‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 45 sur 167 · CRE · texte numérisé non relu

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moment même, il lui augmenta ses appointements et lui assigna. q^uinze éeus par mois» comme on peut s*en édiBer par rinspection des comptes des archives sur lesquels Pierluigi est porté pour ladite somme, depuis 1576 |usqu*à sa mort. Pour réussir dans ce; diiEcire travail, Giovanni s'adioienit Jean Guidetti, dont nous avons parlé plus haut, qui connaissait parfaitement les manuscrits, autant de la bibliothèque Vaticane que lesi archives de la basilique, et qui avait été»

f»our cela , nommé par Pie v membre da a commission chargée de la correction du bréviaire et du missel romains, confiée àr Jean Bernard Scott , cardinal de Trani , et à Thomas Goduel, évéque de Saint- Ajsapb»

dans la principauté de Galles, hommes fort* doctes et versés de toute manière dans les antiquités ecclésiastiques. »

Ici Tabbé Baini consacre à Texamen du chant grégorien des.premiers temps et à Tétât où il se trouvait réduit à Tépoque de Pierluigi , des pages du plus grand intérêt, mais évidemment trop longues pour que nous puissions les reproduire intégralement. Je me bornerai , comme je viens de le faire pour ce qui précède, à quelques extraits des passages les plus saillants et qui se rapportent le plus directement à mon sujet.

Après avoir fait ressortir le goût exquis et l'inépuisable variété d'expression que révèlent tes antiques mélodies chrétiennes, notre savant et poétique historien en conclut que le chant grégorien a un je ne sais quoi d'admirable et d'inimitable, une finesse d'expression indicible, un pathétique quitouche; quelque chose de limpide, de toujours frais, de toujours vert, de toujours neuf, de toujours beau, auprès de quoi paraissent tout à coup stupides, insignifiantes, fastidieuses, absurdes, surannées, les mélodies modernes par lesquelles on Ta altéré, ou qu'on y a sim))lement ajoutées à partir de la dernière moitié environ du xiir siècle jusqu'à nos jours.

Ensuite, arrivant à la manière dont on exécutait ce chant admirable, il s'exprime en ces termes : « L'exécution du chant ecclésiastique ou grégorien, principalement dans les morceaux à une seule voix (et cela regarde la plupart de ces compositions, parce qu'il s'en chantait fort peu en chœur, excepté la psalmodie et quelques traits), était d'une recherche , d'une délicatesse indicible et indiquée avec une grande précision par diverses figures. J*ai lu dans les divers auteurs que j'ai consultés, qu'on y pratiquait communément les piano et les forte ^ les crescendo et les diminuendo , les Iriils , les yruppetif les mordants ; tantôt on accélérait-

(309) Les graves et nombreux témoignages qui attesteiii que léchant grégorien fui, dans ie principe, d*une grande simplicité, paraîtraient conlrcdire ce que Tabbé Baiiii nous raconte des mille nuances d'expression qu*on y avait introduites dés cetcmpt reculé; mais celte contradiction apparente cesse, quand on considère qu*il ne s'agit ici que de IVvéctiiien du chant proprement dite, et encore d'une exécution i-és<«rvée à quelques chantres, et

le chanta tantôt on le ralentissait^ la voix passant, en mourant, du piano au ptaiiâsimOf et se développant ensuite insensiblement jusqu'au fortissimo: on connaisfait l'art de porter lavoiaif etc. (309). De là fiismense délectation qu'en éprouvaient les auditeurs , comme l'attestent une inftviité de témoignages des saints Pères. De là las r^ firoches des mômes saints Pères: contre les. chanteurs qui, fiers de la manière distîi* guée dont ils remplissaient leur tftcbe»cliiB* taient à leur propre gloire et non à celle de Dieu. De là les instances de Pépin pour obtenir du saint Pontife Paul PMe chanteur Simépn , déjà notre prédécesseur dans la chapelle apostolique, qui apprit aux cbantret: de Reims l'art du chant romain. De là laoé* cessité que reconnut Charlemagne d'obtenir d'Adrien I*% Théodore et Benoit, égalemeal nos prédécesseurs, pour les églises de MeU et de Soissons, et la faculté qu'il obtînt aussi de Léon III d'envoyer à Home deu chanteurs français , afin que , unis aux nôtres , ils pussent s'accoutumer à la miSlo» dieuse exécution de leur chant. De là Vm^ pédient adopté par les chanteurs, nos |iré« décesseurs, non-seulement à Metz, à Reimi et à Soissons, mais encore à Rome, de no% ter les livres de chant que saint Paul I*» Adrien I*' et Léon III avaient envoyés à Péit pin et à Charlemagne , et qui avaient quel* ques petites lettres au-dessus des notait comme t. m. c. s. p. d. e. a. r. , etc. » poir rappeler à ces chanteurs les tremiUoê.^ lit collisibles^ les secabiles^ les padaiufii^ les diatinon^ les exon^ etc.; tous. ornemeBlique les Français non poterant perfecU e»* ^rimere naturali voce barbarica , frangetâm %n gutture voces potiusquam exprimeniei^ (Apud Gerbert, de cantu et Musica tacra^ tom. r% p. 21^.) D'où vint que, si les chanteurs ultramontains n'exécutaient pas aussi bien que les Romains, ce n'était point par déiaut d'une instruction suffisante, comiae se l'étaient trop persuadé Pépin et Cbarle* magne, mais par Tinsufitsance des extoh tants.

«Ces lettres minuscules, qu'on avait introduites au-dessus et au-dessous des notes, sont encore très-visibles dans deux manuscrits de la bibliothèque Angélique , et l'oa reconnaît aux caractères, à la taille de la plume et à l'encre, qu'ils ont été écrits par d'autres mains que celles qui ont Iravaillé aux manuscrits.

« De ce premier exposé du chant antique^ continue Fabbé Bai m , passons brièvement à un second tableau qui nous montre Tétât de ce même chant au temps de Pierluigi. (310).

tellement compliquée qu^clle ne pouvait convemr qu'à un petit nomk*e de chanteurs d*élite. Ausii, ki signes au moyen desquels ils avaient voulu iur ces mille nuances d'expression, ne tardèrent pas à perdre leur signification, cl à devenir de vëriuM». biéroglypbes, même dans Pltalie, où reiéciUÎÉI dii chant grégorien éiait jadis plus rechetcbée partout ailleurs.

(310) Tom. I, chap. 5, p. SI.

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ôo «régorien» n'a^ail pas été changée. Il

. saint , en effet , pour s'en assurer , de •com-

t parer Téchelle diatonique des Grecs et de Boèce arec celle de Guido, inyiolablement • ooasenrée josqu*à nos jours. Les modes ou Ions étaient les mêmes; seulement, Tintrodoctionf>erpétueliedu5t bémol dans les mélodiestlu cinquième ton sur l'échelle de /a, alté- -rail la nature de ce ton» en rendant son échelle aeiirt>lable à celle de C» tandis qu'il doit en différer» comme il en diffère par le fait»lors- 4|a*on supprimée la clef le 5tDémol,et qu'on se contente de le poser accidentellement pour ériter le triton direct. C'est contre cet écueil que vinrent heurter même les correcteurs au chant ecclésiastique choisis par saint Bernard» qui prétendirent que le neumt^ ou une manière du cinquième ton sans le ri bémol à la clef, ne pouvait se tolérer dans aucun mode fce qui est absurde). Ainsi» plusieurs imaginèrent par la suite un expédient que voici» po'ur sortir d'embarras. Affirmer qu'on dût placer absolument le si bé- «lol k la clef» était trop opposé à la nature du ton; c'est pourquoi ils se ravisèrent en disant que le neume» ou conclusion de ce mode» par laquelle devait être déterminée •a nature» on n'avait pas été heureusement iasaginée par les anciens maîtres de l'art» ou avait été postérieurement altérée» vel mmle imvenia^ vel po$t inventionem corruptOy et qu'ainsi» en dernière analyse» la finale de ce mode devait sans doute être formée au mojrea du st bémol» mais accidentellement : Umem niri aceidentalUer termimari non pôiesif Mnde non est Bufficiens. Cette dernière errtar n'était pas, comme l'autre, très-commone, et un grand nombre de livres de chant» du temps dePalestrina» conservaient encore le cinquième mode ou ton» sans bémol à la cIeL

« Les mélodies aussi n'avaient pas peu souffert, soit à cause de la négligence des copistes modernes» soit à cause des changements introduits par l'ignorance» soit par •cite de l'audace des compositeurs ; je ne veux pas dire » pour cela , que le graduel et Tantiphonier fussent entièrement défigurés; non certes. Les antiennes » presque toutes» avaient été conservées dans leur lorme primitive, et par conséquent avaient peu de notes, comme les hymnes. Les introïts n'avaient en général que peu de notes défectueuses ou changées. Les offertoires et les communions avaient été quelquefois mal conduits. Quant aux graduels» aux traits et versets y correspondant» ils n'étaient presque

tlus recounaissables. Toutefois» les graduels» ss traits» les offertoires et les communions, étaient restés intacts dans beaucoup de livres, parce que» laissés aux exécutants avec k faculté pour eux de supprimer les neumes et quantité de notes superflues» ceux-ci, %ën» nuire aux livres dont il s'agit, avaient commencé à introduire cet abus très-répré- ItonsiUe qui profiine encore» de nos jours» !• cbaat des basiliques de Rome» par fequei tesitmistes chantent les paroles sacrées sur

la basse et la dominante» k la hftte-et avec furie, comme se comportent sur la scène les chanteurs qui jouent le rôle de furieux et de désespérés. Quant aux nouveaux introït», graduels et offertoires ajoutés ou substitués aux anciens, avant été supprimés par la bulle de saint Pie V» ils n'avaient pas besoin de correction. La suppression des répons cl des autres parties de l'office dans le bréviaire de Quignonez n'avait point altéré les anciens livres de chant, parce que, quelles que fus* sent les parties qu'il eutdû omettre, elles n'avaient pas été pour cela retranchées des livres dont il s agit. H faut y joinde d'autres chants en usage au temps de Pierluigi , en partie introduits depuis peu dans l'Eglise, en partie tout à fait changés des anciennes mélodies» en partie non suflisammenl déterminés et laissés à l'arbitraire des exécutants. Ainsi» par exemple, la passion de la semaino sainte se déclamait; mais les paroles prononcées par lésus-Christ sur la croix selon le texte des évangélistes saint Matthieu et saint Marc : £/t » £/t» lamma $abacthani I hoc estj, Deus meus « Deus meus » ut guid dereli'guiêti me? sous prétexte que les évangélistes ci-dessus nommés avaient dit que le Rédempteur s'était écrié è pleine voix, voce magnoy étaient exprimées par les mélodies les plus capricieuses et les plus aiguës. Les différents manuscrits du xv* siècle déposés au Vatican» offrent ce chant en note » mais avec une mélodie vraiment insignifiante^ et parmi eux on en trouve un où le seul premier mot EH contient vingt notes et dix degrés d'intervalle ou d'étendue.

« Les évangiles des messes chantées avaient été accommodés à un chant qui rebute; il en existe un» entre autres» dans la bibliothèque du château Saint- Ange» signé Q. 4. 20, tout noté» et qui provoque, je ne saurais dire le rire ou l'indignation» à cause de l'impossibilité des mélodies.

« Les lamentations de l'ofiice de la semaine sainte se chantaient dans un style figuré, ou se lisaient , et quelquefois même se modulaient à une seule voix et au hasard ; j'en ai vu quelques-unes dans les manuscrits de Vanicella en plaint-chant» mais elles n*étaient point généralement adoptées.

« 11 n'y avait rien de fixe pour Tépltre de la messe et pour les leçons de l'ofiice ; souvent» dans les cadences» au lieu d'un seul aixenij pronuntianti ftmt7tf»comme l'avaient ordonné les saints Pères et les anciens écrivains» on entendait une mélodie traînante et capricieuse, etc.

« Les quarante figures ou notes anciennes avaient cessé tout à fait d*être en usage.....

Far conséquent, Texécution si fort prisée de ancien chant grégorien, était perdue tout à fait , et même n a pu être encore retrouvée. Je ne dirai pas seulement que les anciens ornements déjà indiqués, mais encore le nombre rhythmique» c'est-à-dire l'ême du chant, tomba dans un oubli complet. Tai dit avec intention nombre » et non mHrcj ou rAyrAme, parce que le chant grégorien étant établi le plus ordiudrement aur des patoke

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