‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 31 sur 167 · JI · texte numérisé non relu

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Mais ce qu*il nous importe de faire ressortir dans un ouvrage (inesthétique, comme celui-ci, c'est la beauté divine du chant ecc-lésiastiuue primitif. A ne consulter que la note ci-aessous, il est facile de voir que longtemps avant saint Grégoire le Grand , d autres souyerains pontifes, ainsi aue des

f»rélats, des moines et des docteurs, s'étaient iTrés avec zèle à renseignement et à la com(;osition du chant liturgique. Leurs productions, à en juger par les rares fragments qui nous en restent et par le lémofgqage non interrooDpu de la tradition,, se faisaient remarquer par une noble et touchante simplicité ; elles avaient une vertu suave, pénétrante, qui les rendait inimitables. LMnspiration mystique du génie chrétien avait dejè passé par là. Certes, les artistes des premiers siècles qui avaient pu , dans le domaine de la peinture et de la sculpture, créer des types comme ceux que l'on voit encore dans les grandes salles da Vatican,, et dans le domaine de l'architecture, des basiticjucstelles que celles de Saint-Jean de Latran, de Saint-Pierre et de Saint-Paul hors les murs^ n'avaient pas dû être moins bien inspirés pour le chant liturgique , dont la pratique avait commencé dès l'aurore de leur religion. Ce qui le prouve, c'est que plus on remonte vers Fantiquité, plus le chant parait beau de mélodie, d eijpression et de délicatesse. Cest l'opinion aes hommes de l'art , et en particulier celle de l'abbé Baini , mort depuis peu à Rome, où il était directeur des chapelains chantres pontificaux. Je le cite d'autant plus volontiers que Textrait que j*en donne, résume d'une manière concise et élégante , les diverses opinions des savants touchant Torigine du chant ecclésiastique, et qu'il nous aidera à saisir le ca-

conmcnl saint Ambroise eut recours au obtint des puoDies, qu*il établit suivant la pratique des Eglises d*Orieiil. Saint Augustin, non content d^avoir parlé fréquemiiieiii de la musique dan» ses ouvrages , a cOfDposéwsur cet att un Traité spécial divisé en six livres» qui se trouve dans le premier tome de ses œuvres complètes. 11 mourut en 450. — Saint Pamboo, abbé de Nitrie, en 380, auteur d'un excellent TrtàU sur la psalmodie, qui fait encore autorité de DOS Jours, sous ce titre : Imlituta Pairum de modo ^•uendf iite eantandi. Il est compris dans les S^rtV fPTaref eetkntuticit de Tabbé Gerbert.— LePape saint Damase, mort en 384, a composé plusieurs nymnes et poésies religieuses; il s^est occupé avec zèle et succès du cbant ecclésiasiîquev — Saint Jérdme, DN>n en 4ii), s'est occupé également de liturgie et lie cbant religieux^ Dans son épUre à Lœta, bellefille de sainte Paule, il lui couseille de graver dans. la mémoire de sa fille quelque chose des psaumes, dès que PAge lui permettra d'articuler quelques sons, et àe. rhabiluer à chanter des hymnes le matin, à se tenir prête à Tlirure de tierce, de sexteri de none , comme une seniinelle vigilante, et à couronner la journée en offrant , k la lueur d*une lampe, le sacrifiée dn soir. Dans son oraison funèbre lie sainte Paule, saint Jérôme dît que les jeunes vierges consacrées au Seigneur étaient dans Tusage de cbanter tuus les jours le P$autier^ en le disant enire Prime (ce nom n'était pas encore connu, mais la prière quil indique existait en substance). Tierce, Seaiei None. ¥épres et rpSct de la nuit. — Saint

raclure de ces ancieunes mélodies, telles qu'elles existaient, soit avant, soit après saint Grégoire. Il faut tenir compte toutefois des modifications plus ou moins importantes que peuvent apporter è un jugement de cette nature les révolutions écoulées, la différence des temps et des lieux, le génie ^ particulier de certains peuples et bien d*au-; très circonstances qu'il serait facile de relever pendant une si longue période. Après avoir prié le lecteur de se contenter du résultat de ses études sur tous les écrivains qui ont traité du chant ecclésiastique, et sur ^ lés nombreux manuscrits de toutes les nations, qu*il a consultés dans les bibliothèques et archives de Rome; après avoir donné sur la constitution des modes authentiques et plagaux une courte dissertation que nous omettons, parce que nous devons' revenir sur cette importante matière, Fabbé Baini poursuit en ces termes : « Les véritables et antiques mélodies du chant gréjjq^ rien (je parle sans délour,,quoique puissent: ôtriro contre mon assertion tous les musir ciens qui ne seront pas de mon avis) son.* tout à fait inimitables. Elles peuvent ètro' copiées et adaptées, pieu sait comment, k d'autres paroles; mais en composer de nouvelles aussi excellentes que les anciennes, cela ne saurait se faire,, et personne n'a pu^ encore y réussir.

ff Pour moi, je ne dirai pas que la majeurepartie de ces mélodies lurent Tœuvre des' premiers Chrétiens ; que quelques-unes mé-^ me étaient de Tancienne Synagogue, elfùrent ainsi composées (qu on me permette Texpression}, lorsqpelart étetit dans toute sa vie ( quando Varie era viva ). Je ne dirai pas que beaucoup sont l'œuvre de saint Damase, de saint Gélase et surtout de saint

Paulin, évéoue de Noie, en 48i, a composé plusieurs hymnes qu on chante encore dans les églises qui' suivent le rite romain. — Claudius Maniert, prêtre dei^Eglise de Vienne et frère de révé(|ue du même nom, musicien, poète, orateur, géomètre, Ûorissait en i7.3L 11 est auteur de Thyume

Pange, liogoa, gloriosi PiϕUim ceriamiDis,

qu*on chante le vendredi saint. — Le Pape Gélase, âevé au siège pontifical en 492, est fauteur de quelques traits, préfaces et hymnes. Il apporta un soin tout particulier à la bonne constitution du chant ecclésiastique. — Le Pape Hormisda9^ élu en 5I4«' s*appliqua avec zèle à Tamélioration et k l*extensioià du chant religieux. —-Déjà, en Tannée 46i, le Pape Hiiaire avait fondé à Rome une école de chantres^ qui fut restaurée beaucoup plus tard par saint Grégoire, comme nous le verrons à rariicle de ce grand Pap«, — Saint Nicel, évéque de Trêves en 627, a écrit un Traité sur le chunl «les hymnes et des psaumes dans Toffice public inlilMlc : De lande et iflt(i^ tate spiritualium canlicoruin quœ finnl in Ecclesia chrisliana, seu de psatmodia bona, — L^infortuné Boére, nohle romain, philosophe chrétien, auteurdu livre de la Comolaiivn. ilecnpilé en 554 par ordre du roi Théodoric, a compose un Traité fort es-s timé sur la musique des Grecs, dans lequel il parle* entre autres choses intéressantes , de remploi des^. lettres latines pour la notation musicale. Il est lu» premier autour connu qui ait parlé de cet emj^ou

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Gréijoire le Grande pontifes spécialement éclairés d*en haut pour une telle entreprise. Je ne dirai pas que quelques-unes d entre elles sont encore des moines les plus saints» les plus doctes, qui fleurissent aux yni% ix% x% XI* et xn* siècles, et qui» comme chacun sait, avaient coutume de se préparer au travail par les veilles et le jeûne. Je ne dirai })as, ainsi qu*il résulte de nombreux monuments qui nous sont restés, qu*avant de composer un chant ecclésiastique, les auteurs dont nous parlons observaient la na-» ture» le caractère, le sens des paroles et les circonstances dans lesquelles elles devaient être chantées, et qu*en se rendant compte du résultat de leurs observations , ils écrivaient dans le mode ou te ton le plus convenable, soit par son acuité ou sa gravité , soit par son mouvement et le genre de sa marcno, soit par la pose des demi-tons, soit par le caractère particulier de ses modula-» lions, soit par les allures des mélodies, lis mettaient une différence dans la manière de chanter, entre la messe et roflice : antre était le genre de chant pour VlntroU^ autre pour le Gradue/ et autre pour le Traita autre pour VOffertoire et autre pour la Communion; autre pour les Antiennes et autre pour les Réponi » autre pour la psalmodie après Tantienne de Xlntrolty et autre pour la psalmodie des heures canoniale^*, autre pour le chant destiné è être exécuté par une voix seule, et autre pour le chant en chœur. Tout cela, ils l'obtenaient dans les étroites limites d'une quarte, d'une quinte, tout au plus d'une sexte, mais bien rarement dans celles de sept ou de huit tons. Je ne dirai, je le ré« pète, rien de particulier dans cette matière; mais je déclarerai avec une pleine certitude que, de l'ensemble de toutes ces inestimables mélodies, il résulte crue le chant grégorien a un je ne sais quoi cradmi* rable et d inimitable , une finesse d'expression indicible, un pathétiaue qui touche, quelque chose de limpide, de toujours frais, de toujours nouveau, de toujours vert, de toujours beau ; mais rien de fade , rien de suranné. Auprès de ce chant apparaissent tout à coup bien stupides, insignifiantes, fastidieuses, absurdes, surannées, les mélo^ dies modernes par lesquelles on l'a altéré, ou qu'on y a simplement ajoutées, à partir de la dernière moitié environ du wW siècle jusq[u'5 nos jours (160). »

Léonard Poisson, auteur d'un des meil^ leurs Traités de plain-chant que noqs possédions , s'exprime exactement comme le judicieux et savant abbé Baini, sur la beauté des antiçiues mélodies grégoriennes et leur supériorité, sur celles qui ont été compo-

(160) Mémoires st$r la Vie et les OEuvret de Poiutrina^ par J. B.ûiii, prêtre romain, chapelain , chanieur et din^cieur de la chapelle pontificale, (Rome, 18^.) Vol 1, chap. 3.

(161) G'esl aussi le seiaiiiieiil de Tabbé Lebœuf, dau8 son rem;irq(mble Traité hiitorique et pratique 4« plain^chani,

(I6S) Traité historique et pratique du plairhekuHt, var Léonard Puisbou (1750), pag. 10 cl 11.

sées plus tard (161). Après avoir alBroié qu'on ne peut mieux se fixer pour c^s mé» lodies qu au siècle de Charlemagne et aux deux suivants, il continue en ces termes : « Plus les compositions de chant approchent de leur première origine , plus elles sont simples et presque syllabiques, surtout celles des antiennes, et plusieurs progrès sont doux, mélodieux, naturels, au lieu que les compositions postérieures sont surchargées de notes , et que leurs progrès sont durs et guindés, et pour me servir de l'expression de M. LebcBuf, cahoteux , et par là toujours difliciles et désagréables. Prenez en effet dans Tantiphonier romain , ou dans uq autre antipnonier antérieur au x* siècle, les antiennes de Noël , de PAques , de TAs-i cension, delà Pentecôte et des autres ofl9ces de Tannée; comparez-les avec les antiennes des offices postérieurs, et vous serez frappés des différences de composition, les premières étant fort simples et les autres chargées et trop modulées. »

Quand donc on trouve des pièces de chant qui se ressemblent , en les examinant de près , on discernera facilement les originales de celles qui ne sont qu'imitées, à ces marques non équivoques* Les plus anciennes sont ordinairement simples, mélodieu-^ ses, coulantes ; elles sont aussi , comme on Ta déià dit, plus correctes pour Texpression et la liaison des paroles ; elles sont encore plus variées et plus diversifiées, ce qui est une perfection qu'on ne doit pas néglirar» Tel est l'esprit du véritable chant gregOH rien (162).

La nature de cet ouvrage essentiellémenl métaphysique ne nous permettant les développements historiques et critiques qu'au* tant qu'ils se rattacheraient directement à la question du beau dans l'art chrétien, je ne saurais, sans sortir de mon cadre, exposer ici les différentes phases que le chant liiurgique a subies jusqu'à Tépoque actuelle (1w)^ Seulement je ferai remarquer avec Léonara Poisson (loco citato) que tous les chants des différentes églises viennent du Romain, et qu'en France il en était de même avant les nouveaux bréviaires qui y firent invasion durant la deuiième moitiédu xviu*siècle etle suivant, en sorte que les changements qui s'y trouvaient et oui venaient des diverses mains par lesquelie<( ils avaient passé, n*ont jamais altéré le fond, au point de le rendre méconnaissable.

Maintenant, nous serions emmené nécessairement par l'ordre des matières à examiner la part qu'a eue saint Grégoire le Grand dans la constitution du ciiant ecclésiastique. Mais cette question trouve natu-

(163) Pour ces détails historiques - critiquas, et« en particulier pour ce qui concerne la grande léforme du plain-chant effectuée durant le xvu* siècle ji I\ome, par Paul V, et en France par répiscopalp on peut lire Touvrage publié récemment par laa« teur de ce Dictionnaire, sur le Chant Hturgtoua (AvI* gnon, chez Seguin, iS5i;, I vol. in 8*. Noos «a donnons des eilraits à. la thi do mot GaScoam (chïiut}.

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DESTHETIQUE CHRETIENNE.

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rellement sa place dans Tartiele que nous consacrons à ce grand Pontife. Yay. Gbegoi- BB (Saint). Enfin à l'article Modes (Voy. ce •tel) nous traitons plus à fond encore que dans celui-ci Testhétique du plaint-chant. (^ly* fMê$i tes mots : Opéra ; Orgue, etc.

(âlANT GRÉGORIEN. Voy. Grégorien.

CHAPELLE. Voy. Corsini.

CHAPELLE (Sainte). Voy. Grandeur.

CHAPELLES rayonnantes. Voy, Roman.

CHARTRES fCATHÉDRALs de). Sa perfection ; son chœur semblable à relui de Bourfes dérÎTe directement de Notre-Dame de aris. Voy, Amiens.

CHARTREUSE (Grande), (près de Grenoble). Chef d*ordre des Chartreui, voués à la prière et à la contemplation. C'est un des orrJres les plus célèbres, et par son ancienneté et par la ferveur persévérante de ses religieux (164).

Le monastère de la grande Chartreuse nous offre un des ty[)es les plus remarquables de la beauté qui résulte des harmonies de la nature, unies à celles de la religion. Cest sous cet aspect, qui rentre si bien dans notre sujet, que nous allons le considérer (165).

(fSi) Ils n*ODt jamais eu besoin de réforme.

(165) Ce Dionasière fut fondé par saint Bruno, Bé à Coloçne, et qui avait été auparavant chanoine ei chancelier de TEgUse de Reims. C^esl dans celte ville que, m trouvant dans la maison d'Adam , où il demeurait avec Raoul et Fulcius, deux de ses colkfoes, ils eurent, ainsi qu'il le raconte lui-même, ■oe conversation touchant les fausses joies de la terre et les délices pures et innocentes de la vie ctrmelle, et qu'étant par là enflammés du désir de cette vie, ils promirent et même firent vœu de quitter le siècle et de prendre Thabit religieux.

i Peu de temps après ce vœu, Bruno, guidé par •Be sage uéttance de lui-même, voulut faire Tappretttiftsage de la vie monastique sous un malire éclairé dans la science du salut. 11 alla donc, avec deojL de tes disciples, se mettre sous la direction ée saint Roliert, que les solitaires tle Molesmes avaient choisi pour leur abbé, et qui fonda ensuite rordredeClteaux... Après plusieurs années passées dans la retraite et dans de profondes méditations, y crot éire en état de fonder un nouvel ordre religieox. d'après un plan qu*ri avait conçu.,. 11 ne larda pas a réunir, à la place de ses deux anciens dbciples, qui ne le suivirent pas, six autres per- ■agaas (a) qu'il entraîna par son prosélytisme aréemÈ^ k se consacrer avec lui à la vie de solitude et ée pëoilence dont il leur retraga l'austère ubieau. ^ i Or, vers ce temps-là, saint Hugues eut une vision iÎBf ullére : il fut transporté en esprit, pendant las ténèbres de la nuit, au milieu des montagnes de la Cliartreuse (b). Là, dans des clairières entourées de sombres forêts et surmontées de rochers menafaois, au seÎD d'un désert jonché de pierres brisées ei silionoé par ries avalanches , il lui sembla que le Seifoeur se construisait un temple magiiilique, créalioo vraiment divine au milieu de cette espèce de dnos ; en même temps il crut voir sepi étoiles brilhaies s'arrêter sur le faite de cet édiiice et le revê-

On a souvent^ et non sans raison, fait observer avec quelle admirable entente les fondateurs d*Ordres religieux ont de tout temns choisi la nature des sites qui convenaient le mieux à Tesprit de leur institut. Ce rapport entre les sites et les monastères pourlesquels ils avaient été choisis, a donné lieu à un genre de beauté inconnu ailleurs que dans le christianisme, et que son esthétique a» par conséquent, le droit de revendiquer. Ainsi, pour nous restreindre au monastère qui nous occupe, lorsque Bruno pénétrant avec ses disciples dans ces déûléssombres, jusque-là inaccessibles, de la forêt cartusienne, planta à l'extrémité la plus épaisse, la plus solitaire de cette haute forêt, sa tente et celles de ses six compagnons, il fut aussi bien inspiré au point de vue des convenances de la nature que de cellesde la religion. Que se proposait-il en effet? si non une séquestration complète du monde et une application constante à la prière et à la méditation. Or, quel site était plus favorable que rimmense et impénétrable désert , à cette vie de contemplation? Telle est aussi ridée d*harmonie, de rapport, oui frappe, même à leur insu, les voyageurs nabitués à

tir d'une pore et mystérieuse lumière (c).

f Le lendemain , Bruno et les six pèlerins qui racconipagnaient venaient se jeter aux pieds de saint Hugues. « Nous avons été attirés vers vous, i s*écrièrent-il8, c par la renommée de votre sagesse c et par la bonne odeur de vos vertus. Nous venons, c à l exemple des Hilarion, des Antoine et des anac chorètes des premiers temps, chercher un désert

< où nous puissions fuir les fausses joies du monde c et les orages d*un siècle pervers. — Je reconnais c en vous, ajoutait le chanoine de Reims, la figure c d*un ange qui m^appantt dans le cours de mon c voyage, et a qui Dieu m'a ordonné de confier la

< conduite de ma vie : recevez-nous dans vos bras; c conduisez -nous à la retraite que nous cherchons. I

i Hugues, ému d*un pareil spectacle, releva et embrassa ces pieux étrangers. 11 leur fil une réception pleine d'affection et de charité, et leurs larmes d'ailendrissemcnt se confondirent avec les siennes. Il comprit alors que Tapparition des sept étoiles était le présage divin de leur arrivée, et qu'elle indiquait le lieu où ces mages chrétiens devaient arrêter leurs pas... Bruno resta quelques jours à Grenoble avec saint Hugues ; il conféra avec lui de la règle qu*il avait projetée pour la fondation de sou ordre. Qu'ils durent être élevés et sublimes, les en* tretiens de ces hommes de Dieu , méditant ensemble les bases de l'ordre des Chartreux , (jui font depuis huit siècles la gloire de la catholicité ! Quelle profondeur, quelle gravité devaient présider aux discussions de ces saints législateurs ! Ils surent créer une société religieuse dont la puissance de vitalité a été si grande que sans avoir besoin d'être réformée {d) ni renouvelée, elle est encore debout après plus de sept siècles, après avoir vu naître et périr autour d'elle une foule de sociétés politiques et humaines.

I Quelque temps avaui la fête de saint Jeaii-Ba-

(«I Ces compagnons de saint Bruno se oommalenl Laud- {c) Ce miracle a élé reconnu autbenlique par plusieurs

via, itaUeo, aë en Toscane ; EUenne de Bourg el Elieo- * auteurs irès-distiiigués, eolre autres par Taobé Fleury,

■e de Die, tous deux chanoines; de Saint-Ruf, dil le cha^ (>ar le P. Giry, et par Baillet, critique irès-sévère et sur-

pelain, et deux laques, André et Goêrin. nonimu le Dénicheur de saints.

(f) O flost ces montagnes qui ont donné teur nom à (d) !{unQUiim reforriurfa, tmia mmqiutm diffommUu. rurdre de S^aiiit- Bruno.

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se recoeillir dans leurs pensées , lorsqu'ils graTissent lentement la montée du désert le plus renommé peut-élre qui existe dans les annales cénobitiques de notre Occident. Sous Tempire de cette multiple impression» ils éprouvent une admirable gradation de sentiments divers qui se succèdent» sans se détruire» et tiennent sans cesse en haleine Timagination, Tesprit et le cœur. Que dironsnous surtout de cette douce» de cette profonde mélancolie que ne manque jamais de leur inspirer l'accord merveilleux des harmonies de la solitude arec celles de la méditation I

Je n'entreprendrai point ici de décrire ces phases diverses de l'ascension qui commence a l'entrée du désert aux bruits des eaux vagissantes du Guiers» et aboutit au monastère» après trois heures d'une marche on ne peut plus accidentée.

Ces montagnes entièrement boisées de la base au sommet» avec leurs crêtes hérissées de sapins aigus comme les fines aiguilles qui surmontent les faites de nos cathédrales gothiques; ces brusques et continuels changements de sites imprévus» dont chacun se* rait digne par sa beauté» de fixer longtemps les regards émerveillés d'une végétation si riche et si variée ; ce torrent» qui tantôt murmure à côté de vous , et tantôt gronde sourdement au fond d'une étroite vallée dont vos veux effrayés ne peuvent sonder lespFOfondeurs ; ces ponts si nombreux et si diflEérents de forme et d'élévation que la nature et l'art ont jetés alternativement sur ces eaux tour è tour limpides et écumantes que le voyageur est ooligé» à chaque instant» de traverser; cette verdure» épaisse et d'une teinte si foncée» qui charme constamment vos regards ; ce silence absolu de la nature», que ne varie jamais le chant des oiseaux inconnu

pciste» Hugues conduisit Bruno avec ses compagnons dans le lieu (|ui lui avait été désigné par 1 apparition mystérieuse des sept étoiles. Ils « traversèrent ensemble les portes naturelles du désert de Chartreuse, formées par des rochers inaccessibles qui se perdent dans les nues. Ils cheminèrent à travers les forêts, les rochers et les précipices jusuu^aux lieux où est maintenant la chapelle de Saint-Bruno. Ni rhorreur de ces aspects sauvages, ni le silence affreux du désert, ni la crainte des frimas d*un long hiver n*ébranlèrent le courage de ces pieux anachorètes. Ils acceptèrent ce séjour avec son âpreté et ses rigueurs, comme le digne théâtre de la fervente pénitence à laquelle ils allaient consacrer leur vie.

c Hugues avait conduit à travers le désert le pe^ tit troupeau qui s*était confié à sa garde. Mais il n\ avait pas d*eau dans Tendroit où ils arrêtèrent leurs pas» et comme tout devait êlre merveilleux dans rétablissement de Tordre des Ciiartreux, Tévéque de Grenoble, comuie un autre Moïse, frappa le roi-lier et en fii jaillir la source qui depuis a été connue sous le nom de fouiaine de saint Bruno. C'est celte fontaine que le prieur Guivues lit venir plus tard par des aqueducs jusqu'au lieu où est le monastère

(a) Generon milius cœperwl habitare in separa^i celth Brmume magistro ae duce, qm idenlidem in uliunt locum ttiaxinu liorridum secedere consHeverat. (Mabillun, Annota henêdictmet, tom. V, pag. 292 ) Ce lieu est one es

dans ces lieux» et qui n*est interrompu qae par les murmures du torrent » la grande» 1 unique voix de ces lieux déserts; tool cela saisit Tâme profondément et loi fait savourer ces jouissances intimes que l*on ne trouve que dans la contemplation des grau* des scènes de la nature et dans la sérénité de la paix de TÂme. Alors» on conçoit comment les grandioses beautés du désert ont pu arracher à un monde vain et trompeur tant d'hommes d*élite qui n*avaient plo^ qne faire de ses joies homicides et de ses perfides douceurs. Uimpression du voj^ageur est encore jilus vive et plus profonde lorsque » arrivé au terme de son ascension» il aperçoit tout à coup en face de lui la masse imposante des vastes et réguliers bâtiments du monastère» avec leurs toits en ardoise à pente fortement inclinée» avec leurs nombreuses tourelles et leurs élégants clochetons. On dirait toute une ville monacale qtti se dresse soudainement devant vous. Au nord-est» et bien au-dessus du monastère» qui domine lui-même de quatre mille pieds le niveau de la mer» s'élèvent les pics sévères et chevelusdu Grand-Somm» dontles flancs détachés représentent autant de masses de roc de granit» sur les parois desquelles S6| dessinent par intervalles de sombres lizières de sapins. A Topposé du Grand-Somm» au sud* ouest, c'est le versant rapide d'une montagne touto couverte d'un tapis d'arbres tellement serrés», que l'on aurait de la peine à se frayer un passage à travers ces arbres touffus, fcn* tre cette montagne» avec son manteau dé verdure foncée» aussi douce que le velours», et celle» à l'aspect si austère du GraDd-Soouu„ apparaît le monastère» dans un esjpaca re^serré» comme entre deux forts qui le protègent contre l'invasion du monde et de set plaisirs, ici règne plus encore que le long:

actuel. Bruno et ses disciples construisirent pour leurs demeures d'humbles cabanes» séparées. les unes des autres par un espace de cinq coiidécs» et adossées à d'énormes fragments de roc déUcMides montagnes supérieures. Cliacun des. religieax eut d^abord sa cabane ou cellule pour lui. teal; mais bientôt leur nombre s'éiant accra, ils fvreiil obligés, pendant quelque temps, de se oietire deas dans cbaque cellule, jusqu'à ce que Ton en eût bHâ de nouvelles. »

Suivant la tradition de i*ôrdre, Bruno auriAet sa cellule avec un oratoire, dans readroit où est la chapelle qui porte encore son nom, et aurait conservé longtemps Tautel sur lequel le fondateur des Chartreux avait offert le sacrifie de la messe.

Mabillon (a) rapporte que Bruno avait eoutaott* de s'éloisner pendant une partie de la journée du De» où étaienl sa cabane et celles de ses coropagnoos» et de s'enfoncer dans la forêt; d'y chercher letsilct les plus âpres et les plus sauvages pour 8*y livrer à ses saintes et mystérieuses coniemplaiions. c Etlr. de la Vie de Hugues, évéque de Grenoble, par M. Albert Du boy s, i vol. i^•8^ chapitre 2, 66-73.

pèce d'oratoire nalorel, formé par un rocher que l'oa montre encore aujourd'hui, el qui se trouve un peu an delà de la chapelle de Saint-Bruno, plus avant dans tu forêt.

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D'ESTHETIQUE CHRETIENNE.

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de la sinueuse Tallée aux mille replis qui conduit h ces sublimes hauteurs, un silence profond et solennel; car l*eau mugissante du torrent qu'on a laissé à droite quelques minutes aupararant ne se fait plus entendre, et roreiile n'est frappée que du son de la cloche aïonacale, qui, aux heures marquées Knr la prière publique des fervents cénoes, fait retentir les échos du désert de ses mélancoliques volées. Ce signal nous invite aussi à entrer dans le pieux monastère. La porte nous en est ouverte par un des bons religieux qui, le sourire de Thospitalité sur les lèvres, nous accueille comme un frère, eomaie un ami qu'on reverrait aprèii une longue absence. A peine avez-vous mis le pied dans la grande cour servant de vesdimle, aue deux cénoblles. au front serein, i la figure angélique, vous viennent au-devant, comme deux messagers de la divine charité. Ils vous offrent une hospitalité aussi cordiale, aussi fraternelle que désintéressée. Avez-vous jamais vu ces moines à la rot)e blanche, à la tête rasée, au maintien si noble, si candide et slgracieux, qu'aimait i représenter dans ses mystiques et suaves peintures le bienheureux artiste de Fiésole, Pra-Angelico? £h bien! vous avez devant vous deux types vivants de ces ineffables personnages que Tart antique ne put jamais concevoir. Pouvait-il, en effet, comprendre ce je ne sais quoi de surnaturel, de divin, quon ne trouve nulle part, si ce n'est chez les justes sur la terre et chez les saints dans le ciel ?

Admis dans l'intérieur du monastère, pénétrez dans ces immenses galeries, et vous verrez de temps à autre passer devant vous, comme une ombre, quelqu'un de ces hôtes nombreux du désert, qui semblent, ainsi que les montagnes témoins de leur vie extatique, appartenir moins à la terre qu'au ciel. Quel silence mystérieux, quelle simplicité mêlée de grandeur régnent dans cette vaste enceinte 1 L'œil se f^romène, sans pouvoir en atteindre rextrémité,sous les longs arceaux gothiques ou romans de ces immenses galeries« qui mesurent six cents pieds de profondeur.

Cesl surtout h l'église qu'il faut voir ces bominesy qui ont échangé les soucis ou les dissipations du monde contre le calme et les saintes austérités du désert. Il me faudrait le pinceau de Granet pour rendre les effets de cet office nocturne chanté par ces bons pères, rangés sur deux lignes, à la pAle lueur de quelques sourdes lanternes. On se croirait reporté vers les temps primitifs du cbristianbme, oii les vigiles et matines des srandes solennités étaient chantées au miueu de la nuit par les prêtres et tous les fidèles. Ici, c'est durant le jour et la nuit que retentissent les accents de la louange et de la prière que font monter vers Dieu ces ha-

bitants du désert. Nouveaux Moïses sur la montagne, ils tiennent sans cesse leurs mains suppliantes levées vers le ciel. Seule la religion catholique a pu ériger sur les monts les plus abruptes, comme dans les vallées les plus profondes, ces asiles de la prière et de la perpétuelle contemplation, comme elle seule a pu, non loin de là , sur le Grand- Saint-B^rnard, consacrer une fondation touchante à Texercice non interrompu de son infatigable charité. Oui, seule, la religion catholique a pu faire des Chartreux ; seule elle a pu déterminer à s'ensevelir tout vivants aans la solitude des hommes, jadis enfants du siècle, qui nous répètent tous les

{'ours du fond de leur cellule ces paroles du Prophète : Je me suis enfui dans ta solitude f parce Que je n'at vu que contradiction dans les cités (166) ; ou ces autres paroles de l'Esprit-Saint : Fuyez du milieu de Bàbylone^ et que chacun sauve son dme, parce que le jour de la vengeance divine est près de vous (167). Elle seule, en effet, a assez de lumière pour nous faire toucher au doigt la vanité des choses du temps, et assez de grâce persuasive pour fixer irrévocablement notre cœur aux cnoses de Téternité.

L'antiquité païenne était-elle capable de concevoir, je dirai plus, de soupçonner ce type si poétique, si attachant, de I enfant du désert ? Elle était trop enfoncée dans les sens pour comprendre une telle transformation ne l'humanité. Aussi, quand même, je suppose, on viendrait à découvrir les plus belles peintures de Rome, de la Grèce ou de rionie, on y chercherait vainement une série de tableaux d'une expression mystique et céleste comme ceux que les enfants de saint Bruno doivent au pinceau divin d'Eustache Lesueur. C'est parmi eux, è la Chartreuse même, que l'on se pénètre bien mieux que dans un vulgaire intérieur de musée ou de salon, de la beauté de cette œuvre magistrale du premier de nos peintres catholiques français.

Elles sont donc bien réelles et bien admirables, bien touchantes aussi, dans le désert des Chartreux, ces harmonies de la nature et de la religion. Quel accord merveilleux, en etfet, entre les unes et les autres, entre la vie de prière, de recueillement des hôtes de la solitude, et l'expression calme, sévère et grandiose de ces lieux I Mais à la profonde impression qui en résulte [)Our l'observateur philosophe et chrétien, se joint encore celle qui naît du contraste qu'offre Tagitation fébrile des cités qu*on domine de si haut, et dont les vaines clameurs viennent expirer au pied de ces monts, ici , en effet, il n'v a plus de place que pour l'impression indéfinissable que causent ces grandes scènes de la nature, lorsqu'elles se marient étroitement à celles do la vie mystique des enfants du désert. Alors on comprend comment Dieu

(166) Ecee elottgoH fn^ens et mansi in solitudtne^ fscniam tidi eonlradictioHem in dvitate. {Psal, liv i ei9>

(1G7) Fngite de medio Babytoniê et unustfninqvf snltel aMmam suam^ quorn^m temimi uUiofUs a Démine, piâbsitndinem ifse retripuet et. (Jerem, v, 6.)

CHA

appelle ceux qu*i] aime dans la solitude» pour leur parler au cœur (leS). Aussi, yoyez comme depuis bientôt huit siècles les villes de France, de l'Europe, du monde entier, envoient, pour peupler celte solitude, quelques-uns de leurs habitants. Parmi ces cénobites, vous en trouverez, encore de nos jours, plusieurs qui ont occupé dans la vie civile des positions imporUntes et enviées. Vous en trouverez aussi qui se sont abreu^ vés è la coupe enchanteresse de toutes les voluptés. Détrompés de ce faux bonheur des sens, qui égare pour les perdre tant d hommes abusés, ils sont venus chercher sur ces monts sourcilleux la vraie félicité, qu on ne trouve que dans la paix de TAme et loin des orages des passions. C'est quelque chose de bien admirable, en effet, que cette multiplication incessante des enfants du désert. Qu'elle est vive, qu'elle est féconde, celte sève de l'Evangile qui suscite continuellement du milieu de toutes les dissipations, de tous les enivrements du siècle, ces hommes de Dieu, qui vont consacrer leur existence tout entière è la pratique des sublimes conseils que Jésus-Christ a réservés à la perfection] N'est-ce pas à ces hommes d'élite que faisait allusion le prophète Isaïe, lorsqu'il disait qu'ils viendraient de loin, du nord, du couchant et du midi (169)? Ecoutons le même prophète nous dépeindre dans son langage poétique et si vivement 6^uré, les harmonies de la nature et de la religion, par ces courtes paroles :

La terre qui était déserte et sam chemin^ tressaillira deioie ; la solitude sera dans V allégresse^ et elle fleurira comme le lis des champs. Elle poussera et elle germera de toutes parls^et elle sera dansune effusion de louange et deioie. La gloire du Liban lui sera donnée, et elle aura tout l éclat du Carmel et de Saron (170j. Les lieux qui étvàent autrefois arides, seront arrosés d'une eau féconde, et la terre qui brûlait de soif, sera désaltérée par une onde pure et vivifiante (ili).

Nous laissons, pour terminer nos considérations esthétiques sur la Grande- Chartreuse, la plume à un poète qui l'a chantée en beaux vers ; «:ar la poésie, comme la peinture, aime à s'inspirer aux sublimes harmonies que nous venons d'esquisser. Les vers sont inédits; nous les devons à l'obligeance de l'auteur, qui a bien voulu nous les offrir. Les voici tels qu'ils ont été im- ITOvisés, en 18W, sur les lieux (llij.

Hambles el pieux aoliufrea, Cénobites de ce uint lieu, Qui, loin des humiines misères fie vivez, n*espérez qu'en Dieu î Fuvant nos boutes politiques, Je suis venu sous vos portiques.

Sur vus monts, dans vos bois t*pais.

Comme vous, hommes bons et sa^'cs ,

(168) Ducam eam in solitudinem et loquar ad corons, {Ose. 11, U.)

(169) Ecce Uiide longe ventent^ et ecce illi ab aquiloneetmari,et isti de terra austratL(ho. xlijl, 12.)

Jt70) Lœtabitur deurta et intia et exsuttabit soli- 0 et fiorebit quasi liUum. Germmans aerminabit, et exsnUabit Imtabunda et lauemn^^qleria Libtmi data

GLO I9t

Demander à tons leurs ood>raget Et U solitude et la paix.

Qne le Dieu puissant qui novskige Vous bénisse et soit avec voiisl Qu'il protège le saint refuge OO vous Timplorez tous pou? ■•os!

Frères, de ces hauteurs sublimes.

Pleurez sur nos malheurs, nos criMS»

Sur ce uoble sang répandu...

Frères, prie: pour notre France Ce Dieu d amour et de démené* Qui vous a toujours répondu.

Da monastère à U vallée, Des bo^ du torrent aux forêts.

Dans le désert, sous la feuillée. Au pied du rocher sombre et fralt^ Sous l'œil divin qui la mesure, Sa luxuriante verdure Etale sctf tapis en fleurs, Tandis que l'astre qui les dore Donne plus de parfums encore A leurs édatantes couleurs.

En quittant vos Alpes sauvages.

Ces rocs épais, ces monts, ces bois.

Incomparables paysages

Où les torrents mêlent leurs voix.

Je n'oubltrai ni leurs images.

Ni ce soleil dont les nuages

Nous cachaient en vain U splendeur.

Pareils à ces regards austères.

Qui ne peuvent voiler, mes pères,

Les doux penchants de votre cœur.

CHORDR (chant en). Votf. Harxon».

CHRYSOUTHE. Couleur symbolique.

Yoy. Couleurs,

CHRYSOPASE. Couleur symbolique.

Yoxi. Couleurs.

CiMABUE. Célèbre peintre florentin, nd en 12i0. Yoy. Peiïiturb.

CLOCHES et CLOCHERS. C*est à Tépoque de Tintroduction des cloches dans régnse qu*il faut faire remonter Torigine des tours qui furent destinées è les recevoir. Cesdeoi points historiques étant connexes, nous m les séparerons pas, et nous les traiterons successivement et en peu de mots.

Il résulte du témoignage de plusieurs an* tcnrs, tels que Aristophane {Comédie des m* seaux);MarX\alŒpig.f 1ib.i);StralK>n {Géog.^ lib. xiv), que les anciens se servaient d» clochettes pour divers usages, et notamment |)Our marquer les heures de réunion dans les lieux publics. 11 est même rapporté dans lés Dialogues de Lucien (In DiaL beœ Sgrimf pag. 16} que les prêtres de la déesse de Sjrrie en faisaient usage dans leurs cérémonies. (Voici ce passage : Astans vero et inier precandum sonum edit instrumenta œneo^ fÊei ubi movetur magnum quiddam canit et eupe^ rum.) On sait que chez les Hébreux le grand* prêtre successeur d*Aaron avait une robe couleur d^^acinthe, au bas de laquelle pendaient de petites sonnettes d*or. Mais lool cela ne saurait être comparé à nos cloches chrétiennes « dont le son harmonieux, » dit un de nos modernes archéologues (ITS), « fait naître dans tous les cœurs de si

est ex : décor Carmel et Saron {Isa. xxxv, 2.) (171) El qaœ erat arida ertt in stagmum, ei sstkns

in fontes aquarum. {^Isa, xxxv, 7.)

{il±) Par M , Antotne, officier supérieur d^artilterii. (173) M. Tablié Baraud, dans sa savante Koike

sur les clocbes, publiée dai:s le tome X du Ifaikiia

monumental.

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GLO

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Tires et si profondes émotions^ qui rappellent des soaTeoirs si touchants, qui mêlent la pompe de leur gran«1e voix à tontes les fêtes de la familie« de la natrie et de la religion, et qui doivent être |»jus particulièrement chères au savant, à 1 artiste et à Tarcbéologue (17<k). » -— « Sans la cloche, qni doit les dominer, pour parler de plus haut et de plus loin aux peuples émus, i»s*é* erie un de nos plus éloquents prélats de France, « nos temples auraient-ils pris un essor si'élevé? Les verrions-nous porter jusqu'aux nues leurs voûtes hardies ? Sans le clocher, aurions-nous ces gracieux campaniles, ces Sèches aériennes, ces tours majestueuses, imposantes par leur masse ou découpées en élégantes dentelures, et qui fiMit le plus bel ornement du village, comme la gloire et Torgueil des grandes cités (175)? » C'est donc à l'introduction de la cloche chrétienne que doivent leur origine ces innombrables clochers qui s*offrent à nos regards tantôt sous la forme d'une tour carrée ou octogone, tantôt sous la forme d*une flèche

{>lus ou moins hardie, tantôt sous ces deux ormes réunies et superposées. Mais à tfuelle é|K>que cette introduction a-t-elle eu lieu ? On s'accx>rde à dire que ça été au v* siècle, et Ton en fait honneur à saint Paulin, évéqoe de Noie, de U» à &31. Bède (£fûiar. ecd., lib iv), qui vivait à la fin du vu* siècle, et saint Ouen archevêque de Rouen, en 6M {Vita sancti Eligii)^ parlent de lusage des cloches comme existant déjà avant eux, et Alcuin, disciple de Bède et précepteur de Charlemagne, le fait remonter antérieurement k Tan 770. Néanmoins, ce ne fut qu'au viii* siècle que leur volume devint assez considérable pour rendre les tours indis- {lensables. C'est ce oui résulte d'un curieux

rssge d'Anastase Je bibliothécaire, tiré de Vie d'Etienne III^ dans lequel il est dit que. Tan 770, ce Pape fit bâtir une tour sur la basilique de Saint-Pierre, dans laquelle il plaça trois cloches pour appeler le clergé aile peuple aux offices (176.) Mais tout porte à croire que ce ne fut qu'au x* siècle que l'usage des clochesdevint assez général pour nécessiter la construction de tours qui fussent en harmonie avec leur nombre et leur importance. Ces tours furent placées au centre de Tédifice, ou au point de jonction des deux croisillons du transsept, tantôt, mais |*lnsrarement,au-dessusdu portail de Touest, comme on le voit encore à ïh cathédrale d'A- TÎgnon, è celle de Die, à celle de Valence elà Téglise Saint-Jean delà même ville; tantôt, et plus rarement encore, aux deux extrémités du transsept. En Italie, où Ton a, mieux que chez nous, le bon esprit d*isoler les édiuces publics, elles furent souvent étalilies i côté des églises, comme à la cathé-

(174) On sait combien Napoléon aimait à prêter meille à la douce et imposante harmonie des

(175) Voir fiAOore, pour la signification poétique flt tymiNilique des cloclies, le 1m)1iu chapitre 15 ijue lear a consacré Durand, éféque de Mcnde, au un* siècle, dans scmi Raiionate divinorum ol/iciorum.

drale de Pise et i celles de Florence et de Venise. « Quelle que fût d'ailleurs la place qu'elles occupaient,» dit M.de Caumont (177), « les tours étaient carrées, terminées par une toiture pyramidale obtuse, è quatre pans, percées sur leur face d*un certain nombre de fenêtres, demi-circulaires, comme celles de Saint- Martin d'Angers ; mais, dans le cours du XI* siècle, on les exhaussa de plusieurs étages, on orna leurs murs d*arcades bouchées et de fenêtres, on fit des pyramides très-élevées, et il parait que l'origine des tours élancées, qu'on a nommées flèches^ date du X* siècle. Ce n'est, toutefois, qu'aux xn* et xm* siècles surtout, que le génie des architectectes parvint à élever jusqu'à une hauteur prodigieuse ces pyramides élancées qui donnent tant de charme et) de mouvement à Tarchitecture ogivale. » Ajoutons qu'un bon nombre ne furent terminées et même commencées que dans les xiv% xv* et xvr siècles.

Plusieurs de ces tours romanes étaient terminées par une plate-forme, et pouvaient, en cas de besoin, servir à la défense. C'est surtout en Angleterre que ce système de tours à double fin avait prévalu, comme on peut le voir dans la plupart des grandes constructions religieuses de ce pays, dont l'extérieur, tel que celui des cathédrales d'York, de Durham et de Téglise abbatiale de Westminster, offre laspect des remparts crénelés du moyen Age.

« Les tours, » dit M. de Caumont dans Touvrage déjà cité, « avaient été construites dans l'origine pour recevoir des cloches ; mais, au xi* siècle, on les multiplia sans nécessité et uniquement pour le coup d*œîl. Ce fut alors qu'on adopta, pour les grandes églises, l'usage, qui a subsisté depuis, de

f lacer une tour de chaque côté du portail, Touest. La troisième s'élevait, comme auparavant, sur le transsept. Ordinairement moins haute que les deux autres, i:elte tour centrale était quelquefois ornée à Tintérieur de manière à rester ouverte jusqu'au toit, et à présenter un grand vide ou dôme sur l'intersection de la croix. » La cathédrale de Coutances offre, entre autres églises, un exemple de cette dernière disposition. On ne saurait s*imaginer Tcffct pittoresque et imposant à la fois que produit cette multiplicité de tours ou de flèches sur le même édifice. Un des plus remarquables en ce genre est ^ans contredit, la magnifique cathédrale de Tournay en Bédgique, surmontée de cinq flèches, d*un eUet on ne [)eut plus hardi et majestueux.

On ne regrettera jamais assez la démolition des flèches de nos églises cathédrales et collégiales que le niveau égalilaire a fait disparaître ea si grand nombre dans notre

(176) Stephanus 111, A. D. 700, fecit super basilicani Saiicti Pttri tiirrini m qua iros posiiit canipanas, qua* clerum et pupuluni ad ollicinui l>ei coiivocarent.

(177) Cour$ d'ÀntitfuUés monumentales, iv* par*» tie. — Il importe de rappeler que M. de Caumout ne parle ici que des églises de France.

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