SU
filit un grand usage dans la musique figurée.
Les domina sont des parties de tons encore' plus petits; )e majeur est la différence du ton nM^euj^au mineur, qui est ff; et le mineur, la différence du semi-ton majeur au mineur, qui est Wl.
Les profonds musiciens portent encore loin \tfïTS opérations sur les nombres sonores, pour trouver des parties de tons encore pins fUies. Mais pourquoi, dira-t-on, tant de calculs si pénibles dans un art tout destiné à la satisfaction des sens, qui ne s*amusent guère k supputer leurs plaisirs?.... N*aurat-on jamais que de Tingratitude pour les géomètres, qui se donnent tant de peine pour nous en épargner? n*a-t-il point fallu, |K>ur diriger le musicien dans ses composi-» lions, déterminer le chant oh la nature nous conduit par elle-même, et celui oh Fart peut conduire la nature sans le forcer? Or, c*est par le moyen de ces opérations, jointes A Texpérience, qui les a toujours ou prévenues ou confirmées, que les inventeurs de la musique ont découvert que la voii ne peut entonner avec grâce, que la moitié, le tiers ou le quart d*un ton.
De- là les trois fameui systèmes des anciens, que nous suivons encore, le diatonique, le chromatiaue et Tenharmonique : le premier, qui procède par des moitiés ; le sectjnd, par des tiers; le troisième, par des quarts de ton.
Le premier^ qui est le plus naturel, platt k tout le moirae ; le second, qui ajoute beau* coup d*art à la nature, platt surtout aux savants musiciens; le troisième, qui est le plus exact et le plus fin, ne plaît guère
3u*aux plus habiles, et aux plus profonds *entre les habiles. C*est ainsi que le célèbre Aristide (ISk) les a autrefois caractérisés. Plutarque en parle à peu près dans les mêmes tenues , et nous ne croyons pas que le jugement de loreille ait changé à cet égard depuis ce temps-là.
Dans la pratique de ces trois systèmes <!*harmonie, on peut encore distinguer deux espèces de musique , la musique juste et la musique tempérée : la première , géométriquement exacte ; et la seconde, qui ne Test 2ue pb^'siquement. L*bistoire en fixera peutire mieux ies idées que des définitions en forme : c*est le troisième prélude que j'avais promis,
Pylhagore (785) , qui était trop sage pour un musH'ien , observa scrupuleusement les règles qu'il avait trouvées de la musique juste. Il n*admettait dans ses compositions que les consonnances primitives; il en bannissait à toute rigueur les dissonances les plus supi)ortables ; il y voulait partout la précision de la règle et du compas. Mais
Ïuel fut le succès de cette justesse trop inaléniatique? Il réussit à plaire à la raison,
(784) Arisilif., p. 19. edil. Moib.
( 7S5) L*4ii du monde MHU.
(780) L an de N.-S. UO.
(787) En 1689.
ce qui n*est pas un grand mérite auprès du peuple, et il ne contenta pas Toreilie à oui sa musique parut trop simple, trop sèche, trot» abstraite ; ce qui est toujours un grand défaut.
Après un peu plus d*un siècle, Aristoxène chercha le moyen d'y remédier. Il trouva le tempéraroeRt, une des plus belles inventions de Tesprit humain, c'est-à-dire la manière de concilier les dissonances avec les consonnances par une altération modérée des unes et des autres pour en tirer des accords plus piquants et plus variés. Mais, quoique très-habile dans son art, il ne prit pas garde qu'à force de piquer, on blesse; il prodigua trop le sel des dissonances, et on l'accusa bienlôt d'avoir cherché à plaire à l'oreille aux dépens de la raison ; ce qui déplut aux sages d'Athènes, où la musique faisant partie de l'éducation des enfants, on jugea qu^il était à craindre que la licence musicale n*influAt trop de liberté dans les mœurs de la jeunesse. II fallut donc tempérer ce tempérament même, en le réduisant à des bornes où la justesse ne fût pas trop sensiblement violée.
Ptolomée (786} , parmi les anciens , tflcha de le rectifier par de nouvelles règles; Zarlin, parmi les modernes (187), y réussit encore mieux dans ses institutions harmoniques : ouvrage le plus rempli que nous ayons sur les matières musicales, et .qui a mérité à son auteur le glorieux titre de
E rince des musiciens. Deux célèbres memres de l'Académie royale des sciences, M. Hugens et M. Sauveur, se sont signalés de nos jours (788) dans la même carrière^ en inventant chacun un nouveau système de musique tempérée. Le grand Luili (789) nous a donné plus dans ses admirables couijpositions,où,en suivant pas à pas le génie de la nature, il a exécuté tout ce que la plu|>art des autres n'avaient fait qu'imaginer. Nous ne parlons point d'un nouveau musicien (790) qui semble partager tout Pans; nous laissons mûrir sa réfutation , d'autant plus que les principes qui lui sont propres ne sont
Eas encore assez bien établis pour la mettre ors d'atteinte aux révolutions de la fortune
Mais ne dirons-nous rien de la fameuse qu relie entre les uarlisaiis de Tancienno musique et ceux de la moderne? Cette question n'entre pas dans mon dessein. Cependant, si, après avoir lu tous les auteurs que j'ai pu trouver sur la musique depuis Aristoxène jusqu'à M. Rameau, il m'était seulement permis de dire l'impression qui m'en est restée, je la rendrais en trois mots. Les anciens sont les pères de la musique : ils en ont établi tous les principes; et par le goût musical que leurs ouvrages ont répandu de siècle en siècle, ils ont produit dans le nôtre des enfants, dont il ma paru
r788) En 1G99.
(789) Mort en 168G.
(790) Eu 1739.
DICTIONNAIRE DT.STIIETIQDE,
que la plupart ne connaissent pas leurs fières, et que d'autres, plus ingrats, refusent de les reconnaître.
La question, d'ailleurs, n'est pas fort importante ni même trop raisonnable ; nous n'avons plus les pièces musicales des anciens, ou, apparemment, le génie et le goût ré()andaient des grftces gue les livres ne sauraient exprimer. La dispute qui s'élève depuis quelque temps sur la préséance entre la musique italienne et la musique française peut avoir plus de fondement et d'utilité ; mais je ne sais si elle fait plus d'honneur à notre goût. Il y a soixante ans que la musique française, qui se contente dans ses compositions de parer modestement la nature, l'emportait sans contradiction sur tous les brillants de la music^ue italienne. Lulli , quoioue Italien de génie et de naissance, mais Français d'éducation et de goût, t'avait rendue partout victorieuse. Je pourrais citer en sa faveur le témoignage de toute TEurone , qu'elle attirait à Pans. La ruu&ique italienne, qui ne laissait pas dès lors de nous être fort connue , ne lui servait encore que d'ombre ; mais, depuis quelq^ucs années , Lutli commence à devenir ancien. Voilà le moment fatal de la révolution : cela sufllt k mille' gens pour le réléguer presque au rang des musiciens grecs. II n'est |)Ourtant pas si abandanné qu'il jn'ait encore nombre de partisans ; mais combien de temps tiendront-ils contre le torrent de la mode?
C'est, Messieurs, l'état présent de la musique en France. J'ai cru qu'il était à propos de vous rappeler d'abord les notions générales que nous en fournit la nature, les principes que la raison, jointe i l'expérience, a trouvés pour en former un art, et la manière dont on s'y est pris en divers temps pour en perfectionner la pratique. Mais, enfin, c'est trop préluder ; il est temps de venir à la pièce même, et de vous parler du beau musical, ou plutôt, pour ne vous pas trop fatiguer h la fois, de vous l'annoncer pour la praffiière séance publique.