‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 162 sur 167 · V2SI · texte numérisé non relu

V2SI

DICTIONN Allie D*ESTUETIUUE.

d'acquîUer enrers TElat la dette conlraclée

Earlous, dès l'instant où le secours de notre ras devient nécessaire à tous.

. Par la même raison, nous ne chercherons les plus beaux moments de l'histoire romaine, ni dans les jours où le consul Mummius enrichissait sa ville des débris du sac de Corinthe, ni dans ceux où Paul-Emile traînait captive, à la suite de son char, une famille de rois : nous les demanderons plutôt è Camille, dans son exil, sollicitant avec soumission, de la patrie qui le chasse, le droit de la défendre; nous les demanderons è ce sénat qui, après la bataille de Cannes, rendait grâces au général Tércnlius Varon, de ce qu'en survivant h une aussi grande défaite, il n'avait nas semblé désespérer du salut de la république. Louera-t-on les Suisses de ce qu'ils répandent leur sang avec valeur pour les nations qui les payent, et dont la destinée leur est étrangère? non, encore une fois 1 mais à la vue de l'ossuaire do Morat composé des restes des Bourguignons qui venaient asservir THelvélie, le passant, quel qu'il soit, sentira palpiter son cœur d'une sainte haine, et, si une arme pend à son côté, il y portera involontairement la main, comme prêt k entrer dans la querelle de la liberté contre la tyrannie et le despotisme.

Parmi les plus célèbres combats que nous avons livrés pour fonder, chez nous, le nouveau régime, ni Essling, ni léna, ni Friedland ou Arcole ne tiennent la première ')>lace, quelque considérable qu'ait été leur influence sur les destinées de l'Europe. Nos

Îrandes affaires , à nous , seront à jamais emmapcs et Flourus, parce qu'à bien dire, c'est par elles que nous avons assuré notre indépendance. Une journée encore plus belle peut-être, brillerait dans nos fastes, si une victoire décisive avait préservé nos champs de la prés('nce de l'étranger. Les hauts faits d'armes ne sont rien en eux-mêmes. L'em-

1)loi de la force physique sera vainement leureux ; pour qu'on radmiro, il demande à êlre ju^ti(ié par un grand intérêt moral; les actes par lesquels les nations se réhabilitent sont beaux comme ceux par lesquels elles établissent leurs droits; et quand on a eu le malheur de se laisser envahir, il dut au moins avoir à montrer, à quelque temps de là, l'ossuaire de ses ennemis !

Labnéealion e^t interdite aux nations, tandis qu elle devient le plus beau titre de gloire des individus : à qui les nations se sacriOeraient-elles en effet? à qui se doiventelles, si ce n'est à elles-mêmes? Athènes consentant à périr pour un de ses rois, serait une anomalie dans l'ordre des sociétés; mais Codrus induisant les soldats des Héraclides è verser son sang royal, pour assurer à ses concitoyens la victoire promise par l'oracle, fait une chose belle, dont le prix s'accrott moins de la valeur du sang versé que de l'immense résultat du sacritice. Je ne sache qu'un seul intérêt qui doive primer l'intérêt des peuples : c'est celui du genre humain ; car les droits de l'espèce entière.

toujours représentée \yar une exacte observation de la justice , marchent avant ceux des empires qui n'en sont que des fractions. Rome a foulé sous ses nieds ce principe, et le monde connu a été écrasé par son orgueil; Kome a immolé la terre à son (idîeux système d'asservissement universel ; Rome est cou()able, maisses citovens furent grands*

E'uisqu ils surent s'immoler aux intérêts de ome.

Bien examinées, bien mesurées, les qualités ont pour règle d'appréciation l'étendue du cercle dans lequel elles s'exercent. Nous n'aurons, par conséquent, jamais une autre base sur laquelle nous puissions asseoir les divers degrés du beau moral. Le célilMitaire qui, dans les calculs d'une sage prévoyance, travaille pour lui seul, ne mérite 'aucun élose ; c'est beaucoup qu'il ne soit pas répréhensible. Transportée au ^)ère de famille, cette prévision commencée prendre le caractère d'une vertu, quoiqu il soit ap^ielé lui-même à en partager les fruits. Une administration bien ordonnée dans les affaires de l'Etat se présente avec des droits t)ien plus marques à l'approbation, fiarce que le nombre de ceux dont elle assure le bonheur est encore plus considérable.

Les vertus et les crimes ne sont |K>int stériles de leur nature : plus les unes font d'heureux et les autres de malheureux, plus est grande leur importance. Plus on s'oublie dans la vertu, plus l'action est belle; plus on songe à soi dans le crime, plus'il est hideuf ; desortequeTune a, pour terme, la satisfaction d'autrui aux dépens de son auteur, et l'autre la satisfaction de l'auteur, au détriment des tierces personnes. S'il est interdit à l'honnête homme de se dépraver lui-même par un excès dans ses jouissances, ce n'est fuis pour lui seul; c'est parce que, chacun abusant des mêmes facultés, la société se composerait bientôt d'êtres énervés ou corrompus. Partout il existe une sorte de surveillance mutuelle de la vie intérieure et des plaisirs domestiques : considérée sous ce rapport, elle n'est point un mal.

Enfant cruel de l'ésoïsme, le crime, s'il n'était entrepris dans l'intérêt d'un avanta^çe

Itrésent, ne serait, chez les plus grands scéérats, qu'une démence, féroce; el la vertu qui n'améliorerait le sort de personne, n'en mériterait pas le nom. Tous les cultes ont eu leurs bonzes et leurs fakirs : mais un bonheur réfléchi, une perfection morale de l'être et une douce chaleur de seutiment,

Eage de la ]>aix des familles et de lattention icnveillante du Créateur, étant évideounenl le but vers lequel doit graviter, la raison humaine, les seules pratiques par lesquelles on peut y i^arvenir, méritent nos suffrages. Dès lors la boauté des actions se trouve fixée par le même principe aui communique de l'éclat aux mouvements bien ordonnés de la structure organique. L'amour qui, en per* pétuant l'espèce, ert rend cKaque moitié agréable è Tautre; l'amitié qui les enehatne sans acception des sexes; la pitié qui rrnl lcsexisiencessolidaires.de leurs maux; il

APPENDICE. — BEAU. BEAUTE

justice qui conduit tous au respect des droits d*uif seul; la générosité. qui demande une . approtNitipn » un souvenir d'intérêt ou une larme, pour Tor dont elle se détache, pour son bonheur actuel qu'elle sacrifie et pour son propre sang qu*elle donne, constituent plus ou moins le beau moral ; parce que ces sentiments sont ce qu'il y a de plus propre, au monde, à maintenir Pindividu en paix arec soi-même, les sociétés en harmonie, et le genre humain dans un état de sécurité. Kn portant nos pas sur le domaine du beau intellectuel, nous allons reconnaître qu'il n*est nullement étranger à celte origine.

Du beau intelleciuei. — Plus nous avançons dans le sujet sur lequel s'exercent, ea ce moment, nos méditations, et auquel il nous est donné de recorder les grands intérêts de la vie, plus nous nous trouvons do ressemblance avec ces voyageurs, dont le hagage s*allége à mesure qu'us approchent du terme de leur course. Nous sommes entrés dans les opérations de Tinteiligence, «vec un gros cortège de sensations : en ' poursuivant notre route, à peine aperce- ▼rons-nous, à nos côtés, les serviteurs les plus distingués de cette escorte.

Un centre d*émotions nerveuses, auquel aboutissent et duquel s'échappent, comme autant de tentacules, les organes explorateurs de la vif externe, a été notre point do départ; forcés déjuger les objets sur le rapport de ces délégués, nous avons consulté leurs impressions, nous les avons même raisonnées, avant d'établir notre estime du beau physique; moins confiant dans l'examen (lu beau moraU mais obligés pourtant d'admettre les aperçus de ces guides comme bases de certaines réalités, nous leur avons accordé le droit d'apprendre à l'homme, oà est le plaisir, où est la douleur; car * si on leur contestait ce droit, nous n'aurions ici-bas qi.e des vertus sans combats et des sacrifices ions mérite ; mais nous leur avons dit également :

« Il est d^autres plaisirs que celui que TOUS donnez, il est une autre douleur que la vôtre; nous chercherons ceux-ci, |»arce «|ue vous nous avez conduits à les pressentir; nous éviterons celle-là, {>arce qu'elle est amère et que vous ne nous en préservez pas. Le vide do notre Ame est trop grand, (tour que vous puissiez le combler; son intelligence est si accoutumée è devancer vos récits , que vous comprenant à demi mot, elle prétend h quelque chose de mieux que ce que vous avez à lui offrir. Vous lui avez servi la volupté, et dans son exigence nouvelle, elle a voulu do l'amour, I |>arce que la volupté lui a enseigné qu'elle I pouvait l'amour. Pour lui épargner des peir nos sympathiques, vous lui avez demandé i de la'pitié. Elle a fait plus, elle vous a ré- $ pondu souvent \yar la bonté, toujours par la < justice. Vous lui avez appris àcltérir la vie, ; et la vie lui paraissant trop courte du tini à 4 riBfini,elle s'est élancée dans l'immortalité.

Vous l'avez passionnée, pendant un jour, pour le beau physique; après quoi vous lui avez montré le beau moral dont le précédent n'est que l'image : à présent elle n'aura de re|x>s qu'à ses yeux vous ne fassiez tourner» sur leurs gonds d'or, les portes du beau intellectuel. Pour atteindre jusque-là, comme serviteurs indignes, elle cherchera à vous tenir à l'écart, elle vous outragera, elle vous accablera de ses mépris ; contestant vos bienfaits, elle conspirera contre vous; après vous avoir réduits à votre plus simple expression, elle voudra même vous chasser de sa présence; et pourtant elle ne vivra que des souvenirs que vous lui aurez amassés, elle n'imaginera rien où vous n'ayez à réclama votre part, et si, dans de plus riches campagnes, réelles ou fantastiques, elle dresse la tente azurée de son repos, c'est que vous en aurez encore enfoncé le piquet. »

11 est certain que l'âme humaine jetée dans la région de l'existence terrestre a vecv ses organes, rappelle, à beaucouf) d'égards, l'Arabe du désert qui s'engage, avec ses chameaux, dans les sables brûlants de la Syrie; 11 avance et il consomme les aliments dont il a chargé ses montures, puis il se nourrit de leur lait, puis il les immole tour à tour à sa soif, puis il arrive seul, heureux d'avoir apporté, sur lui, des ri':hesses d'un poids léger, ou des valeurs composées de signes, avec lesquelles il va relever Téditice a'uno meilleure fortune. Tel est l'homme, quand il entre dans la vie ; tel est l'homme, quand il en fort, son seul mémorial à la main. Les sens l'ont presque toujours délaissé au terme ; mais ils lui ont servi iK)ur y parvenir. Que Jevient-il alors? l'insuflisance de ses joies et la surabondance de ses douleurs le lui ont dit ; sa faim, non apaisée de la justice, le lui a crié, fût-ce contre lui-même : il va recommencer.

Le beau intellectuel ne saurait exister sans l'idée fondamentale d'une sagesse conservatrice. 11 ne prend encore de* consistance dans notre esprit que par l'idée de l'avenir; et l'avenir lui-même ne se conçoit bien que dans le sentiment de notre perpétuité or^ ganique : c'est dans le temps, c'estdans l es|»(ice, qu'il faut être. La vie est le grand mystère du temps et de l'espace. Elle est le secret des mondes, secret diversifié sans doute comme les différentes économies auxquelles il se rapporte (lOGO). L'homme cessera-t-il jamais d'être homme ? Nous ne le croyons pas : ainsi qu'il a eu ses épreuves, il aura ses rémunérations en cette qualité ; il n'est probablement pas dans sa nature de la perdre. Peut-être lui sera- 1- il accordé, un jour, de se couvrir d'un vêlement incorrup tible, sans qu'il soit rien changé au principe . radical de son existence. Ne serait-ce pas là pourquoi, lorsque nous essayons, en esprit, de gravir les cieux, nous ne saurions nous dispenser d'y traîner à notre suite, nos débris les plus chers de cette vie rérissable? Le métaphysicien y arrive tout brûlant du

i< (1060) MuUœ mansioM» êunt in domo Pains ma. (Joan. xiv, 2.)

Dli.TIONNAIRE D*ESTI1ET1QUE.

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