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ARCHITECTURE

Elle est Texpression la plus vraie, la plus sensible des sociétés humaines. Les conditions essentielles de cet art sont : dans les détails, rharmonie, la variété; dans Tensemble, Funilé. Il faut y aiouter les conditions de convenance dans la distribution intérieure, dans le goût des ornements divers, et principalement dans le caractère général du monument, qui doit être facile à saisir, et indiquer, à première vue, la destination à laquelle on a voulu affecter TédiSce. Un monument quelconque n'est réellement beau, qu^autant qu'il réunit toutes ces conditions d'harmonie, de ronvenance et d*uxiité.

L'architecture chrétienne peut être étudiée au double point de vue : V des règles éternelles et immuables du beau dans l'ordre naturel; 2* de l'expression mystique qui lui est propre, et qui constitue le oeau dans Tordre surnaturel. Pour mieux faire ressortir ces deux |>oints de ressemblance et de différence qui existent entre Tarchitecture chrétienne ei l'architecture antique, on trace d'abord une esquisse rapide de celle-ci depuis l'origine de la civilisation jusqu'aux catacombes, point de départ de l'architecture chrétienne, dont la beauté nous apparaît toujours ancienne et toujours nouvelle, à travers les phases diverses par lesquelles' nous la voyons passer.

Dès les temps les plus reculés, l'immense plaine de Sennaar nous offre les célèbres ruines de Babylone, et principalement le palais de Nemrod et l'antique Babel. Ensuite les rives du Gange et celles du Nil nous révèlent les plus anciennes constructions , après celles de Rabvlone, dans les excavations souterraines des environs de Thèbes, d*Elloraet d'Eléphantis, qui offrirent aux vivants un abri contre un soleil de feu, et aux morts des sépulcres aussi solides que les rocs dans la profondeur desquels ils avaient été taillés. Plus tard, les tours pyramidales de granit sur le plateau du Dékan et dans les monts Gathes, et celles de Chéops, de Chéprem et du Mycérinus en Egypte, attestent une transformation importante chez ces peuples, dans l'art de bfltir.

La Tartarie nous offre d'abord ses tentes en peaux de bêtes, ensuite ses maisons, ses édilices en terre cuite, en faïence, en porcelaine, indice certain d'un nouveau genre de vie dans cette nation devenue sédentaire d'errante qu'elle était. Bien des siècles après, nos voyageurs européens découvriront dans les forè\s du nouveau-monde des ruines de vastes édifices, des inscriptions, qui présentent une analogie frapiiante avec cel«

les des monuments tartares ou indiens.

Dans l'antique Idumée, aujourd'hui Arabie Pétrée, nous pouvons admirer ces temples, ces palais étages en galeries dans les flancs des montagnes, dont les ruines étonnantes sont encore debout pour attester rac* complissement des prophéties sur les descendants d'Esaii.

Nous parcourons ensuite les trois phases architecturales de la Grèce; la première» représentée par les débris cyclopéens de ses édifices pélasgiques; la deuxième, par les statues éginétiques de l'art des Hellènes; la troisième, par TAcropolis, le Parthénon et le temple de Thésée. Après la conquête des Romains, l'art grec survit à leur victoire» mais ce peuple de séants l'élevé à la hauteur de sa taille, et Padapte à la largeur de son horizon. 11 lui imprime ce cachet de solidité et de grandeur qu'il imprimait I toutes ses œuvres. Il le façonne, le développe» le transforme à sa manière, dans l'éret-tioii de ses temples, de ses bains, de ses aqueducs, de ses arcs triomphaux, qu'il erioi avec une profusion incroyable sur toute Te* tendue de son empire. Voyez, pour ne parier que de la France, les monuments aOrange, de Nîmes, d'Arles, de Saintes» éê Sens et d'Autun, surnommée la sœur et Té» mule de Rome. Un élément nouveau, sinoa comme découverte, au moins comme application systématique et universelle, la Yoûlt cintrée, devient la base et le caractère dis* tinctif de cette noble architecture. Plus tard» l'architecture chrétienne s'en emparera pow Tapproprier, en la modifiant, à la merrail* le use structure de ses temples.

A l'art des Romains se rattachent» au moias indirectement, les splendeurs architectiuiles de Palmyre, auxquelles ils eurent autaot de part que la reine Zénobie, et les raiass magnifiques que les Antonin érigèrent m l'honneur du soleil, dans la ville syrleone de Balbekc.

Parmi tant de monuments que noas vt* nons de citer, il s*cn trouve un grand nombie qui se recommandent par les qualités esseaiielles du beau, qui sont l'unité dans Faasemble, Tharmonie et la variété dans les dé* tails. En outre, chacun a le genre d*exprak ^ion qui est propre au style architectaral dans lequel il a été conçu et exécuté. Or» quelle étonnante variété de caractère daai ces types innombrables d architecture dl cent peuples divers! Elle est aussi grandi cette variét<iy que celle des ouBurs» dis coutumes, des institutions nationales, dOBl Tarchitecture n'estque le reflet* Et e*eU tt une condition de beauté qui consiste àêùs

RESUME ANALYTiQUE. — ARCHITECTURE.

rbarmoofie do caractère moral d'un peuple aTec celui de ses monuments, harmonie bien plus sensible dans Tari des anciens ^ue dans celui des modernes, abstraction faite, bien entendu, des peuples qui ont été franchement catholiques nans les beaux-arts, comme dans les croyances et les pratiques de leur culte. Parmi ceux-ci, de même que parmi les anciens, c*est la religion qui a joué le grand, pour ne pas dire Tunique rdte, dans Tart et dans la société. Mais 1 art chrétien, au moins aussi admirable que Tart anciep, dans la prodigieuse variété de ses types divers. Ta été bien plus dans leur caractère toujours mystique, toujours surnaturel. C'est ce que nous voyons, en ce qui concerne les temples qu'il a élevés au vrai Dieu, dans les trois grandes divisions de cette arcbitecture, qui se rapportent au style basilicalou latin, au style roman et au style ogival. Ces trois mots, sans parler de leurs dérivés, font la matière de trois articles; •A voici les jalons principaux: Les chrétiens ayant été rendus à la liberté, adoptent pour le plan de leurs églises la forme Je la basilique, non sans lui faire subir des modifications inspirées parle ^énie chrétien et commandées par les nécessités du service divin. — En quoi consistait celte forme de la basiaiie? — Op. lui donne la forme de croix, et Ion supprime Tarchitrave et les platesbandes des entre-colonnements, en même temps qu'on y dévelopi>e le système des ▼oûtes. — Réflexions sur les premières basiliques de Rome, sur l'harmonie de leurs sites, sor les souvenirs profanes et sacrés qu'elles lappellent et sur les contrastes qui en résultent, sur leurs richesses artistiques, surieur dignité et sur les magnificences qu'y déploie le culte catholique. — C'est une erreur de penser que ces basiliques primitires furent comme Tenfance de Tart ; elles forent, au contraire, dès le principe, de par- Ikits modèles de temples chrétiens, autant tous le rapport de.la symétrie et de Tordonnance architecturale, que du caractère reli-

E'eui et svmbolique qui convient à nos édi- «s sacrés.

Ce que nous avons à dire des basiliques peut se diviser en quatre parties. Dans la première, nous examinons, d'après les auteurs les plus compétents, le véritable sons générique de ce mot basilique, et nous énumérons toutes celles qui existaient à Rome arant les persécutions. Dans la seconde, Dous exposons les motifs divers qui portèrent les chrétiens du iv* siècle à adopter la iMisiliaue latine comme type de leurs églises. Dans la troisième, nous racontons sommairement l'histoire de la fondation des principales basiliques chrétiennes de Rome. Qua- Irièaiement enfin, dans des articles spédaux et classés dans cet ouvrage selon leur ordre alphabétique , nous nous attachons à la description esthétique, au point de vue de l'art en général et à celui ae l'art chrétien en particulier, des principales basiliques de Rome dans leur état actuel, telles qae Saint-Jean de Latran, Sainte-Marie-Ma-

Sure, Saint-Paul hors les Mnts et Sainterre du Vatican, dans lesquelles le plan et le caractère des anciennes basiliques ont été plus ou moins observés ou plus ou moins altérés.'

Première partie. Définition de la basilique romaine, d'après Pét^mologie grecque de ce mot. — Sa destination, d'abord chez les Grecs, ensuite chez les Romains. — Descri|>tion de ce genre d*édifices, tels au'ils exis-* taient rhez ces derniers. — Témoignages remarquables de Viiruve, de Pline, deCicéron et de Quintilien, à cet égard, — Jfn temps de Pline, il en existait à Rome jusqu*à dix-huit, sans compter les basiliques

Ê rivées, qui paraissent avoir été fort nomreuses dans cette capitale. — Enuméraiion des dix-huit basiliques publiques de Rome, avec l'indication de leurs fondateurs respectifs.

Deuxième partie. Pourquoi les chrétiens rendus à la liberté adoptèrent-ils la forme basilicale dans l'architecture de leurs tem^ pies ? Ce fut, 1* à cause des convenances de

Fins d'un genre que leur offrait, quant à esprit et quant à la forme de leur culte, la structure extérieure et intérieure des basiliques ; 2** à cause de la facilité avec laquelle cette structure basilicale se prêtait à l'idée symbolique, qui commençait déià à jouer un Krand rdie dans les œuvres de 1 art chrétien. Or, il est facile de concevoir que, de ces. deux considérations. Tune touche à l'esthétique humaine ou théorie du beau dans l'ordre naturel, et l'autre à l'esthétique chrétienne ou théorie du beau dans l'ordre surnaturel. C'est à ce double point dt. vue que nous développons, dans cette deuxième partie, les considérations dont il s'agit. Nous réfutons ensuite l'assertion de quelques auteurs qui prétendent que nos églises ne sont que 1 imitation, que le calque de la basilique romaine, et que nous n avons points par conséquent, d'architecture chrétienne proprement dile.

Troisième partie. Elle est consacrée à l'histoire de la fondation par l'empereur Constantin des basiliques de Saint-Pierre . de saint-Paul et de Saint-Jean de Latran. On j donne des détails historiques sur les richesses incroyables prodiguées dans la construction et la décoration de ces temples au- (;ustes, tant en pierres précieuses qu'en ustres et vases sacrés de toute espèce, en or et en argent massifs, qui en firent les temples les plus magnifiques qu'on eût jamais érigés dans l'univers. On y ajoute Tindication des immenses domaines qui, dans toute rétendue de l'empire, leur furent affectés pour les conserver et y maintenir constamment le culte divin dans toute sa splendeur. — Voyez tout cet article Ba8iu9UB8^ et, pour Tappréciation de celles qui existent actuellement à Rome, sur le même emplacement et sous le même nom que les anciennes, — voyez Sai!»t-Jean db Latran, Saintb->1abib-Majbube, SAiHT-PiBaaB et Saint-Paoi.

HORS LES Murs.

Au style basilieal succède, dans L'ordre

DICTIONNAIRE D^STHETIQUE CHREflENNE.

cbronoioRÎqae» le style romane ainsi appelé parce au il n*est point Tarchitecture romaine elle-même, mais qu*il en est seulement une modiflcation amenée par les exigences et les conditions nouvelles du culte chrétien. r-Ce n'6 été qu*à la On du xi' siècle que ce style, dont Tare en plein cintre est le type générateur, a été aéQnitivement arrêté, pour se propager avec une rapidité prodigieuse dans toute l'Europe, où il a régné en maître jusqu'à répoque dite de transition au stvie ogival. Dès son début, ce st^le a subi plus ou moins l'influence byzantine dans cer- . laines régions ; ce qui lui a fait donner, dans ces contrées, le surnom de byzantin. On voit, en effet, à ne pas s'y méprendre, les divers motifs de construction et d'ornementation de l'architecture byzantine, modifiée plus tard elle-même par le style mauresque, tels que la coupole ra pendentifs, ies chapiteaux historiés, les fisures fantastiques, les arcs oulre-passés,'en lerà cheval, contrelobés, supportés par de minces colonnettes, employés soit en partie, soit en totalité, dans les éfffises d'Aix-la-Chapelle, de Saint-Marc de Venise, de Saint-Front do Périgueux, d'Arles, de Vienne, de Lvon, de Clermont, d'Issoire, de Valence et au Puy. Or, ce n'est pas aux basiliques de Rome ou à leurs analogues que les architectes romans avaient Eu emprunter la coui)ole et les ornements yzantins, dont ces églises étaient complètement dépourvues, mais bien en Orient, au moyen des relations fréquentes de celte région avec l'Europe, et des migrations successives des mêmes artistes du Ras-Empire ea Occident et surtout en Italie. C'est ce qui résulte, d'ailleurs, d'incontestables documents. — En ce qui concerne le style roman pris dans sa généralité, nous ne saurions lui consacrer une dissertation historique et archéologi(]ue qui sortirait de la nature de notre sujet. 11 n'en est pas de même d'une question d'esthétique pure, qui consiste à examiner lequel est le plus beau, du style roman ou du style ogival qui l'a remplacé. Cette question» comme toutes les autres de quelque importance que nous traitons dans notre ouvrage, se présente sous un double aspect , celui du « beau humain, » et celui du beoM surnaturel ou divin. On peut la trai^ ter au point de vue de l'architecture proprement dite, en jgénéral, et à celui de l'archif tecture hiératique en particulier. Tel est aussi Tordre que nous suivons dans la courte dissertation aue nous lui avons consacrée, et dont voici 1 abrégé. — Si le beau humaia ou absolu, en archuecture surtout, consiste dans l'harmonie des parties avec le tout, quî constitue l'unité, et dans le caractère bien accusé que doit présenter un édifice relaiivement a sa destination, on ne voit pas en quoi une église romane complète serait inlérieure à son analogue dans le genre ogival. — Pour ce qui regarde la solidité, on ne voit pas non plus en quoi celle des églises ogivales du xui* siècle est plus grande que celle de leurs aînées de deux ou trois cents «aS| dans le style roman, comme Saint-Qer-

main des Prés, Saint-Remî de Reims, Saint- Philibert de Tournus et Saint-André-le-Bas de Vienne en Dauphiné.

Quant à l'infériorité des églises romanes à l'égard des églises ogivales, sous le rapport des dimensions, nous voyons è ce mol qu'elle se réduite peu de chose, et que l'on est généralement dans Terreur à ce sujet. — On ne se trompe pas moins sur la hardiesse» oui est, dit-on, le cachet particulier des églises gothiques et qui ajoute un nouveau mérite à leur solidité. Cette hardiesse est plus apparente que réelle, puisqu'on ne Vê obtenue que par des moyens factices. Sans doute, le génie des architectes a tiré un admirable parti de cette fâcheuse disposition, en lui donnant l'apparence de la grâce et de la légèreté; mais l'inconvénient, pour être dissimulé, n'en existe pas moins, et tous ces brillants accessoires ne donnent pas le change h l'observateur exercé.— Dans le stvle roman, au contraire, l'édifice même le plus vaste, le plus élevé, semble se maintenir et se maintient en effet de lui-même, grâce à la disposition propre à ce système architectural , qui consiste à faire butter par de larges mallres-murs les voûtes latérales, qui , h leur tour, buttent la grande voûte du milieu. Aussi, nos églises romanes, bieft que construites, la plupart, deux cents ans avant celles du style ogival , sont généralement mieux conservées; et cependant, plusieurs sont aussi élevées que les plus hautes de la période gothique , car elles ont, les unes dans les autres, plus de cent pieds de hauteur sous clef, et une grandeur en pwK portion. — Maintenant, si Ion compare les. deux styles au point de vue de Testhétigee chrétienne proprement dite, ou si Ton aime mieux , à celui des traditions hiératiçiues A liturgiques, on sera forcé de convenir que» sous ce rapport , l'avantage est tout du dM du style roman. En effet, l'église romaiiea fidèlement conservé la ferme symbolique de la croix latine avec les accessoires quiea dépendent, tandis que cette forme est à peine reconnaissable dans nos églises ge* thiques, surtout dans celles è cinq nefi. Il en est de même de Vatrium^ qui lyoute tant de prix à nos grandes et belles églises romanes, telles que celles de Vézelay et de Tournus.— C'est encore le style ogival,cel«i du XIV* siècle, qui a introduit ces deux kNh gués séries de chapelles correspoodeolss aux bas-côtés , que Tantiauité ne connais» sait pas. L'éçlise romane n admettait que ks chapelles si justement appelées rayommamÊ^ car elles rayonnent autour de Jésus , figeré par l'autel majeur, comme les ravoos de soleil autour de cet astre de lumière et ds vie. — Enûn ce sont les églises romaiMS, surtout celles du Midi, qui nous offreolSB plus grand nombre ces cryptes myslériee* ses, souvenir vénérable des catacontaSt qui complètent si bien nos temples sacvés. — Les diverses appréciations comparatîfts qui précèdent toucnant les deux pnoôpiii styles de l'architecture catholique, eipli* Quent suflisamipent les sympeihies qo*iii*

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