‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 84 sur 167 · GIO · texte numérisé non relu

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de la révélation sous ces différentes faces, ni de voir coinraenl elle est possible, logiquement, physiquement et moralement, et comment, en particulier, la révélation du Verbe incarné était devenue indispensablement nécessaire. Nous n'avons à nous occuper dans notre ouvrage que des ctTets de cette dernière sur le cœur et res[)rit de l*bomme, et, par conséquent, sur Tart qui en est le ûdèle écho et la sensible exf)ression. Cestce que nous avons déjà fait dans notre deuxième dissertation préliminaire, et ensuite dans plusieurs articles séparés. Dins celui-ci, nous allons, toujours en vue da beau dans Tai-t chrétien, considérer la réyélation évansélique sous un aspect aussi nouveau qu*intéressant, en nous rendant compte de sa raison détre par rapport aux mystères qu*elle a proposés à notre foi. Lorsque nous aurons répondu à cette question '.Pourquoi Jésus-Christ nous a-t-il révélé deê mystères? le ie'^.teur conclura de luimême, ^ans le moindre effort de raisonnementy qu'une telle révélation, pour ceux qui ont le bonheur d'y participer, a, d'une

Krt, immensément élargi le domaine de ^ rt, et que^ d*une. autre part, elle a singulièrement développé dans le cœur et dans Tesçrit de Thomme le sentiment, Tidée de cet ifi/fni, qui est devenu chez les Chrétiens la source des plus grandes beautés dans les œaTres de Tart. Après ce court préambule, nous entrons en matière.

Il semble que le Fils de Dieu ayant fait tant que de se révéler à l'homme, jusqu*à se rendre semblable à lui, c'était le cas, ou jamai.'<,de lui parler clairement et de lui proposer une religion intelligible dans toutes ses parties, une religion que Thomme eût d'autant mieux appréciée, qu'elle eût été dégajgée de ces mystères qui déconcertent sa raison et deviennent pour lui une occasion de blasphémer contre la révélation ou de la tourner en ridicule. On se demande, en conséquence, pourquoi Jésus-Christ a-t-il ré- TéJé des mystères?

Avant de répondre à cette difnculté,il imjiorte de vider ce qu'on a[)pelle une question préjudicielle avec ceux qui la font, c'està-dire avec les rationalistes et tous ceux qui raisonnent comme eux.

Nous leur dirons donc : Pourquoi vousmêmes acceptez-vous tous les jours et en tout, hormis en matière de religion, des milliers de mystères? Tout, en effet, est un mystère dans la nature, de[)uis l'insecte qui rampe humblement sous nos pieds jusqu'à Taigle qui plane hardiment sur nos tôtes, au milieu de l'air. Que disons-nous ! toutes les sciences ont leurs mystères. 11 y en a dans la physique. Comment s'opère la circulation du dang, ce va-et-vient d'un liquide si nécessaire h la vie? Mystère il

y en a dans la chimie. Comment du charbon, par le simple dégagement de ses atomes, oeut-il se convertir en diamant ? Mystère... il jr en a dans la psychologie. Où est Thomino qui puisse expliquer nos facultés? (jui l»uisse dire comment nous nous souvenons ;

comment nous oublions, comment naissent et disparaissent tour à tour en nous tant de sentiments divers ou contradictoires , la lâcheté et le courage, la bassesse et l'orgueil, la tristesse et la galté , la haine et l'amour ? 11 y a des mystères même dans les sciences qu'on proclame avec tant d'aplomb , les sciences exactes; et ces mystères, ce sont les plus grands mathématiciens qui se sont chargés de les relever; par exemple, la divisibilité de la matière à l'intini. 11 y en a jusque dans la géométrie. Expliquez-moi, en effet, comment deux lignes asymptotes

3ui se rapprochent toujours davantage Tune e l'autre, ne parviendront jamais à se rencontrer. Mystères que tout cela

Oui, tout dans l'univers, depuis la germination obscure du plus petit grain jusqu'au dogme de la Trinité, tout est, je dis ()lus, tout doit être mystère. Pourquoi cela? ^arce que tous les êtres, ainsi que toutes les vérités émanées de Dieu, touchent par quelque point h cet être infini et ne sauraient conséquemment être saisis, compris entièrement par une intelligence finie. C'est ce qui fait dire à l'ange de l'école, saint Thomas, que les élus dans le ciel , bien qu'ils voient Dieu plus clairement qu'on ne peut le contempler ici-bas, ne peuvent néanmoins le comprendre, parce que, s'ils le pouvaient, ils seraient Dieu.

D'un autre côté, il ne faut pas oublier cfue les mystères divins, étant révélés à une inteUigence finie , ont par cela même avec elle un point de contact par oii ils lui deviennent accessibles, mais seulement par cet endroit. C'est ainsi que le globe de la lune , durant la première période de son évolution mensuelle, nous montre seulement le quart de son disque, tandis que les trois autres quarts restent entièrement dérobés à nos yeux. Et si l'homme ne percevait rien de l'objet révélé, il vaudrait autant pour lui que la révélation n'existât pas. Si donc il n'y a et s'il ne saurait y avoir dans la nature que des mystères, par le motif que nous venons de dire, combien plus il doit y en avoir lorsque Dieu lui-uiême, l'infini , se met en communication directe avec la créature finie? Or, c'est ce qui a eu lieu^

f)rincipalement dans la révélation évançéique. J aborde en conséquence immédiatement la question , et j'alfirme que, si Jésus-Christ nous a révélé de si grands , de si profonds mystères, c'est f parce qu'il est Dieu ; 2' parce qu'il est Dieu llédem|iteur. Nous reprenons ces deux points séparément.

Si Jésus-Christ est Dieu, comme il l'a prouvé lui-même péremptoirement, ou comme doivent l'admettre, au moins à titre d'hypothèse, les adversaires que nous combattons, il y a nécessairement dans les vérités qu'il nous a révélées, un côté divin, infini, qui échappe, par conséquent, à notre intelligence humaine, finie, et voilé le mystère. Autrement, si notre intelligence pouvait saisir^ comprendre sous toutes ses faces, lobjet de cette révélation divine faite par Jésus-Christ,

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elle serait elle-même Dieu, c*est évident. Nous allons prouver cette vérité jusau*à la démonstration; pour cela, il suffit d exposer clairement le vrai sens du mot comprendre.

Ce mot dérivé du latin, comprehendere^ signifie donc contenir^ embrasser quelque chose dans sa totalité. C'est ainsi que dans l'ordre physique, un verre rempli d'eau, contient, embrasse tout le liquide qu'on y a répandu. 11 en est de môme dans Tordre moral. L'esprit comprendra^ embrassera, dans son ensemble, une science, un art quelconque dont il aura étudié à fond et dont il possédera tous les éléments. Autrement, s'il ne connaît de cet art, de cette science, que certaines parties, et qu'il ignore les autres, la connaissance qu'il aura de cet art, de cette science, ne sera qu'imparfaite, que relative. Sans doute, il en saura plus que celui oui ne les aura jamais étuciiés ; mais il n en sera pas, pour cela, dans Tune ou dans l'autre, un véritable artiste, un véritable savant.

Par exemple, un élève en architecture sera capable de connaître, après quelques lefons, certaines règles de cet art et d'en faire application : il connaîtra l'architecture, mais seulement par certains côtés, tandis que s'il comprenait, s'il embrassait dans son esprit toutes les règles, toutes les notions qui concernent l'art de bAtir, il serait véritablement architecte.

Autre exemple : un élève en horlogerie, qui ne connaîtrait qu'imparfaitement le principe du mouvement d*une montre, en saurait plus sans doute qu'un homme complètement étranger à Kart de l'horloger ; il ne connaîtrait néanmoins cet art que par certains côtés ; mais s'il venait à comprendre tous les ressorts, engrenages, pilotis, en un mot, tout ce qui se rapporte au mécanisme si compliqué d'une montre, il deviendrait alors un véritable horloger. De môme, l'homme h qui Dieu veut bien se révéler, en sait plus, sans nul doute, sur Dieu et ses attributs, que celui à qui une semblable révélation n'a pas été faite ; mais supposons que, par impossible, il vienne à saisir, à embrasser, h comprendre, en un mot, toutes les fac^s de l'objet révélé, de môme que l'élève architecte ou l'élève horloger qui aurait fini par comprendre toutes les parties de l'art qui lui aurait été enseigné, cet homme, en comprenant ainsi Dieu, deviendra Dieu lui-môme, comme Téiève dont il s*agit est devenu architecte ou horloger. Or Dieu s'étant révélé à des millions d'hommes, il j aurait donc, dans cette hvpothèse, des milliers de dieux, ou plutôt, toute notion de Dieu serait, par ce seul fait, anéantie.

lies! donc absolument vrai c^ue de cette notion môme de Dieu, résulte lorcément la

raison d^étre do tous les mystères qui abondent dans toute manifestation faite k riiomme fini par un Dieu infini, et qui abonderait d autant plus, que cette manifestation aura été plus directe, plus Intime. Penser, agir contrairement à cette vérité fondamentale, fut toujours un blasphème, une révolte que Dieu ne pardonna jamais. Ecoutons Isâïe, s'adressent au chef des anges rebelles :

Comment es-tu tombé des cieux^ Luciffr^ qui br niais le malin.... qui disais dans ton cœur : JT élèverai mon trône au-dessus des astr€9 de Dieu ; je m'assiérai sur la montagne du testament f à côté de l*aquilon ; je monterai sur la hauteur des nues, et je serai semblable au Très-Haut. Et voilà que tu as été pré' cipilé dans l'enfer, au fond de Cabime {6M).

Adam et Eve s'étaient imaginé aussi qu*ik deviendraient semblables à Dieu ; qu'ils

1)05séderaient, comme lui, la science du. )ien et du mal (621) ; et à peine ont-ils essayé de comprendre Dieu, que des ténèbres épaisses viennent obscurcir leur intelligence^ pour la punir de son orgueil.

Les premiers descendants de Noé, dans la plaine de Sennaar, se disent : Yenex^ élevons une tour jusqu'au ciel: et les trois personnes divines disent h leur tour : Fenei, descendons et confondons la langue de eu orgueilleux (622). Tel est le châtiment inévitable qu'il réserveà tous ceux qui voudront devenir semblables à lui, et (ce qui est le comble de Torgueil), voudront se passer de lui, et régner à sa place sur les nations. Voyez le sort de ces philosophes de l'antiquité et des temps modernes qui croyaient pouvoir à eux seuls, conduire le genre ha* main et le perfectionner. Aveugles euxmêmes, ils se sont constamment fourvoyés, ne laissant après eux que des traces de leor radicale impuissance à rien fonder, à rien édifier, quand ils n'ont pas laissé que des ruines.

Que signifient encore de nos jours tous systèmes de philosophie écossaise, allemande, française, qui se combattent les uns les autres, avec leur jarson inintelligible du mot et du non mot, de 1 objectif et du subju» tif, de Lessing, de Kant, d'Hegel et autres! O philosophes, vous avez beau habiller vos idées creuses d'une phraséologie ab^traiteetà prétention, nous n'y voyons, au fond, que l'aotique orçueil de l'homme suuerbe qui répits depuisbientôtsix mille ans .-jenesfmrat^:

s Non serviam. » (Jerem. ii,20.) Votre vaiss phraséologie n'*fn impose qu'aux homniss simples et incapables de toute réflexion sérieuse. Eh bien, cette raison supérieure^prê' gressive^ universelle, que vous aimes tant à opposera la raison suprême etiévélée ds

j[6t0) Quomodo cecidisti de eœlo, Lucifer, qui mane cfiêharis?.,, qui diubas in corde tuo : In cœlum conicendam, super astra Dei exallabo solium meum, sed$kQ in monte lestamenti, in lateribus Aquilonis; ascenâmm super aUîtudinem iNomitun, simiiiê ero ÀUiuimo. yerumtmkgn ad inferum ditrakêriSf im

profundum laci. (ha. xiv, ii-15.) (621) Eritis sicut dit, scientti bomsum si

{Gen, m, 5.) (6i3) Veniîê tfttar , tocfnrfaiMs, H

linguam ipsomm, (Gen. xi, 7.)

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D*ESTUËT1QUE CHRETIENNE.

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