‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 60 sur 167 · MU · texte numérisé non relu

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ment un aperçu raisonné de ces grands maîtres des écoles allemande, vénitienne, espagnole, napolitaine, romaine, avec les nuances diverses qui les caractérisent et qui les distinguent. C'est pourquoi nous nous bornerons à une simple nomenclature qui complétera cctableau, déjà étendu, des grandes écoles de musique, depuis le xiv* siècle. Commençons par l'école romaine. Nous remarquons d'abord Benevoli, né vers 1600.11 devint le chef de cette école et maître de chapelle du Souverain Pontife. Il prit Palestrina pour modèle en ce qu'il a d'énergique, de brillant sous le rapport de l'art et de l'harmonie. 11 y joignit la marche plus légère, plus agréable des voix, soit isolées, soit réunies, il emprunta de Gabrielli la musique à parties très-nombreuses, et ne fut surpassé en cela que par Antonio Lotti (483). 11 eut pour successeur dans ses divers emplois B&rnabei. L'école deNaplesnous offre le célèbre Alexandre Scarlaiti. né en 1658; homme de verve etde séniequi réussit également dans le style d'église et dans le style dramatique, à cette époque où l'influence de plus en plus marquée de l'opéra, décou- Tert dans les premières années de ce siècle, tendait à s'assimiler la musique sacrée. Sue^ cessivement compositeur à Home, à Venise, à Vienne et à Munich, il ne fit qu'accroître sa renommée et il finit par remplir de son nom le monde musical. II eut de brillants élèves, qui devinrent eux-mêmes des maîtres distingués, et dont les deux principaux furent Antonio Caldara, né vers 1675, qui se fil remarquer par son style noble, élevé, iointà la plus grande simplicité, il composa Deaacoup pour l'église, et adapta, comme

(483) Lolii, contemporain de Scarlatii ( il naqoit vers 1665), un des plus illustres compositeurs de récole vénitienne, fui niaitre de chapelle el organiste de la basilique de Saint-Marc. 11 mourut en 1740 et eut pour élève Bciiedetto Marcello dont il sera parlé plus bas. c Le senlimenl vrai, l'expression profonde sont les qualités dominantes des compositions de. Lotti ; son slvle est simple et clair, el nul n*a mieux possédé que lui, dans les temps modernes. Tari de laire chanter les voix d'une manière naturelle. Dans ses opéras on ne trouve pas assez de vivacité draniaiique ; mais dans les mudrigaux el dans la mugi {ue d'église, il est au moins Tëgal d'Alexandre Soarlaiti, et sa supériorité sur tous les autres maîtres de son temps est incontestable. » Biographie universelle de$ musiciens, l. Yl.

Une autre gloire de l'école vénitienne fut Benedello Marcello, noble vénitien, né en 16^6 el mort à Brescia en 1739. La poésie, Tétude des langues et la musique partagèrent ses loisirs. Il prit beaucoup de la manière de Lotti. Ce qui le rendit célèbre, ce fut surtout la composition de la musique de cinquante psaumes paraphrasés du latin en vers italiens par Jérôme Ascagne Jusliniani. Ces^ psaumes sont écrits pour une, deux, trois et quatre voix, avec une basse chiffrée pour raccompagnement de Torgucou du clavecin, ei quelques-uns avec violoncelle obligé ou deux violes. Ce lut principalement dans cette belle composition qu'il s'appli(|ua, et avec succès, à rendre le texte de ses morceaux de cLant, non-seulement selon l'esprit de l'ensemble, mais encore dans tous ses détails. Tout en cherchant à remplir celte dernière condition qui donne prise d'ailleurs à de

son mattre, h ce çenre de mwàqpfinsi» riche instrumentation obligée, exenpla qsi eut de nombreux imitateurs à cette êpaQiti etquIGnit par se convertir en pratiqués^ nérale et constante parmi tous les comp^ siteurs d*église. Ce fut peut-être ce qui nuisit le plus au style de chapelle, le véritable stvie ecclésiastique, et peut-^tre mém ce qui fui porta le coup mortel.

Francesco Durflyite, né à Naples en IM, et successeur de son mattre Scarlatti, dim ses divers emplois, se voua princîpaleuieflt à la musique d*église, mais avec rintéiition de la fondre en quelque sorte arec lest^ libre de chambre et de concert, et de Fembellir de tous les agréments méloJiaiies fli harmoniques de Tépoque et principaleiDéil de toutes les ressources que pouvait aHKr i'instrumentaiion. C'est ce dont on peotn convaincre, en examinant les premiers versets de ses Litanies de la sainte Vierge, ci fa mineur, et à trois voix. 11 y a là une éÛgance de mélodie, unluxede YOcaU$es,me complication dans Tharmunie constamineii traitée eu style fugué, et 'une recberÂi d'instrumentation dans raccompagneniMib qui vous feraient prendre cette musîqii pour Tœuvre de Quelque compositeur m plus experts, des plushabilesde nptrelein|ii Cela est admirable comme facture, mais C9 n*est plus que de la musique, et ScarUÉ lui-même est déjà bien dépassé. Mais 000 sommes en plein xviii* siècle et Dun dont récole si renommée a prodnil fci plus célèbres compositeurs italiens deeeÀ cle, vivaitencoreen 1750(U4). NoQsneiMri^ rons donc pointde ceux qui de son temps,M après lui, tels que les Léo, les Jomelli,lii

sérieuses difficultés, il a Tait valoir les fonnescllll genres les plus diflérents de la musique, cC ^MÛÊr linant son ouvrage à exercer el k former des wk choisies, il a préparé de nobles jouissaneet Mi amateurs du bon style religieux, tel qu*il celte brillante el curieuse époque.

A cette époque se rattache également m célèbre compositeur qu'on ne peu! assigner èi cune école, parce qu'il passa sa vie à voysm ■ cessivement en Espagne, en Portugal, eu iialii,^ Angleterre et en Allemagne; je veux parlera manuel, b:!ron d'Aslorga, né en Sicile en IMlLl composa beaucoup en siyle de cbambce éleié fi avait été introduit par Carissiini-et Scarlalli. cl fÉl jouissait alors <rune grande faveur. En 1791» tll représenter à Vienne son opéra de Dapkmé^ Si |li belle production peul-élre, el un StakM à étm il trois voix, exécuté à Oxford en I72»5, el selon moi, à celui irop vanté de Pergolèse» cl posé assez longtemps après. On diraîl qne a nier a été calqué sur le précédenl. Le SfnAnl A^ lorga, que j*ai acluellenienl sous les yens* SU Ht composition très -compliquée el tr^-nvnncée, "^ quant aux formes mélodiques, soil quanl an mouvements et aux rapports des parties entre soil quant à rinstrumentation de i accoiiipa^ne Ou ne compose pas aujourd'hui de muai^ne compliquée, plus didicile, el peut-être uièinedl| distinguée que celle-là. C'est d'ailleurs, on le bien, de la véritat>le musique réparée par ni di* celle de Orbndo di Lasso et même de trin:).

(484) Quoique Irop Tmité par notre cadre.

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D'ESTHETIOUE CHRETIENNE.

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Pergolèse, brillèrent, à des titres divers, d'un Tif éclat, et furent è leur tour remplacés ^lar d'autres qui furent eux-mêmes sur- Kssés, dans la symphonie et Toratorio, par seph Haydn ; dans Topera comique, par Cimarosa, et dans Topera sérieux, par Gluck, et, presque dans tous les genres,«par TimiDortel Mozart. Ce serait entrer en plein dans le domaine de la musique moderne et dans Texamen philosophique des œuvres de ces deux illustres représentants, qui vivent encore, Rossini et Meyerbeer. Or, le plan de ce dictionnaire nous interdit un trairait exptofesso sur une telle matière. Ce n^est qoedans ses rapports avec la musique sacrée^ qa'il nous est permis de traiter la musique mufdeme^ et c*est à ce point de vue seulement, que nousTavons étudiée dans plusieurs articles de cet ouvrage, tels que ceux-ci : Style mÉAL, Obgcb, Orchestre, Opéra, etc.

Avant de conclure défmitivement celui-ci, nous dirons un dernier adieu à cette grande fcole romaine, qui sut se préserver plus Hnigtemps que les autres de la contagion du style musical moderne et qui m6me,jusqu*à eejour, a le mieux conservé les bonnes et antiques traditions du style classique alla fmU9trina^ soit dans la composition, soit dans l'exécution du chant liturgique (^85). Un de h^s plus illustres représentants, du* rant cette première moitié du xviii* siècle, fut Joseph Octave Pitoni, né à Riéti en 1657, el mort a Rome en 1743. Après y avoir fait ses études musicales, il entra dans la chapelle de la cathédrale d'Assise, où il s'occupa k mettre en partition les œuvres de Palestrina, dont Tétude lui parut toujours la meilleure. Ensuite, après avoir exercé, pendant un an, les fonctions de maître de chapelle dans la cathédrale de Riéti, il fut BOiDiiié, en 1677, maître de chapelle dans la collégîale de Saint-Marc, à Rome, et il y ût entendre, Dour la première fois, ses compo- 9itiOD%^ deux et à trois chœurs. Successivement il joignit à ce titre qu'il conserva toote sa vie, plusieurs autres titres analogues, et notamment en 1708, celui de direc-

4eTons an mains une mention nominale aux grands eaoïposiCeurs allemands qui existèrent du xvi* au ivin* siècle. Ce sont Jean Vallher, bavarois, né en i5§a« dont noos avons parlé» ainsi que de Louis • Scai* dans noire article Luther ; Jacques Habn (iaeolNis Gallus ), né vers 1550, le compositeur le fias riche, le plus ingénieux, le mieux au fait de son art de toote celte époque; Melchior Vtilpius , conlemBorain de Gallug, qui vivait à Weimar, dans FAlKfliaane protesunte; Thomas Walliser, né en ISfO^ conposileur catholique, qui vivait ^ StrasiMff ; Léo Uasler, né & Nuremberg, en i5S4 ; Henri bdiÉls,dit Stf^tflaniM, né en 1585, une des sommités de la musique allemande de cette période ; Voskmmt Leisring, né vers 1600; Henri Grimm,* né vers iiOO, et Jean Joseph Fux, vers 1660, qui vécut ^ fieaae oà, soos trois empereurs, il fut maître de diapelle, et d*où sa renommée se répandit dans toute FEsrope par son savant ouvraf;e didactique Gradus Êâ Farnmêêum^ traduit en plusieurs langues ; le celél>re Uandel, né ^ Halle en Saxe, en 1684, qui se il*ttiie inrande réputation par ses oratorios ; et le •on BOins célèbre compositeur et organiste Jean

teur de la musique du chapitre de Saint- Jean de Latran ; ensuite, en 1719, la même place à Saint-Pierre du Vatican.

« Pitoni fut un des plus savants maîtres de l'école romaine dans \^s temps modernes. M. Tabbé Baini dit, avec raison, que ses compositions ont conservé, jusqu'à ce jour, toute leur fraîcheur; il cite, en particulier, la fugue du Dixit à seize voix, en quatre chœurs réels, qui se chante chaque année aux secondes vêpres de Saint-Pierre, dans la basilique du Vatican, et qui parait toujours plus belle, ainsi que ses messes intitulées Li Pastori a Maremme^ Li Pastori a Montagua et Morca. Les compositions de Pitoni, écrites pour le service des différentes églises où il était maître de chapelle, sont en nombre immense : jamais il ne faisait entendre, dans une église, ce qu'il avait écrit four une autre. Ses messes et ses psaumes, trois chœurs, avec et sans instruments, s'élèvent à plus de quarante ; il a écrit plus de vingt messes et psaumes à seize voix en quatre chœurs, avec el sans instruments: entin, pour la seule basilique du Vatican, il a composé le service entier de toute l'année, tant en messes que vêpres des fêtes de première et seconde classe, dimanches, communs et propres des saints. Pitoni a laissé également quelques psaumes et motets à six et neuf chœurs, chacun composé de quatre parties; il avait commencé à écrire une messe à quarante-huit voix en douze chœurs, mais son grand âge ne lui permit pas de l'achever (W6). »

Nous terminerons cet article par une observation importante. La plupart des grands compositeurs qui brillèrent durant la longue et si remarquable période que nous venons de parcourir, furent, comme les grands peintres des beaux siècles de la peinture chrétienne (^^87), des hommes profondément et pratiquement religieux. C'est ce qui résulte des détails biographiques cjue nous possédons sur leurs vies, aussi bien que sur leurs œuvres. De plus, ils se recommandaient par leur caractère personnel et par des qualités

Sébastien Bach, né en 1685 à Eisenach, et mort en

(485) G*est une chose digne de remarque, en effet, que le collège des chapelains chantres de la maison pontificale à Rome, soit encore malgré la diminution notable de Timportance qu'il avait autrefois, la seule école où le ^oût, la composition et l'exécution du style harmonique basé sur le plalncbant des grands maîtres du moyen âge, se soient perpétués sans interruption jusqu'à ce jour, en sorte que ce ne soit qu'à Rome qu'on puisse se faire une idée de cette grande et belle musique, qui est une vraie nouveauté pour ceux qui l'entendent pour la première fois, tant elle a été délaissée partout ailleurs. Mais, pour en comprendre, même à Rome, tout l'elTet, il faut entendre à certaines fêtes solennelles, dans l'église de Saint-Pierre, les musiciens du chapitre de cette basilique exécuter avec l'ait'e d'auxiliaires nombreux des compositions coloss;iles à seize voix réelles ou à trois, quatre et cinq chu.urs concertants.

(486) Biographie univerulU de$ mtutct«nSf t. \ii

(487) \oy. Pli.nture.

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MYS

morales qui eur yalurent, dans les divers rangs de la société» Testime de tous leurs contemporains. Plusieurs même reçurent, des princes et des rois, d'éclatants témoignages d*une haute considération, qui rejaillissaient naturellement sur Tart et sur les artistes en général. Quel est le compositeur, de nos Jours, môme parmi les plus renommés, qui en ait reçu, en aussi grand nombre, qu'un Orlando di Lasso, recherché et fêté par les plus illustres souverains de son temps? Les compositeurs de cette époque trop peu étudiée, trop peu connue, trouvaient encore de puissants encouragements pour la pratique de leur art et Teiécution de leurs œuvres, dans las bénéfices ecclésiastiques, alors si nombreux dans notre pays, qui furent, même plus d'une fois, la récompense de leur mérite et de leur génie. C'est ainsi que tout concourait à rendre honorable, indépendante, la position des artistes et à favoriser Télan de leurs inspirations. Tout se réunissait donc pour réaliser, dans leur existence comme dans leurs œuvres, cette alliance intime et nécessaire du bien et du beau qui constitue la perfection de l'art, et en particulier, celle de l'art chrétien.

Ce serait ici le lieu d*cxaminer si, au point de vue de l'esthétique chrétienne {4^88}, on doit absolument t)annir de nos églises les

(>saumes, les antiennes, et principalement es messes composées dans le style de la musique et tonalité moderne, autrement dit, style idéal, ou bien si l'on peut l'admettre exceptionnellement à certaines fêtes solennelles et avec certaines conditions et restrictions. La solution de cette question est assez importante, pour que nous ayons cru devoir lui consacrer un article spécial auquel nous ne pouvons, en conséquence, que renvoyer le lecteur. Voy. le mot Idéal ( style ) ;

MiiSlQUE.

MYSTIQUE (Ecole de Peinture). Au mot Peinture, nous faisons, à cet art éminemment chrétien, l'application des principes du beau surnaturel et divin, que nous avons posés dans la deuxième dissertation de cet ouvrage. Nous nous attachons à démontrer, autant j>ar l'indication de certains tableaux du moyen âge que par le raisonnement , combien l'expression mystique est la condition essentielle du beau dans la peinture religieuse véritablement digne de cette qualification. Mais, quel que soit le haut mérite des œuvres capitales que nous citons ou analysons dans cet article, nous croyons devoir en consacrer spécialement un autre à une école qui a gardé plus particulièrement le nom de mystique^ pour avoir poussé en-

(488) Je dis seulement d'esthétique ehrétiennBf car au point de vue des prescriptions ecclésiastiques, il ne saurai! exister aucun doute à tetégard. Bon nombre d'aulortlés on ne peut plus conipétenles sur la maiière, parmi lesquelles nous mettons en première ligne le Cérémonial des éviques, publié par Tordre du Saini-Siége, non- seulement admettent remploi dans les cathédrales et collégiales de la musique sur le texte liturgique, mais encore semblent Ten-

core plus loin que les autres Texpression de ce caractère propre au génie chrétien. Les trois plus grands maîtres de cette école qui fleurit pendant le xv* siècle el les premières années du suivant, furent Fn Angelico, de Fiésole (489), le Pérugin (UOj et Raphaël (491). En ces trois illustres peintres se résument les beautés les plus chastes, les plus suaves, les plus célestes de la peifr ture mystique. En me rappelant celles de leurs toiles divines qu'il m'a été donné de contempler, je sens mon'iropuissance k écrire

Suelques lignes qui soient propres à et onner une idée à ceux de mes lecteurs on ne les connaîtraient [)oint. J'aime oiieuxlei engager à étudier attentivement, d*un bM à l'autre, les deux intéressants et substantiels chapitres que M. Rio a consacrés» dm son remarquable ouvrage (492), à cette éeole incomparable. En attendant, lis liront tm autant de plaisir que de profit, les divcis extraits que je vais tirer de ces deux fkt pitres, et qui se rapportent aux trois grandi maîtres de la pemture mystique d^ nommés.

<K Le mysticisme est à la peinture ee qie l'extase est à la psj^xhologie, ce qui dit ami combien sont délicats les matériaux qrï s'agit de mettre en œuvre dans cette partie de notre histoire. 11 ne suffit pas d*assigpr l'origine et de suivre le dévelop|>eaieDt es certaines traditions qui impriment aux 4ii> vrages sortis d'une m(!me école un caradèie commun presque toujours facile à recoofll* tre ; il faut encore s'associer, par une sjm pathie forte et profonde, à certaines pensto religieuses qui ont préoccupé plus paitiei* lièrement tel artiste dans son atelier» mM moine dans sa cellule, et combiner les eftft de cette préoccupation avec les disposiliM correspondantes parmi leurs coQcitojw Cette condition est extrêmement difflmk remplir pour nous qui n'avons pas r«|M l'atmosphère de poésie chrétienne anieii de laquelle les générations d'alors ont lécu, et le plus souvent nous passons aveev superbe dédain devant des peintures flûiaculeuses qui ont exercé l'influence la plis délicieuse sur une quantité innombnkh d'Ames humaines dans le cours de piasieaa siècles. Nous ne réfléchissons pas qoe cette image de la Madone et de l'Enfant Jésaea parle un langage mystérieux et consolait I plus d'Un cœur assez humble et asseï pv pour le comprendre, et qu'il n*j a peol-lM pas de larmes plus précieuses deTant INli que celles qui ont mouillé la pierre de see modestes oratoires. C'est dans les vies 4h saints, bien plus que dans celles des très, qu'il faut chercher la preuve de

coiirager pour certaines solennités.

(489) Né en 1589, mort en Ii55.

(490) Pierre Vannucci, surnommé le Péri^'i nom de Pérou se, sa ville natale, né en I4ii^ âert en I52i.

(491) Sanzio, dTrbin, ville de sa naissaBCc;^ en 1485, mort en 1520.

(492) De ta poésie chrétienne, — F&rmtéê W» Peinture, cli. 6 et 7

B'fiSTUETIQUE CHRETIENNE.

ttïS

x^pports intéressants entre la religion et i'art. Saint Bernardin de Sienne allait tous ies jours bors de la porte Comolli, sur la rouie qui conduit à Florence, et là il passait de longues heures en prières devant une Madone qu'il préférait à tous les chefs-d'œune exposés dans les églises, et dont il ainiaît à s'entretenir ensuite avec sa cousine Tobie, qui était la confidente de son enthonsiasnie (493). Cette attraction si puissante que l'œuvre d'un artiste obscur exerçait sur l'imagination du jeune Bernardin, cette préférence qu il lui donnait sur tous les autres tableaux ' proposés k sa vénération, ce besoin de prier là plutôt qu'ailleurs, et d*épancher ensuite ses naïves émotions dans un autre cœur d'enfant que sa candeur rendait capable de les partager et de les comprendre, tout cet ordre de laits qui surabonoent dans Thistoire des saints et dans l'histoire des peuples, mais qui, par une sorte de convention tacite, sont placés en dehors de l'observation commune, pourraient cependant répandre à la fois un nouveau charme et un nouveau jour sur les recherches jusqu'à présent si arides qui ont l'art chrétien pour objet. En exploitant cette mioe si féconde de considérations psychologiques de l'ordre le plus élevé, on trouverait ^explication des vicissitudes qu'ont éprouvées certains ouvrages universellement admirés dans un siècle, entièrement oubliés dans un autre; on comprendrait pourquoi la bas peuple, celui que |]es connaisseurs ap^iellent superstitieux et dévot, est resté seul fidèle à\x culte de ces images surannées devant lesquelles il s'agenouille le soir qoand son travail est fini, pourquoi lui seul songe à mettre de l'huile dans la petite lampe et des fleurs sur le tabernacle. Celui qfâ apporterait dans cette étude les dispositions requises pour comprendre le beau dans tente l'étendue de son acception, n'aurait à craindre qu'un seul danger, analogue i celui auquel sont exposés les partisans trop exclusifs de peintures mystiques, il courrait risoue de sacrifier plus ou moins les autres éléments de l'histoire de Tart, afin de respirer plus à loisir le parfum si suave et si prodigieusement varié des dévotions populaires

« L histoire des saints est remplie de ces traits gui démontrent l'intime connexion qui existait dans les beaux siècles de la foi chrétienne, entre l'art et cet ordre de sentiments mjstérieux, exaltés, qui donnent à l'âme qui les éprouve une sorte d*avant-goût de la béatitude céleste. Si cette exaltation, loin d'6tre chimérique dans son objet ou dé[)Io- . nble dans ses conséquences, est au con- . traire comme le sceau de prédestination dont Dieu marque provisoirement les plus privilégiés parmi ses élus sur la terre, il est certain que la peinture se trouve sin-

Ïilièrement ennoblie, par son intervention ns cet ordre de phénomènes, qu'elle y parait véritablement comme fille du ciel, et

c'est là seulement qu'elle est élevée à sa plus haute puissance.

« Par une conséquence nécessaire , les artistes qui ont le mieux compris ce genre de besoins, et qui ont le mieux réussi à le satisfaire, sont aussi ceux qui doivent occuper les degrés supérieurs de la hiérarchie, et qui ont plus particulièrement mérité le surnom de dwins. Dans le vaste domaine ouvert à leurs conceptions et à leur pinceau, ils ont choisi ce qui leur promettait un aliment inépuisable et des inspirations éternelles. S'ils sont descendus quelquefois de la région idéale dans celle de la nature vivante et matérielle, ce n'a pas été pour s'y complaire et s'y fixer, mais seulement pour emprunter des formes et des couleurs qui pussent servir à la fois de limite et de manifestation partielle à la beauté infinie Qu'ils avaient eu le bonheur d'entrevoir. Que s'il est arrivé quelquefois et même bien souvent, que la combinaison de la forme avec l'idée n'ait pas eu lieu conformément aux lois de la géométrie, de l'optique et du bon goût, TcBuvre incomplète qui résulte Je cette transgression ne perd pas pour cela tous ses droits à notre attention, et nous n'en sommes pas moins tenu de chercher sous cette rebutante écorce les trésors de poésie chrétienne qu'elle recouvre, p

Après avoir tracé Tesquisse des divers peintres de Sienne et de Florence qui posèrent les premiers jalons de « l'école à la fois si dnrstique et si lyrique, dont le bienheureux frère Angéliaue de Fiésole fut sans contredit le plus bel ornement, » M. Rio poursuit en ces termes : a Frère Angélique, « dit Vasari, aurait pu mener une vie très-* 1 heureuse dans le monde ; mais comme il « voulait avant tout pourvoir au salut de « son Ame, il embrassa la vie religieuse et « entra dans Tordre des Dominicains* sans <f renoncer à sa vocation non moins décidée tf pour la peinture, conciliant ainsi le soin « de son bonheur éternel avec l'acquisition « d'un nom immortel pour les hommes. »

« Un fait bien remarquable dans Thistoire de cet artiste incomparable, c'est l'influence qu'il a exercée sur son biographe Vasari, qui vivait dans un siècle ott l'enthousiasme

f)Our les peintures mystiques était bien af^ àibli, et qui néanmoins dans le compte qu'il a rendu de celles du frère Angélique, semble s'être dégagé Hie tous les préjugés contemporains pour célébrer, avec l'accent de l'admiration la mieux sentie, et les sublimes vertus qui embellirent son flme, et les mer« veilles sans nombre qui sortirent de son pinceau. Dans la ferveur de sa conversion momentanée, il va jusqu'à dire qu'un talent aussi supérieur et aussi extraordinaire que celui du frère Angélique ne pouvait et ne devait être que le partage de la plus haute sainteté, et que pour réussir dans la représentation des sinets religieux etsainls, il fallait que l'artiste iot religieux et saintiui-même. « Cette supériorité à laquelle Vasan>rend

(493) Vks 4ês «ofiite, par Simon Martin, loni. I, p. IMi.

DkTIO^!!. D*£STHiTIQUE.

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nn si bel hommaçe ne consiste cependant ni dans la perfection du dessin, ni dans le relief des figures, ni dans la vérité des détails ; l'ordonnance pittoresque n'est jamais soutenue par une savante distribution des ombres et de la lumière comme dans les fresques de Masaccio ; et, ce qui doit paraître encore jjIus choquant à certains obserr valeurs, la vie qui surabonde dans les tètes, et qui est suffisante dans les parties su-

f)érieures du corps, va s'affaiblissant dans es membres inférieurs, au point de leur donner la raideur de supports artificiels ; mais il faudrait être bien insensible à tout ce que l'art chrétien peut faire naître d'émotions plus délicieuses dans une âme bien préparée, pour relever minutieusement toutes ces imperfections techniaues dans les produits de ce pinceau véritablement divin, imperfections oui d'ailleurs tiennent beaucoup moins à l'impuissance de l'exécution dans l'artiste, qu'à son indifférence pour tout ce qui était étranger au but fondamental qui occupait sa pieuse imagination.

« La componction du cœur, ses élans vers Dieu, le ravissement extatique, l'dvant-goût de la béatitude céleste, tout cet ordre d'éraotions profondes et exaltées que nul artiste ne peut rendre sans les avoir préalablement éprouvées, furent comme le cvcle mystérieux que le génie de frère Angélique se plaisait à parcourir, et qu'il recommençait avec le même amour, quand U l'avait achevé. Dans ce genre, il semble avoir épuisé toutes les combinaisons et toutes les nuances, au moins relativement à la qualité et à la quantité de l'expression, et pour peu qu'on examine de près certains tableaux où semble régner une fatigante monotonie, on y découvrira une variété prodigieuse qui empirasse tous les degrés de poésie que peut exprimer la physionomie humaine. C'est surtout dans le couronnement de la Vierge au milieu des anges et de )a hiérarchie céleste, dans la représentation dujugementdernier, au moins en ce qui concerne les élus, et dans celle du Paradis, limite suprême de tous les arts d'imitation ; c'est dans ces sujets mystiques si parfaitement en harmonie avec les pressentiments vagues, mais infaillibles de son âme, qu'il a déployé avec profusion les ineffables richesses de son imagination. On peut dire de lui (^ue la peinture n'était autre chose que sa lormule favorite pour les actes de foi, d'espérance et d'amour ; pour que sa tâche ne fût pas indigne de celui en vue duquel il l'entreprenait, jamais il ne mettait la main à l'œuvre sans avoir imploré la bénédiction du ciel, et quand la voix in-

(494) On peut voir à Florence, dans la collection de Tacadémie des Beaux-Arts, deux tableaux de ce

Îenre d^assez grande dimension. Dans le premier, oseph d'Arimaihk montre à un autre personnage les clous sanglants qui ont percé les pieds et les mains de Jétus-Christ. Ce geste muet en dit plus que la plus éloaueule tirade de KIopstok. i (495) Tanto teUi^ eke non si pub dir pik. Yasari. (496) c Sur les gradins et sur le tal>eniacle du grand autel, dit Vasari, il y a uue Gloire céleste avec une

térieure lui disait que sa prière avait été exaucée, il ne se croyait plus en droit de rien changer au produit de Tinspiration oui lui était venue d'en haut, persuadé queo cela comme dans tout le reste, il n'était que l'instrument de la volonté de Dieu. Toutes les fois qu'il peignait Jésus -Christ sur It croix, les larmes lui coulaient des yeux avec autant d'abondance que s'il eût assisté k cette dernière scène de la pasbion sur le calvaire, et c'est à cette sympathie si réelle et si profonde qu'il faut attribuer l'expression si pathétique qu'il a su donner aux divers personnages témoins du crucifiement, ou de la descente de croix, ou de la déposition dans le tombeau (^94).

a Quoiqu'une grande partie de ses ouvra-

f;es ait été dispersée dans les cabinets de 'Europe, il en reste encore assez à Floreoee, de grandes et de petites dimensions, pour alimenter éternellement l'admiration des voyageurs. Le couvent de Saint-Marc, Tu des plus riches du monde en glorieux sotvenirs, conserve avec une vénération particulière celui du bienheureux Angélicraedi Fiésole, et les magnifiques peintures a fre»* que dont il décora les murs des corridon et des cellules (^95) ; mais on y cherde vainement les livres de chœur que lui et soi frère atné ornèrent de miniatures, pourFiloge de5C|uelles Vasari dit que les exprès^ sions lui manquent ; et comme ceux qall fit pour saint Dominique de Fiésole OU également disparu avec les autres menreilio d art dont 11 avait enrichi cette église, et dans l'exécution desquelles l'amonr de sQi ordre et celui de sa montagne natale rivaient encore plui* heureusemenl inspirt (i^96), il faut chercher ailleurs les preuva de sa supériorité sur tous les artistes desoa siècle, comme peintre de miniatures, da moins en *ce qui tient à la représenlatka des sujets mystiques. Outre les fragmeoCs très-bien conservés qui sont réunis dans b collection de l'académie des beaux-arts ci dans la galerie du grand duc, on peut voir k Santa Maria Novella, autre couvent de Dominicains à Florence, les deux reliquaires qae Vasari dit avoir été peints par frère Aogrih co, en même temps que le cierge pascal; ci à défaut de ces trésors lointains qui ne soBt pas tous à la portée de ses admirateurs, Fimagination la plus exigeante devra Un cornpJétement satisfaite en présence dt chewl'œuvre que la France possède et que l'Italie elle-même n'aurait pas tort de nous envier.

« Le seul ouvrage qui surpasse celui do0t je parle, je ne dis ])as en beauté, car c'est

quantité de figures si belles qu*elles semUent miment être du paradis, et qu*on ne peut se rusaâir de les voir. Dans une des chapelles est one ftw ciaiion qu'on dirait avoir élé peinte dans le dd^ Mais Touvrage où l'artiste s'est sorpassë Ini-flrfM est un Couronnement de la Vierge, qui ne peat Hit

Î[ue Tœuvre d'un ange ou d*un saint... » TiMlCft «i ormuks banales que Vasari n*a pas trouvé le niofci de varier, n'en sont pas moins significatives, quand il parle de ce qu^il a vu.

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D^ESTHBTIQDE GOaËTlENNE.

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