‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 7 sur 167 · SUR LE BEAU TDEAL DANS L^ORDUE NATUREL · texte numérisé non relu

SUR LE BEAU TDEAL DANS L^ORDUE NATUREL

bientôt une statue raTissante de grâce et de beauté sera le résultat de cet effort suprême de sa pensée et de sa volonté.

Et voilà pourquoi 9 il n'exista jamais de femme aussi belle que celle dont le pinceau d' A pelles dessina les formes harmonieuses et Tattitude pleine de grâce et de douceur; et voilà pourquoi la nature ne produisit iamais une tête aussi belle que celle de TAppolon du Belvédère, ou aussi majestueuse

3ue celle du Jupiter Olympien, cheF-d'œuvre e Pbidias; et voilà pourquoi, en un mot, pour ne pas multiplier de telles 'comparai* sons, le gazouillement des oiseaux n'approchera jamais des notes , aussi expressives que mélodieusc>s, d'une prima dona rendant les inspirations mélodiques d'un Mozart ou d'un Rossini. Je ne parle pas ici de la poésie, étrangère au plan de cet ouvrage, et qui» sous Ta plume d'un Homère, d'un Virçile, a créé des types de bravoure, de fidélité, de générosité et de grandeur d'âme dont on chercherait en vain les équivalents dans la vie réelle des hommes les plus célèbres de l'antiquité.

Tel estl'td^ldu beau dans les arts; ils expriment donc, grâce à lui , mieux aussi que la nature elle-même ne saurait Texpriiiier, la beauté physique et la beauté morale. S'il en était autrement, si les arts ne s'élevaient point, dans l'expression du beau audessus des conditions présentes de l'ordre naturel , ce serait dès lors chose parfaitement inutile d'imiter au prix de tant d'efforts et de labeur des types que nous avons journellement sous les yeux , et il faudrait dire adieu à la peinture, à la sculpture, à la musique et à la poésie. ^

« Reconnaissez donc, nous dit saint Augustin, la convenance suprême, divine, qui est en vous (34). N'allez pas la Chercher dans les objets extérieurs, rentrez en vous-même, car c'est dans Tbomme intérieur que réside la vérité i et si vous trouvez voire nature dégénérée exposée aux changements, élevezvous au-dessus d'elle et au-dessus de vousmême. Mais rappelez-vous qu'en vous élevant ainsi, vous trouvez toujours, au-dessus de vous, votre âme raisonnante, émanation de la raison suprême de Dieu. Tendez donc finalement à ce Dieu, d'où procède la lumière elle-même de votre raison. » Et plus bas : « Confessez aue vous n'êtes pas ce qu'est cette vérité divine elle-même, puisqu'elle ne se cherche pas elle-même, et que, pour vous, vous êles arrivé jusqu'à elle, en la cherchant, non dans l'espace des lieux.

mais par le désir de votre cœur, afin que l'homme intérieur fût uni et assorti à l'bôte divin qui habite avec lui, non- par une volupté infime et charnelle, mais bien élevée audessus des sens et toute spirituelle (25). é Il existe donc, dans l'ordre naturel , on l)eau absolu, indépendant des vicissitudes du temps, des caprices de l'opinion, des fantaisies de la mode, un l»eau qui consiste dans la vérité, dans l'unité, dans l'ordre, dans l'harmonie, c'est-à-dire dans les rapports des parties à un tout, et dans leurs convenances respectives; un beau qui réside primitivement et essentiellement en Dieu, source de toute beauté et de tout bien; un beau dont il a gravé l'empreinte dans notre âme, en la créant à son image, ei dont les œuvres de l'homme ne sont que le reflet, de même que l'homuie lui-même, avec toutes les autres merveilles de Tuniven n'est que le reflet de la sagesse, de la puissance, de la bonté et des autres perfections de Dieu.

D'où vient chez les hommes la variété des difpositions^ qui fait que les uns préfèrent un genre de beauté^ les autres un autre?

De là cette connaissance et cet amour du beau qui s'épanouissent dans noire esprit ei dans noire cœur avec la raison , comme le jour avec le soleil. « Mais, dit le brillant et inj^énieux auteur de VEssai sur le beau^ la raison étant la même dans tous les hommes, d'où vient cette étonnante diversité dans les inclinations particulières qui nous i^ortent rapidement les uns à un genre de beau, les autres à un autre ?

« C'est là, répond le P. André (26), une question qui n'en serait point une , si nous n'avions des philosophes qui ont levaient d'obscurcir la raison par le raisonnement. » Ensuite, ai)rès avoir réfuté ceux qui prétendent que 1 éducation est la seule cause qui nous détermine à préférer une espèce de beau )>articulière à une autre, il poursuit en ces termes :

« Pour en découvrir la vraie cause (de cette grande variété d'inclinations et de goûts relativement au beau), aurons- nous recours aux divers tempéraments des hommes?

Cette variété ne vient pas de la différenie conformation des corps , qui influerait sur celle des âmes.

« Chercherons-nous la raison de ladiffé*

(34) Reco^nosee égiinr quœ sit summa convementia. NoU forms tre^ in le ip^um redû tn inierlore homine Imbilut veritQs ; etsi tuam naturam mutabilein ttit^nerû, transcende et teipsum. Sed metnenlo^ cum le trtaucendis, ratlonaniem animam le iranscendere. IHuc crgo tende unde ip$um lumen raliunis accenditnr. (Lib. ik vera rWtgtone, cap. 39.)

^) Confilere te non esse quod ipsa est : siquidem se ipsa non quœritt tu autem ad ipsam quœrendo miiisii^ non locorum spatio. sed mentis affeclu, ut ipseiu' terior homo cum suoinhabiialvre^ non ififimael arnalif

sed summa et spiritali voluptate conveniat. {Ibtd,) (i6) Yves Marie, dit le P. André, parce ^u il cuit jésuite, naquit en 1675 à Cliàleauliu en basse Bretagne. H mourut en 1693, après avoir rempli pendant la plus grande partie de sa vie les roiietions de professeur de uiatlicmatimies au collège de Caen. Parmi ses Œuvres philosophiques qui ont ètc pulilices par M. Cousin en 4S45, on remarque ton Essai sur le beau, qui. paru en 1741, a été songent réimprimé. La dernièrt» édition que nous suivons, ebi. celle d'Avignon (I8i7.)

PREMIERE DISSERTATION

rence des Ames dans la différente conformation des corps qu'elles animent ? Je ne dis pas dans leur conformation extérieure, Terreur serait trop grossière ; je dis dans leur conformation intérieure, dans la différente construction du cœur ou du cerveau, dans la finesse ou dans la grossièreté, dans la mollesse ou dans la dureté des fibres qui en composent le tissu, dans les diverses qualités du sang et des humeurs, dans Ta- })ondance ou dans la disette des esprits; enfin, quesais-je? dans une certaine harmonie, dans une certaine sympathie, dans un certain unisson de nos organes avec certains objets, d'o£i il résulterait dans nos Âmes diverses inclinations , divers penchants secrets pour un certain genre de beau plutôt que pour un autre?

« C est une manière de philosopher assez i la mode. Nous savons que parmi ceui-là même qu*on nomme grands auteurs , il y a des esprits si enfonces dans la matière, qu'ils y veulent trouver la raison de tout. Esclaves de leurs sens, ils n*ont pas la force de s'élever plus haut, et quand ils ont fait lanatomie d un corps , ils croient avoir fait l'analyse de leur Ame. Nous leur rendrons plus de justice ; nous no prétendrons pas même que cette manière de philosopher sur la diversité de nos inclinations naturelles soit absolument fliusse en tout ; on peut lui accorder par exemple que le tempérament du corps diversifie nos goûts, par rapport aux biens du corps. Cela est dans Torcfre de ja nature ; mais ce n'est point là notre question.

a II s'agit de trouver la cause de nos divers goûts spirituels, de cet amour de préférence que nous sentons quelquefois naître avec la raison pour un cçrtain genre de science, pour un certain gepre de vertu ; en un mot pour ces genres de beau sublime, et pour ainsi dire escarpés, où. l'on ne peut atteins dre que par des travaux pénibles qui coûtent trop au corps pour les entreprendre sans y être déterminé par une force supérieure. A regard des biens sensibles, nous ne l'éprouvons que trop souvent : c'est le corps qui entraîne l'Ame à leur poursuite ^ mais ici, au contraire, nous éprouvons que c'est l'Ame qui entraîne le corps malgré lui dans les recnerches dont il n'a que faire, et dont il sait bien la punir, quand elle s'y applique avec trop d'ardeur; contrariété Je penchants qui nous démontre à toutes les heures du jour la grossière illusion de ces philosophes qui vont chercher dans le corps la cause de la différence des esprits.»

Senlimeni de Platon sur celle question.

« Abandonné des philosophes modernes, consultons les anciens. Platon , le seul que je sache qui soit entré 1 A-dessus dans quel- ({ue détail, a, sur la cause de Tamour du beau dans nos cœurs un système qui paraîtra, sans doute, bien paradoxal, et où je con

viens même qu'il y a quelques erreurs^ mais du moins donne-t-il une cause tout» spirituelle à un effet tout spirituel.

Il suppose (27) que nos Ames, avant que d'être unies au corps, ont été admises par le Créateur à la contemplation du beau es- ] sentiel. C'est-à-dire que dans une autre ni» ' toute spirituelle qui aurait précédé uoUre '\ naissance, nos Ames ont vu en lui-même ce beau exemplaire et universel, qui contienl;, ' comme dans un tableau , tous les modèJes des plus parfaits ouvrages de la nature,, toutes les règles des sciences, toutes les lois de la vertu; que dans cette contemplation du beau universel, les unes ont été* plus frappées d*une certaine espèce de beau ; les autres d'une autre: celles-ci, par exemple, du beau de la philosophie oude^ la géométrie ; celles-là du beau politique ou» économique : les unes du beau de ^esprit et de l'art; les autres, de celui du coeur et des vertus civiles ; qu'ayant ainsi reçu delà» cause universelle chacune son empreinte* particulière, elles ont été envoyées dans des* corps où elles la conservent toujours cooi:-

1 autre, il est vrai, d'abord ensevelis dans les ténèbres de l'enfance, comme dans uu profond sommeil ; mais qu'aussitôt que 1». raison vient à dissiper ces ténèbces ,rAme se réveille de son assoupissement, qu'eller demande le beau à tous les objets qui se présentent à elle ; d'oii il arrive, continue Platon, que si la réûexion lui en trace dans Tesprit quelques idées , ou si le spectacle de Ja nature lui en offre quelques images frappantes , son cœur à l'instant vote au devant de lui avec rapidité, surtout au-devant de ce beau particulier qui l'avait.autrefois le plus charmée dans le beau universel, el pour qui elle conserve toujours une prédilection déclarée par la réminiscciictk de sou premier amour.

« A cette peinture , quoique plus séante à un poëto qu'à un philosophe^ onne laissa ))as de reconnaître, compie l'ont observé les Pères de l'Eglise , que Platon avait lu les livres des Hébreux, surtout Moïse et Salor mon ; Moïse, puisqu'il admet un DieucréAr leur, et Salomon, puisqu'il admet.une sagesse, un Verbe, un beau éternel. ».

Après avoir montré l'insufiisauce des caur ses particulières , physiques ou morales auxquelles on voudrait attribuer le phénomène dont il s'agit, le P. André en découvre la source dans la cause universelle.

Cette diff&ence de sympathie chez les hommes relativement aux divers genres de bemUéSy est un effet de la sagesse au divin Créateur

Îmi a voulu répandre dans le monde moral a même variété que dans le monde physique.

« C'est , dit-il, l'auteur de la natupc qrJ,

(27) Plit., in Phœdr. et aiiai poulin.

SUR LE BEAU IDi!L%l. DANS I/ORDRE NATUREL.

en formant noft corps , jf a ré)>andu celte variété infinie de traits différents, qui foit une fies plus grandes beautés du monde sensible. 11 fanait nous donner un moyen facile de nous distinguer les uus des autres. Ne peut-on pas dire par la même raison , que Dieu, en créant nos âmes« y a voulu mettre une semblable diversité pour varier les agréments du monde intelligible , qui était 4:ertaiueroent un principal dessein dans la construction de Tunivers?

« Je considère le Créateur dans la formation du monde spirituel, comme le distributeur des génies, des talents, des vertus, iml'rimant d*abord dans toutes les âmes qui sortent de s^s mains Tamour du beau en général, pour les réunir toutes par la même inclination, et inspirant à chacune d*elles, en particulier, un amour de prédilection pour un certain genre de beau, pour les distinguer les uns des autres; à celles-ci, Tamour dominant de la vérité, qui fait les grands philosophes et les grands géomètres; à celles-là Tamour de Tordre, qui fait les grands rois, les bons magistrats, les citoyens fidèles ; aux unes , Tamour des BiVis utiles, qui forme les artistes industrieux , les grands architectes , les sa* ges capitaines , les habiles navigateurs ; aux autres Tamour des arts qui servent aux agréments de la vie ; la peinture , la musique, la poésie même, dont il semble que Tunique but soit de plaire, mais que les bons esprits savent toujours rapporter à Tutilite publique selon Tinlenlion du. Créateur: c'est-à-dire, en un mol, que , de même qu'il y a un certain tempérament du corps qui, selon les lois de la nature, diversifie nos goûts par rap|)ort aux biens du corps, il y a aussi un certain temiiërament de Tâme, qui selon les vues de la Providence , diversifie nos goûts par rapl>ort aux biens de Tesprit.

« Au reste , ce n'est point là un paradoxe que j'avance. Rien de plus conforme aux idées les plus communes, et même si communes que Ton en a fait un proverbe: Heureuses, dit-on, les Ames bien nées : Gaudeani betu nati. Salomon se félicitait d'avoir été bien partagé dans la distribution des Ames : Puer aulem eram ingenioius ei êortilus ium animam bonam. (Sap. vJH, 19.) C'est encore le seul de la maxime universellement reçue que, pour bien réussir dans une science, dans un art, dans un état ou dans un emploi, il faut y avoir été foraié par les mains de la nature.

(28) EêMi êur lettau. Huitième discours, p. i7l-

(itf) lean ioacbim, célèbre antiquaire, né en 1717â Ueiodall (Brandebourg). Entraîné par un goài décidé pour les arlt, il se rendit à Rome, après 4Voir abjuré le luihéranisme (1756), el Tut nommé, •■ 1758, par le cardinal Alliaui, devenu son protoclcur ei soA ami, biblîolhécaire et inspecteur de la riche collection d*auliques. Plus tard, en 1763, il dcYÎnl président des antiquités de Rome et bibliotliécaire du Vatican, A son retour d'un voyage en Alleniagnc, il mourut à TricstCi absassiiie par uu

Ainsi, k la vue de ces divers goûts spirituels qui caractérisent les hommes par rapport au beau, n'en cherchons point d'autre cause , disons sans crainte avec te Sage, à la gloire du Créateur : C'est le père de la beauté qui, selon les divers desseins de sa providence, a établi cette admirable diversité dans les esprits comme dans les corps : Speciei generator kœc omniacomtUuit (&w.

xui, Ik) (28|. »

Je ne crois pouvoir mieux terminer celte dissertation sur le beau idéal absolu^auie

Ear quelques citations d'un critique celère qui en posséda le sentiment k un haut d^gré, je veux parler de Winkelmann (29), C*est dans son écrit, intitulé : Du sentime$U du beau dans les ouvrages de Carif que noua trouvons des passages remarquables dont la reproduction ne pourra gue conQrmer, an les éclaircissant, les principes que nous venons d'exposer. Sans doute, le célèbre critique, de même que la plupart des philosophes de ces derniers temps, ne compte pour rien, dans ses appréciations, un Dieu créateur et la révélation primitive qu'il a laite à l'homme, encore moins celle bien plus ample et plus directe qui a eu liea dans la suite des temps par son propre Fils. Tout en déplorant cette espèce de respect humain, qui, depuis un siècle surtout, frappe de mutisme à l'endroit de Dieu et de sa révélation, des auteurs d'ailleurs recommandables sous tant de rap|K)rts, je dois avouer que celui dont il s'agit maintenant, reconnaît au fond l'un et l'autre, quoiqu'il ne les nomme point. Nos lecteurs en jugeront. »

Après avoir remarqué préalablement que c'est le beau rendu sensible qui constitue la beauté, objet le plus sublime de l'art, et que le beau étend son empire sur tout ce qui peut être |>ensé , con^u et exécuté, il s'exprime ainsi sur l'aptitude de le connaître.

Nous possédons tous le sentiment du beau ; mais ce sentiment est bien affaibli chez ta plupart des hommes.

« Il en est de cette aptitude de discerner le beau, comme du sens commun, que chacun croit avoir en partage, et qui néanmoins est plus rare que l'esprit même. Parce qu'on a des veux comme tout le monde, on se flatte d'avoir la vue aussi bonne que son voisin; et, de même qu'il n'jr a )K)int de femme qui s'imagine être laide, il n'y a personne qui se croie privé du sentiment du beau. Kien ne blesse davantage l'amour-

nii<»érable qui avait gagné sa confiance en simulant un grand amour pour les arts. Winkelmann a beaucoup écrit sur Tbistoire et Testhétiaue de Tari. Ses deux principaux ouvrages sont : lliiioirs de rturt chez les ancienê (en allemand. Dresde, 1704, i vol. in-4*, traduits plusieurs fois en français), et If^iiiimeuli antichi inedUL Rume, 1767, i vol. in-lolio. trad. en franc, par Fantin-Desodoard, Paris, 1819, et réédité à Home avec de nombreuses et bellei gravures, en 18'il, p-^r Toichi di Carlo Mordac- «hiiii.

SI

PREMIERE DISSERTATION

propre que de se voir soupçonné dépoorru 06 Don goûty ou, ce qui revient au même, incapable de connaître le beau dans les ouvrages de Tart. On veut bien quelqnefois, à la vérité, convenir du défaut d'expérience dans cette connaissance, mais ce n'est qu'avec douleur que nous avouons notre incapacité à cet égard. Il en est de cette perceplion du beau comme du génie poétique : Tun et l'autre sont des dons du eiél qui demandent d'être cultivés, et qui, sans l'instruction et l'exercice, seraient nerdus pour nous. « Quoique le ciel accorde à tous les êtres raisonnables le sentiment du beau, ils ne le possèdent pas cependant tous au même degré. La' plupart des hommes ressemblent h ces brins de paille qui tous, sans distinction, sont attirés par la force occulte de Tambre, mais qui en retombent bientôt : voilà pourquoi leur sentiment du beau est d*une durée aussi faible que celle du son

Ïu'on tire de la corde d'un instrument. Le eau et le médiocre leur font une impression également agréable, de même que 1 homme de génie est confondu avec celui qui n'a aucun mérite, par ceux qui poussent la politesse jusqu'à Texeès. chez quelques-uns le sentiment du beau est si sourd, que rien ne peut l'affecter; tel était, par exemple, celui du jeune anglais d'une illustre naissance, qui ne donna seulement pas le moindre signe de vie, pendant que je l'entretenais, en voiture, des beautés sublimes de l'Apollon du Belvédère, et des autres titatues do la première classe.... »

Influence de réducation et du s(^jour des (jrandeB villes sur son développement.

« Une éducation honnête et bien raisonnée fiait naître et donne un essor prématuré au sentiment du beau ; quoique une mauvaise éducation, en le retardant, ne puisse pas néanmoins l'étouffer tout à fait, ainsi que j'en suis convaincu par ma propre expérience. Cependant les grandes villes sont un séjour bien plus favorable que la province au prompt aévelop|)ement de cette perception; et l'étude y contribue réellement moins que la société et la conversation des personnes instruites ; car, le grand savoir, disent les Grecs, ne sert de rien à la justesse de l'esprit; et Ion voit que ceux qui âe sont distingués par leur profonde connaissance dans l'antiquité, n'ont possédé aucune autre espèce de talent....

Une âme tendre et des organes flexibles sont les indices assurés de cette heureuse disposition,

« Dans l'adolescence, le sentiment du beau se trouve, ainsi que toutes nos autres idées, obscurci et émoussé par le choc de différentes passions, et ne se fait sentir que comme une titillation dans le sang, dont on ne peut ni déOnir la cause, ni assigner le siège. On doit s'attendre à trouver celte qualité plutôt chez les «eunes geni bien faits

(30) Iliade, livre vi

que chez d'autres, f arce que nos idées sont en général analogues à notre conformation; mais il faut cependant moins chercher cette analogie dans les formes, auedans l'essence et dans le caractère de 1 homme : une Ame tendre et des organes flexibles sont des signes heureux de ce don. On s'en aperçoit plus facilement encore, quand, à la lecture d'un livre, notre Ame se trouve doucement émue par des passages sur lesquels l'esprit ardent et impétueux glisse rapidement, ainsi que cela arrive, par exemple, en lisant la com[|araison que Glaucus fait àDiomède, de la vie humaine avec les feuilles que le vent enlève et disperse au loin, et qui se renouvellent quand toute la nature est ranimée par le printemps (30).

Elle est plus sensible encore dans les enfants 9at, élevés loin des arts^ montrent néanmoins pour eux une aptitude qui semble leur être innée.

« 11 est aussi inutile de faire connaître le beau à celui qui n'est pas doué de ce sentiment, qu'il le serait d enseigner la musique à celui dont l'oreille n'est pas musicale. Une preuve plus sensible encore de ce don, c'est lorsqu'on voit des enfants qui, élevés loin des arts, montrent néanmoins une a|>titude et un

J)enchant naturels pour le dessi n, qui semblent eur être innés, comme l'e^t dans certaines [)ersonnes le goût pour la poésie et pour a musique. Comme d'ailleurs les belles formes du corps humain entrent dans la connaissance du beau en général, j'ai remarqué que ceux dont l'attention ne se fixe que sur les beautés dont la femme est susce^n tible, et qui ne sont que faiblement touchés de celles de notre sexe, ne possèdent point le sentiment du beau au degré nécessaire pour constituer un vrai connaisseur, ils seront même incapables de juger des ouvrages des Grecs, dont les plus grandes beautés se trouvent princii>alement dans les statues d'hommes.

Un plus haut degré de sensibilité et de perception est nécessaire pour juger des beautés de tari que de celles de la nature. Cette sensibilité 'doit être exercée de bonne heure et tournée vers des objets réellement beaux,

« Il faut cependant plus de sensibilité et de perception pour juger des beautés de l'art que de celles de la nature; parce que dans l^irt, cette sensibilité est le résultat de la seule imagination, sans être excitée, comme au théAtre, par le geste, par la voix et par les larmes. Et comme cette sensibilité est bien plus vive, bien plus agissante dans la jeunesse que dans l'Age mûr, elle doit être exercée de bonne heure et tournée vers des objets réellement t>eaux, avant que l'Age vienne à émousser le sentiment; car alors, il faut l'avouer, nous ne sommes plus en étatderonnaitreetde distinguerle beau(31)r

Il serait néanmoins injuste de cenciuio

(3t) De ce que bien des peisonn*** admirent ft

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