ce qui ne doit pas trembler? qui peut se conGer sur la sainteté de sa vie et de sa profession. » — « Considérez, dit sait Jêrême, qu'on a vu tomber des personnes d'une vertu bien plus éminente que vous, et qui avaient reçu de bien plus grands dons de Dieu. Vous n'avez m plus de sainteté que David, ni plus de sagesse que Salomon, ni plus de fbrce que Samson ; cependant ils sont tombés. Un des douze que Jésus-Christ avait appelés à l'apostolat est tombé aussi', quoiqu'il fût fortifié tous les jours par Tei^emule , par les instructions et par les miracles cle son divin Mattre. Nicolas, qui avait été choisi par les apôtres pour être un des sept diacres, et sur qui le Saint-Esprit était descendu aussi bien que sur eui, est devenu non-seulement hérétique, mais le chef et le père des hérétiaues. » — a Qui ne devra craindre la malice 0 l'ancien serpent ? continue ce Père : Souvenez-vous que par le moyen de Torgueil il a chassé du paradis terre.stre celui que Dieu y avait mis pour en avoir soin, et cju'il avait enrichi des dons de la justice originelle. » Aussi , ne fout-il pas croire , selon saint Auj;ustin, que l'homme eût jamais été trompé par le serpent , si auparavant il ne se fût sé- I)aré de Dieu par l'orgueil : car c'est une vérité q«ie le Saint-Esprit nous enseigne, et dont, par conséquent, il n'est pas permis de douter : Que Corgutil précède f abaissement; que C esprit s'élève avant la chute ( Prov. xvi, 18), et que le cœur de f homme vient à s'élever avant que d'être abaissé. {Prov. xviu, 1%.)
Si les exemples des hommes ne vous suffisent pas , remontez iusqu'au ciel , et vous ▼errez que c'est par la présomption et par l'orgueil qu'une infinité d'anges sont tombés de cette élévation glorieuse où Dieu les avait créés. Voilà même que ceux qui le ser^ vent ne sont pas fermes ^ et qu'il a trouvé ses anges coupables; à combien plus forte raison ceux qui habitent des maisons qui ne sont que de boue , et qui n'ont d'autre fondement que la terre ^ seront-ils rongés comme des vête-tnents par les vers ? Du matin au soir ils se^ vont coupés comme l'herbe qu'on fauche. (Job IV, 18, 19, 20.) Saint Grégoire écrivant sur ces paroles de Job , les apphque parfaitement |3ien à notre sujet. « S'il y a eu, dit-il, si peu de stabilité et de fermeté dans la nature Angélique; s'il s'est trouvé tant de mélaneç d'impureté dans un or si fin , que sera-ce ce nous qui n habitons que des maisons de terre qui peuvent être détruites en un moment, et
2ui dépérissent si facilement d'elles-mêmes? omment se pourra-t-il faire qu'une âme enfermée dans un corps qui engendre des \ct^s puisse ne pas craindre? Comment
pourront présumer d'eux-mêmes ceux qui sont eux-mêmes la source de leur perdition? Job, continue ce Père, dit qu'ils serontrongés comme par les vers ; et c'est à bon droit qu'il se sert de cette comparaison : car de même que les vers s'engendrent des habits , et qu'ils perdent les habits mêmes dont ils s'engendrent, de même notre cliair, qui est comme l'habit de notre âme , engendre une sorte de ver , qui est la concupiscence charnelle dont nous sommes continuellement combattus , et quand nous nous laissons vaincre par cette concupiscence , alors nous sommes comme rongés par les vers qui naissent par notre propre chair. »
Outre cela , comme les vers gâtent les habits , et les rongent sans faire aucun bruit , aussi les vers de notre inclination corrompue et de ce foyer du péché que nous portons en nous nous perdent si sourdement et si insensiblement, que souvent le mal est déjà fait^ 3ue nous ne nous en apercevons pas. Que si e purs esprits , qui n étaient point revêtus comme nous d'une chair où les vers s'engendrent pour la ronger et pour la corrompre , n'ont pas persévéré dans le bien , qui de nous sera assez hardi pour se confier à ses propres forces , sachant qu'il porte en luimême la cause de sa perdition? Apprenons de tout ceci à marcher toujours dans la retenue et dans la crainte, et malheur à celui qui n'y marchera pas touîours l On peut bien pleurer sa perte desà présent , car il ne man-
auera pas de tomber, ce n'est pas moi qui le is , c'est le Saint-Esprit lui-même : Si vous ne demeureZj dit-il, fermement dans la crainte du Seigneur 9 votre maison sera bientôt renversée (Eccli. xxvii , h) ; c'est-à-dire : si vous ne marchez toujours avec beam^oup de circonspection et de crainte , ayant soin de vous tenir éloigné du péril , d'éviter les occasions , de chasser de lionne heure les mauvaises pensées , et de vous préparer pour le temps ce la tentation, vous tomberez infailliblement bientôt. N'allez pas au reste vous abuser vQus-mêmes sur ce que peut-être vous n'êtes pas maintenant suiets à ces sortes de tentations, et que vous n êtes attaqués d'aucun mouvement d'impureté, et sur ce qu'il vous semble que la vue et la fréauentation des gens du mo^de n'ont rien de dangereux pour vous i et ne font aucune mauvaise impression sur votre esprit^ Ne vous fiez pas à cela : c'est une adresse du démon, qui têthe de vous rassurer de cette sorte pour vous surprendre au bout de quelque temps, lorsque vous y penserez le moins et |.our vous précipiter dans l'abîme. U faut „ au contraire, et c'est le sentiment des saints » il faut se tenir d'autant plus sur ses gardes, que l'on a Elus reçu de grâce^ et de bénédictions de deu , p^ce que c'est alors que le démon est plus envenimé contre nous et plus ardent à notre perte. // aime à se nourrir des viandes choisies (Ilabac. i, 16), dit le prophète ; il aime mieux, comme nous le montrerons bientôt par des exemples , procurer la chute d'un serviteur de Dieu et d'un religieux qui aspire à la iieifection , que celle de plusieurs
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milliers de personnes qui viv<îiit dans les désordres du siècle. C'est par celle raison que saint Jérôme, écrivant à la sainte vierge Eustochium, l'avertit de ne pas se négliger par une trop grande confiance sur la sainteté de son état. 1! ne faut pas, dit-il , que la sainteté de votre résolution vous donne de l'orgueil , mais de la crainte : vous êtes chargée il'or, donnez-vous de garde des voleurs. Celle vie est une carrière pour tous les hommes , nous courons ici pour être couronnés ailleurs; comment pouvez-vous espérer du re;/Os dans une terre qui n'engendre que des ronces et des épines? 11 ne faut s'assurer de rien dans celle vie : c'est une guerre continuelle ; il faut s\ tenir incessamment sur ses gardes. Nous voguons sur une mer orageuse, et dans une mé?nante nacelle qui fait eau de toutes parts; nous sommes environnés d'écneils; et les démons, qui ne songent qu'à nous perdre, ne cessent a exciter contre nous des tempêtes pour nous submerger. C'est pourquoi, veillez y juste , dit l'Apôtre, et (j'irdcz-vous bien de pécher {ICor. xv, 34) ; et que celui qui croit être debout prenne garde de tomber, [t Cor. x, i2.) Certainement s'il y a quelque chose qui ])uisse nous en empêcher et nous mettre en état de sûreté , c'est de marcher toujours ainsi dans la défiance et dans la crainte.
Voici à ce sujet une chose qui arriva au commencement de l'institution de la Compagnie de Jésus, et je la rapporterai comme elle m'a été racontée. « Lorsque la princesse Marie de Portugal passa en Castille pour épousçf* le prince d Espagne , qui fut depuis le roi Piiilippe II, le P. Lefèvre et le P. Araoz passèrent avec elle à la cour d'Espazne par ordre du roi de Portugal, et dès lors les Pères de la Compagnie commencèrent à être en grande réputation en cette cour. Quelque jeunes gcfns qu'ils fussent, car alors iln'y avait point de vieillards parmi nous, ils confessaient presque toutes les femmes de qualité; et comiïie ils menaient une vie angelique , on ne cessait de s'étonner comment il pouvait se fa'ro que, dans une si grande jeunesse, et l^armi des occasions si dangereuses ,ilscon- ^ervassenl une si gravide sagesse et une si grande retenue. Le prince même en était rempli d'étonnement et d'admiration comme le reste de la cour; de sorte que , parlant un jour au P. Araoz: « On m'a dit , mon Père, <<luidiHl» que ceux de votre Compagnie « ont une herbe qui a la vertu de conserver « la chasteté; est-il vrai?— Il est vrai, sans
V doute , répondit le Père qui était homme
V d'esprit. — Mais quelle sorte d'herbe est-ce « donc? reprit le prince. — Je vous le dirai , « Seigneur, répliqua le Père. L'herbe dont ? notre Compagnie se sert pour conserver la f. chasteté , est la crainte de Dieu : c'est de là tf que j)rocède le miracle qu'il a plu à Dieu « (l'opertr en nous ; car la crainte de Dieu a « la vertu de chasser les démons, de même « que l'avait le cœur du poisson que Tobie « prit en voyageant avec l'ange Raphaël. »
Ceci peut encore se confirmer par ces paroles de l'Ecriture : U n arrivera rien de fâ-
cheux à celui qui craint le Seigneur ; mais Dieu le conservera dans le temps delà tentation^ et le délivrera de toute sort^ de maux. {Eccli. xxKUi , 1.) La crainte de Dieu chasse le péché (Eccli. I, 27), et cest par la crainte du Seigneur que fan évite le mal. (Prov. xv, 26.) Voilà l'herbe que nous devons toujours porter sur nous , pour nous préserver contre les tentations de l'impureté; à moins que nous n'ayons toujours cette crainte salutaire devant les yeux , il n'y a point de sainteté qui soit en assurance; il n y a point de sainteté dont on puisse répondre. Aussi le Saint-Esprit, voulant nous faire connaître que cette crainte ne doit jamais nous abandonner, nous avertit de demeurer dans cette crainte et d'y vieillir. {Eccli. ii , 9.) Car elle ne convient pas seulement à ceux qui commencent à servir Dieu, elle convient aussi à ceux qui sont déjà les plus avancés dans son service ; et les justes mêmes doivent craindre aussi bien que les coupables. Que ceux-ci craignent parce qu'ils sont tombés; que ceux-là craignent de même afin qu'ils ne tombent pas. Les chutes passées doivent faire trembler les uns, l'incertitude de l'avenir doit faire trembler les autres. Heureux thomnie qui est toujours dans la crainte ! {Prov. xxviii , 1^.)
Afin que nous avons encore plus d'estime de cette crainte salutaire, et que nous n^us cfiforcions toujours de plus en plus de la conserver dans notre cœur, je toucherai ici quelques-uns des avantages qui y sont attacnés. Premièrement, elle ne fait point perdre la confiance et n'abat point le courage ; au contraire , elle le fortifie et elle le relève, parce que, semblable à l'humilité, elle fait qu'on se défie de soi-même, et qu'on met toute sa confiance en Dieu. Saint Grégoire, sur ce passade de Job: M est toute votre crainte qui faisait toute votre force? explique parfaitement bien ceci : « C'est avec raison, dit-il, que Job joint ici la crainte à la force : car la voie de Dieu est fort différente de celle des hommes. » Parmi les hommes la hardiesse donne des iorces, et la peur rend faible : au lieu qu'ici la hardiesse rend faible, et la crainte donne des forces, suivant ces paroles du Sage: Cest dans la crainte de Dieu que consistent la confiance et la force. (Prov. xiY, 16.) La raison en est que celui
2 ni craint véritablement Dieu ne trouve rien 'ailleurs à craindre ; tout le reste lui semble trop méprisable pour s'en faire un sujet d'appréhension. Celui qui craint le Seigneur ^ dit l'Ecriture, n'aura peur de rien; il ne craindra rien^ parce que le Seigneur est son espérance. {Eccli. XXXIV, 16.) La crainte nous rend soumis en quelque sorte à ce que nous craignons , comme à quelque chose qui a le pouvoir de nous nuire; et celui qui craint extrêmement Dieu, qui n'estime rien que Dieu , et qui met toute son espérance en Dieu seul, ne sait ce que c'est que de craindre le monde » oulestvrans, ou la mort, ouïes démons, ou l'enfer , parce que rien de tout cela ne peut lui nuire , et ne peut toucher à un cheveu de sa tête sans la permission, de Dieu. Les forces qu'il trouve dans celte sainte dis*
D'ASCETISME.
position d'esprit excèdent les forces de tous les hommes ensemble , parce qu'alors c'est Dieu même qui est sa force, conformément è ces paroles du Prophète : Le Seigneur est la force de ceux qui le craignent. (Psal. xxiv, li.) Outre cela, la crainte dont nous parlons ne donne point de chagrins ni d amertume, ne fait aucune peine à l'esprit et ne lui est de nulle incommodité; au contraire, elle inspirede ladouceuret de la joie. La crainte qu ont quelquefois les gens du monde de perdre le bien ou Thonneuc, et la crainte servilede la mortoudeFenfèr, donnent véritablement du chagrin et de la douleur, mais la crainte filiale qu'ont des enfants bieu nés de plaire à leur père, entretient l'âme dans une joie sainte , et attendrit continuellement le cœur par les actes d'amour de Dieu qu elle fait incessamment produire. Ne permettez pas, Seigneur, que rien me sépare jamais de vous. Faites , ô mon Dieu , que je meure mille fois plutôt que de vous offenser. La crainte de Dieu^ dit rÈcriture, estlaalairs même et le copU)le de tonie sorte de gloire , t'est la gloire même et Vaccomplissement de toute sorte deioie ; la crainte de Dieu réjouira le cœur^ elle aonnera du plaisir et de la joie , et elle fera vivre longtemps. Celui qui craint sera heureupf à la fin de ses jours , et il sera béni le jour de sa mort.{Eccli. i, ll.)Voyez avec quelle abondance de paroles et avec
Îuelle variété d'expression le Sage parle ici e la joie et de la satisfaction que porte avec soi la crainte de Dieu. Ce n'estpas une crainte qui nous fait trembler comme des esclaves qui craignent le châtiment ; c'est une crainte qui naît de l'amour de Dieu ; ainsi, plus on aime Dieu, plus aussi en même temps on craint de l'offenser et de lui déplaire. C'est ainsi que plus un enfant bien né aime son p^re , plus il s'applique à le contenter , et que X'ilus une femme vertueuse a de tendresse po'xr son mari , plus elle s'attache à faire en sorte qu'il ne trouve rien en elfe qui lui fasse de la peine.
£n un mot) toutes les louanges et tous les
avantages aue l'Ëcriture sainte attribue aux
humbles, elle les attribue également à ceux
qui craignent Dieu, et presque dans les
mêmes termes. Car si elle dit que Dieu ar^
réte ses regards sur les humbles et sur les
pauvres (Isa. lxvi, 2), elle dit aussi que les
yeux du Seigneur veillent sur ceux qui le
craignent (Eccli. xxxiv, 19); et si elle dit qu'il
élève les hunU)les et qu'il les comble de biens
(Luc. I9 52, 53), elle dit de même que sa
miséricorde éclate de race en race sur ceux
gui le craignent (Luc. i, 50) ; et que ceux qui
craignent Dieu seront grands auprès de lui en
toutes choses. {Judith xvi, 19.) Les saints
ne disent rien de plus de l'humilité, qu'ils
ne disent aussi de la crainte de Dieu. S'ils
disent de l'humilité que c'est la gardienne
des autres vertus, et que sans l'humilité il
n'y a point de vertu, ils le disent également
de la crainte de Dieu, qui est appelée par
Isaïe le trésor de Dieu (Isa. xxxiu, 6) ; parce
qu'en effet c'est elle qui conserve toutes les
autres vertus, et qui est la source de toutes
les grâces, ils disent encore que, de mémo qu'un vaisseau qui n'est point lesté ne saurait naviguer sûrement, parce que le moindre vent est capable de le renverser, de même Tâme ne saurait faire une navigation heureuse, lorsqu'elle marche ^ans le poids de la crainte de Dieu, qui est la seule chose qui peut raffermir contre les vents de la prospérité et de l'orgueil. De quelques dons, de quelques vertus qu'elle soit enrichie d'ailleurs, si cette charge lui manque, elle est en danger de faire bientôt naufra^^e. Saint Grégoire dit que le poids de la crainte de Dieu est l'ancre de notre cœur : saint Jérôme, que la crainte est la gardienne des vertus, et que la trop grande confiance fait que l'on tombe facilement; et TertuUien, que la crainte est le fondement du salut. Si nous craignons , dit-il, nous prendrons garde à nous, et si nous y prenons garde, nous serons sauvés; celui que la crainte rend soigneux pourra être véritablement en sûreté.
Pour conclusion, tout ce que le Sage dit de l'excellence de la sagesse, il l'applique presque toujours à la crainte de Dieu, en disant que fa crainte de Dieu est la véritable sagesse. (Eccli. I, 3ï.) Job en parle aussi de la même sorte : La crainte de Dieu, dit-il, est la sagesse même (Job xxvui, 28]; ainsi, nous voyons que tout ce qui se dit de la sagesse^ nous p ou^ ons aussi avec raison le dire de la crainte de Dieu. Il y a même plus : car le Sage dit que la consommation de la sagesse est de craindre Dieu (Eccli. I, 20) ; et dans un autre endroit, aj^i es s'être écrié : Que celui-là est grand qui a trouvé la sagesse et la science! il aioute aussitôt : Mais il n'est pas plus grand que celui qui craint le Seigneur. La crainte de Dieu excelle par-dessus toutes choses. Heureux r homme à qui il est donné d'avoir la crainte de Dieu! A qui pourra-t-on comparer celui qui /'a véritablement dans le cœur? (Eccli. XXV, 13, ik, 15.)
11 est rapporté dans le Pré spirituel^ qu'un solitaire de la Thébaide, qui était fils d'un prêtre des idoles, racontait un jour à plusieurs autres Pères du désert, que lorsqu'il était fort jeune il avait coutume d'aller souvent dans le temple avec son père et de voir les sacrifices qu il offrait. « Mais un iour entre autres, disait-il , il arriva qu'y étant entré secrètement, je vis Satan assis sur un trône fort élevé, et toute la cour infernale autour de lui, et je vis de plus qu'un des principaux démons s'avança et l'adora. D'où viens-tu? lui dit alors Satan. — Je viens^ lui répondit-il, d'une telle province oiij'ai excité des séditions^ allumé la guerre, et tout mis à feu et à sang, et je viens vous en rendre compte. Satan lui demanda ensuite combien il y avait employé de temps ; et le démon ayant répondu qu'il y avait employé un mois, Satan commanda qu'on le déchirât sur l'heure à coups de fouet , puisqu'il avait été si longtemps à faire si peu de chose. Un autre démon se présenta ensuite, et adora Satan, qui lui demanda comme à l'autre, d'où il venait, et ce qu'il avait fait. — Je viens de la mer. répondit le démon, où j'ai excité de grandes
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tempêtes^ et fait périr beaucoup de vaisseaux et beaucoup de monde y et je viens vous en rendre compte. Satan Tinterrogeasurle temps qu*ilj avait mis; et le démon avant répondu qu'il y avait mis vingt jours, il fut encore condamné au même châtiment que le premier et par la même raison. Un quatrième se présenta ensuite à Tadoration de Satan, et ayant été interrogé comme les autres : — Je vtens^ dit -il, du désert où fat été quarante ans inutilement à tenter un solitaire; mais enfin fen suis venu heureusement à bout cette nutV, et je tai fait tomber dans un véché d'impureté. A ces paroles, le prince des ténèbres, se levant de son siège, Tembrassa, lui mit sa couronne sur la tête, et le fit asseoir auprès de lui en le louant extrêmement de ce gu'il avait fait. Lorsque je vis cela, continuait ce solitaire, je dis en moi-même qu'il fallait que la condition des solitaires fût quelque chose de bien excellent et de bien au-cfessus de celle du reste des hommes, et dès lors je fis résolution de me dérober de la maison de mon père pour me retirer dans le désert. » Remarquez ici en passant que la considération de la chute de ce solitaire fut à ce jeune homme une occasion d*^$timer davantage la vie solitaire et de Tembrasser, au lieu que souvent les gens du monde regardent de telle sorte les fautes des religieux, qulls en prennent occasion non-seulement de les condamner, mais de mépriser aussi leur profession. Saint Grégoire, dans ses Dialogues^ rapporte un exemple tout semblable à ce que nous venons de raconter.
Nous lisons dans la Vie des Pères qu*un solitaire fut une fois ravi en esprit dans un monastère où il v avait un grand nombre de religieux, et qu^il y vit une infinité de démons qui ne faisaient qu'aller et venir incessamment dans tous les endroits de la maison. L'ange qui le conduisait le mena ensuite par toute la ville qui était voisine du monastère, et il fut fort étonné de n'y voir qu'un démon, qui même se contentait de se tenir assis sur une des portes, et paraissait élre fort de loisir. Le solitaire, étonné de cette différence, en demanda la raison à range, qui lui dit que dans la ville chacun faisait tout ce que le démon voulait , et qu'un seul démon sullisait pour entretenir tous les habitants dans le désordre ; mais que dans le monastère tous les religieux s'efforçaient de résisler courageusement aux tentations; et
au'ainsi il était besoin d'un grand nombre de émonspourles tenter et pourles faire tomber, Pallade rapporte une chose étrange, qui est aussi rapportée dans hVie des Pères, Cest qu'un solitaire, après avoir vécu longtemps dans la pratique de toutes sortes de mortiucations, et, après avoir fait de grands progrès dans la piété, en conçut tant d'orgueil, que Dieu permit qu'il tombât dans un désorare effroyable ; et voici comment Pallade raconte la chose. Un jour que ce solitaire avait l'esprit rempli do la haute opinion de sa sainteté, le démon lui apparut sous la forme d'une belle femme , qui leignait de s'être égarée dans le désert. 11 la reçoit dans sa cellule^
s'entretient avec elle; ensuite abandonnant son cœur à ses désirs criminels, il se disposait déjà à les accomplir, lorsque cette femme disparut tout d'un coup d'entre ses bras, en jetant un grand cri ; après quoi on entendit en Tair comme de grands éclats de rire, et plusieurs voix de démons, qui» pour l'insulter par une raillerie amère, lui disaient ; O soliùiire^ tu t'élevais jusqu au ciel y et te voilà abaissé jusque dans Cabime; apprends donc désormais que celui qui s'élève sera abaissé. Mais le malheureux n'en demeura pas là : car, après avoir passé toute cette nuit et le jour suivant dans les regrets et dans les larmes, il se laissa enfin tellement aller au désespoir, qu'il retourna dans le siècle, où il s'abandonna à toutes sortes de crimes.
La chute de cet autre solitaire dont nous avons parlé dans le neuvième chapitre est encore très -remarquable. 11 était parvenu à un si haut degré de vertu que même les bêtes sauvages lui obéissaient ; cependant cela ne l'empêcha pas de tomber, comme il semble que saint Antoine liavait prévu, lorsque, par* lant un jour de lui, il dit que c'était un vaisseau en pleine mer, chaîné de richesses, et qu'il fallait voir s'il arriverait au port. En effet, le malheureux fit bientôt nauirage ; et « celui, dit saint Jean Climaque, qui commandait auparavant aux bêtes farouches, devint la proie de ses passions, plus cruelles mille fois que les bêtes féroces; celui qui se nourrissait du pain des anges, vint à se nourrir de boue et d'ordure. » Après sa chute, et comme il pleurait son i)écné, quelques solitaires passant auprès de lui, il les conjura de prier leur père Antoine de lui obtenir de Dieu dix jours de terme, pendant lesquels il
f)ût faire pénitence ; et ce fut à ce sujet que e saint s*ecria, comme nous l'avons déjà dit : Aujourd'hui^ mes frères^ il est tombé une des plus fermes colonnes de la vie religieuse. II ne voulut point au reste marquer plus particulièrement quel avait été son péché, sachant bien que c'était un péché d'impureté ; cependant le solitaire mourut au bout de cinq jours, laissant à tous les autres un grand exemple de la faiblesse de ceux qui s'appuyaient sur leurs propres forces, et une grande leçon contre l'orgueil.
Le P. Avila dit que Dieu, ayant fait connaître à un solitaire l'extrême danjger où il était exposé en cette vie, il en fut si pénétré, que dès lors il se couvrit la tête et le TÎsage de telle sorte qu'il ne pouvait plus rien Toîr que la terre, s'abstenant outre cela de parler, et pleurant continuellement les périls auxquels les hommes sont sujets. Ceux qui avaient coutume de le visiter furent extrêmement surpris de le voir en ccrt état, et lorsqu'ils lui demandèrent la cause d'un changement si subit, et d'une façon de faire si extraordinaire, il ne leur répondit jamais autre chose, sinon : Laissez-moi^ car je euis un homme. Un autre saint, déplorant le malheur de la condition humaine, avait coutume de s'écrier: Hélas ! que je suis malheureux! je puis encore offenser Dieu mortellement, faf.
CéUBAT.
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0*ASCEnSME.
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VOEC D'OBÉISSANCE. — Voy. Obéissance.
VŒU DE PAUVRETÉ. — Voy. Pauvreté.
VOIES DE LA PERFECTION. — Ceux qui commencent à entrer dans les voies de la perfection^ ceux qui déjà y progressent et ceux qui sont i)arfaits, tous tendent au même but, à la charité; seulement, en y tendant par i*exercice des différentes vertus, ils franchissent certains degrés, et comme autant de sentiers divers qui indiquent le progrès des âmes vers Dieu. Ces degrés ou sentiers constituent trois voies : la voie pur^ative^ qui regarde les commençants ; la vote Uluminative^ pour ceux qui progressent, et la voie nnitivcy pour les parfaits.
Cette division est indiquée par TEcriture sainte. Moïse reçoit d*abord (Eœod. xxix) Tordre de se purifier : c'est la voie purgative ; ensuite, il ai^erçoit une lumière éclatante dans la voie illuminative ; enfin, il atteint le faite des grandeurs divines dans la voie unitive. L'Eglise a elle-même professé cette opinion, lorsque Innocent XI a condamné kl proposition suivante de Michel Molinos : « Ces trois voies, purgative, illuminative et unitive, sont la plus grande absurdité dont ait jamais été cnarséc la théologie mystique, attendu qu'il n y a qu'une seule et unique voie, la voie intérieure. »
Saint Denis donne souvent cette division, •t en expose la raison. Nous citerons entre autres ces paroles : « Dieu purifie d'abord les esprits où il habite, ensuite il les éclaire, puis il les perfectionne à son iroase et à sa ressemblance divine. » (L. de Eccïes. hitrar.^ c. 5, proi)efinem.) L'Eglise a voulu nous insinuer cette doctrine par les quinze psaumes gra* duels, dans lesquels le cardinal Bona retrouve toutes les parties de notre division, c'est-à-dire la doctrine par laquelle les commeoçants sont purifiés ; ceux qui font des progrès sont éclairés, et ceux qui font des progrès. sont unis à Dieu. (Fotr Vous pub-
GATIVB, ILLUMINATIVE, UNmVK.)
VOILE. — Le voile est une pièce de crêpe Ott d'étoffe légère qui couvre la tête et une partie du visage. L'usage d'avoir la tète couverte dans les temples n'a pas été le même chez les différents peuples, même parmi les adorateurs du vrai Dieu; mais la coutume la plus générale chez les anciens a été que les sacrificateurs exerçassent leurs fonctions avec la tête couverte d'un pan de robe, afin d'être moins distraits et de ne pouvoir por^ ter leurs regards à droite ou à gauche. Cornélius a Lapide et autres ont observa que, chez les Juifs, les prêtres ne priaient et ne sacrifiaient point à tête découverte dans le taberna«'Je m dans le temple, mais qu'ils la couvraient d'une tiare, qui était un ornement. Quant aux usages modernes, le savant Assémani rapporte que le patriarche des nestoriens olucie la tête couverte, que celui d'Alexandrie fait de même, ainsi que les moines de Saint-Antoine, les Cophtes, les Abyssins et les Syriens maronites. Cela n*est pas étonnant chez les Orientaux, qui ne se itécottvrent jamais la tête. En Occident, où
c*est une marque de respect de se découvrir devant une personne qu'on veut honorer, il a paru plus décent que les prêtres fissent leurs fonctions la tête découverte.
A l'égard du commun des fidèles, saint Paul a décidé que les hommes doivent prier à visage découvert, et il veut que les femmes soient voilées dans les temples, (l Cor. ii.) En Afrique, du temps de Tertullien, les femmes allaient à Téglise voilées ; on permit aux filles d'y paraître sans voile : ce privilése les flatta; mais Tertullien soutint que c'était un abus, et fit à ce sujet son livre De virginibus velaiîdis. Ceux qui en prenaient la défense prétendaient que cet honneur était dû à la virginité; quil caractérisait la sainteté des vierges ; qu étant remarquables dans le temple du Seigneur, elles invitaient les autres à suivre leur exemple. Tertullien ne goûtait pas ces raisons : où il y a de la gloire, dit-il, il y a de la vanité, de l'intérêt, de la contrainte, de la faiblesse; or, la virginité contrainte est la source de tous les crimes. Clément d'Alexandrie était d'avis que les filles doivent porter un voile dan^ l église ainsi que les femmes, afin de ne pas scandaliser les justes. Il y a encore des provinces en France où les filles ne vont à Té* glise qu'avec un voile blanc et les femmes avec un voile noir.
Parftii nous, prendre le voile, c'est se faire religieuse, parce que c'est une marque distinctive de cet état ; cet usage date de la fin du IV* siècle. Dans Y Histoire de V Académie des inscriptions^ il y a un Mémoire dans lequel on prouve que la réception du voile n'était jamais séparée de la profession religieuse; qu'aucune fille n'en était revêtue qu'au moment où elle prononçait ses vœux, et que c'était révoque qui faisait cette cérémonie. L'âge auquel les filles étaient admises à prendre le voile a varié dans les différents siècles. Vers Tan 1109, saint Hugues, abbé de Cluny, recommandant à ses successeurs Tabbaje de Martigny, qu'il avait fondée pour des religieuses, les ejhorte à n'y recevoir aucun sujet avant l'âge de vingt ans. Deux cents ans après, sous Philippe le Long, on cite une charte de 1317, par laquelle il parait que Ton donnait quelquefois le voile à des jeunes personnes de huit ans» mais elles ne recevaient pas la bénédiction solennelle, qui était sensée les attacher pour toujours à la vie religieuse; le voile n état donc i)as pour elles un engagement irrévocable. De même aujourd'hui, la rérémon'e de la vêture et le voile blanc que l'on donne aux novices ne sont pas un lien pour elles ; c'est par la profession et l'émission solennelle des vœux qu'elles s'engagent pour toujours.
VOLONTÉ (Mortification de la). — La volonté est la faculté de se déterminer librement, c'est-à-diie une puissance libre par laquelle, après une représentation distincte du bien ou du mal, nous éprouvons du désir pour l'un et de l'aversion pour l'autre.
La volonté , prise dans son acception la
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DICTIONNAIIIE
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plus large, produit ses effets de différentes manières. Elle s'exerce :
l*Parlestns/!tnc/s qui déterminent l'homme avant qu'il ait éprouvé le moins du monde si la chose doit lui causer du plaisir ou de Tennui. Parmi ces instincts, les uns sont raisonftabks : ce sont ceux qui se portent sur leur objet quand Tâme est stimulée par eux à de certaines actions ; les autres sont animaux : ce sont ceux qui nous inclinent vers un objet par la seule excitation des sen* sations. Quand la chose sert à la satisfaction des instincts, elle est dite bonne; car, ce qui nous sert et qui perfectionne notre état est bon; mais si elle est en contradiction avec les instincts, elle est mauvaise; car ce C[ui nous est nuisible et qui augmente nos imperfections est mauvais. Le bien véritable f)roduit une utilité véritable et perpétuelle; e bien apparent engendre une utilité qui répugne à Vhonnôte, ou un mal plus grand.
2' Par les mouvements de rame, quand Tâme est modifiée et affectée par la perception du bien ou du mal. Si cette modification est agréable et résulte d'un bien obtenu, elle produit \e plaisir; si elle est désagréable et provient d un bien perdu ou d'un mal souffert, elle engendre Tennui.
3" Par les appétits, oui nous font vivement désirer d'obtenir quelque chose, d'en user et d'en jouir. Les appétits consistent dans ces efforts pour en obtenir quelque chose et en jouir, et les aversions, dans les efforts pour repousser et fuir quelque chose. Quand a ces appétits se ioigneut de violents mouvements corporels, ils prennent le nom &' affections, et quand ils acquièrent tant d'énergie, que la cause la plus légère suffit pour les exciter, ils sont appelés passions.
La connaissance du bien et du mal, par laquelle nous pouvons' comprendre pourauoi nous voulons ou nous ne- voulons pas, s appelle le motif de la volonté, parce que, sans elle, la volonté ne reçoit aucune impulsion. Les philosophes modernes ont établi les lois suivantes de la volonté :
l' Toutes les fois que nous désirons quelque chose, c'est parce que nous savons ou nous pensons que cela est bien, et notre désir est proportionné à la grandeur du bien; et toutes les fois que nous repoussons quelque chose, c'est parce que cela est ou parait être mal. De là l'homme désire naturellement les movens de sa conservation ; c'est ce qui s'appelle la loi de conservation de soi-même.
2" L'homme désire naturellement le bonheur de son prochain : c'est ce qui s'appelle la loi de socialité. Les motifs de cette volonté varient avec les individus, et sont rai^ement purs de tout amour-propre.
3" L'homme désire naturellement tout ce qui contient la perfection, et fuit tout ce qui renferme l'imperfection. D'autres théologiens ramènent toutes ces lois à une seule, l'amourpropre.
Telle est la division de la volonté selon la philosophie moderne; celle que donne la théologie mystique est è peu près la môme, quoique en d'autres termes. Elle divise la
volonté en trois parties. La partie supérieure suit l'intelligence suprême, ou Ventendement à la pure contemplation : elle s'appelle syndérèse. La partie moyenne est Tappétit raisonnable. La partie tn/?VfeMre est l'appétit sensitif> auquel peuvent se ramener l'instinct animal, les appétits, les affections et les passions. On divise ensuite l'appétit sensilif en partie concupiscible et partie irascible. L'appétit raisonnable s'étend ordinairement jusqu'à devenir un amour désordonné de soimême. Vamour de soi-même est, en général, une propension de Tesprit humain, par laquelle il cherche son bonheur. L'amour désordonné de soi-même, qui, dans la volonté, Froduit la volonté personnelle, comme dans appétit, et s'appelle amour-propre, est ainsi désigné par samt Basile : « Celui-là devient l'amant de lui-même, qui s'aime lui-même d'un amour particulier et immodéré. » {Rrg. brev. interr. 54..) Et saint Bonaveniure décrit ainsi la volonté personnelle : « J'appelle volonté personnelle celle qui ne nous est pas commune avec Dieu et les hommes, mais qui n'est particulière qu'à nous; c'est quand te que nous voulons, nous raccomplrssons, non pour l'honneur de Dieu, non pour l'ulilité de nos frères, mais uniquement dans notre propre intérêt, ne cherchant pas à plaire a Dieu et à être utile à nos frères, mais à satisfaire les mouven>ents particuliers de nos âmes. » (Serm. 3 De Resurr,) 11 faut donc la combattre.
On doit mortifier et réformer la volonté par l'abnégation do l'amour-propre et de la volonté personnelle.
V En effet, l'Ecriture nous montre combien sont fTmestes les suites de ces défeuis. Votre volonté se trouve au jour de voirejeûn^.
Ilsa. Lvui, 3.) C'est ce qui fait dire à saint Jernard : a La volonté personnelle est un grand mal : jmr elle votre bien se change en mal. »(Serm. 71 in Cant,) De même aassi l'Apôtre, en prédisant les dangers des temps futurs, parle de l'amour-propre comme de la source des plus grands maux. Les hommes s'aimeront eux-mêmes ; ils seront avides, orgueilleux, superbes, blasphémateurs. {II Tim. ni, 1.) Saint Thomas Te désigne comme la racine de l'iniquité. « La racine de toute iniquité est l'amour de soi-même. » (Lect. 1.) En effet, la charité ne cherche pas ce qm esta elle. (1 Cor. xiii, 5.) Au contraire. Dieu, qui blâmait la volonté personnelle, comme nous l'avons dit plus haut [Isa. lviii, 3), fait do brillantes promesses à celui qui en fait abnégation (/6td., 13) : Puisque vous ne suirex point vos inclinations, que vous ne faites point votre volonté, et que vous ne dites point ae paroles inutiles, alors vous trouverez votre joie dans le Seigneur. Je vous élèverai, dtM'f , audessus de tout ce qu'il y a déplus élevé sur la terre.
2' Les saints Pères tiennent le même langage. « Les deux amours, dit saint Augustin, ont produit deux cités : l'amour-piropre, une cité terrestre qui va jusqu'au mépris de Dieu, et l'amour de Dieu, la cité céleste qai va jusqu'au mépris de soi-même. Cette der-
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nière cité s6 glorifle dans le Seigneur. » (L. XIV De Civ. Deù c. 28.) « Si l'homme périt en s^aimant lui-même, dit le même saint, il trouve la vie en faisant abnégation de lui-même.... S'aimer soi-même, c'est faire sa volonté. Mettez au-dessus de la vôtre la volonté de Dieu;.... apprenez à vous aimer vous-même en ne vous aimant pas. » (Serm. W De Divers). Saint Bernard, après s'être élevé avec force contre la volonté personnelle, qui cherche à se soustraire à l'autorité de Dieu, qui ravit à Dieu ce qui lui appartient, qui lattague en quelque sorte lui-même, en souhaitant qu'il n'ait, ni le pouvoir, ni la volonté de tirer vengeance de nos péchés, ou qu'il les ignore, saint Bernard ajoute : « Qu'est-ce que Dieu hait et punit en nous, sinon notre volonté personnelle? Qu'elle disparaisse, et l'enfer aura cessé d'exister. Sur qui, en effet, s'acharneraient les flammes de l'enfer, si elles n'avaient plus notre volonté personnelle? »
(Serm. 3 De Resurr,) « Gardons-nous de notre volonté personnelle comme de la plus dangereuse et de la plus cruelle vipère; c'est elle seule qui peut désormais damner nos âmes. » {Serm. de DupL BapL)ti Yçus ajouterez à votre vertu, dit saint Ephrem, tout ce que vous ravirez à votre volonté personnelle. » {Opusc. de vit. spir.^ n* i2.)
3° Saint Anselme nous en donne la raison. fL. I DeSimilit.y c. 6.) C'est un privilège foui spécial de Dieu, que sa volonté personnelle soit la règle suprême de tout bien, selon ces paroles : // fait toutes choses selon le conseil ae sa volonté. (Epk. i, 11.) Quand donc la créature veut en faire autant dans son orgueil, elle s'efforce, par le plus grand des crimes, d*arracher la couronne de la tête du souverain roi. D'ailleurs nous n'avons pas été créés pour nous-mêmes, ni pour notre avantage, mais pour Dieu, notre premier principe et notre dernière un. Nous devons
donc rapporter tout à sa gloire et à son bon plaisir, et suivre en toute chose sa seule volonté. C'est ainsi que nous aimerons véritablement, non-seulement Dieu, mais encore nous -mêmes, puisaue nous mériterons ainsi pour nous réternelle béatitude.
11 nous importe donc de livrer et de sacrifier à Dieu, par la vertu d'abnégation, notre juçement propre et notre volonté personnelle. Le P. Godinez (Praxis theol. myst.^ 1. i,c. 14.) assigne trois degrés à cette abnégation. Le premier est de soumettre notre jugement à tous les ordres de Dieu, représenté par notre supérieur, avec une aveugle obéissance, aussi oien dans l'intention que dans l'exécution, jugeant que tout ce qui nous est ordonné est bien, à moins d'être ouvertement mauvais, et l'exécutant fidèlement. Le second degré est de faire abnégation de sa volonté personnelle dans les œuvres de bien, de dévotion et de surérogation, comme la prière et le jeûne, ne voulant rien faire en ce genre, sans avoir auparavant consulté et obtenu l'assentiment de celui qui dirige notre Ame au nom de Dieu. Le troisième est une grande indifférence dans la volonté, ne désirant et ne voulant rien que la volonté de Dieu en toute chose. Cette indifférence porte avec elle la plus pure intention, celle qui consiste à rechercher, non notre propre intérêt spirituel ou temporel, mais uniquement la plus grande gloire de Dieu. Celui qui s'élève à ce degré, offre à Dieu, non-seulement les fruits par ses bonnes œuvres, mais l'arbre tout entier, avec sa racine, qui est l'intelligence, et le tronc, qui est la volonté. C'est là le commencement de la paix intérieure, le résultat des pénitences corporelles, l'abrégé de la mortification des passions, la voie la plus courte vers la perfection, celle qui fait faire plus de progrès à l'âme en lin an, qu'en dix ans toutes les macérations corporelles volontaires.
WILTZ (Pierre), néà Arlon, le 31 décembre 1671, entra chez les Jésuites en 1690 et exerça pendant trente ans les fonctions pénibles de missionnaire dans le duché de Luxembourg. On vit en lui revivre le zèle qui avait animé les Xavier et les Régis. 11 mourut, usé de travaux, le 8 avril 17Î9. On a de lui :
1° Catéchisme à Vusage des soldats^ en allemand ; — 2" Instruction pour recevoir avec fruit les sacrements de pénitence et d'Eucharistie^ en allemand; Trêves, 1708; — 3*Âurifodina spiritualiSj 1710, in-12; et plusieurs autres livres ascétiques, solides, instructifs et pleins d'onction.
yVAN (Antoine, naquit à Rians, en Provence, Tan 1576, d une famille très-obscure. Après avoir fait ses études avec beaucoup de îoine à cause de sa pauvreté, il entra dans a congrégation de l'Oratoire et alla demeurer à Aix C'est là qu'il connut Marie-Made-
DiCTioNNAiRB d'Ascétisme. IL
leine de la Trinité, avec laquelle il fonda, en 1637, l'ordre des religieuses de Notre-Dame de la Miséricorde. Cet homme apostolique, qui pratiquait les austérités d'un anachorète, contribua beaucoup ^ réformer les mœurs par ses prédications et par ses exemples. 11
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mourut en 1653. On a de lui : 1* Conduite à la perfection chrétienne ; — 2** Lettres spirituelles^ et quelques autres ouvrages , où il y a plus de piété que de science.
VVES (Le bienheureux) de Chartres, était disciple ae Longponl à l'abbaye du Bec. C'est une brillante lumière que Tordre des Chanoines réguliers de Saint-Augustin donna à TEglise. Après avoir été prévôt de Saint- Quentin, il fut élevé sur le siège épiscopal de Chartres. Sa conduite envers le roi Philippe oui voulait répudier Berthe, sa femme, est celle ^*'un évèque qui met son devoir audessus de toutes les craintes. 11 eut une part
honorable dans tons les événements ecclésiastiques de ce temps. 11 mourut en 1115. Nous ne rappellerons de ses nombreux ouvrages que ceux qui intéressent les personnes qui aspirent à la perfection ; ce sont ses Sermons ei ses Lettres, 11 nous reste de lui vingt-quatre sermons qui attestent que Yves de Chartres était très-versé dans la connaissance des voies intérieures de la piété. Qu'on lise surtout les deux discours où il explique avec autant d'onction que de solidité l'Oraison dominicale et le Symbole des apôtres.
Plusieurs de ses lettres sont dignes de figurer à côté de ses pieux sermons.
ZANNONI (Bernardii^) , jésuite, né à Reggio vers 1530, illustra sa compagnie par ses vertus, ses talents et son zèle vraiment apostolique. Il se dévoua pendant plus de quarante ans à la prédication, à l'instruction des fidèles et à la direction des consciences. C'est à son instigation que la Mère Marie- Victoire Strata Fornari fonda l'institut des Annonciades célestes. Il mourut à Gênes le 29 mars 1620. On a de lui un grand nombre d'ouvrages ascétiques, dont les principaux sont : 1- Santissima vita epassioneai iV. S. Gesù Christo, e délia sua madré Vergine Maria, Gênes , 1610 ; — 2" Libro délia vita délia beatissima Maria Vergine, 1613 ; — 3" des Traités de l'Eucharistie et dt la Communion ; — 4" le Rosaire de la sainte Vierge avec des méditations ; — 6* les Constitutions des religieuses Annonciades ; — ^^6' Instructions à Vusage dh ces mémes religieuses pour les faire avancer dans la voie de la perfection.
ZÈLE PASTORAL. — Je suis venu, disait le Sauveur du monde, apporter le (eu sur la terre : et quelle est mon intention, sinon qu'il soit allumé? (Luc. xii, W.) Ce feu pur et sacré de la charité oiont son cœur était embrasé, il la fait passer dans l'âme de ses apôtres et ieair a donné la charge de le répandre par toute la terre. Voyez avec quelle ardeur ces saints et illustres personnages l'ont perte, l'ont allume, l'ont propagé dans toutes les nations. C'est maintenant aux ministres du Tout-Puissant, successeurs des apôtres et de Jésus-Christ
S m'est confiée cette importante et subline onction. L'édifice que notre divin Maître, et nos premiers prédécesseurs ont élevé et cimenté de leur sang, nous est remis pour que nous l'entretenions. Les prêtres sont chargés de conserver à Jésus-Cnrist les âmes qu'il s'est acquises par sa mort et que ses apôtres lui ont conquises par leurs travaux. Ce grand ouvrage que les apôtres ont opéré dans le raonde^ les prêtres sont tenus de le continuer, de le maintenir, de le perpétuer, de le perfectionner, s'il est possible. Ils se glorifieront vainement d'être les héritiers de leur ministère, s'ils ne le sont aussi du zèle avec lequel les apôtres l'ont exercé.
Que de bien en effet ne peut pas opérer un prêtre brûlant de zèle? Douze suffirent autrefois pour convertir l'univers ; et n'a-t-on
f)as vu souvent un seul pasteur changer la ace d'une paroisse ou même d'un diocèse entier? Mais aussi, que de maux le ministre dénué de zèle ne cause-t-il pas ? Le temple spirituel du Seigneur n'étant pas, comme il devrai» Vêtre , entretenu par ses soins, se dégrade et tombe en ruine. Pasteur mercenaire, comme le lui reproche Jésus-Christ, il ne se soucie pas des brebis, parce qu'elles ne lui appartiennent point. Il devait les nourrir du pain de la parole , et, faute de le leur distribuer, elles sont tombées de faiblesse et d'inanition ; il devait, par de fréquentes confessions, traiter leurs âmes malades : et , faute de traitement, leurs maux se sont aggravés, leurs plaies se sont corrompues et elles ont péri misérablement ; il devait courir après elles dans leur égarement et les ramener par ses tendres exhortations, et, faute d'être recherchées, elles se sont perdues et sont devenues la proie du dévorateur. Ne nous le dissimulons pas : entre les maux qui affligent l'Eglise, un des plus funestes, parce qu'il en produit beaucoup d'autres, est la négligence. Si l'ivraie de Yh& résie infecte le champ du Seieneur, c^est pendant le léthargique sommeil des préCi^s que l'ennemi l'a semée ; si le déboraement des vices s'y répand et le dévaste, c'est que nous ne nous sommes pas opposés, comme une digue insurmontable, à son irruption. Malheur à moi I disait saint Paul ; et nous devons tous le répéter avec une pleine conviction, hélas I et peut-être avec un amer ref sentir, malheur à moi si je ne publie pas Evangile! (/ Cor. ix, 16.) En vain pour se soustraire à cet indispensable devoir, allègue-t-on divers prétextes tous insuflisants, tous frivoles. Les uns eroient qu'il leur suffit de mener une vie régulière ; au il A'«st pas nécessaire ou elle soit occupée ; qu'ils n ont besoin auo de travailler à leur salut, que le salut d autrui ne les intéresse pas. C'est-à-dire que les deToirs d'état cessent d'être pour eux des devxiirs
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de religion, et que, pourvu qu'ils ne soient ras les larrons qui égorgent le troupeau par leurs mauvais exemples, il leur est permis d'être les mercenaires qui le laissent périr j ar leur insouciance. Ce ne sont pas des arbres de simple ornement que Jésus-Christ a plantés dans son nouvel Eden, dans le jardin de son Eglise : il a choisi, il y a placé des arbres qui doivent porter des fruits, non-seulement abondants, mais permanents. D'autres se plaignent de la grossièreté de leur peuple, qui le rend incapable d'instruction ; de sa dureté, qui le r^ncl insensible aux exhortations : comme si l'excès du mal était un motif de n'y pas remédier. Us ne raisonnaient pas ainsi, les hommes apostoliques qui ont amené l'univers à la foi de Jésus - Christ. Plus ils trouvaient d'obstacles dans les cœurs, plus ils redoublaient de zèle et de soin. Et le bras qui leur donna la force et le succès, est-il donc raccourci de nos jours T Les enfants d'hraef^ dit le Seigneur à son Prophète (et pourquoi ne nous Tappliquerions-nous pas?), les enfants iV Israël ont un front d'airain et un catur dur. Mais f ai rendu ton visage plus ferme que leurs visages et ton front plus dur que leurs fronts. Tai rendu ta face telle que le diamant et le caillou. Ne les crains point. {Ezech. m, 7-9.) On voit encore des ecclésiasticjnes qui, pour se dispenser du travail, se rejettent sur leur humilité ou sincère ou affectée, qu'un sentiment outré, si même il est réel , de leur indignité, qu'une idée mal appliquée, soit de bonne, soit de mauvaise foi, de la sainteté, de l'importance, de la difficulté des fonctions sacrées, rendent inutiles à TEglise. Mais ce sentiment même, s'il est véritable, est une indisposition au ministère. Mais le vaste champ du zèle renferme dans son enceinte des récoltes ue divers genres, et chacun peut s'adonnera la culture la plus analogue à ses dispositions, la plus proportionnée $ ses forces ; mais enfin, quelque dignes, quelque capables que nous puissions être, ce n'est jamais sur nous que nous devions compter: c'est sur celui dont nous sommes les coopérateurs, ou plutôt les organes ; à qui nos faibles mérites sont inutiles pour remplir ses vues ; qui tantôt donne les talents, tantôt les supplée, et dont la main toute-puissante emploie avec une égale eflicacité les plus parfaits et les plus défectueux instruments.
Le zèle est donc, nous ne pouvons trop le répéter, la vertu essentielle, la vertu principale d'un pasteur; la vertu qui suppose toutes les autres ou qui les fait acquérir; la vertu de tous ses jours, de tous ses moments ; la vertu qui anime toutes ses fonctions, qui leur communique sa douceur et les lui rend faciles, qui leur imprime sa force et les rend utiles au prochain. Quelle est donc cette vertu si sublime, si nécessaire, si puissante? Nous répondons à cette question que le zèle n'est autre chose que la première vertu du christianisme; que la charité positivement prescrite par Jésus-Christ, si souvent recommandée par ses apôtres, spécialement par 5aint Paul et par saint Jean. Le zèle est la thaï ité, non-seulement soupirante, mais agis ^
santé ; non-seulement désirant le bien, mai» y travaillant avec ardeur. Comme l'esprit de bien dont il est le fruit, le zèle prend diverses formes ; emploie différents moyens, selon la diversité des caractères, et surtout des besoins du prochain. Mais, c'est toujours la charité qui les lui suggère et qui agit dans lui et par lui. Qu'il se montre doux ou vif; qu'il soit insinuant ou menaçant; qu'il console ou qu'il effraye , c'est toujours la charifé qui produit tous ces effets. 11 est ce que la charité a de plus pur, de plus tendre, de plus actif, de plus fort, de plus efficace ; il est le degré suprême, la perfection delà charité; il est à la charité ce qu'elle-même est aux autres vertus. La charité est un feu qui consume : le zèle est la flamme qui embrase.
Puisque le zèle est substantiellement la charité, il a, par une conséquence nécessai e, les mêmes objets, les mêmes qualités, les mômes obligations.
La charit^ a deux objets. Dieu et le prochain. Ce n'est cependant qu'une seule vertu, puisque c'est pour Dieu qu'elle chérit les hommes. On clistingue de même ordinairement deux sortes de zèle : celui de la gloire de Dieu et celui du salut de nos frères; mais ce n'est pareillement qu'un seul et même zèle considéré sous deux points de vue. Ce que Dieu daigne appeler sa gloire , n'est autre chose que Thommage et l'obéissance que nous lui rendons et par lesquels nous opérons notre salut. Travailler au salut des hommes, c'est leur faire rendre à Dieu cet hommage, cette obéissance dont il a la bonté de se dire glorifié. Il y a entre la gloire de Dieu et le salut de l'homme une correspondance, une connexion, une identité : l'homme ne peut se sauver Qu'en glorifiant pieu ; en le glorifiant, il se sauve indubitablement. La gloire de ï)ieu est le moyen nécessaire du salut de l'homme : le salut de l'homme est Tefret ceitain de la gloire de Dieu. Ainsi, le zèle ecclésiastique ne peut s'employer à l'un de ces objets, sans travailler par là-même à l'autre.. Dieu reçoit ce qu'il fait pour le prochain : le prochain .profite de ce qu'il fait pour Dieu.
La charité envers Dieu produit naturellement le zèle de sa gloire; il en est la suite en quelque sorte nécessaire. Peut-on aimer Dieu ardemment, et ne pas désirer vivement qji'il soit universellement honoré, révéré, cnéri, adoré? Peut-on l'aimer, sans être profondément affligé des outrages qui lui sont faits, sans employer tous ses efforts pour les arrêter? Le prêtre serviteur de Dieu à un titre particulier , le prêtre est spécialement chargé de lui faire rendre l'honneur qui lui est dû, le prêtre est plus impérieusement, plus strictement obligé à s'enflammer du zèle de sa gloire. Jésus-thrist regardait comme un devoir imposé par le ministère qu'il était venu exercer sur la terre, d'être constamment occupé aux choses de son Père. Les ministres qu'il s'est substitués, qu'il a char-
Î^és de continuer son œuvre, à oui il a conié ses fonctions, ont reçu de lui, avec sa mission, l'obligation de la remplir de même. Ils doivent, comme saint Paul à la vue de
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Vidolatrie des Athéniens , être pénétrés de douleur et transportés de zèle, en considérant les égarements, les désordres, les dissolutions, les scandales, dont la Majesté divine est continuellement offensée.
La charité, à l'égard du prochain, engendre le zèle de son salut, le fait désirer vivement, y fait travailler constamment. Il aime bien faiblement ou plutôt il n'aime pas véritablement, celui qui ne met pas de prix au bonheur de son frère, qui n'a pas à cœur d'y contribuer. Ce n'est point par de vains discours y dit l'apôtre de fa charité, que doit se manifester notre amour ; c*est dans la réalité, cest dans nos œuvres qu'il doit éclater. (I Joan, m, 18.) Et considérons comment le divin modèle de la charité, celui qui est la charité essentielle, nousa chéris. Le salut des hommes, voilà le but unigue de toutes les œuvres de Dieu, de la création, de l'incarnation, de la rédemption, de tous les mystères, de tous les préceptes, de tout le culte, de toute la rc^jgion, C'est ce grand objet qui lui fait instituer les sacrements ; le baptême qui en ouvre la porte, la pénitence qui remet sur la voie qui y conduit ; la confirmation qui éclaire sur les movens d'y parvenir; Feucharistie qui donne la force d'y atteindre. Ministres des autels» c'est dans la même vue, c'est pour que cet CBUvre de notre salut, qui lui est si chère, ne soit jamais interrompue, et se perpétue jusqu'à la consommation des siècles, ainsi qu'il l'a commencée, qu'il a établi le sacrement dont il vous a honorés. Ce qu'il a été, voilà ce qu'il vous ordonne d'être : ce qu'il a fait, c'est ce qu'il vous charge de faire. C'est à vous qu'il a dit dans la personne des apôtres : Comme mon Père m* a envoyé^ je vous envoie. (Joan. xx, 21.) Allez ^ instruisez toutes les nations. {Matth, xxviii, 19.) Conférez-leur mes sacrements; appienez-leur à observer mes commandements. Vous ôtes ces serviteurs de l'Evangile , à qui le Père de famille parle ainsi : Allez dans les rues et dans les places de la ville, ramassez les pauvreSy les aveugles, les boiteux, et amenez-les à mon festin. Il reste encore de la place vide : retournez sur les chemins, invitez, priez, exhortez, pressez avec force, avec instance, d'entrer chez moi; faites que ma maison soit remplie. (Luc. XIV, 21 -23.) Pour vous montrer que vous avez le môme ministère que Jésus-Christ, faites-en, comme lui, voiries effets. Donnezvous le droit de dire ce qu'il répondait aux disciples de Jean-Baptiste : Les pauvres sont évangélisés ; les aveugles voient la lumière de la foi : les sourds ont les oreilles ouvertes aux vérités saintes ; les boiteux redressés courent dans la voie des commandements ; les lépreux spirituels ont vu disparaître leur hideuse infirmité ; ceux qui étaient morts devant Dieu sont ressuscites à la vie de la grâce. Quoi, l'aumône faite au pauvre est reçue par Dieu lui-même 1 Le plus petit bienfait, le verre d'eau ne reste pas sans récompense 1 Et que sont aux yeux de Dieu touà les biens de la terre en comparaison d'une seule flme ? Si vous avez le malheur d'0tre pour votre frère une oci^asion de
chute, vous partagez son offense et sa peine. Lors donc que votre zèle a pu réussir à le préserver du péché, ou à l'en ramener, vous vous êtes acquis le plus précieux, le plus utile mérite. Vous avez ouvert la porte du ciel à vous comme à lui. Ils étaient pénétrés de ces grandes vérités les hommes apostoliques, qui furent nos premiers prédécesseurs, qui doivent être nos principaux modèles. Saint Pierre souhaitait de donner à ses Qisciples , non-seulement l'Evangile , mais sa propre vie ; tant ils lui étaient chers. Et saint Paul, brûlant d'ardeur de réunir tous ses frères dans les entrailles de Jésus-Christ, désirait de devenir anathème pour eux.
Tout ce que la charité aime, le zèle ecclésiastique se le propose; tout ce qu'elle désire, il l'opère. Quelle immense carrière est ouverte à ses travaux 1 Ses soins sont aussi multipliés que les différents besoins de l'humanité. 11 enseigne les isnorants, fortifie les faibles, exhorte les lâcnes, encourage les
Î>usillanimes, humilie les superbes, intimide es effrontés, préserve des occasions les vicieux, fait persévérer les justes, convertit les pécheurs, rend sobres les intempérants, laborieux les paresseux, doux les emportés, cléments les vindicatifs, chastes les libertins, généreux les avares ; inspire aux pères le soin de leurs enfants , aux enfants le respect pour leurs pères; réconcilie les ennemis, réunit les ménages divisés, engage les riches à l'aumône, les pauvres à la résignation; porte les malades à la patience, verse les consolations dans le sein des afiligés, fait taire les médisants, les calomniateurs , les blasphémateurs; impose silence aux propos scandaleux. Nous aurions plus tôt dit en un seul mot : Tout ce qui est bien , le zèle d'un pasteur le produit ; tout ce qui est mal , il le réforme.
Entre tous les objets du zèle pastoral, il en est un genre qu'il doit spécialement se proposer, non à cause du mérite des personnes, mais à raison de leur besoin. Je parle des malheureux que leurs fautes ont fait tomber dans la disgrâce de Dieu, et qui courent à leur perte, si la main charitable de leur pasteur ne les arrête sur le penchant funeste qui les entraîne. Ces pécheurs ont été, et Jésus-Christ le déclaré en plusieurs endroits, l'objet principal de sa mission. C'est vers les brebis égarées de la maison d'Israël qu'il a été envoyé. Ce ne sont pas les justes qu'il est venu appeler, ce sont les pécheurs. 11 ne s'est pas contenté de les attirer à lui du haut du ciel, il est venu les chercher. Sa naissance , sa vie, sa mort , ont eu pour but leur conversion. Il s'est fait TAgneau qui , par son sacrifice , efface les péchés du monde. C'est par une mission semblable à la sienne qu'il a envoyé ses apôtres aux brebis de la maison d'Israël, qui s'étaient perdues. Cette mission, qu'il leur a donnée, est celle qu'ils nous ont transmise. Nous sommes ces anges que Dieu députa vers Lot pour le retirer de la criminelle Sodome » ei le préserver des flammes qui allaient le dévorer. Nous devons employer les mêmes in-
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f)rièresy les mêmes instances, les mêmes efbrts, pour arracher nos frères infortunés aux feux éternels dans lesquels ils se précipitent. Quel malheur plus fait pour émouvoir notre tendre commisération que celui dans lequel ils sont plongés , et celui plus déplorable encore dont ils sont menacés! Quel objet plus magnifique, plus digne d'exercer notre zèle, que de rendre des âmes à la vertu, des enfants à TEglise, des saints à la terre, des bienheureux au ciel 1
Le zèle étant la charité, les Qualités qu il doit avoir sont celles qui, selon le grand Apôtre, caractérisent la charité, et qu'a décrit admirablement dans son Epilre aux Co^ rinthiens. La charité^ dit-il, et après lui nous le disons du zèle, la charité est patiente^ elle est bienfaisante; la charité n'est point envieuse , elle n'est point téméraire et précipi* tée; elle ne t'enorgueillit points elle nest point ambitieuse , elle ne recherche point tes intérêts , elle ne s'irrite point , elle ne pense point le meU , elle ne se réjouit point de Tmjustice ; mais elle se plaît dans la vérité; elle souffre tout^ croit touty espère tout^ supporte tout. (/ Cor. XIII, 4-7.)
A ces traits si bien marqués, il n*est pas difficile de distinguer le vrai et le faux zèle. Car, puisque Ton voit des hommes très-vicieux pour eux-mêmes faire parade d*un grand zèle pour la correction et la perfection a autrui, il est clair qu*il y a un zèle qui n*est pas la charité , et qui par conséquent n'est pas véritable. Combien ne voit-on pas d'hommes colorer du nom imposant de zèle leurs défauts et leurs vices 1 L humeur aigre et chagrine appelle zèle son acharnement à déchirer le prochain. L'envie prétend que c'est par zèle qu'elle nuit à tout ce qui pros-
f)ère. L'intrigue veut faire croire que c'est e zèle du bien qui anime ses menées. A en croire l'ambition, c'est le zèle du rétablissement et du maintien de l'ordre qui la porte à dominer. En affectant le zèle, la vanité travaille à se faire honorer. L'intérêt même, et déjà saint Paul s'en plaignait ,^ couvre du prétexte du zèle ses insinuations, pour pénétrer dans les maisons et y gouverner les âmes faibles. Tout cela n'est pas le zèle. Tout ce qui n'est pas pur, et dans son intention, et dans ses moyens, et dans son but, n*est, ni ne peut être le zèle de Dieu, dont le même apôtre se disait animé envers ses chers disciples. C^est ou illusion, ou fanatisme, ou hypocrisie. C'est ce qu'Ezéchiel appelle une laole de zèle , placée à l'entrée du temple, objet de grandes abominations. C'est parce que ce vernis infect de zèle, dont on s'efforce de couvrir et de parer ses défauts, est malheureusement commun, que le zèle véritable est méconnu par certaines personnes, calomnié par d'autres. Les libertins, à qui le zèle déplaît, parce qu'il les gène, affectent de le décrier. Ils le représentent, et ils ne réussissent que trop à le faire envisager ainsi, comme une passion aveugle, impétueuse, immodérée, imprudente, précipitée, amèrc et dure. Ohl combien est éloi-
gné de ressembler à ces traits hideux le zèla que la religioarecommande à tous les fidèles, et prescrit spécialement à ses prêtres 1 La charité qui le produit, en l'animant, le règle et le tempère. Elle concilie, par sa vertu toute divine, les qualités qui semblent avoir entre elles de l'opposition. Son zèle est, comme elle-même, ardent à la fois et éclairé, actif et patient, ferme, mais doux.
Le zèle sacerdotal est vif et ardent. Il l'est à raison de son principe, qui est l'amour de Dieu, supérieur à tous les autres amours ; et l'amour du prochain, égal à celui que noui portons à nous-même. il l'est à raison de ses effets, qu'il ne peut atteindre que par l'ardeur avec laquelle il les poursuit. Voyez tous ceux qu'anime une vive passion, avec quelle vivacité de désirs et d'action ils travaillent à la satisfaire. Et comment un zèle faible et mou pourrait-il remplir avec succès le ministère si étendu et si pénible dont il est charsé, en écarter les difficultés, en essuyer les fatigues, en supporter les travaux, en vaincre les contradictions, en surmonter les obstacles I Le guerrier c[ui combat mollement peut-il se flatter de vaincre? Quelle récolte fera naître dans le champ du Seigneur celui qui le cultive d'une main languissante ?
Mais la charité qui anime le zèle, Téclaire en même temps. Il est ardent et sage. En échauffant le cœur, il laisse à la tête son sangiroid. Il transporte et n'égare jamais. Ces; Elie emporté aans le ciel, sur un char enflammé, mais ne perdant pas de vue son disciple, sur qui il fait descendre son esprit. En vain un pasteur aura-t-il du zèle pour les intérêts divins ; si ce n'est pas un zèle selon la science, au lieu d'être utile, il sera funeste, et d'autant plus funeste qu'il sera plus ardent. Le feu est un élément, selon qu'il est employé, ou vivificateur ou destructeur. Le soleil, qui féconde toute la nature, la consu' mera, s il sort de la route que Dieu lui a tracée. Pasteurs, ilen sera de même de votre zèle, si vous ne savez pas le diriger conformément aux règles et à l'esprit de Dieu. Vous ne serez, et c'est Jésus-Christ qui vous le déclare, que des aveugles, conducteurs d'autres aveugles avec qui vous vous précipiterez dans l^bîme. Que le zèle dont vous êtes animés pour le salut de vos frères, vous fasse donc étudier l'art des arts, comme l'appelle saint Grégoire , l'art de régir les âmes, et les voies par lesquelles chacune d'elles doit être conduite. Car il ne faut pas croire, et c'est le défaut des esprits bouillants et inconsidérés, que tout ce qui est permis soit expédient; que tout ce qui parait bon soit pour cela convenable. Il ne faut pas imaginer, et c'est le défaut des éprits étroits et bornés, qu'il n'y ait qu'un genre de perfection auquel tous soient appelés; qu'il n y ait qu'un chemin pour y parvenir, par lequel tous doivent passer. Les espèces de perfection variejit selon les divers états : les moyens pour l'atteindre sont aussi différents, selon la diversité des esprits, des caractères, des facultés. La science du zèle consiste à savoir 5e multii lier, se varier, selon les besoins de ses
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frères; et comme le grand Apôtre, h se faire tout à tous, pour les sauver tous.
Le zèle étant l'action de la charité, est co»- ^équemment, par sa nature, actif. Non-seulement il saisit toutes les occasions de foire le bien, mais il les fait naître ; non-seulement il y emploie tous les moyens qui se présentent, mais il en cherche de nouveaux. La charité ingénieuse les multiplie; elle n'épargne ni soins, ni peines, ni travaux, pour les faire réussir. Le pécheur n'attend pas oisivemeni que le poisson vienne se prendre dans ses mets. Il va le chercher dans les lieux où il espère le trouver. Il lui présente des appâts pour l'attirer. H ne se rebute pas quand il voit sa recherche infructueuse. Son industrie et ses efforts redoublent par le défaut de succès. Il passe les jours à son travail ; il y eon-, sum& les nuits. Pêcheurs des âmes, en vous donnant ce titre Jésus-Christ vous a astreints à la même multiplicité, à la môme variété, à la môme continuité d'occupations. Tous vos moments, toutes vos facultés, appartiennent à votre ministère. Chefs de la milice sainte, vous devez sans cesse défendre les âmes qui vous sont confiées contre Tennemi de leur salut, qui sans cesse les attaaue. Votre activité doit être au moins égale à la sienne. Votre zèle, de même que sa fureur, ne doit jamais s'endormir. Quand vous ne verriez jjas vos efR)rts obtenir les effets que vous désirez, gardez-vous pour cela de les ralentir. C'est le travail qui vous est prescrit, et non le succès. Dieu se l'est réservé. H ne console pas toujours ses ministres par la réussite uc leurs tentatives. En faisant ce qui est en vous, vous aurez toujours rendu gloire à Dieu, et délivré votre âme. Dans la compagnie même de Jésus-Christ, un ai>ôtre s est perdu. Et ne croyez pas, de ce que vous ne voyez point le succès de vos voisins, qu'ils n'en aient aucun. La semence sainte, parce qu'elle ne lève pas tout d'un coup, n'est pas pour cela perdue. Il y a des graines qui restent dans le sein de la terre plusieurs années. Il y a des terres ingrates, dans lesquelles les meilleures semences ont peine à germer. La rosée céleste qui les féconde ne tombe pas continuellement. Elle a ses moments, qui ne sont connus que de celui qui la répand à sa volonté, et selon les vues inconnues de sa sagesse.
Ainsi le zèle d'un pasteur toujours actif n'est jamais précipité. 11 suit sa marche avec constance, mais avec mesure. Il ne se rebute pas des obstacles, mais ne les heurte pas. II observe les bienséances, et ne s'en rend pas esclave. 11 connaît les moments favorables, les saisit, les prépare, mais ne les prévient
{)as. Il ne cesse pas ses démarches, mais il es règle sur les circonstances, les adapte aux divers caractères , les proportionne aux effets qu'il désire. 11 ne précipite pas des instructions, des exhortations, des corrections, que le temps et la patience auraient Fu rendre plus efficaces. Et si, comme dit Apôtre, il prêche, il conjure, il gronde à temps et à contre-temps, c'est toujours, selon le môme précepte, avec une entière patience.
Admirable accord de célérité et de lenteur, de vivacité et de patience, d'un zèle toujours en action et toujours en observation , qui ne connaît pas de repos et qui sait s'arrêter, et qui , dans sa continuelle effervescence , ne déborde jamais. Ce n'est pas le zèle de la charité, c'est l'impatience de l'orgueil, qui, pourvu qu'elle s'agite, est contente d'ellemême, qui ne connaît point de mesure, qui ignore les convenances, qui n*observe pomt oe ménagements, qui ]irétend tout asservir à ses propres idées, qui prend toutes les innovations qui lui plaisent pour des réformes, qui, dès qu'elle aperçoit un inconvénient, s empresse de tout faouieverser, sans apercecevoir les inconvénients infiniment plus grands qu'elle fait naître. Ils étaient animés de cette ardeur irrégulière, les serviteurs dont parle Jésus-Christ dans une de ses paraboles, qui ayant découvert de l'ivraie dan<5 le champ de leur maître, voulaient tout de suite aller l'arracher. Mais le père de famille, c'est-à-dire Dieu lui-même, modère leur impatience, et nous apprend par là à modérer la nôtre, en leur montrant qu'avec Ti vraie ils pourraient aussi déraciner le bon grain. Cette prudence qui dirige le zèle a pour objet d'augmenter sa force, et non de l'atténuer. Si elle fait éviter recueil de la précinilation et de la témérité, elle empêche également de tomber dans celui de la faiblesse et de la timidité. Pour être réservé, le zèle n'en est pas moins ferme et courageui.
Qu'est-ce qui attira sur le grand prêtre Héli, et sur toute sa maison, les vengeances da Seigneur? Il avait repris ses enfants avec une tendresse paternelle, et non avec une vigueur sacerdotale. Nous voyons le prince, le modèle des pasteurs, si indulgent, si doux dans tout le reste de sa vie, déuloyer une sévérité inusitée, quand il s'agit ae corriger un abus grave, invétéré et autorisé, et chasser avec violence* ceux qui, par un vil trafic, souillaient la majesté du lieu saint, lis n'ont aucune idée du zèle, ceux qui colorent leur indolence ou leur lâcheté, du nom imposant de modération. Sous prétexte de ne pas exagérer lf« zèle, ils se dis|)ensent d'en J avoir. Déplorable confusion d'idées , dont le principe général est une basse et vile frayeur, dont 1 eiïet commun est d'anéantir le zèle. Et que doivent-ils donc redouter pour euxmêmes ceux dans la bouche desquels Dieu a placé ses paroles, qu'il a établis sur les nations et sur les royaumes, pour arracher et pour détruire ; pour perdre et pour dissiner, pour édifier et pour planter? Ne sont-ils donc plus ces anges rapides que le Seigneur envoyait vers une nation divisée et déchirée, v.ers un peuple terrible, et le plus terrible de tous? Le pasteur zélé n a qu'une crainte, c'est de manquer le but de son ministère, et celle-là dissi) e toutesles autres. Loin de l'arrêter, elle Tencou* rage et l'élève au-dessus de toutes lestimidei considérations. Mais les pasteurs dépour^ui de zèle, ont le cœur glacé de deux frayeur^ principales. Quelques-uns treraUleiU en con^ sidérant les propos qu'il leur faudra essuyer*: les railleries dont ils seront le but, les ce
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