DONO DEDIT
ANNO DOMINl
SEPTINGENTESmO QUARTO
SUPRA MIIXESIMUM.
On le voit, il ne s'agit point ici d'un ma^ nuscrit du moyen Age, mais d'un antiphonaire qui ne remonte pas au delà d'un siècle et demi. Cette date relativement moderne explique le genre mixte que nous offre ce livre précieux, et quant à l'ordonnance des sujets, et quant aux (costumes et à l'expression des nombreux personnages qu'ils représentent. En effet, si les traditions et les pratiques de l'iconographie chrétienne y revivent encore en partie, surtout en ce qui se rapporte à Texpressiou mystique; d*un autre côte, les inspirations de (a peinture moderne, surtout en ce qui concerne l'imitation do la nature, s*y laissent clairement apercevoir. Toutefois, la part, si large pour le temps» qui y a été dévolue à la peinture mystique, a lieu de surprendre quand on considère Tétat de dégénérescence où était arrivé l'ai t chrétien en 17M, époque où fut terminé cet admirable manuscrit. C'est ce qui me fait croire qu'il n*a pu être composé.que perdes religieux, attendu qu'eux seuls avaient conservé quelques étincelles du feu sacré; et, comme la paroisse prieuré de Sainte-Tulle dépendait de l'abbaye de Saint -Victor de Marseille, c'est probablement dans ce célèbre monastère qu'aura été exécuté le superbe Antiphonaire qui lui était destiné. Quoiqu'il en soit, ce livre, merveille de l'art, après avoir échappé, comme par miracle, à la raga destructive de nos iconoclastes révolutionnaires, existe encore, dans son intégrité, auoiqrue légèrement endommagé. Il est coné à la garde d*un prêtre aussi intelligent que pieux, qui en connaît tout le prix. Nous allonsen décrire les vignettes (713)etle$fron-
(713) Le format en est grand in-folio, el les notes de plain -chant, de même que les lettres, ont presque la hauteur du travers du petit doigt. 11 a près de deux cents pages. Ce qui ajoute au prix d.i cet inestimable manuscrit, c*est qu*au lieu d*étre écrit sur parchemin, qui n*est qu*une peau de mouton préparée, il est au contraire sur vélin, qu*un confectionne avec la peau de veau mort-né. Confie k la j|;arde d*un ecclésiastique plein d*intelligence et (le zèle, M. Tabbé Bellier, curé de la paroisse de Saillie -Tulle, ce magnifique Aiitipbonaire est conservé avec tout le soin que réclame un tel chefd*Œuvre de Part chrétien.
(715) Chanue leUre initiale d*une des parties du même office forme une superbe vignette historiée. A la tête de chaque office se trouve, en guise de frou' tispice, une magnifia ue peinture représentant le principal sujet de la lete..
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tispices, en suivant l*ordre de la pagination.
A la première f)age et aux premières vêpres de Noël, la vignette (initiale) représente saint Joseph et la Vierge allant en Judée, pour obéir à Tédit d*Auguste, au sujet du dénombrement. Cette vignette forme un carré parfait de 15 centimètres, relevé par une bordure en or et coupé par un grand R (714) aussi en or.
La vierge sur fânesse n'a pas une expression assez mystique ; son costume et sa pose sont trop modernes; néanmoins, ce type est bien supérieur à ses analogues des xvii* et xvin* siècles. L'attitude de saint Joseph, qui marche derrière ce modeste équipage, est plus conforme à celle que les peintres du moyen âge ont prêtée au père nourricier de Jésus-Christ.
La deuxième vignette de VlnlroU de la messe de minuit, ad Minam in noctef représente, au centre, couché sur la paille, le nouveau-né, la Vierge, les bras étendus, en adoration, et saint Joseph, dans l'admiration de ce grand événement qui va changer la face du monde. La Ggure de la Vierge est expressive; ses mains laissent à désirer. Saint Joseph est mieux. L*Eniant Jésus, étendu par terre, est remarquable par la teinte légèrement violacée de tout son corps.
Nous ferons les mêmes observations sur le frontispice, enluminé d'or, qui se trouve en tête de la page 39, in Navitate Domini, et qui contient les images de la Vierge, de saint Joseuh et des bergers en adoration aux pieds de 1 Enfant et lui offrant un agneau. 1^ vignette (initiale) de l'Introït de cette messe du jour. Puer naius est nobisy nou5 présente un berger jouant de la cornemuse, précédé de son chien, parfaitement traité, qui tourne la tête en arrière pour regarder un l)erger donnant le bras à une bergère et tenant une houlette de la main droite.
La page kk se termine par une farandole provençale de deux bergers et de deux bergères, avec les costumes du temps. Au bas du tableau, on voit encore un chien admirablement rendu, qui regarde en arrière Tesgèce depiiferariquijoue de son instrument, elte farandole champêtre, exécutée le long d'un massif d'arbres verts se détachant sur le fond d'un ciel bleu, offre un tableau des plus naïfs, lies plus sracieux.
La vignette (page 45) de la première antienne des secondes vêpres, 2>cum prtnctpiumf qui représente un sujet analogue à la fête, est une des moins bien réussies. Celle de l'Introït de la messe de saint Etienne, Sederunt principes, est remarquable par Tatlitude du saint, à genoux, au uioment où il va être frapiié, regardant le ciel où l'on a))erçoit au coin du médaillon le Père éternel et le Fils tenant sa croix à la main, qui lancent les rayons de leur divinité jusqu'à lui. On remarque aussi les figures des bourreaux qui le lapident. Au côté droit, on voit un jeune homme (Saul) qui garde les vêtemeuts du saint martyr.
La vignette de l'Introït de la messe de saint Jean, Inmedio ecelesiœ [page 56), présente un groupe assez insignifiant de juifs et de
Sentils qui écoutent la parole de l'Apôtre. lais le personnage principal y est représenté à la hauteur du sujet. Son attitude est noble» inspirée; les draperies de son vêtement sont parfaitement jetées; à ses pieds est une lemme tenant un enfant dans ses bras, et dont la pose et la figure sont également distinguées.
A rintroït de l'Epiphanie, Ecce advemit (page 62), nous vovons les trois mages, revêtus de leurs riches costumes , se mettre en marche, avec leur nombreux cortéget pour Tenir déposer leur offrande aux pieds du nouveau-né. La page 66 nous représente la sainte Vierge tenant dans ses bras l'Eu* faut Jésus, qui, les mains étendues et avec l'intelligence et la bonté d'un Dieu, reçoit successivement ies hommages des trois roii^ éclairés par l'étoile qu'on voit projeter sur eux ses rayons lumineux. Tout est remar-
auable dans la figure, la pose et le costume e ces trois personnages. Seulement^ leurs mains laissent beaucoup à désirer, de même
Sue celles de saint Joseph, qui est représenté ans une attitude de religieuse surprise derrière la Vierge, au fond du tableau.
La vignette de la page 72, aux premièrei vêpres : Qui me eonfessut fueritf de saint Biaise, évêque et martyr, et |)atron de Sainte- Tulle, le représente au moment où il urèièe au peuple ae Sébaste. A gauche, au bas de tableau, une femme tient un enfant dans ssi bras. Une autre vignette à Tlntroït Soctrristes Dei (page 76), nous retrace sa décollatioB. lorsque, revêtu de ses habits pontiflcantt il ei>t à genoux et prie pour ses Dourreaax. A la page 82, qui est la/dernière de Tofifeeiia saint, on admire un médaillon malbeorea* sèment endommagé, qui représente au nala* rel un bouquet de roses, d anémoDes, de ta» lipes et d'oeillets.
Le beau frontispice de la pase 83, qoi «H nonce TofTice de la fête de la RésurrectieOt nous présente Jésus-Christ sortant glorieux du tombeau et renversant les gardiens dt sépulcre, frappés de stupeur. Le Cbrist oflke dans toute sa personne et surtout dans « figure une expression vraiment dîTtae. ToiC son corps, légèrement violacé, est lumiiieax. Il ré{>and autour de lui un éclat dirin. Ui deux côtés de ce frontispice, l*un des Dta remarquables du manuscrit, sont oni6di riches et larges enroulements qui se détachent, comme tous les autres, sur un fcad or massif.
La vignette de l'Introït, Itemrresnl, représente l'apparition de Jésus à Hadeleinet soof les traits et avec Tinstrument d'un jardinier. Cette messe de Pâques se termine (pagel^ ^ par un médaillon où Ton voit saiol Jesa "courant au séi»ulcre du Sauveur plos vils que eaint Pierre, qui le suit de luin. Cette scène naïve se passe au bas du mont Cal-
(714) Cet R est finitiale du premier mot de rantîeiine Rex pacificus^