‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 52 sur 167 · ACTIONNAIRE · texte numérisé non relu

ACTIONNAIRE

que Jésus serait laid dans ses formes extérieures ; loin de nous cette pensée. C*est l*ignominie de la croix, ce sont les tourments de la passion que le |[)rophète annonçait sous rerabième de la laideur du Christ (^10). Roi do gloire, image yisible de Tinvisible roiÛesté du Très-Haut ((^11), Jésus fut choisi entre dix mille : les proportions de son corps étaient élevées et pures ; tout ce qui était créé eu lui était plein de grâce et de vérité (M2); son Père versa sur lui à grands flots la grAce corporelle quMl dispense aux mortels goulte à goutte (413). Il était, beau dès le sein de sa mère, beau dans les bras de ses parent^, beau sur la croix, beau dans le sépulcre Ihik), Il ne voila sa divinité qu'autant qu'il était nécessaire pour ne pas blesser les regards des hommes (415). »

Les détails que donnent les prophètes, et Isaïe en particulier, sur l'extérieur humble, méprisable de THomme-Dieu, paraissent convenir moins à sa vie mortelle qu*aux humiliations et aux outrages dont il fut abreuvé immédiatement avant sa mort, et qui le réduisirent véritablement à l'abjection d'un ver de terre qu'on écrase en passant. Mais dans le cours de son existence sur la terre, et surtout pendant ses prédications, il exerça par la grâce de sa i)arole, par la distinction de sa physionomie, par tout son extérieur plein de noblesse et de douceur, une influence irrésistible sur les personnes qui le voyaient et qui Tenlendaient. Les nombreux témoignages desévangélistes ne permettent aucun doute à cet égard, et c'est ainsi que la tradition de l'époque la plus reculée s'est exprimée, touchant la personne de Jésus-Christ (416) :

« La plus ancienne image du Christ, due à un pinceau chrétien, que le temps nous ait conservée , » dit M. Raoul Rochette, € est sans doute celle qui se voit à la voûte d'une chapelle du cimetière de Saint-Calixte,et (jui est publiée dans le recueil de Bottari (417). Le Sauveur des hommes y est représenté en buste ^ à la manière des anciennes imctgines clypeatœ des Romains (418); du reste, sous cette forme hiératique, qui paraît déjà avoir été fixée à cette époque, telle qu'elle se retrouve dans les

(410) S. Hieron., in Isai^ l. xiv, c. 53. — S. Ambres., De fide, 1. i, c. 8.

(4tl) S. Anibros., De mysier., c. 6.

(412) S. Greg. Nyss., in Cantic, cantic.^ homilia xni, XIV.

(413) S. Clirysost., mpsalm. xliv.

S. Aug., in p$al, xliv.

(415) S. Greg. Nyss., in Cant. canltc, homilia 4.

(416) Nous ne disons rien des porirails^ car les antiquaires cbréUens s'accordent k peu prés tous pour les regarder comme apocryphes, ou du moins comme d*une authenticité fort douteuse.

(417) Pitture e scuUure iaere^ etc., t. II, tav. 70. p. 42.

(418) Sur cette manière de représenter le Christ en buête. imitée des images sur bouclier. Voy, Buonarotti qui en cite pour exemple la mosaïque, aujourd'hui détruite, du grand arc de Saint-Paul hors des murs. DitUco sacro^ etc.pag. 2Gi. Cet usage durait encore au va* siècle, et Ton en a acquis la prouve

monuments de Tart chrétien, è trarers toute, la période byzantine. Le Christ s'y montre avec ce visage de forme ovale légèremeàt allongée, cette physionomie grave, doooe et* mélancolique, cette barbe courte et rare.ees cheveux séparés sur le milieu du fironC es deux longues masses qui retombent sur 1m épaules, absolument comme on le voit OtpH sur cinq sarcophages du cimetière du VatI* can, dont le style et l'exécution apçartîea* nent, suivant toute apparence, au siècle Àê: Julien ((kl9). Une autre image du Christ, <pl offre à peu près les mêmes traits, se retromt dans une chapelle du cimetière de Saisi; Pontian (420); et une peinture toute sembla^ ble avait été découverte dans la oatacoisbe de Saint-Calixte , par Boldetti, qui eut la chagrin de la voir périr sous ses yeux, eC, en quelque sorte, sous ses mains, en as-: sayant de la faire enlever de la muraille (tSt). Mais la peinture du cimetière de Saint-Fos* tian accuse manifestement une é|)oqae béas* coup plus récente, probablement celle ds Pape Adrien r% qui fit restaurer les peiatures de ce cimetière, selon le témoigoagB de son biographe ((^22), et Ton ce peot y voir qu*un témoignage de l'habitude etabito parmi les artistes d'un temps delà bien ansce dans la décadence, de répeter nn tjpi produit à une plus haute époque, et consi* cré par la tradition. En nous attachant dosB uniquement aux peintures du cimetière dl Saint-Calixte, qui sont certainement les pisi voisines du premier âge du christianismad de la meilleure manière, nous sommes àpia près sûrs d*y trouver le tvpe de la figure da Christ, tel c|u*il avait ét^ fixé d'abord ém le sein de 1 £glise grecque, et généralemeÉI adopté par les ftdèles d'Occident, an cif quième siècle de notre ère.

« Tout prouve, en effet, que ce typerepiaduit invariablement dans les œuvres deTtft

byzantin que nous connaissons, fut lu^ vre des artistes grecs; car c'est celui qui se retrouve dans les miniatures des manoscrilf grecs du moyen âge, plusieurs desquelsiMiC partie du riche Muséum Christianum do Vatican (423); et c'est aussi celui qui servit de type aux monnaies byzantines, dès TépogH où la tête du Christ fut employée à cet usap,

par la peinture de Toratoire de Sainte-FéCdlé. découvert en 1812 dans les thermes de Tiliit, allai de lai|uelle était une image pareille du Stoiairct buste. Guattani, Memorie enciclopeàiehé ^ clC;,ti, tav. 21.

(il9) Cest Topiniond un observateur trés^cMii' feu M. Sickler, qui a publié dans VAlmeamA m Rom^ 1810, le résultat de recherches ÎBlércmrieii sur les premiers monuments de l*art chréCica,!^ 179-i80. Les sarcophages sont publiés diu» le Rcueil de Bottari, 1. 1, tav. 21 et 25.

(420) Bottari, Pitture, etc., l. I, Uv. U.

«421 ) BoldeUi, Os«Tva2iojit,eic.,mi.Si dCi

(422) Anast., m Hadrian., e. 1. Km.

Roma soîterran., L ni, c. 29. 1. 1, p. S6i al 191-

(423j Une de ces têtes de GbriM, de style hifOi* tin, tirée de la collection des roanuscrits §tB(Âéi Vatican, est publiée par M. Sickler, qui Ta nipi** chée d*uiie tète de Giotto. Voy. son ÀImmHÊmt'» R m, lav. 2, n, 5 et 6, p. 190 et 196.

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D'ESTHETIQUE CHRETIENNE.

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h partir du règne de Jusiînien II Rbinotmèie. Le trait de Vartiste chrétien, qui avait cru |)OQvoir dessiner une tête du Christ diaprés une image de Jupiter, et dont la main desséchée subitement à ce travail impie, no Ait rendue à son élat naturel que par nntecvention miraculeuse de Gennadius, archevêque de Constantinople , n*est qu'une anecdote peu digne de fôi par elle-même et par récri-* Taio (jui la rapporte i mais cette anecdote ne laisse pas que d*avoir quelque intérêt et île fournir quelque instruction; elle peint assez bien le génie des temps et rembarras des artistes chrétiens, privés encore à cette é[)o- *que de modèles authentiques et de traditions certaines; partagés entre les réminiscences de Tantiquité, qui les assiégeaient de toutes parts et sous toutes les formes, et le besoin de satisfaire aux idées chrétiennes; elle témoigne surtout du zèle des membres du clergé grec à maintenir les artistes dans Tobsenration d*un t^ pe chrétien et à les préser^ Ter de la contagion des modèles antiques.

c Cette influence des Grecs, qui devait eminnanter alors tant d*autorité à la ferveur des opinions religieuses, se reconnaît à TimitatioB du même type byzantin, dans les plus anciennes mosaïques des basiliques de Rome, quelques-unes desquelles appartiennent au IV* et au v' siècles de notre ère (4Slk). Le portrait du Christ, qui se conserve i Rome dans la chapelle de Saint-Jean de Latran, dite Sancta sanctorum^ offre aussi le même caractère, qui dénote la même origine; et c'est enfin le type qu'une longue tradition avait légué aux premiers maîtres de la renaissance, sans qu il y eût été apporté la moindre modification pendant toute la durée du moyen Age, puisqu*on le retrouve dans les peintures de Giotto (425) ; en sorte qu'il est arrivé ici h peu près la même chose qui avait eu lieu sur un autre point du domaine de Timitation, et à une aiilre époque de son histoire, par rapport à ces simulacres de Tart primitif des Grecs, qui avaient été modelés d'après certains types apportés de TOrient, et dont la repro-

duction servile resta fidèle h ce modèle hiératique, jusqu'au moment où le génie grec, s'affrancnissant du jous de ces entraves sacrées et de ces habitudes sacerdotales, tira de ces types informes toutes les merveilles que l'imitation pouvait produire, tout en leur conservant dans leurs traits essentiels leur caractère primitif (426). »

Ce n'est que sous toute réserve, que nous admettons cette dernière réflexion. Si le type antique du Christ çagna en correction e*t en élégance sous le pinceau des artistes de la renaissance • il y perdit de son caractère propre, original, qui' était Tetpression divine que les traditions hiératiques lui avaient conservée jusque-là. C*e$t pourquoi, en somme totale , nous préférons le Christ sculpté au portail de la cathédrale d'Amiens, surnommé encore de nos jours le beau Dieu^ à telle figure de THomme-Dieu peinte ou sculptée par tel grand maître de la renaissance des plus renommés, quand cette figure s'appellerait le Christ du Jugement dernier de la chapelle Sixtine (427). D'ailleurs ce beau type hiératique du Christ, ainsi transformé paV les célèbres artistes de la renaissance, ne resta pas longtemps à cet état de perfection ou d'embellissement qu'ils avaient prétendu lui donner, car sous le pinceau ou le ciseau de leurs successeurs immédiats, il dégénéra si rapidement, qu'on le vit bientôt atteindre les dernières limites du ridicule. M. Raoul Rochelte lui-même en fait laveu à la fin de son intéressante dissertation. Nous citons son témoignage, au mot Types, où l'on trouvera d'autres développements sur la que*stion qui fait le sujet de cet article. Yoy. aussi les mots Allâgorii, Catacombes, Contraste , Expression , Peinture MYSTIQUE, etc.

JOSEPH (Saint). Voy. Types.

JOSQUIN des prés. Compo>>iteur célèbre du XV' siècle. Foy. Musique.

JUBAL. Fils de Lameih, inventeur de plusieurs instruments de musique. Foy. Musique.

JUSTE (Jean) , de Tours. Sculpteur, auteur du tombeau de Louis XIll. Foy. France.

LAMENTATIONS (Chant des) de Nivers.

Voy. Modes ecclésiastiques.

LANDINO (François), de Florence. Compositeur d'église, au xiv' siècle. Yoy. Musi-

LAON (Cathédrale de). Voy, Dômb. Ma-i naacrits de la bibriothèque publique de cette Tille. Yoy. Manusceffs.

(424) Telles que celle de la Boêilica Siciniana (SancUis Andréa in Barbara), qui n^existe plus que dans TouTrage de Ciampini , Vet. moRtm., etc., u 1, cap. 27, lab. 76, p. i45. Voy. d'autres mo- SRi(|ues du même &ge dans le même recueil, t. II, lav. 37, p. i02;l. 111, lav. 13, 14. 30, et dans T If» taire dg tort, de M. d*Agincourt, Peinture, pi. xvi, n. 1, 2, 5.

(4i5) Particulièrement dans sa Cène, peinte à fres que dans le couvent de Sainte - Croix de Florence.

DicTiosix. D^EsraiTiQus

LAPO(Ar50lfo di). Architecte de la cathédrale de riorence. Voy, Dôme.

LATRAN (Basilique DE Saint - Je a?( dr). Au root Basilique « nous avons raconté Tongine et décrit la splendeur primitive de celle de Saint-Jean de Latran. Exposer les vicissitudes et les altérations successives qu'a subies Tarehitecture de cette cathédrale de

(t26) Discoun tur roriahM, U déHloppement et le caractère de% typet inUtattft qui coniîituenî rmrt éit cArtsriaiitsiiw, par M. Raoul-Rochette , p. 95-90/ Paris, chez Adrien Leclére, 1834.

(427) Le fameux Glirist de MiebelAngea éié> Tobjet de critiques sévères et trop bien fomléèt. Oit lui reproclie avec raison de ressembler plutôt à Ju^ piter tonnant qu^au Fils de Dieu fait bdmine, JM^a (les vivants et des morts.

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