‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 97 sur 167 · TOL · texte numérisé non relu

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D ËSTilETIQlE CHRETIENNE.

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Yairst qu'on reconnaît aui trois croit dont il est surmonté. A la page suivante, dans riniliale de la première antienne des secondes TâpreSy Angélus^ on voit les saintes femmes avec des parfums. Elles viennent voir le tombeau où Ton avait déposé Jésus, et sur la pierre duquel Tange assis , après Tavoir sooleTée, leur dit : Il est ressuscité, il n'est pluê ici. On remarque la figure gracieuse de cel ange et celle pleine de douceur de Madeleine, à qui il adresse la parole. Cet office de Pâques se termine par le tableau d'une

S efae fluviale le long (Tune rivière coulant os un riche et vert paysage, qui se dessine sur un fon^ bleu de ciel.

La vignette (initiale) de l'Introït delà seconde ferie de P&ques : tntroduxit vos (page 95), représente un paysage abondant en Iroiis et en oiseaux aquatiuues, symbole de k larre promise, au double point de vue physique et spirituel. Cest pourquoi elle est ioaverte d'une riche moisson et de toute •orle de produits. A droite, on remarque un arbre magnifique tout chargé de grenades, ^*on prendrait pour des fruits réels.

L'Introït (page 100) : Aqtia sapientiœ poêsmii toêf de la troisième ferie après PAques, BOikS présente des groupes délicieux de eharmantes tètes d'enfants s'abreuvant à la source de l'eau de sagesse, qui jaillit de la YÎe étemelle. Au bas de la dernière page de eet office de la troisième férié, on voit une belle vignette représentant une riche corbeille de fleurs, parmi lesquelles on distingue des tulipes, des roses et des anémones.

La psffe 106, où commencent les premières T^Mres de sainte Tulle, fixée au 21 mai, nous ollre l'initiale de la première antienne : Hme est firgo sapiens, dans une vignette où la bienbeureuse Tullia, en costume romain, robe blanche avec bordures dorées, tient k la main, comme une des vierees prudentes, la lampe de la sagesse allumée.

A la pas» 108, dans Tinitiale de l'antienne de Magn^at^ dixit beata Tullia matri stuB^ emr pelut amissam luges quam Dominas in c^fuartium saerarum virginum introduxit?

Elle apparaît à sa mère, après sa mort, lui raeommandant de ne pas pleurer, puisque Jésus-Christ l'avait reçue au nombre de ses épouses. Derrière elle on .voit un grand nombre d'autres vierges.

Les pages 110 et 111, contenant l'Introït de la lète solennelle de la sainte, nous ollrenl certainement tout ce que l'art de l'enlominure a jamais produit de plus riche, de plus éclatant.

Dans ces deux grandes pages, toutes ruisselantes d'or, les lettres, les notes de ehanl, el jusqu'aux barres, sont entièrement de ee précieux métal, et offrent de plus un relief Irès-prononcé. Chacune de ces splendides pages est rehaussée d'un magnifique eseadrament semé d'arabesques et d'or. On y admire neuf petites et délicieuses vignet-

tes qui retracent la vie et la mort de la sainte. En voici la description (715) t

« Le numéro 1 nous représente saint Eucher, accompagné de ses deux filles, Tullia et Consortia, recevant Galla, son épouse,

aui descend d'une barque avec voile et banerolle, ce qui semble prouver, avec M. To* losan , que la Durance était autrefois une riviè.re navigable autrement que pour les utriculaires de Calvet.

« Au numéro 2 on voit la sainte en tunique blanche, debout au pied d'un mont scabreux et rembruni, qui ne pouvait qu'être l'ancien Mont Mars , notre Runade moderne, parlant à son père, déjà enfermé dans sa grotte, lui faisant peut-être ses adieux, ou recevant de lui des instructions relatives à la perfection et au bonheur de la vie solitaire.

« C'est dans le numéro 3 que Ton voit des chasseurs de Cucuron , amenant la sainte qu*ils ont trouvée en prière dans sa solitude ; le costume de cnasse y est complet. On sait par tradition que Tullia, amenée à Cucuron, se déroba miraculeusement dans la nuit, à ses gardiens » et revint à sa crypte de Tetsa.

« Tulle est en oraison, sur le seuil de la chapelle, dans la vignette n* 4, où diverses personnes à genoux s'unissent à ses prières.

1 Au n*" 5, Tulle fait sentir des fleurs aux malades et les guérit. La tradition a perpétué ce souvenir jusqu'à nous, et le jour de sa fête son buste, porté à la procession, est chargé de fleurs ; elles sont ensuite distribuées au peuple, qui les conserve religieusement.

« Un linceul funèbre indique, au numéro 6, que Tulle est morte; on V voit un rayon d*immortalité oui, du haut au ciel, vient se projeter sur elle. Rassemblt^e auprès de son tombeau , la population de Telea l'arrose de ses larmes, et c*est ce que nous apprend la vignette n* 7.

« C'est dans le numéro 8 qu*on voit un ange présentantà Jésus-Christ la sainte, revêtue de sa robe d'innocence.

« Enfin, dans le numéro 9, la sainte s'élevant au ciel, est fixée par la population entière qui, prosternée, Tinvoque dans ses ferventes prières et demande sa bénédiction, nan-seulement pour elle et pour ses enfants, mais encore pour leurs descendants, chez lesquels la mémoir* des bienfaits delà sainte sera toujours en vénération, et perpétuellement invoquée dans les calamités publiques.

« La page 119 de la première antienne de 1 Ascension : Ftrt GalHœij nous représente Jésus- Christ montant au ciel en firésence de ses onze apdtres. C'est une œuvre d'inspiration sublime.

« A la page 122, on ne voit plus que les pieds du Sauveur, le reste du corps étant dérobé par un nuage à la vue des assistants. Mais les figures des apôtres y sont plus ex-

(715) Noos la prenons dans VHUtotre de iainte Tulle, de M. Robert, éditée à Digne, riiez Repo», 1843.

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pressives et plus variées que aans le sujet précédent. Celles des deux anges sont adujfrables. Ces deux anges, et notamment celui qui est le plus en vue, sont d*une grande beauté.

« La page 127, des premières vêpres de la Pentecôte : Cum eomplerentur^ représente saint Jean à côté de Marie, au milieu des apôtres, qui tiennent des livres et qui sont en oraison dans le cénacle.

« Le frontispice, en tèle de la messe : Spiritus Pomtm, est d*une exécution admirable, surtout par son màgnifiquo dessin d^arabesques rouges sur fond or. La vignette de rintroït : Spiritus Domini^ nous représente la prédication de saint Pierre. On y remarque des rabbins, des scribes et des pharisiens, des Parthes, des Mèdes et des Elamites, symbole de la conversion de tous les peuples, dont celle des trois mille auditeurs de saint Pierre était Tavant-coureur. Au bas de la dernière page de cet office, on voit un superbe bouquet de roses.

« Pour la Fête-Dieu : In fe$to corporis Chriiti^ la vignette (p. 140) de la première antienne des vêpres : Sacerdos in œternum^ nous offre un sujet bien approprié à la solennité , dans la rencontre d Abraham, vainqueur du roi Chodorlahomor, avec Melchisédecb, roi de Salem et prêtre du Très- Haut, qui bénit et lui présente le pain et le vin, en sacrifice au Seigneur, et comme figure de celui qui devait consister dans le pain et le vin eucharistiques.

« Le frontispice , en tête de la messe du jour, présente des teintes bleu^ rouge et or^ d*un effet magique. On y remarque les anges en j^mat7/e5, qui offrent des corbeilles de raisins. Le tableau de la Cène que fit Jésus-Christ avec ses apôtres, est admirable d'expression et de coloris. Au bas de la dernière page de l'office est un beau médaillon représentant des fruits symboliques pdnts au naturel.

c La première antienne, Assumpla est (p. 161) des vê{)res de 1* Assomption, nous offre dans son initiale : la Mort de Marie. La Vierge est sur son lit de mort, entourée des apôtres et de plusieurs saintes femmes. L'attitude de cnaque personnage est grave, silencieuse, et telle qu'elle convenait à la circonstance. Cette partie de Toffice se termine par une belle corbeille de fleurs.

« Mais le frontispice qui, à la page 165 , représente son Assomption, est un tableau plein de grâces et d*animalion. Les anges enlèvent Marie dans le ciel, au milieu d un concert ei^écuté p«ir un groupe d'esprits célestes, munis de toutes sortes d'instruments de musique, tels Que trompette, basson, violoncelle , mandoline , guitare , violons et <:hŒurs de petits anges ou chérubins tenant (les ))a)ners de musique à la main ou sur les genoux. La pose de la Vierge, portée

(716) L«8 coins de ce magnifique frontispice, vér table chef-d'œuvre, sont ornés de beaux vases de liturs sur fond or. (?iotede rauteur,)

(717) Pour moi, je vais plus loin, en avouant rpie

sur;un nuage, est toute aénenne, el son corlége nous annonce la reine des cieux (716}.

« Une vignette, h la même liage, nous mfre une seconde imago de rAssoiB|itiOD.

Elle est accompagnée de moins d*éclat et de moins de pompe que celle du frontispice. Quatre anges seulement enlèvent la Vierge. Mais quel tableau !... L*art y brille d*ratant plus qu'il est entouré de moins d*om#> ments. L'admiration que sa rue excite est telle qu*on serait presque tenté de croire que le pinceau de 1 Albane, du Guide et do Titien n'a jamais pu produire rien de pins gracieux et de plus parfait (717). Le corps de la Vierge, dans sa merveilleuse Assomption, semble n'avoir plus rien de terrestre. Elle s'envole, comme une ombre animéet sur les ailes d'une puissance surnaturelle i ei qui est invisible à nos yeux. Qui pourrait douter un instant que l'artiste, qui • eu une si heureuse inspiration et une main si habile et si intelligente, n'ait reçu une mission d'en haut, à la recommandatioo de notre jeune sainte, pour nous laisser jus si beau modèle de la mère des grices, qis*eil n'intercède jamais en vain auprès de son fils. Sauveur et Rédempteur du genre humain?

« La page 171 (à l'antienne des premières vêpres de la Toussaint, Yidi turbam mgnam) nous retrace les symboles caractéristiques des quatre Evangélistes avec une ?;rande simplicité et sans ornements. Mais le rontispice de la page 176, consacré h la fête de tous les saints, nous représente les vingt-quatre vieillards de l'Apoco/yose, rangés en cercle aux pieds du trAne du Très- Maut, qui est peint avec une véritable majesté divine. Ils tiennent chacun une couronne d'or à la main ou sur la tète ; tooi sont revêtus d'une tunique blanche» d forment une espèce d'Aréopage sacré» iscompagné de toute la splendeur convenable à une pareille solennité.

« L'introït de la messe, à la même nsgt, contient un encadrement où Ggurent aifeu apôtres, notamment saint Pierre et sainl Jean, et une cinquantaine de disciples ;ttlii la Trinité e^t représentée au haut du cadre» sous les traits du Père, du Fils et du Saint- Esprit; la Vierge et saint Jean sontkeAlé; vers le bas saint Pierre et saint Paul, tensal un glaive à la main. Au bas et au miliea cil saint Michel, armé d'une balance et de deux ailes. Un cortège d'anges et d'élus règne tout autour, formant une espèce de chaîne séie* phiquc et nous donnant une imase du cieL

c Mais je ne puis quitter ce beau Kvie sans faire mention des beaux vases de flean et des corbeilles de fruits qui ornent le biS de quelques pages. L'éclat des couleurs, li délicatesse du dessin, le velouté descoroliei et le duvet des fruits artificiels y produisent une illusion telle que Ton croirait, à bar approche, qu'on va sentir et respirer TanNas

I(* miniaturiste français du xvu* siècle laisse idtonère lui ces fanif'ux peintres de Técote aataialiili

PU Italie. {Sot€ dg l'auleur.)

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D ESTHETIQUE CHRETIENNE.

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VIO

soaTe des fleurs et des fruits naturels.

c La fidélité de Tancien costume oriental! des personnages qui Qgurent dans les six, firontispices tout enluminés d'or et d'arabesques, et dans les vingt-six vignettes également riches en ornementation, y a été scrupuleosement observée. L'artiste, qui a exécuté ce beau travail, s'est distingué sur- . tout par son habileté et sa correction dans le dessin, mais encore par son intelligence dans la distribution des teintes et des couleurs. Son pinceau s'y est montré à l'unisson des sentiments de son &me et il a visé au liesu idéal, toutes les fois surtout qu*il a eu à représenter saint Pierre, ce prince des apAtres, devenu la pierre angulaire de l'édi fiée chrétien, quoiqu'en général les apôtres 7 soient dessinés d'une manière toujours grandiose (718). »

Tel est ce splendide manuscrit de sainte Tulle, l'une des dernières, mais des plus .belles inspirations de l'art chrétien. 11 termine glorieusement cette série brillante, .inais trop peu connue des peintres miniatu- .ristes français qui, dès le xu* siècle, portèrent à un si haut degré , dans notre pays, l'art de Tenluminure et des vitraux peints. Si l'exécution d*un tel chef-d'œuvre, à la fin du xvu* siècle et au commencement du Xfur, semble, malgré plusieurs défauts qui le déparent, être une espèce d'anachronisme pour cette époque de décadence et d'affaissement, elle dénote en môme temps tout ce qu'il y a de force et de vitalité féconde dans les grands .principes du beau surnaturel et divin. Elle montre clairement les imjoenses ressources qu'une telle esthétique offrira toujours aux artistes de bonne volonté

3ui auront le courage de s*élever au-dessus es idées naturalistes et des éléments délétères qui tendent sans cesse à Tanéantir. N'en avons-nous pas d'ailleurs la preuve frapi>ante sous DOS yeux dans les œuvres merveilleuses de peinture chrétienne (pour ne parlerque de celles-là), de l'école mystique d'Owerbeke 7 Le succès prodigieux*^ obtenu par cette noble école, si .tôt devenue populaire , nous démontre évidemment combien, même au plus' fort du scepticisme de l'esprit et du sensualisme de la chair, partout ou quelque reste de croyance a pu encore se conserver, la fibre du sentiment vrai du beau est facile à remuer au contact de l'inspiration toujours ancienne et toujours nouvelle du génie cbrétien.

Voy. Albi (Cathédrale d'). Allégorie, Manl'scrits, Peinture chrétienne. Types, Vitraux peints.

TYPES. En plusieurs endroits de ce dictionnaire nous avons essayé de faire ressortir Texcellence des types que Ic^ christianisme est venu révéler i l'art, et leur incontestable supériorité sur les types païens. En effet, sans renier la beauté physique, élément essentiel de l'art païen, le gi-nie chrétien s^attacha |)ar-dessus tout à exprimer la beauté morale et surnaturelle. En prenant pour

(lïH) Hiêtoire de sainte Tulle, p. 150-57.

objets de son imitation, des types qui n'avaient aucun rapport avecceux de l'antiquité, et en se proposant, dans celte imitation, un tout autre but que celui qui avait dirigé les anciens artistes, il opéra dans le domaine de l'art une révolution aussi étonnante que celle qu'il avait opérée dans le domaine de la morale et de la philosophie. Un Homme- Dieu, une Vierge-Mère, les neuf chcBurs des anges, les apôtres, les vierges, les martyrs, les confesseurs, les saints des divers étals de la société, des femmes, des enfants, des vieillards, tels «furent les tyfjcs aussi nouveaux que variés qui vinrent révéler au monde un idéal où l'humanité jouait un rôle inconnu jusaue-lè, où l'humanité se manifestait sous des formes non moins surprenantes, où tout, enûn,. était changé, les personnages et le mode môme de représentation..

Le premier de ces types, c'est Dieu luimême, ce Dieu qui est descendu comme une lumière, comme une douce rosée sur la terre, pour l'éclairer et la régénérer,qui s'est bit semblable à nous, aQn que nous puissions converser avec lui, le voir des yeux de la chair et le toucher de nos propres mains, toucher ainsi la vérité elle-même dans la personne du Verbe-chair plein de grâce et de vérité. En tant qu'homme, Jésus est un sage, un docteur, un frère, un ami, un prophète, un martyr. En tant que Dieu, il est la puissance, la force, la majesté même.C'est dans la réalisation de ce type incomparable, telle que le comprirent nos grands artistes chrétiens, que nous admirons l'expression la plus haute du beau idéal surnaturel ou divin .(Fotr notre deuxième dissertation préliminaire.)

« La seconde de ces figures propres au christianisme est la mère mortelle de ce Dieu fait homme. Dans la représentation de la Vierge sans tache, avec l'Enfant-IHeu sur ses genoux, l'art chrétien dut exprimer tout ce qu'il y a de plus intime et de plus tendre dans le sentiment de ia maternité, joint à ce qu'il y a de plus pur dans le cœur d'une vierge et de plus élevé dans l'amour divin ; et cette combinaison qui n'a point de rivale et qui n'avait point eu de modèle dans les œuvres du génie et de la main de l'homme, suffirait à la gloire du christianisme, quand elle ne serait que le miracle de l'art. » (Voy. le mot Vibeige-Mirir.)

« Au-dessous de ces deux grandes images apparaissent, comme figures idéales dun ordre subordonné saint Jean^ l'ami de cœur du Christ; saint Jean-Baptiste, le précurseur; saint Joseph, l'homme du peuple, choisi selon les vues de Dieu ; les apôtres saint Pierre, saint Paul, saint Jacques; avec les saintes femmes : Elisabeth, Marthe, et les Maries, et avec Madeleine, la pécheresse ; types |)ris dans les allections les plus douces, les plus intimes de la nature humaine et dans les conditions de l'humanité, de manière à personnifier sous les traits de ces héros du christianisme, tout ce que le cœur

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