‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienneChapitre 98 sur 167 · TT · texte numérisé non relu

TT

nrp

humaiD renferme de sentiments tendres , de déTOuements sublimes et de faiblesses loachantes, et non pins ces aaaiités physiques,

3ui ayaienl eu jadis leur consécration ans roiympe idéal , et leur culte dans {le monde réel des Grecs.

« Tels sont les principaux objets de Tart chrétien, dont le type primitif s'obserre dans le berceau même du christianisme. Dieu le Père se trouve seul en dehors de ce monde pittoresque, tel qu'il se trouve ébauché dans les CBUTres du christianisme naissant. Celte image, déjà si extraordinaire et si importante sous la main d*un Buffammalco, au Campo santo de Pise, si grande, si sublime dans les loges du Vatican, manque dans les peintures des catacombes, comme sur les bas-reliefs des sarcophages clirétiens.... (719).

« Il en est de même des martyrs, de ces premiers champions de la foi chrétienne, donl la vie et la mort pouvaient fournir de si nombreuses et si intéressantes imaees, et donl on s'étonne de ne trouver dans les calacomt)es, peuplées de leurs dépouilles, rien qui rappelle les souffrances et qui consacre les souvenirs, si ce n*est des couronnes^ des palmeê el quelques frag;ments de vasee de verre^ monuments si fragiles et titres si équivoques d'un si généreux dévouement 11 semble que ce berceau du christianisme, caché dans les entrailles de Rome, fur trop étroit pour contenir cette immense galerie d'images sanglantes, dont Taffreuse réalité couvrait alors la face entière du monde ro« main ; ou que la main des martyrs fût impuissante à rendre ce qu'ils étaient seuls capables de souffrir. Quoi qu'il en soit, il est certain que dans les premiers siècles de TE-

8 Use, où le martyre offrit tant de modèles, ne trouva point d'artistes. Ce qui est encore bien avéré, c'est que l'art primitif du christianisme, tel qu'il nous apparaît dans les cimetières sacrés de Rome, ne s'est exercé que sur les types fournis par la famille du Sauveur; rien d'humain ni de terrestre, rien qui n'ait été sanctifié par la présence du Dieu vivant, ne se môle a ces images augustes ; et cet idéal chrétien, tout imftariait et grossier qu'il peut être dans son exécution, ne laisse pas de paraître imposant par cette absence même de tout élémen réel, de tout sujet historique. »

£n ce qui concerne les images des deux apôtres Pierre et Paul, saint Ausustin en parle de diverses manières, lorsqu il assure

,719) Ce u'esi que dans des miiiiitures de manuscrits des IX*, X* et xi* siècles que le Père éterml ap|Mratl pour la première fois ; encore les exemples en sont-ils rares. Et le manuscrit du ix« siècle* où M. Eméiric David en a signalé deux, e^i-il encore unique. ( Voy. ses ùwaur» hUiorique$ sur la peinture modenie, p. iS, 44.

(7i0) De hœreiib,, cap. 7. Seeiœ ip$iut ( Carpo- Gratis) fuiue traditur iocia quœdam marcetlina^Quœ **ol^at imaginée Je$u et Paulin et Homert et Pythai/cmr, adorendo incênêumque ponendcCe passage de «aiut Augiistin se trouve paifaitemenl d*accord avec 1h trait si célèbre de Teropereur Alexandre Sévère, q.ii avait placé dans son Laraire, entre les imagO|

dans un de ses écrits (in Gen. xxu), qn*il n^exislait point de $on tempe de portraiti d$$ apôtres^ et que dans un autre de ses oavra-

Ses {De consens, evang.y lib. i,n* 16yil parle "images du Christ et des apôtres qui s]offraient de toutes parts à la contemplation des fidèles sur les murs peints des églises.

« Dans le premier cas, il s'agit de porirtils réels et authentiques, qui n'avaient pu être exécutés dans le premier âge de 1 Eglise, mais à défaut desquels, le sentiment religieux, toujours d'autant moins scrupuleux qu'il devient plus exigeant, n'avait pas lardé à adopter le premier modèle qu'il avait eu à sa disposition ; et c'est sans doute de ce modèle, d'origine gnostiaue, aue les copies se trouvaient déjà si multipliées, du temps de saint Augustin, et de l'aveu même de ce docteur (720).

« Dès cette époque aussi, l'on doit croire que le type de ces portraits si chers à TEglise, était fixé de manière à ne plus permaltre à la main de l'artiste ou à la piété du chrétien de s'égarer k la recherche de combinaisons nouvelles ; sans doute parce que cette œuvre de l'imitation, quelaue imparfaite qu'elle put être, avait déjk reçu le sceau de l'autorité sacerdotale. Sans attacher plus d'importance qu'il ne convient au trait de la vision de Constantin, rapporté dans une lettre du Pape Adrien [Ad imper. Corntantin et Iren,)^ concernant ces deux figurai d'apôtres que l'empereur avait vus en songe, et qu'il reconnut dtaus leurs portraits, quand le Pape saint Sylvestre les mit sous ses yeux, on doit inférer de ce trait, qu'il existait dès lors, dans le trésor de l'Eglise, un modèle consacré pour la fi^j^ure de chacun des den a()ôtres. 11 est certain, d'ailleurs, que le portrait de saint Paul, connu de saint Ambroisa. parait avoir été transmis au siècle de ce graw docteur par une tradition non i iiterromnmt et telle était encore l'opinion de saint Jefll Chr^sostome, dont on raconte qu'il aviH toujours près de lui un de ces portraits de saint Paul, en lisant sesEpltrès, afin de pouvoir fixer alternativement ses yeux el sa geaséo sur le texte et sur l'image de récriTaia sacré.

« Mais ce qui prouve encore mieux k quel point ces portraits des ai)Atres, k qoelqvt source qu en eût été puisé le type primnu( étaient ré|»andus dans les mains des fidèle^ au IV* siècle de notre ère, r'esl l'usage qm s*en faisait à cette éjioquc, pour en décorer

des philosophes et des princes les plus révérés M portraits du Chriit et d Abraham, opposés k OSB tïOrphée' et é^Apolloniui de Tnane^ el qui lear !«•• daii indistinctement un culte divin. ( Ael. Iwip. ii Alexandr. Sev., c. 29. ) En sorte qu^on ne ssMii douter que cette association bixarre n^ail ea iM dans le sein des écoles néoplatoniciennes ceauMét plusieurs sectes gnosiiques ; et de Ik on jcal n^ dure que c*cst par le Tait de ces images fwi^ata de main giiosli«|ue, que ces Cbrëtieiis se laîsiuul iiiduii-c à les adopter pour leur propre asage,k ai* sure que Topinion de rEglisese relàrkall étwmm^ rnc aversion pour les monuments de l'idolilril.

rip

TYP

D^ESTUETIQUE CHRETIENNE.

TYP

les Tases de verre de toute sorte. Le témoi-

Piage de saint Jérdme ne laisse aucun doute cet égard (721); et les nombreux fragments de verre peint, avec les portraits de saint Pierre et de saint Paul» qui ont été trouvés è diverses reprises dans les catacombes de Rome, justifieraient» s'il en était besoin! le témoignage de ce Père de TEglist.

c liais c*est surtout dans les sarcophages dirétiens du premier &ge, que Ton peut observer avec intérêt et apprécier avec certitude la manière dont on représentait les apôtres, diaprés un type conventionnel qui devait avoir acquis, a cette époque, Tautorite d'un fait consacré. Sur les plus anciens de ces sarcophages, tel que celui qui se trouve dans le coriile de 1 église de Sainte- Agnès, de la place Navone, et un autre maintenant placé dans le Musée chrétien du Vatican, Jéêu$-Chri$ty entouré de ses apôtres, apjparatt toujours jeune tt imberbe^ quelqiiefl)i8 ayant près de lui $aint Jean, pareillement doué des formes de là jeunesse ; le plus souvent, entre êaint Pierre et saint fiÊulf qui ne se distinguent du reste de leurs compagnons par aucun trait particulier, soit de physionomie, soit de costume. Tels se montrent encore sur Tun de ces monuments do temps de Constance, sur le célèbre sarcophage de Junius-Bassus (722), les deuâ? mpôtreiy debout aux côtés de Jesuê-Chriêt^ imberbef assis sur un siège curule^ avec un rouleau k demi déployé dans la main gau* cbe, et avec cette partitularité remarquable, que le Christ a sous ses pieds la partie supérieure d'une figure d'homme tenant de ses deoi mains un voile qui s'enfle au-dessus de sa tète, tel qu'on voit le ciel personnifié, sur la plupart des monuments romains du Haut-Empire. A ce dernier trait, de même qu'à tous les détails du costume, on recon- Mtt sur ce monument, dont la date est si positivement déterminée par le nom du personnage qui y fut déposé, et par Tinscriptionqui ^y lit, une réminiscence sensible des traditions du paganisme, en même temps qu'on y acquiert la preuve, qu'à cette époque du IV* siècle, le type chrétien des figures du CArtf ^ et des Apôtres n'était pas encore généralement admis sur des monuments d'une certaine im[>ortance (723).

1 Mais le i)rogres des idées chrétiennes qui suivit si rapidement la mort de Julien, se fiit apercevoir sur plusieurs sarcophages, qui appartiennent à cette époque, et qui

(7tf) Et rêvera m ipiis cucurbitis vasculorum... tmmU mpoetolomm imagine$ adumbrari, { Ajmd Buo- Mretti« YeîH anlicM, p. 75.)

(7SS) Jeau Bassus, préfet de Rome et néophyte, ■MNinil dau reierdce même de sa préfecture, sous le eontalal d'Eusebius et d^Hypaiius ; ei ce consulat est marqué dans la chronique de Cassiodore deux ce trois ans aTant la mort de Constance.

(7i3) Je pais citer encore pour preuve le céléhre sarcopbagede Saiiit-AmbroisedeBrilan dont la corneosUîon el le travail offrent, avec le sarcophage de Jean Bastos, une -similitude complète. Alleyranza, S^eri Mon. di Miiano^ ta?. 4, 5 et 6, p. 47-74.

proviennent tous du cimetière du Vatiran. Sur l'un de ces sarcophages oii le costume est encore romain (72^), te Christ^ au milieu des apôlresy oSre déjà les principaux traits de sa figure hiératique, le visage ovale, la physionomie mélancolique, la barbe courte et rare, les cheveux séparés sur le haut du front, et tombant de chaque côté sur les épaules. Saint Paul et saint Pierre se reconnaissaient de même à leur place auprès du Sauveur, et au trait caractéristique que j*ai signalé plus haut. Satn^ Jean et saint Jacques se distinguent entre tous les autres, i>ar leur jeunesse, qui exprimait si bien dans les idées chrétiennes de cet Age, le caractère de ces deux apôtres; en sorte que déjà sur ces monuments exécutés à la même époque que les verres et les peintures des catacombes, mais avec plus d'art et de mérite, les premiers éléments de l'iconographie chrétienne se montrent fixés d^une manière qui ne permet pas d';]r méconnaître une pensée religieuse, produite sous des formes consacrées.

«Si le temps eût laissé parvenir jusqu'à nous un plus çrand nombre de ces monuments de la primitive Eglise, surtout de ces ]:>6intures qui, dès le temps de saint Ambr(»ise (725),. couvraient déjà les murs des basiliques chrétiennes, telles qu'on peut à peine s'en faire une idée, d'après les écrits de Prudence, de saint Paulin de Noie et de notre saint Grégoire de Tours, telles aussi qu'on croit^ diaprés les écrits des voyageurs modernes,

Su'ii en existe encore dans quelques vieilles glises de la Grèce et du Levant, noui aurions bien des moyens de constater la marche Que suivit l'art des Chrétiens dans le développement de ces types appropriés à leur usage ; et l'intérêt de ce parallèle compenserait, en partie du moins, ce qu'aurait de pénible pour Tobservation le progrès de

1)1 us en plus sensible de la décadence. Malleureusement il ne nous est resté de ces innombrables travaux des premiers âges du christianisme, que quelques peintures des catacombes, presque entièrement évanouies, avec quelques mosaïques des basiliques de Kome, encore la plupart aujourd'hui détruites, et où Ton ne peut reconnaître dans la grossièreté même du procédé qui produisit ces images, que l'espèce de tradition sutierstitieuse, justement qualifiée de manière byzantine, qui s'imprimait dans tous ces travaux à la fois, comme un effet de l'autorité religieuse qui y présidait (726) et des mains

(724) Bottari, t. V, tav. 29

(725) On «ait que ce i^raiid aocteur avait fali décorer tout riiilérieur de sa basilique de peintures représenuut des traits de TAncien Testament, pour cliacune desquelles il avait composé des vers.

(726) Ricii u*est plus formel ni plus précis, au sujet de rinierveutioii sacerdotale dans toutes les œuvres de Tart, que le tcriioignage rendu àceté^ard par les Pères du second concile de Nicét*, qui, se Fondant sur Tautorité de saint Basile, font remonter ainsi jusqu'au milieu du iv* siècle, et considérer comme la règle de cet ordre religieux reii|H>ce de tradition dont il s*agit. Voyez ce lénoignagc tiré des

VA

TYP

TYP

sacerdotales qui s*y employaient. On sait , en effet , qu*à partir des temps où éelata la )>ersécution des iconoclastes , ce style des nouveaux Grecs fll invasion dans notre Occident, et qu*il s*y produisit à Taide d'artistes presque tous moines de Tordre de Saint-Basile» dans tous les travaux qui s'exécutèrent à cette époque dans les peintures sur mur des églises, dans les tableaux portatifs sur dyptiques, et dans les mosaïques; et Ton conçoit qu'en de pareilles mains, des types déjà adoptés par le sentiment religieux aient dû se trouver immobilisés, comme l'avaient été dans l'antique Egypte et dans la Grèce primitive les signes représentatifs des mythologies locales; car ici l'action des mêmes causes se reconnaît de part et d'autre aux mêmes résultats.

« Cette influence byzantine ne se montre

f)as moins sensit)lemcnt dans le choix et dans 'invention de toute une nouvelle classe de sujets qui étaient restés jusqu'alors presque entièrement en dehors du domaine de 1 art c*hrétien. Je veux parler des sujets de martyrey qui n'ont pas laissé la moindre trace dans les catacombes de Kome, et qui n'ont commencé à se produire dans le monde pittoresque du christianisme qu'à une époque avancée du moyen âge, offrant ainsi un double motif de réflexions par rapport aux temps où ils manquent et à ceux ou ils apparaissent. C'est déjà un phénomène bien remarquable qu'aucune représentation puisée dans cet ordre de faits et de personnages ne figure sur les monuments primitifs du christiar nisme; quele sang des martyrs, aux époques où il coulait à flots sur toute la terre, n'ait servi qu'à féconder le domaine de la religion, et que dans celui de l'imitation, la semence de ce sang généreux n'ait commencé à porter ses fruits que tant de siècles plus tard. C'est un autre phénomène non moins disne d'attention que l'apparition de ces scènes de supplices -au sein d'une société qui n'avait plus désormais rien à souffrir ni à craindre pour sa croyance; car il y a dans cette révolution du goût l'indice de quelque grave modification de l'esprit humain. Or, s'il est un point avéré, c'est qu'à Rome, dans le principal siège du christianisme , et sur les monuments de son premier A^e les êcènes de martyre furent à peu près inconnues tant que dura Vère des martyrs. Si l'on voit une représentation du martyre de saint Sébastien^ telle que le bas-relief en terre cuite trouvé dans le cimetière de Sainte- Priscille , dont il ne subsiste plus depuis longtemps qu'un dessin conservé dans la bibliothèque du Vatican (727]; ou bien une image du martyre de saint Pierre et de saint Pauiy telle que la peinture qui se voyait encore au temps de Ciam[>ini, dans la Èasilica

act«8 mêmes du concile, Concil, iVtr., n, art. 5, l.iV, col , 360, et allégué par M. Eméhc-David, Discours historiques, p. lit, note 1.

(727; Ce dessin a é;é publié par BoUari , Pitiure et icuUure, etc., t. Hl, lav. 84, p. 167, et il sunu d'y jeter un coup d*œil pour s'assurer que la coiuposition D*en saurait appartenir aux premiers slé*

Siciniana (Saint- André in Barbara)^ et que cet antiquaire, avec plus ou moins de raison, attribuait au v* siècle, ce ne sont là que de rares exceptions, dont on peut même contester la valeur. Le martyre de saint Biff^ lyte^ qui fit, au v* siècle, le suiei dTan*

t)einture d'édise à Rome et d'une hymne dft *rudence, n a pas laissé d'autre monumeni que cette hymne même du poète chrétien» puisaue la statue de saint Hippolyte, qui se voit dans la bibliothèque du Vatican, et qui le représente assis sur son siège, dans une altitude paisible et dans le costume romain du temps, sans aucun indice de violences exercées sur sa personne, est un monument purement honorifique.

« Mais nous avons acquis tout récemment, par une peinture de Tordre le plus vulgaire et par là môme plus propre qu'aucun autre à nous faire apprécier le cours des idées populaires, la preuve qu'elles se maintenaient encore, à cet égard, dans la direction qui leur avait été d*abord imprimée. Je veux parler de cette peinture d*un petit oratoire chrétien, qui s était formé aux dépens d*one portion abandonnée des Thermes de Titus, et qui fut découvert en 1812. La situation même de cet oratoire, dans un des grandi édifices de Rome, ne permet d'en assigner la construction qu'à quelque époque de décadence, où les Thermes de Titus ne servaient déià plus, du moins en totalité, h un usage public, et le mode de cette constroetion, et le style de cette peinture, qui sont des plus misérables, s'accordent avec celle première donnée pour nous faire reconnallre dans cet oratoire chrétien un monument d« vu* siècle. Le sujet est le martyre de sMft Félicité et de ses sept enfants, tous personnages romains, dont la mémoire n*avait pa man(|uer, à ce titre, de rester chère el » norée au sein de la population de Rome.

« Or, c'est encore dans Vattitud^ de Iê prière, avec la couronne à la matn, comoN dans les verres et les peintures des catacombes, que l'artiste chrétien a renrésenlé cette famuie de martyrs. Le Christ, nguré en buste dans la partie supérieure du tablean, rappelle aussi dans les principaux traits dt sa figure,le style primitif des catacombes,cl dans la couronne qu'il tient à la main le sjîn* bole habituel du martyre, admis j[iUM]tt*uon dans le langage figuré du christinniwt.

Tout est donc encore, dans cette peinture^ d'une exécution d'ailleurs si défectaense, empreint du même esprit qui avait présidée la décoration des cimetières chrétiens, où la martyre ne se reconnaît qu'à la prière. Hk christianisme qu'à des symboles a*espéraneeb d'amour et de charité.' Sur un des murs dt cet oratoire, une fiçure en pied du CMA de grandeur naturelle, était placée entre kt

des du christianisme. Du reste, il parait f martyre de saint Sébastien a éié pour lltalie lionne un sujet qu'elle a toujours affectionné «prellc s est plu à reproduire sous toutes V Ia*s images qu^on en connaît, exécutées à opoipics de Fart, avant et depuis la nn sont innombrables ; et quant au molit qui

TYP

D ESTHETIQUE CHRETIENNE.

TÏP

deux apMres taini Pierre et saint Pauly Tun et rautrt encore sans aucun attribut^ tels qu*ils apfiaraisseDt constamment sur les ▼erres chrétiens des catacombes: mais cette peîntare superflcielle se détacha de la muraiUe presque aussitôt qu'elle fut découverte; et Ton a perdu ainsi un moyen, peutêtre uniaue, de connaître par un monument original la manière dont le peuple chrétien de cet Age se figurait les principaux objets de son culte.

€ Cétâit pourtant à une époque bien peu éloignée de celle où nous sommes parvenus, que le monde chrétien allait se trouver inondé de représentations de martyres, qui devaient usurper la place des images de son premier âge. Cette révolution s'annonce à la Pn du vu* siècle et au commencement du ▼m*, par l'apparition du Crucifix^ dont on ehercnerait vainement un exemple dans les ratacombus de Rome. Mais alors il fallait se eonformer aux décrets du concile de Constantinople, de 692, qui avait prescrit de substituer, dans toutes œuvres de Tart, au langage allégorique de la primitive Église, la réalité triste et sévère, l'histoire dans toute sa rigueur, et le martyre sous toutes ses formes. La CroiXy qui n'avait été d'abord employée que comme un symbole, presque loiqours encore avec la précaution de l'orner de /l€ur«, de couronnes et de pierres frimeuses (728) ; quelquefois aussi avec le buste do Christ, s'offrit aux regards la personne tout entière de VEomme-Dieu crueifU^ vêtu d'abord, et la tête droite^ conservant encore dans cette attitude un reste, une apparence de la divinité, mais bientôt la tête abaissée vers la terre, le visage flétri par la douleur, altéré par l'agonie, tel que devait en effet le concevoir, et tel que pouvait encore le montrer l'art expirant d'un siècle barbare el d'une société déchue (729). C'était de la Crèce qu'étaient apportés à Rome vers la fin du vu* siècle (730), en petits tableaux porta* tib pareils aux dyptiques d'ivoire ecclésiastiqoesy qui eurent cours dans le siècle suiirant (731), les premiers crucifix peints que Dons connaissions par l'histoire littéraire de eel Age. C'est de là que vinrent aussi en Italie, et sans!doute dans le même temps, ces Kintures de martyres et d'anachorètes, qui *mèrent, pendant une grande partie du moyen Age, la principale occupation des artistes byzantins, presque tous moines eutmêmes et martyrs comme leurs modèles.

€ Ces artistes étaient en effet, pour la plupart, des religieux de Tordre de saint-Basile»

■ca è oeUe maUiplîQation des images de saint Sôkatlien, dès les premiers siècles de TEglise, on peut eeasaller Baronius ad ann. 680. n. 52.

(738) De là venait le nom de Crux gemmata donne à ces sortes de croix ainsi dé€oré<*8. On en a des eieoiples dan« deux peintures des calacomties, Rot* tari, Pitture, t. I, lav. 44 et 46« Tune et Tautre du cimetière de Saint-Pontian, et consëqueniment du ▼III* siècle.

(729) Ces variations su<:oes8ives du crucifix S4)nt trèi-lMen exposées par le chanoine Si'Uele, dans le» Aci, dftr Acad. rom,, t. U, |». 75.

qui, durant plus d*un siècle que se signala par des excès inouïs la fureur des iconoclastes, n'exerçaient leur art qu'au péril de leur vie, et n'échappaient souvent au dernier supplice, qu'en laissant dans les tortures

3uelque ^rtie d'eux-mêmes. De là, sans oute, l'espèce de passion, qui devint générale à cette époque pour les sujets du martyre, etqui avait quelque chose du fanatisme (73â) religieux d'un autre &ge. De pareils sujets devaient plaire à des imaginations nourries dans la solitude, surtout aa sein de ces populations ardentes de l'Orient, qui, de tout temps avaient été attirées par leur propre génie, autant que par leurs docteurs, un Basile, un Grégoire, un Chrysostome (733), vers des images de ce genre ; et l'on conçoit que ces tableaux apportés dans notre Occident par des moines proscrits, errants, mutilés, martyrs de leur art et de leur croyance, aient été accueillis par des Chrétiens restés âdèles au culte des images, avec tout ce que la société chrétienne de cet &ge pouvait éprouver encore de ferveur et d'enthousiasme. Ainsi se forma un cycle tout entier d'images pittoresques, où Tascétisme et le martyre revêtaient toutes les formes; où les épreuves et les abstinences du désert se personnifiaient comme les épreuves et les séductions du monde, sous les traits d'illustres champions de la foi, de tout Age, de tout sexe, de toute condition; où la constance inouïe d'un saint Siméon-Stylite, les exploits merveilleux d'un saint Georges, l'austère et studieuse retraite d'un saint Jérôme, avec le lion pour unique compagnon de sa solitude, et l'univers chrétien pour auditeur de son génie ; la mort affreuse de tant Je confesseurs et la longue agonie de tant d'anachorètes, réalisaient pour le mo.ven Age enchanté, tout un monde héroïque, et si je l'ose dire, digne de soutenir le parallèle avec rOlympe poétiaue des Grecs, si l'art eût été au niveau de l'invention, et si le talent eût répondu à la foi. »

Nous croyons avoir suiGsamment établi, dans plusieurs articles de ce Dictionnaire, et dans celui sur la Peinture en particulier, que le talent des artistes du moyen Age fut à la hauteur de leur foi naïve et sublime. Leur Olympe, qui heureusement n'avait rien de commun avec celui des Grecs, lui était bien supérieur, et pour la variété, et pour la no-: blesse, et pour la perfection des personna-:

Ses qu'ils représentaient, et pour la gran-' eur de Thorizon dans lequel il les faisaient mouvoir. Inutile de revenir ici sur les con-

(730) GofïfDemitrat. cap, J,ChrisiOterucif,tC.S^ I I et 5.

(TA) Buonarotti, Dittico lacro, etc., p. 265-Sd4.

(752) Les martyrs de la reliffion, à quelque Age qu*ils aient appartenu, furent des héros, mais Jamais (les fanatique*, Ceiie dénomination ne convient qu*à des sectaires. (Note de rauieur,)

(755) S. Basil., Ilom. il,\nBarL ITarl.; et Hom. 19, in iluadr. Marc, Op.. tom. H, p. 141 et 149. S. Grcg. Nyss., Oral, de .S. Theod. Mart., t.ll.p.lOfI; S. Ghrysost. Encom, S. Melei. Hom. 47, Op. t. YIl.

TYP

TYP

sidérations que nous avons exposées à l*appui de cette thèse qui rallie chaque jour de nouveaux paitisans. Seulement, nous rappellerons que c*est précisément pour avoir em- •brassé les traditions de ce môme Olympe

§rec, après avoir abjuré celles des artistes u moyen Age chrétien, que ceux de la Renaissance et leurs successeurs ont amené la décadence de Tari. Au mot Peinture, nous avons relevé certains aveux remarquables k ce sujet. Nous pouvons y ajouter celui de M. Raoul Rochette lui-même, tel qu*il le formule clairement dans les conclusions finales de sa Dissertation, si intéressante, d'ailleurs, k bien des égards, sur les types chrétiens. Ces conclusions finales, il les fait précéder d'un tableau animé de la renaissance de Tart chrétien aux xiii* siècle et suivants, que nous sommes heureux de repro- • duire :

c A la voix des pontifes , au sein des Etats libres, toutes les idées chrétiennes se produisent en foule dans le vaste champ

Îu'avait embrassé la grande trilogie du ^nte. Entre les mains d*un Giotto, d'un Orcagna, d'un Nicolas et d'un Jean de Pise, tous ces typessacrés restés inertes dans la longue léthargie du moyen Age (73i),*commencent à s'animer et k se mouvoir. Le Sauveur reparait avec tout son caractère ; la Vierge^ avec toute sa pureté; comme si, au sortir de ces profondes ténèbres du moyen Age (735), il s'agissait encore pour l'un, d'une ascension nouvelle, et pour l'autre, d'un nouveau triomphe. Tout respire, tout vit dans le domaine du christianisme, par les travaux da Tart qui le féconde. Les apôtres, les martyrs, le> docteurs renaissent de toutes parts k une existence qui n'a désormais plus rien k craindre, ni de la main des hommes ni des atteintes du temps; et déjk dans la Mon de la ioinie Vierge (736), de Giotto, se trouve recréé en traits impérissables tout le monde idéal du christianisme, chacun avec son caractère, son Age, son costume, et déjk le Triomphé de la mort^ d*Orcagna, au Campo^anto •de Pise, annonce le Jugement dernier^ de Michel-Ange (737). Tout marche dans cette voie nouvelle, avec un ordre, un accord, wm régularité admirables, toujours sous la double et puissante influence de la religion et de la liberté, sans que l'art moderne, qui devait tout au christianisme, empruntât encore presque rien k Tantiquité, sans que le respect des traditions fit rien perdre k Tindé- ()endance du talent et k l'originalité de Tartiste ; et cette longue et brillante carrière où chaque i)as, dans Ta même route, est marqué par un nouveau progrès ; où tant de talents

(754) Nous avons déjà exprimé notre manière de Vi>ir sur cette prétendue lâbargie du moyen &ge; nous ferons observer, à propos de ce dernier mot, que Giotto, Orcagna, Nicolas et Jean de Pise, appartiennent tout aussi bien au moyen Age que leun i>rédécesseurt les b]fuintins , dont l'école est générsilemeiit trop décriée par les partisans du iiaturalituie dans I art chrétien. {Noie é$ Vauieur.)

4735) Voy. la note d-destus.

(75t>) On sait* par le téjiioignaae de Vasarl, que ce tableau fit Padmiration de Michel-Ange. Voy. la

divers ne cessent de puiser k la même source ; où partout des hommes doués de CkoItés si ditférentes, mais animés du mâme esprit, tels que Francia et Ghirlandaio, Pinturrichio et Pérugin, Montegna et MasaaiOf se trouvent arrives presque en même temps, si près de la perfection ; cette carrière, remplie de trois siècles de travaux et de cbefi^> d*œuvre, tous chrétiens, par le sujet, par la physionomie, par le costume, aboutit enfln A Fra-Rartolommeo, k Léonard de Vinci et k Raphaël, par les mains desquels s*e montre dénnitivement accompli le triomphe des idées chrétiennes, dans le miracle môme de rimitation (738). »

Voici maintenant les conclusions fort Justes en ^oi, mais un peu inattendues, si os les rapproche des prémisses posées jtar l'auteur:

« L'art moderne touche k peine au point le plus élevé de sa carrière, qu'il se trouble» chancelle, et tombe dans la manière. Du vivant même de Raphaël, et pour ainsi dire sous ses yeux (739), des artistes, tels que Michel-AngeetCorré^e, Vun, (;énie puissant et hardi, mais capricieux et bizarre, l'autre» naturellement enclin k porter la recherche dans Toriginalité» et l'afféterie dans la grAce» tendaient, en se livrant k leurs propres inspirations, k s*écaner des routes anciennes et des traditions consacrées. Ce que de pareils hommes avaient fait, par la seule imfmlsion de leur nature, devint un api)Al pour e caprice de la médiocrité; leurs talents qui avaient ajouté tant de séductions k leur exemple, ne pouvaient servir d'excuse k ceux qui le suivaient; et leurs défauts, de plus sa plus sensibles chez leurs imitateurs» continuèrent de corrompre le goût.

« A cette époque aussi, l'anarchie oui s*f> tait introduite dans l'Eglise, nar reSèt di protestantisme, se glissa paria même voie jusque dans le domaine de l'art. Avec le trouble qu'elle porta dans les croyances ehré» tiennes, s'affainlit encore davantage le colla des types primitifs et des traditions hiérad* ques, qui avait été l'une de ces croyaoees; et Tartiste, qui avait besoin de la foi poar Texécution comme pour l'effet de son oa* vrage, perdit avec elle le principal ressort de son talent. L*étude même de l'anticraitéi presque toujours mal dirigée, devint a soa tour une nouvelle occasion de méprises, qm nouvelle cause de désordres. En cherebanl k retremper Tart chrétien dans l'imitation de I anti(]ue, Técole desCarraches tenta une ea* treprise impossible et malheureuse, et la Madeleine du Guide, dans le caractère d*i

VU de Giotto, t. U, p. 502, éd. de Milan , iaM.

(757) Avec cette différence que celui-ci ne pi»nit, tant 8*cn faut, au même degré qee TaetieliS véritables conditions de respression chrélienn les sujets religieux. (Note de rauUur.)

(758) Tupe» imitaitfê, p, 66, 67.

(759) N est-ce pas Rapbaél lui-mèae qui a l; higiial de Tabandon des types biéralijaet, iU |pr Kuito, de la dét^adence de Târt cbréUenf Vaf • ^ TCRU. (Note de Cauîeur»)

VAL

VAL

Niobéf aTait presque cessé d'appartenîr au christianisme, sans appartenir, pour cela, à l'antiquité.

« Ce fut bien pis, quand la raison même et la philosophie essayèrent^ par les mains sa- Tanles du Poussin (740), de donner aux sujets chrétiens une sorte de physionomie et de costumes antiques; lorsque, plus tard et presque de nos jours, la science et Tenthou- ^iasme de Tantiquité allèrent jusqu'à proposer par réloquente voix de Winckelmann, de prendre le type d*uue statue grecque pour celui de la figure du Sauveur (7M). Pour prérenir Teffét d'une erreur, j'ai presque dit aune hérésie si grave en matière de goût, il eût fallu un nouveau miracle comme celui (JeGennadius; mais le siècle avait cessé de croire aux miracles, et Tart lui-même avait cessé d'en produire.

mais

€ C'est de ce point de vue, qui ne s'est jalis présenté aans Thistoire de l'art anti-

3 ne» qu'il faut envisager celle de l'art moerne, à partir de Raphaël jusqu'à Menys,

et sans sortir de Rome, pour comprendre tout ce que cet art a perdu, en renonçant h ses anciennes traditions, en s*éloignant dp la voie sacrée qui l'avait conduit, sans déviations, sans écarts, de succès en succès et de chefs-d'œuvre en chefs-d'œuvre, de Giotto à Raphaël ; c'est là qu'il faut se placer, pour apprécier tout ce que l'indépendance du goût individuel, qui suivit l'abandon des types chrétiens, la passion déréglée des idées nouvelles, jointe à l'application irréfléchie des modèles antiques, ont causé des perturbations dans la destinée d'un art dont la marche avait été d'abord si sage, si droite, si régulière; pour juger enfin, s'il est possible, quel sort lui est réservé sur le domaine de plus en plus rétréci où il se débat, sans force et sans conviction, entre des réminis* cences chrétiennes et des imitations antiques, entre les systèmes de la science et les caprices de la mode, entre les inspirations d'une poésie surannée et celles d'une réa* lité sans charmes. »

DCELIX) (Paul). Peintre florentin, né en 1389; mort en 1472. Foy. Peintubb.

VALENCE (Cathédrale de). Si nous consacrons un article à ce monument, c'est à «Aose de sa beauté réelle, beauté peu appréeîée du vulgaire, mais incontestée par les archéologues les plus célèbres, maintenant qnu'iis ont pu l'admirer sur les lieux. Tous s accordent à regarder la basilique Saint* Apollinaire, comme une des plus belles, des piiis complètes qui aient été érigées durant le XI' siècle, époque d'une véritable renaissance de l'art. Quoiqu'en disent la plupart des Guides ou Itinéraire$ de France, d'après quelques lignes aussi inexactes qu'insuffisantes qu'ils copient mot à mot des Esquisies Uêioriques sur Valence (742), la C/athédrale de cette ville n'en occupe pas moins lin rang distingué parmi les nombreuses églises de répoque romane secondaire à laquelle elle ajpiiartient. Ce rang, elle y a droit, autant par 1 importance de ses dimensions que par la poreté, l'unité et le caractère franchement

(740) Yoy. à ce sujet des fragments d*une lettre an Puussiii, qui nous ont été conservés par Félibien jaas ses Enirelien$ $ur le$ vies et les ouvrages des pebêins^ et qui se retrouvent dans la nouvelle Coihctim des Ulttes du Pouuin, p. 95, Paris, l8ii.Ce graad petqtre s^y défend des reproches faits à la finie dii Ckrisl dans son Ubieau de Saint-François #mrr, au noviciat des Jésuites, ligure où ses enne-

trêof aient de la ressemblance avec un Jupiter Ml, ei qu*il n*avait pas dû imaginer, ce sont .— arojpres expressions, avec un visage de torticolis 9iÊée P. Oouillet. Mais ce n*est Ui qu^une assez mauvaise excuse.

(741) Histoire de Part, liv. iv, cb. «, J 65, t. I,

accusé de son styie arcoitectural. 11 parait qu'elle fut toujours sur remplacement qu'elle occupe aujourd'hui. Les nombreuses inscriptions et antiquités romaines qui ont été recueillies dans ce quartier , s'accordent avec les documents historiques pour nous indiquer qu'il ne cessa d'être le plus important de la cité. Il était donc naturel de le choisir de préférence aux autres, pour y établir Téglise-mère dans une ville qui, a cette époque gallo-romaine, jouait certainement un rôle considérable.

Il résulte de la légende de Saint-Apollinaire, évèque de Valence aux v* et vi* siècles, et devenu plus tard le patron de la cathédrale, insérée dans le martyrologe gallican édité par André de Saussay, en 1637, que l'église actuelle fut élevée pendant le XI* siècle, plus grande et plus belle qu'une autre qui existait sur le même emplacement,

ou tout près de là, sous le vocable de saint

p. 59S-94, éd. franc.

(742) Feu M. iules Ollivier, auteur de ces EsquisseSf était certainement un écrivain d'une érudition historique peu commune. Malheureusenieut Tarcbéologie n'éUit point son fait, car il en ignorait même les premiers éléments. C*est ce qui expliqua les lourdes méprises qui lui sont échappées dans auelques-UDS des rares passages où il 8*est occupé des monuments. Ainsi, Il reproche k Téglise Sainte- Apollinaire, comme un grave défaut, d*éire privée de tribunes, comme s*il s*agissait d*une église du style ogival, nui admet toujours cet appendice, Undis qi a dans celles du style romaa, unis que celle doet û s^agii, on ne le rencontre que par exception.

VAL

VAL

7lt

Etienne, et qui est qualiGée d*église majeure, majoris Ecclesiœ. Or, on sait que c'était soas ce titre qu'on avait coutume, à cette époque, de désigner les cathédrales. La cause de la reconstruction de celle qui nous occupe, fut, d'après le même martyrologe, le désir qu*on voulut réaliser, d'élever une basilique, digne par sa grandeur et sa beauté, de recevoir les reliques de saint Apollinaire, des saints martyrs Félix, Fortuuatet Acbillée, apâtres de la cité. Elles y restèrent, en effet, déposées sous un splendide maitreautel, jusqu'à l'invasion des réformés, qui les dis))ersèrent et endommagèrent gravement le temple saint où elles reposaient.

Complètement terminée en 1005, la nouvelle cathédrale fut solennellement consacrée le 6 août de la même année par le Pape Urbain 11, assisté de Gonlard, évêque de Valence, et de onze autres prélats. C'est ce

3 ai résulte de l'inscription commémorative e cet événement, qui fut gravée sur une table de marbre et qui subsiste encore de nos jours (7M).

Située sur un plateau qui domine le Rhône et le faubourg de la Basse-Ville, la cathédrale de Valence est, comme la plupart des basiliques construites à cette époque, orientée au levant. L'entrée principale, à rouest, est la même que celle du clocher, dont la base lui sert de vestibule par lequel on pénètre dans l'église. On sait aue cette disposition, rarement pratiquée dans les églises de la même période, est particulière àquel-

aues-unes d'elles, telles que Notre-Dame es Doms à Avignon, Saint-Philibert de ïpurnus et la Madeleine de Vézelai. Seulement, ùs^ ces deoT dernières, le porche, à raison de ses vastes dimensions, devient un véritable anti-temple ou pronaos.

Cette disposition de notre cathédrale n'a cessé d'exister, malgré les diverses reconstructions de son antique clocher. Celui qu'on est en train maintenant d'édiGer, offre une conception des plus grandioses. 11 n'y a actuellement de termine que le porche, œuvre capitale en fait de restauration dans le style roman secondaire, le plus pur, le plus relevé. Dans son ordonnance généraje, comme dans le genre de ses colonnes et le caractère de ses moulures, il est la reproduction exacte de tout l'édifice, y compris l'ancien clocher.

11 présente sur ses quatre faces autant de grandes arcades, chacune à plusieurs cintres décroissants, ornés des moulures caractéristiques de l'époque. Immédiatement au-dessous do l'imposte, les cintres ou archivoltes reposent sur des colonnes correspondantëSt aux chapiteaux variés et. du plus beau travail. 11 y en a trente deux, tant à Textérienr qu'à l'intérieur. Au-dessus 'des arcades on voit un rang de fenêtres romanes géminées* mais beaucoup moins. grandes. Enfin, une magnifique corniche très-saillante, soutenue par des corbeaux ou modillons formés de figures grimaçantes singulièrement expressives et d'un haut relief, couronne ce vaste porche qui a cinquante pieds de baatenr sous voûte, et qui est tout de marbre de Crussol. Il en est peu qui offrent autant de richesse, quant au choix des matériaux, an» tant dh fini dans les détails de sculpture, n^ tant d'ampleur dans le caractère et autant de vigueur et de fermeté dans l'exécution (Ifcl).

Extérieurement, le corjps de la basilique ne présente de remarquable que le bras septentrional du transept et toute la gracieuse abside qui est on ne peut mieux caractérisée.

Elle offre deux parties bien distincies quant au plan, mais harmonieusement liétSf quant à l'ensemble : la supérieure, qui est celle du chœur proprement dit; l'inférieure qui est celle des chapelles rayonnantes* et qui fait saillie au-dessous de la supérieure, à cause du prolongement des bas-côtés. Chacune de ces deux parties, terminée en demicercle, présente un système de fenêtres romanes correspondantes. Celles de la partie supérieure sont ornées de deux élégantes colonnettes aui en supportent les cintres, el au-dessus d elles, on voit établies perpeodî* culairement de petites fenêtres simulées» à baies géminées, avec une colonnette détachée au milieu. La partie inférieure ooibprend les chapelles absidales ou rayonnantes au nombre de sept, ornées chacune dedett colonnes engagées au tiers, avec leurs chapiteaux. Tout cet extérieur absidal, qui iaA% comme tout le restant de l'édifice, en pierres de taille de moyen appareil et (tartaiteineal ajustées, offre un aspect aussi régulier que gracieux. 11 est bien à regretter que leseoos» tructions parasites ( lio ) successiveawnl

(745) Voy., entre autres documents qui conflrmeiit ce faiit, les Ce$ta Vrbani II papœ, dans dom Buuquet, l. XIV, pag. 682. Les mêmes documents nous apprennent que le premier patriarche latin d*Aiitiocne fut un prèire de cette Eglise uoinmé Bernard, que le pape Urbain II avait emmené avec lui au concile deClerroont, avec Tévéque Gontard, el qui avait ensuite accoifipagné, en qualité de secrétaire Adhémar, évéque du Puy, légat du Saint* Siégé 'dans la croisade.

(74i) Le dessin en a été Tournî par M. L. Bailly, arcliîteete de Paris ; les mdlilures sont dues au ciseau de MM. ***, choisis parmi les sculpteurs de Notre-Dame de Paris. Indépendamment des plus beaux modèles de chapiteaux qu*ona pu trouver sur les lieux, on en a fait venir de Bourges, de Chartres

et d'ailleurs. RiCn n a été épargné pour faire et Cl porche un véritable type du genre, il reste caceieà sculpter le fronton demi-circulaire de la perle 4*ca- Crée, qui représentera iésus-€hria an Milieu dis

Î|uatre symboles évangéliques , el au-deaseus Ht rise sur laquelle seront pçwré% les douxe aplMI avec leurs divers attributs. (745) Parmi ces nouvelles construcUeus Ine

celle de la sacristie, du xui* ou du xiv* .

la belle voûte ogivale ne saurait racheter l*BMMii| nient que nous regrettons. On sait qu^eu reuMUlH au xn* siècle et au-delii, les églises caihédrilijr# collégiales n*avaient poini de sacristie. Ou i "" alors les babiu de chœur dans les cellules traies qui touchaient à la basilique* el les sacerdotaux dans les ch^lcidiques des

VAL

D ESTHETIQUE CHRETIENNE.

VAL

adossées à ses <1eux cdtés et formant un angle rentrant avec les deux bras du transept, dérobent à la vue les archivoltes et les chapiteaux des colonnes de plusieurs fenêtres dont les moulures sont traitées dans le goût le plus riche, le plus délicat.C'est d'autant plus à regretter que, par une fiorte de fatalité, les parties les plus nues de TédiBce sont celles qui ont été le moins obstruées perces malencontreuses juxtapositions (746).

Intérieur de la cathédrale.

lorsque, du porche grandiose qui est audessous du elecher^ on pénètre dans la nef huit fois séculaire, on voit se dérouler deirant soi, un intérieur plein de gr&ce et de majesté. Ici, plus de juxtapositions, plus de disparates qui offensent les regards, comme à l'extérieur, mais au contraire, un ordre, ene harmonie, une unité, qui vous satisfont fileiooment, à la vue de ses lignes si pures, si régulières. Les yeux se [)ortent tout d'abord vers le fond de cette abside transparente du doux éclat de ses deux rangs superposés de Tîtraux peints. Ils sont en même temps eaptirés par Theureux effet de ces arcades mauresques en fera cheval très-allongé, sur lesquelles repose la voûte de l'abside supérieure, et que supportent de belles colonnes de marbre ou de granit, bien espacées entre eHes, et formant autour du sanctuaire une ▼raie couronne par leur harmonieux contour (747). Remarquons qu'à mesure gue nous nous avançons dans la nef, l'abside se développe et laisse apercevoir d'autres chapelles rayonnantes avec leurs vitraux peints qu'on ne ][K)uvait distinguer du bas de l'église. Arrivé en face du maître autel , on saisit [parfaitement l'ordonnance de l'édifice en croix latine , qu'accuse principalement on transept bien caractérisé et offrant une longueur dans-œuvre de cent pieds environ. Ce transe|)t sépare le sanctuaire du chœur qni est de médiocre dimension, mais dont la perspective est agrandie par le jeu des colonnes et des arcades à jour qui le contournent et l'unissent au pourtour de l'abside, formé |>ar la prolongation des deux bes-cûtés. Considéré à ce point de vue, le clMBur est véritablement grand , même quant à la surface matérielle.

Les trois nefs, dont les deux latérales ont presque la hauteur de celle du milieu, sont séfiarées ()ar treize piliers très-élancés, ornée i leurs quatre laces de colonnes enga-

ns les diacaniques (dtaconîtim) qui étaient à droite SI à gaïu'he de la iribuiM ou abside.Ce ne lut qu'au xiif" siècle, époque d*altération hiératique sous plurapporis, que Hlniroduisit Tusags des sacris-

(Tie) On les blâme encore plus vivement lorsque, teétsfessopérleurtdet maisons voisines, on con- Mlre ces belles moulures ainsi que cette forme si tm\m%uii et si prononcée de croii latine qui donne àraaicrievr du monument tant de ressemblance ams celui de la CAtbédrale de Pise.

(947) Noos supposons le mattre-autel au Tond de rakidt cl le cbttur rejelë en svsnl du sanciuaire.

gées aux deux cinquièmes de leur diamètre. Ces colonnes, surmontées chacune d'un élégant chapiteau aux riches feuilles d'acanthe, supf)ortent elles-mêmes les arcs-doubleaux de la grande voûte, en même temps que ceux des cintres qui la séparent des bascdtés, et au moyen desquels elles sont réunies en longueur. Les nefs sont éclairées J'usqu'au transept, par seize grandes fenêtres i plein cintre, pratiquées dans les murs très-épais qui portent les voûtes des bascôtés. Ces fenêtres, garnies de grisailles en arabesques, sorties des ateliers de M. Tbévenot ae Clermont, sont ornées chacune de deux colonnes dégagées qui supportent les retombées de leurs arcs inférieurs. A ce système de grandes fenêtres en succède, à partir du transept, un autre de moins grandes , mais superposées en deux rangs, qui forment une double ligne non interrompue depuis le croisillon méridional du transept jusqu'au septentrional inclusivement» en y comprenant celle de Tabside, dont les vitraux sortis également des ateliers de M. Thévenot de clermont, sont presque tous à personnages (7J^8}.

Quant aux moulures, l'intérieur de Tédifice, traité avec assez de sobriété sous ce rapport, n'en offre guère d'autres que celles des nombreux chapiteaux des colonnettes des croisées et des quatre colonnes engagées dans chacun des seize piliers qui soutiennent les voûtes. Ces chapiteaux, presque tous d*un goût différent , sont sculptés en feuillages d'espèces diverses qui se rapprochent généralement de la teuille d'acanthe; ils sont tous d'une bonne et belle exécution, et attestent également Tinfluence du voisinage des monuments romains.

Nous ne parlerons des tableaux trop nombreux qu'on voit dans cette cathédrale, que pour faire remarquer combien ces cadres de toile peinte brisent désagréablement les lignes architecturales d'un édifice, et en altèrent par conséquent l'harmonieuse unité. Ce défaut est particulièrement sensible dans les églises romanes, toutes en arcades et en colonnes, comme celles dont il s'agit. Aussi ferait-on bien de n'admettre, comme autrefois, dans nos temples, que des peintures liées par leurs dispositions à l'oraonnanco architecturale de Tédifice. C*est ce qu'avaient admirablement compris les anciens peintres à la fresque. C'est ce que comprennent en* core généralement aujourd'hui , quoiqu'on en dise, les artistes et les ecclésiastiques ita-

comme cela existait primitivement et comme on a Tintention de le rétablir.

(748) Les deux principaux sont celui du fond du chœur et celui du fond de Tabside. Le premier représenie le Christ entouré des quatre symbolM des evangélîstes; le second, consacrée la Vierge, a pour sujet Tinstilution du Rosaire par saint Dominique. Les autres représententiles saints martyrs et evèques fondateurs ou patrons de Téglise de Yalcnee. '

Cette cathédrale est la première des églises de France qui ait reçu dans ces derniers temps uu sYstéme complet de fenétragc c& verres de couleur.

VAL

Page 1