‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 105 sur 167 · RESUME ANALYTIQUE. — DISSERT. II PRELIMLN · texte numérisé non relu

RESUME ANALYTIQUE. — DISSERT. II PRELIMLN

boraerons è rappeler ici les quatre principaux caractères de cette poétique de Tart chrétien, qui sont : la grandeur, le mystère, l'amour, la grâce et la naïveté.

La grandeur, dans cette nouvelle poétique, n*est qu*un reflet de celle de Dieu, tel qu*il s*est révélé à Tbomme. Dieu seul, en effet, pouvait nous faire connaître Dieu; aussi Jéhovah qui n'a d*autre nom que celui de TEtre, Jéhovah, le Dieu des armées, qui est assis sur les chérubins; qui vole au milieu des airs dans des chariots de feu ; oui, d^un seul mot, peut anéantir des millions au- Dîvers, Jéhovah domine de toute la hauteur du ciel, rOlympe avec sa cour mesquine de dieux et de demi-dieux.

Or, ces idées si hautes, si magnifiques,

Sue le Verbe fait homme est venu nous onner de Dieu, ont imprimé nécessairement à l*art chrétien un caractère de sublimité qu*on rechercherait vainement ailleurs. Cest ce caractère de grandeur morale, propre à Tart chrétien, qui lui imprime un fenre de beauté auquel n'atteignit jamais art des anciens. Et pour ne parler ici que de nos temples, remarquons qu'ils sont plus grands que les temples païens, non-seulement par leurs dimensions, mais encore et principalement à cause de leur caractère au-

£ste et de la majesté des rites qui s'opèrent ns leur enceinte sacrée. (Col. 68-70.) Le second caractère de la poétique chrétienne, c'est le mystère. Ainsi que nous en bisons la remarque, particulièrement au mot Révélution^ le Verbe incarné ayant singulièrement agrandi l'horizon des connaissances et des sentiments de l'homme dans le domaine de l'intini, il en est résulté, pour l'humanité, plus de lumière, plus de science,

Slus d'amour, mais en même temps plus de istesse, plus de désenchantement du présent, et plus d'aspiration vers l'avenir. De là ce mélange de joie et de douleur, de erainte et d*espérance, expression vraie d*une réhabilitation laborieuse et non achevée, qui domine Tesprit et le cœur du chrétien. Ainsi, dans son existence, tout est mystérieux comme son culte, tout, jusqu*à ses joies et ses périls, jusqu'à ses craintes et ses esj)érances. (Col. 70, 71.)

'Le troisième caractère de la poétique chrétienne, c'est l'expression de 1 amour divin. En révélant à Thomme un monde nouveau d'idées, d'images et de sentiments, le christianisme a singulièrement élargi la sphère de son intelligence et de son amour. Or, comme l'amour est son premier besoin sur la terre, Jésus est venu lui apporter l'éternel aliment de Tamour divin, seul capable de le contenter. Jfjnem veni tniUere m terram. {Lue. XII, M } On connaît les résultats mer- ▼eilteux de cet élément nouveau dans le monde qu'il a tran.sformé. Mais on n'apnrécie peut-être pas assez son inilucnce sur rart

Îai n'est que l'écho fidèle des sentiments a cœur humain. Le sentiment de l'amour profane dérive de cette influence chrétienne, si l'on ne le considère que dans ce qu'il a de généreux, d'immatériel et d'exalté.

L'amour profane ainsi modifié et en quelque sorte spiritualisé, doit offrir et offre tellement, dans ses différents genres d'expression au moyen des arts et de la poésie, des analogies frappantes avec celle de l'amour diviu. Et en effet, y a-t-il quelque chose de plus tendre et de plus exalté, dans la langue de l'amour profane, que les chants sérapniques d'un François d'Assise, d'une Thérèse et de tant d'autres martyrs qui se consumaient dans Tamour de Dieul Comme Tamour humain, celui-ci a ses délires; on dirait même ses emportements, dans ces personnages extatiques devenus fous d'àmour par l*enthousiasme et les transports de l*amour divin, de cet amour qui, selon l'expression de sainte Thérèse, pénètre la moelle du cœur. Mais il ne la ronge pas, et ce n'est point là la seule différence qui le distingue de l'amour profane; car autant l'un est égoïste, jaloux, inquiet, concentré eu luimême, autant l'autre est expressif, large, géreux, calme et sérieux.

Tel est cet amour qui a inspiré la composition des chants, des tableaux, des statues de l'art catholique, non, toutefois , avec Texaltation et Timpétuosité qui se révèlent dans les cantiques de quelques saints personnages, mais avec cette expression douce, céleste, quoique très-animée et toujours

f)énétrante, qui est le cachet ordinaire de 'amour divin. (Col. 72, 73.)

Aux caractères de grandeur, de mystère etd*amour que nous révèle la poétiquechrétienne, il faut ajouter ce mélange de grAce, de naïveté qui prête un charme inexprimable à ses compositions dont il tempère admirablement la gravité. Prenons pour exemple la naissance du Verbe incarné; c'est celle d'un Dieu, mais d*un Dieu enfant. Elle est chantée par les anges dans les cieux, célébrée par la joie champêtre des bergers, annoncée par une étoile miraculeuse qui, des confins de l'Arabie, dirige vers le nouveauné les trois mages avec leurs riches présents. Que de chants suaves et gracieux n'in:>pire pas tous les jours à la lyre chrétienne Marie, rose mystique, lis de pureté, source claire et limpide que ne souillèrent jamais les eaux bourbeuses de la concupiscence; jardin semé de toutes sortes de fleurs de vertus, où ne pénétra jamais le serpent corrupteur 1 Nous pourrions multiplier ces exemples.

C'est ainsi que Tlncamation a fourni à la poétique chrétienne ces uuatre caractères do

Srandeur, de mystère, d amour, de grâce et e naïveté. Et ces quatre grands caractères, TEglise les énumère tous les jours dans ce beau cantique d'adoration, d amour et de reconnai.>sance, dont le début fut improvisé par les an^es dans les cieux : Gloire à Dieu dans Us cieux^ et paix sur la terre aux hom^ mes de bonne volonté. {Luc. ii, ik.)

Toute l'économie du christianisme est renfermée dans ce cantique d'adoration, de louange et de prière; Tunité, la grandeur de Dieu, la trinité des personnes, 1 incarnation du Verbe, Fils de Dieu, Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde; les besoins

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