‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 28 sur 167 · GG · texte numérisé non relu

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lectes de renom se sont obstinés, pendant plas de deux siècles, à fermer les yeux, eux catholiques, sur les cbeCs-d'œuvre de leurs ancêtres caiholiqueSf pour reproduire sans reliche le temple païen» dans un pays

3 ai devait au catholicisme treize cents ans e la plus étonnante, de la plus merveilleuse civilisation. N'était-ce point là violer i la fois les règles des convenances, de l'harmonie, de runité, en un mot toutes les conditions du beau? La même observalion s*applique à la plupart des œuvres de peinture et de sculpture dont l'art moderne a prétendu embellir nos éelises. Vous pourrez y remarquer le caractère de la grâce, de la force, de la légèreté, de Télégance même, et, trop souvent, celui du sensualisme le moins déguisé et le plus vulgaire ; mais vous chercherez vainement, dans ces personnages soi-disant religieux, le caractère religieux que Tinspiration chrétienne seule peut communiquer aux œuvres de Tart. Rien de noble, rien de surnaturel, rien de divin dans ces figures imitées de je ne sais ouels modèles de femmes parées pour le oal ou de héros du cirque et du pugilat. Ce naturalisme prosaïque, trivial quand il n*est pas isnoble, a tellement envahi noK églises que c est k peine si Ton y rencontre quelques tableaux ou quelques statues offrant un caractère religieux nettement accusé. Sans doute, il s*opère depuis quelque temps contre i^e désordre une heureuse réaction, provoquée par Técole du célèbre peintre Overbeck et par d'autres causes que nous exposerons en leur lieu. Hais, dans tous les cas, notre siècle de prétendu progrès indéfini devrait se montrer plus modeste, à la vue de telles aberrations qui, hélas 1 ne sont ni les seules ni même les plus dangereuses, en ce temps de matérialisme et de scepticisme universel.

De ce qu'un édifice consacré au culte chrétien doit présenter un caractère chrétien , il ne s*ensait pas que nos églises doivent être construites d'après un type absolument uniforme, en sorte que l'une ne soit que le calque de toutes les autres. Une telle disposition violerait une des conditions principales du beau, qui exige la variété dans l'unité. Or, cette variété, nous la trouvons dans les trois grandes divisions de l'architecture catholique et dans leurs subdivisions respectives, je veux dire dans le type latin ou basilical , dans le style roman et dans le style ogival. Chacun de ces trois principaux genres d'architecture chrétienne nous otlrc, sans doute, dans les édifices qui lui appartiennent, un caractère éminemment religieux; mais chacun Toffre à sa manière et avec des variantes qui lui sont propres. Ainsi, par exemple, la belle église romane de Saint-Sernin de Toulouse , présente un caractère aussi religieux que la superbe basilique latine de Saint-Paul hors les Murs ; et cependant, que de différences n'aurait-on pas à signaler entre la disposition des liçnos et les motifs de décoration de l'un et de l'autre de ces deux monuments? Dans le pre-

mier, c'est le plein cintre qui domine; dans le second, c'est la surface unie. Dans l'un , nous voyons des voûtes hardies, supportées par de larges et robustes piliers; dans l'autre, c'est un lambris qui repose sur de minces et élégantes colonnes de granit. Même différence pour le genre des ornements respectifs de ces deux basiliques. D'où vient donc que, malgré toutes ces différences, elles ont chacune un cachet hiératique bien prononcé, et tellement prononcé quil serait impossible à Thomme le moins intelligent , qui les verrait pour la première fois, de les prendre pour n'importe quel édifice profane? C'est que Tune et l'autre ont été conçues et édifiées sous l'inspiration d'une même pensée hiératique, quant à l'ensemble générai et quant aux principales dispositions. J'y remarque, en effet, la même forme oblongue, qui est celle du vaisseau ; la même grande nef longitudinale avec ses collatéraux, terminée par une abside ou chevet, et les deux croisillons plus ou moins accusés du transept qui œmplèle la figure symbolique de la croix. Cette même configuration principale du temple chrétien, je 1 aperçois, bien que moins prononcée, dans la cathédrale gothique comme dans l'église de style roman, mais avec d'autres variantes dans les détails du plan et dans les motifs de l'ornementation. Bien plus, je remarque, en y regardant de près, des différences analogues entre les édifices appartenant à la même famille, à la même classification, et, qui plus est , h la même période.

Le roman de l'Italie septentrionale, tel que celui des cathédrales de Côme, de Parme , de Plaisance, de Sainte-Marie del Orto de Venise et de la collégiale de Monza , n'est point certainement en tout semblable à celui du midi de la France, tel qu'on peut Tétudier dans les diocèses d'Aix, d'Avignon, de Valence, de Nimes et de Montpellier. Celuici ne ressemble pas exactement non plus h celui de Touest et du nord, qui ressemble encore moins aux types romans de Spire, de Mayence, de Worms et de Cologne, sur les bords du Rhin. Nous pourrions signaler aussi des différences entre les chefs-d'œuvre du style ogival , même dans leur période correspondante, si nous n*avions h nous occuper ailleurs plus au long de cette question. C'est ainsi que, dans l'architecture chrétienne et dans les arts qui en dépendent, l'unité, dans son caractère général , s'allie très-bien è la variété des caractères particuliers que leur impriment diverses causes, de temps, de lieu, d'école ou de tradition.

Cette remarque n'est pas étrangère h la musique, dont l'expression plus va^ue,p:us spirituelle et conséquemment plus insaisissable que celle des autres arts, emprunte néanmoins h l'inspiration chrétienne un caractère permanent de calme, de douceur et en même temps de gravité qui est propre au chant liturgique ; et ce caractère , la véritable musique d'église, qui est le chant plane ou grégorien , l'a toujours conservé ,

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malsré les assauts qu'elle a eu à subir, dV * bord à l'occasion du déchanl, ensuite à l'occasion des extravagances du chant figuré , ejîftn par suite du mauvais goût du xviir sjècle, qui à fait toutes sortes de tentatives pour l'asservir aux libres et capricieuses allures de la musique dramatique, passionnée» des temps modernes. Mais ce n'est point ici lé lieu d'exposer les principaux caractères d'expression, du chant gçégorieri, ni de par- ^ 1er de rapplicalion qu'on pourrait faire de ' l*art musical moderne à l'office liturgique. Nous nous contenterons donc de rappeler avec quel soin, avec quelle vigilance l'Eglise a, de tout temps, maintenu la tonalité grégorienne d«ns son intégrité. On peut dire ^ qu'elle y a apporté une attention toute particulière, et que sa vigilance 'à cet endroit a été d'autant plus grande que la musique est, de sajiature, encore pluse;xposéô quç les autres arts aux influences capricieuses de la mode et des engoûments passagers qu'amène ' la nouveauté. Aussi, pendant, les modifications si nombreuses qu'a éprouvées l'art de. bâtir, de même aue la peinture et la sculp-, ture qui le complètent, on a vu le chant ec-, clésiastique se maintenir inviolablement. dans sa tonalité, qui est encore aujourd'hui, la même qu'elle était il y a plus de mille ans, et qui probablement ne changera jamais. Ce n'est pas à dire que le caractère en soit moins varié que celui des autres arts. Sans doute, ce caractère du chant liturgique a dû, comme celui de l'architecture, de la peinture ei de la statuaire chrétiennes , rester, dans son expression générale, touiours le' raêiné, l'inspiration catholique d'où il dérive, n'ayant point changé; mais, tout en demeurant fidèle à son principe ,. il a montré une étonnante variété déformes dans lescompo-. sitions qui nous sont restées.

Ce qui frappé, en effet, dans les manuscrits de chant du moyen âge, c'est la surabondance mélodique des messes propres ou communes, des préfaces, des proses, des, hymnes et séquences. Il n'en pouvait être autrement dans ces temps de foi ardente et de mysticisme exalté. Le génie chrétien.^ qui enfantait tant de merveilles architecturales', dont plusieurs sont encore, debout,' devait oaontrer la niéme fécondité dans la création de ces mélodies qu\ sont l'ftme de nos temples sacrés. Alais ce qu'il y.a de plus, .surprenant, encore, c'est que, parmi tant de versions d'églises cathédrales,, collégiales,, abbatiales et autres, sans rapports entre elles, versions qui ont été sous la main de milliers de copistes, le chant grégorien se soit^ perpétué intact jusqu'à nous, au moins quant à la substance, et que même des offices importants, comme celui de l'adoration, de la croix, du vendredi saint, aient conservé, à travers les siècies,. leur primitive mélodie; d'où il résulte que le. caractère propre du chant ecclésiastique ou grégorien n*a jamais changé, malgré le nombre et l'étonnante fécondité des compositeurs qui s'y sont exercés. C'est que ce chant, éminemment traditionnel, est gouverné par les rè«

gles de sa modalité, une quant h son essence et très-variée quant à ses divers genres d'expression. Or, ces règles, fixes, invariables, ant été constamment sauvegardées par TEglise, à Tautorité immédiate de laquelle sont soumises toutes les choses qni tiennent à la liturgie. Mais l'invariabilité des principes du système grégorien ne s'oppose nul- Içment à la liberté de Tinspiratioh individuelle; témoins ces milliers de morceaux de chant dont les siècles l'ont enrichi. C'est ainsi que, dans le chant aussi bien que dans l'architecture catholique, on voit l'admirable réalisation de ce grand et fécond f)rincipe de toute beauté : « la variété dans 'unité. >

.' Nous croyons avoir suffisamment établi les dçux points qui font l'objet principal de cet article, à savoir : 1* que chaque œuvre d^art, en fait de statuaire, de peinture, d'architecture et de musique chrétienne, doit avoir, avant tout, un caractère chrétien, et, de plus, une physionomie, particulière qui en indique clairement la destination , sartput quand il s'agit de style architectural; 2* que cette nécessité d'un caractère religieux, gue réclame toute œuvre d'art chrétien, n'implique nullement celle de l'uniformité, mais qu'au contraire elle admet la plus grande variété dans les types même les plus prononcés.

A 1 appui de celte thèse , et comme com-

5 élément des réflexions auxquelles elle a lonné lieu, je citerai le témoignage de M. de Montalembert, qui a été l'un des premiers à combattre en faveur de l'art catholique si Universellement dédaigné et de contribuer

Euissamment à sa tardive mais éciaianle réabilitation;

Voici comment il s'exprime :

. « L'antiquité païenne, que nous admirons volontiers, chez elle et dans certaines limites, mais dont nous repoussons avec horreur l'influence sur nos mœurs et notre société chrétienne^ l'antiquité était au moins conséquente dans les symboles qu'elle nous a laissés de ses dieux et de ses croyances. Ces symboles sont tout à fait d'accord avec les récits de ses prêtres et de ses poètes. Jaoïais elle n*a imaginé de faire de son Jupiter une Victime, de son Bacchus un Dieu mélancolique, de sa Vénus une vierge pudique et pieuse. Il était réservé aux chrétiens, aux catholiques, de trouver le secret de la profanation dans l'inconséquence, d'emprunter aux doctrines pulvérisées et flétries à jamais par le christianisme les types de leurs constructions et de leurs images religieuses, d'édifier Téglise du Crucifié sur le plan du temple de Thésée ou du Panthébnr, de métamorphoser Dieu le Père en Jupiter, la sainte Vierge en Junon ou en Vénus habillée, les martyrs engladiateurs, les saintes en nymphes et les anges eh amours !

a Est-ce à dire qu'il faille asservir toutes les œuvres d'art à un joug uniforme, qull faille passer le niveau incroyable d'un type unique comme celui de Byzance, sur tous its de l'imoKination et de l'inspiratii

les fruits de l'imagination

inspiration

IGI

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D'ESTHETIQUE CHRETIENNE.

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