‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 29 sur 167 · C-.iT · texte numérisé non relu

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consacrée par la foi? Il n'en est rien; Tari Traiment religieux ne re[>ousse que le contre-sens* mais il le repousse énerglauement, il a horreur de renvahissement clu païen dans le chrétien» de la matière et de la chair dans le royaume de la pureté et de Tesprit. Il Teut la liberté, mais la liberté avec Tordre : il Teut la variété, mais Im variété dans Vunilé^ ici éternelle de toute grandeur et de toute beauté. Mais au lieu de longues explications théoriques citons des noms et des faits ; c*est Je plus sûr moyen de montrer combien le génie catholique sait être fécond et varié* sans jamais manauer aux conditions de pu* reté et de sainteté, qui le constituent. Dirat-on qu'il y a uniformité entre une cathédrale romane et une cathédrale ogivale, entre Saint-Sernin de Toulouse et Saint- Onen de Rouen, entre la cathédrale de Mayence et celle de Milan, et, pour ne pas sortir de Paris, entre Saint-Germain des Prés et Tintérieur de Saint-Enstache (150)? Non certes, et cependant tous ces édihces répondent également è Tidée naturelle et légitime d'une église chrétienne; tandis qu il y a répulsion complète et |)rofonde entre cette idée et des anacbronismes comme la Madeleine et Notre-Dame de Lorette.Estee (^ue les bas- reliefs d'André de Pise au baptistère de Florence, c«ux des tombeaux de saint Augustin à Pavie et de saint Pierre martyr h Milan, le Jugement dernier au grand portail de Notre-Dame de Paris, ouïes saintes exquises de la Frauenkirche k Nuremberg, sont taillés sur le même modèle ? Mon, certes, ces pierres toutes vivantes par la foi ttt le génie qui lesanime,ne se ressemblent ni par la disposition des sujets ni par Texpressionni pari agencement,mais uniquement par ce sentiment de pudeur, de ^rAce et de dignité que le dogme de la réhabilitation de l'homme donne à toutes ses idées ; tandis que là fameuse vierge de Bridan, à Chartres, et le /biiteux tombeau du maréchnl de Saxe à Strasbourg ne sauraient commémorer que Temphase et la prétention d'un siècle corrompu. Qu'y a-t-il de commun entre la madone vraiment divine de Van-Eyck à Gand, el celles de Francia et du Pérugin ; entre les délicieuses miniatures de Hemiing sur le reliquaire de sainte Ursule à Bruges et celles de Fra-Angelico sur les reliquaires de Santa- Maria-Novella è Florence; entre les graves et grandioses fresques de la primitive école florentine et celles si pures et si majestueuses de Luini ou de Raphaël avant sa chute? Ce n'est, certes, ni le coloris, ni le dessin, ni les types choisis, rien en un mot, si ce n*est une égale fidélité à Tidée chrétienne, et ce menreilleux effet également produitsur l'âme par tous ces différents chefs-d'œuvre. Entraînée par eux rers le ciel, elle est plongée

(150) Celte nnifonnité n*existe même pas, au notiis dans nn sens absolu, entre les églises de nème style et de même époque, comme nous en avons fait la remarque plus haut. Ainsi les catlié* drates de Reims et d'Amiens, bien que construites darant la belle période ogivale du xiii* siècle, dont elles sont la plus noble, la plus fidèle manifestation,

DlGTIO}IN. o'ESTHtTIQUI.

dans cette sorte d'extase mystérieuse qu'aucune parole ne saurait rendre, et qui ne laisse h l'admiration d'autre ressource que de dire comme le Dante, au souvenir des délices du paradis:

PerchMo llngegno e Parte e l*aso chîami. Si nol diref, cbe mai, imnaginasse ; Ma creder puossi et di reder tt brami.

« Que Ton ne croie pas non plus que cette fidélité à la pensée chrétienne doive déjpendre exclusivement d'une époaue sjiéciale, d'une organisation uniaue de la société, et que la nôtre en soit déshéritée. A côté de ces exemples qui datent des écoles primitives, on peut citera juste titre l'admirable école rontemporaine d'Allemagne, je veux dire celle d'Overbeck et de ses nombreux disciples, si peu connue en France, où Ton se croit cependant le droit de |)orter sur elie les jugements les plus bizarres, |)arce qu'on a vu deux ou trois tableaux de l'école de Du>seldorf qui ne lui ressemble en rien. Eh bien 1 tous ceux qui ont vu et compris des tableaux ou des dessins d*Overbeck ne pourront s'empêcherde reconnaître qu'il n'y a là aucunement copie des anciens maîtres, mais bien une originalité puissante et libre, qui a su mettre au service de Tidée catholique tous les perfectionnements modernes du dessin et de la perspective ignorés des anciens. L'&me la mieux dis|)Osée à la poésie mystique n'en est pas moins complètement satisfaite, comme devant le chef-a*œuvre le

t)lus suave des anciens jours, et l'intelligence a plus revôche est forcée de convenir qu'il y a môme de notre temps la posbibilite de renouer le fil des traditions saintes, et de fonder une école vraiment religieuse, sans remonter le cours des âges et sans cesser d'être de ce siècle (150*). »

{Voyez les mots Expression, AacHrrBc- TURE, Musique, Pcintxrb, Scllpture, Statuaire, Chant Grégorien , Modes ecglésusTiQUBs, etc.)

CARMEN. Compositeur français du xiv* siècle. Voy. Musique.

CASSIODORE. Historien latin, auteur des Institutiones musicœ. Voy. Tonauté.

CATACOMBES (de Rome).

C'est dans ces immenses souterrains, qui servirent à Ja fois d'asiles, de temples et de tombeaux aux premiers fidèles, qu il faut aller chercher les motifs les plus anciens de ces types hiératiques qui devaient jouer un si grand rôle dans l'iconographie chrétienne; je veux parler des peintures nombreuses recueillies dans les catacombes et trans|>ortées ensuite par l'ordre de Benoit XIV avec tous les autres débris qu on a pu retrouver, dans une des grandes galeries du Vatican. On y voit les quatre animaux symboliques qui se désaltèrent à une fontaine d'eau vive, naïve

offrent néanmoins de nombreuses variantes danf les deuils de leur architecture, en sorte qu'il est flM^le de les distinguer Tune de Tauire, quoiqu'elles présentent dans leur ensemble un seul et même siyte. (Note de Cauleur.)

(150*) Du wndaUsme et dn caikôlèelsm dani farf, par M. le conte de Moftialenibeit, pdf. 175 et saiv.

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figure do la régénération baptismale. On y TOit les trois enfants dans la fournaise; Jonas, englouti par le monstre marin ; Daniel, dans la fosse aux lions; le Christ, au milieu des apôtres, ayant sa mère debout à ses côtés. G*est surtout Timage favorite du Bon Pasteur, si familière aux pieux et naïfs artistes de ces temps reculés. Une chose digne de remarque, c est qu'on ne voit point dans ces peintures un seul sujet triste et déchirant, tel que la crucifixion du Sauveur, ouïes supplices des martyrs (151).

« Les traits de la vie du Sauveur, qui y sont reproduits, dit M. de Bussière, dans son ouvrage intitulé : Les sept basiliques de Rome^ le montrant tous comme le bienfaiteur et le réparateur du genre humain ; nulle part on n'y trouve ceux de sa douloureuse passion et de sa mort. De même, c'étaient les images des patriarches et des prophètes de l'ancienne loi, qui étaient livrées aux regards des chrétiens, pour leur servir -de modèles et de consolation; et au milieu du feu des persécutions ils s'encourageaient à persévérer dans la foi, parle souvenir d*lsaac lié sur Tautel, de Daniel dans la fosse aux lions, des trois jeunes hébreux dans la fournaise. Le martyre leur était indiqué .'d'une manière indirecte, et on ne leur faisait point voir leurs frères en proie aux tortures auxiquelles ils étaient eux-mêmes exposés.»

Quelques savants antiquaires ont préten- <ln, dans ces derniers temps, que les peintures des Catacombes ne remontaient pas au delà du iv' siècle. « Mais, dit M. Tabbé Bourassé, quand on examine les peintures «Iles-mêmes, et qu'on les compare entre elles, on n€ tarde pas à se convaincre qu'elles ne sauraient toutes être attribuées au siècle de Constantin. Non-seulement le système générai de la décoration, le caractère, les types, mais encore une foule de détails de nature variée, conduisent l'archéologue à établir deux époaues différentes, auxquelles il rapporte les plus remarquables compositions. Dans les unes, sans doute les plus anciennes, on remarque des traits évidemment imités de l'art païen, sous les empe-

(151) Ce ne fut qu*au vu* siècle que Ton commença à traiter ces sortes de sujets, en vertu du canon du concile Quiniscxie, tenu à Constanlinople Tan 692. Voici le lexie de ce décret : Antiqua$ ergo figuras et umbras, ul veritatu signa et characieres iLcclesiœ traditos amplecietnes, gratiam et veritaiem .preeponimui^ eam ut legU implementum suscipientes, Jtaque,..jubeiiiuSf etc., can. tfS.

€ Les idolâtres, dit Éuiéric-David, dans son His^ ioire de la Peinture^ tournaient en dérision la iiiort i noininieubedu Sauveur. (Saint Paul, ad Cofinih, — Aruobe, Adversus gente», — Lactance, Divin, iust.) Les Pères appréhendaient que Timage de Jetiuft crucifié ne devint un bujel de scandale et d*éloignenient pour Ks fidèlea; ils usèrent, pendant longtemps, de grumls ménagements. (S. Maxim. Taurinensis episc. De paschate, — Casali, De vêler lûcr, christ, rit, — Âringhi, Roma subterran. — F. 4îori, De mitraio capit, J. Christi crucifixi, (Cette image fut exposée tres-rareuienl dans les temples de la Crèce avant la Un du vu* siècle, et dans ceux de f i. al le, avant le coromeoceiuent du vni*. ((;asali, . lôc. cii., jping. 3.— Gori, loc. ett.) luftqu*alors le mys •

reurs qui vécurent à la fin du u' siècle. Ce sont les mêmes poses, les mêmes draperies, le même st vie , eu un root les mêmes principesqui priésident à Texécution des œuvres païennes et des œuvres chrétiennes. En comparant les monuments profanes avec les monuments sacrés, on acquiert prompteroent la conviction qulls ont entre eux des rapports frappants. L'argument deranalogie»

si fort dans les matières archéologiques » peut être ici invoqué dans toute sa puissance. D'autres peintures , celles qui furent exécutées sous la direction des souverains pontifes, et alors que les persécutions avaient entièrement cessé, offrent moins de réminiscences idolâtriques. On y sent toute r impuissance de Tart, malgré ses efforts pour s'affranchir ei suivre des tendances propres; mais on y découvre beaucoup moins de formes copiées des tableaux inspirés par des croyances différente^.

« L'observateur remarque avec quelque surprise la ressemblance générale des peintures primitives des Catacombes avec les peintures idolâtriques. Quant à l'ensemble des dessins qui forment la décoration, c*est un système absolument identique; il n'y a que l^intention qui soit changée. Lcsancieiis Romains ornaient leurs sépultures de fleurs, de guirlandes , de couronnes, d'animaux symboliques ou fantastiques : au milieu des feuillages apparaissent des génies ou des figures emblématiques. Les chrétiens adoptèrent le même parti. Comment auraient-us pu 6x^)rimer leurs idées en peinture, sans recourir aux types créés par le paganisme, pour rendre des idées analogues? Un fait qui, au premier abord, parait étrange, trouve son explication dans la nécessité, el dans Tordre naturel des choses humaines. De même que les chrétiens ne purent, dès l'origine, rendre leurs pensées qu en prenant à la langue ses formes littéraires, de même ils furent obligés, pour manifester leurs idées artistiques, de suivre les modèles admis et de ne pas s*écarter d^s traditions consacrées. Dans le premier cas, ils modifièrent ou changèrent complètement la

tére de la croix n'était exprimé que par de pieuses allégories.

€ Quelques écrivains, et notamment Grelzer, oti voulu prouver que Ton peignait déjà des crucilix, dans le temps de Tertullien. Le passage de ce Pèie, sur lequel ils se fondent, ne le dit nullement. (Tertullien, A po/o^., c. 2. — Gretzer, Decruee^ lib. u, cbap. 2.) On ne commence à voir le Christ sur fal croix qu'au vi' siècle. C*est en France qo*<Ni le trouve. Grégoire de Tours dit que de son tenu on en voyait un à la cathédrale de Narbonne. Le Sauveur était nu, Tévèque fil placer un rideau devant le tableau. (Greg. Tur., De gloria nutrlffrwm^ c. 25.) Cet exemple me parait être le plus ancieft qu on puisse citer. Le Beau a fait erreur, quuid il a dit que Constantin avait fait placer un crucifix de bronze, à Constantinople, sur la porte du Chaicé. (Histoire du Das^Empire, t. XIII, p.* 359.) Les aih teurs dont il fait mention parlent d'une statue représentant Jésus-Christ. (Histoire de la PtùUurs «■ moyen âge, par T. 6. Eméric-David , Ivoi. m-iii Paris, iUi.)

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