‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 163 sur 167 · IS5G · texte numérisé non relu

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désir de coniiattre ce qui esl échappé à ses recherches, et le géomètre ne s'y transporte qu*avec ses lignes et ses angles'; car le beau intellectuel aura toujours pour objet, les vérités les plus importantes de la morale ou de la physique. Or, la morale, comme nous Tavons vu, n*est que le respect des rapports, dont les besoins organiques, bientôt domestiques, et ensuite sociaux, ont formé la chaîne entre les hommes ; Tétude des sciences naturelles consiste également dans un examen de rapports : la sagesse de ceux-ci, leur connexion avec les êtres animée», Tcngrenage des parties, le balancement des masses et l'harmonie du* tout, pénètrent Tâme d*une admiration qui ressemble à de la joie. Pourquoi de la joie ici, si, dans cet accord universel, il n'y avait quelque chose qui ne nous fût propre, et qui ne fût en contact avec notre existence prise dans son sens le plus positif? Telle esl la première source du beau intellecluer, vérité qu'il nous sera facile de fortifier d'une contre-preuve. Quand, U nature sembliuit en guerre avec elle-même, les éléments s'agitent, le soleil se voile de nuages, la tempête rnde et la nue se déchire à grands tou])S tonnerre, ce n'est pas uniquement de l'effroi que nous ressentons. Notre âme souffre, comme si elle était atteinte par quelque côté, ou au moins menacée par un désordre qui l'attaque dans son nrincipe. I^ vie morale et intellectuelle lui donnant une promesse de perpétuité, tout ce qui parait mettre en péril cette perpétuité la consterne; «lie en sort étonnée* comme le vase qui a reçu un coup de feu dans la fournaise.

ijà découverte d'un beau théorème de mathématiques nous réjouit, témoin le taurobole offert par Pythagore en reconnaissante delà célèbre démonstration du carré de rhypoihénuse; au contraire, la rencontre, dans un livre de nou-sens, ou de pensées dont nous ne pouvons nous justifier l'exactitude, nous lasse et nous mécontente ; bien plus, elle nous afllig;e, parce que notre ûme est identique au vrai. Nous demandons comment définir le vrai dans les arts, dans les sciences et dans les lettres, s'il n'est, ainsi que nous l'avons entendu de la morale, un respect des rapports et une conformité des doyens avec la lin ? I^ vrai paitage le privi« légedu juste : tous les deux supposent et renferment implicitement des notions d'existence corrélative; car tous les deux ne se rendent sensibles que par l'apftlication de la possession au droit et de la qualité è l'objet. Que cette application soit négative ou positive, qu'elle se réalise en dedans ou en dehors de nous, suivant que les lois de l'ordre sont observées, elle nous plait où elle nous blesse. Le jugement inique qui frappe mon voisin m'irrite, comme si j'en portais la |>eine ; j'admire la combinaison des forces centripète et centrifuge qui retient les planètes sur la tangente de leur orbite, comme si j'étais Tautcur du système où elle esl dénioiilréc. Celte nature de beau inteltiirluel a d'aillant plus de prisse sur mon es-

rit, qu'elle l'oblige à remonter plus liaut. I y a même encela quelque chose de caractéristique de notre destinée : nje serait-il en effet donné de percer dans ces abtmes mystérieux du lemns, de rcsjiaee et de la puissance, s'il ne m était permis de mV retrouver? Plus la main, qui lança ces globes dans le vide, est forte, plus j'en attends. Le calcul exact de la conjonction de deux sphères, la simple prédiction d'une éclipse par un élève de six mois en astronomie, à mes yeux, équivalent à la plus belle démonstration de la vie future. Cette démonstration y est en germe ; au moins pourrait-on l'en extraire par induction. Je le demande : qui .m'aurait autorisé à me coordonner à ces études, à y prendre goût, à m'en occuper par delà le ^lobe terraquéqui me porte, |>ar delà l'horizon qui me circonscrit et le temfis qui me dévore, si j'étais un élément tout k fait destruclib!e de cet univers» dont je me mets en quête, comme si déià nous étions liés indissolublement l'un à l'autre?

L'intelligence élevée à la moralité a tout tiré de l'état de doute; mais l'intelligence susceptible d'embrasser Te beau inlelleciuel, serait une aberration inconcevable de notre nature, si, allant plus loin que la moralité même, quoique moins nécessaire que celleci à la vie corrélative, elle n*ap|>araissait sur la terre, comme un messager radieui chargé de raconter ce que l'œil ne peut voir et ce que l'oreille n'a jamais entendu.

Cependant les sens ne laissent pas de jouer ici leur rôle : le philosophe d'OEgine, suivant ses prof)res expn-ssions, écoutait l'harmonie des corps célestes ; disons mieux c|est son œil qui la voyait. Cet organe, en s'enfonçaut, par ses nerfs, dans les profondeurs de l'encéphale, et en se prêtant admirablement aux effets d'une pers^>ectiTe fuyante, nous donne les premières notion> de l'infini matériel. Nous" lui devons par conséquent, l'idée du sublime dans la nature, idée qui nous force de nous oublier devant l'objet de notre admiration, dussions-nous nous relever ensuite avec audace en sa présence, ainsi que le dévouement qui, dans les actes de la vie de relations, est la vraie source du sublime d<* mœurs, nous efface, h nos propres yeux, auprès de l'objet de notre sacrilice', sauf le droit inhérent à toute existence, qui s'iuimole sciemment, de chercher ailleurs son indemnité et de se i^nstitueren permauenre de vie quelque autre part.

L'idée du lieau intellectuel et eelle de DiBij sont indivisibles. Elles s'appellent Tune l'autre; où je vois briller celle-ci, je suis bien près de tomber sous la puîssauce de celle-là; l'une est la fin, l'autre le moyen. La contemplation du B(*au (physique couduit au beau moral, le fait désirer même. Nul doute que le beau moral ne soit également un degré à franchir par tout esprit qui se dirige vers l'élude du beau intellectuel : •'« fusion de tous les deux, |K)ur user d'uo mot consacré par un auteur anglais, constituerait l'angéliquc humain : mais cro>ons-ii«

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APPENDICE. — DE AU, BEAUTK

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le benu moral est le Vréi lebme que se pro- I)Osa le Tout-Puissant, quand il résolut la création de la vie animée. S*il a permis le beau intellectuel » c'est comme aiguillon dans les recherches des hommes méaitatifs, dont les travausc agrandissent le cercle des connaissances patrimoniales de notre espèce, comme salaire de leurs nobles ? eilles^ et peut-être comme consolation des grandes âmes qui ont tu avec douleur se briser les liens par lesquels elles se rattachaient eu beau organique et cor^61atif. Quelquefois encore le sage sarait tenté d^ trouver une transition vers une meilleure nature.

Au reste, ^intelligence est tellement belle en principe» soit que, sous Toeil armé du microscope, elle scintille dans le ciruji, soit

aue, dans le savant stadieui, elle s'élance *un foyer de lumières, que, nulle part, on ne lui contestera ses droits au respect. La méditation, dont elle est lobiet, tient, entre toutes, la même place qu^elle occupe ellemême dans Tunivers. Partout où Je sage en reconnaît les vestiges, il s*inclinê, il adore. Après qu'il a admiré le beau organique de la Vénus de Florence, le beau intellectuel du Jupiter Olympien, quoique en fait contraire AUX règles du beau organique, le saisit et IJétonne. Il y voit, sur une échelle inférieure, un grand problème résolu par équation.

On veut une sorte de beau intellectuel . jusque dans ce qui semblerait le moins propre h Toffrir. A la guerre, sur ce théitre de douleurs^ rinielligence est appelée pour régler les mouvements d*un aveugle courage. C'est à elle et non à la force téméraire qu^n décerne la couronne. Le front du général qui, peut-être, n'a jamais été exposé au péril un seul moment, s'ombrage plus des lauriers de la victoire que celui du brave, dont la main h fait mordre la poussière aux bataillons enneiûis. Si quelque chose au monde mérite d'être remarqué, c'est cette inégale distribution delà louange. Déjà, par elle, rhomme se revendique ; il apparaîtra bien plus grand» lorsque les combinaisons de Tesprit, cédant à leur tour le pas à Texanien du droit» Téloge n*ira chercher, dans leurs chefs, que des armées citoyennes» et

S|uand le blême poursuivra, jusque dans eurs succès les hostilités injustes.

Cei-i nous mène à quelques autres aperçus confirmatifi du système, dont nous souhaitons que la forte étreinte embrasse dans i son ensemble ce traité analytique. Nous n'aurons garde d'oublier qu'entre toutes les i études et toutes les recherchent qui se rap*" I portent au beau intellectuel, ou qui peuvent $ en réveiller l'idée, le premier rang apparia tiendra toujours aux méditations, desquelles I nous pouvons attendre un surcroît de vertu» f de bonheur, de dignité et d'espérance. Il ^ n'est pas une religion qui n*ait eu ses dogf mes et ses mystères; une philosophie qui 0 ne se recommande par sa ()artie spéculative; ^1 une physique qui, à la suite de ses investi- ^ gâtions audacieuses fnuisque le compas ^ d*Uranie à la main, elle ne iiarcoort rien ^ moins que les cieux)» n'abonde en conjcc-

DlCTI0?i3(. o'EsTnÉTIQLE.

tureSi Eh bien! que reste-t-i) de tout cela? les seules pensées et les seules découvertes qui» mettant riiomme pins spécialement sous la protection d'une main paternelle, le conduisent» par la [perspective d'une vie meilleure, à perfectionner sa vie du moment présent. Géomètre transcendant où Platon rêve et contemple. Newton a dû reculer davantage les limites du beau intellectuel. Chez nous» J.-J. Rousseau est un des écrivains modernes qui en ont le plus agrandi la sphère» parce que toutes ses méditations rentrent dans la vie positive^ à laquelle elles sont susceptibles d'être appliquées. Descartes posa les bases prédieuses sur lesquelles, sauf restriction, il faudra désormais construire. La philosophie dont Kant est le fondateur» bien qu'admirable dans quelques parties» ne se soutiendra pas» faute d'accorder asset aux besoins du cœur et du sentiment; elle périra dans le vide qu'elle va créer autour d'elle. BufFon a manqné de fond comme physicien ; comme philosophe, il a donnée son pays le goût du beau intellectuel, par la publication de ses Epoques de la nature. Les plus grands succès obtenus par les lettres» depuis quatre mille ans» déposent de la nécessité de satisfaire à cette exigence de notre esprit.

Kn ce sens» les pages du cheick arabe do la Bible vont infiniment plus loin que celles qui furent inspirées au solitaire de J*lle de Pathmos. Les premières» en effet» après avoir arrêté les yeux de l'homme sur les ])lus grands phénomènes dont il soit entouré, ramènent sa pensée sur lui-même» le placent en face de son Créateur^ qu'elles interrogent avec hardiesse et qu'elles adjurent, au nom de nos propres misères, de nous accorder la part de félicité qu'il a renfermée dans la simple conséquence de son acte productifs La poésie de Job est d^une mélancolie profonde, parce que, envisageant l'existence humaine par son côté triste et fâcheux» il eu tirait ses arguments en faveur d'une indemnité. Montrant la plaie» il a[)pelait le remède ; nos titres il les relevait de la poussière des tombeaux; nos droits» il les demandait à nos douleurs. Avec la capacité de sentir celles-ci» il se plaignait d'avoir épuisé jusqu'à la lie la coupe d'absinthe* 11 y a beaucoup de philosophie dans cette manière de plaider la cause de l'avenir, et je ne sache pas qu'aucun moraliste ait été plus concluant. Rien» en effet, d'anssi décisif en cette matière que de commencer par dérouler, à travers l'immensité de la nature, le pouvoir irrésistible de l'arbitre des mondes» et de l'entourer de tout l'appareil d'une ))ompe orientale» pour le constituer ensuite en tort avec l'homme» quanta la vie présente. Ici l'amertume de la pensée fait preuve; elle devient un appel sublime à la vie future : c'est» par conséquent» fonder l'immortalité. • Du beau idéal. — 11 seraU, dans l'accei»tion reçue» une perfection des trois natures de beau que nous venons de décrire. Mais avant d'admettre cette perfection en principe» notre première loi est d'oR reconnatlrb

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DICTIONNAIRE O'ESTHETIQLE.

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la possibilité. Or, à commencer par le beau intellectuel, je ne sache pas qu'on puisse souscrire h cette perfection. Pour se jeter dans les nuages, on n*en a pas les aperçus plus lumineux; on aura beau idéaliser les objets, il faudra toujours conserver le signe par lequel on se les représente. Les religions du Nord et de ]*antique Calédonie ont beaucoup plus de vague que la religion des Grecs dont elles sont au moins contemporaines, et que celle des Chrétiens, chez lesquels une offrande, à la fois réelle et figurative des biens de la terre, fut substituée àlapterre du pouvoir. LeTénare et l'Elysée, comme continuation de la vie, offraient une prise à Timagination des peuples. Les dieux d'Homère animaient la nature; en quelque sorte, ils devenaient visibles par la création entière dont ils n'étaient que le symbole. Aujourd'hui la grande promesse que l'Ëvangile fait planer snr le globe civilisé, l'action

f)ermanente d'un être bon et souverain dans 'économie physique, sa présence dans l'économie iDorale et les formes môme adoptées pour la reproduire par les cultes les moins embarrassés d'emblèmes, ont un aspect plus positif que les visions d'Ossian, hls de Fingal. Queluue vaporeuses que soient ces dernières, elles sont loin d'égaler les autres théologies en beau intellectuel; ou plutôt ici la divinité s'évanouit, faute de

{)oints de contact avec notre nature, et, à brce de volatiliser les substances, on les oblige à se dérober aux veux de l'esprit.

Par les espérances qu elle met en dépôt au fond des cœurs, la doctrine de l'Evangile est une mine féconde de beau intellectuel. Comment cela s'opère-t-il ? C'est que, n*dyant rien précisé sur la nature des jouissances réservées à une autre vie, elle laisse à chaque imagination le soin de tracer un plan de bonheur, d'en construire l'édifice et de l'embellira son gré. Remarquez bien que chacun y apportant, pour me servir d'une expression vulgaire, le mobilier à son usage, la condition la plus agréable à tous est remplie. L'ami, le père, l'enfant, l'époux, le |>hilosophe, le savant, les grands citoyens, les cœurs généreux auront leur pAture ; il n'est pas jusqu'à l'harmoniste qui ne soit assuré de la sienne. Par privilège, une grande indemnité attend le malheur; lisez le discours de la Montagne : il a tout prévu.

Nous entendons parler, tous les jours, du charme de mélancolie attaché à la lecture des poésies erses. Quoique cette assertion vienne d'une femme justement célèbre, nous oserons douter de son exactitude. Pauvres et vides de pensées, sous leur enveloppe descriptive, ces compositions refroidissent le sentiment encore plus qu'elles ne l'attristent : vrai désert où l'âme se sent abandonnée et défaillante, leur monotonie fatigue. Si vous y cherchez le beau idéal (en nous supposant d'accord avec l'acception de ce mol), je vous dirai qu'elles sont d'autant plus éloignées devons l'offrir, qu'elles pèchent par défaut de beau intellectuel ; j'irai plus loin, eu affirmant que c'est Teffet d'un

manque de positif, basé sur tes vrais besoins de notre texture mixte, dans un système raisonné d'épuration organique.

Ce serait se tromper étrangement, que de croire parvenir au beau intellectuel par l'idéal. Ce que nous alfons dire semblera toucher au paradoxe et est pourtant de toute vérité. De ce grand nombre de cultes par lesquels la terre est gouvernée, celui

3ui prête le plus à l'idéal est, sans contreit, le mahométisme, et uniquement parce qu'il est le plus matériel. Une seule desdeux natures de l'homme ayant été consultée dans sa rédaction dogmatique, l'imperfection du système est palpable. Touteiois, combien d enthousiastes le Koran n'a-t-il pas faits 1 dans quel délire, dans quel v»gue d'idées il plonge ses prosélytes! De là le caractère rêveur des Orientaux : ce qui rend, pour eux, toute inaction pleine de charmes, tout sommeil suivi de délices. Chez un peuple barbare, les succès d'une doctrine qui accorde autant aux sens, ne pouvait être douteux; car que l'un se souvienne bien que, plus une nation sera pauvre, abaissée, privée do droits et de lumières, plus il faudra que >a religion se matérialise ; mais aussi on remarquera que, dans la même proportion, elle deviendra idéale et mystique. Alors la société sera infectée d'un 'mélange ridicu.e d'idolâtrie et d'ascétisme : vous y verrez abonder les gens à visions, à extases, à révélations et a miracles, espèces d*ètres d'autant plus à plaindre et à craindre, que, par les croyances les plus grossières dans leur source, ils ont été totalement enlevés à la vie positive. II ne nous convient pas de soumettre les fondations du christianisme à un examen particulier ; nous les acceptons telles qu'elles nous sont offertes par son livre classique. Seulement, nous nous permettrons de remarquer que si, dans des vuei supérieures, il a commencé ses conquêtes par la classe infime de la société, aussi loiu que l'histoire puisse reculer avec lui, elle le voit s'agréger ce qu'il y avait de plus remarquable dans les deux empires d'Occident et d'Orient. Les riches et les philosophes l'adoptèrent. A une autre époque, celle du moyen Age, il s'étendit en surface; mais, il faut l'avouer, alors aussi qu'il devint plus populaire, il s'appropria davantage k des imaginations disposées à en attendre sans cesse quelque chose de surnaturel; ce fut la cause de sa tendance vers l'idéalisme, dans lequel, sous l'influence des signes matériels, la superstition entre comme élément obligé. L'esprit humain s'entoura d*illasioQs, il nagea dans le vague de ses propres idées; et c'est vers cette région vaporeuse qu'aujourd'hui voudrait nous rejeter l'école rumantiaue, qui réclame niaisement ces jours de ténèbres. L'idéal veut de la foi ; mais une foi qui nest pas éclairée est bientôt idolâtre. De ce coup d'œii rapide sur une matière qui mériterait toute seule un traité, nou> devons conclure que Tidéal n'est point admissible dans le beau intellectuel, ou qa*il n'en serait que la dégénération.

APPE^ICE. — BEAU, BEAUTE

Encore moins pl^cera-l-on le beau idéal dans la vie corrélative. Au contraire des dons de Tesprit, la vertu n*est susceptible de s'élever ni de descendre» suivant les conditions de la vie et les accidents de l'éducation. Guidée par un pur rayon de lumière qui illumine toute Tespèce, elle marque tous les hommes d*un même sceau de grandeur, tandis que le vice leur imprime le même cachet d'ignominie. Les délicatesses de la pensée, les attentions d'un bon naturel, les ruses aimables du cœur, et tout ce doux et touchant cortège dont s'entoure une bienveillance active, sont communs au villageois et au citadin qui n'a pas laissé la corruption flétrir ses qualités morales. Le visage de la femme la plus obscure s'embellit autant aux yeux de son Créateur, lorsque, à laçortH d'une chaumière, elle ouvre sa main devant le pauvre, que celui d'une reine répandant les Dienfaiits sur les degrés du trône. Rendons grâces au ciel de ce qu'il n'y a point de beau idéal dans la vertu ! Celait la manière la plus sûre de nous prouver qu'elle est accessible à toutes les positions et indépendante de tous les revers, sauf les torts qui nous feraient déchoir dans notre propre estime.

Reste donc le beau idéal organique, sur lequel nous serions peut-être autorisés à nous taire, tout en contestant son existence, si nos précédents ouvrages (1061) avaient été assez heureux pour tixer, l'attention du public. Dussions-nous perdre ici le mérite de la nouveauté auprès de quelques-uns de nos lecteurs, nous essayerons de raviver, dans ces dernières pages, un petit nombre de nos idées principales sur ce sujet.

Lcssing, après s'être demandé dans son Laocoony où est Tidéal de la beauté corporelle, trouve « qu'il réside principalement dans l'idéal delà beauté des formes, mais aussi dans l'idéal de la carnation et de l'expression permanente. »

A quoi il ajoute « qu'il n'y a point d'idéal pour le simple coloris, dans lequel il ne voit qu'une application locale de la couleur, ni pour l'expression transitoire, ordinairement violente, et dans laquelle la nature ne s'est rien prescrit de déterminé.

Or, en donnant, par analogie, suite à ce raisonnement, TidéaJ de la beauté des for- ' mes (pour peu qui nous devions y croire) a une qualité tixe et permanente. Si cette qua- I lité lui est essentielle, elle doit remonter ^ plus haut, et alors l'idéal résiderait dans les t. productions organiques en rapport elles- } mêmes avec un type primitif; car certaineî ment i^elui-ci possède quelque chose de I plus arrêté que la carnation et l'expression I permanente. D'une autre part, comme il est destiné à se transmettre à travers les générations, il ne reste qu'à reconnaître, avec le même écrivain (1062), que l'idéal se trouve

(4061) Examen d<% Kant, sur le beau et le sublime.

^^ IhL Beau, dans les arts d'imitaiion, chez Bos-

\ »ange frères, et Audot, libraires. Paris, 18i2, t8i3.

(1962) Pages !276 et 277 de la Uraduction du Lao-

dans la perfection des formes corporelles déterminées par le type : ce qui nous oblige, pour parvenir à la connaissance de la beauté, de préciser en quoi consiste cette perfection.

Nous l'avons déjè dit : c'est dans le rapport exact de chaque partie avec le tout, et dans la concordance des moyens avec la fin. Cette condition étant remplie chez tous les êtres qui n'ont pas été soustraits aux lois de leur organisation, il en résulte que le beau idéal s'y réduit à uu beau positif déposé dans des formes, devenues levage du bonheur et de la perpétuité des individus, en conséquence des plans éternels. L'imagination la plus hardie essayerait en vain d'introduire un autre genre d'idéal dans le domaine animé, soit par une modification, soit Îar un déplacement d'éléments constitutifs, elle était sans doute la pensée du célèbre chancelier Bacon, lorsque, avec beaucoupdo sens, il affirmait crue « le peintre qui, pour représenter une Vénus, déroberait des traits à plusieurs modèles, ne produirait qu'une beauté de fantaisie très-imparfaite, parce qu'elle n'imiterait pas le désordre gracieux et Timperfection même de la nature. »

Tout en nous rangeant à l'avis de lord Vérulam, nous prendrions nos motifs autro part et nous ne les tirerions ni du désordre, ni de l'imperfection prétendue de la nature, qui surmonte jusqu'aux obstacles accidentels, pour se mettre en harmonie avec elle-même dans ses productions les plus défectueuses. Quant auxautres, on ne saurait y voir qu'un tout plein d'accord, où les changements seraient aussi impossibles que les substitutions de parties. 11 n'est pas de figure, régulière ou non, où la conformité exacte des traits entre eux ne soit susceptible d*une démonstration rigoureuse. C'est assez pour mettre au néant la vanité de l'auteur, qui, prétendant mieux faire que la nature, croirait parvenir au beau idéal par une composition effectuée en pièces de rapport. Quand on voudra peindre la beauté physique et rester dans le vrai, c'est l'ensemble qu'il faudra savoir choisir et non les parties : principe à la défense duquel nous avons consacré un grand nombre des lignes sorties de notre plume sur les arts d'imitation (1063). Dès que vous avez déterminé, d'après telle ellipse, le contour d'un visage, force e.>t qu'il y ait conséquence dans le reste de la personne; dès que vous avez dérobé à une jeune femme, pour le transporter sur votre toile, un galbe qui vous a frappé par son éclat, autant vaut que vous lui enleviez du même coup sa taille, ses bras et ses membres inférieurs; car si le travail organique n'a été égaré, chez elle, par aucun accideht, il est certain que, depuis l'orieil jusqu'à la racine des cheveux, tout doit être en concordance avec ce galbe, tout doit s'y rapporter.

Disons-le, une bonne fois, pour f'inslruc-

cooft, par M. Vanderbourg, chez Renouard, libraire. Paris, 1802.

(i0ii3) Voy. le Quide de Varlhte, 1 vol. în-:2. Paris 1824, chez Grimbert, libraire.

DICTIONNAIRE D*ESTHEf IQUE;

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tîon de Tailiste et même pour celle de Técrivaiu : Tua et l*autre n'ont tant rêvé au beau idéal dans les formes, que parce au*ils ont songé au sentiment délicat destiné a les embeliir. L*expression, qu'ils ont eue en me leur a donné l'idée d'une perfection touchante, dont le pouvoir est irrésistible sur les sens eux-mêmes et par laquelle la na> ture répand tant de charme sur ses ouvrages. Voilà comment Cléomènes et Agésandre dans la Vénus pudique et dans le Laocoon^ voilà comment Je divin Raohaël et le Corrégedans leurs Satnfe Famt'ae, ravissent notre admiration par des chefs-d'œuvre qui» sous le rapport du type, n'échappent pas un moment à 1 empire des réalités morales et organiques.

« Rien n'est moins philosophique, disait un des hommes qui ont le mieux parlé de l'art, que de supposer que nous pouvons nous former Tidée d'une beauté ou d*une perfection surhumaine ou hors de la nature, laquelle est et doit être la source où nous devons puiser toutes nos idées. »

En s'exprimant ainsi, Reynolds rendait hommage à une vérité de fait, dévelop- })ée avec un beau talent d'observation dans la théorie des sentiments agréables de M. de PouiHy. En vain voudrait-on fonder d'autres principes ; tous ces débris admirables d'antiquité, sur lesquels, depuis à iteu près un demi-siècie, on prétend établir la doctrine du beau idéal, se dresseraient plutôt sur leurs socles, pour nous rappeler a l'étude de la nature qui leur a servi de modèle. Les lois de ce maître sont respectées dans le plus grand nombre des antiques dont nous soyons en possession, si l'excepte le Jupiter et quelques dieux que l'artiste a cru devoir dessiner sur une échelle ilifférente de la nôtre. Encore faut-il observer que plusieurs statues d'hommes ont été supposées appartenir au beau idéal par le seul effet du mensonge, agréable à la généralité des spectateurs, qui, dans un sexe, offre la force et la grAce de tous les deux. Pour s'exprimer sans ambiguïté, il règne, dans la sculpture des anciens une sorte d'hermaphroditisme, résultat inévitable des mœurs sur lesquelles il a dû réagir è son tour. Voilà (et nous ne sommes pas repentants d'avoir été les premiers à désenchanter l'opinion à cet égard) ; voilà tout le secret du beau idéal dans le statuaire ; et, en effet, les ouvrages où l'on soutient que la pensée de l'artiste en a déposé le germe, suivant Winckelmann et Raphaël Mengs eux-mêmes, datent presque tous d'un temps et d'une époque auxquels, malheureusement, les esprits étaient loin de se repaître d'idéalisme. Trouvés sous les décombres de la Rome impériale, les plus fameux morceaux de sculpture, que possèdent les galeries de l'Europe, . sont des Bacchus, des Apollon, des Antinoiis et des Ganymède, dus au ciseau d'ouvriers nés dans les fers ou affranchis par des maîtres dont ils ont caressé le caprice. Certes, ce n'est pas pendant que les chefs les plus dissolus tenaient le sceptre du monde; ce n'est pas à la vue des désordres de Ca-

prée et des festins de Trimalcion, ^w l'artiste, exalté sur les ailes de son génie, pouvait se transporter dans les régions oà Fmi supposerait les corps plus beaux, ssm doute parce que la vertu y serait plus |tiire! Terminons, en disant qu'il y a presque di l'indécence à parler du beau idéal» quand il faut, jour pour jour, foire honneur d'ooe partie de ses productions au délire avee le-

Îuel Adrien inaugurait les temples dajeaM jthynien Callipyge.

Du beau Simtlation. — Il consiste i reidre sensible le beau physique, le beao amoral et le beau intellectuel, par le style cadencé ou non, par une action tbréâlrale et par différents modes de peinturée! de sculpture. Pour remonter à Vorigine de ^imit^ tion, on pourrait dire que la parole eo est le premier essai, puisqu'elle n'est prédsé^ ment qu'une copie de la pensée au movee de signes convenus. Cela est si vrai que, tous les jours, en société, la même pea<ée est diversement rendue, et avec plus ob moins de succès par différents personoiges. 11 en résulte des tableaux variés daas leur exécution, suivant l'aptitude qo'j ip-

t)Ortent les discoureurs. La langue* dans aquelle ils s'énoncent est leur palette ; H comme la science de la palette n'est pas familière à tous, indépendamment de le manière plus ou moins heureuse de regarder le mocfèle, il arrive qu'en disant les mésxs choses, Tun assoupit, taudis que l'iatre plaît et intéresse.

Mais il convient d'envisager rimiudog d'un point de vue plus élevé, puisqo'eo ce moment nous la rattachons au beau. Sil doute qu'elle n'acquière du prix dans le rapport de la valeur des objets sur lesquels elle s'exerce. Ce principe est devena m règle d'appréciation dans les arts. Le pdabc de nature morte est inférieur h celai de . paysage; celui-ci au peintre de portrait, sv lequel le peintre d'histoire prend le pas. Ces lois régissent aussi lajsculpture, quiconH mence au simple faiseur de rosaces, poor aboutir aux Canova. On ne saurait doocst dissimuler que la représentation des actes, dans lesquels se développent le mieuice: pensées et nos sentiments, est la plus ûisst de l'attention humaine : ce qui est alisoiument conforme à ce qui se passe ea notre présence dans le commerce de la vie. Partout nous voulons la pensée et le sentimeot quand nous cherchons la solitude, cVstpc^ nous les demander mieux à nous-mèiDr Le site sauvage, dans son Apreté, nous pii^ un moment, parce qu'il nous permet de dcû-^ interroger dans le silence des passioa-^ mais il nous lasse et nous revenons ao î^ animé, parce que nous avons besoin étrr trouver la trace d'une autre vie que la oOtrf bientôt à son tour il ne nous suiBl plos c* nous rentrons dans le cercle social oùo^' rappelle la nécessité de vivre avec des pe^ sées et des sentiments qui aient encore t^i^' le droit de nous émouvoir; ainsi cbacan-^ replace dans son centre de moralité.

Telles sont les considérations qui i»^

ilPPENDICE. — BEAU. BEAUTE.

guider, par préféren<;e, la plume. du liitéra* leur, les crayons du peintre et le ciseau du statuaire. Le comble de l'art serait, pour eux, de bien rendre Texpression, vu que c'est l'expression qui est le premier signe de la vitalité morale. Qu'importera à l'un de balancer avec habileté des périodes, si, comme celles d'Isocrate, elles sont sans chaleur ? Aux autres, d'arrondir des formes agréables sur la toile ou sur le marbre, si eUes ne disent rien ? Parlez à mon ftme, dès que vous prétendez que monftme vous écoute 1 Le poëte qui au préjudice de cette règle, négligerait fes grands traits de sentiment, pour s'attacher à ces détails, dont se surchargent les recueils de poésies, ne serait qu'un peintre de rosaces : il ignore où est le beau d'imitation ; il ne le saura jamais.

L'expression du visage est la plus belle, comme tenant au beau moral, tandis que l'expression des autres parties du corps, admise par simple concomitance, se rapporte plus spécialement au beau organique. Aussi estil remarquable que la plupart des passions, d'homme à femme et de femme à homme, r^aissent de l'effet réciproque des physionomies. C'est là que chacun va chercher et trouve la qualité qui lui promet le bonheur. Non-seulement ceci est particulier à notre espèce, mais elle y prend, à certains égards, son noble caractère. Tout attachement motivé par les autres.traits des personnes serait purement sensuel ; il pourrait bien influer sur le goût, jamais le détermier. Il n'est fias un homme nonnète qui, se respectant ui-mème, voulût avouer qu'il a été décidé h unir son sort à celui d'une femme par la Tue d'une jambe ou d'une chute de reins. Au contraire, on reconnaît tous les jours, sans rougir, que l'on a rendu les armes à une t«ète belle et expressive, parce qu'on sait bien que ce choix renferme encore un hommage à l'intelligence et au sentiment : besoins essentiels de i'indiyidu et de l'espèce, moyen de conservation et de perfection morale.

Voilà également pourquoi les écrivains qui, voulant nous donner une idée de la beauté d'une femme, auront la maladresse d'y procéder par la description successive de ses charmes, nous laisseront déglace; tandis qu'un seul trait, venant de l'&me» suffirait pour en montrer le touchant accord, ou I pour le révéler par Teffet produit sur les I spectateurs.

- « Hélène est belle, » écrivait Homère, il P y a près de trois mille ans, et la beauté i- d'Hélène est parvenue jusqu'à nous comme f une vérité consacrée. Cependant le poêle t h peine nous dit, et encore par manière il d'acquit et en deux fois (Iliad^ u, 121 et j 319), qu'Hélène a le bras nlanc et de beaux. f cheveux; mais, racontant ailleurs que la I tille de Tindare, couverte d'un voile de (in ( lin, sort de sa chambre et traverse les porti- I ques de Troie, devant quelques yieillards qui ne font que l'entrevoir, il ajoute que ceux-ci, après l'avoir suivie de l'œil, se dirent entre eux : « Belle comme elle est, qu'elJe quitte pourtant no$ murs et qu'elle

s'éloigne, de peur qu'eo restant auprès de nous elle ne cause notre ruine et celle de nos enfants ! »

Plus loin, d*autres vieillards s'écrient à la vue de l'épouso do Ménélas {lUad^ ni, v. 156) : « Non, on no saurait en vouloir à deux peuples d'endurer depuis si longtemps de si grands maux pour l'amour d'une si belle femme, car elle ressemble vraiment aux déesses immortelles ! »

Maintenant, vous savez qu'Hélène est belle , vous savez dans quel degré ; cette beauté est même caractérisée. Le premier passage vous apprend qu'elle est pleine de charmes et de douceur, puisque sa séduction est si redoutable ; le second, où cette idée se répète, comme un cri de vérité qui s'échappe des lèvres de la froide vieillesse, vous apprend aussi qu'Hélène était belle-à la manière des immortelles, c'est-à-dire avec une agréable majesté. Quel mélange enchanteur 1 quel poète vous eût aussi bien instruit en aussi peu de mots ! Et pourtant^ il n'y a ici ni liS| ni roses, ni perles enchâssées dans du corail, ni sourcils arqués comme les veut Anacréon. La seule expression a été décrite par ses effets. Véritablement vous avez vu Hélène, tout aussi bien que si, en passant devant vous, elle avait relevé son voile blanc sous les portiques de Pergame !

« Didon est très-belle. » Virgile nous le disait aussi, il y a près de deux mille ans (^netd. ,11, <h96), et nous sommes tellement certains de cette beauté, que, plein de l'image que nous en a été laissée, un artiste moderne l'a reproduite sur la toile avec un talent remarquable. Mais, dans la personne de la reine de Carthage, Virgile ne s'est permis de rien décrire ; il ne nous indique pas môme son Age ou la couleur de ses yeux. Seulement, après l'avoir montrée marchant vers le temple avec dignité, au milieu d'un cortège de jeunes Tyriens, après l'avoir comparée à Diane chasseresse sur les bords de l'Éurotas ou sur les croupes du Cynthus, il la fait monter au trône, du haut duquel elle distribue ses ordres. C'est assez : Didon, jeune encore, aura une beauté noble et austère {JEneid.^ i, 506).

Bientôt cette belle Phénicienne, dont les compagnons d'Enée implorent le secours, s'excuse de la sévérité avec laquelle on les a accueillis sur les précautions indispensables à prendre dans un Etat naissant et jalousé. Puis, elle dit à Enée lui-môme (vers. 631) i « A l'école du malheur, j'ai appris à compatir aux peines des autres. » Didon, si on veut la peindre, laissera donc lire, à travers l'éclat du diadème, la trace d'une bonté moins naturelle que réfléchie. Mais Virgile me raconte, et toujours dans le môme livre (vers. 713), que déjà l'épouse oublieuse de Sichée jette d'avides regards sur le héros troyen ; bientôt (vers. 7^9), elle boit l'amour à longs traits ; tout est décidé: Didon sera une femme d'une beauté superbe, plus emportée que tendre, extrême dans tous les sentiuients qui agiteront son àme. Délaissée, j^e

DICTIONNNAIRE D ESTHETIQU&.

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m'attends au coup sous lequel elle succombera ; je prévois le legs terrible que sa bour,he oipirante fera de sa haine au vainqueur de Cannes et de Trébies {JEnéid.^ iv, 625).

Le portrait est resté assez longtemps sur le chevalet du poêle, il y a été donné assez de coups de pinceau, pour qu'avec le sentiment de son art, tout peintre, sans autre indication, entreprenant le même travail, y mette è son tour de la ressemblance ; son seul devoir sera de régler Feipression tran- .sitoire sur la situation dans laquelle il saisira le modèle. M. Guérin, qui avait à offrir cette reine écoutant le récit d'Ënée, nous la représente passionnée avec volupté, et il a raison ; car c'est le seul moment où la lierté s'oublie, et où un tel caractère de tète puisse vraiment s'embellir. Ainsi dut se montrer Elisabeth. 11 est étonnant combien il se rencontre de rapports entre les traits réguliers de la fille de Henri VIII et ceux de la Didon française. Rendez à la première son amour pour Essex ou Leicester, et vous en obtiendrez la même expression qui vous charme dans le tableau moderne.

Les couleurs sombres que Virgile conserve à son héroïne sôus les ombrages élyséens, nous autorisent à croire qu'il n'eût pas désavoué l'idée que nous nous en sommes faite. En vain le fils d'Anchise adresse de tendres paroles à son ancienne amante ; en vain il atteste le ciel et les enfers de son regret de l'avoir qui.ttée pour obéir à des ordres rigoureux ; il n'en obtient qu'un regard de colère et de mépris : Torva tuentem^ {JSneid.^ vi, 4.67). Nous espérons que le lecteur nous saura gré d'avoir emprunté de Lessing le fil qui nous a guidé dans cette analyse de fa vraie beauté poétique.

Quand l'imitation s'attache au beau moral ; quand, avec plus de hardisse encore, elle essaye, autant qu'il est permis à nos movens d'exécution, de rendre la pensée du beau intellectuel, ses succès, en s'ennoblissant par leurs sujets même, deviennent le triomphe des arts imitateurs. Quelques débris d'antiquité, quelques marbres du temps présent, quelques têtes de Raphaël,

de Le Sueur et du Dominiqoin, la saiate Cécile de ce dernier, au lieu de mourir, se»hlant s^endormir au doux concert des rages, et les beHes pages des grands écrivaiiis anciens et modernes, en font foi. Voyez combien délicieusement tous êtes émospardeoi simples pastorales, )es Aventures SAnttpnous et Paul et Virginie! Remontez i h source de cette émotion» et vous reconnutrez qu'ici deux habiles maîtres ont placi, sous vos yeux, ce qu'il y a de meillear dans l'homme, ce qui est le plus propre à assurer le bonheur d'une yie, sans préjudice de l'autre. L'imitation, suivant qu'elle prendra les couleurs du sentiment et de lapeosie, aura donc ses divers degrés de mérite, comme le beau, qu'elle est destinée à laire revivre, a trouvé les siens dans nos précédents paragraphes.

Forcé de nous résumer, malgré la richesse du sujet, nous crojrons qu'il résulte, de l'ensemble de cet article, que tous les genres de beauté connue se ran^^ent sous une loi principale, qui est une loi de bien-étrepoor les individus et de conservation pour ks espèces. Ce principe de conservation domioe toute la matière, de façon que, si lapins grande beauté organique est celle dans laquelle chaque partie est suborbonnée aa tout, la plus grande beauté morale proviem aussi de l'immolation de Tindividu à Tespèce, autrement du sacrifice libre de la partie oublieuse d'elle-même autootqn'uoe sainte Providence veut perpétuer. C'est le plus haut degré delà beauté morale ; par conséquent ce sera le sublime dans Texécution comme dans la représentation, qoek qu'en soient les moyens. O naturel A vertil je vous salue sousle tiire de conservatrices; car vous ne faites autre chose, ici-bas, qae conserver l'œuvre de l'Ëternei, soit que foas vous occupiez de la seule unité, soit qse vous embrassiez un ensemble d'êtres iaus votre bienveillance activel Ministres du Toot* Puissant, je vous salue l La beauté mardbei votre suite, et, couverte de votre manteau céleste, elle s'avance sans doute vers de meilleures destinées 1

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