VU
lendaitTisibleuieiit h se transformer, après un règne aussi lonç que glorieux.
Cette transformation auiait donc eu lieu indépendamment de la Renaissance ; mais elle se serait effectuée dans un sens catholique, et nos vieilles sociétés chrétiennes n'auraient pas éprouvé une révolution destinée à faire prévaloir au milieu d'elles le principe païen. Or> voilà précisément ce dont nous accusons la Renaissance, et ce qu*il importe de ne pas confondre avec une simple modification dans lart catholique. Voyez en effet, si dans les transformations successives de Tarchitecture chrétienne, depuis la basilique romaine, élevée peu à peu à Tétat de iyye, jusqu*à la cathédrale gothique, le leoiple chrétien n'a pas toujours conservé son ordonnance principale et son caractère •ymtiolique. Parcourez les églises romanes., lombardes, carlovingiennes, byzantines et ogivales, et vous remarquerez dans toutes, à de très-rares exceptions près, la même distribution générale, le même cachet mystique, plus ou moins développé. Cest que les ordonnateurs de ces grands édifices se transmettaient religieusement les traditions de Tarchitectonique chrétienne, dont la filière remontait jusqu*aux premiers siècles de la foi. Hommes de foi eux-mêmes, ils aTaient conservé intact le dépôt des types sacrés. Aussi est-ce sur eux que s*est appesantie d'abord la main des princes, lorsque, frappés d*un esprit de vertige, ils ont voulu rompre avec I Eglise, leur mère nourrii;ière, substituer la forme matérielle à Tinspiral ion catholique, comme ils remplaçaient dans les esprits l'idée du droit et du devoir moral par celle de la force brutale. Quand ilsn*ont plus.voulu d'architectes catholiques, ils ont supprimé les corporations de maçons, de maîtres de l'œuvre, lesquelles, êoîis la protection des Souverains Pontifes •t des évêques, avaient couvert l'Europe chrétienne de tant de merveilleux édifices.
Encore, si l'art avait gagné à cette scission Tiolente avec le passé! Il n'en a rien été; c*est un auteur non suspect de partialité pour le catholicisme qui va nous le prouver, c'est Thomas Uof)e, archéologue anglais, dont nous empruntons les paroles : « Franchissant d'un seul bond, dit-il, en parlant de nos novateurs, tous ces siècles où le cintre et l'ogive s'étaient lentement et graduellement développés, ils firent re- Tivre, en apparence au moins, si ce n'est en réalité, la forme et les caractères des monuments antiques... Les voilà qui abandon- Dent les voûtes compliquées, les vastes arcsboutants, qui étaient le trait dominant de tout l'édifice, pour les simples voussures, les plafonds en volutes, les appuis droits et earrés; les voilà qui rejettent les réseaux, les découpures, les dais, les llèchcs, les fers de lance; en un mot tous les ornements liarticoliers au style gothique, pour les chatdleaux, les corniches, les entablements, les balustrades et les vascs des anciens
Et ils appellent tout cela renaissante d^ l'ancien goût, quoique Texpression soit fausse, sous plus d'un rapport. D'abord il n'y a renaissance que lorsque lesprildevio revient positivement dans le même corp^ qu'il avait animé autrefois ; or le vrai goût antique n'avait existé que dans l'ancienne Grèce, tandis que le renouvellement des formes de l'antiquité n'eut lieu que hors d^ la Grèce. En second lieu, quoique la révolution artistique eût amené l'abandon complet du style ogival, on n'y substitua aucune adoption superficielle de certaines lormes antiques, confusément réunies, sans aucun égard à leur nature ou à leur destination , et non point un retour rationnel, uniforme, universel, au coût et aux principes do l'antiquité, saisis dans leur essence même (599). »
Ces idées de Thomas Hope sur le caractère de l'imitation de l'antique chez loi modernes, nous les partagions depuis longtemps. Nous avons préféré les exposer par une citation textuelle de cet archéologue distingué, persuadé qu'il les rendrait beaucoup mieux que nous n*aurions pu le faire nous-même.
Ainsi, il est bien démontré : 1* Qu'il n'y a pas eu, au XV* et au xvi* siècle, de Renaissance proprement dite, puisque renaître» c'est, pour la société comme pour l'individu, recouvrer une vie dont elle jouissait auparavant. Or, c'était le principe vital du catholicisme et non la poétique des dieux de l'Olympe, qui, depuis plusieurs siècles, animait les nations européennes. Il n'y a donc pas eu rénovation, mais révolution^ ce qui est bien différent. La vraie Renaissance serait plutôt celle qui se manifeste aujourd'hui par le retour des idées vers l'architecture , la peinture et la poésie du moyen Age, retour incomplet, néanmoins, sous plus diin rapport.
2*11 résulte de la comparaison des monuments antiques avec ceux érigés dans les xTi* et xTii' siècles, que rarement les architectes classiques nous ont rendu le* type grec dans toute sa pureté de conception et dans toute son entente des détails.
Ainsi l'imitation de l'architecture grecque, en se substituant t)armi nous au vieux type catholique, n*a pas même eu le mérite de reproduire à nos regards le type ()aïen; elle ne le pouvait pas d'ailleurs, puisque, comme nous le Caisons observer dans un autre endroit, elle devait trouver dans la nature des idées du catholicisme et dans l'ordonnance matérielle et obligée de ses églises, un obstacle invincible k cette reproduction exacte du temple antique.
Voilé donc les résultats que nous a valui la soi-disant Renaissance : Anéantissement du type catholique, imitation incomplète ot maladroite de lart antique. Aussi, n avon^ nous eu, depuis, ni art chrétien, ni art national. Quel siècle sera appelé è combler cette grande lacune? Je l'ignore. Le nôtre
(599) Histoire de Varchiieclure, par Thomas Hope, I" vol., ch. U, p. 4w6 et 457.
REN