LETTRE A M. VICTOR HUGO
Vous devez me permettre, Monsieur, de mettre sous lajprotection de votre nom mes insignifiants efforts en faveur d'une cause dont vous avez fait depuis longtemps la vôtre. Comment en effet s'occuper de notre art national, de nos monuments nistoriques, des sublimes débris de notre passé, sans songer tout d*abord à vous, qui, le premier en France, vous êtes constitué le champion de cette cause. Vous êtes descendu encore enfant dans Tarëne pour elle, et depuis quatorze ans, depuis votre ode sur la Bande noire jusqu*aux pages indignées qui ont marqué d un ineffaçable ridicule le vandalisme officiel etlmunicipal de nos jours (8^3^), vous avez lutté pour elle sans llécLir; vous Tavez prise toute petite, et elle a grandi entre vos mains; vous Tavez parée de votre talent, et dotée de votre popularité. La voilà qui prend aujourd'hui son essor; la voilà qui rait battre une foule de jeunes et nobles cœurs; la voilà qui s*intronise dans toutes les véritables intelligences d*«rtistes. Si la victoire lui reste un jour, vous ne serez l'Oint oublié. Monsieur, votre mémoire sera toujours bénie par ceux qui ont voué un culte à rhistoire et aux souvenirs de la ))<itrie; et la postérité inscrira parmi vos plus belles gloires celle d'avoir le premier ûé\i\oyé un drapeau qui pût rallier toutes lès ftmes jalouses de sauver l'art en France.
\ous ne pouvez pas combattre seul, je le sdis, vous ne dédaignez aucun auxiliaire; vous ne demandez pas mieux, dans cette œuvre grande et sainte, que de vous associer Jcs plus obscurs, les plus maladroits travailleurs : vous ne demandez que de l'indignation contre les barbares^ de l'amour pour Je passé. Je me présente à vous avec ces deux conditions. Des voyages entrepris dans un but tout à fait étranger à l'art m*ont fait découvrir des attentats contre lui dont je frémis encore, et que j'ai bflte de livrer à la publicité. En ce qui touche à l'art, je n'ai la prétention de rien savoir, je n'ai que celle de beaucoup aimer. J'ai pour rarcniteclure du moyeu Âge une passion ancienne et profonde : passion malheureuse, car, comme vous le savez mieux que personne, elle est féconde en souffrances et en mécomptes; passion toujours croissante, parce que plus on étudie cet art divin de nos aïeux, plus on y découvre de beautés à admirer, d'injures à déplorer et à venger; passion avant tout religieuse, parce que cet art est à mes
(845*1 Voyez dans la livraison du i*' mars 1852 Je la Revue des Deux-MotuieSy farticle inlilulé Guerre aux démolisseun.
yeux catholique avant tout, qu'il est la ma nifestation la plus imposante de l'Eglise dont je suis l'enfant, la création la plus brillante de la foi que m'ont léguée mes pères. Je contemple ces vieux monuments cfu catholicisme avec autant d'amour et de resped que ceux qui dévouèrent leur vie et leurs biens à les fonder : ils ne représentent pas pour moi seulement une idée, une époque» une croyance éteinte; ce sont les symboles de ce qu'il y a de plus vivace dans moQ âme, de plus auguste dai:s mes espérances. Le vandalisme moderne es: non-seuiemeni à mes yeux une brutalité et une sottise, c'est de plus un sacrilège. Je mets du fanatisme à le combattre, et j'espère que ce fanatisais suppléera auprès de vous à la tiédeur dé mon style et a l'absence complète de toute science' technique.
Vous conviendrez avec moi que l'époque actuelle exige la réunion de tous les efforts individuels, même les plus chétifs, pour réagir contre le vandalisme, et que, parmi ceux qui s'intéressent encore à l'art, nul n'a le droit d'invoquer sa faiblesse pour se dispenser de prêter à cet art agonisant un secours tardif. Sans parler de ce qui se passe en province, de ces arènes de Nîmes transformées en écuries de cavalerie, de ce marché aux veaux construit sur l'emplacemeol de l'abbaye de Saint-Bertin, de ce cloître de Soissons changé en tir d'artillerie, de la bmeuse tour ueLaon, dont vous avez dénoncé la destruction à la fois comique el honteuse; sans parler de tout cela» ne voyons que ce qui se passe sons nos yeux» en plein Paris : c*est-à-dire les ruines de Saint-Germain-l'Auxerrois et de la chapelle de Cluny, un théâtre infâme installé sous les voûtes d'une charmante église gothique (84&), une autre rasée après avoir servi longtemps d'atelier de dissection (845), l'altération des Tuileries, et en face de ces rui? nés, le type des reconstructions oiBcieUes, ce gâchis de marbre et de dorures qu'oa nomme le palais de la Chambre des députa N'en voilà-t-il pas assez pour convaincre les plus incrédules? Le moment presse pour que chacun, à défaut d'autre rebsourœ, vienne flétrir d'une inexorable publicité toas les attentats de ce genre.
Le moment presse encore, parce qu'il est urgent de dérober la France à la réprotMitioa dont doivent la frapper tous les éiraDgers, ,
3uand ils comparent le vandalisme métlio* ique et réfléchi qui règne en France» avif
(844) SaintBenott.
{S4o) Saiiil-Côiiie.
APPENDICE. — DU VAMDÀUSME ET DU CATHOLICISME DANS LART
les efforts de tous les peuples (>our dérober au temps les restes des siècles passés et des races éteintes. Partout ailleurs au'en France, on entoure d*une vénération filiale ces souvenirs d'un autre âge, ces grandes et éclatantes pages de Thistoire de rhumanitô, que Tarchitecture s*est chargée d'écrire, et surtout ces basiliques sublimes où les généra* lions sont rennes, l'une après l'autre, prier et reposer devant leur Dieu. Dans tous les pavs de l'Europe et jusque sur les confins de la Laponie, on trouve partout ce culte des monuments du fmssé (Jui honore les hommes du présent ; le désir de conserver dans leur originalité primitive ces monuments a même remplacé presque partout la manie de refaire l'art païen et de rajeunir avec son secours l'art des Chrétiens (8M). La plus heureuse réaction s'est manifestée ]>ariout eu faveur de la vérité historique et dû respect des créations anciennes. La France seule est restée en dehors et en arrière de ce mouvement. En Italie, pa^s où le nagapisme de la prétendue renaissance a laii le plus de progrès et jeté les plus profondes racines, on n'en lit pas moins sur la façade de la cathédrale. de Naples, une inscription où le cardinal-archevêque s'enorgueillit d'ajroir fait réparer cette façade sans changer son caractère gothique : me Golhica delevit prbis senescentis monumenia ariium p^renfùiaiL En Angleterre, il y a plus d'un siècle j^ue toutes les éjglises sont restaurées et construites sur le modèle de celles du moyen Ige ; si ces copies, dont plusieurs sont très-remarquables, manquent de la vie
Î|ue donne l'inspiration originale, elles ont e grand mérite de la convenance et de Thar- ,monie avec les idées qu'elles représentent : .'de l'architecture religieuse, la réaction gothique a passé dans l'architecture civile ; les riches propriétaires se font bâtir des châieaux qui reproduisent exactement les tyfies des différents âges de la féodalité, tan- .dis que les narticuliers, les corporations, ilen diocèses, les comtés, s'imposent les plus ^ands sacriûces, pour conserver dans leur •totégrité tous les monuments originaux de «ces âges, et pour leur rendre leur aspect .primitif. Dans la pauvre Irlande, lorsque le paysan catholique peut dérober aux cxac- .lions du clergé protestant et aux clameurs .de sa famille affamée quelque chétive offrande, pour la consacrer à élever une hum- .ble chapelle auprès des églises bâties par ses pères et que les tyrans hérétiques lui . ont volées, c'est toujours une chapelle go- .Ihique. Jamais le prêtre de ce peuple opprimé n'est infidèle au type inspiré jjar le catholicisme, et lorsque la vieille foi du peuple est ramenée par la liberté dans ce modeste asile, elle y retrouve les formes gracieuses et consacrées des demeures de sa îeunesse. En Belgique, pays de véritable foi 3t surtout dé véritable liberté, un des pre-
miers soins du nouveau gouvernement a été d'interdire, par une circulaire aux gouverneurs de province, la destruction de tout monument historique quelconque. En Allemagne, le culte du passé dans l'art et l'influence de ce passe sur les constructions modernes ont atteint un degré de popularité inouï, et promettent à cette contrée illustre d^étre la patrie de l'art régénéré, la seconde Italie de l'Europe moderne. Ce culte est universel et triomphe de toutes les différences d'opinions, de religions, de mœurs, qui divisent la race germanique. Le roi de Prusse, souverain protestant et intolérant, prélève sur tout le grand- duché du Bas-Rhin un impôt spécial, nommé impôt de la cathédrale, exclusivement consacré à l'entretien et à l'achèvement graduel de la cathédrale catholique de Cologne, métropole de l'art catholique et de l'architecture gothique. Le prince royal, son fils, a dépensé des sommes énormes pour réparer les dévastations commises par les Français à Marienbourg, ancien et célèbre chef-lieu de l'ordre teutonique ; il en fait sa résidence favorite. Au midi, le roi de Bavière, avec sa liste civile de 5,000,000 de francs, ne se contente pas de faire exécuter à vingt- six peintres, dans ses divers châteaux, des fresques qui reproduiront, en les popularisant, toutes les épopées chevaleresques et nationales du moyen âge; il remplit sa ca|jilale d'églises vraiment chrétiennes, parmi lesquelles on remarquera surtout celle de Saint-Louis, dont Tarchitecture sera romane, et qui sera peinte à fresque du haut en bas, à l'instar de plusieurs églises d'Italie, et surtout de la triple basilique d'Assise, par le célèbre Cornélius. Ce môme souverain a profité de la découverte qu'a faite M. FrancK, gui a retrouvé et perfectionné le secret de teindre les vitraux des couleurs les plus tenaces et les plus brillantes, pour doter la vieille cathédrale de Aatisbonne d'un grand nombre de verrières de la plus rare ucauté pour la com[)osition comme pour le coloris, au prix de 20 à 25,000 francs chacune. Ce prince ne fait du reste que s'associer au merveilleux élan qu'a pris l'art allemand depuis plusieurs années, élan qui date, en architecture, de l'apuarition du grand ouvrage do M. Boisseree sur la cathédrale de Cologne, et en peinture, de l'œuvre patriotique qu*ont accomplie ce môme M. Boisserée et son frère, en conservant pour l'Allemagne la collection des chefs-d'œuvre de Tancienne école belge et allemande qu'ils avaient sauvée et recueillie pendant les dévastations des guerres de Napoléon. J'espère vous entretenir un jour, plus au long, de la nouvelle école allemande, et surtout de celle de peinture, qui chaaue jour jette un nouvel éclat sous la double direction d'Overbeck et de Cornélius. Est-il besoin de vous dire qu'à cette réaction active vers l'art antique correspond le
(846) Depuis cpril a écrit ces lignes, Tauleur a ' irangcr, surtout en Suisse cl en halle. Il fait donc #0 oci*asiou dé se convaincre ifue le vandalisme ses résci'vcs sur ce point. Voyez du reste VApvei^ était luallieurcusemoui encore irés dominant à Té- dice à ce fragnienl à la coL 1141.
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soin le plus scrupuleux et le plu« tendre de toutes ses beautés, de toutes ses ruines. Les invasions des Suédois et des Français, et, dans quelques contrées, la sécularisation des souverainetés ecclésiastiques ont multiplié ces ruines; mais je ne crois pas qu*il y en ait une seule que Ton puisse imputer a la froide barbarie ou à Tavidité de la population environnante. Un attentat de ce genre serait signalé aussitôt par les organes innombrables de la presse littéraire et scientifique; une réprobation populaire et religieuse s'attacherait au nom des coupables : ils seraient mis au ban de la nationalité allemande.
Il n'jr a donc que la France, où le vandalisme règne seul et sans freio. Après avoir passé deux siècles et puis trente ans à désho^ norer par d'impures et grotesques additions nos vieux monuments, Je voila qui reprend ses allures terroristes et (]ui se vautre dans la destruction. On dirait qu*il prévoit sa déchéance prochaine, tant il se hâte de ren* verser tout ce qui tombe sous son ignoble main. On tremble à la seule pensée de ce que chaque jour il mine, balaye ou défigure. Le vieux sol de la patrie, surchargé comme il rétait des créations les plus merveilleuses de rimagination et de la IToi, devient chaque jour plus nu, plus uniforme, plus pelé. On n*épargne rien : la hache dévastatrice atteint également les forêts et les églises, les châteaux et les hôtels de ville ; on dirait une terre conquise d*où les envahisseurs barbares veulent effacer jusau'aux dernières traces des générations qui font habitée. On dirait qu'ils veulent se persuader que le monde est né d'hier et qu'il doit finir demain, tant ils ont hâte d'anéantir tout ce qui semble dépasser une vie d'homme. On ne sait pas même respecter les ruines qu'on a faites, et tandis qu'on cite en Angleterre des seigneurs qui dépensent, chaque année, un revenu considérable pour préserver celles qui se trouvent sur leur domaine ; tandis qu'en Allemagne les populations choisissent les décombres des vieux châteaux pour y tenir leurs assemblées libérales , comme pour mettre leur liberté renaissante sous la protection des anciens jours; chez nous, nous ne laissons pas même le temps accomplir son œuvre, nous refusons à la nature son deuil de mère. Car la nature, toujours douce et aimante, l'est surtout envers les ruines que l'homme a faites ; elle semble se plaire aies oruerde ses plus belles parures, r.omme pour les consoler de leur abandon et de leur nudité. Et nous, nous leur arrachons leur linceul de verdure, leur couronne de fleurs; nous violons ces tombeaux des siècles passés. L'ancien seigneur les met à Tencan et les vend au plus offrant : le nouveau bourgeois les achète, et s'il ne daigne \ias leur donner une place dans ses constructions nouvelles, il les recrépit et les enjolive sur place. Tous deux se coalisent pour déshonorer CCS vieilles pierres.
Les longs souvenirs font les grands pcu- {lies. La mémoire du passé ne devient im-
portune que lorsque la conscience du présent est honteuse. Ce sera dans nos annales une bien triste page que ce diTOrce pio* noncé contre tout ce que nos pères nous ool laissé pour nous rappeler leurs moBun, leurs affections I leurs croyances. Biêi de plus naturel] que ce divorce dans k premier moment de la réaction populaiii contre Tancien ordre social et poIitiqBt; mais y persévérer après la victoire , jr po^» sévérer avec récidive en face de rEorope surprise et dédaigneuse ; immoler am préjugés les plus arriérés c^e qui fait le chme d'une patrie et la gloire de Tart, c^est m crime national dont il n'y a pas d*exeiiipli dans rhistoire. J'ignore quelle freine ûpoi* térité infligera à ce mépris stupide que nm tirons de notre nullité moderne, poork lancer à la figure des chefs-d'œuvre de noi
«ères ; mais cette peine sera grave et duc ous la mériterons, non-seulement parnoi œuvres de destruction, mais encore par hs vils usages auxquels nous consacrons ceqv nous daignons laisser debout. LemootSii*> Michel, Fontevrault, Saint-Augustio-iei4imoges, Clairvaux, ces gigantesques lénoi*
S nages du génie et de la patience du ïï»jm ge, n'ont pas eu, il est Yrai,|le sort deClOf et de Citeaux, mais le leur n*est41 pas enom plu^ honteux, et ne Taudraii-il pasnrien pouvoir errer sur les débris de ces célèlN» abbayes que les voir, toutes flétries et mh tilées, changées en honteuses prisons, et (kvenir le repaire du crime et des tîms lu plus monstrueux, après avoir été rasileè la douleur et de la science ? Croira-t-OD àm l'avenir que, pour inspirer à des FnaçÊÊ quelque intérêt pour les souTenlrsd*iuicili qu'ils ont professé pendant quatorze sièêks, il faille démentir leur origine etleardeHination sacrée? 11 en est ainsi cependant Qi ne parvient à fléchir les divans provincial^ les savants de Tempire, qu*en invoquant k respect dû au paganisme. Si vous poam leur faire croire qu'une église du genre «i^ gothique a été consacrée a quelque dieu romain, ils vous promettront leur protection ouvriront leurs bourses, tailleront mèiôeleff plume pour honorer votre découverte d*ttoe dissertation. On n'en Unirait pas si l'on voilait énumérer toutes les églises romaiBb qui doivent la tolérance qu*on leor ircorde à cette ingénieuse croyance. Je w veux citer que la cathédrale d'Angoalte dont l'inappréciable façade n'a été coosenè que parce au'il a été gravement établi quel» bas-relief du Père éternel qui y figure entre les symboles consacrés des quatre évugf listes, était une représentation de Jupiter- On lit encore sur la frise du portail de cette cathédrale : Temple de la Raison.
Et ne croyez pas que ce soit la religiM seule que Ton répudie ainsi. Ne croyeif* que les souvenirs purement historiques, » souvenirs même de poésie et d'amour édÊt peut aux outrages du vandalisme. Tout (^ confondu dans la proscription. A LioDOgt^ on a eu la barbarie de détruire lemonoDi!^ devenu célèbre sous le uomdu bommÊrnf-
APPENDICE. — DU VAxNDALlSME ET DU CATHOUCISME DANS L ART.
lOU
Céiàli le tombeau de deux jeunes époux du Poitou, partis peu de teuifis après leurs noces,
£our aller en pèlerinage à Saint-Jacques de ompostelle. La jeune femme mourut em route à Limoges ; le mari alla accomplir son VŒU, puis revint mourir de douleur à Limoges. Lorsqu'on vint pour Tinhumer dans le tombeau qu*il avait élevé à sa femme, celle-ci, selon la tradition populaire, se retira d*un côté pour lui faire place. C'est ce même tombeau qui a été détruit, et pas une voix ne s'est élevée pour le sauver (8fc7.) A Avignon, Téglise de Sainte-Claire, ou Pétrarque vit Laure pour la première fois, le vendredi saini de l'an 1328, l'église qu'il avait bénie dans ce sonnet fameux :
Benedetio sia *l giorno, e *1 mese, e Tan do E la stagione, e 1 lempo, e Thora, e M puntOy E *1 bel paêse, e */ loco, ov' io fai glunto Da due begli occhi, che legato mlianno, etc.
cette église a péri avec cent autres ; elle est transformée aujourd'hui en manufacture de
(garance. L'église des Cordeliers, où reposait a dépouille de cette belle et chaste Laure, à côté de celle du brave Crillon, a été rasée pour faire place à un atelier de teinture; il n'en reste debout que quelques arceaux : la place même de ses cendres n'est marquée que par une ignoble colonne, élevée par les ordres d'un Anglais et décorée d'une inscription risible.
Les Goths eux-mêmes, les Ostrogotbs n'en faisaient pas tant. L'histoire nous a conservé le mémorable décret de leur roi Tbéodoric, qui ordonne à ses sujets vainqueurs de respecter scrupuleusement tous les monuments civils et religieux de l'Italie conquise. Ces faits que je viens de citer me rappellent que je dois vous faire connaître quelques-uns de ceux que j'ai recueillis pendant mes rapides courses dans leMidi. J'en profiterai pour justifier une sorte de classification qu'il m'a semblé naturel d'établir, en cherchant à apprécier le caractère des ravages du vandalisme dans les provinces de France que j'ai parcourues. Je n'entends nullement la garantir pour les autres. J'y joindrai quelques détails spéciaux sur les monuments du moyen flçe, à Toulouse et à Bordeaux, que j'ai eu 1 occasion de voir plus complètement.
Tout le monde doit reconnaître que le ▼andalisroe moderne se divise en deux espèces bien différentes dans leurs motifs, mais dont les résultats sont également désastreux. On peut les désigner sous le nom de vandalisme destructeur et de vandalisme reitauraieur.
Chacun de ces vandalismes est exploité par différentes catégories de vandales, que je range dans Tordre suivant, en assignant à chacune d'elles le rang que lui mérite son degré d'acharnement contre ïes vieilleries.
(8i7) Cet acte de vandalisme n*a heureusement fOLÈ été consommé : le précieux monument a été 8:iuvé, et M. l'abbé Texier , supérieur du peiil sé^ niuairc du Durai, Tun de nos plus savauts archéo-