‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 69 sur 167 · Taxa, 3(«j»c, x«2 yjaùc^mç : Ctre , étffUdf II · texte numérisé non relu

Taxa, 3(«j»c, x«2 yjaùc^mç : Ctre , étffUdf II

vas parler.

Quelque neu certaine que soit TorigiM précise de 1 encaustique, il parait cepenSmt qu'elle prit naissance dans la Grèce, ei ffm 1 art de peindre avec de la cire, des oooleen et du feu devint familier aux artistes de ce peuple, qui l'avaient imaginé pour suppléer aux inconvénients de la détrempe. 11 aviit sur celle-ci l'avantage d'une vigueur et d'osé solidité à l'épreuve de l'air, du soleil et dei insectes, comme il en possède un autre ftrt considérable sur notre peinture i llioilei celui d*un mat uniforme, d*où résulte une harmonie flatteuse et indépendante des jours.

Voici, d'après Vitruve, la manière d*o|iépèrer des anciens : Ils se servaient deeires colorées, conservées dans des bottes i oonpartiments, et les employaient au movenda pinceau. Une fois appliquées, il les uaiest par Tinustion {picturam inurwé) tvee on ré» chaud plein de charbon qu'ils promenaient à la surface. Les instruments destinés è cet usage portaient le nom de camcrM, et leur

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DESTHETIQUE CHRETIENNE.

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forme Tariait selon les différents travani auxquels ils étaient destinés. Enfin, pour tenuiner, ils frottaient et polissaient quelquefois le tout avec des linges nets, opérauoo qui donnait Téclat du vernis sans en avoir les défauts.

Si l'origine de la peinture à l'encaustique est équivoque, l'époque de sa décadence est aussi fort incertaine ; il est néanmoins conittant qu elle se pratiquait encore dans le temps du bas-empire , puisque le Digeste , eet assemblage des lois avant le vi* siècle, énamère en ces termes les instruments qui servaient à la peinture : « L'atelier d'un peintre étant léçue, comprend les cires, les couleurs, les pinceau I, les cautères, les vases, et tout ce qui en dépend. »

Depuis lors, on n en trouve plus aucune mention jusqu'au milieu du siècle dernier; vers cette époque, M. le comte de Caylus publia un mémoire contenant des vues remarquables sur le renouvellement de cet art, et, par les nouveaux procédés qu'il mit en lumière* mérita le surnom de Restaura^ ieur de Feneaustiaue.

M. Paillot de Montabert, qui s'est aussi beaucoup préoccupé de l'état des arts chez les anciens, a fait dans cette science de nouvelles découvertes. Il résulte de ces recherches qu'aucun doute ne peut subsister quant aux matières colorantes; il s'agit exclusivement de connaître la nature du gluten qui servait A fixer et à préserver les couleurs. Les peintures d*Herculanum, si merveilleusement conservées, ont été, d'après tous les indices, exécutées à l'encaustique, au moyen de colles, de gommes ou de résines déjà très-solides en elles-mêmes, recouvertes ensuite par une pellicule imperceptible de cire punique. On comprend seulement, par cette explication, comment les teintes ont

Ïu braver, dans cette espèce de prison, l'inaence de l'atmosphère et les ravages des aiècles.

Si le secret de ces surprenants travaux n a pas été complètement arraché au passé, les études du xviii* siècle ont fait du moins marcher l'art de l'encaustique, si longtemps perdu, dans une voie de progrès rapides, al nous devons à M. de Montabert la découverte de nouveaux dissolvants qui en sim- Cifient infiniment la partie matérielle. Ainsi, longue opération du feu devient inutile, el l'enduit une fois fixé, on peint avec des eualeurs préparées à l'avance, que Ton étend et mélange sur la palette, non plus au moyen de la térébenthine, reconnue trop volatile, mais avec de l'essence de lavande.

C*est ainsi qu'ont été restaurées les peintures à fresoues du chAteau de Fontainebleau, et exécutés presque tous les grands travaux de nos monuments religieux depuis le commencement du xix* siècle.

Laissons maintenant de côté les procédés matériels pour nous occuper de l'œuvre remarquable qui porte pour signature le nom de M. Hippolyte Flandrin.

Et d'abord, quel a été le but de l'artiste ;onjointement avec l'architecte dans la pen-

sée qui a çrésidé k la décoration générale de l'église Saint-Paul 7 — Ils ont voulu que la peinture concourût à donner au monument le cachet caractéristique de ces époques de foi imprimé aux monuments des x et xi siècles. 11 fallait que la manière dont sont iraités les sujets concordât parfaitement avec l'architecture de l'église : c'est-à-dire qu'on devait éviter ces vastes compositions, exécutées plus tard par Le Tintoret et Michel- Ange dans des chapelles d'un ordre tont dififérent, pages immenses qui étonnent par la hardiesse de leur conception, mais qui parlent i>eu à l'âme, encore moins au cœur du chrétien. Il fiallait trouver une composition, sobre de personnages, riche d'orneooen* tation, naïve comme l'époque de sa naissance, et qui, par l'expression des physionomies, par l'alliance de la beauté des formes avec la (grandeur morale de la pensée, produisit une impression bien plus profonde que toutes les attitudes remarquables et le prestige de groupes savamment disposés.

Les modèles de ces peintures se trouvent dans les mosaïques qui décorent les premières églises romanes, et qui marquèrent la renaissance des arts, après les irruptions des bartMires et les fureurs des* Iconoclastes.

L'art subit une rénovation sous l'influence chrétienne : la nudité dans les formes, le type grec de la beauté antique rappelant une idolâtrie détestée, furent abandonnés pour faire place à des figures pudiquement drainées, à des traits chastes et purs, où les sentiments de l'âme étaient divinisés par le christianisme, comme la forme physique l'avait été par la relision païenne.

Or le type normal drune représentation de Jésus, de sa mère et des apôtres ne pouvait se développer que lentement et progressivement. On se rapprocha d'abord du type national juif: puis comme on se souciait peu de la vérité naturel1e,et qu'il n'était pas permis aux artistes grecs de se livrer à leur imagination, ni de s'éloigner en rien du système de composition reçu pour les tableaux sacrés, on admit comme règle générale certaines formes consacrées par l'autorité de quelque artiste de mérite et approuvées par le goût du temps. C'est à l'observation scrupuleuse de ces principes aue nous devons la transmission traditionnelle des saints apôtres. Il est aisé de remarquer l'identité de leurs traits, que l'on retrouve partout les mêmes, malgré la différence de clates et de pays, dans les |:eijitures des écoles grecques ou dans celles qui en dérivent.

Ainsi, dans les premiers siècles de Tart chrétien, on avait représentées personnajKPs dépourvus généralement de formes élégantes : certaines parties exagérées, principalement les veux et le nez ; Je visage étroit dans le haut, large au contraire vers les |»arties inférieures; les vêtements disgracieux et surchargés de plis; un coloris terne bien que foncé ; tout cela entouré d*ornements magnifiques et se détachant le plus souvent sur un fond d'or. Le nom des saints se lisait tantôt sur une ligne perpendiculaire, ui.-

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t4t sar une ligne horizontale : cet usage» souvenir des iconoclastes, arait été introduit parce qu'il était défendu de vénérer les images inconnues, et il constitue encore une* différence entre les Grecs et les Latins, ceuxci ne désignant leurs saints que par les aitributs particuliers k chacun.

Tels sont les principaux caractères qui distinguent la manière de Cimabuë, de Giotto et de leurs nombreux imitateurs. On •e demande pourquoi leur naïve couleur et leur grAce l'emportent sur les sublimes calculs et la fougue des Vénitiens. — C'est qu'avec des incorrections de dessin et des fautes de goût, il faut reconnaître que chez eux se retrouve ce caractère profondément religieux oui s'accorde si bien avec la simplicité de rEvangile ; c'est qu'on y sent le cachet du génie, non-seulement dans le sens absolu, mais aussi dans le sens relatif; c'est enQn oue l'école néo-grecque ou byzantine fut le loyer, où se conserva l'étincelle dont la peinture devait renaître, alors que Van-* Dyck lui ouvrit une nouvelle voie, en cherchant à la rapprocher davantage de l'individualité vivante.

M. Flandrin est allé demander ses inspirations à l'étude de ces maîtres consacrés par de nombreuses générations : mais avant d'analyser ses travaux, nous aimons à constater que s*il a emprunté au xii* siècle la pensée intime de ses compositions, il a su éviter l'archaïsme, joindre la grâce du moyen âge à la science de la renaissance, et reliant le tout par de sévères études dans l'art du dessinateur, imprimer à son œuvre le cachet d'un talent solide et original.

Le morceau capital, celui oui frappe les veux aussitôt que Ton a francni la porte de l'église, est un Christ de proportions colossales, qui se détache sur un fond d'or dans la coupole de la grande abside. Le Christ est assis; sa tète est entourée du nimbe céleste ; de chaque côté, Vaipka et l'oméga^ le commencement et la fin. il tend la main à un esclave et à un roi, tous deux prosternés à ses pieds et représentant, dans ces deux extrémités de l'échelle sociale, le symbole de l'égalité des hommes devant Dieu. A la droite et à la gauche du Christ, saint Pierre et saint Paul se tiennent debout à un éloif^nement respectueux ; ils sont là comme les deux piliers de l'Ëglise, et témoignent, par l'attitude et le regard, de la vénération et de la distance qui les séparent de leur divin mattre.

Cette composition est simple et grande : simple par le petit nombre des personnages et des détails; grande par la manière dont elle est traitée, grande surtout par le profond sentiment qu'exprime chaque figure.

La tête du Cnrist est remarquablement belle; elle joint le contraste admirable d'une tendresse infinie et de toute la puissance céleste ; on lit dans ses traits une adorable mansuétude, une commisération divine pour toutes \eà misères humaines qu'il est venu soulager; c'est bien le Fils de Dieu, apportant aux hommes le pardon et leur montrant

que devant son trône la tète couronnée redeviendra l'égale de l'humble escJtTe.

Nous ne savons si l'idée de fiivada^CWft le principal personnage appamem 1^ FIm^ chitecte ou au peintre; en tous cas noos ne saurions trop les louer de n'avoir poiM adopté l'usage reçu dans presque tontes nos églises modernes, qui consiste à réserver la

{)Tace la plus importante au saint» fMitron de a paroisse. Il nous semble que dans ea temple chrétien, Tidée du Seigneur doA dominer tout le reste, le saint ne saurait venir qu'en seconde ligne; ainsi les siècles antérieurs où brillèrent le talent et la foi des maîtres mosaïstes, rendent hommage à ee principe, en exaltant l'image du Sanvenr, et relégant dans une partie écartée, et daas des proportions souvent très-petites, le saint auquel le monument est consacré. Nous ne blâmerons pas non plus M. Flandrin d'avoir mis autant de disproportion entre la taille du Christ, et celle des quatre personnages qui l'entourent, d'avoir ainsi traduit pardn moyens matériels une pensée aussi profondément philosophique, puisque dans saeofflposition rien ne choque les yeux, et que tout s y harmonise au contraire d'une manière SI heureuse.

Le Christ de Téglise saint Paul nous a rappelé ces belles figures de Cimabufi, de Gioito et d'Orcagna, qui nous ont fait longtemps rêver dans le Campo-Santo de Pi5e,ct dans le chœur de Santa-Croee à Florence. M. Flandrin a su traduire ce qu*il y avait d*élevé dans les œuvres de ces maîtres, ea y joignant cette pureté de dessin et oetti suavité de contours, qu'il a puisées dans de fortes études et dans les conseils de M. tagrès, son mattre vénéré.

Sur les murs latéraux du chœur et danib zone supérieure, sont représentés, d'à côté les quatre Pères de l'Et^lise d'Orieol, et de lautre les quatre Pères de l'Eglise d'Occident. Ils portent tous à la main le lunuscrit, fruit de leur profonde science H dépositaire fidèle de leurs inspirations. — Athanase se distingue entre tous nar ai teint bruni au soleil du désert, où il dut si souvent chercher un refuge, ainsi quepir sa chevelure blanchie dans les fatigues de reiil et de ses luttes contre Thérésie arienne. — La physionomie expressive de saint Aagustin rend inutile toute désignation : à ce noble visage où Taustérité et la foi n'ont point entièrement efiacé la trace des passions, chacun reconnaîtra l'illustre évCiiae d'Hippone, dont TAme ardente s'est révâée dans ses admirables Confessions.

ML Flandrin a-t-ii fait des recherches historiques sur les portraits qui auraient pi échapper aux ravages du temps ? ou biei, a-t-il puisé dans les ressources de son inugination les belles tètes de ces Pères, sévères comme leurs écrits, graves comme leurs pensées? —Quoi qu'il en soit, on conviendra qu*il a su imprimer à chacune un cachet de grandeur et d originalité, et si la hauteur où sont ces personnages permettait d'en saisir tous les détails, on trouverait, dans

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la manière dont ils sont traitéSi une étude sarante et conscienciease.

Ao-dessous des Pères de l'Eglise» des archanges tenantdes couronnes et des oliphans Proclament la gloire du Très-Haut, et semlent lancés dans l'espace pour continuer le chant de rApocalvpse rappelé par ce mot trois fois répété : Sanetuê^ Sanetus^ Sancius. Ces figures drapées de blanc et de formes aériennes font encore mieux ressortir la gra- ▼jté des vieillards.

Les ouatre évangélistes sont peints dans autant de niches sur fond d^azur : debout et sévèrement drapés, ils portent à la main le livre qui devait régénérer le monde : leurs symboles remplissent des médaillons audessous d'eux.

Nous voyons d'abord saint Matthieu , rhomme du peuple, aux traits hardis, à la chevelure inculte, soudainement arraché par la voix du Maître aux travaux grossiers de son hnmble condition.— Saint Luc, dont les traits révèlent la culture d'une haute intelligence et les préoccupations du penseur. Puis saiut Marc, que l'on aime à se représenter comme le bouillant jeune homme, élève et compasnen d'muvre de Pierre. — EnGn, saint Jean, le plus jeune et le plus beau, dont Tadmirable physionomie nous montre encore l'inspiré de Pathmos, qui, détournant les yeux de tons les objets extérieurs, s'absorbe en lui-même et semble écouter dans le silence de l'âme les révélations prophétiques des derniers temps.

Dans la coupole de l'abside gauche en regardant le chœur, est représenté le couronnement de la Vierge. Assise sur un siège tenté de draperies^ Marie s'incline modestement devant son fils qui lui pose une couronne sw la tète.

Cest la seule des trois com^sitions importantes de M. Flandrin qui n ait point été pnisée dans ies livres saints : aussi, croyonsaoua que l'inspiration n'a pas été à la haulenr du sujet. A cette couronne royale, toute garnie de pierreries, à ce siège presque moderne, à ce coussin de couleur éclatante, k cet personnages jeunes tous les deux, on a de la ))eine a se transporter dans le ciel ; on ne voit pas la mère acceptant, malgré son humilité, la gloire dont un fils Dieu veut l'honorer.

Nous dira-t-on qu'après la résurrection du Rédempteur, et l'assomption de la Vierge, tous les corps ont été régénérés; que Marie est redevenue jeune, et que Jésus est Je flanoé de toute Âme qui croit en lui ?... Une fKirtie de notre critique tomberait par cette explication, mais elle s'attacherait alors à la partie matérielle de l'œuvre.

L*artiste avait ici à vaincre une grande difficulté : celle que présentent deux personnes assises sur le même siège, et se iaisant presque face l'une à l'autre. Il faut bien le reconnaître, malgré toute l'estime que nous avons pour le talent de M. Flandrin, eHIe difficulté n'a pas été entièrement surmontée, et il en est résulté un mouvement qui se rapproche de ia roideur, un parallé-

lisme disgracieux dans les jambes de la Vierge. Nous blAmerons aussi le manque d'harmonie entre le ton du coussin, celui de la draperie rouge et le fond bleu de Tabside; enfin, une trop grande profusion de plis dans le manteau blanc du Christ, profusion qui rappelle la partie faible des draperies byzantines* k laquelle ne nous ont pas habitué les étoffes largement drapées des autres iM)ropositions du même auteur.

Et cependant, l'impitoyable critique ne devrait-elle pas se sentir désarmée, devant l'expression des deux tètes que nous offre ce tableau? — Quelle suavité dans la physionomie de la Vierge I quel profond sentiment de dignité dans le profil du Christ I Et s'il est vrai que dans la peinture, le visage soit l'unique siège de l'expression. Tunique miroir de l'âme ; que là, aoit se concentrer toute la pensée de l'artiste, le reste, velu ou non, n'étant qu'affaire de métier, combien pardonnera-t on facilement quelques fautes de détail, quand la véritable composition est renfermée tout entière dans ces deux admirables tètes. Pour trouver de telles expressions, il faut être plus qu'artiste, il faut renfermer dans son cœur l'élévation qu'inspire seul le christianisme.

A droite et à gauche de la croisée, sont des anges tenant les attributs qui expriment les vertus de la Vierge : ce sont des couronnes, des lis et des flambeaux, symboles expliqués par les mots tracés au-dessous : fructuSf spirituSf charitas^ eastitas

Au-dessous de ces anges, dans une grande frise, se trouve un chœur de vierges qui, par la variété des attitudes, la noble tournure, l'exquise silhouette des contours, le savant ajustement des voiles, font penser . à cette procession de vestales que Phidias sculpta sur la frise duParthénon.

A leur pieds se lit cette inscription : Aaducentur régi virgine$ post eam^ afferrntur in templum régis.

Ces jeunes hlles, modestement vêtues de longues draperies, offrent en sacrifice une fleur, emblème de leur pureté. L'une baisse modestement les yeux, plongée dans un recueillement intime; l'autre s'avance avec calme et nous présente dans ses traits et dans sa démarche, une image de ces matrones romaines, cachant dans l'enceinte domestique leur trésor de vertu, de grAces et de dignité; celle-ci, à peine échappée aux orages du monde, en entend encore les échos, et penche la tète comme une fleur qu'un vent brûlant a touchée; celle-lè, le regard élevé vers le ciel, la tète renversée en arrière dans un extase d'amour divin, et les mains soulevées par un élan d'exaltation, semble présenter en offrande le symbole de sa candeur : enfin viennent deux sœurs; elles marchent d'un pas égal, paraissent se soutenir dans le chemin de la vie, et s'encourager l'une l'-aulre dans la voieau sacrifice et du dévoûment. On croit entendre tout le chœur virginal dont les voixsu/ives chantent les louanges du Seigneur, s'en vont errer le long des voûtes, et reviennent

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ensuite inonder les Ames ae leur religieuse harmonie.

Celte partie de l'œuvre de M. Flandrin est rendue arec toute la délicatesse et la simplicité que le sujet exigeait; chaque physionomie est marquée d*un cachet particulier, et toutes expriment cependant la même pensée» du sacrifice sanctifié par la religion.

Le choix des draperies est aussi des plus harmonieux ; les tons clairs ont été préférés, soit pour faire contraste avec les vives cou* leurs qui frappent Tœil dans la frise de face, soit pour mieux symboliser la candide pureté des vierges sages.

Dans la coupole de Tabside droite est peint le ravissement de saint Paul.

< .... Je connais un homme en Jésus- Christ, qui, il y a quatorze ans passés (si ce fut en corps, je ne sais, si ce fut en esprit, je ne sais), a été ravi jusqu'au troisième ciel et qui entendit des paroles ineffables qu'il n'est pas peimis à un homme de rapporter.»

Tel est le récit simple et sublime de saint Paul dans sa deuxième Epltre aux Corinthiens. Il fallait toute la force de la composition, toute l'énergie du pinceau pour être à la hauteur d'une semblable tAche; voyons comment l'a comprise M. Flandrin.

Saint Paul, vêtu de blanc et les bras levés vers le ciel, abandonne la terre sur laquelle ses pieds ne reposent déjà plus; deux anges agenouillés et tenant en main de puissants attributs, considèrent l'ascension de l'apôtre dans une respectueuse admiration.

C'est avec ces trois seules figures que l'artiste a su rendre de la manière la plus expressive ce drame saisissant et surnaturel; et c'est là^ suivant nous, la partie la plus forte de toute son œuvre. — Laissant à d^autres les légions de figures, dont chacune est chargée de révéler au spectateur une des impressions que veut faire éprouver le peintre, évitant les mouvements violents que beaucoup ont cru inséparables de l'extase, dédaignant même cette nuée qui accompagne toujours le saint béatifié, M.FIandrin n'a employé d'autres moyens pour émouvoir que la simplicité dans la composition, une compréhension intime du sujet et la science de son pinceau.

L'altitude du saint exprime un ravissement indicible; mais comment décrironsnous toutes les expressions diverses que son admirable tête réunit? Les sentiments en apj)arence les plus contraires s'y rencon*^ trent : humilité et triomphe, adoration et grandeur, douceur et puissance. Sa bouche est prête à s*ouvrir pour louer le Seigneur; ses yeux contemplent ses mystères adorables, dont il décrivait plus tard h ses disciples une faible partie dans ces paroles triomphantes : « 0 profondeur de l amour divin 1 Les anges, se voilant de leurs ailes, cherchent à souder tes abtmes ; mais ils ne voient que les bords de tes miséricordes. »

Les deux anges qui sont près de lui regardent Avec admiration cet homme en qui la puissance de Dieu éclate d'une manière si

évidente, et» sans courber leur front ifuqQl l'adoration d'un simple mortel, ils TéDèrest en lui celui que le doigt de l^^ernel a ton* ché et qui va être admis à contempler lai merveilles célestes.

Comme expression et comme dessint eei anges rappellent tout à fait la belle manièia de Raphaël, et, bien que tenant an rang » condaire, ils seront cités un jonr parmi lai (Buvres les plus remarquables créées psr la pinceau de M. Flandrin^

Dans la frise de la nef latérale, et poar faire pendant au chcBur des Vierges, oa a représenté une procession de martyn; aadessous d'eux se lisent ces émouTantes p^ rôles, empruntées au récit de rApooalj)»!^ se rapportant aux élus : Hi suni qui umh vunt de tribulatione magna ei laveruniêitlm suas in sanguins Agnù t Ce sont ceaz qii sont venus ici après avoir passé la graon tribulation, et qui ont lavé leur rube daai le sang de l'Agneau. »

Il serait trop long de détailler chaque Igure en particulier t nous signalerons cependant a l'attention des visiteurs une beHt figure grecque, drapée de pourpre, dont k tète ceinte de la bandelette» rappelle par sda grand caractère les plus beaux profils antiques ; — puis une tète à l'expression nélancolique, qui se penche sous rinfloeaci du recueillement et de la prière ; — le par* sonnage vêtu d^un manteau blanc, qoi Mn les yeux au ciel et unit aux plus belles bgnes des statues athéniennes la profondev mystique des premiers Ages chrétiens; — enfin un jeune homme à la figure plia il roélajicolique, à la chevelure blonde^ àrcd bUu et limpide t ses traits portent eneOR l'empreinte de ces douloureuses luttes là l'artiste» seul aux prises avec son mUêt semble avancer péniblement dans rarSasn douter de l'avenir : son regard s*éldve eomm pour demander à la religion de fortiflira lui cette alliance intime de la scienee «oM la foi. Près de lui, son ami, peut-être mlni son frère, a l'air de s'abriter sous son «b et de lui demander une part de sespéaîbiii labeurs. Ils tiennent tous k la main unepilme, symbole du triomphe qu'ils ont nfr porté sur le mal, tandis que chaque visi|i rappelle» par son type particulier, le g|M^ le romain, tous les peuples enfin qne saiil Paul a évangélisés et qui sont réunis oai loin de sa chapelle comme les prémieu es son apostolat.

Il nous reste, pour terminer cette analjss, à parler des deux anges qui domineat ta procession des martyrs. L'un d*eux, doatta j|hysionomie juvénile indique la force di râge> tient, d'une main, le joug destiaià soumettre les passions ; de l'autre, la palM réservée à qui saura les asservir. Sa fom exprime la nécessité impérieuse du devoir et la calme satisfaction qu'on éprouve ài'j soumettre : Dirupisti vtncula mca. L'aatis baisse vers la terre la pointe du glaive qai lui a servi à combattre, et sa mam, éUv^ par un geste sublime, tient la couronne destinée au vainqueur. Ses traits nobles etfiirs

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brillent de cet éclat que donné la joie du triomphe, et toute son attitude est bien le symbole d*une yictoire morale ennoblie par le sentiment religieux : exiit vincens.

Ces anges, modèles de Thumanité tout eolière, personnifient plus particulièrement Tâpôtre Paul. Quel caractère en effet eut jamais i lutter contre des passions plus ardentes et les soumit si humblement au joug de la foi ; quel homme aussi combattit plus Taillamment les grossières erreurs du paganisme et amena un plus grand nombre d âmes vers la couronne du salut ?

Dans la chapelle de la Vierge nous avons parlé de flgures analogues ; mais autant la composition de saint Paul est su})érieuTe à celle du couronnement, autant les anges symboliques de l'un surpassent reiécution dies autres. On regrette ici que le crayon n*ail pas cédé la place au ciseau et que ces deox puissantes ngures ne soient pas taillées dans le marbre éternel.

Tels sont les principaux morceaux de

Einture dont se compose l'œuvre de , Flandrin; nous avons pensé aue la meilleure critique consiste dans 1 explication détaillée de chaque sujet, et dans I expression de toutes les sensations que nous avons éprouvées devant cette immense page. Nous laissons au public intelligent à compléter ce tFayail ou à le rectifier suivant les impressions diverses qu'il peut faire naître.

M. Flandrin a été puissamment aidé dans sa tâche par son frère Paul, qui, abandonnant jpour quelques temps le paysage auquel il doit sa réputation, a repris ses premières élades de peintre d'histoire ; par M. Balze, qui Tient de passer six années à Rome à copier les S^afuf de Raphaël, et qui a porté dans sa collaboration la science de rarti:>te nnie tu dévoûment de l'amitié ; enfin parun de ses meilleurs élèves, M. Louis Lamothe, de Lyon. Disons à la louange de ces artistes anlls n'ont négligé aucune partie, qu'ils ont écooté toutes les observations bienveillantes» qa*ilsont travaillé sans relâche jusqu'à ce qu'ils aient vu leur pensée réalisée vivante et complète sous les efforts de leur pinceau. Disons encore que M. Flandrin a donné à noire ville bien plus qu'il n'avait été i«tipulé dans le contrat (525), et rendons justice à cette généreuse conscience d'artiste qui se laisse entraîner par Téian de Timagination et qui, dédaignant tout calcul de temps et d'argent, s'élève à la hauteur de la mission que son génie lui impose.

Cependant il n'est point de travail, si remarquable au'ilsoit, où l'on ne trouve quelques imperfections : ainsi une critique sévère pourrait reprocher à la tète de saint Uarc son aspect trop moderne; un manque de modelé dans les mains du Christ de la Rrande abside ; au saint Paul en extase, des Eraa trop féminins; quelque chose d'indécis dans l'indication des bras de la Vierge; mais Où retrouve aussi des incorrections de dessin dans Raphaël; est-ce à dire que ce

maître par excellence ne mérite pas l'immense réputation que des centaines d'années ont consolidée à tout jamais ?

Ne craignons donc pas de rendre hommage' aux brillantes qualités d'un artiste éminent qui, dans cette dernière œuvre, s'est élevé encore au-dessus de lui-même^ et a signé dans la ville de Nîmes la plus belle page de peinture que sà palette ait produite jusqu'à ce jour. Répondons à ceux qui, jugeant avec prévention, accuseraient M.

Flandrin de n'avoir pu se soustraire à l'influence de la couleur grise trop souvent reprochée à M. Ingres, que, sorti de sa grande école, le disciple a eu assez de force en luimôme pour se dégager de tout esprit de système et devenir original ; à ceux qui recherchent les effets de clair-obscur et ces trompe-l'œil qui, séduisant la vue, font le charme des tableaux à Thuile, nous dirons: avant de vous prononcer, étudiez la décoration des églises byzantines, vous reconnaîtrez bientôt que si la peinture murale a un si grand caractère, c'est qu'en adhérant au monument elle semble en faire partie ; qu'elle cherche autant que possible à se rapprocher de la fresque; et que les personnages doivent faire corps avec l'éditice ainsi que des mosaïques incrustées dans les murs.

Regrettons seulement que la manière dont les fenêtres sont placées soit extrêmement nuisible à l'effet de ces peintures : elles gagneraient beaucoup à être isolées de la grande lumière qui, brillant dans les vitraux, attire forcément le regard, éblouit les yeux, et donne aux compositions des teintes sombres .qu'elles n'ont pas en réalité. Mais il faut espérer qu'on trouvera un remède à ce manque d'harmonie et que de sages modifications apportées dans les verrières permettront d'apprécier dans tous ses détails une œuvre aussi consciencieusement mûrie, et qui place son auteur à la tète de l'école spiritualiste.

Dans un siècle d^industrie, où le génie lui-même se prosterne «levant le veau d'or, et où les arts semblent sortis du temple avec la foi, il est beau de voir quelques rares exceptions, quelques Chrétiens isolés, conserver dans leur cœur les traditions religieuses, et s'adonner exclusivementè la décoration de nos églises. Une œuvre d'art est toujours une richesse sociale, mais quand elle est unie à la religion, elle partage avec elle le privilège de moraliser la société : l'âme s'élève par cette contemplation à des espérances pleines d'enthousiasme et de vertu, qui produisent toujours un.? émotion religieuse dans le cœur de l'homme*. Les tableaux pieux font à Tâme un bien quo rien ne peut remplacer et deviennent véritablement le domaine de tous, quand ils sont tracés sur les murailles d'une basilique ; ils supposent chez l'artiste un saint enthousiasme oui se confond avec le génie, le renouvelle, le ranime et le soutient ; et i'ar-

(5i5) On avait demandé 54 figuies, M. Flandrin on a donné 50. DiCTiox.'v. d'Esthktiqck

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liste ]ui-m6me procure, au prix de ces tra- YAux d*imaginalioa qui usent si prompteiDent les ressorts de la vie, au prix de ces longues et pénibles études préparatoires, les plus vraies et les plus pures de tolites les jouissances terrestres. Ainsi, par leur puissance d*agir sur la partie morale de rhomme, les arts deviennent un véritable sacerdoce.

Peinture de décor et d'ornement. —La décoration était une des parties les plus importantes dans les anciennes églises romanes, et Tun des caractères distinctifs des monuments de cette époque. C'est seulement du X* au xni* siècle que Ton trouve les parois des chœurs ornés de peintures et de mosaïques, depuis le sol du sanctuaire jusquau sommet de Tabside, les nefs surchargées de figures symboliques, les voûtes d'azur parsemées d étoiles d'or, etjusques au ton mat de la pierre détaille etTacé, dans les fûts et les chapiteaux, sous les plus brillantes couleurs ae la palette.

L*ornementation, qui avait d*abord été regardée comme Taccessoire de la peinture, s*éleva peu à peu jusqu'au sommet de l'échelle artistique, et devint un art sérieux alors que les frères Zuccati et les autres maîtres dans la gypsoplastique, exécutèrent leurs étonnants travaux dans Téglise Saint- Marc, à Venise.

A la vue de ces vastes murailles où l'histoire de la chrétienté est écrite en termes si sublimes, où chaque pan de mur est comme une instruction vivante pour le Gdèle, Tâme se recueille plus profondément en ellemême, et la prière s élance involontairement vers celui dont la vie miraculeuse a inspiré de si touchants tableaux.

Nous n'admettons gue deux genres de décoration pour la maison du Seigneur; ou bien, qu'elle soit simple et modeste comme la vie et la doctrine du Maître, qu'elle ne soit grande aux yeux du Chrétien, que de la pensée de Dieu qui la remplit et des mystérieuses vérités qui y sont annoncées : ou bien, qu'appelant dans son enceinte tous les arts, toutes les pompes, toutes les maeniâcences, elle les présente comme un bommase éclatant, une oflTrande choisie, au roi de l'univers.

Dans la décoration générale de l'église Saint-Paul, on a cherche un système d'ornements qui concordAt avec l'ordonnance de l'architecture et qui encadrAt harmonieusement les travaux de M. Flandrin, sans dépasser les limites d'un budget modeste.

A ce point de vue, les grands travaux à l'encaustique devaient être condensés dans ie chœur de l'église, aûn de concentrer l'intérêt sur un ensemble aussi complet que f>ossible, tandis qu*on se contenterait, pour es nefs, de peintures de moindre importance.

Le choix qu'on avait fait de M. Denuelle, pour composer et diriger cette partie de l'œuvre, était un sûr garant de réussite, et nous reconnaissons qu'il a rempli sa tAche

avec bonheur et talent. — Cet artiste a bien compris que la décoration d'un monument devait avoir deux fonctions principales : te première d'accuser franchement toutes les parties architectoniaues, la seconde de classer et disposer tous les sujets religieux dans l'ordre de leur hiérarchie, et de telle sorte qu'ils conservent leur importance, sans nuire cependant à l'effet général dont ils ne sont qu'un élément.

Dans le premier travail, M. Denuelle s'est appliqué à traduire, par la couleur, les deux éléments qui concourent à la construction de l'édiGce, savoir: la pierre et les enduits; puis, à bien accuser les parties qui remplissent une fonction plus importante, en donnant à chacune plus ou moins de richesse suivant la place qu'elle occupe dans ie monument.

Après avoir, pour ainsi dire, habillé les parois des murailles de leur premier vêtement, le décorateur s'est occupé des détails de l'ornementation qui comprennent aussi la symbolique, les inscriptions et les légendes.

En commençant par le fond de la grande abside, nous trouvons un soubassement rouge qui s'élève au-dessus des stalles è la hauteur do 6 mètres environ. Il est surmonté par cette inscription :

Quam dilecta tabernacula tua. Dominé virlutum^ concupiscit et déficit anima mm in alria Domini. {PscU. lxxxiii, 2.)

Paroles empruntées au chantre d'Israël»

résumé complet des sentiments qui doivent remplir le cœur du Qdèle dans les parvis dn Seigneur.

Au-dessus, prennent naissance dix colonnes qui supportent les arcs des croisées, et offrent des ornements d*une richesse en rapport avec Timportance des sujets qui les avoisinent. Une vigne, symbole de l'Église, enroule ses feuilles et ses sarments, oft vient se reposer la colombe mystique : elle se détache sur un fond jaune et sert à relier cette partie de l'abside avec la grande conpôle dorée qui s'arrondit au sommet.

De riches détails accentuent les nenrnrtf et les arcs de la voûte ; ils présentent, dans la partie la blus élevée du cul de four, nne sorte de vetarium^ destiné, sans doute, à rappeler la tente, image de la vie mortelle de Christ.

Près de Ik, sont dessinées, dans un médaillon, les deux lettres grecques monogremme de son nom divin.

Nous recommandons à l'attention des visiteurs les niches renfermant les portraits des évangélistes et les colonnes qui préeê- . dent les trumeaux; le peu d'or qui scintills dans leurs chapiteaux et dans leurs t>asei produit un fort bon effet et accompa^^ne convenablement la teinte bleue qui sert de fond aux personnages.Cette teinte exprime le vide et continue ainsi la série des vitraux qni éclairent l'abside.

Nous ne dirons pas autant de bien des quatre colonnes sur lesquelles s'appuient les grand's arcs-doubleaux; le ton vert qui les

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DEStHETIQUE CHRETIENNE.

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cottTre etï enlter, et sartout les teintes chatoyantes de leurs bases, ne sont point en fNirfiiite harmonie avec le reste. Plus de simplicité, peut-être même une teinte qui se fût rapprochée de celle de la pierre aurait servi a reposer la vue dans cette partie du sanctuaire. On aurait mieux distingué les quatre évéques, saint Castor, saint Féréol, saint Firmin et saint Léonce, que M. Colin a sculptés sur les chapitaui, et qui sont per^ dos dans la profusion des couleurs qui les reeouTrent et les entourent. — La peinture TÎt de contrastes, et la richesse même fatigua quelauefois lorsqu'elle est poussée trop loin. Il faut savoir faire des sacrifices, mettre des ombres à son tableau et donner à certaines partie.s la mission de faire valoir les autres.

Des médailloûs réservés sous les arcsdoubteaux expriment la loi ancienne et la lai nouvelle, représentées d*un côté par les tables de Moïse en regard de l'Evangile, de l'autre par l'Arche d'alliance, opposée au ealice. Le fond d'or qui entoure ces emblèmes est le symbole de la lumière qu'ils ont apportée au monde chrétien.

Dans toute cette ornementation, il est à remarquer que la richesse est d'autant plus erande qj^e la parlie décorée occupe une place plus importante dans Tensemble; aile est disposée en général de manière à donner à rédidce un aspect grandiose, et à fiiîre valoir en même temps tous les sujets historiques. Ainsi les voûtes sont couvertes d'étoiles sur un fond bleu d'azur, emblème da la Toûte céleste. Le dessous des arcs^ doubleaux qui !es supportent est r^aussé ^ornements et accuse une richesse gui va toujours en augmentant k mesure qu on se rapproche de l'abside oii resplendit le Cnnsl orné du nimbe crucifère. La richesse Âminue au contraire au-dessus des arcs et les* détails d'ornements disparaissent tout l fiût pour faire place à de larges surfaces d*nn jaune mat, sur lesquelles se détachent les archanges et les Pères de l'Eglise.

Le fond Bleu de la voûte a paru trop intense de ton à quelques critiques ; cette observation pourrait s adresser également à respect général do chœur, si l'on ne tenait compte des dégradations rapides qu imprime la dent cruelle du temps. De même que dans les tableaux à l'huile les couleurs s'éteignent en vieillissant, ainsi pour les peintures murales^ l'action combinée de l'humidité, de la poussièroi des vapeurs de l'encens et des flambeaux, produit à la longue cette harmonie douce qui charme l'œil dans les anciennes peintures byzantines, peintures qui ne seraient jamais parvenues jusqu'à BOUS, si elles n'eussent été exécutées avec des couleurs très-prononcées.

Les bas côtés de la croix, où sont représentés d'un côté le couronnement de la Vierge , de l'autre, le ravissement de saint Paul, ont reçu des ornements analogues à ceux du sanctoaire. Seulement, sous la demi-coupole de

Saint-Paul, la vigne et le chardon enroulent leurs gracieux rameaux, tandis que sous celle de la vierge i c'est un lis qui exprime, par son blanc calice, les vertus et la pureté de la Mère de Dieu. Les deux voûtes présentent les mêmes teintes et les mêmes ornements que celle de la grande abside.

A leur entrée se lisent, du côté gauche, ces paroles :

Monstra te esa matrttn; Uer para tutum.

Du côté droit :

Paulus servus Christi^ vocatus apostolus.

Le budget ne permettant pas de décorer avec la même richesse tout Tintèricur de l'église, il devenait très-difficile de passer, sans transition brusque, du chœur dfans les nefs; il fallait imaginer un ton qui ne heurtAt ni la richesse du sanctuaire ni la nudité du reste du vaisseau. Nous croyons que . l'artiste a trouvé la solution du problème dans les piliers qui servent à relier ces deux parties. Leur nuance tendre et de bon goût Repose l'œil , en même temps qu'elle adoucit un contraste justement redouté.

A l'entrée du chœur se lit cette magnifique inscription, hosanna éternel des esprits célestes «

Gloria in exeeUis Deo et in terra pax ho^ minibui bqnœ voluntatis.

La nécessité de se renfermer dans les limites du devis n'a pas permis de donner à la décoration de la nef la richesse nécessaire

()0\xv harmonier cette partie de l'église avec e chœur. On s'est borné à passer une légère teinte vert-pAle sur toutes les surfaces en stuc, tandis que les parties en pierre de Barutel sont restées à nu. Cette nuance verdAtre est bordée dans les angles par un filet foncé qui la détache mieux du ton de la pierre de taille et accentue les arêtes d'une manière plus ferme.

Les peintures sont ici tout simplement à la colle, mais exécutées avec tant de soiu et au moven de couches si multipliées., qu'elles reunissent toutes les garanties désirables de solidité et de longue durée (526).

Pour mieux résister au frottement inévitable dans les parties des nefs qui avoisinent le sol , un soubassement rouge , peint h rhuile, règne tout à l'entour jusqu'à la hauteur de 2 mètres 30 cent. , et va relier le dessus des stalles du chœur, qui est du même ton. Toutefois cette peinture n'est que provisoire , elle tient lieu de lambris en noyer, qui seront placés aussitôt que de nouveaux fonds permettront de terminer diffuement l'intérieur de ce riche édifice.

Les voûtes présentent aussi une teinte claire, parsemée de petites rosaces brunrouge clair; les nervures ne sont ornées que jusqu'à peu de distance des clefs; elles offrent deux bracelets différents, l'un à compartiments» l'autre à chevrons, qui alternent ensemble , tous deux exécutés !k peu de frais et d'accord avec la simplicité de la voûte.

(5t6i Ce sont MM. Chenillon et Carras qui ont été chargés de ceUe partie.

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Noire intention n*est pas de nous étendre plus longuement dans la description de détails certainement très-soignés, mais dont l'exécution minutieuse doit disparaître devant Taspect général de Tensemblc.

Le but nous paraît avoir été atteint , surtout dans le chœur, où, avons-nous dit, s'étaient concentrés tous les efforts de l'artiste , le reste n'étant qu'un' accessoire obligé dans lequel on avait dû apporter la plus stricte économie, et se borner à donner l'indication de ce qu'on pourrait faire plus tard.

Nous regrettons que la pensée de la décoration générale n'ait pas été rendue d^une manière complète, et que les transsepts , par exemple, soient dépourvus de toute espèce de peintures: il y a là encore deuxdemi-coupoles ogivales et deux immenses frises qui appellent le pinceau de l'artiste. Faisons des vœux pour qu'on ne se hâte pas trop d'y

E lacer aes ornements disparates, ou des taleaux qui contrasteraient avec le style roman, auquel jusau'à ce jour, on est resté fidèle ; qu'on sacne attendre avec patience le moment où Ton pourra demandera MM.

Flandrin et Denuelle de venir terminer une œuvre commencée avec tant de talent et de succès.

Vitraux, — 11 ne fallait rien moins que le nouvel élan imprimée aux études archéologiques pour réhabiliter en France l'art de la peinture sur verre, art presque oublié et

aui se rattache à notre histoire nationale, é , pour ainsi dire , sous l'influence de la pensée chrétienne , c'est aux rayons du génie français qu'il vient éclore et qu'il grandit bientôt au point d*envelopper sous un prisme brillant le sanctuaire de presque toutes nos cathédrales.

C'est à tort que beaucoup de personnes pensent que le secret des anciens est perdu. Nous connaissons aujourd'hui non-seulement toutes les recettes, mais encore toutes les traditions que les artistes se transmettaient de père en fils, et cet art n'a pas un seul instant cessé d'exister en Europe, depuis la date incertaine de sa découverte jusqu'à nos jours.

Disons môme que les procédés des anciens étaient bien incomplets, et que les progrès de la chimie ont procuré des ressources nouvelles, inconnues aux premiers architectes en ce genre, et ont imprimé à nos produits une sui)ériorité sur ceux des époques antérieures.

Les plus anciens monuments que nous connaissions de cet art si fragile, remontent vers le commencement du xir siècle : ce sont quelques verrières de la cathédrale d'Angers, érigée de 1125 à 1140, par Hugues de Semblançay. Le xiii* siècle vit terminer Saint-Denis et Notre-Dame de Paris ; mais, sous le rapport de l'harmonie et de l'etfet mystique, rien n'a pu dépasser la cathédrale de Chartres, dont Jes vitraux encore si complets semblent un voile irisé jeté sur le sanctuaire.

Après Chartres, la Sainte-Chapelle de Paris

et la cathédrale de Reims sont les mena* ments les plus complets de cette époque. Bernard de Palissy, dans le xv* siècie, pK>assa très-loin la peinture sur émaux ; puis parurent Jean Cousin, le Michel-Ange français, et Pinaigrier, le plus grand coloriste dont le pinceau ait jamais décoré un vitraiL

Mais, ainsi que tous les arts arrivés à un certain développement, il y eut pour ce genre de peinture une époque de décadence telle, qu'il fut longtemps impossible de trouver des ouvriers capables de restaurer lei beaux vitraux de nos églisesi qui iombaioil en ruine.

Il appartenait à MM. Brongniart et Aiiné Chenavard de préparer au xix* siècle am renaissance à la peinture sur verre, de remettre en pratique les véritables procédéi dont les anciens avaient fait usage pour h fabrication des vitraux, d'a[)pliquer les secrets de la peinture en émail et les décoovertes de la chimie à des vitres de déoon» que les artistes du moyen Age n'eussent pt produire. Enfin, de nos jours, MM. Hifichal et Gugnon de Metz ont acquis dansa genre une réputation méritée par de nos* breux et remarquables travaux. Ce sont eoi qui ont été chargés de l'exécution des vitraux de l'église Saint-Paul, aue nousallois eipliqucravecquelquesdétiftiSypour enbici saisir les sujets et guider le visiteur diM ses recherches analytiques.

En commençant parla coupole de la grands abside et sous la principale composition di M. Flandrin, nous trouvons, dans la fenélii du milieu, le précurseur saint Jean*Baptisleb qui semble annoncer la venue procbamedi Rédempteur. Dans les autres croisées, ks quatre grands évéqucs , prédicateurs di christianisme dans les Gaules : saint Ttophime, qui en fut le primat ; saict Denis, h glorieux martyr dont Lutèce vit la mort ssiglante ; saint Martin, le fondateur du eéièbre monastère de Marmoutier, regardé coame la plus ancienne abbaye de France; saisi Saturnin, qui, refusant d'adorer les flnx dieux, fut tratné par un taureau indoinpU^ et perdit la vie dans la capitale du ûgucdoc.

Au-dessus de l'autel de la Vierge, noos voyons trois fenêtres, dont une reuréseolc sainte Anne; l'autre, Marie tenant lEnlut* Jésus; la troisième, saint Joseph, qui eoB- ))lète ainsi la Sainte-Famille et rensembli de cette chapelle. Le vitrail latéral, placé sadessus de la procession des vierges, etqs est encore inachevé, sera divisé en trois oié* daillons, représentant les trois principm faits de la vie de la Vierge, savoir : l^s* nonciation, la Mère de douleur et rAssomi»* tion.

Dans la chapelle de Saint-Paul, sont ^* lement trois sujets, qui montrent, au miliefei le grand Apôtre de la foi : il tient un firchemin sur lequel se lisent ces paroles, qu'il écrivait dans une de ses Êpltres, couuneb résumé de la religion pratique : Finis mtm prœceptiest charitas.aLapnde tous tes cmmandements, c'est la charué. » (1 Jûn, i, 5./

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D'ESTHETIQUE CHRETIENNE.

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A ses côtés/Tite et Timothée, qu'il apoelail Bes fils, et qui ont le plus concouru a ses travaux apostoliques.

La réméré latérale, qui surmonte la procession des martyrs, renfermera également trois médaillons!^ dans lesquels seront représentées la conversion, la prédication et la décollation du grand Apôtre des gentils.

Dans la partie la plus élevée, entre les Pères de TEglise, sont deux croisées donnant les portraits de saint Jacc^ues, qui fut choisi pour remplacer saint Etienne dans les fonctions de Tépiscopat, et de saint Philippe

Îai suivit Jésus, devint en même temps le isciple et le prédicateur de la vérité, et porta TEvangile jusque dans la Phrygie.

Le transsept sud, attenant à la chapelle de la Vierge, lui est dédié. Ce transsept est éclairé par une rosace, au centre de laquelle est placée Marie. Les douze médaillons qui lai servent d'auréole représentent sa généalogie, et forment en quelque sorte l'arbre de Jessé. Dans de plus petits médaillons, des anges montrent les qualifications de la Vierge selon les litanies.

- Aa-dessous de la rosace, on voit sainte Catherine, tenant à la main la roue, instrument de son supplice, et sainte Cécile, qui, en chantant les louanges du Seigneur, joignait la musique instrumentale aux mélodieux accents de sa voix.

L'autel placé dans cette portion de l'église sera, consacré à saint Joseph ; celui de face tu Sacré-Cœur do Jésus.

Le transsept nord est aussi orné d'une belle rosace, dont le milieu est occupé par le Christ ; il est entouré de douze grands médaillons qui représentent les principaux martyrs, et de douze plus petits dans lesquels sont peints des anges tefâant les inslroments de la Passion. Ces médaillons sont noyés dans un ciel éclatant d'azur, tout parsemé d'étoiles d'or, et dont la voûte de l'église semble le retlet. Sous cette rosace, on t placé saint Etienne, le premier martyr, dont la mort suivit de près celle de son maître; et saint Laurent, le premier des seut diacres, à qui sa noble réponse au préfet de Rome valut une si douloureuse torture. Ils |iortent d'une main les instruments de leur martyre, de l'autre la palme du triomphe.

Les vitraux des huit autres croisées du transept contiennent des saints et des saintes en grande vénération dans toutes les égliles de France. Ce sont : les deux saints Jean, saint François et saint Vincent de Paul, sainte Marthe et sainte Claire.

Dans les bas côtés des nefs, on verra des Titraux divisés chacun en trois médaillons de formes variées, représentant les légendes de saint Jean-Baptiste, saint Trophime, saint Ijilles, sainte Madeleine, saint Lazare, saint Baudile, saint Castor et sainte Marthe, qui ont vécu pour la plupart en Provence, et y ont établi la doctrine chrétienne.

Au-dessus des fonts baptismaux se trouve placé le vitrail lé^^endaire de saint Jean- Baptiste.

KnKn, la grande et belle rosaco, qui s'ar-

rondit sur la porte principale, est consacrée à l'Ancien Testament ; Moïse, le grand législateur des Hébreux, occupe le centre ; dans les grands et les petits lobes, sont les |>atriarcheset les prophètes qui lui ont succédé dans sa mission divine.

Lea deux autres petites rosaces de la façade ne présentent aucune figure et ne renferment que des ornements.

La description seule de ces vitraux nou? montre combien leur disposition a été bien entendue, et combien chaque sujet est en rapport avec la partie de l'église qu'il est chargé de décorer. A ce premier mérite, qui appartient surtout à Tarchitecto, il doit s en joindre deux autres : 1" l'exécution des sujets en elle-même; 2" la quantité de lumière qu'ils laissent pénétrer dans l'intérieur du monument.

Les sujets sont traités en général d'une manière satisfaisante : M. Maréchal, comme M. Flandrin, a concentré le principal intérêt dans la grande abside , et les cinq figures qui en décorent les fenêtres sont incontestablement les plus belles de son travail. Les évoques ont des expressions sévères et religieuses ; la monotonie de leur costume disparait sous les riches ornements et la variété des nuances qui brillent dans les draperies. Dans la fenêtre du milieu, saint Jean-Baptiste, revêtu de son costume austère et sauvage, semble encore prêcher au désert, tant son visage est énergique et son geste véhément; il forme un heureux contraste avec les saints prélats, dont les vêtements sont si riches et les traits empreints d'une si douce mansuétude.

La chapelle de la Vierge nous a semblé moins heureuse : plus de naïveté et m'oins d'affectation eussent été désirables dans la jeune femme de Nazareth, dont la pose est trop maniérée. La figure de sainte Anne n'est pas non plus irréprochable sous le rapport du dessin ; mais le saint Joseph rachète bien des défauts par le beau caractère de sa physionomie.

La verrfèrd de Saint-Paul, sans présenter des qualités éclatantes, contient cependant des parties bien traitées; elle n'offre à la critique ni mérite éminent, ni défauts à signaler.

Le cadre de cette notice ne nous permet pas d'entrer dans le détail de tous les autres vitraux, qui d'ailleurs ne sont point encore terminés au moment où nous écrivons. Mais il ne faut pas cependant passer sous silence les portraits de sainte Catherine et de sainte Claire, charmantes figures qui respirent, dans une attitude pleine de modestie, la plus gracieuse suavité, et seront certainement une des meilleures de l'œuvre entière.

Si, par U manière dont ils s jnt traités, les vitraux de l'église Saint-Paul offrent de grandes qualités sous le rapport du dessin et do la coïnposition, nous les croyons défectueux à l'égard do la couleur et de l'intensité de lumière (ju'ils projettent dans l'intérieur do réalise.

Meus avons déjà reproché à l'archilettc

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DICTTONMAIRE

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fi*avoir percé trop d'ouvertures^ on aurait pu remédier à ce défaut en feur adaptant des verrières assez foncées pour ou elles ne laissent pénétrer que cette demi-ODScurité si favorable aux mystères du<^ulte et aux pompes de la religion, ainsi qu'on* en trouve de s»i beaux modèles dans les anciennes églises gothiques.

Non-seulement Fauteur des vitraux n'a pas apprécié toute la différence qui existe entre l'éclatant soleil du midi et l'atmosphère brumeuse du nord , mais il s'est encore trompé dans ses calculs, en employant des teintes très-harmonieuses à la vérité, mais beaucoup trop claires en ffénéral. Il est certaines heures de la journée où leur éclat est si éblouissant, que le sanctuaire est inondé de lumière, et qu'on ne peut apprécier les autres travaux d'ornementation qu'en lés isolant par des moyens factices.

Dans une œuvre aussi importante que celle de cette immense décoration, il est du devoir de chaque partie de se prêter un mutuel secours et de se faire valoir l'une l'autre. Or, ici les vitraux se nuisent à euxmêmes, tout en nuisant à l'ensemble de tous les autres travaux. Est-ce la faute de l'architecte ou celle de M. Maréchal? Nous ne savons ; mais nous insistons sur ces observations, dans la pensée qu'il est temps encore d'y porter remède : il doit être possible d*assombrir quelques teintes, d'éteindre ..4g(U6lques blancs trop brillants. Nous espérons Qu'à sa prochaine arrivée dans notre ville 1 artiste sera le premier à reconnaître la justesse de notre critique, et qu'en perfectionnant ses verrières il laissera dans la viUe de Nîmes une œuvre qui augmentera encore une réputation justement acquise.

Menuiêerie. -^ Il n'est pas de travaux plus importants en menuiserie que ceux qui s'exécutent dans les édifices religieux. Susceptibles, pour la plupart, du plus grand style et du plus noble caractère, développés ordinairement sur une vaste échelle et avec cette absence de parcimonie qui laisse toute latitude au génie, ils permettent à l'artiste de créer des monuments durables et de léguer aux générations futures un témoignage de son habileté et du degré de perfection auquel l'art était arrivé dans le siècle où il a vécu.

L'importance que l'architecte de l'église Saint-Paul a donnée à la menuiserie dans la décoration intérieure, jointe au talent avec lequel ont été exécutés tous les travaux, demandent, dans cette notice, un article spécial, et il est du devoir de la critique d'entrer dans quelques détails à ce sujet.

C'est M. Hoën Bernard, de Nîmes, qui a été choisi pour assembler toutes ces immenses pièces de noyer. M. Colin, en les sculptant, nous a prouvé que son ciseau n'était pas moins habile à fouiller le bois que la pierre et le marbre.

Leur œuvre simultanée comprend six parties principales, savoir : les confessionnaux, la chaire, le banc-d'œuvrc, les stalles du choeur, les tambours; enOn, le buffet d'or-

gue et la voûte sur laquelle il repose. Nom consacrerons quelques lignes à cbacun de ces ouvrages, car nous voyons là de rérilablés œuvres d'art, dignes en tous points d*a^ réter les regards du visiteur.

En commençant par les stalles, la partie certainement la plus importante, on verra qu'elles garnissent le fond de Tabside circulaire sur un arc de 8 mètres; et qu'elles s'élèvent jusqu'à une hauteur de 3 m. BOe^ Les dix-se()t places qu'elles renferment soirt divisées par des museaux ou appuis, de formes élégantes, qui se relient aux cloisons par une côlonnette romane. Au devaM est sculptée une petite tète qui alterne avee une feuille d'ornement. La partie supérieure du dossier est surmontée par lu fronton triangulaire en rapport avec celd des confessionnaux, et sur lequel se liseol des inscriptions tracées en caractères byzantins ainsi que ceux des autres légendes qui se trouvent dans l'église : Caniaie A»* fnt'fio; ExsuUate Deo; JLaudamus te ; Grolifli agimus tibi: Tu sàlus êancius, etc., etc. le tout est surmonté d'un lambris clrculaini parfaitement adapté à la courbe de Filh sidc.

Les stalles sont élevées sur deux mm^ cbes de 15 centimètres chacune, devant le^ quelles se rangent, en contre-bas, les prie- Dieu, dont les tablettes cintrées dans leim deux sens, exigeaient une certaine habileté^ ainsi que les petits sièges des miséricurdii qui s'élèvent et s'abaissent à volonté. Dam les deux cas, l'ouvrier a fait preuve dt grandes connaissances dans la coupe et ïêlh semblage de toutes ces pièces.

Les parties les plus élégantes de ce travd sont évidemment les deux cloisons latéraleib formées par des consoles de formes trèi* gracieuses, où sont sculptées des rosaces it des grappes de raisin.

Le baac-d'œuvre, où se tiennent pendol l'office les marguillers, notables, etc., doit toujours présenter un degré d*omemeiita* tion proportionné à l'importance du mona* ment. Celui de l'église Saint-Paui est simfkt les bancs sont bien disposés et peuvent «oa* tenir jusqu'à dix-huit places. Les ornemeBli sont rares, trop rares peut-être pour se trotver en rapport avec le reste de la menoistrie qui est extrêmement travailla; mai leur simplicité modeste sert à faire mieas valoir la richesse que Farchitecte a résenéi pour la chaire et les stalles.

Les confessionnaux, outre leur destintion spéciale, servent aussi à la décoratioi des chapelles et des bas-côtés de Vé^&tt. Nous en trouvons quatre dans Saint-risl: deux sont placés dans les transsepts, dm autres dans les bas-côtés du chœur au-dessous de la procession des vierges el dei martyrs. Us portent dans leur ensemble b cachet de l'architecture byzantine, et n'oal d'autres détails de scul[)ture qu'une feoilb découpée pour donner jour àTinléricur, 8 la croix grecque qui se dessine sur le froiton triangulaire.

De tout temps, la construction des dmits

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DESTHËTIQUE GHR£TI£NNL\

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i prAcher a présenté les plus grandes difficultés i la menuiserie, soit dans les parties qui .composent le corps de Tœuvre, soit dans la coupe de Tescalier et la manière de profiler les rampes, soit enfin dans les ornements nombreux, souvent bizarres, dont elles sont ordinairement surchargées.

M. Bernard en a déjà exécuté plusieurs dans notre pays aussi bien que dans le nord de la France : mais il n*avait jamais apporté, dans aucune de ses œuvres précédentes, une plos grande intelligence de son art.

La chaire de reglise Saint-Paul repose rar une solide charpente de chêne, où chaque partie est assemblée avec une telle Adresse qu'il est souvent impossible de dércavrir les joints et les boulons qui lient les pièces importantes : tout cela est si bien dissimulé qu*il serait extrêmement difficile de démonter cette chaire sans le secours de celui qui l'a exécutée. La partie postérieure présente quelques pièces de support remarouable^ par leur solidité et leur dimension. Nous indiquerons aussi les quatre montants da lace sur lesquels sont sculptées les colonnettes : au lieu d^éviter un travail considérable en les appliquant tout simplement sur le bois, elles y ont été fouillées et sculptées, et présentent, de cette manière, toutes les garanties désirables de durée et de bonne conservation.

Si nous examinons le dessin général de la chaire, nous reconnaîtrons que toutes ses parties sont dans un juste rapport les unes avec les autres, et qu'elles joignent Téiégance h la simplicité. Les ornements distribués avec discrétion et sagesse sont du loeilleur goât; Tabat-voixaui la recouvre, bien qu'un peu mesquin dans ses dimensions, présente cependant un profil sévère supporté par des courbes gracieuses et surmonté par un couronnement découpé avec art. Le corps de la chaire est formé extérieurement par des caissons qui se marient à quatre colonnes ouvragées du haut en bas. La rampe est aussi garnie de jolies colonnettes ornées de bases, chapiteaux et bracelets dans le caractère de l'ensemble du monument.

Si la critique avait un reproche à faire à cette chaire, elle pourrait blâmer le trop

Erand nombre d'angles et de parties rectignes : elle demanderait aussi que la partie inférieure fût terminée par une espèce de eul-de-lampe , pour éviter un angle droit dont les arêtes sont trop dures. Cependant, tel qu'il est, ce petit monument, fait le plus prand honneur a l'architecte qui en a donné le dessin, au menuisier qui en a assemblé les parties, et au sculpteur dont le ciseau n'a jamais taillé déplus jolis détails d'ornement.

Nous avons cru devoir insister sur la description de cette œuvre, parce qu'elle attirera certainement, dans l'église, Tattention de tous les connaisseurs.

n nous reste à parler de l'orgue, non point encore sous le rapport de l'instrument de musique, mais dans ce qui touche i la menuiserie; c'est de l'œuvre entière sinon la

partie la plus travaillée, du moins celle qui présentait le plus de difficultés, comme il est facile de s'en convaincre en examinant la place qu'il occupe dans la nef. On peut dire qu'il n'a d'autre support que lui-même, puisqu'il est seulement établi sur une charpente cachée par des arcs en noyer d'un jet très-hardi. Placé au-dessus des trois portes d'entrée, dont l'une forme le plein-cintre, tandis que les deux autres présentent une légère courbe osivale, il devenait d'autant

f>lus difficile de l'ajuster à la muraille que es arcs de voûte, les nervures et les voussoirs réunissaient trois inclinaisons différentes, qu'il a fallu combiner et raccorder ensemble: Nous recommandons cette partie aux hommes de l'art; ils comprendront mieux que nous ne saurions Texpliquer, les difficultés inouïes qui se sont rencontrées dans l'exécution de cette pièce, difficultés qui demandaient, pour être surmontées, des connaissances toutes spéciales dans la géométrie pratique et dont l'exécution a dépassé toutes les espérances de Tarchitecte.

Sur les tourelles à huit pans qui forment le buffet d'orgues, et qui sont soutenues par des encoignures en trompes , s'élèvent trois petits monuments à colonnes, couronnés eux-mêmes par une coupole élégamment arrondie.

Aux deux côtés sont adaptés des panneaux, découpés à jours, d'un travail extrêmement délicat, mais qui se trouvent malheureusement presque perdus pour les visiteurs, à cause de la place cachée qu'ils occupent sur les parties latérales de l'instrument.

Nous mentionnerons aussi , pour compléter cette énumération, les deux tambours a crénaux qui doublent les portes de faç£de quelques travaux dans les sacristies non encore terminés, enfin le tabernacle posé sur l'autel et dont la forme rappelle en petit celle du ciborium. Tous ces ouvrages remarquables à plus d'un titre, sont cependant de moindre importance que ceux dont nous avons parlé d'abord , et c'est principalement sur l'orgue, la chaire et les stalles du chœur que MM. Bernard et Colin doivent être fiers de graver leurs signatures»

Orgue^ Ciborium^ Mosaïque^ etc . — Apiès avoir parlé de l'orgue sous le rapport de sou enveloppe, c'est-à-dire, de ce revêtement sculpte dont nous avons apprécié les détails, il convient de nous occuper de l'instrument en lui-même, d'étudier le mécanisme de cette grande voix qui, dans les jours défîtes, inonde les voûtes des flots de sa religieuse harmonie, et semble inviter les fidèles à s'unir au , chœur des anges et des séraphins dans l'adoration du Seigneur.

L'orgue est incontestablement le pluj beau et le plus complet des instruments de musique; c'est aussi peut-être le moins connu de tous particulièrement en France. Uusa^e tout profane auquel il fut employé jusqu'aa vu* siècle, le fit bannir des temples chrétiens, et les Pères de TË^iise se prononcèrent sévère*

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ment contre son emploi. Mais aussitôt que les fêtes et tes spectacles du paganisme eurent disparu avec les fausses divinités pour lesquelles ils avaient été institués^ ror[;ue fut transporté dans les basiliques chrétiennes et vint prêter un nouveau secours au culte, en donnant unatlrait déplus aui exercices religieux. « Son mécanisme, disait Choron, a quelque chose de mystérieux, analogue aux mystères chrétiens. » Aussi sa place véritable est-elle dans une église, où la gravité et la majesté qui caractérisent ses sons peuvent seuls accompagner dignement la mélodie calme et sublime des chants sacrés.

Les plusgrandes orgues connuessontcelles de Sainl-Sulpice, à Paris; do Saint-Paul à Londres ; du temple protestant, à Strasbourg; de l'église de Fribourg, en Suisse; enfin, Torgue admirable de la cathédrale de Beauvais, construit depuis peu d'années avec de nouveaux perfectionnements.

Sans avoir la prétention exorbitante d'entrer en concurrence avec aucun de ces instruments devenus célèbres, l'orgue de Saint- Paul, approprié h la dimension du vaisseau de l'église, offre des qualités, et nous a paru convenir en tous points à sa destination. Son auteur, M. Cavaillé-Coll, de Paris, était déjà avantageusement connu par les travaux analogues qui lui avaient été confiés par le gouvernement dans les églises de Saint-Denis et de la Madeleine.

Relativement è sa construction, le mécanisme et les divers jeux sont bien disposés, faciles è démonter pour être réparés au besoin; les tirages et les autres mouvements «gissent avec netteté et précision ; la force du vent est distribuée convenablement, de manière à alimenter tous les jeux; enfin les sommiers d'une hauteur convenable sont bien étanchés et solidement construits.

La partie sonore de l'instrument n'est pas moins digne d'éloges, autant que nous avons )u en juger après une première audition; es notes basses, surtout, nous ont paru

f)leines, fortes et vibrantes; on pourra par eur moyen, obtenir de grands effets dans tous les morceaux brillants. Pour les mélodies, qui exigent surtout de la souplesse et de la douceur, certains jeux laissent quelque chose è désirer, mais ce défaut disparaîtra sans aucun doute, à mesure que l'instrument sera plus joué.

Les diverses pédales dont il est pourvu, mettent à la disposition de l'organiste des ressources nombreuses ei lui permettent d'ajouter encore au ^^arti que Ton peut tirer de l'instrument. Toutefois, il ne présentera un ensemble complet que lorsau'on y aura ajouté de nouveaux jeux de pédales séparés et appropriés à la sonorité de l'orgue.

L'église Saint-Paul renfermera cinq autels do marbre : le principal, ou maitro-autel, est placé au centre du chœur entre les deux grands arcs latéraux, et exhaussé de trois marches au-dessus du sol du sanctuaire.

Il se compose de trois parties : l'autei proprement dit, le retable cl le relifîmire.

«• L'autel esien marbre blanc,décoré de ()^titescoionnettes romanes extrêmement variées dans les dessins qui ornent les fûts et les chapiteaux.Ces colonnes supportent de petits frontons triangulaires, alternant avec des ai^ cades à plein cintre et garnis, dans leurs intervalles, par des grappes de raisin et des épis de blé.

Le rétable contient le tabernacle ; c*est, par conséquent la partie la plus précieuse de tout Tédifice; aussi l'architecte Ta-t-il conçu en or, enrichi de pierreries et d'émaux. Mais pour le moment, il faudra se contenter d'un provisoire et d'une richesse simulée.

Il en est de même de la partie supérieure ou reliquaire^ qui sera susceptible ne toute là richesse que les ressources de la fabrique ou les dons des fidèles pourront lui accorder.

Au devant de l'autel , et comme marche-

Eled, se trouve un degré qui, au milieu de elles incrustations en mosaïque , renferme trois médaillons dont les cartons ont été dessinés par M. Flandrin. Au milieu, le péché originel; de chaque côté, les quatres fleuves du paradis : le Tigre, l'Euphrate, le Gehoo et le Phison. Ces médaillons gravés au burin et rehaussés d'un stuc de couleur rouge sont reliés par des bandes circulaires qui vont se rattacher elles-mêmes à l'encadrement général de la dalle.

Tout cela est renfermé dans un cibariwm de la forme la plus élégante, qui, à lui seuS, est un véritable monument, et que nous devons décrire avec soin à cause de l'importance qu'il occupe dans l'ensemble de la décoration du chœur.

On entend par ciborium une espèce de dais, élevé sur des colonnes au-dessus ds matlre-autel, et qui a donné naissance aux baldofiuins, adoptés plus tard dans certaioei basiliques de Rome et de Paris. Son usage remonte aux temps les plus reculés de l'art religieux, et il est de toute probabilité ou'il fut pour les premiers Chrétiens ce qu'était l'Arche sainte pour les Hébreux. On donnait h cette partie de Tédifice la plus grande splendeur, car elle contient la table desm^ tères, la reliçiue précieuse, la sainte hostie, et résume ainsi à elle seule tout le principe religieux. La voâte et rélévation qui en forment en quelque sorte le dôme, sont, comme la châsse, uestinées à la préserver et à l'abriter.; L'espace qu'il occupait danf le sanctuaire s'appelait le Saint de$ $ami$ {Sancta sanctorum).

Le ciborium de l'église Saint-Paul repose sur trois degrés de marbre blaoc : quatre colonnes en griotte d'Italie , surmontées d'élégants chapiteaux, servent de pointsd*ap- |mi à la partie supérieure de l'édifice. Sar chaque face, s'élève un tympan triangulaire ayant une archivolte pour base, et percé sa centre par quatre lot)es à jour, qui ajoutent < k la légèreté a'ensemble, et contribuent à lui donner plus spécialement le caractère d'une châsse. Le tond des tympans est garni d'un quadrille sculpté avec rosace» en

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D*£STH£TIQUE CffRETIENNE.

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blanc, se détachant sxxt nn fond légèrement coloré. La crête dorée (527) qui couronne le monument so compose d*un ornement sculpté, terminé par une palmette, diadème brillant qui offre un aspect de grande.splendeur. Le dessous du ciborium forme une Toûte d'arêtes, peinte en bleu et semées d'étoiles d'or, image du ciel. Enfin, des anges tenant des encensoirs, des calices et des oliphanSy reposent sur les chapiteaux, à chaque angle extérieur et complètent cette décoration remarauable,qui fait le plus grand honneur à M. Questel , et ajoute beaucoup i Timportance et à Teffet intérieur de son église.

Nous citerons aussi , pour leur accorder une grande part d*éloges, M. Colin, Tauteor de ces quatre figures d'anges, rappelant si bien la simplicité naïve du xii* siècle et de ces élégants chapiteaux que nous ne saurions trop recommander à l'examen des connaisseurs; enfin, M. Denuelle qui, dans rorneroentation a fait preuve du meilleur goût en harmoniant celte partie avec l'ensemble de la décoration générale.

Pour compléter Ténuméraiion de tous les travaux de l'église Saint-Paul , il nous reste à mentionner quelques autres parties qui ne sont point encore terminées ou qui n'occupent point leur place définitive. Telle est la table de communion exécutée en marbre blanCy ornée d'une série de colonnettes romanes, et présentant dans le milieu une partie accorante à deux venteaux en bronze; elle sort des ateliers de M. Grimes de Montpellier , ainsi que tous les autres ouvrages de marbrerie.

Les deux cdtés du chœur sont fermés par des grilles mobiles et dormantes , en fonte de fer , dont l'ornementation est aussi en rapport avec le style général de Tarchitecture.

Les portes extérieures et intérieures sont ornées de pentures en fer forgé et ciselé, venant des ateliers de M. Boulanger de Paris.

Les autres serrureries, entre autres les grilles des fenêtres des sacristies, qui présentent un travail de forge et d^ajusteraent assez remarquable, ont été exécutées à Nîmes par M. Marins Nicolas.

Tout le chœur sera pavé en mosaïque, et bien que les travaux de ce genre soient encore peu avancés, nous avons déjà pu apprécier le talent des frères Mora, mosaïstes stucateurs, gui se sont formés à Venise par l'étude du riche pavé de sa magnifique basilique. L'avant-chœur et le sanctuaire de Saint Paul présentent deux dessins difiérents : ce sont des croix do Malte et des croix grecques formées les unes par des lignes brisées y les autres par des lignes courbes. Les motifs qui sont fort bien en détail, nous ont paru un peu petits pour la dimension du chœur : nous aurions préféré un grand caisson dans le milieu, ou quel-

ques figures et ornements symboliques. Cependant, tel ou'il est, ce travail, dans son exécution et aans son effet, rappelle bien la roosaïaue romaine et ofi're le même caractère d élégance, de fini et de durée. Les f Procédés employés par les frères Mora sont es mêmes que ceux de leurs ancêtres.

Comme eux, ils incrustent leurs petits cubes de diverses couleurs dans une couche de béton à demi-solide ; puis ils égalisent la surface en passant un pesant rouleau qui, par son poids, incruste encore mieux le marbre dans le riment, et force celui-ci à combler tous les interstices; ils complètent avec la dame ce travail de solidité, le polissent au moyen d'une pierre de grès, et obtiennent ce brillant et cet uni qui font rivaliser leurs ouvrages avec les plus belles mosaïques que nous ait transmises l'antiquité.

Telle est la série de travaux qu'a nécessités la construction de l'église Saint-Paul ; tels sont les éléments qui en font un des monuments modernes les plus intéressants et les plus complets du midi de la France.

Il nous reste, en terminant cette notice , à émettre le vœu que les derniers travaux marchent rapidement vers leur fin« pour satisfaire au désir de celte partie de la population impatiente d'inaugurer sa nouvelle paroisse. Nous voudrions aussi, dans l'intérêt de l'art religieux, que par la suite, on ne plaçât dans ce monument byzantin , aucun ornement , de quelque nature qu il puisse être, cjui ne fût en rapport avec le style de l'architecture. Puisque M. Questel a constamment cherché l'unité dans toutes les parties de son église, et en a traité tous les détails avec le soin le plus minutieux, il serait à désirer que son œuvre fût continuée sous le même point de vue, et que des ornements bizarres et disparates ne vinssent pas contraster péniblement avec l'ensemble des autres travaux. En consultant l'architecte ou en nommant une commission spéciale qui correspondra avec lui , toutes les fois qu'il s'agira d'ajouter une partie nouvelle à l'ameublement de l'église, le conseil de fabrique, ne pourra qu'y gagner, et aura ainsi sa part de mérite à raccomplissemenl d'une œuvre dont s'enorgueillira à juste titre notre cité, et que nous envient déjà toutes les villes voisines.

Ne désespérons donc point do l'avenir des arts dans notre pa vs, puisque, dans un temps où les plus grandes préoccupations assombrissaient l'avenir, loin de suspendre des travaux coûteux , on s'est imposé , au contraire, de nouveaux sacrifices pour terminer dignement une œuvre capitale, que les prévisions d'une prudence craintive auraient conseillé d'abandonner ou d'ajourner indéfiniment. Félicitons les membres éclairés du conseil municipal oui, pour la construction, la décoration et l ameublement de l'église Saint-Paul, ont fait appel à des hommes

(587) La dorure du ciborium ainsi que loulcs le» aulrcs parties dorées du chœur oui ëié cxécut ts par M. Vieillard.

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spéciaux, parvenus par leur mérite à une haute réputation, et n'ont pas reculé devant quelques sacrifices pécuniaires pour doter notre ville d'un monument digne de figurer à cdté de nos antiques ruines.

C*est ainsi que les arts , comme tout ce qui est grand et élevé, méritent d'être traités : des demi-mesures» des moyens-termes ne produisirent jamais rien de complet ni d'original. En élevant l'église Saint-Paul, Mimes aura mérité une place importante dans l'histoire de l'art chrétien au xix* siècle. Puissent les autres cités marcher dans cette voie de pi-ogrès, et enrichir notre pays de monuments , où se lirait en nobles caractères le passage d'une génération , qui serviraient de jalons à l'histoire des beauxarts en France, et légueraient un souvenir durable aux siècles futurs.

PEINTURE. Nous repoussons autant pour la peinture que pour les autres branches de l'art, l'origine terrestre et même casuelle que les théories rationalistes du dernier siècle et du nôtre voudraient lui assigner. Nous nions absolument que, généralement I»arlant, les premiers artistes aient été* comme des enfants qui savent à peine bégayer, et (jui, avec l'âge et l'instruction qu'ils reçoivent, finissent par devenir des hommes faits. Vartiste plante est aussi absurde , aussi inconcevable que Vhomme plante^ et il faut que nos théoriciens modernes soient bien hostiles à l'idée de Dieu et de la révélation primitive qu'il a faite à l'homme, pour oser persévérer avec tant d'opiniâtreté dans un système que réprouvent h la fois les témoignages historiques aussi clairs que le jour et Te simple bon sens. En eflfet, les premiers éléments de l'histoire, que nous apprennent-ils? Que chez les peuples les plus anciens, les plus reculés, tels que les Assyriens, la pratique des arts était passée à une perfection qui , sous certains rapports, n'a jamais été surpassée, ni même égalée depuis.

Ils nous apprennent aussi qu'il n'y a jamais eu une marche uniforme quant aux progrès de l'art, parmi les diverses nations du globe , puisque les unes avançaient tandis que les autres reculaient. Bien plus, ils nous révèlent cette particularité remarquable, qu'on a vu plus d'une fois le même peuple, passer successivement du progrès à la décadence, et de la décadence au progrès. Or, un tel ordre de faits n'est-il pas diamétralement opposé au système rationaliste qui voudrait que l'humanité , dans les arts , comme dans la philosophie, eût débuté [ar l'état sauvage pour arriver graduellement à l'état de civilisation? Et puis, est -on bien d'accord sur le véritable sens de ces deux mots décadence — progrès ? Tout dépend ici du point de vue auquel on se place. Aux veux de celui qui prise, avant tout, dans la sculpture, par exemple, la force, la noblesse, la vigueur de l'expression, les statues martiales découvertes dans les ruines de N'inive l'emportent sur les plus correctes, les plus élégantes, dues au ciseau

grec ; et même ces dernières le cèdeDi encore à leurs aînées, dans l'ordre du temps» à celles d'Egine, rivale d'Athènes. De mèmev en fait de peinture , l'amateur des tableaax appartenant à YEcole mystique de TOmbrie» qu il regardera et avec raison, selon nonst comme la première de toutes, déplorera». dans la dernière manière de Raphadl, les symptômes réels d'une prochaine et rafndt décadence , tandis que l'amateur du genre purement naturaliste, y verra avec bonheor Je signe non équivoque de l'envablssemoil du sensualisme dans l'art. Ainsi, pendiot qu'aux yeux de celui-ci le peintre d'UrUn progresse, aux yeux de celui-là, il tend lisiblement à son déclin. Ce n'est pas que nous prétendions qu'il ne faille complar pour rien les influences de religion, de gouvernement, de mœurs public^aes, dt climats , et beaucoup d'autres , qui ont pi souvent déterminer les diverses pnases dool nous venons de parler. Nous leur accordomb au contraire, une large part. 11 y a plos: c'est que des événements fortuits, tels que h conquête et les dévastations qu'elle entrains, ont pu anéantir les livres, les monuments il les objets d'art d'un peuple, et le mettre daii la nécessité de reprendre, en des temps meilleurs, l'art et la science à nouveai. Cette particularité n'est point rare dans las Annales des nations, dont nous ne connaissons d'ailleurs que très-imparfaitement l'histoire , à cause de la perte de leurs ti* très et même de leurs noms. Mais tout ced milite plutôt contre que pour le systènt dont il s'agit.

On nous répète sans cesse que la cabiM de bois fut le point de départ, le thème, «a quelque sorte, de la plus belle arcbîtectiin du monde, de celle des Grecs. D^abord, oou nous permettrons de contester cette supériorité absolue de l'architecture grecque, et, même en l'admettant, à qui espérera-t-oa faire croire qu'un type aussi plat, aussi vulgaire que la cabane ait pu aénérer^ (qa*OB me passe le néologisme), tes plus oemi monuments. On ne voit pas trop bien en qiuii cette forme est plus distinguée que telle os telle autre, en fait de lignes, d'ensemble é de caractère. C'est massif, lourd et surtout écrasé. Nous ne saurions donc admettre qui la ressemblance parfaite, quant au plan et à l'ordonnance, des temples les plus célèbres avec ce type primitif, soit le ptu bel éloge qu'on en puisse faire. Noos sommes persuadés, au contraire, qu'oui telle ressemblance est très-fâcheuse, et

2u'elle diminue beaucoup le mérite dei difices qui la retracent avec tant de fidélifei On répondra à cela, que la gloire des ar* chitectes qui les ont conçus sur un tel modèle, c'est de l'avoir embelli au moyen de II sculpture, de la peinture, et par l'emploi des plus riches matériaux. Mais, qui ne voit qoM ce n'est pas là répondre à la difficulté , puisque cet art et cette richesse ne sont que des accessoires brillants qu'on eût fait valoir avec tout autant d'avantages, pour ne pis dire plos, sur d autres tyi»es plus nobles ou

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D ESTHETIQUE CHRETUL'CIE.

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