‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 63 sur 167 · MAR · texte numérisé non relu

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en Europe. On en jugera par la hauteur de la voûte» qui est de 40 mètres. L'extérieur du monument est celui d'une église gothique de premier ordre. 11 offre, comme l'extérieur de Cologne, de Reims, d'Amiens, etc., une série, en forme demi-circulaire trèsallongée, d'arcs -boutants surmontés de clochetons et reposant sur des contre-forts, à la hauteur desquels règne une immense terrasse (la plus grande que j'ai vue) qui contourne TédiGcc et forme une belle promenade d'où Ton aperçoit la mer qui termine, en le complétant, un magnifique nauorama. Rien de plus imposant et de plus gracieux à la fois, surtout vu à une certaine distance, que ret extérieur de notre cathédrale. On croirait voir celui de Cologne ou d'Amiens, si toutefois, celui de Narbonue, n'est pas plus grandiose encore. 11 est percé, dans tous les sens, de fenêtres ogivales en lancettes, alternantavec les robustes contreforts qui supportent la retombée des arcs- Jjoutants, le tout d*une hardiesse, d*un élanoeroent prodigieux ; mais on y chercherait vainement les innombrables et capricieuses moulures jetées comme un voile de dentelle au front do la métropole rhénane et de la basilique de la Picardie. Cette absence de moulures se fait remarquer principalement dans la fabrique des tours jumelles de la cathédrale, et cause une lacune d'autant plus regrettable, que ces deux tours sont fort élevées en dessus de la toiture plus que modeste de l'édifice (508).

Si nous pénétrons dans l'intérieur, nous admirerons un ensemble aussi riche que miyeitueux. Ce qui frappe le plus, c'est la hauteur des voûtes, la hardiesse, la belle ordonnance des arcades qui les supportent, el la magnificence des vitraux, surtout de ceux de l'abside polygonale du chœur, qui e^ à jour. Ces immenses et splendides vitraux qui rehaussent, on ne peut mieux, la jiuueste et l'expression mystérieuse du saint lieuy sont du beau xni* siècle, et dans un état parfait de conservation. Le mattre-autel, d'une grande richesse, mais d'un style lourd et nullement en rapport avec celui de Tédifice, a été construit sur le modèle de ces autels à colonnes et à baldaquins, du xvui* siècle, qui déshonorent la plupart de nos cathédrales gothiques, et qui offrent le grave inconvénient de masquer, en partie, la vue de leurs magnifiques absides (509). Quant à l'intérieur de ce chœur immense qui pouvait contenir le nombreux personnel du chapitre, et qui offre aujourd'hui un local sufllsant pour tous les fidèles, il présente un luxe de propreté qui fait honneur au zèle et au goût du curé de cette église, autrefois métropole insigne, et descendue maintenant au rang de simple paroisse. La boiserie des

stalles est remarquable, de même que celle de l'orgue considérable établi au bas du chœur et adossé au inattre mur qui sépare

Erovisoirement la partie terminée de Tédice du transept depuis longtemps commencé. Grâce au patriotisme de l'administration narbonnaise et de quelques dons individuels, on ne peut pas dire des travaux de cette cathédrale, manent interrupta; mais on comprend aisément que la générosité de la ville et des particuliers ne saurait, livrée à ses seules ressources, terminer une construction aussi grandiose, dont le chœur ne devait former que le tiers, et dont l'achèvement n'exigerait pas moins de sept ou huit millions. Il serait digne du patriotisme d'une province aussi féconde en grands hommes et en grandes conceptions, que le Languedoc, d'entreprendre l'achèvement d'un édifice qui ferait sa gloire, parce qu'il serait une nés merveilles de l'art ogival, dont les monuments sont si rares dans le Midi. Si la seule administration de la ville de Nîmes (administration intelligente entre toutes les autres] a pu dépenser un million à l'édification de la belle église latino-byzantine de Saint-Paul, pourquoi l'ancienne et vaste province du Languedoc ne viendrait-elle pas à bout de l'achèvement de sa magnifique métropole narbonnaise? Nous croyons qu'une souscription ouverte à cette fin aurait de grandes chances de succès et honorerait toute la province, comme l'achèvement encore plus dispendieux de la cathédrale de Cologne honore l'Allemaene tout entière, comme la construction récente de Notre- Dame de Boulogne-sur-Mer, et celle de Notre-Dame de Bon-Secours, près de Rouen, honorent les deux dignes prêtres qui, sans autres ressources que celles de leur zèle persévérant, sont en train de doter leur jiays, déjà si riche en monuments religieuXt de ces deux nouvelles et remarquables églises. Quant au plan de la continuation de la basilique Narbonnaise, ce qui est déjà fait

(;uiderait sûrement dans ce qu*il y aurait à aire pour le compléter. On n*aurait quà terminer le transept assez avancé , et la grande nef et ses nas-côtés oui restent à taire, sur le même style que relui du chœur. Les fondations de cette cathédrale furent jetées le 13 avril 1275. Le chœur, les chal»elles collatérales et les deux grandes tours ne furent achevées qu*en 1332. Ces dates non moins que le style bien accusé de la partie maintenant terminée de Tédifice, indiquent clairement qu'il devrait être continué d'après les types bien 'connus et bien arrêtés de la fin du xni* et du commencement du XIV* siècles. Du reste, ce ne serait pas la première fois qu'il aurait été question de cet achèvement de la métropole narbonnaise.

(IM)8) Cette covertore est en tuifes grossières, mal ajustées. U y a loin de là à ces beaux combles en plomb ou en ardoises, avec leurs créles éléguntet» des cathédrales du nord.

(509) On peut citer, dans ce genre, ceux deChAliNis sur-Marue, de Seas, d'Auxerre; mais aucun

n*est aussi lourd et aussi disgracieux que celui, en forme de rétable, de la cathédrale d* Anvers, œuvre ïicKubens, qui eut, comme les artistes de son temps, la manie de moderniser à la gre<:<jue TorneiLeiUa* tion de nos églises gothiques»

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