‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 158 sur 167 · SUPPLÉMENTAIRES DES EXERCICES DE 1846 ET · texte numérisé non relu

SUPPLÉMENTAIRES DES EXERCICES DE 1846 ET

(Extrait du Moniteur du YI Juillet 18n.) Séance du 26 juillet 181^7.

Messieurs ,

)e oemande pardon à la chambre , dans l*^tat actuel de ses travaux et de ses dispositipus, de la retenir quelque temps sur des 4iuestions de détail. Comme nous ne sommes pas encore en nombre pour voter, elle voudra bien avoir de l'inaulgence pour cette occupation provisoire.

II y a longtemps que je cherchais une oc- <sasion légitime et naturelle d'entretenir la i^bambre et le gouvernement de la conduite des travaux publics, en ce qui touche aux monuments déjà historiques ou destinés à le devenir un Jour; ie crois que cette occa- :sion se trouve dans Ta loi qui vous est soumise. En effet, nous y voyons presque à 4^baque page des allocations qui sont destinées, soit à Tachèvement, soit à la conser- Tation de monuments historiques ou autres, des crédits demandés dans un intérêt d*art et d*histoire..

Il y adeux anSf dans un rapport aue je Os ^ cette tribune sur la restauration delà métropole de Paria, je proQtai de cette occasion pour rendre hommage aux services qu*ava)t jrendus le gouvernement actuel à Part et à rhistoire, par sa sellicitude, tardive mais efficace, pour un grand nombre de nos anciens monuments, ie ne puis aujourd'hui «que répéter cet hommage; cependant je dois 1 atténuer sous certains rapports, et mettre les ministres en garde contre divers abus '^ui s'attachent à ces grands et importants travaux. Je les félicite d*avoir demandé à la •chambre des députés des sommes importantes pour Tentretien des monuments historiques et des travaux d*art; Je les félicite surtout de les avoir obtenues ; i>eut-èlre n'est-ce pas toujours par des considérations purement d*art, mais enûn on les a obtenues, ei nous devons nous en réjouir. Mais en môme temps il faut signaler au pavs et au pouvoir les abus qui accompagnent remploi de ces fonds , abus qui, j'aime à le dire, ne sont pas l'œuvre directe des ministres, mais celle des architectes et autres agents inférieursi qui ne sont ni. assez sévèrement surveillés, ni assez sagement dirigés.

Je ne crois donc pas abuser oela patience

de la chambre en lui dénonçant divers méfaits qui ont accompagné remploi de ces fonds; je le fais avec l'espoir d'en réprimer

auelques-uns et d*en prévenir beaucoup 'autres. Je lui montrerai aussi que le vandalisme , que tout le monde déplore , conserve encore et même étend son empire, dans certaines directions, où il est plus que temps de Tarrèter, et d'empêcher la ruine quotidienne et irréparable de plusieurs de nos plus précieux monuments.

Croyez, messieurs , qu'il v a là un intérêt disne'de toute l'attention, mémt) des hommes politiques. 11 y a quelques jours, dans une autre enceinte, l'éloquent M. Villemain disait avec raison que les études historiques étaient un ordre de littérature tout à fiait conforme au génie de nos institutions et de notre siècle. Eh bien) les monuments de notre passé sont les auxiliaires essentiels de ces études : ce sont des témoins toujours vivants qu'il faut chaque jour invoquer, consulter, et sur lesquels on ne saurait veiller avec trop de sollicitude. C'est à ce titre» et aussi comme ayant étudié de mon mieux» depuis quinze ans, les diverses branches de notre archéologie nationale, que je viens solliciter quelques moments de votre attention.

Il y a dans les travaux historiques que le gouvernement fait entreprendre deux grands défauts, ou, pour mieux dire , deux grands dangers. 11 y a d'abord la manie de condamner avec trop de précipitation à une démolition complète ce qui pourrait être sauvé à moins de frais et avec moins de peine. 11 y a ensuite la manie d'accoler aux édifices anciens des travaux nouveaux , beaucoup trop coûteux, presque toujours inutiles, qui constituent presque toujours des anachronismes , et qui deviennent souvent dangereux pour la solidité même des édifices qu ils sont destinés à orner.

Je commence par un exem|)ie bien frappant, et que chacun peut vérifier, des abus aue je signale, c'est l'église de Saint-Denis. Quand vous sortez de Paris du cdté du r9ord, vous ne reconnaissez plus cette ancienne église qui était l'ornement et Tbonneur des environs de Paris. On y voit avec

DICTIONNAIRC D*£STI1ETIQUR.

surprise ane tour démolie et une façade compromise. Savez-vous à quel prix on a obienu ces résultats? Au prix de 7 millions.

Oui , messieurs , !a ruine de la façade de Téglise de Saint-Denis « le déshonneur de cette église f qui est devenue la risée des artistes et des voyageurs , a coûté jusqu*à présent 7 millions. Je ne sais pas ce qu'elle coûtera dans Tavenir.

Les ministres des travaux publics (je parle de l'ancien et du nouveau) sont là pour me corriger si je commets des inexactitudes. Cette église a donc été dégradée , à moitié ruinée, et rendue méconnaissable, moyennant la bagatelle de 7 millions.

. Elle a été victime d'une double restauration, ou de ce que j'appellerai plutôt une dout)le dégradation : la dégradation extérÎKure et la dégradation intérieure. Pour la dégradation extérieure , l'histoire en serait longue ; je ne vous la ferai nas tout entière, je n'en dirai qu'un mot. Elle a commencé par la foudre. La foudre a frappé la flèche de l'église en 1837. Là on a appliqué immédiatement ce principe que je vous dénonçais tout à l'heure comme étant si grave et si funeste. Au lieu d'y faire une réparation prompte et modeste, mais tout à fait suffisante, l'architecte qui, malheureusement, était chargé depuis quelques années de la soi-disant restauration du monument , a affirmé qu'il fallait absolument abattre en entier cette flèche,

Le ministre de l'intérieur de l'époque, M. le comte de Gasparin, que je regrette de ne pas voira sa place, [)Our confirmer mes dires, avait bien élevé quelques objections fort naturelles contre cette idée ; mais il a cédé à ce qu'il croyait une autorité plus compétente que la sienne , et il a été obligé de baisser pavillon devant la prétendue science de l'architecte. On a décidé qu'il fallait abattre et rebâtir la flèche.

La flèche une fois rebâtie, qu'est-il arrivé? L'ancienne tour, condamnée à soutenir la nouvelle flèche , s'est d'abord lézardée, grâce au poids de celte flèche moderne, construite sans précaution et en matériaux beaucoup olus lourds que l'ancienne : elle a menacé de plus en plus, et on vient de la mettre à terre. Ainsi don«'/ on a démoli successivement Tancienne flèche, puis une partie de la nouvel le, puis la tour elle-même, et, par suite, on démolira toute la façade, com-

rromise par tant de travaux malfaisants. Voilà état où se trouve aujourd'hui cette église si magnifique , si historique , si nationale.

Je n'entrerai pas dans les détails techniques : cela me serait facile si j'étais combattu ; je vous les épargne pour le moment. Mais veuillez remaruuer ceci : jusqu'à présent on avait vu des églises qui sécroulaient par vétusté et par abandon; mais des églises qui s'écroulaient par suite même des travaux et par les réparations qui y sont faitest c*est un phénomène nouveau qui était réservé à notre t^mps et à la gloire de nos architectes officiels.

Avant d'abandonner la dégradation exté-

rieure du monument, je devrais signaler la mas^^e de sculptures apocryphes et ridicules dont on avait surchargé la façade ; mais je me hâte de passer à la dégradation intérieure

Or, grâce aux restaurateurs, l'intérieur de l'église de Saint-Denis n'ofl're plus qu'un efl'royable gâchis de monuments, de débris de tous les temps, de tous les genres , confondus dans un désordre sans nom ; ce n'est plus qu'un véritable musée de bric-à-brac, où fourmillent des anachronismes innombrables, signalés depuis longtemps sans avoir jamais été démentis, il y a surtout une collection de tombeaux apocryphes digne de toute votre attention. L'architecte, ayant décidé que l'on rétablirait les tomt>eaux des anciens rois enlevés à Saint-Denis , semble avoir pris pour guide ce principe : Tel roi a été enterré à Saint-Denis; faisons-lui un tombeau, n'importe comment. On a donc été chercher dans nos dépôts d*antiauités nationales, aux Petits-Augustins et ailleurs, des statues, des l)as-relieis , des fragments tels quels. On les y a transportés et on a dit : « Telle statue d'homme sera celle de tel ou tel roi, et telle statue de femme représentera telle ou telle reine. » On les a ainsi arrangées en un musée complet d'apocryphes et d'anachronismes » que l'on expose à la curiosité des visiteurs ot à la risée des connaisseurs. Ainsi, pour vous en citer quelques exemples, si je suis bien informé, la tombe ancienne de Valentine de Milan comprenait quatre statues : on les a séparées et on en a fait trois monuments divers. Le dernier roi qui ait eu un mausolée à Saint-Denis a été Henri 11. Or, maintenant, vous y voyez ceux de Henri III, de Henri IV, de Louis XIV et môme de Louis XV. Celui de Louis XV est construit avec des débris des anciens tombeaux de la duchesse de Joyeuse, de la comtesse de Brissac et de la femme d'un sculpteur nommé Moitié. On en a réuni tous les morceaux ensemble , et on en a fait un tombeau pour Louis XV. Voilà ce que l'on appelle une restauration.

Je vois sourire mon noble collègue, M.Tic* tor Hugo, et je crois que c'est de sa part un sourire d'ailirmatioii...

M. LE VICOMTE HuGa Complètement.

M. LE COMTE DE MoNTALEMBBAT. Je me félicite d'avoir dans ma pénible iiche Tappoi de l'homme qui a le plus fait parmi nous

pour régénérer l'étude et le res|iect de antiquités nationales, et je continue.

Pour compléter l'œuvre, on a mis des titraux, et quels vitraux 1 des vitraux de la iabrique de Choisy, où le chel de TËiat, accom^iagné de M. le comte de Montalivet et d*autres fonctionnaires, se trouvaient ^curer d'une façon si ridicule qu'on a dû les faire disparaître, et c'est à coup sûr ce qu'oa pouvait faire de mieux. (Hilarité.) Si on ut la pas encore fait, je fais des tcbux ardeiiu pour qu'on n'attende i>as, el cela par re»l>ect pour la (Personne auguste qui y est re- [irésentée.

Voilà ce qui est arrivé, el je le dis 1res m abrégé; je vous é{)argne uita fboiede df

APPENDICE. « DU VANDALISME ET DU CATHOLICISME DANS L*ART

tails, quft jo pourrais encore vous donner. Voilà ce qui est arrivé pour un des monuments les plus importants que nous ayons dans notre pays.

De qui tous ces actes sont-ils le fait? II faut le dire, d*un architecte membre de Tatadémie des Beaux-Arts. Ils ont été depuis longtemps dénoncés, car il ne fout pas croire que, dans un siècle de publicité, de tivacité comme le nôtre, de pareils méfaits passent inaperçus; avant d*ètre portés à la tribune politique, ils ont été portés à d'autres tribunes, à des tribunes scientifiques et littéraires; ils ont été dénoncés au sein de Tacadémie des Inscriptions et Belles-Lettres, qui est un corps assurément bien compétent en cette matière; ils ont été signalés par la commission des monuments historiques qui s'assemble au ministère de Tinlérieur, corps aussi respectable et le plus compétent de tous. Mais cet architecte fatal a été justiQé par ses confrères de Tacadémie des Beaux-Arts, qui étaient, je le crains, au moins quant aux architectes, bien capables d*en faire autant (Hilarité), et qui ont déclaré qu'il n*y avait rien à dire à ce qui avait été fait. Cependant, sur ces entreiaites, la tour est tombée , et c'était là une démonstration contre laquelle il était impossible de regimber, eC ila bien fallu reconnaître

Ju'il y avait beaucoup de mal; il a bien fallu loigner cet architecte. On lui a donc donné un successeur; on a choisi pour cela un homme qui avait fait ses preuves, M.Duban, oui avait été chargé de la restauration de la Sainte-Chapelle et du Palais de justice de la ville de Paris, un des plus importants édifices que le gouvernement ait entrepris de restaurer. Mais cet architecte a déclaré, après mûr examen, qu'il n'y avait rien à faire à Saint-Denis, qu'il était impossible de réparer le mal qui avait été fait, et il a refusé cette succession.

11 a alors fallu chercher un deuxième successeur et on en a trouvé un très-estimable, i coup sûr, en qui j'ai pleine confiance, qui a eu plus de hardiesse que M. Duban; je lui souhaite autant de succès que de courage.

Mais savez- vous ce que l'on a fait de l'architecte qui avait commis ces méfaits? On Ta nomme membre du conseil des bâtiments civils (Mouvement), c'est-à-dire au'on l'a ap- |)elé à juger en dernier ressort de toutes les constructions nouvelles de France et de Navarre, lui qui avait perdu et déshonoré l'un des plus magnifiques édifices de notre moyen Age. (Nouveau mouvement.)

Kh bien, j'avoue que je trouve là un étrange abus; je ne sais \)as si je dois appeler cela un abus des influences, mais véritablement c*est un acte blâmable de faiblesse ministérielle.

Je n*en dirai pas davantage sur ces tristes

travaux.

J'ai plusieurs ministères à passer en revue, c'est pourquoi j'abréffo. Je passerai au ministère des cultes, et d'abord je commeo- ' cerai par kii rendre hommage, si, comme on me Taasure, c'est grâce à Tintervention DicTioNH. d'Esthétique.

de ce ministère qu'on vient de sauver, ou du moins de contribuer au salut d'un des monuments les plus précieux de la Picardie, l'église de Saint-Germer qui • après celles d Amiens, de Beauvais et de rioyon, est la plus belle de cette province. Elle avait été condamnée à mort par un arrêt téméraire de cette même commission du ministère de l'intérieur, dont je disais tout à l'heure tant de bien, Mais, grâce au ciel I le ministre des cultes a envoyé ^i^r les lieux un architecte plus perspicace^lHiis modéré, plus sage, plus courageux péu^tre que les auteurs des premiers rapports,: ei il a déclaré que cette belle église pouvait parfaitement être sauvée, et j espère qu'elle le sera.

M. le ministre des cultes mérite, à ce sujet, un grand et juste hommage. J'espère qu'il recommencera souvent une pareille campagne ; mais toutes ses campagnes n'ont pas été aussi heureuses. Je ne lui reprocherai [>as les méfaits trop anciens de son administration, par exemple la flèche de Rouen, cette effroyable flèche en fonte qui écrase cette cathédrale si belle, et lézarde déjà la partie centrale du transsept (C'pst vrai) ; mais je lui reprocherai des opérations à peu près de la même famille que celle de Saint- Denis; par exemple, des flèches comme celle de Coutances, qui, ayant été légèrement endommagée par la foudre ou par d*a litres événements qui sont arrivés dans tous les siècles, a été démolie et reconstruite par le caprice malheureux des architectes.

Ainsi je signalerai encore plusieurs travaux très-coûteux et d'une valeur contestée, qui ont été commencés et consommés au Pu^,àNevers« dans d'autres cathédrales.

Mais le mal que je signale ici tient à une cause générale que ie chercherai à faire comprendre à la cliambre.

Le ministère des cultes a sous sa dépendance les plus beaux édifices, je ne dis pas *de la France, mais du monde entier; car je prétends qu'il n'existe rien de plus beau dans l'univers que les cathédrales de Reims, d'Amiens, de Bourges, de Chartres, de Pprisr qui toutes dépendent du ministère des cultes, ainsi que soixante autres églises de la même nature.

Le ministère des cultes a des allocations dans le budget, destinées à l'entretien, à la réparation des édifices; allocations très-insimisantes, selon moi, et cependant assez considérables. Eh bieni le ministère des cultes dispose de ces allocations avec une entière conscience, j'en suis sûr, avec beau- . coup de zèle, avec beaucoup de sollicitude; mais peut-être pa^ avec toutes les lumières désirables. En effet, dans les bureaux des cultes. Je ne satihe pas qu*il y sit des hommes très-versés, très-compétents dans cette science si délicate et si importante de l'ar- ' chéologie nationale et religieuse.

Qu*a fait, au contraire. M. le ministre de . l'intérieur? Il dis^se d une somme infini* ment moins considérable et ne s^appliquant qu'à des églises paroissiales, des châteaux» des monuments historiques ifui n'ont pai

DICTIONNAIRE D*£STHETIQl)E.

Il»

rimportance des calhédrales, quoiqu'ils en aient beaucoup aussi ; or, M. le ministre de rintérieur, pour disposer de ces 5 ou 600,000 francs ^qu*il dépense tous les ans ppur cet objet, a nommé une commission composée d*hommes du monde, d*hommes pris dans les deux chambres, ou d'artistes qui sont parfÎBiitement au courant de toutes ces questions, qui décident, sous l'approbation, comme de raison, et sous la haute surveillance du ministre lui-même, qui décident de remploi de ces fonds et du différent degré de mérite des travaux qui lui sont soumis. 11 en résulte que les travaux entrepris sous la surveillance de cette commission donnent lieu» en général, à très-peu d'objections.

Je souliaite, pour ma part, que le ministère des cultes adopte le même système, et vous ne verrez plus alors ce que j'ai vu il y a deux ans, a ma erande consternation, vu de mes yeux, c'est-a-dire des statues de toute beauté, arrachées au portail de la cathédrale dfrfiourges et jetées comme des membres inutiles dans les cryptes de la même cathédrale. Et pourauoi? Parce que l'architecte qui était chargé des travaux a pu agir et trancher à sa

{(uise, n'étant soumis a aucune autre surveilance qu'à la surveillance purement matériel le^'qui consiste à vérifier les comptes et è constater qu'on a dépensé exactement l'argent qui a été alloue.

Nous ne doutons nullement de l'intéçrité de fadministration et des agents qu elle emploie; mais nous doutons du respect qu'ils ont pour ces monuments anciens, et r/est ce respect, c'est ce de^ré spécial de capacité que nous désirons voir garantir è l'adroinistraliondes cultes parles précautions qui ont été prises dans un autre ministère.

Ce n'est pas à dire toutefois que le ministre de l'intérieur soit à l'abri de tout rei>roche; je demande pardon .à la chambre de la longueur de ces détails, je serais désolé lie l'impatienter.

Voix nombreuses. Parlez! parlez !

M. LE COMTE DE MoKTALEMBERT. Au ministère de l'intérieur, cette commission, è laquelle je me plais è rendre toute justice, a aussi commis quelques fauics; il faut qu'elle me perraelle de le lui dire, bien qu'un fie ses membres siège dans cette enceinte : on lui a fait le reproche de distribuer ses allocations au gré de certaines considérations plus ou moins électorales. Je ne crois naa à cela, je ne veux pas y croire, mais je lui reprocqe d'avoir quelquefois livré les travaux importants et utiles qu'elle avait à dirigera des architectes inexpérimentés et téméraires, trop empressés de démolir pour réédiOer. Ainsi, non-seulement, comme je vous le disais tout h l'heure, elle avait condamné è mort cette belle église de Saint- Germer, mais elle a laissé démolir dernièrement, par un de ses architectes, une tour de l'éxlise collégiale de Mantes, qui est une des {>ius belles qu'il y ait sur les rives de la Seine, entre Paris et Rouen : à la suite d'imprudences, commises dans la restauration, il a fcllu d'émoi ir cotte tour; quand la

rebAtira-t-on? Un de ces jours on vous demandera sans doute Tarsent poor It reUtir. Tout porte à croire qu elle était suffisamment solide avant qu'on y eût touché. Il eit vraiment fâcheux qu^on sbil exposé deuxoi trois fois de suite à venir tous demaodir tantôt pour Saint-Denis, tantôt pour Hames, tantôt pour ailleurs, des sooimes destiné» à réparer les bévues des architectes. On si-

fraie des dangers analoguesfc Laon,èNoj€B, Toumus. Dernièrement enfin, une énisi du Péri^ord, l'église abbatiale de Branlioe, qui avait tenu depuis le xii* ou le xnTsiède, s est en i>artie écroulée au milieu des tnvaux de restauration; malheureuseoM, non, heureusement, elle ne s*est jm écroolée sur la tète de Tarchitecte qui avait été cause de cet accident (Rires); mais eoh elle n'a menacé ruine qu à partir du moBM où cet architecte a voulu lui appliquera prétendue science. (Hilarité.)

A Saint-Maximin, en ProTence, où»

trouve la plus belle église, sans oontredit,è cette province, on avait alloué une soam de 3,000 fr. (c'est peu de chose, je ne la die que comme exemple). Quelque temps aprèi» un savant architecte qui aTait été cbargéfv la commission de surreiller ces travaoïnt venu dire, dans son rapport du 9 juillet IM, qu'il fallait encore 3,000 fr., non pour acbeicr ces travaux, mais poor les démolir, pm que c'était cette partie nouTelle qui meDi{Mi la sûreté des passants I (MouTelle bilarki]

11 y a donc un certain nombre de fiiitsfii doivent être reprochés à celte braoGiie,à reste si utile et si excellente , du mini^ de l'intérieur.

Mais il est une autre branche de la mèm administration oui, n[ialbeureuseroent,échap- ])e à la surveillance de cette commissiia» niais non pas è celle du ministre lui-mèBfc C'est pourquoi, en son absence, je veux li si* gnaler à ses collègues et à la chambre, i'citends par 1er des actes de vandalisme cooiBis par les autorités Municipales, et quelquefiiis par les autorités départementales (Mouiement) : le ministre de Tintérieur en estrih ponsable , grâce à la centralisation qoeje déteste en général , mais que j'admfls et que j'accepte dans cette spécialité. Le ministre de l'intérieur est tenu d'approufcr h de rejeter presque toutes les délibéfatioi de ces autorités : il en résulte qu'il sctrotn investi du droit salutaire d'arrêter leormdalisme, et c'est un droit doiit il n'use pft M. GiiizoT, ministre des affaires étmgères. Pas assez, mais il le fait M)uvenL

M. LE OOMTB DE M ONT AL AM BEAT. SoafflL

vous avez raison, mais j'espère qu'il le ta toujours; car je rends hommage auilaaiires que M. le comte DucIiAtel montra (te beaucoup de cas ; mais je lui souhaite 0tant de courage et de persévérance qœ è lumières.

A tout seigneur tout ^honneur. Comnaçons par la ville de Paris, car il n'y a pesée ville plus vandale , excepté uneque jevoo signalerai tou' è l'heure.

Ici je voudn s que M. le vicomte Yi^iJ

APPENDICE. — DU VANDAUSME ET DU CATHOLICISME DANS L ART

IIW

Hugo me remplaçAt pour justifier et compléter mes accusations ; je lui céderais bien volontiers la parole: il conuatt mieux que personne les actes de la ville de Paris dans ce ^enre, et il ferait meilleure justice que mou UaiSy puisque sa modestie s'y refuse, je signalerai quelques démolitions commises

^r cette municipalité de Paris « notamment destruction de deui des édifices les plus curieux de Paris, le collège des Bernardins et Tancien couvent des Céïeslins.

Je suis charmé de voir M. le préfet de la Seine présent à son banc (Hilarité); je suis prêt à recevoir toute espèce de contradiction de sa part. Voulant^ avant tout, rendre hommage à la vérité , je serais charmé de voir rectifiées sur-le-cnamp toutes les inexactitudes, toutes les exagérations qu*on pourra m*objecter; mais, jusqu'à plus ample informé, je dis que la ville de Paris, d'une façon inexcusable , a démoli ou déshonoré deux monuments admirables , le collège des Bernardins , qui était uniaue en son genre, et Tancien couvent des Celestins , où était te tombeau de Charles V. Ce de^nier édifice disparaît en ce moment de notre sol. (Mar-

Sues d'adhésion.) En outre, la municipalité e Paris a laissé détruire un hôtel délicieux, et aussi unique dans son genre, ThÔtel de La Trémouille , dont il était si facile de faire une mairie; et maintenant l'hAtel Carnavalet illustré par madame de Sévigné, Thôtel Carnavalet doit disparaître parce qu'il se trouve menacé par l'alignement. Or , Tali-

Î;nement, a toi\jours raison contre l'art et 'histoire. (Mouvement.)

J'aurai encore beaucoup d^autres choses à dire sur le vandalisme parisien, mais ie vous en fais çrftce pour arriver à une ville qui , comme je le disais tout à l'heure, est jilus vandale que celle de Paris : c'est la ville d'Orléans. Ici M. le ministre a été réellement coupable. La ville d'Orléans avait à cAté de M cathédrale, dont elle est si fière et qui est fort peu de chose , un monument bien plus remarquable, rHôlel-Dieu. Vous savez par qoelle touchante pensée nos ancêtres avaient toujours rapproché la maison des pauvres de la maison de Dieu, et, les confondant |i€ur ainsi dire sous une même dénomination, avaient donné à la maison des pauvres un nom qui ne se trouve dans aucune langue que la nôtre , THÔtel-Dieu. (Très-bien I très-Lien I)

Eh bien , à Orléans comme à Paris, rfidtel-Dieu était à côté et à Tombre de la cathédrale, avec cette diiférence toutefois, qu'à Paris, l'Hôtel-Dieu n'offre nlus aucun intérêt artistique, tandis qu*à Orléans cet édifice était un admirable monument d'architecture ogivale. Le croiriez-vous , messieurs? la ville d'Orléans n'a eu ni paix ni repos Jusqu'à ce qu'elle eût renversé cet admirable édifice , sous prétexte de déblayer les abords de sa piteuse cathédrale. Ici je marche appuyé sur l'autorité de la <x)mmission du ministère de l'intérieur dont je [larlais tout è l'heure. Cette commission a fait un rapport rédigé par Tinspecteur général

des monuments historiques, M.* Mérimée, adopté par la commission et transmis au ministre de l'intérieur, qui l'a fait insérer dans le Moniteur du 12 juin 1846.

Il y est dit, en propres termes , que l'Hôtel-Dieu d'Orléans a été détruit par Ttiif tialifiabie obslifialion du conseil général du Loiret et du conseil municipal d'Orléans La commission ajoute que Tédifice éiaïiwuic, solide^ susceptible de recevoir mainte destX"' nation utile. Elle aurait pu dire que c'était le ilionument le plus beau et le plus curieux de retie ville de vandales.

La démolition a été entreprise, comme je l'ai dit, sous prétexte d'isoler le monument, mais, «omme je crois l'avoir démontré dans mon rapport sur Notre-Dame, les monuments gothiques ne sont pas faits pour être isolés, comme les Pyramides dans le désert. Ils doivent être dégagés de certains côtés , de manière à être facilement aperçus ; mais, en leur ôtant tout point de comparaison rapproché, on les rapetisse et on leurôte la moitié de leur valeur. (Adhésion.)

Or l'Etat, dans la personne du ministre de l'intérieur, n*a pas eu le courage de dire à cet acte de vandalisme : Non, je ne le veux pas; mais il eu le courage et la bonne pensée de vouloir acheter l'édifice menacé. Cette malheureuse ville n'a pas même voulu consentir à ce moyen terme; eile y a mis un )/rix exorbitant : c'est la commission qui 1q dit en propres termes, et elle lyoute encore: « Toutes les représentations ont été inutiles devant un corps municipal, qui croit agrandir sa ville, en la dotant d'une grande p/otne pavée y sur laquelle, par un rare oubli des convenances, on met en regard la mairie et le ihéAtre.»

On a prétendu que le maire d*0rléans avait menacé de donner sa démission si le ministère refusait de consentir à la démolition. (Hilarité.) Oh I combien je regrette amèrement qu'on ne l'ait pas acceptée. (Nouvelle hilarité.) Je ne veux \^s m'informer des motifs qui ont empêché de le prendre au mot.

Après ce grand et honteux exemple, les autres paraîtront bien mesquins, quoiqu'ils aient aussi leur importance.

Il y a deux objets qui sont en horreur h tous les corps municipaux, ce sont les murs et les tours , c'est-à-dire précisément ce qui fait en général le plus bel ornement des villes. Par exemple, la ville de Carpentras avait des murs très-anciens qui attiraient les voyageurs; ils ont été détruits. C'est encore à la commission du ministère de l'intérieur que j'emprunte cette opinion ; elle dit que Carpentras était une des villes les plus jolies quand elle avait ses murs, et qu'aujourd'hui il n'y a pas de bourg plus insignitiant et plus vulgaire.

La définition est très-juste; je souhaite qu'elle retentisse au cœur de ceux qui ont ainsi déshonoré leur ville. (Rires ei adhésions.)

Croiriez-vous que les conseillers munici- |iaux d'Avignon ambitionnent le même sort pour leur ville, en cherchant è rivaliser de

DICTIONNAIRE D*ESTflETIQ(3E

Tandalisrae avec ceux de Carpenlras? (Nouvelle hilarité.)

Tout ceux qui ont passé dans cette ville d'Avignon savent quelle empreinte de grandeur et de beauté lui donnent les restes des palais des Papes et des autres monuments ; ils savent aussi qu'elle n*apas de trait plus caractéristique que ses anciens remparts. Eh bien y dans un des tracés du chemin de ' fer de Lyon à Avignon, on fait passer la voie par les remparts, que Ton rem|)lace par une chaussée. Je ne sais si ce tracé a été préféré par le ministère, mais je sais qu'il a été a}>nuyé avec instance par la ville d'Avignon. Etîon veut détruire ses remparts, pourquoi ? Pour satisfaire la cupidité des proprféiaires riverains de ces remparts , qui trouveront une augmentation de la valeur de} leurs propriétés quand il y aura là un chemin de fbr.

J*espère que M. le ministre de Tintérieur ou M. le ministre des travaux publics, car cela rentre plutôt dans ses attributions, voudra bien ne pas sacrifier un monument si important à des considérations si pitoyables. (Adhésion.)

A Reims, à Sens, à Guise, à Beauvais surtout, même acharnement des conseillers municipaux contre leurs remparts historiques.

Après les murs , les tours.

Dernièrement le beffroi de Valenciennes s'est écroulé, mais sa ruine a eu lieu comme celle de la tour de l'église Saint-Denis, par suite des travaux qu'on y a faits.

A Péronne, le conseil municipal 'a exigé la démolition de son beffroi, à la réparation duquel le ministère de l'intérieur avait alloué 20,000 fr. A Château-Thierry , on pave les routes avec les belles pierres de l'ancien château.

Elles sont rares les communes qui réclament, comme on Va fait à Poissy et à Saint- Ricquier, pour la conservation des portes à tourelles, qui sont le symbole des anciennes franchises de la vie municipale de nos ancêtres, et que l'on devrait conserver, comme on le fait en Allemagne, en Belgique •t en Angleterre, avec autant de raison et de sollicitude que Rome conserve ses arcs de triomphe.

J'arrive au ministère de la guerre. Quand tout à rheure je parlais d'Avignon, je voyais II. le ministre faire un geste de satisfaction, m'encourager et approuver ce que je disais de la beauté des monuments d*Avienon ; mais il n*ignore pas, sans doute, que le département de la guerre a commis les |Mus épouvantables dévastations dans le palais des Papes. Ce n'est pas lui, sans doute, mais c'est son ministère, ou plutôt le génie militaire, le corps le plus vandale de tous ceux qui s'attaquent à nos monuments* (Adhésion.)

Toutes les fois qu'un monument tombe entre les mains du génie militaire, il est immédiatement sacrifié et déshonoré. Témoin le château de Vincennes, où le génie a rasé ces dix belles tours qui faisaient l'admiration de nos pères: témoins les belies abt)aycs de Soissons, Notre-Dame et Saint- Jeaii-des-Vignes, qui ont été, malgré toutes

les réclamations des archéologues éclairés et zélés du lien, mutilées de la manière la plus brutale.

Dernièrement encore, deux magnifiques arcades romanes, à Notre-Dame de Soissons, signalées par les antiquaires, ont été recouvertes |>ar une construction tout è fiiit moderne. Mais il y a plus : en plein Paris, des actes analogues ont été commis à l'Ecole polytechnique; savez-vous ce que c*était, messieurs, que l'Ecole polytechnique? c'était le collège de Navarre, le collège où ont étudié Rollin , Gerson et Bossuet,rien que cela! On en a fait l'Ecole polytechnique. J'avoue que la destination est très-belle ; mais il j avait une chapelle, une chapelle ogivale, qui rappelait le souvenir vivant encore de cette grande institution et de ces grands hommes. Elle avait vingt fenêtres, m'a-t-on dit, car je ne l'ai pas vue; eh bien, elle a été démolie par le fait des ingénieurs de la guerre, et cela l'année dernière, en février i&^6.

J*ai un autre exemple plus récent et plus fâcheux eucorelà citer, c'est celui de Toulouse.

A Toulouse, il y a une admirable église que je me vante d avoir été le premier a signaler dès 1833 à l'attention publique. C'est réglise des Jacobins ou des DominicainM. Cette belle église date du xiii* siècle; elle a été achevée au xiv*. Elle a des caractères tout à.fait spéciaux que je ne vous définirai pas, ce serait trou long, mais elle possédait deux titres qui la distinguaient et qui devaient mériter la sollicitude de tous les hommes éclairés. D'abord elle a servi de sépulture à saint Thomas d'Aquin, i ce grand homme qui fut, comme vous le savez tous, non-seulement une des gloires de l'Eglise, mais encore une des gloires de l'université de Paris, où il a longtemps enseigné, et où, par parenthèse, il ne pourrait pas, jgrâce au monopole, enseigner aujourd'hui. (On rit. — Mouvements divers.)

Outre ce glorieux tombeau, la vieille église des Jacobins se distinguait par des fresques du plus curieux mérite, des fresques du XIV* siècle, qui, en Italie, seraient I objet de la visite des voyageurs et de Tétude de tous les artistes. Celte église avait 200 pieds de long et 100 pieds de hauteur; elle était à deux nefs, particularité assez rare; enfln, elle avait un clocher qui passait pour le plus beau du Midi. Eh bien, le génie militaire s'en est emparé, et voici ce qu il en a fait :

H a d'abord recouvert ces fresques d'un badigeon, parce que les fresques et les peintures l'intéressent fort peu, tandis que te badigeon lui platt beaucoup. (Nouvelle hilarité.) Puis 11 a détruit les voûtes des clianelles latérales; puis il a coupé en dent l'église par un plancher : en bas, il a uib» une écurie; du premier étage, il a lait lU magasin de lits militaires; voilk son art à lui. (Mouvement.) En outre, il a détruit deux côtés du ciottre, car il y avait ou clottre admirable à côté de l'église, et il à transformé les deux autres côl« et la salle du chapitre en belles écuries garnies dau-

APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU CATHOLICISME DANS L'ART

IMt

)S et de râteliers. Je ne sais trop ce qu*M a ait du réfectoire oui avait treize fenêtres en ogive avec de riches meneaux, mais je sais ce.qu^il a fait d*une chapelle, la plus belle de toutes, la chapelle de Sainl-Antonin, qui était couverte de fresques admirables; il en a fait le dépôt des chevaux morveux. (Nouveau mouvement.)

Voilà remploi qu'on trouve à faire, en 1846, d*un monument* d*art qui, je le répète, en Italie attirerait tous les voyageurs, tous les artistes. Eh bien, réellement, je ne crois pas qu'il y ail un pays, excepté la France, où de si honteuses dévastationssoient possibles.

J'espère qu'il suffira de les signaler, comme je le fais en ce moment h la chambre et à M. le ministre de la guerre, pour rendre l'administration de la gnerre |)lus trailable; je dis plus traitable, parce qu'il y a en oe moment un procès intenté par la ville do Toulouse, qui fait exception à la triste règle que je signalais tout à l'heure, qui est animée d'un intérêt éclairé pour cette église, et qui fait un procès à l'administration de la guerre pour rentrer en possession de cet édiOce. Je n'examine pas le point de droit, mais je conjure M. le ministre de la guerre, et je prie la chambre de m'appuyer dans ce vœu, Je le conjure de vouloir bien examiner s il ne pourrait pas trouver le mx)ven, sans léser les droits de l'Etat, de céder à celte ville une église dont elle pourra faire un usage convenable, mais dont bien certainement elle fera autre chose qu'un dépôt de chevaux morveux; je !e conjure de faire cesser l'état actuel des choses, et de céder à ce vœu. (Marques générales d'assentimentj

Après hs ministre de la guerre, u me faut |)a:>ser au ministre de Tinstruciion publique. Là il y aurait encore Quelque chose à vous signaler : ce serait, si le ministre de ce défuirtement était ici, la destruction du logis abbatial de Saint-Etienne dans l'enceinte même du collège de Caen, destruction qui a été opérée l'année dernière. Mais ce que je ne puis omettre, c'est ce qui se passe è la bibliothèque de Sainte-Geneviève. Je sais bien qu'ici M. le ministre de l'instruction {Miblique n'est pas le seul coupable; ses prédécesseurs ont aussi leur part dans cet acte : on a donc voulu remplacer cette belle bibliothèque de Sainte-Geneviève, qui était de toutes celles do Paris la mieux combinée pour le service d'une bibliothèque; on a voulu la remplacer f>ar une nouvelle brbliothècjue ; on Ta sacritiée, on en a éloigné le

£ul)lic; on a voté, h la grande satisfaction de IM. les architectes, une nouvelle bibliothè(|ue, et, pour commencer, on a rasé un utile et curieux monument, l'ancien collège de Montaisu, collège non pas aussi célèbre que le collège de Navarre, mais qui avait aus^i figuré avec honneur dans l'ancienne université de Paris, où avaient étudié Erasme et Calvin, et qui offrait aussi de trèsprécieux, de très-curieux débris d'architecture ogivale. Eh bien, on Va rasé i>our élever Tborrible édifice que vous pouvez tous aller

voir, si vous en avez la triste envie, sur la place de TEcole de droit.

Et, puisque j*en suis au département de Tinstruction publique, je dirai en passant que, tout en applaudissant sans réserve au crédit qui nous est demandé, dans la loi que nous avons sous les yeux, pour la publication relative aux débris de Nini ve, je voudrais qu'on ne laissât pas en souffrance d'autres publications relatives aux grands monuments que nous avons sur notre sol, comme la srande publication relative à la cathédrale de Chartres, publication qui mérite au moins autant de sollicitude que celle relative à Ninive, et qui est en souffrance depuis plusieurs années. Il me semble aussi que les encouragements h la littérature, dont on fait un si bizarre usage, et qui sont con* sacrés à des publications comme la Monographie du chat, pour laquelle le budget porte 3,500 fr., pourraient être utilement employés à encourager les deux seuls recueils d*archéologie nationale, le Bulletin de M. de Caumont et les Annales de M. Didron. Ces deux recueils ont rendu les plus grands services à l'art national, aux souvenirs historiques, et l'on s*étonne de ne pas les voir figurer sur ces listes de souscription où tant d'autres ouvrages moins dignes occupent une large place.

Je voudrais passer sous silence le ministère du commerce et de l'agriculture, parce que M. le ministre n'est pas là; mais je ne puis me dispenser de signaler la destruction d'une très-belle et très-curieuse église, celle de l'Observance, qui frappait tout d'abord l'œil du voyageur en entrant à Lyou par la Saône, et qui a été détruite pour agrandir TEcole vétérinaire, malgré une délibération du 22 janvier 18^6, délibération dans laquelle le conseil municipal critiquait cet acte de vandalisme en ces termes :

« Le conseil exprime de vifs regrets sur la destruction d'un édifice tellement remarquable, qu'à l'époque de la vente des biens des congrégations religieuses, l'église de rObservance fut formellement réservée, et qu'il eût été facile de la conserver par uho restauration bien moins coûteuse quuna construction nouvelle. »

J arrive à un |)0int plus délicat et que je prie la chambre de me permettre de traiter ; j'y mettrai tous les ménagements possibles; il s'agit de la liste civile. Jaborderai ce terrain avec tous les ménagements, avec tout le respect que je dois et que je porte à ce qui est souverainement respectable. Personne n'admire plus que moi ce oui a été fait à Versailles; c'est une des pensées qui honorent le plus le règne actuel, le |>ays tout entier l'admire et l'apprécie. Qu'il y ait des imperfections de détail, je ne m'en inquiète pas; c'est une grande, une noble pensée a laquelle je serai toujours heureux de rendre hommage, ainsi que vous tou>. (Adhésion générale.)

Mais iK)urquoi laut-il , en rendant cet hommage, que j'aie k signaler un lait qui ne me parait i^s d'accord avec la. nature de

flM4

cette grande entreprise. Je veux parler de la transplantation des statues funérairc's de deux rois et de deux reines d'Angleterre qui étaient dans Téglise où ils avaient été enterrés, à Fontevrault en Anjou, et qui ont été transportées, je ne sais en vertu de quelle'autorité, à Paris, pour être mises à Versailles. Je ne sais pas d*abord si on avait le droit d*enlever ces statues à Tendroit où elles étaient, à Téglise de Fontevrault qui appartient è TEtat. Et surtout j*en conte.ste la convenance, j'entends la convenance historique et artistique. Il ne s'agit de rien moins aue de Richard Cœur-de-Lion, d'Henri II, d'Eléonore d'Aquitaine, et Isabelle d'AngouJéme. Ces tombeaux devaient rester où ils avaient été fondés, c'est-à-dire à Fontevrault, c'est-à-dire en Anjou, près du berceau de la maison de Planlagenet, au cœur uo leurs possessions, dans une abbaye que ces rois et ces reines avaient entourée de leur affection spéciale, et qui était pour eux ce que Saint-benis était pour les rois de France.

J'ai vu, il y a quinze ans, ces tombes dans leur église; malheureusement il ne reste de cette belle église qu'une abside, qui sert de chapelle à la maison centrale de détention ; j'y ai vu cei' statues, j'ai déploré leur abandon, je l'ai siffnalé; je pensais, comme tout Je monde, qu elles méritaient d'être préservées, surveillées avec soin; car ce sont de belles statues des xu* et xiii* siècles, trèsrares, comme il n'en existe peut-être pas dix en France; en les signalant et en les admirant, je comptais les retrouver dans le site qui leur convient. Car qui est-ce qui s^en irait chercher le tombeau de Richard Cœur-de-Lion à Versailles? Richard Cœurde-Lion et Versailles, ces mots hurlent vraiment de se trouver ensemble j qu'y a-t-il de commun entre Richard Cœur-de-Lion et Versailles? Cependant ces statues sont à Pa^ ris; on les restaure ; c'est une chose qui m'effraye toujours quand j'entends parler de statues et de monuments en restaura^ tion ; mais enfin si cette restauration est faite, tant bien que mal, j'espère que tout le monde appréciera la convenance qu'il y a à ne faire qu'en mouler des modèles pour le musée historique de Versailles, et à restituer ces originaux à l'église pour laquelle ils ont été faits, et d'où ils n'auraient jamais dû sortir. (Adhésion.)

Maintenant, Messieurs, si la chambre'n^est pas trop fatiguée (Non 1 non !) je lui demande pardon d'avoir été si long, je lui dirai quelques mots encore sur les constructions mo- «lernes. Je viens de parler des constructions anciennes et des soins que le gouvernement y donne ; je voudrais dire deux mots trèscourts sur les constructions modernes, pour lesquelles tant de fonds^extraordinaipes,compléinentaires , supplémentaires, nous soni demandés dans la loi que vous allez voter.

Ces constructions se divisent naturellement en deux classes : les constructions civiles et les constructions religieuses; elles ont toutes à mes yeux deux qualités, si je puis ainsi parler, ou deux caractèrt» : elles

sont toutes ou à peu près toutes très-laides et très-<lispendleuses. Commençon^f par les églises, et ici. Messieurs, je regrette encore de ne pas voir à son banc M. le ministre de l'intérieur...

M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRAlIGiRES.

Il est malade.

M. LE COMTE DE M0NT4LEMBERT. JB De lui

^is pas un reproche de son absence : je la regrette; mais ce que je dis pourra servir peut-être à M. le ministre des cultes, qui esl devant moi et qui a à peu près les mêmes attributions, quoique ne s'appliquant pas précisément aux mêmes objets.

Le 2i septembre 1846, M. le comte Duchfttel a lancé une circulaire sur la construction des églises, où il s'est rendu malheureusement, et à son insu, j'en suis sûr, l'écho d'une certaine démonstration mala^ droite et ridicule qui avait eu lieu quelque temps auparavant au sein d'une certaine académie. 11 a lancé une sorte de condamnation contre les constructions d'églises entreprises dans le style chrétien , dans le Myle, j'ajouterai même national, créé en France, et qui a atteint en France ra(>ogée de sa beauté, de sa grandeur, le style ogival. 11 est dit dans cette circulaire « quil nn faut pas construire dans un genre aue rien ne mocive^ et qui, pour être convenaDlemeot exécuté, entraînerait les admininistrations municipales dans des dépenses excessives.» Eh bien 1 Messieurs, je conteste formellement ces deux assertions; elles sont Tune et l'autre complètement inexactes. Comment ose-t-on dire que rien ne motive le st^le ogival en France? Comment, rien ne motive le style ogival en France, dans ce pays qui est couvert, non-seulement dé ces magnitiques cathédrales que je vous signalais tjui à l'heure, mais jusqu aux derniers villages, de petits chefs-d'œuvre qui n'ont (>as leur égal dans les pays où l'architecture gothique a régné ? Non, l'Angleterre et rAlleniagne, pays que j'admire beaucoup et que j'ai beaucoup étudiés, je le déclare sans aucun patriotisme de mauvais aloi, sont loin d'à» voir des églises aussi admirables et aussi nombreuses que les nôtres ; et, encore une fois, je parle, non pas de nos cathédrales, maisde nos petites églises imroissiales, chefsd'œuvre de grAce, de délicatesse, de dignité et de convenance , comme on en trouverait cinquante dans un rayon de Quinze lieoes autour de Paris. Et c'est en présence detvs innombrables monuments que M. le ministre de l'intérieur vient nous dire que rien ne motive la reconstruction, la Kénération de ce style si national et catlunique dans la France catholique.

Savez-vous, Messieurs, ce qui n'est \H>\oi motivé? Ce sont des im'tations servîtes H stupides des monuments de Grèce on de Rome ; ce sont des Madeleines en petit ; ce sont ces éternelles copies du Panbenoo oa de je ne sais quel autre teo^ple païen, dont on alUige sans cesse nos regarda (adbésioo); et quand je dis copie, c'est parodie qet je devrais dire, car ce n'est que cela (nooTeUt

It05

APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU CATHOLICISME DANS L ART

liOO:

a(ihésion), et cela au mépris de toutes les exigences de notre culte, ae notre climat et de notre histoire.

Eh quoi» Messieurs, dans toute l'Europe éclairée, et notamment dans les pays que je nommais tout à Theure, en Angleterre et en Allemagne«on ne construit plus une seule église qui ne soit aussi conforme que faire se peut aux règles et aux modèles qui nous ont été laissés par les siècles chrétiens. Ni en Angleterre, ni en Allemagne on ne songerait désormais à faire une église dans un autre st^le que celui-là. Serions-nous donc les derniers à entrer dans cette voie ? Fautil que nous soyons le, comme pour les chemins de fer, en arrière de tous nos voisins? Je ne m'y résigne pas pour ma part.

Quant à la question économique, je déclare que là encore le ministre est tombé dans une complète erreur. Ce n'est pas sur ma parole m sur la parole de quelques amateurs, de quelques archéologues que je vous fais cette affirmation ; c'est sur la parole des architectes qu'emploie le gouvernement, le gouvernement lui-mdme oien inspiré. Les ]>rogrammes, les devis ont été faits, et non l>as seulement pour les grandes cathédrales, mais pour les églises paroissiales. Ces programmes ont été faits par les architectes qui ont été chargés par le gouvernement des travaux les plus importants de Paris; par M. VioMet le Duc, chargé des travaux de Notre-Dame et de Saint- Denis; par M. |lippolyte Durand, récemment nommé architecte de la ville de Moulins. Ils ont prouvé et constaté qu'il y avait économie à emplover dans de justes limites le véritable style cWétien, le 5tyle ogival, plutôt que le style classique.

On m'objectera peut-être une église construite par la ville de Paris, et que M. le ministre de l'intérieur a approuvée, Téglise de Sainte-Clotilde, sur la place Bellechasse.

Voici ce que j*ai à en dire. J'ai vu les plans de cette église; on a adopté pour cette église un style assez bâtard ; je ne veux pas le juger au point de l'art , mais uniquement à celui de la dépense.

On a adopté un gothique moderne, de décadence, mêlé, il est vrai, avec le gothique Êrimitif, mais qui doit, en vertu de ses déiuts mômes, coûter fort cher. On m'a dit que la ville de Paris estime les dépenses de cette église à cinq ou six millions.

M. LE COMTE DE RAMBUTEAu. Quatre millions.

M. LE COMTE DE MOlfTALEMBERT. Soit; C6

n'en est pas moins exorbitant : une église ne coûterait |»as cela, si l'on n'avait pas adopté le style gothique de décadence, dont M. le vicomte Hugo vous ex|iliquerait les imperfections beaucoup mieux que moi. One église conforme au style grandiose, simple et sévère que nous otfre à Paris Téglise romane de Saint-Germain des Prés , ou l'église ogivale de Notre-Dame, pourrait se bâtir à beaucoup moins de frais. Et, à ce propos, je dirai que je vois avec douleur, et je ne suis pas suspect en le disant, le système do dépense que l'on adopte pour les églises de la

ville de Paris. H semble que dans une ville comme Paris, où il n'y a pas quarante égli ses, tandis que dans une ville comme Parme il y en a près de quatre-vingts, le plus pressé serait de construire de nouvelles églises, simples et grandes, mais sans luxe, ce à quoi le style ogival primitif se prête admirablement.*^ Au lieu de cela, on prodigue Targent pour élever de loin en loiR deux ou trois temples de mauvais goût, où règne une magnincence de mauvais aloi, comme à Saint -Vincent-de-Paul, à Notre- Dame-de-Loretle, et à la Madeleine.

Eh bien,qu'il me soit permis de le dire, je le déteste ce genre-là, ie déteste le superflu quand il prend la place du nécessaire. Ce qui est nécessaire à Paris, ce sont des églises en grand nombre , simples , majestueuses , dans ce style de Saint-Germain des Prés ou de Notre-Dame, qui se prête si bien à la simplicité et à l'économie, en même temps qu'à la majesté et à la grandeur.

Ce qui n'est nullement nécessaire, et ce qui m'est odieux, pour ma part, ce sont ces marbrures, ces aorures, cette profusion d'ornements suspectset coûteux qui abondent à la Madeleine et à Notre-Dame de Lorette.

Et ce n'est pas seulement sous le rapport de l'art que je réprouve ces églises : c'est encore parce que aans ces églises si somp^ tueuses, les pauvres ne trouvent pas leur place. (Adhésion.) Il semble, en vérité, qu'elles soient trop riches pour y laisser entrer les pauvres. Oui, je déteste les églises où le pauvre ne peut pas pénétrer librement, jusqu'au pied môme de l'autel , où il y a tant de marbrures et de dorures, tant de balustrades et d'enceintes réservées, que les pauvres restent à la porte, ou à l'entrée de l'église, comme autrefois les pénitents publics. (Vive approbation.) Donnez-nous donc des églises moins ricnes, mais plus vastes et plus nombreuses, et où règne cette noble simplicité, qui est le premier apanage de notre art religieux et national, et le premier besoin de notre situation actuelle.

Un mot maintenant sur les monuments civils.

Je ne sais pas pourquoi, puisqu'il est convenu que dans le xix* siècle, on en est réduit à copier et qu'on ne peut rien inventer; je ne sais pas pourquoi, dans ce qu'on co* pie, on va toujours prendre ce qu il 7 a de plus laid et de moins national : ainsi on va prendre pour modèles de mauvais monuments grecs et romains, alors qu'on jiourrait trouver parmi les édifices de nos ancêtres d'admirables modèles, non-seulement d'architecture religieuse , mais encore d'architecture civile, domestique, politique.

M. LE FRflfCB DE L4 MOSILOWA. LcS afChi-

tcctes ne les connaissent pas.

M. LE COMTE DE MONTALBaiilEmT. VoUS avei

milFefois raison. Voici |)ourquoi ils ne les connaissent pas, parce que 1 académie des beaux-arts (je remercie mon noble ami le prince de la Moskowa de m'avoir rappelé ce fait important), parce que l'école des Beaux- Arts que cette académie dirige, ignorent

iî07

DtCTIONNAIRE D^ESTHETIQUE.

profondément notre art national et religieux* l^arre que les architectes que forme (^ette école, en sortent animésde cette même ignorance, et de l'hostilité que donne Tignorance. ^ Voilà pourquoi nous voyons partout, en France, dans toutes les constructions officielles, toujours les mêmes colonnes , les mêmes frontons triangulaires , les mêmes attiques, les mêmes pilastres, en un mot les mêmes mauvaises copies d*un ridicule modèle, adopté h tous les usages, qu*il s'agisse d'un théAtre, d'une église, d'une caserne, d'une bourse ou même de ce palais de justice de Ljon, pour lequel on vous demande je ne sais combien dans la loi que nous discutons. (Nouvel assentiment.)

£h bien, cela tient uniquement, croyezle, au pitoyable enseignement qu'on donne À l'Ecole àes beaux-arts, enseignement en contradiction directe et perpétuelle avec nos mœur$,nosgoûts,QOsfortunes et notre climat.

A ce sujet, un mot encore sur une cons* fruction qui nous intéresse tous, c'est le tombeau de Napoléon. Je trouve là précisément une partie des défauts que je signale et que je dénonce en ce moment dans le choix des sujets des bas-reliefs qui doivent former la principale décoration du tombeau de Tempereur. Ce choix me parait être aussi malheureux que possible.

D'abord ily eu a une raison morale et historique. On a choisi pour ces bas-reliefs des sujets empruntés non à la gloire militaire Je rempéreur,mais à sa vie civile et politique. C'est, à mon Kré, un choix déplacé. Je me souviens qu'il y a quelques années, alors que je critiquais aussi amèrement que je nouvais le faire, et comme je me réserve de le faire encore, le système d*ornementation adopté pour la chambre où nous siégeons, je ns la remarque que Turgot et Portails avaient ici des statues en pied, tandis que Napoléon,, qui a bien aussi quelque droit de figurer parmi les législateurs et les hommes d£tat, était relégué parmi les médaillons en clair-obscur. Là-dessus on s'anima d'un beau zèle et on me répondit, ce fut, je crois, 11. le duc Decazes : Quoi l un despote comme Napoléon 1

M. LK 9tc DECAZBs. Moi ? (Hilarité.) Les souvenirs de l'orateur le trompent complètement; je ne me suis jamais servi de l'expression de despote.

M. (JB COMT«. DB IfONTAI^EMBBRT. JO fmO

souviens parfaitement que cette objection m'a été Caite ; mais je vous demande pardoa de vous l'avoir imputée. On me dit donc : Mais Napoléon détestait la liberté, la tribune, les garanties constitutionnelles; aue voulez^-vous faire de lui dans une chambre législati/e? J^ivoue que 1& raison ne me sembla pas mauvaise et je me le tins pour dit. Hais aujourd'hui je viens la rétorquer à mou tour ^ et je m'étoone,.en vertu de ce

mêoie argument, qu*on vienne exposer exclusivement à Tadmiration de la postérité la vie civile de l'empereur ; je trouve qoe ce ne sont pas là les souvenirs qu'il importe de consacrer; j'aime et j'admire laviecifile du consul qui rétablit Tordre, mais non celle de l'empereur qui substitua le despotisme à Tordre.

A Tépoque où nous sommes, on n'a nul besoin de nous prêcher le despotisme, même dans les monuments. C'est, au reste, une opinion que j*émQts en fMissant.

Mais c'est surtout au i>oint de voe de Tart,. que le choix des sujets est ridioile. Comment ! lorsqu'on avait, dans la vie militaire de l'empereur, dans sa vie réelle, eoipreinte encore dans les souvenirs de toali la France, les plus magnifiques sujets qu'oa puisseoffrir à la sculpture, on s*en vachoi* sir, quoi? des allégories 1 Or, Hessiaars, de toutes les bêtises que l'iiomme ait janib inventées, la plus bête, selon moi, c*estrillégorte(vive hilarité), et je n*en veoipis d'autre preuve que ces affreuses peintures allégoriques que vous voyez ici dans souc plafond. (Nouvelle et plus vive hilarité.)

Voici donc, si toutes les voix de la prf«i ne nous trompent point, les allégories qa'cii a choisies pour orner le tombeau dèVe»

pereur. Je crois qu*il suffit de les Donner pour en faire sentir l*inconcevable ridicule. Ce sont : !• le Code civil ; 2* le Code péul; 3« le Concordat; *• l'Université; 5* rindg*trie;6Me Commerce. On a choisi le Co»

merce, probablement par égard pourleblO' eus continental. (Hilarité.)

rnpatr. C'est le blocus continental qnii ranime le commerce.

M. LB COMTE DE MONTALElIBBmT. 7* TAgri-

culture ; et 8** la Centralisation administntive. Comprenez-vous bien. Messieurs, lomi la beauté de cette allégorie (jui aura pov objet de rendre la centralisation admini^ tive? Quant à moi, je suggérerais à Partie de prendre pour emblème une uile de cartons verts. (Eclats de rire.) Je n en con{<tt pas d'autres.

Il suffit, je crois. Messieurs, de vous avoir dénoncé ce dernier exemple, |>our mooirff dans quelle voie fausse, absurde» peu nitarelle, antinationale, on s'engage, grâce i l'éducation déraisonnable de nos artisu»- C'est une ligne qui nuit à notre réputatifli et à nos finances ; car^ dans la vie publM|* comme dans la vie privée, le mauvais gôÉ coûte toujours plus cber que le bon gott: elle nuit à l'honneur de notre ^afefo^ ment et à celui de notre pays ;c est ^ quoi j'ai pris la liberté de vous en eotretetf un fieu longuement. (Marques nombrci^a d'approbation.)

(Extrait du ATonî/etir univenridaS juillet idf^l.l

APPENDICE. — DU VANDAUSME ET DU CATHOLICISME DANS L*ART

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