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nombreux ouvrages qu'il avait déjà exécutés dans sa patrie* on n*en cite pas un seul «fui ne représentât autre chose que des sujets religieux. II n'avait exploité du naturalisme que le côté riant et pastoral, traitant le fond ae presque tous ses tableaux avec le même amour et le même goût qui lui faisait attacher à la parure de sa femme autant d'importance qu'à une œuvre d'art (W9). La noureauté du st^le, de la manière et des types, excita une admiration presque universelle dont ses ennemis se vengèrent par des sonnets satvriques, qui produisirent leur effet auprès des patrons les plus célèbres que les arts avaient alors à Florence; car il parait
?[u'il ne fut chargé d'aucun travail par la amille des Médicis qui ne demandait pas mieux que d'honorer même les artistes étrangers, mais qui ne voyait elle-même que par les yeux des artistes nationaux servilement groupés autour d'elle.
« A défaut des encouragements des Médicis, le Pérugin obtint ceux d'André Verocchio, chef d'une école aussi intéressante pnr )a pureté de ses doctrines que par la destinée des deux principaux élèves qui en sortirent (500) ; et outre cet honorable suffrage, il obtint celui des couvents et des monastères auxquels d'autres choix n'étaient pas imposés par de trop puissants protecteurs. Entin, telle fut la vogue dont il jouit en peu de temps à Florence, dans le reste de l'Italie, et jusque dans les pays étrangers, que ses ouvrages devinrent pour un grand nombre de négociants la matière de spéculations fort lucratives. »
A l'âge d'environ trente ans, il retourne à Pérouse, d'où il est, assez peu de temps après, appelé par le Pape Sixte IV à Rome, pour y peindre sur les murs intérieurs de sa chapelle trois grandes compositions, l'Assomption de la Vierge, impitoyablement détruite par Paul m, pour faire place au Jugement dernier, de Michel- Ange; le Baptême de Jésus-Christ, et la tradition des clef$ à saint Pierre, deux chefs-d'œuvre qu'on peut encore admirer aujourd'hui.
« 11 n'eût tenu qu'au Pérugin de se faire une brillante fortune d'artiste dans la capitale du monde chrétien. Il était le favori de la cour pontificale, et en outre surchargé de travaux, dont le succès toujours croissant désespérait ses détracteurs. Après avoir admiré ses peintures de la chapelle Sixtine, on admirait encore celles de la tour Borgia, au Vatican, celles du palais Colonna et celles de l'église de Saint-Marc. Une ^i ample moisson de gloire ne put rien contre l'amour de ses chères montagnes, et il reprit le chemin de Pérouse, avec la résolution d'y fixer irrévocablement son séjour....
« Depuis lors, jusqu'à l'époque où il exécuta les peintures à fresque de la Salle du Change^ en l'année 1500, son talent fleurit
499) Vasari, Vie du Pérugin.
(500) Léonard de Vinci el Lorenzo di Credl.
(501) Constanlini, Guida di Perugia, p. ^26. On a dit la uiéme chose de plusieurs labteaux peints pur
pendant près d'un quart de siècle, sans symptômes visibles de décadence.
« Dans cet intervalle parureot tons cet magnifiques tableaux qu'on admirait autrefois dans les églises de Pérouse, et dont le plus grand nomt)re a été dispersé dans les principales villes d'Italie, ou nème dans des contrées étrangères. Il y en a deux dan la galerie du Vatican auxquels il ne manqce rien de ce oui caractérise cette seconde manière du Pérugin ; l'ovale si gracieux de U tête de la Vierge n'a plus rien de commua avec les contours un peu angulaires et It carrure trop virile de ses premiers types. Une madone qui 'décore encore une des chapelles latérales de l'église inférieure à Assise, m'a paru plus gracieuse encore, et quoique le demi-jour qui Téclalrait ne m*ait pe^ mis de conserver qu'un souvenir assez tagoe des parties accessoires, j'ai néanmoins emporté une impression non moins nette fM délicieuse de la figure principale.
a Mais c'est dans l'église de Saint-Augustin qu'il faut aller admirer le chef-d'oeattt du Pérugin ; là se trouve, outre quatre ot cinq tableaux de sa première maniôre» tm Adoration des Mages, qui ornait jadis T^ise de Saint-Antoine et avait pour appendfai quatre bustes de saints dunesi grande bei^ té, que l'opinion commune en attriboaitB moitié à Raphaël (501). Elle aurait pa, sans invraisemblance, en dire autant da tableau lui-même, qui, sous le rapport de l'ordonnance du coloris, du costuint, des types, des airs de tête et des détails poétiques dont il est plein, pourrait soutenir le parallèle avec les plus célèbres productions des artistes contemporains.
« Malgré toute la perfection de cet ouvrage, ce ne serait pas à lui qu*on décernerait la palme, si Téglise de Saint-Pierre potsédait encore le magnifique tableau de ikt cension, pour lequel le Pérugin reçut cinq cents ducats d'or, somme égaie à mille étn romains d'aujourd'hui (502). Au-dessus tffai le Père éternel, placé entre deux anse^ et au-dessous, sur le gradin de l'autel, etaieM quatre bustes de saints qu'on voit eocoit aujourd'hui dans la même église, et i|ai n'ont jamais été surpassés par Raphaël luimême pour la sainteté des airs de tète et gour la profondeur de l'expression. Saîol enoit et sainte Scolastique n'ont certainement jamais mieux été représentés sur ta toile, et on en peut dire autant de saiat Maur et saint Placide. £n présence de cm quatre tètes, l'imagination la plus exigesBla reste satisfaite, et l'on comprend la baolt portée du talent d'imitation mystique quia caractérisé l'école ombrienne.
« Ce tableau de l'Ascension fut achevé ai li^95; et s'il fallait absolument assiçnernoe époque précise où le génie du Pérugin atteignit son apogée, ce serait celle-là qu'on de-
le Pérugin antérieurement à 1500.
(502) Yasai i dit que c*était le neilleor tableaa I rhuile qu'il y eût à Pérouse de la maui du Péragûb
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Trait cooisirde préférence, attendu que c'est à la fois la date de son meilleur tableau à rbuile et de sa plus belle peinture k fresque, je veux parler de celle qu'il eiécuta dans le cloître de Sainte-Marie-Madeleine à Florence, et que Rumohr signale comme le plus parfait ouvrage qui soit sorti de sa main. Le goût le plus exquis a présidé à la disposition d'un petit nombre de flgures dans un espace assez étendu ; au milieu, le Christ en croix, la Madeleine à ses pieds, puis la Vierge, dont l'attitude et l'expression de douleur déchirante ne sont gâtées par aucune prétention dramatique; euQn, saint Jean, saint Benoit et saint Bernard, dont l'expression h la fois simple et pathétique est parfaitement en harmonie avec les principaux personnages....
« Par une exception glorieuse, que la vitalité des doctrines dont il nourrissait ses disciples peut seule expliquer, la décadence dont furent empreints les produits de sa TielUesse, ne Qt point dégénérer son école ; au contraire, nous la verrons fleurir plus que jamais sous ses auspices, précisément à répoque où il fallait éviter de marcher sur ses traces ; c'est alors que commence sa fécondité, qui produit l'artiste immortel qu'on peut appeler à juste titre le prince de l'art chrétien, du moins pendant la plus belle partie de sa vie.
^ c£t ce pendant, sous le rapport de la variété oes sujets, cette école était bien plus pauvre qu'aucune des écoles contemporaines; les peintures cycliques et historiques tirées soit de l'Ancien Testament, soit des actes des martyrs, y étaient à peu près inconnues, le domaine de l'art n'y était point partagé comme à Florence, de manière à départir aux uns le règne animal, aux autres le règne végétal; le luxe d'une aristocratie savante et voluptueuse n y encourageait pas l'exploitation des turpitudes mythologiques, qui ré- )>andaient tant de charmes sur les compositions des peintres lauréats; on dédaignait même les ressources si précieuses que procurait Tétude des bas-reliefs et du costume antique, et on allait répétant éternellement les mêmes motifs renfermés dans un cercle étroit de représentations pour la plupart dogmatiques. Aussi, les artistes florentins reprochaient-ils au Pérugin la stérilité de son imagination, et quand il leur répondait qu'après tout il avait le droit de se copier iuimême» ils ne se montraient nullement salisfiiits de cette réponse; ils ne comprenaient pas que pour un artiste qui cherche ses inspirations en dehors de la sphère des objets sensibles, le progrès ne consiste pas seulement dans la variété ou l'agencement ulus pittoresque des sujets, ni dans la profondeur ou la fusion des teintes, ni même dans la finesse ou la pureté du trait, mais bien plutêt dans le développement de certains types, qui, après avoir été d'abord pour ainsi dire à l'état latent dans les replis les plus cachés de son imagination, se sont imposés comme une tâche longue et religieuse à son pinceau, et ont fini par s^y combiner intimement
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avec tout ce qu*il y avait de poésie et d'exal* tation dans son âme.
<f La gloire de l'école ombrienne est d'avoir poursuivi sans relAche ce but transcendental de l'art chrétien, sans se laisser séduire
(lar l'exemple ni distraire par les clameurs, l semblerait qu'une bénédiction spéciale fût attachée aux lieux particulièrement sanctifiés par le bienheureux François d'Assise, et que le parfum de sa sainteté préservât les beaux-arts de la corruption dans le voisinage de la montagne où tant de peintres pieux avaient contribué Tun après l'autre à décorer son tombeau. De là s'étaient élevées comme un encens suave vers le ciel ûq^ prières dont la ferveur et la pureté assuraient l'e/Hcacité ; de là aussi étaient jadis descendues comme une rosée bienfaisante sur les villes plus corrompues de Ta plaino, des inspirations de pénitence, qui avaient
f;agné de proche en proche le reste de l'itaie. L'heureuse influence exercée sur la peinture faisait partie de cette mission de purification, et nous voyons en effet le Pérugin, qui fut le grand missionnaire de l'écolo ombrienne, en étendre les ramifications d'un bout à Tautre de l'Italie, avec un succès dont on n'avait pas vu d'exemple depuis Giotto....
« Enfin, nous arrivons à celui qui fait à la fois le couronnement et la clôture de l'école ombrienne, et qui a eu la gloire do porter l'art chrétien au plus haut point de perfection ; c'est assez dire que nous allons parler de Raphaël.
« Sorti d'une famille d'artistes qui jouissait d'une certaine célébrité dans la ville d'Urbin , Raphaël vint à Pérouse vers l'an 1500, et se ut l'élève du Pérugin qui était alors à l'auogée de sa gloire. A nsi placé comme à la source des inspirât. ons qui étaient le plus en harmonie avec la tendance naturelle de son talent, le jeune Raphaël s'identifia tellement avec la manière» de son maître, que les ouvrages de l'un ne se distinguaient que très-dillicilement de ceux de 1 autre.
« Pendant les dix années qui suivirent sa première entrée dans celte école , tous les ouvrages qui sortirent de son pinceau, soit en Ombrie, soit en Toscane, soit à Rome, furent marqués de cette empreinte mystique qui en caractérise les produits, et a laquelle il sut ajouter ce charme indéfini.sSible qu'il est aussi impossible d'exprimer par la parole que de reproduire par 1 imitation.
« D'abord disciple docile, il semble marcher scrupuleusement sur les traces de son maître, n osant s'écarter ni de son style ni de ses types, ni de rordonnance traditionnelle de ses compositions, comme on peut le voir dans le tableau du crucifiement qui décore la galerie du cardinal Fesch, à Rome, et que IXBîl le plus exercé pourrait prendre au premier abord pour une œuvre du Pérugin. Selon toute apparence, le Sposalixio de ce dernier, qu'on voyait jadis a Crémone, avait également servi de modèle à celtii qu* fut bon disciple, pour une église de CUta U
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CastellOy et qui se trouve aujourd'hui dans la Musée de Milan.
« Raphaël avait à peine vingt et un ans, quand il termina ]e Sposalizio^ sujet particulièrement approprie à une imagination pure et poétique, telle ou'était alors la sienne. Ce n'était ni lui, m son maître qui Tavait inventé ; il ne faisait pas non plus partie de l'héritage légué par les premiers chrétiens aux générations qui devaient assister à la résurrection de la peinture. Non, c'était une légende que l'art du moyen âge avait mise en œuvre pour la première fois, et qui rentrait plus particulièrement dans le domaine des artistes ombriens, à cause de sa simplicité naïve et de son sens profond, Ghirlandaïo en avait déjà fait la matière d*une de ses fresques dans le chœur de Santa Maria Novella ; mais en sa qualité de peintre naturaliste, il n'avait su placer que des bourgeois et des bourgeoises de Florence dans le cortège de saint Joseph et de la sainte Vierge. Quelle différence entre cette conception prosaïaue et celle de Raphaël , qui a mieux aime ne pas varier les tvpes dans les tètes de ses jeunes filles que de recourir à des observations faites immé« diatement sur la nature? Plus on examine cette œuvre à la fois naïve et sublime, plus on sent qu'il a voulu par les airs de tète, par les attitudes, par le choix si bien entendu c'es costumes, et par tous les autres détails accessoires , entourer ses deux principaux personnages de tout ce qui peut donner l'idée d'une pureté céleste.
« L'année suivante, il fit son premier voyage à Florence, où le naturalisme était encore dans tout l'orgueil du triomphe obtenu sur Savonarole et ses partisans. Mais loin <|ue le séjour lui en fût contagieux, il choisit ses amis dans le parti vaincu, et le plus intime de tous fut le peintre Fra Bariolomeo, qui vénérait plus que personne la mémoire du moine réformateur. L'amitié au'il conçut pour le jeune Rodolphe Ghirlan* dalo, moins âgé que lui de deux ans (503) eut peut-être quelque chose de plus tendre, et ne fut certainement pas moins durable, puiscpe longtemps après, Raphaël, au comble des honneurs et de la gloire, fit tous ses efforts pour l'attirer à Rome....
« Entre Tannée 1505 et 1508, Raphaël interrompit à deux ou trois reprises son séjour dans la capitale de la Toscane , pour aller revoir sa ville natale et l'atelier de son vieux maître; et comme il n'en repartait jamais sans avoir exécuté quelque ouvrage, il avait occasion de renouer le fil des tradi-^
(303) Rodolphe Ghirlandaïo, né en I4S5 , avait alov-8 vingt ans. Il était 0!s de Dominique Ghirlandaî>, neveu de David, qui, après avoir beaucoup (rayaillé en France, revint assez riche pour renon^ cer à son art. Il avait un autre oncle artiste nommé Penott, qui perdit son temps à faire de médiocres mosaïques.
(50i) Une partie de ce tableau fu| terminée vingt (ins après par Luca» Pcnni et Jules Homain.
(505) Un reprochait au Pérugin de donner trop fouvent des copies de ses vieilles compositions.
tions ombriennes, qui aurait pu se perdre au milieu de tant d'inspirations étrangères; voilà ce qui explique en partie sa persévé^ rance dans les voies que ses devanciers loi avaient tracées , persévérance , pour ainsi dire héroïque, si l'on a éçard aux tentalions de tout genredont il était circonvenu. Comme c'est à ce court intervalle de troi^ années que correspond, dans notre point de vue, l'époque la plus intéressante de sa carrière d'artiste , il importe de signaler avec la plus scrupuleuse exactitude tous les chefs-d <Bovre qui sortirent alors de son pinceau, el dont le plus grand nombre se trouve aujourd'hui dispersé dans les différentes capitales
de l'Europe.
« Le premier en date après le S^oioiWê est le tableau de l'Assomption » qui a passé de l'église de Saint-François à Péroase,diiis la galerie du Vatican, et qui est encore un imitation du Pérugin, s'il est permis d'employer ce terme quand il s'agit d'une timliteur comme Raphaël (50W. En même tempi nous le trouvons occupe de trois auim grands ouvrages dans la môme ville, savoir: une madone pour les religieuses^ de Saint- Antoine; le même sujet, avec plusieurs BgBres accessoires de grandes et de petites dimensions; enfin la fresq^ue fameuse qot tous les voyageurs vont visiter dans le cet* vent de Saint-Sévère, à cause du rapport cttrieux qui existe entre cette première ébia* che et la partie supérieure de la dûonla •• Saint-Sacrement dans une des chambres dt Vatican. A la même époque, il peignait poor le duc d'Urbin, le saint Michel combattanl des monstres , et le saint Georges à chevili qui sont aujourd'hui dans le musée d^f*" ris ; et ces miniatures, d'une grâce et ava fini dont peu de calligraphes avaient apimché, mettaient de plus en plus en évidence la flexibilité et l'universalité de son «h lent...
« De 1506 à 1508, la fécondité du pioœn de Raphaël semble croître en raison de Feathousiasme de plus en plus prononcé doii ses ouvrages étaient devenus l'objet. Ce fcl alors que pour satisfaire aux demandes de ses nombreux admirateurs et en même temps pour échapper au reproche iustemenl encouru par son maître (505), il se mit à multiplier et à varier les représentations de ta Vierge, avec un succès dont il n'v avait jiûiais eu d'exemple,et dans lequel il fauttore entrer pour quelque chose la dévotion toiHa spéciale qu'il avait conservée pour elle depuis son enfance (506)
«c Appelé à Rome par Jules II, sur la f^
(506) On sait mril fonda une chapelle en neur de la saintiî Vierge dans V- glise de SAUile-I>rie de la Rotonde, jadis le Panlliéoii. Voici la fàtm de ces nombreux sujets de la Vierge dont IL to donne ici une analyse raisonnée que les liaiilet 4e notre ouvrage ne nous permettent fjoini de reproduire.: La Vierge du duc d'Albe^ aciueUenent éMS la galerie de M. Coswell, à Londres ; la kelkJm^ nière, une des principales décorAlions dû Mués ai
S^ris; La Vierge du palan Tempi, qui a passé 4e Florence dans la galerie du roi de Bavière; la fiei^
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D'ESTHETIQUE CHRETIENNE,
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coiDOiandation de Bramante, son parent, •n 1508, il eut le bonheur inespéré d'être placé sur un théâtre encore plus digne de son génie, et de se présenter comme le continuateur des travaux de Técofe ombrienne dans \e Vatican.
« Il commença par peindre la voûte et les quatre murs de la salle qu'on appelle délia seanaiura: sur cette surface, qui était pasjiaLlement étendue , il avait à représenter quatre grandes compositions qui embrassaient les principales divisions de l'Encyclopôdie du temps, savoir, la Théologie, la Philosophie, la Poésie et la Jurisprudence, I « On conçoit tout d'abord que pour un artiste nourri de traditions de l'école ombrienne, le premier de ces sujets était une hoone fortune sans pareille; aussi Raphaël, fttmiliarisé dès longtemps avec l'allégorie religieuse, en fit-il rapplication la plus admirable ; et, non content des suggestions de ton uropre génie, il mit à contribution celui 4ef nommes qu'il jugeait les plus propres à le féconder par leurs* lumières. De leurs inspirations combinées avec les siennes propres résulta, pour l'éternelle gloire du catholicisme et de l'art chrétien, cette composition sans rivale dans l'histoire de la peintore» et l'on pourrait ajouter sans nom ; car, c'est peu de chose de l'appeler lyrique oo épique, à moins au'on n'ait en vue dans cette comparaison l'épopée allégorique du Bante, la seule oui soit diene d'être mise en^ regard avec le poëme du même genre qa'executa le pinceau de Raphaël.
« Et qu*on ne prenne pas ceci pour une formule oiseuse d'éloge emphatique ; car c*est Raphaël lui-même qui fait entrer de force, et pour ainsi dire a coup redoublé, ce rapprochement dans, l'esprit des spectateurs; il a placé l'image du Dante parmi les J>lus chers nourrissons des Muses, et parmi es plus éloquents défenseurs de la foi ; et, cerâi est plus décisif encore, il.a donné à la figure allégorique de la Théologie le mdme costume sous lequel le Dante a repré^ sente Béatrix, le voile blanc, la tunique rouçe et le manteau vert« avec la couronne d'olivier sur la tête (507).
« Des quatre figures allégoriques qui occupent les compartiments de la voûte, et qui furent toutes peintes immédiatement après l'arrivée de Raphaël à Rome, celles de la Théologie et de la Poésie sont sans contredit les plus remarquables. La dernière se reconnaîtrait encore à Tinspiration calme de son regard, lors même que ses ailes, ses étoiles d'or et le bleu céleste de son manteau ne feraient pas une allusion assez claire AUX régions supérieures vers lesquelles elle est apuelée à prendre son essor. La figure de la Th^logie n'est pas moins admirablement appropriée au sujet dont elle est en quelque sorte le sommaire ; elle montre du doigt
ém Camftojit, aajourd*bui dans la galerie de Mu- Mcb ; /s yi^ge on chardonneret^ dans la tribune de Floraice; la vierce du palais Golonna, celle du palab Grcgori, k FoTlgno, et la Madone de Peseta, p\u%
la partie supériettre de la grande composition qui lui correspond, et c'est là que Fartiste a proposé un aljment inépuisable à la sagacité comme à Tênthousiasme du spectateur. ' I « L'ouvrage se divise en deux parties
f principales, le ciel et' la terre, unis l'un à 'autre par un lien mystique, qui est le sacrement de l'Eucharistie. Des dfeux côtés de l'autel, sur lequel est exposé la sainte hostie, les personnages qui ont le plus honoré l'Eglise par leur science et leur sainteté sont distribués en divers groupes très-ptitoresqueset très-animés; saint Au^stin dicte ses pensées à quatre de ses disciples; saint Grégoire, en habits pontificaux, semble absorbé dans la contemplation de la gloire céleste; saint Ambroise, dans une attitude un peu différente, a l'air d'entonner son Te Deum, tandis que saint Jérdme,assis, a les deux mains appuyées sur un gros livre qu'il tient sur ses genoux; Pierre Lombard, Jean Scot, saint Thomas d'Aquin, le Pape Anaclet, saint Bonaventure, Innocent III, ne sont pas moins heiu*eusement caractérisés; et, à la suite de toutes ces illustrations sanctionnées par l'Eglise et par les siècles, Raphaël a placé hardiment le Dante avec sa couronne de lauriers, et, plus hardiment encore, le moine Savonarole, brûlé publiquement comme hérétique, dix ans auparavant.
« Dans la gloire qui forme la partie supérieure du tableau, les trois personnes de la Trinité sont représentées au milieu des patriarches, des apôtres et des saints ; c'est, en quelque sorte, un résumé de toutes les compositions partielles sorties depuis un siècle de l'école ombrienne. Un grand nombre de types, et particulièrement ceux du Christ et de la Vierge, sont la répétition
1>resque littérale de ce qu'on trouve dans es premiers ouvrages de Raphaël lui-même. Pour tout ce qui tient à l'expression de la béatitude céleste et de toutes ces choses ineffables dont il est dit que Vesprit de Vhomme ne les a point conçues (I Cor. ii, 9), bien que cela dise assez que le pinceau de l'homme n'est pas fait pour los rendre, néanmoins;, celui des artistes ombriens, à fbrce^ de s'être exercé exclusivement sur des sujets mystiques, avait opéré des merveilles en ce genre; et Raphaël, en les surpassant tous, et en se surpassant enfin lui-même, sembla avoir fixé les bornes fatales au delà: desquelles Tart chrétien, proprement dit, no pourrait plus désormais avancer.
« La décadence de ce beau génie commença-t-elle donc à dater du jour où il eut mis la dernière main à la Dispute du Saint- Sacrement^ quand un monde nouveau semblait s'ouvrir devant lui; quand il était placé au centre de toutes les inspirations chrétiennes, sous le patronage imm'édiat de la
connue sous le nom de la Vierge au baldaquin.
(507) Purg. cantoSO, vers. 51-53. On sait que le blanc, le rouge et le vert étaient lés emblèmes des trois vertus théologales.
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DICTIONNAIRS
NAR
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cour de Rome et sur un théâtre où il pouvait se flatter d*dtre en vue à toute la chrétienté?
ff La réponse à toutes ces questions trouvera sa place plus lard quand nous parlerons de récole romaine dont Raphaël est le véritable fondateur, au moment oit il renonça irrévocablement aux traditions ombriennes, pour se mettre en harmonie avec les changements survenus dans le goût du public et peut-être aussi dans son propre cœur.
« Le contraste est si frappant entre le style de ses premiers ouvrages et celui qu'il adopta dans les dix dernières années de sa vie» qu'il est impossible de regarder l'un comme une évolution ou un développement de l'autre. Evidemment il y a eu solution de continuité, abjuration d^une foi antique en matière d'art, pour embrasser une foi nouvelle ; cela est si vrai, que les admirateurs passionnés de sa première manière sont loin (l'admirer au même degré les produits postérieurs à l'époque où nous nous sommes arrêtés, ne les regardant qu'avec une sorte de répugnance ou au moins avec froideur, et, l'inverse a lieu pour les partisans exclusifs de sa dernière manière. »
Après avoir reproduit les explications vaines, insuffisantes et quelquefois même contradictoires qu'ont essayé dB donner, entre antres critiques, Goethe et Kumohr, de cette dissidence nien tranchée qu'on remarque entre les deux manières de Raphaël, M. Rio donne à son tour la sienne, exactement conforme aux principes d'esthétique qui servent de fondement à cet ouvrage. Il la trouve, non dans une certaine pureté naïve de l'école ombrienne, gui peut lui être com- }uune avec les productions des beaux siècles de l'antiquité ;*mais, dans un élément qu'on serait tenté d'appeler, dit-il, séraphique, enfièrement indépendant de la symétrie et de J*ordonnance, et qui règne par-dessus tout dans les ouvrages du Pérugin et de ses disciples. Or, nous venons de le voir; c'est celui-là même qui domine dans toute l'œuvre de la première manière de Raphaël.
« C'est cet élément introduit pour la pre-
'mière fois dans lart, par le christianisme, qui donne aux tableaux des artistes ombriens, tant de supériorité sur les autres, et qui les fait agir avec plus de force qu*Qii beau poëme sur les Ames pourvues des organes nécessaires pour percevoir cet ordre de beautés. L'enthousiasme du spectateor tient donc à des dispositions intérieures qui le mettent plus ou moins en harmonie avec les objets placés sous ses yeux ; chaque imagination, douée d'une activité suflisante, se crée un monde à elle-même et va choisir parmi les produits des beaux-arts des êtres pour le peupler. L'admirateur de l'antiquité s'extasiera de préférence sur tout ce qui lui rappellera, soit un costume de sénateur oa d'archonte, soit les bas-reliefs de la colonne Trajane ou du Parthénon; le philosophe de la nature, suivant la tendance plus ou rnoîDS religieuse de son svstèmo, précouisera Técole florentine ou l'école vénitienne, et sli y a une conjecture à hasarder sur ce qui plairait aux bourreaux, aux bouchers et aox amateurs des plus ignobles voluptés, cTest dans les décapitations et les nudités des musées modernes que se trouvent les dégoûtants objets de leurs prédilections.
« Le pieux solitaire, dans sa cellule, se crée aussi un monde par delà celui qii*il htbite, et s'il lui était possible que pour It peupler il eût à choisir entre les créations des diverses écoles qui se sont partagé b domaine de l'art, son choix se Qxerait instinctivement sur celle du Pérugin; et sll avait ensuite à décerner la première plaoi à l'artiste qui aurait le mieux rendu les contours vagues de ses figures idéales, la palflMi appartiendrait à Raphaël, mais seuleonot jusqu'au jour de sa défection dont nous iwr rons à signaler plus tard les déplorables ooaséquences. »
Le second volume dans lequel M. Rio st propose de signaler ces déplorables conséquences, est impatiemment désiré par tons les amis intelligents et dévoués de Tart chrétien ; j'en ai moi-même touché un moti Tarticle Peinture (m fin,). Voy. cet article et les suivants : Allégorie, ExPRESsioit, Rbuab- SINGE, Types, Vitraux peints, etc.
KANINI (JeantMarib). Compositeur de 1 éoole romaine, né en 1560. Voy. Musique.
NARBONNE (Cathédrale de). On réjjète souvent que le Midi est pauvre en belles et grandes églises. Si, par Midi, on entend la Provence, l'assertion est vraie; elle ne Test pas» ou du moins elle doit être notablement malifiée, si on l'applique au Languedoc. Une province qui compte des édifices comme les cathédrales de Marbonne et d'Alby, comme les églises de Saint-Nazaire de Carcassonne, et de Saint-Sernin de Toulouse, et la nouvelle église de Saint-Paul de Nimes, un portail comme celui de Saint-Gilles, des flèches comme celles de Mende, une tour comme
celle de Rodez; une telle province peot être fière, à juste titre, et de la beauté et da nombre de ses monuments sacrés. Cette pensée nous a frappé, lorsqu'il nous a été donné d*étudier. sur les lieux la plupart de ees somptueux édifices auxquels se rattacheol d'ailleurs autant de souvenirs historiques que de souvenirs religieux. Nous allons esquisser la description rapide de Ton des principaux, la cathédrale do Narbonne.
Il n y a, comme à Beauvais, que le cboBor d'achevé; mais ce chœur, en style ogival de la belle époque, c'est-à-dire du xni' sièele, est une des œuvres les plus hardies, les plos grandioses qui existent en France et inèoa
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D'ESTHETIQUE CHRETIENNE.