‹ Dictionnaire d'électricité et de magnétismeChapitre 270 sur 310 · E = RI; EI = RI · texte numérisé non relu

E = RI; EI = RI

R étant la résistance totale du circuit. Mais, si la génératrice tourne et produit un travail mécanique, l'intensité diminue et prend une valeur i inférieure à celle indiquée par la loi d'Ohm. Cet effet peut s'expliquer, soit par une augmentation brusque de la résistance, soit par la production d'une force contre-électromotrice dans la machine réceptrice. La première hypothèse n'est guère vraisemblable, car les variations de température dues au fonctionnement de l'appareil sont insufûsantes pour expliquer l'accroissement de résistance qu'il faudrait admettre. Il est naturel de supposer, au contraire, que la rotation de la réceptrice tend à y faire naître un courant de sens contraire à celui de la génératrice ; la force contre-électromotrice ainsi développée, soit e, se retranchera de celle de la génératrice, et l'on aura

ou

:Rt

Et = Ri« + et

La quantité d'énergie ei est celle que la réceptrice absorbe et transforme en travail mécanique. Si son rendement est k\ ce travail sera

donné par

T' « k'ei.

On voit que la force contre-électromotrice est nécessairement inférieure àE; elle ne peut lui être égale que dans les cas limites où l'on aurait t=0 ou R=0.

Travail utile. — Le travail utile est celui qui est fourni par la réceptrice.

T' = k'ei.

En tirant de (2) la valeur de i, on a

Outre les constantes h' et R, T' est le prodait des deux facteurs e et E— e, dont la somme est constante et égale à E. Il est donc maximum lorsque ces facteurs sont égaux ou

ce qui donne, en portant dans (2),

Le maximum est donc obtenu lorsque, par la rotation de la réceptrice, l'intensité du courant diminue de moitié.

L'équation (3) montre en outre que le travail utile diminue lorsque l'on augmente la résistance R du circuit ou la distance des deux machines. Nous verrons plus loin comment on peut remédier à ce défaut.

Rendement électrique. — Le rendement électrique de la transmission proprement dit, abstraction faite du rendement des deux machines, est le rapport de l'énergie développée dans la réceptrice à l'énergie fournie par la génératrice. C'est donc

£L — ^ Ei""Ê*

Le rendement électrique d'une transmission est donc indépendant de la résistance du circuit, et par suite de la distance des deux machines.

Ce théorème, énoncé par M. Marcel Deprez, est contesté par beaucoup d'électriciens. Il faut remarquer, en effet, que si l'on fait varier la distance, l'intensité diminue; il en résulte que la réceptrice tourne moins vite, et la force contre-électromotrice est plus faible. Pour que le théorème soit exact, il faut que cette force conserve la même valeur, et par suite il faut employer des machines d'autant plus puissantes que la distance est plus grande ; si Ton emploie la même machine, le rendement diminue à mesure que la distance augmente.

En outre le théorème précédent rencontre dans la pratique d'autres objections. La ligne n'est jamais parfaitement isolée; qu'elle soit portée sur des poteaux ou placée dans le sol, il y a toujours des pertes, et l'intensité n'est plus constante dans tout le circuit : elle diminue à mesure qu'on s'éloigne de la génératrice, et elle est d'autant plus faible dans la réceptrice que celle-ci est plus loin. En appelant t' cette valeur de l'intensité, le rendement élec-

trique est représenté pratiquement par rrr.

Le théorème de M. Deprez peut prendre une

TRANSMISSION ÉLECTRIQUE DE L'ÉNERGIE

autre forme, dans le cas très simple où les deux machines seraient identiques. Comme elles sont parcourues par le même courant, on peut supposer en outre que les deux champs magnétiques ont exactement la même intensité, et que les deux forces éleclromotrices sont proportionneUes aux vitesses V et v des deux induits, ou au nombre de tours N et n qu1ls font par minute. On aurait alors

On pourrait dans ce cas obtenir le rendement électrique d'une façon très simple, en mesurant N et n. C'est là d'ailleurs un cas purement théorique : même si les machines sont identiques,les champs ne peuvent être de même intensité, parce que la réaction des courants sur le champ n'est pas la même dans les deux machines.

Rendement mécanique. — Le rendement électrique est intéressant à considérer, mais il est à peu près indifférent dans les applications. Ce qui importe dans la pratique, c'est le rendement mécanique^ c'est-à-dire le rapport du travail mécanique fourni par la réceptrice à celui qu'absorbe la génératrice. C'est cette quantité qu'on désigne habituellement sous le nom de rendement. Le rendement mécanique est le seul qui intéresse les industriels, car il tient compte de toutes les pertes produites dans la transmission, et il fait connaître la force qu'il faut fournir au départ pour obtenir à l'arrivée un travail déterminé ; sa connaissance permet de voir si, dans le cas considéré, la transmission électrique est préférable aux autres procédés.

Le travail fourni à la génératrice est donné

par

AT — Et.

Celui que donne la réceptrice est T' = A'ei.

Le rendement mécanique est donc

Il est donc égal au produit du rendement électrique de la transmission par les rendements des deux machines. Cette expression ne tient compte que des pertes provenant des appareils électriques; il faudrait évaluer encore celles qui sont dues au moteur qui actionne la génératrice et aux appareils mus par la réceptrice ; mais ce serait sortir de notre sujet.

M. Boistel a vérifié que le rendement mécanique décroît rapidement à mesure que la distance augmente, avec deux machines Siemens identiques, pouvant produire, à la vitesse de 900 tours, un courant de 168 volts et 58,5 ampères sur un circuit peu résistant. En réunissant ces machines par un conducteur de résistance négligeable, le rendement mécanique est de 54 p. 100; mais il n'est plus que de 41 p. 100, lorsqu'on intercale une résistance extérieure de 0,50 ohm, équivalant à 416 mètres d'un fil de 4,5 mm. de diamètre; enfin, il tombe à 28,8 p. 100 lorsqu'on porte la longueur du fil à 833 mètres (1 ohm), et à 15,8 p. 100, si cette longueur atteint i250 mètres (1,5 ohm).

Exemple numérique, — Les calculs qui précèdent nous ont conduit très simplement aux résultats obtenus par M. Marcel Deprez, et dont les points principaux se résument ainsi :

1<^ Le rendement électrique d'une transmis-

sion est égal àr;; il est donc indépendant de la

distance, pourvu qu'on choisisse les machines de façon à maintenir constant le rapport qui précède. D'ailleurs celte constance ne peut pas être réalisée dans la pratique, à cause notamment du défaut d'isolement de la ligne.

2^ Le rendement mécanique est indépendant de la distance, si les forces électromotrices E et e varient proportionnellement à la racine carrée de la résistance totale (1). Le défaut d'isolement de la ligne a encore ici la même influence.

Pour bien faire comprendre dans quelles conditions le transport électrique de l'énergie peut être avantageux, nous ajouterons un exemple numérique emprunté à M. H. Fontaine, et qui se rapproche bien des conditions ordinaires de la pratique, soit le transport d'une force de 40 chevaux à 3 kilomètres.

Pour avoir un service parfaitement régulier et de longue durée, l'expérience montre qu'on ne peut demander à la génératrice plus de 1000 tours pour la vitesse, ni plus de 1500 volts pour la force électromotrice. Le travail fourni à la machine étant de 40 chevaux ou 3000 kilogramme très, l'intensité en ampères est donnée par

(1) La démonstration de cette relation se trouve un peu plus loin (page 906;.

TRANSMISSION ÉLECTRIQUE DE L'ÉNERGIE

D'où

l s 19,62 ampères.

Prenons 20 ampères pour simplifier les calculs.

Une partie de ce courant est absorbée par

réchauffement de la génératrice. Les dynamos

Gramme de 1500 volts ont une résistance

intérieure de 10 ohms. Elles consomment donc,

sous forme de chaleur, une quantité d'énergie

rP 10 X 20* égale à — ou — t-tt; — , soit environ 400 kilo- ^ g 9,81

grammètres.

De nombreuses expériences ont montré que les frottements mécaniques et autres causes accessoires absorbent environ 10 p. 100, soit 300 kilogrammètres. La perte totale dans la génératrice est donc de 700 kilogramme très et le circuit extérieur ne reçoit que 2300 kilogrammètres. Par suite, la différence de potentiel aux bornes de la génératrice est

ig 2300x9,81

« 1 128 volts.

Avant d'examiner la perte due à la ligne, cherchons celle qui provient de la réceptrice. M. Fontaine conseille l'emploi d'une réceptrice identique à la génératrice, ce qui n'exige qu'une seule machine de rechange et évite l'excès de vitesse que pourrait prendre la réceptrice tournant sans charge. Dans ce cas, cette machine absorbera encore 400 kilogrammètres sous forme de chaleur. La perte provenant des frottements sera moindre que dans la génératrice, le travail et la vitesse étant eux-mêmes plus petits. On peut admettre qu'il est égal aux deux tiers du premier, soit 200 kilogrammètres; la réceptrice absorbera donc 600 kilogrammètres et les deux machines ensemble 1300 kilogrammètres.

n reste à considérer l'influence de la ligne, qui varie avec son diamètre. Il faut donc déterminer ce diamètre d'après le rendement qu'on veut obtenir.

Si l'on veut transmettre 18 chevaux ou 1350 kilogrammètres , il faut que la ligne n'absorbe pas plus de 350 kilogrammètres. La résistance de la ligne ne doit donc pas dépasser la valeur

R = lf = ^^^^=Mohms.

La ligne ayant 6000 mètres (aller et retour), il faudra du fil de cuivre de 11,6 ram. carrés, dont le poids sera 624 kilogrammes, et le prix 6240 francs, le prix moyen étant de 40 francs par kilogramme.

Pour transmettre 20 chevaux, on trouverait qu'il faut prendre du fil de 20 mm. carrés, pesant 1080 kilogrammes et coûtant 10800 francs. Pour 22 chevaux, il faudrait du fil de 83,33 mm. carrés, et le prix s'élèverait à 45000 francs.

Ces trois exemples, qui correspondent à des rendements de 45, 50 et 55 p. 100, montrent avec quelle rapidité augmentent le prix de la ligne et par suite les frais d'installation, lorsqu'on veut obtenir un rendement un peu considérable.

Construction géométrique. — La construction suivante permet de se rendre compte facilement des résultats qui précèdent. Nous avons

AT = El

T' = k'ei

Ei «= Rt« -I- ei.

Éliminons e et i entre ces 3 équations ; il vient

(5) RA*A'T8 - AA'E*T + E«r = 0.

En prenant T pour abscisses et T' pour ordonnées, cette équation représente a ne parabole à axe vertical passant par l'origine (flg. 1054/ et

coupant l'axe des T à une distance -r^. Cette

aK

courbe suppose des valeurs déterminées de E et de R. Pour un point quelconque, l'abscisse OM représente le travail absorbé par la génératrice, l'ordonnée MP le travail utile fourni par la réceptrice. Le rendement mécanique est

MP

égal à ^ ; il est donc figuré par la tangente

trigonométrique de l'angle POM, et il augmente avec cet angle.

On voit immédiatement que la plus grande valeur du travail utile est représentée par QS et correspond à la valeur OQ du travail uUle, c'est-à-dire à

ou bien à

comme nous l'avons vu plus haut.

A chaque valeur OM du travail moteur correspond une seule valeur MP du travail utile. Mais, si Ton se donne une valeur MP = MjP, du travail utile, on voit qu'elle peut être oblenne pour deux valeurs OM et OMj du travail moteur. Il est évident que Ton prendra dans la pratique la plus petite valeur OM, puisqu*elle donne un plus fort rendement. La seule partie de la courbe utile à considérer est donc la partie OS ; au delà de ce point, le travail utile diminue

TRANSMISSION ÉLECTRIQUE DE L'ÉNERGIE

à mesure que le travail moteur augmente. Dans cette partie de la courbe, on voit que le rendement est plus grand pour les points les plus voisins de Torigine : on augmenterait donc sa valeur en diminuant autant que possible le travail moteur et le travail utile. Il est évident que la pratique ne peut tenir compte de cette condition, car il y a généralement avantage, vu les frais d'installation et d'entre-

tien des machines, à transmettre la plus grande quantité de travail possible.

La droite OB, tangente à la courbe à Torigine, a pour équation

y = kk'x.

On voit donc que le rendement mécanique ne peut dépasser le produit du rendement des deux machines ; en d*autres termes, le rende-

Fig. i054. — RepréMntation graphique du rendement mécanique.

ment électrique est nécessairement inférieur à 1. De plus, on a

Donc

MP'=AA'T MP=r.

La distance PP' est donc proportionnelle à la perte d'énergie par échauffement du conducteur. On voit que cette perte augmente avec OM, mais plus vite que OM, ce qui explique la diminution du rendement.

Nous avons supposé les quantités E et R invariables. Si l'on faitcroitre E, laparabole change de forme et va couper l'axe des T plus loin, en même temps que son sommet s'élève. Le travail utile T' et le rendement augmentent. Il en est de même si l'on fait décroître R. Si R et E changent à la fois, le problème est plus complexe. Il y a cependani un cas simple : l'équa-

E* tion (5) ne contient que le rlipport jt-; si l'on

fait varier E et R de sorte que ce rapport reste constant, la courbe ne change pas et le rendement reste invariable pour une valeur déterminée du travail moteur, malgré l'accroissement de résistance. Nous indiquons plus loin que M. Marcel Deprez est arrivé à ce résultat par une autre méthode.

On pourrait encore, entre les équations (4), îliminer T et e; il resterait une relation entre

T' et i, que l'on pourrait représenter de môme par une courbe. Cette construction permettrait, étant donnée une force naturelle, de calculer la quantité q^u'on pourrait transmettre.

Influence de la distance; moyen d'y remédier s — Cette influence, bien évidente à priori^ est manifestée par les résultats qui précèdent : elle a pour effet de diminuer notablement le rendement mécanique. On s'est préoccupé de remédier à ce grave inconvénient.

Un premier moyen consisterait à augmenter le diamètre des conducteurs avec la distance, de façon à diminuer ou même k annuler l'augmentation de résistance. Ce procédé très simple est le plus souvent inapplicable, parce que l'augmentation de diamètre et de longueur de la ligne rendrait les dépenses de première installation beaucoup trop considérables. L'exemple suivant, cité par M. Boistel, le montre suffisamment. Pour l'exploitation de certaines mines du Pérou, on a cherché à transporter une force de 200 chevaux à 50 kilomètres avec un rendement de 33 p. 100. La dépense prévue pour les machines était de 300000 francs, mais le prix des conducteurs s'élevait à 1625000 francs, ce qui portait l'installation à 1925000 francs. On voit par cet exemple que l'augmentation de diamètre des conducteurs ne peut fournir une solution pratique de la question.

TRANSMISSION ÉLECTRIQUE DE L'ÉNERGIE

Un autre système, proposé par M. Marcel Deprezy est remploi des hautes tensions. Le travail utile est

Si Ton fait croître E et e proportionnellement à la racine carrée de la résisiance R, de sorte que, pour une résistance Rj, on ait des forces El et ^1 déterminées par

il:

le nouveau travail utile étant

on voit facilement, en remplaçant dans (7) E< et gj par leurs valeurs tirées de (6), que T'i est égal à T'. Il faut cependant supposer encore que le rendement A' de la nouvelle réceptrice est égal à celui de la première. On voit donc que, si E et e varient proportionnellement à la résistance R, le rendement électrique de la ligne reste constant.

Le système des hautes tensions a pour conséquence de diminuer Fintensité, ce qui est avantageux, puisqu'on diminue en même temps Fénergie Ri* transformée en chaleur sur la ligne et qui constitue une perte. Mais l'emploi de ces tensions élevées, 2000 ou 3000 volts, et même 8000 ou 10000 volts, comme Ta proposé M. Deprer, n'est pas encore très facile et présente de grands dangers; peut-être pourra-t-on éviter ces dangers par des réglementations sévères et des précautions suffisantes, mais la question est assez compliquée, puisqu'il faut appliquer ces précautions non seulement aux machines, mais à la ligne elle-même.

Il y a d'ailleurs plusieurs manières d'obtenir de hautes tensions : on peut augmenter la vitesse de rotation des anneaux, réduire le diamètre du fil induit, construire des machines de très grandes dimensions, ou enfin disposer en série plusieurs machines plus petites.

La vitesse des anneaux ne peut pas être augmentée au delà d'une certaine limite. L'emploi d'un fil induit de très petit diamètre complique bientôt la construction de la machine et rend son prix de revient très élevé. M. Deprez a cependant appliqué ce système aux électros et aux armatures des machines Gramme, Siemens et autres pour le transport de la force.

Les machines de très grandes dimensions seraient avantageuses, d'après M. Deprez, car la puissance varierait comme la quatrième puis-

sance des dimensions homologues, tandis que le poids et la masse sont seulement proportionnels à la troisième. Des expériences directes n'ont vériGé cette loi que d'une manière approximative. On ne peut donc se fier à cette règle. Aussi l'on n'a guère construit jusqu'à présent de machines de ce genre : on cite une machine de M. Gordon qui a de très grandes dimonsions : elle pèse 18000 kilogrammes; la roue qui porte les inducteurs a 2,66 m. de diamètre; cette machine transforme, dit-on, en électricité 94 p. 100 de l'énergie mécanique qu'on lui fournit.

L'accouplement en série de plusieurs dynamos, qui a été appliqué par M. Fontaine, parait être jusqu'ici le procédé le plus avantageai.

Ajoutons enfin que sir W. Thomson a proposé une solution intermédiaire entre l'accroissement de puissance des machines et l'augmentation du diamètre des conducteurs. Elle consiste à déterminer le diamètre du fil de ligne d'après cette condition que l'intérêt annuel da prix d'achat total soit moindre que la dépense annuelle de force motrice absorbée par la résistance électrique de ce conducteur. En réalité, il faudrait tenir compte aussi des frais de pose, qui augmentent avec le diamètre du conducteur.

Conclusions, — En résumé, on ne saurait indiquer d'avance les meilleures conditions d'établissement d'une transmission électrique d'énergie. Le seul point acquis déûnitivement, c'est la nécessité d'abandonner les fils de fer et d'employer toujours pour les lignes un métal très conducteur, comme le cuivre ou le bronze phosphoreux ou silicieux. Il faudra d'ailleurs déterminer dans chaque cas les conditions les meilleures, en tenant compte de toutes les causes de perte provenant des machines et des autres appareils, de réchauffement de la ligne, des défauts d'isolement, etc.

Transmission à grande distance.

Pour le transport à grande distance, on peut dire qu'il n'a guère été fait jusqu'à présent que des expériences d'essai, et qu'il n'existe encore que peu d'applications industrielles.

Expériences de M. Marcel Depres. — De 1882 à 1886, M. Marcel Deprez a fait un certain nombre d'expériences dans le but de vériflerles résultats énoncés plus haut et de démontrer la possibilité pratique de transmettre la force à grande distance par l'électricité.

Expériences de Munich, — Les premières expériences furent installées en 1882 entre 1 £x-

TRANSMISSION ÉLECTRIQUE DE L ÉNERGIE

posilion d'électricité de Munich et une usine située à Miesbach, à une distance de 57 kilomètres. La génératrice, installée à Miesbach, faisait 1611 tours et donnait 1343 volts et 0,519 ampère. Elle était mue par une machine à vapeur. La ligne était formée de deux fils de fer de 4,5 mm., offrant une résistance totale de 950,2 ohms.

La réceptrice, située dans le palais de TExposition, faisait 752 tours et donnait une différence de potentiel de 850 volts; elle faisait marcher une pompe centrifuge, qui alimentait une cascade de 2,5 m. de hauteur, et produisait un travail de 0,433 cheval. Le rendement électrique était de 38,9 p. 100, le rendement mécanique de 30 p. 100.

Expériences du chemin de fer du Nord. — En février 1883, M. Deprez employa deux machines, placées Tune près de l'autre dans les ateliers de la Chapelle et réunies d'une part par un fil court, de résistance négligeable, de l'autre par un fil télégraphique allant au Bourget et revenant au point de départ (longueur 17 kilomètres). La résistance de la ligne était de 160 ohms. La génératrice avait une résistanec de 56 ohms et pouvait donner 2700 volts avec 720 tours par minute. La réceptrice était une machine Gramme ordinaire. Les meilleurs résultats furent obtenus avec une intensité de 2,5 ampères et des différences de potentiel de 2338 volts pour la génératrice et 1994 pour la réceptrice. On put transmettre ainsi 4,439 chevaux avec un rendement mécanique de 36,2 p. lOO.

Il faut remarquer que le mode d'installation des deux machines était plus favorable que celui qui se présente toujours dans la pratique. En effet, lorsque les dynamos sont placées aux deux bouts de la ligne, les dérivations qui s'établissent par défaut d'isolement diminuent i'intensité dans la réceptrice. Ici au contraire, les deux machines étant réunies d'un côté par une résistance négligeable, le courant a la même intensité dans les deux, et les dérivations qui peuvent s'établir, ayant pour effet de diminuer la résistance totale, augmentent cette intensité.

Expériences de Grenoble. -^ Dans ces expériences, exécutées en août et septembre 1883, la génératrice était installée dans l'usine de ciment de MM. Damaye et G>% près de la gare de Vizille, et actionnée par la turbine de l'atelier. Elle faisait 1140 tours et donnait 3146 volts. La réceptrice, placée dans la halle de Grenoble, faisait 875 tours avec une force électromotrice

de 2231 volts. La distance était de 14 kilomètres ; la ligne était formée d'un double fil en bronze silicieux de 2 mm., ayant une résistance totale de 167 ohms. L'intensité était de 2,88 ampères à Vizille et de 2,82 ampères à Grenoble. Les résultats furent un peu meilleurs que dans les expériences précédentes. On arriva à transmettre près de 7 chevaux avec un rendement de 62,3 p. 100.

Les dérivations provenant du défaut d'isolement furent étudiées avec soin. Pour une force électromotrice de 3128 volts et une intensité de 3,51 ampères à Vizille, la perte était de 6,6 p. 100.

Expériences de Creil. — Les dernières expériences de M. Deprez ont eu lieu au chemin de fer du Nord, entre Creil et la gare de la Chapelle, de novembre 1885 à mai 1886. Elles avaient pour but de démontrer d'une manière irréfutable la possibilité de transporter sans danger une grande force à une grande distance, dans des conditions pratiques et sufÛsamment rémunératrices. Elles devaient satisfaire au programme suivant :

i^ Démontrer la possibilité technique de transporter sans danger une grande force à une grande distance;

2» Prouver que les machines peuvent fonctionner vingt heures par jour, et pendant plusieurs mois, sans subir aucune détérioration;

3® Démontrer la possibilité de diviser, à l'arrivée, le courant entre plusieurs réceptrices chargées de services complètement différents, malgré des variations brusques dans le travail utilisé par chacune d'elles ;

4« Établir des appareils d'un rendement suffisant, sans exagérer les dépenses de premier établissement.

Pour réaliser ce programme, on devait installer à Creil deux locomobiles de 100 à 150 chevaux chacune, commandant &. l'aide de courroies un arbre moteur, pris pour origine de toutes les mesures, et recevant des vitesses de 50 à 150 tours, ce qui correspond aux vitesses ordinaires des roues et des turbines hydrauliques. Cet arbre devait commander la génératrice en lui donnant une vitesse de 200 à 300 tours.

La gare de la Chapelle devait avoir trois réceptrices actionnant respectivement :

i^ Les machines de l'éclairage électrique, fonctionnant 10 à 14 heures par jour et absorbant de 10 à 20 chevaux ;

2^ Les pompes de la manutention hydraulique, fonctionnant jusqu'à vingt heures par jour

exploitation. Un dernier renseignement *>f*onLre i>ieii Hnfériorité des grosses machines. ^*** s^pt fî.v M a mos employées par M. Fontaine ^^eaietit *'n-i*mble 8400 kilogrammes et coù- ^^^nt tc^:»^» francs. Les deux machines utili- Uari5 l'eipérience de Creil pesaient kito^Eiinmes et leur prix était estimé

^amirnssion entre Krie^stetten et Soleore.

"Oti compi^nd facilement, d'après les résul-

rt^*s i-xii-riences décrites ci-dessus, que le

>mbrp .lo- transmissions électriques indus-

^IWï :ictu' Uement existantes soit encore très

•"!^^ î ;» tu lumière fut, croyons-nous, installée

^** *886 par la Société des ateliers d'CErlikon,

j.***"^ Kriegstetten et Soleure, dans lebutd'uii.

^^^ la force d'une chute d'eau située à la pre.

^^^*^ station, et donnant de 30 & 50 chevaux.

^^te force est recueillie par une turbine qui

^^^Otine deux dynamos identiques, du système

j^^^^^, couplées en série, faisant 700 tours par

'^lute et donnant une différence de potentiel

^ ^ homes de 1753,3 volts avec une intensité

* 1 ,474 ampères.

^^ iigae, qui a 8 kilomètres de longueur, est

TRANSMISSION ÉLECTF

lOuUes et de quatre galets de friction. Les | tyn&mos oscillaient sur un axe horiiontal place j ous leur socle, de sorte que la pression des ^ galets était déterminée par le poids même des | aa^ohines. Le système générateur entier n'ocup&it qu'un espace de 3,5 mètres sur 3,7 mè-

Le groupe récepteur occu j)ait environ 7 mères cannés. Les trois machi:iies étaient placées out ^ l>out et réunies ensemble par des mantione garnis de caoutchouc.

En donnant aux génératrices une vitesse de 20S tours, on obtint aux deux bornes de la g^ne une dîfTéreuce de potentiel de 5896 volts. 'intensité du courant était de 9,34 ampères B tra.^aîl absorbé sur Tarbre des génératrices ^it de 95,8 chevaux, le travail recueilli au -ein sur l^arbre des réceptrices de 49,98 che- ^^*^^ les réceptrices faisant H20 tours. Leren- «naent industriel était donc de 52 p. 100.

U résulte donc de ces expériences que les ^y «^H-mos ordinaires, accouplées en série, se ^''^^^xit. aussi bien à la transmission électrique ■^^ ^^ énergie que les grosses machines. Il est c*Oï^o al>solaTnent inutile de construire des ma- ^^'^^'^^s spéciales, de grandes dimensions, qui *^*^^ d'une construction compliquée, d'un prix

ie-vé, exigent par leur masse des travaux ^^^^teux de fondations, et ne peuvent se prêter *^ variété des services qu'exige d'ordinaire

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