BEAU, BEAUTE
PAR M. DE RÊRATRY.
Vol. Vf, |N«. 506.
BeaUf beauié. Voilà une qualité sur laquelle, depuis Platon jusqu*h nos jours, on a disserté d*une manière contradictoire, faute de s'entendre, et, sur laquelle ou se fûl entendu, si, au lieu de se ieter dans des atistrations sophistiques on s était borné à suirre avec quelque fldélité les indications de la nature.
Le beau est ce qui plati par un côté moral ou physique, accessible à l'intelligence ou an sentiment; mais rien ne saurait plaire à une créature, sans satisfaire à un besoin quelconque : ainsi, suivant là nature des besoins, il existera diverses natures de beau,, qui toutes auront, pour titre h l'admiration oaà Tamour, les qualités les plus f>ropres è concourir aa biep-ètre de Tindfvidu et de Tespèce. L'amour, en s'attachant aux unes, indiquera un désir de possession plus intime; le respect et l'admiration en se déclarant pour les autres, révéleront une sorte d'impuissance d'y atteindre.
D'après ce principe, peu susceptible de contestation, le présent article demande à être divisé dans l'intérêt m6me.de la clarté des idées. Doués d'organes qui nous constituent dans un état de rapports permanents, et qui, depuis le premier jusqu'au dernier de nos jours, livrent notre âme aux diverses impressions des objets externes, nous aurons à parler du beau matériel; et eomme nous n'aurons garde d'oublier les moyens de communication qui existent enire nous et la nature, nous y coimprendrons le beau organique, sauf à les designer tous les deux par une appellation communo.Celle de beau physique leur conviendra d'autant mieux qu'elle est déjà familière à tous nos lecteurs.
Celui-ci a ses confins, par lesquels il louche h l'empire des émotions et des sentifiienis, toujours détermiaés par la conscience d'un bien-être oui, pour appartenir è un ordre de choses plus épuré, ne laisse pas de s'opérer par l'intermédiaire des sens, et souvent par les concessions faites à ces agents immédiats de transmission. Ce genre de beau, à la fois organique et moral, quoi-
que dans une nature diverse, suivant que létre aura son point central plus ou moins prolongé de ses plaisirs, méritera de nous occuper sous le titre de beau corrélatif.
Ici se dérouleront les touchantes et sublimes notions de la pitié» de Tamour, de l'abnégation, du droit et du devoir ou de ia justice, vaste domaine sur lequel l'homme ne saurait porter ses pas, sans se sentir trop
§rand pour. le rôle qui lui a été départi . ans l'économie sublunaire 1
Il est un autre champ de jouissances. où les organes, quoique toujours actifs, semblent s'effacer. Cependant, ils ne cessent pas d^étre les guides, sous la conduite des* quels Tâme s'échappe vers des régions plus* lointaines, pour y cnercher le noble aliment ile ses souvenirs et de ses ineflEables pré-voyances. Nous aurons lieu de remarquer que, dans ces sortes d'investigations, notre nature mixte se décèle toujours par quelque côté; à bien dire, elle nappète Tav^nir que toute pleine encore de la vie présente, et si elle s élance dans les cieux, c est pour y transporter ses affections terrestres. Cet examen aura pour objet le beau intelleeiuel.
Peut-être est-ce de la réunion de ces diverses qualités, que se composerait le beau idéal devenu accessible h la raison,, et alors il faudrait le voir dans le sujet où brilleraient par excellence les parties constituantes de la beauté positive, que nous avons tout à Theure passées en revue. Mais les idéalistes ayant imaginé, pour chacune, un type de convention, auquel ils ont attaché des avantages indéfinis, nous aurons beauœup moins à entrer dans leur sentiment qu'à le combattre ; car les conditions d'existence qu'ils ont imposées au beau idéal, le rendent impossible dans les trois catégories dont nous avons adopté Tordre, pour ne pas nous égarer au milieu de cette impop* tante discussion. Tout en recourant à une sage méthode, nous tâcherons d'éviter le reproche de sécheresse. En effet,^ parler da beau avec une triste aridité de style ou de pensées, ce ne serait ni le comprendre ni le sentir; dès le moment où la Qamme a brillé
lUI
sur Taulel, la prière du ponlife comme celte du peuple doit être fervente ; et si jamais le charme des ii)iages a été tout- puissant $ur Tesprit de Thommc, c'est ici qu'il faut qu'elles abontlenl, puisque la beauté la plus propre h captiver râmc» l'abordera toujours avec le cortège des grâces qui promettent le
λlaisir, des vertus qui le tiient ici-bas, en ui donnant un caractère plus noble» et des consolantes anticipations qui en garantissent la perfétuité.
Le beau d'imitation est en possession de fendre tous les autres ses tributaires, par l'entremise de» arts reproducteurs de la vie tnorale et active, conservateurs de la pensée humaine, rivaux et vainqueurs du temps qui (init par s'en venger à son tour. Ce sera, pour nous, l'objet de quelques aperçus rapides, destinés h compléter notre théorie. Celle-ci sera fondée sur des bases uses et immuables ; fidèle à tous nos besoins, elle ne craindra aucun désaveu de la nature, et, en cela même, elle sera digne de notre avenir, dès lors que l'avenir, malgré tous ses ftuages, tfent une place si distinguée dans uosuesoins.
Du beau physique, — Nous ne doutons pas qu'af)rès avoir déterminé les principes sur lesquels s'asseoit le beau moral et les règles qui le gouvernent» nous ne pussions prononcer, avec assez (Inexactitude sur son essence. La faculté de Tenvisager d'une mani^ absolue naîtrait rigoureusement de cette découverte ; (elle sera, à peu près, noire marche, quand nous aborderons celle })Artie de noire sujet : mais le beau physique et organi(]ue ne nous autorise pas h procéder ainsi, surtout en dehors de notre ei^pèce. Dans la création matérielle et apparenle^ tout est variable, suivant les êtces auxquels la question serait soumise ; tout est relatif, suivant les besoins de leur organisation. Allons plus loin : malgré la pompe de la nature et son magnifique ensemble, Il ny aurait rien de beau dans l'univers, s'il ne renfermait pas une seule intelligence susceptible de se mettre en ra()(K)rt avec quelques-unes des parties dont il se coml)Ose. ou de se les approprier, au moins, en esprit. £t si cette intelligence se bornait au choix instinctuel des éléments vers lesquels il lui serait permis de diriger, avec plus ou moins d'ardeur, les organes de son ressort, on n'en serait pas moins fondé à nier la présence du beau^ puisque personne n'en aurait la notion ; en dernière analyse, le beau, inème pris en un sens physique, n'a de réalité que parce qu'il se rencontre ici-bas une créature capable de le discerner.et de le reconnaître^ non-seulement dans ce qui la ton-* cbe privativement, mais même dans ce qui lui est étranger. Comment s'exécute cet acte? )iar une seule opération instantanée et qui se fait presque toujours chez nous à notre propre insu, opération de laquelle résulte on balancement mental des movens avec la Ou. La destination de félre brut est-elle remplie? occupe-t-il convenablement sa place dans l'économie du svst^me? l'être
animé a-t il été mis en possession de.œqui devait le conduire au soutien de sa vieclà la perpétuité de son espèce? le nion?eiiKnt de direction vers «:e double but s'exécoiet-il avec aisance? 'esi-il acrompagné de plaisir? car, le plaisir, comme niotif d'a^ livité et comme nien réet^ a dû entrer do» les plans de la nature. Enfin, y a-t-il icctmt des parties avec l'individu* de rîndivida arec la famille et de la famille avec le toot? Alors la beauté exisle. Ainsi (chose adoi-
qu'elle en aperçoive la trace dans ce qu'il r a de plus grossier et de plus matérier, l'eau, les arbres, la pierre, Tberbe des champs, comme dans ce ou'il y adeidos sublime et de plus relève, la lumière, li chaleur vivifiante de l'astre qui nous la distribue» les soleils resplendissants d'aoe nuit paisible, l'homme l Soyons-en certaiis. c'est princi|)alement la conscience de cctti condition remplie qui nous émeut h Vuy^ d'une riche campagne» dont les coteaux H lés vallons semblent s'eocbatner par lejn de leurs ombres et de leurs jours. Ce senti» ment nous suivra, sans que nous y pn* nions garde, du reptile venimeux justm'l b rose odorante; de la contemplation da cèdre pyramidal , avec lequel notre tm s'exalte, à l'examen de la mousse sur laquelle s'abaissent nos regards, et delà diMinière abritée modestement de son pan* mier, jusqu'au château que les ormes vieinent couronner de masses de verdure, Indis que les marronniers, garnis de km (leurs en forme de girandoles, lui servoC de portiques.
Ici, nous prétendons ne nous occuiierqoe des qualités |)hysiques des , objets : les se» en seront donc les juges ; encore cette niiiiière de s'exprimer est-elle imparfaite ;cv, ne perdant pas de vue notre principe, nous ne saurions oublier que Tidee du oeao oe s'établirait jamais dans notre esprit, s*il se s'y réveillait une notion, au moins vagaeei instinctuelle d'un bien promis, so;t qie l'être ait en propriété les qualités qui m sont le gage, soit qu'on Tadmette à en jouir par communication.
L'ouïe et la vue ont été mises en possession du privilège exclusif de donner on a* ractère de beauté aux sons et aux imigcs. C'est une eireur : la perception du beau st compose de tout ce qui alfecte avecdéli^ le sentiment. Plus ce dernier est diversement ému par les mômes objets, plus il»quiert d'intensité. Ainsi, quand nous arrêtons nos yeux sur une fleur, ce u'est p» seulement ^a couleur et sa forme qui iMKb attachent, ses émanations douces entrent ea ligne de compte de son mérite. Sans elle», la rose serait indubitablement moins L«lle. et la violette n'aurait de mention que dsfr les traités de botanique. Lorsque, dans m matinée de printemps» Tair est embaaitf pnr un léger souflle qui, suivant les f>oë(f^ vous laisse deviner quel e^t le bosquet l^•o*
APPENDICE. — BEAU, BEAUTE
mu
les zéuhyrs ont pillé lc.< trésors, certainement les prés et les valions s*embcl lissent d'autant h vos regards.
8i les formes sont belles pour la vue, elles le sont également f:our le toucher; ou plu* tôt elles plaisent princi|»alemcnt, parce que les yeui, d^une manière presque magique, les niacent sous le toucher. Vous diriez des explorateurs dépêchés, |iar le sentiment, vers une terre lointaine et [tlantureuse; leur rapport lui apprendra bientôt ce au*il doit attendre de plaisir par rintermédiaire du plus parfait de ses organes et de celui auciuel il est })eut-étre le plus intimement uni. Nous sommes |)ersuadés que la' saveur de la j éche, de Tabricot et de la |)oire, entre, comme élément principal, dans Tidée reçue de leur beauté; pul n*cn doutera, s*il remarque qu'il est une foule de fruits et de fleurs, indigènes ou [exotiques, que nous ne cultivons pas en Europe, |>arce que les unes sont Inodores, quoique d*un riche émail, et narco
3ue les autres, malgré Tagréablo régularité e leurs formes, ne renferment rien, dans leur pulpe, de pro))rc h tlatter le |)alais.
Ces observations u^ont garde d*étrc minutieuses, dès qu*elles nous conduisent à rectifier nos idées sur le sujet que nous traitons. Le beau physique (il est temps qu on rapprenne), dans 'la matière brute, ne sau-. rait être plus convenablement api^rérié que l^ar sa concordance avec les êtres organiques, et dans ceux-ci, que par les avantages tJont ils sont personnellement en possession, ou qn*ils garantissent aux créatures avec le8(|uelles ils soutiennent des rapports. Dans cette estime de la beauté, tout est relatif et rien n'est arbitraire. Le sentiment en est le seul et vrai juge. Cependant, pour ranimai, il n*est que des ap|.étits, des satiétés €i des jouissances sensuelles : pour nous iseuls le beau existe; seul, Thomme en a la conscience, parce que, seul, il est capable d>ntrer dans les intentions primitives, de suivre Tenchatuement des causes et des fins, de connaître Tharmonlequi règne entre les diverses créatures, et, ce qui est plus digne d'attention, de se coordonner de fait et de l^ensée avec elles. Ainsi la sphère du beau doit s'étendre dans la juste mesure des progrès de Tesprit. Les lumières, en eiïet, venant à éveiller des besoins nouveaux, tout ce qui contentera ceux-ci participera d*une beauté réelle, pourvu qu'ils ne soient pas .le fruit adultère d'une nature menteuse et corrompue.
Les idées archétypes, que Platon faisait émaner de la raison suprême et dont il confiait le dépôt aux archives célestes, ont longtemps servi de l^se à la philosophie la plus élevée. £n admettant cette source unique de beauté dans les formes comme dans les actes moraux, on se croyait prêt à répondre à tout, et on acceptait l'inconvénient de
j[l055) Auatyfe de la Beattié^ destinée à flxer les liées vagues qu*on a «tu goût, traduite de Tanglais, de GuilUiinie Ilogartii; Paris, an Xlt, 2 vol. io-8".
(1050) Voyez notre Examen phitoiopliique du
n'expliquer rien. La plus éminente des créations organiques a donné 'lieu à un autre système peut-être moins satisfaisant., quoique Winckelmann , Haphaël-Mengs , MM. Watelet, Lévêcrue et Hogarth surtout* se soient étudiés à I ériger en cor|is de doc* trine. Quand ce dernier nous dit que la beauté de la figure humaine consiste dan» l'emploi des lignes ondoyantes et serpentines (1055) que nous apr.fend-il ? en vérité, bien peu de chose ; car encore faudrait-iï savoir ))Ourquoi la ligne ondoyante et la ligne serpentine flattent nos regards. Jusque-là, on pourrait se demander si elles sont pourvues d'une qualité quelconque en rapport avec nos besoins, ou si elles renferment une vertu mystique, dont il ne nous serait donné ni de pénétrer le secret,, ni de contester la puissance. On sent ce
3u*un pareil langage aurait aujourd'hui 'extraordinaire; comme il n'est |)oint d'effet sans cause, on aurait lieu de s'étonner que ce qui est destiné h nous affecter le plus fortement, fût cela même qui, tout en se produisant sans voiles à nos yeux, ne laisserait pas d*échapper aux recherches de notre esprit. Les vrais mystères sont asseï nombreux sur ce globe terraqué, pour que nous nous dispensions d'en accroîtra le nombre.
Dès qu*on a bAti un système, on s'efforce de l'étendre à tout; aussi ces lignes serpentines et ondoyantes sont-elles inditfé--^ remment appliquées, par les adeptes, è la corne du bélier et à un corset, aux candélabres et aux os innominé.^', à l'homme et h la femme, h l'enfant et au vieillard, à la jeune fille et au grave philosophe, à l'Antinous et au Laocoon,* tellement qu'avec le même lionheur Hogarth vous les montrera sur la tête d'une Vénus du Guide et sur celle d'un Jupiter Olympien. Cela est contraire à toute vérité, cela est absurde! D^abord, la fameuse ligne serpentine est assez rare sur la figure de Laocoon, dont le cor|>s, contracté par l'énergie de la douleur, est coupé d*une multitude d'angles et de ressauts ; quant à ses deux enfants, la ligne droite y domine, autrement ils ne seraient pas dessinés avec fidélité, puisnue celte ligne est atfectée, par la nature méme,^ aux deux sexes, quand ils approchent de Tadolescence. Ayons, encore le courage de l'écrire : il n'y a point de beauté, avec l'acce|)tion ordinaire du mot, dans la tête du Jupiter Olympien. En tenant ce langage» nous entendons parler de cette beauté pi*oprement dite, que nous avons définie ailleurs (1(^56), et qui est destinée h plaire |)ar les promesses réciproques, dont elle flatte les deux moitiés de resjièce humaine. Qu'y a-t-il donc de digne de nous ravir dans cet admirable reste d'antiquité, où le ciseau, avec une audace téméraire, s*est hasardé à
traité du Beau et du Sublime , d*Efnmantiel Kani, avec le texte il« ce traité, i vol. in-8». llo&s»an8«* Ti-èles, libraires; Pari», iHÎ3.
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DICTIONNAIRE DESTUETIQUC
Hkï
chercher, sur le marbre, la pensée divine? Tout ce que Hogarlh n'y a pas aperçu et rien de ce qu'il y a trouvé, lorsque, descendant du sommet des cheveux à la pointe de la barbe, il n*a vu que des lignes ondoyantes et serpentines.
Etfectivement, la mesure de la tète humaine y est excédée en longueur, ce qui vient de ce que, contre la coutume adoptée par les sculpteurs grecs d'abaisser Tos coroiial, il est ici très-élevé. Par suite, Tidée de deux fronts superposés se présente nalurel- Icnient à Tesorit. Comme ils sont creusés de rides parallèles, comme le supérieur semble déborder i inférieur, et que la chevelure, qui le couronne et Tenveloppe à Tinstar d*une forêt, Uisse ignorer où il tinit, il est évident que, sur notre échelle, il y a exagération de la boite osseuse. Or, c'était ce que voulait ]*artiste. L'intelligence, figurée par la capacité cérébrale, étant ce qu'il y a de plus grand dans l'univers, il crut que son Jupiter devait paraître sous la forme la plus propre è la révéler. 11 ne se trompa pas : dès qu*il ^'agissait de Tarbitre suprême des mondes, c'était hors du type ordinaire qu'il fallait rhercher des proportions. Cependant, après avoir dédaigné les formes humaines, l'art allait confesser son impuissance, s'il ne se rabattait sur la seule chose peut-être qui nous soit commune avec l'Eternel et dont notre visase ):orte Tempreinte. Dans l'intérêt même de la vérité il ne restait qu'à outrer celle-ci : la tête olympienne s'allongea, et la jiensée y parut daus toute sa profondeur (1057).
Puisque ce genre de configuration, ainsi que nous venons de le démontrer, n'appartjent nullement au beau physique ou organique, il trouverait mieux sa place dans les j^a^es que nous réservons pour le beau intêUectuel ou pour le beau dHmitaiion, par lequel il a été reproduit sur un concept spécial. C'est, sans doute, le seul essai de Tart, «lont on doive rapporter l'honneur au beau idéale admis comme création ou plutôt comme combinaison nouvelle des éléments fournis |ïar la n?»tui*e.
Jl n'est pas dans nos goûts de passer pour des ouvriers de destruction, bien qu'aux yeux du sage, la ruine d'un préjugé soit une conquête; après avoir ellacé la ligne ondoyante et serpentine, en tapi que cause ef- Uoiente de beauté, essayons de lui substituer quelque chose : Tes êtres animés (et Thomme occupe le premier rang parmi ceux-ci) doivent disposer librement des organes dont ili ont été mis en possession. Au moins, cette liberté ne doit avoir d'autre limite que celle du but vers lequel la nature les dirige. Tout ce qfti favorise, en eux, cette tendance, peut être envisagé comme
une perfeclion, et par conséquent cooimt une beauté. La courbure, plus ou moiiu prononcée des lignes, n'y fait rien. Im jambes droites et sèches du cerf, qui, dans ses moyens de vélocité, trouve sa plus sfim défense, sont belles comme les plis siniieu et arrondis du serpent, auquel, faute «b pieds, qui eussent été pour lui un embamsi il importe de se glisser rapidement k traveo les feuilles desséchées et les bruyères. U faculté accordée à ce reptile de se replier sur lui-même i)our mieux s*élancer sur st proie, et la progression onduleuse de sei. anneaux sur le sol, étaient des nécessités de la place qui lui a été assignée dans It présente économie. Le lézard» pourvu de pattes, se rapproche de la couleuvre par si texture ; mais il n'en a pas les formes cylindriques et fuyantes dont il pouvait se passer. Partout rbarmooie des moyens aicc le but est la suprême loi ; elle détermine égilement le mérite de ce qui est soumis à notre examen, d'où il arrive que les êtres, sortis de \st main du Créateur, iiossèdefil tous le même desré de perfection aux yeu de l'observateur philosophe ; seutemeDt,'leir éclat s'accroît, pour le vulgaire, des npports qu'il leur découvre avec nos bc^Mûi, ou avec les objets tombés euxriuèaies dus 1^ domaine de nos jouissances.
Le corps humain peut être considM comme un seul organe ou comme un système d'organes, tous susceptibles d'ôie étude spéciale, puisque chacun d'eux, fir une destination particulière, concourt ib conservation de 1 ensemble. Doué d'une &culte locomotive indispensable à sa dorfe l'individu doit souhaiter que ses membie» s'y prêtent avec souplesse. Dans Tétat di station, qui ne lui est pas moins naturel, d leur demande des mouvements analogues è son travail journalier et à ses plaisirs dénies» tiques; mais la variété des attitudes exigé» est un résultat de diverses courbures, et les relations des membres, soit avec Ja téte,àoii avec les autres parties de la personne, m s'elTectuent que par une déviation Goatinuelie de la ligne droite. C'est pourrépaadre à ces vues que notre charpente osseuse se subdivisant, se compose de vertèLini. d'apophyses, de conJyles el de joiniures qui, sans cesse humectées de synovie, ou un jeu facile de rotation. S'il u*en était aios^ notre corps semblerait d*une seule pièce comme un squelette d*airain, et Tactiociib bras, la plus importante de toutes, sew: toujours excentrique. Recouverts vv *'tissu cutané, gouvernés par les neris doa iU reçoivent 1 épanouissement, lesinuscia sont les cordes motrices de ce mécanisu Un voile a été jeté avec sagesse sur ce \nvail. Plus la trace en est dissimulée, msf
(1057) Suivant Lucien, Pt'riclès niérila le suinom d'Olympien par une analogie pareille que, dans leur mauvaise humeur, les Âtlieuitns parodiaient en comparant la lét * de cet lioinme d*E(aL à certains lûgnons allonges de TAliique. Cli i nous, un autre lioninie d L'ai , ai:ci< n membre du coiiàcil prive,
offre quelque chose de sembl^ible daiis la cooCiiMe lioQ de son sinciput. Les moyens inteiler tttds f^ fermés sous le double front de Tancien député Irsf çais, parlent en faveur du procédé qui a é^ i** par Mirbel Ange, lorsciuM a taillé la tétceitsa*^ de son Moïse.
APPENDICE — BKAU, BEAUTE.
aossi Taspect en est pénible pour rœii. Voilà an des titres de la beauté humaine dans les organes !
Expliquons, sur ces données, le mystère de la ligne ondoyante spé( ialement aftectée AUX fentlnes par quelques éerivains modernes, Quoique Hogarth ait prétendu lui accorder plus de latitude. Suivant nous, elle n*est ({ue l'annonce d'une conformité aux intenrtions providentielles, là où elles nous intéressent plus particulièrement. Quand on lui rapporte, d*une manière tout à fait directe, le charme qui se trouve dans la taille d'une jeune fille, on ne s'entend pas seulement avec soi-même. Ce charme vient d'ailleurs, et vous l'aurez senti, ^)eut-ètre, sans vous en rendre compte. Un instinct secret vous aura parlé mieux que Hogarth, à Tinstant où, sur un tableau, sur un marbre, ou même sur le modèle, une chute de reins d*un des^ sîn pur et correct aura eu votre approbation. Vous n'aurez pensé ni à la ligne ondoyante, ni à la ligne ser()entine; mais vous aurez vu trois conditions essentielles imposées à la femme s'accomplir par ce trait, qui ne le cède en beauté qu'à ceux de la face, parce que cette dernière, en- promettant des qualités morales, donne oncore plus au bonheur. D'abord, une taille, dans les proportions familières à votre œil a dû avoir votre sutTrage, comme présomption de santé et d*une agréable flexibilité ae buste, en faveur du sujet qui en a été gratifié; ensuite, vous n'aurez pu vous défendre de ces retours Sym|fathiques sur vous-mêmes, qui sont communs ici-bas aux êtres de la même espèce et de deux sexes conviés par l'Eternel a se chercher et à se servir mutuellement de supports; enfin, d'une manière plus obscure, mais non moins réelle, cette pente déclive et qui, par des accidents heureux, se relève -[)eut-être assez brusquement, sans que la vue s*en offense, vous aura dit que les intérêts éventuels d'une troisième créature ont été ménagés. Observez bien que; tians cette rapide analyse, l'accord des moyens avec la fin, domine toute la matière, et qu'il n'est pas une des beautés de la compagne de Khomme qui, passant par le même examen, n'obtînt la même justification.
Le sexe fort a été dessiné à l'angle, ou au carré selon quelqi>os artistes : si l'autre a été dessiné à la courbe ou même au cercle, c*est que, par cette seconde configuration, propre à satisfaire deux sens, surtout quand ellB se revêt d*une douce épidémie, un appel est fait aux désirs. Ces désirs et la volupté qui les accompagne, comme nous Pavons déjà insinué, sont le premier moyen auquel la nature ait recours pourTexécution de ses plans. Voulant établir une société entre deux êtres, est-il étonnant que la sagesse créatrice la commence par un bonheur sensuel |>our lequel elle les a coor- - donnés ? LMnditTérence les eût tenus chacun h l'écart; la douleur leur eût commandé la fuite : il ne restait donc (lu'à les ra))procher l'ar le plaisir. Des qualités plus attachantes se découvriront bientôt ; l'instinct a parlé :
le sentiment épuré aura son tour; aiusi que les corps se sont cherchés, les Ames se cher^ cheront et se trouveront; mais le lien esl formé et c'était l'essentiel.
Nous croyons avoir prouvé que, si, dans Tordre de la matière et de la nature animée^ certains êtres nous chcrk*ment plus que d'autres et sont proclamés beaux par excellence, c'est que nous en attendons plus; c'est même qu'au mérite d'être, d*une manière abstraite, parfaits dans leurs formes^ comme toutes les créatures, ils joi^^nent ce-^ lui d'être plus directement appropriés à no& idées ou à notre usage. Les goûts nés des tempéraments ou provoqués par les clfmats les mœurs même, répandront encore leur»
nuances sur les jugements portés; à cela, rien d'extraordinaire : les besoins sont différents, les appréciations doivent s'en ressentir. Quand les uns sont factices, les autres risquent beaucoup d*être trompeuses;, il n'est guère de peuples qui n'aient passé parla; car c'est une des tristes conditions de notre humanité. Nous avons vu le beau physif/ue à sa source : le beau moral ou corrélatif, sous notre plume, va jaillir du même principe, seulement l'application eii sera plus étendue et embrassera de plus no-^ blés objets.
Du beau corrélatif. -- Tous les hommes naissent avec une disposition d'humeurs et de qualités propres a fonder le caractère, sous lequel ils sont destinés à se produire un jour. Quels que soient leurs efforts subséquents pour vaincre cette tendance originelle, elle percera dans les actes de leur vio privée et souvent de leur vie publique. C'est une ligne dont la trace est sujette à s'altérer par le frottement social, qui se décèle assez, de temps à autre , pour qu*à la> faveur de ces points de reconnaissance»
l'observateur puisse en suivre la direction primitive. Plus ou moins, nous appartiendrons toujours à notre jet proJucteur; cela devait être : l'éternel artisan n'avait d'au**^ très moyens de varier sou œuvre dans l'humanité et de donner à chacun des membres dont elle se compose, une phvsionomie dis-^ tincte. L'esprit pur, multiplié jusqu'à l'infini i)ar une puissance absolue, n'eût présenté 3uun soûl et même résultat, iususceptible e modifications. L'homogénéité des Anes étant une couséquence obligée de leur création admise en dehors du monde organique, pour avoir des êtres dissemblables, quoique marqués au mêo^ fyp^t i^ fallait qu'ils fussent composés: le problème a été résolu par l'adjonction de Tcsprit à la matière, et la moralité de notre espèce est sortie de cette fusion, dont le beau travail mé-; rite d'être placé sous les yeux du lecteur.
Un sentiment intime, centre de relations externes et d'émotions latentes, gouverne chaque système animalisé; ce sentiment commence par obéir à un instinct que l'opération de la |»ensée, de deçré en degré, élève à la plus haute intelligence. Si dans les êtres des classes inférieures» rappétit créé par les besoins re»;oit de ceux-
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DlCTIONNAlUi;
ci la simple impulsion qui mène à les satisfaire, dans les créatures placées au sommet de rérhelle, dont Thomuie occupe le point culminant, l'appétit est raisonné; les lumières le dirigent, les obstacles sont appréciés, les périls sont prévus, évilés, ou affrontés avec courage' enfin une balance s'établit au sein de l'individu ; et, dans Tintérét de la vie sentante on assimilante, ses actes né manquent jamais do recevoir une détermination, cercle infranchissable dans lequel a été retenu Tôtre que la sagesse ordonnatrice ne voulait pasT admettre encore à la moralité I Voilà tout ce qui lui est licite, il n*ira \uks plus loin ; mais c*est encore beaucoup, car une voie assez large lui est ouverte vers le seul bonheur que comporte sa nature, et attendu qu*il peut y marcher avec toute Taisance de ses mouvements , il nous a déjà fourni l'idée du beau organique ou physique : Thomme seul nous donnera le beau moral .
Ici la balance que nous avons vue s'établir entre les appétits de Tanimal et ses moyens instinctuels de jouissances et de conservation, change de poids. Elle va llotter entre des besoins encore plus impérieux, puis- <]a'ils s*accrotôsent de toute la force d*une imagination active, et puisqu'il suffit souvent d*un acte instantané de la volonté pour les assouvir; elle va flotter, dis-je, entre ces besoins et le devoir.
Qu*ost ce que le devoir? c'est le fruit do Tarbre lumineux dont Dieu lui-môme est la tige;c*estle sentiment de l'équité fondée sur les rapports d'être à être; c'est la conscience du droit égal qu'ils ont au bonheur, comme enfants do la môme familJe; c'est le cri de la conscience toujours prête à opérer une substitution de notre être dans le sein do l'être qui souffre, surtout lorsqu'on a ▼iolé, à l'égard de celui-ci, les saintes lois de la justice.
Il n'est pas d'homme, chez lequel l'esprit ne jette assez de lumières pour le conduire sans aberration, au respect de ces réciprocités. Essentiellement protectrices de l'ordre ou plutôt productrices de l'ordre, elles sont indispensables entre iÏQS êtres, dont un granu développement d'intelligence amènerait la prochaine destruction, s'ils n'étaient arrêtés par aucun frein. Or, comme il se présente des conjonctures (et elles sont assez nombreuses) où, en se conformant à ces lois, rinilividu est forcé de fermer l'oreille à ses désirs, môme de fouler aux pieds ses propres besoins, on dit alors de lui qu'il pratique la justice. Grand éloge pour l'homme public, insuffisant pour le simple particulier! Mais, quand cet acte est le produit d*une résistance intime plus ou moins laborieuse, il est toujours noble, il est beau; il peut môme devenir souverainemenlBEAu.
C'est ce qui arrivera toutes les fois que la balance, dont nous parlions tout à l'heure ,
(I0:;8) Par exemple, en ne rrroiinaissnnl p^is leur itieiui.é devant leslribuiiaux, ou en les laissa*. l k'évatif r, coinniJ il arriva ^ plusieurs é'Migrés de
D*£STHET1QL'E lîlS
offrira, dans un de ses plateaux, les besoias et le droit personnel de l'être, et, dans l'autre, le seul intérêt d'autrui ; c^r, «eus la protection du droit, le besoin |>eiit se satisfaire sans aucune violation du devoir; maii si, au milieu de ce mouvement oscillatoire, le droit et le besoin ligués sonl vaincus «o nrofit d'uir intérêt étranger, j^adoiire la beauté du libre arbitre humain. Dès ce okk ment, la moralité, en prenant le caractèri de Tabnégation, entre dans la route da sa* blime, auuuel il n'est donné d*atleindre que .par un oubli raisonné de soi-même, ouaa moins par un ajournement volontaire du bonheur.
Ainsi l'abnégation, décidée par un sentiment tendre, sera moins belle que celle qui Erend sa source dans la seule pensée do ien qu'on peut faire à autrui et du aial 2u'on peut lui épargner. La raison n'ea chapi>era à personne; c'est que ce sentiment tendre, s'il appartient à Tamour, asa douceur en lui-même; ou que, s*il procèJi de la pitié, sa voix a quelque chose de too* chant et de sinistre qui ne permet |ias d? passer outre , sans se séparer, arec ow sorte de déchirement de Vespèce humaine, conmie quand un affamé vous demande dt pain, un voyageur du secours contre m meurtriers. Dès qu*il résiste k i« cri, l'homme est éteint. Loin d*en attendre riei de BEAU, apportez le linceul, et soyez assuré qu'un peu plus tard, le drap funèbn ne couvrirait qu une pourriture Tieillic.
Le sentiment , guide trop souvent ince^ tain dans la morale publique, n'est )«» exempt do périls. Quelques hommes o'oot été grands qu'en lé mettant à Técart, oaHiitôt qu'en substituant, à un de ces sentimeob naturels auxquels, pour l'haruionie de i'easemble, la généralité des Ames doit rester toujours ouverte, un de ces sentiments profonds qu'une forte méditation va réfeiller dans les cœurs magnanimes ; non f^as qaa nous prétendions remplacer, par de^ fertu» d'emprunt, celles dont la Providence dou^i imposé la douce loi. A Tinstant où noib tenons la plume, il s*offre une occaMoii de mettre, sur ce sujet , notre idée dans sob vrai jour : à Dieu ne plaise que nous biimions le gouvernement qui, par ses sagt> lenteurs, a annoncé le projet de gracier le? soldats français pris dans les rangs esi»agoo(i pendant la guerre de la Péninsule! .Vjib ra[)prouvoHs même, car cette guerre a reacontré tant dop|K>sition dans les esprits et dans les intérêts des deux peuples, qni plusieurs, elle n'a semblé qu'une guerre<> fantaisie. Mais si l'étranger débordait ^ frontières, si dans ce moment critique w> bataillons s'ouvraient pour laisser des traa»fuges passer à l'ennemi, nul doute qoec épargnant, a()rës le péril» le sang des ow* pabies, il faudrait au moins j procéder d*u:^ autre manière (1058) ; car un pareil atte&u
Quiberon, facilité dont un grand nombre ne «41. p»s prott.er, eu dégoùi d'une vie mailieurvtt»'-
f^IO
APPENDICE.^ BEAU, BEAUTE
éianl une fois légalement reconnu » la pitié, qui ne le punirait pas, serait aussi bien une c^ùse de ruine pour un pa^s qu*un outrajjc à la morale publique.
L'amour de la natrie est d'autant plus beau que , dans les jours prospères , il s'enivre de jouissances communes a tous, et
3ue dans ceux du )»éril, il se nourrit encore 'abn<^gations. Il élève Tâme, en la dominant ; c'est le seul joue qui n*avilisse pas, la seule obédience que Y*on puisse pousser jusqu'à la servilité. Mourir LM)ur un maître, n'est rien; les esclaves ao l'Egypte, sans gue I*histoire leur en sache gré, consentaient bien è aller s'éteindre, avec les lampes sépulcrales, à côté des squelettes embaumés de leurs princes. Mourir [ otur la patrie est beau, et sera réputé beau, tant qu'il existera sur la terre un peuple en corps de natioir!
C'est pourtant ce sentiment qui a rendu barbare le traitement auquel les Ilotes étaient soumis à Sparte, et atroces, les jeux du cirque de Rome. Pour nous occuper de ces derniers, jusqu'ici assez mal contpris, nous dirons que les combats de gladiateurs étaient jiresque une institution publique. Le sénat les regardait comme un moyen de tremper pins fortement les âmes. Aussi l'usage voulait que toutes les classes do citoyens y assistassent. La jeunesse y accourait; les femmes y avaient un rang marqué fwir celui de leurs époux, et les vestales, dans toute la pompe de leur dignité religieuse, y prenaient jplace. En présence do ces hommes consulaires^, triomphateurs du monde, et de ces vierges consacrées h la desserte de Tautel le plus redoutable, le gladiateur se produisait avec ses formes athlélic|ues. Sa vie, comme sa mort, appartenait à ceux qui le regardaient; celte idée le suivait dans l'arène, où sa défaite devenait ordinairement le siznal de son tréjias, à moins que frappé du glaive, il n'annonçât, par ja contenance ferme, cette vigueur de caractère que l'on voulait inculquer à la jeunesse; son grand moyen de toucher était de pousser l'énergie jusqu'à une sorte de grftce, dans les dernières convulsions d'une vie prête h s'éteindre et aliandonné«3 aux caprices d*un publie amateur d'agonies, sorte descène dramatique qui avait alors ses diUttanti. Si la victime se réimndait en plaintes, si, la nature venant à rentrer dans ses droits, elle semblait seulement souffrir, i l'instant Tintérét Qu'elle inspirait lui devenait fatal. Dès qu'elle ne pouvait qu'affecter douloureusement les spectateurs, ceux-ci se hâtaient de se débarrasser de sa vue, comine d'un objet pénible; les mains se dressaient avec le pouce levé ; le poignard d'un adversaire heureux la perçait au cœur, et aussitôt elle disparaissait de l'arène, où d'autres joutes faisaient naître successive-
ment de nouvelles émotiims , dont la cause était récompensée ou punie de la même manière.
Ainsi, par commisération, ou plutAt pour échappe^ h la commisération, on devenait inhumain, et on profanait l'auguste sentiment, dont le plus bel emploi est de nouj associer à la douleur d'autrui. Tel est l'as* pect sous lequel doivent être envisagés lea combats de gladiateurs. Ils formaient une page sanglante dans la constitution du |)ayB, comme 1 ilotisme lacédémonien en fournit une autre dans l'histoire, hélas 1 bien variée, de la dégradation humaine. Pour créer des vertus factices, on renonçait h des vertus naturelles; et pourtant la Pitié avait un temple h Rome (1050) !
Comme individu, comme citoyen, l'homme peut immoler, avec générosité, les sentiments les plus doux à son cœur et rester dans la ligne du beau; mais les nations, soit qu'elles faussent ces sentiments, soit qu'elles les méconnaissent, ne s'en écarteront jamais qu'à leurs risques et périls; car elles n'ont pas de plus riche patrimoine. C'e.<t sur cette règle qtie le sage est appelé à les ju^er; suivant qu*elles l'auront enfreinte ou suiviet il les dira barbares ou civilisées*
Qu'est-ce que Ton prise le plus dans la vie des peuples ? A queîs actes de leurs annales Tadmiration s*attache-t-elle par préférence? Kst-ce h leurs conquêtes et à leurs irruptions? Non, puisqu*alors il faudrait décerner des palmes aux Vandales et aux Attila I En temps de paix, ce sont les vertus civiles qui sont belles. Ainsi serez-vous émus, voyant tout un peuple, à l'occasioa d'un vers d'Eschyle, saluer, du titre dliomme de bien, un de' ses plus grands hommes; vous admirerez le même peuple repoussant, sur le rapport du même citoyen, l'iniquité facile qui pourrait lui assurer Tempire de la Grèce. En temps de guerre, c'est la valeur des habitants, employés à la défense du territoire, qui recevra des hommages. Tous les exploits qui ont signalé les troubles du Péloponèse seront oubliés, que l'on parlera avec enthousiasme des immortelles journées des (irecs contre les Perses accourus pour les asservir; comme ouvrant cette scène de prodiges, enfantés par Tamour de la patrie, l'affaire des Thermopyles no cessera d'avoir des droits sur h-s cœurs généreux. Voilà pourquoi une épitaphc de deux ligiuîs, encore sévères par les devoirs qu'elles rappellent, est enviée, depuis deux mille ans, à trois cents braves, J)nr les bravos de tous les pays. On voudrait avoir été avec Socrale à Polidée ; on sait gré à ce sage de s'y être trouvé et d'y avoir combattu vaillamment, parce que, s'il est quelque chose de plus beau que de se livrer, avec un cœur droit, à des études philosophiques, c'est
(t059) Nous sominos cnlrés dans ces détails , parce que jusqu^à présoiil les jeux du cirque ne nous Si'iiibleiit avoir été saisie, dans leur vrai senA, |)ar aucun écrivain modeiiie, sico n*cdt par M.dcThei^, élégant et souvent profond auuur du \vynge de
Poljfclèle. Lessiiig, dans son Laocoon, a entrevu la vérilé qui, sur ce sujet, semble avoir ècliapiNÎ à Cicéron lui-même, du nioin« si nous en jugeons par le secon.t Lvre de ses Tuscuiaucs,