DE L'ÉTAT ACTUEL DE L^ART RELIGIEUX
En FRANCS (899*).
« L'étude des monuments religieux a ranimé parmi nous le sentiment et le goût de Tart cnrétien. Ce sentiment à bientôt tourné au proGt du christianisme lui-même. £n apprenant è comprendre, à admirer nos églises, on est devenu presque juste, presque affectueux pour la roi qui les a élevées. C*est là xji retour un peu rutile vers la religion, retour sincère cependant, et qu'il ne faut pas dédaigner. L'art rend ainsi aujourd'hui à la religion quelque chose de ce qu'il en a reçu jadis (900]. m Ainsi parlait, il y a peu de temps , aans une occasion solennelle, un homme dont la patrie s'honore, bien que malheusement la religion ne puisse le compter parmi ses fidèles. Ces paroles expriment avec noblesse une vérité généralement, mais vaguement sentie. Plus que personne leur auteur a contribué à ramener en France le sentiment de l'art religieux, d'abord par le nouveau jour qu'il a jeté sur l'histoire des temps où cet art naquit , et ensuite par ses généreux efforts, pendant qull était au pouvoir, pour sauver et populariser les débris de notre ancienne gloire artistique. Un immense changement s'est opéré dans les esprits depuis le temps oiïi nous nous sentions excités a élever une voix humble, inconnue et presque solitaire, contre les Vandales de diverses espèces gui dévastaient les monuments de notre foi et de notre histoire (901). En peu d'années tout a changé de face. La révolution de juillet, en portant le dernier coup à l'ancien régime dans le présent et
(899*) Cet essai sert d'introduction à la collection de? Monuments de V Histoire de sainte Elisabeth , publiée par M. A Boblct.
dans l'avenir, a donné un nouvel élan h Vétude et à l'appréciation de Vancienne France dans le passé, non pas dans le passé bâtard et inconséquent des derniers siècles, mais le passé de cette grande époque où le christianisme régnait sur l'&me et le corps de Thuluanité.Le nouveau gouvernement s'est rangé franchement du côte du petit nombre d'bouimes qui, inspirés par les éloquentes invectives de M. Victor Hugo, essayaieni de lutter contre le torrent des dévastations. Usant avec une salutaire énergie de leur puissance, M. Guizot et ses successeurs à Tintérieur et à l'instruction publiquo ont étendu Ie9> brts immenses et inévitables de la cenlralîsatioii
Eour arrêter le marteau municipal et ta rosse fabricienne, en même temps qu'ils ont créé et encouragé de vastes et importantes publications, destinées à tirer de la poussière et è révéler au pays tes antiques trésors de son art national. Noble et bienfaisant exemple qu'il appartenait au pouvoir antérieur de donner, et qu'il faudra bien, Dieu merci, suivre à l'avenir. D*un autre côté, une étude plus approfondie de l'étranger a produit rapidement des résultats tout à fiiit inattendus. En voyant de plus près les mceurs et la science de FAIlemagne et de l'Angleterre, on s'est aperçu du profond respect et de la tendre sollicitude que ces grandes nations professent pour les monuments de leur passé; la pensée s'est naturel lemenl reportée sur la patrie, et ou a reconnu avec surprise et admiration, que la France renfer-
(900) Discours de M. Giilzot â Ta Sociélé des Antiquaires de Normandie, en août f S37.
^901) Du vandalisme en France (Yoyk plus baat.
APPENDICE. — DU YAffDAUSME ET DU CATflOUCISME DANS L*ART.
flf4
mait encore dans ses villes de province des cathédrales plus belles, loaSgré le triste dé- Dûment des unes et le fard ridicule des autres, que les plus célèbrescatbédrales de l'An» fleterre. On a trouvé dans la poudre de ses ibiiotbèques des poèmes plus originaux , f)ltts inspirés que tes épopées les pluspopuaires de TAllemagne. On a vu encore les manuscrits de ces poèmes souvent ornés de mimatnresplus fines, plus gracieuses que les pltts vantées du Vatican. On est arrive ainsi a comprendre et à découvrir que, même en France, il avait existé un art, une autre beauté que la beauté matérialiste et l'art païendu siècle de Louis XIV et de Fempire. Cette découverte renfermait implicitement celle de Yart religieux. Nous n'hésitons pas à employer ce mot de découverte, parce qu*une réhabilitation aussi complète, aussi fondamentale que ceUe qui est exigée pour Tari religieux vaut bien l'invention la plus difficile. Malheureusement cette découverte n'a guère été faite que par des gens de lettres ou des voyageurs. La faire passer dans la vie pratique, la faire reconnaître par les artistes ou ceux qui aspirent à le devenir , la iaire comprendre par ceux c|ui commandent ou qui luoent les oeuvres dites d'art religieux, c'est là le difficile, mais c'est aussi là ressentie!; car à l'heure qu'il est, il n'y a pas d*art religieux en France, et ce qui en porte le nom n'en est qu'une parodie dérisoire et sacrilège.
Ge n'est pas assurément que la matière de Tart religieux manque aujourd'hui en France plus qtt*en aucun autre pays ou à aucune autre époque. Il y a une religion en France qui compte encore des millions de fidèles; or toute religion qui n'est pas née à Tétat de secte, comme le protestantisme, a toujours donné la vie à un art qui pût lui servir d*organe, parler son langage à l'imagination et au ecBur de ses enfants, trad oire ses dogmes en images vénérées et chéries, enfin parer ses rites et ses cérémonies d'un attrait mystérieux et populaire. Ce que la religion des Hindous, des Egyptiens, des Grecs, des Mexicains a fait, la religion catholique l'a fait aussi, mais avec une splendeur et une puissance à nulle autre égales. Notre patrie est couverte des produits de l'art catholique, qui ont survécu à trois siècles de profanations, d'ignorance et de ravages. Pour un Louvre, pour un Versailles^ dont la France s'enorgueillit, elle a cent cinquante cathédrales , elle a ^ix mille églises qui remontent aux temps où régnait le véritable art chrétien. Ces cathédrales et ces églises, malgré leur pauvreté et leur nudité actuelles, ou plukAtà cause de cette nudité, offrent aux peintres et aux sculpteurs le champ le plus vaste, et presque le seul, pour leurs travaux ; car on ne pourra pas avoir le bonheur et la gloire de faire un musée de Versailles à chaque règne, et où trouver aujourd'hui des ))articuJiers oui remplacent pour Tart les princes et les prélats d*autrelbis ? Ces églises ouvrent l'haque jour leurs portes à une foule plus ou moins nombreuse de personnes, qui y voient
avec intérêt et émotion les représentations des objets de leur culte et de leurs croyances, et qui jie demanderaient pas mieux que de s'y intéresser avec ardeur et enthousiasme, si l'on prenait la peine de donner à ces représentations une valeur réelle et de la leur expliquer. Ce n*est donc pas, nous le répétons, la matière qui manque en France à l'art religieux; ce qui lui manoue, c'est la foi, c'est la pudeur chez la piu|)art de ceux qui en sont les prétendus ouvriers. Ce qui importe, c'est de dénoncer aux hommes sincères et conséquents l'étrange abus qu'on fait des mots et des choses , dans un ordre d'idées et de faits qui exige plus de conscience et plus de scrupule qu*aucun autre. Ce qui importe encore, c*est de mettre à nu les plaies qui gangrènent l'application religieuse de Tart, afin que la partie saine de la jeune génération d^artistes qui s'élève puisse en éviter le contact et la honteuse contagion.
Mais, avant d'aller plus loin, répondons d'avance en deux mots, à une multitude d'objections et de reproches qui pourraient nous être adressés. Qu'on le sache bien, nous n'entendons nullement parler de l'art en général, mais uniquement ae l'art consacré a reproduire certaines idées et certains faits enseignés par la religion : tout le reste est complètement étranger à nos plaintes et à nos invectives. Nous n'empiéterons pas sur cette vaste extension d'idées qui comprend aujourd'hui, sous le nom d'artistes, jusqu'aux coiffeurs et aux cuisiniers. Nous ne prétendons en rien intervenir dans les grandes transformations, dans le rdie humanitaire que divers critiques et philosophes assignent à l'art, d'abord parce que nous n'y croyons pas, ensuite parce que nous n'y comprenons rien, enfin, et surtout, parce qu'il n'y a rien de commun entre tout cela et le catholicisme. En effet, le catholicisme n'a rien d'humanitaire^ ri n'est que divin, à ce que nous croyons; du moins il n'est nullement progressif, il est encroûté (pour me servir d'un terme familier et emprunté à l'art); d'où il suit que les œuvres d art cfu'il est censé inspirer ne doivent et ne peuvent être qu'encroûtées comme lui. Plein de respect pour la critique et |)Our la philosophie, nous leur laissons le domaine intact et l'usage exclusif de tous les.iableaux de batailles, de touteslesscènes historiques, des marines, des paysages, de la peinture de genre dans toutes ses intéressantes branches : nous leur laissons les masses d'infanterie et de cavalerie savamment échelonnées , les assemblées populaires et politiques d'hommes en frac ; les intérieurs, les cuisines, les plats de fruits avec des mouches qui en dégustent délicatement le suc: le lever et le coucher des grisettes, les pécheurs d'huîtres, les intérieurs de chenil, les belles dames en robe de satin, et les notabilités municipales en habit de garde national, en un mot, tous les sujets qui, depuis la renaissance, inspirent la peinture moderne et réjouissent le public civilisé; nous ne nous réservons ab-r
NGTiONNAiRE D^ESTHETIQDE.
sulument que le droit de parler sur le tout petit coin qui est laissé à J'art religieux, ou, pour patler plus justement, à )*art catholique, ou encore, pour être intelligible aux nommes les plus éclairés, à Tart concentré dans le domaine du fanaiUme et de la êupers^ tition.
Qu'on se rassure donc, il ne s'agit nullement pour nous de savoirs! Tart en général sera catholique ou non. C'est là tout bonnement la question de la destinée du monde. 11 est certain que si la société tout entière redevenait catholique, l'art le serait aussi, bon gré mal gré ; mais il est également certain que, si cela arrive jamais, ce ne sera 1>as de nos jours, et aue tout le monde aura e temps d'y penser. Quant à nous, nous ne nous occupons que du présent, et voici ce que nous en disons : il est de fait qu'actuellement en France i4 y a beaucoup dliommes fanatiques et superstitieux, dits ca(Ao/tques, et que ces catholiques ont des églises vastes et nombreuses, publient des livres de piété illustrés f ornent des chapelles et des oratoires, pour lesquelles églises, oratoires, chapelles, livres illustrés et autres, les artistes de nos jours, grands et petits, font tous les ans une foule de tableaux, estampes, lithographies, statues, bas - reliefs en carton - pierre et en marbre. II semblerait, au premier abord, que tous ces divers objets d'art, étant à l'usage exclusif des gens religieux, dussent t>orter quelques traces de Tesprit de leur reigiou même. Eh bien Mi n'en est rien. Au milieu du fractionnement général de la société, fractionnement que l'art a suivi de manière à administrer à cbarun selon ses besoins et ses idées, la fraction des hommes qui usent du culte^ comme dit M. Audrj de Puyraveau, soit en théorie, soit en pratique, cette fraction est comme la tribu de Lévi ; elle n'a rien ou plutôt moins que rien, pire que rien; car elle est inondée de produits divers qui lui sont inintelligibles et inutiles, ou bien antipathii][aes et injurieux. Avez-vous les goûts militaires ? MM. Hora<^ Vernet, Bellangé, Eugène Lam^^, et mille autres, sont là pour vous pourvojr abondamment de toutes les batailles que vous pouvez désirer. Aimezvous, au contraire, la vie sédentaire, les jouissances domestiques, ce qu'on appelle les études de mœurs ? Alors MM. Court, Franquelin, Roqueplan, etc., se chargent de récréer vos yeux par une foule de représentations empruntées à cet ordre d'idéfts et d'habitudes, et souvent pleines de talent et d'esprit. Fatig^ué de la monotonie de la vie fran- Sise, aspirez-vous après l'éclatant soleil et 5 pittoresques mœurs de Titalie ? M.
Schnetz et ses émules, vous transporteront au sein de cette patrie de la beauté par la cJjaleur et la fidélité de leurs pinceaux. Avez-vous, par hasard, juré une fidélilé désespérée à la mythologie antique ? 11 y a tou-
(902) Pour ne citer qu'un exemple entre dix mille, nous venons de voir, dans la magniflque cathédrale de Troyes , une Transfiguration récemnient donnée par le gouvernement, et que nous re-
jours à chaque salon, surtout parmi tes $cul|»«^ teurs, plusieurs traînards du paganisme ; et d'ailleurs vinssent-ils à manquer, il vous resterait toujours les doctrines de l'Académie des beaux arts, les concours pour les prix de Rome et les regrets de certains feuilletonnistes. Préférez-vous sagement les gloires et les souvenirs de notre Europe moderne ? Vous avez MM. ScheSer, Delaroche, | Hesse et d'autres qu'on ^urrait nommer à f côté d'eux, qui ont conquis une place honorable dans l'histoire de 1 art pour l'école française de nos jours. En un mot, tout le monde en a pour son goût ; et si la caricature réclame par le fait une place dans chacun de ces divers genres, elle peut le faire avec bon droit, parce qu'elle n'en envahit aucun, et que sa modestie ajoute à sa vérité, il n'y a que dans le cas où vous seriez catholique, que toute satisfaction vous est refusée ; il ne vous reste d'autre ressource que de voir la religion, la seule chose au monde qui n'admette pas un côté comique, envahie iiar la caricature ; et c'est encore le nom le plus doux qu'on puisse donner, sauf un très-petit nombre d'exceptions, aux parodies, tantôt horribles, tantôt ridicules, qui couvrent cba-
3ue année les murs du Louvre, et s'en Tont e là souiller nos églises sous le titre mensonger de tableaux religieux (902.)
Mais je vous demande trop, lecteur, en supposant que vous soyez catholique ; Je veux seulement que vous ayez quelques notions de la religion, que vous l'avez tant soit peu étudiée dans ses dogmes d'abord, puis clans son influence sur la société à une époque où elle était souveraine : je ne vous demande pas des convictions, je ne vous suppose que quelques idées et quelques sourenirs, puisés par vous-même a l'abri de la routine des écoles classiques. Voilà tout ce que j'exige, et cela étant, je vous prends par la main, et je vous conduis à la première église venue. Que ce soit une catnédrale ou une paroisse de village, peu importe. Passons même devant la cathédrale, si c'est une cathédrale des anciens jours, sans nous y arrêter : notu perdrions de vue le but immédiat de notre visite, tristement confondus que nous serions à la vue de ces glorieuses feçades mutilées de mille façons parla haine et Tignorance, quelquefois remplacées, c-emmea la sublime basilique de Metz, par un horrible
f^rtail de théfttre, en l'honneur de Louis XV : la rue de ces vitraux défoncés et suppléés par des verres blancs ou des flaques de bleu et de rouge ; à la vue d'un badigeon beurre frais, comme à Chartres, ou au Mans, ou partout, sous lequel disparaissent à la fois les merveilles de la sculpture et le prestige de l'antiquité ; à la vue d'un soi-disant jubé . qui, comme à Rouen, élève sa masse lourde, ^ opaque et grossière, à laplace même qu'occupait jadis le voile dusanctuairebrodé et découpé à jour en pierre ; è la vue enfin d*tui chœur
commandons comme le type du grotesque horrikU. Il nous semble diflicile de pousseï plus loin la profanation , en ce qui touche la repré^entatioa oa notre divin Rédempteur.
un
APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU GATUOLICISME DANS l/ART.
Ifl9
brotalement désbonoré, comme à Strasbourg et h Notre-Dame de Paris, par un revêtement en marbre de eouleur ou par une boiserie d'antichambre. Laissons donc là la cathédrale qoi réclame une bien autre indignation. Bornons-nous h la simple paroisse moderne et décorée dans le dernier goût, et voyons quelles sont les traces d*art chrétien que nous y trouverons. Arrêtons-nous un instant devant la façade : vous y verrez quelques colonnes serrées les unes contre les autres, comme à Notre-Dame-deLorette, ou bien une série de frontons superposés et flanqués de deux excroissances allongées en pierre, qui ont la forme d'an radis ou d'un sorbet dans son verre, comme èSaint-Thomas-d'Aqain ; vous saurez que ce sont des trépieds ou est censée brûler la flamme de l'encens. Quelque* fois une tour s'élève au-dessus de cette monstruosité; tour dépourvue à la foi de grftce, de majesté et de sens, terminée par une terrasse plate, ou par un toit de serre chaude, ou, comme en Franche-Comté, par un capuchon en forme de verre à patte renversé, vous vous demandez ce que peut-être un édifice qui s'annonce ainsi, si c'est un théAtre, ou un observatoire, ou une balle, ou un bureau d'octroi. On vous explique que c'est un temple. A coup sûr, pensez-vous, c'est le temple de quelaue culte qui a remplacé le christianisme. On vous nomme un saint dont le nom fiçure dans le calendrier chrétien ; et vous finissez par découvrir une croix plantée quelque part avec autant de bonne grAce que le drapeau tricolore sur les tours de Notre-Dame. C'est donc vraiment une éslise 1 Vous entrez. Est-ce bien vrai ? Oui, il faut le croire, car voilà un a^itel, des confessionnaux, une chaire, des crucifix. Mais est-ce bien une église catholique, une église où Ton prêche les mêmes dogmes, où l'on célèbre le même culte que celui qui a régné dans les églises d'il y a trois cents ans ? Ces dogmes n^nt-ils pas été profondément altérés? ce culte n'a-t-il pas subi quelque révolution violente ? Où est donc cette forme consacrée de la croix, si naturellement indiquée et si universellement adoptée pour le plan de toutes les anciennes églises ? Où a-t-on copié ces fenêtres carrées, rondes, en parallélogramme, en segment de cercle, quelquefois en poire garnie de feuillage, en un mot de toutes les formes possibles, pourvu qu'elles ne tiennent ni du cintre, ni de Togive chrétienne ? Est-ce de cette cage suspendue entre deux piliers, ou de ce ton-
(903) On sait que Ton suivait Tusage contraire dans toutes les crucifixions peintes ou sculptées dans les &ges chrétiens. Un exemple frappant se )voit dans le magnifique bas-relief de la chaire du baptistère de Pise , où Nicolas de Pise , père de la sculpture chrétienne, a représenté Notre-Seigneur les bras étendus horizontalement comme pour embrasser rhumanité tout entière dans sa rédemption.
(904) Voyez un tableau peint par M. Delorme, derrière le maître- autel de Saint-Roch , à droite.
(905) Voyez un autre tableau qui représente la prédication de saint Jean -Baptiste, peint piw M. E. i^liampmàrtin, et placé nouvellement dan$ la même
neau à demi creusé dans le mur, que Ton
f>réche la parole du Dieu vivant dans la même angue que saint Bernard et Bossuet? Qu'estce que cette montagne de rocaille qui grimpe à Textrémité, qui cache le chœur, s'il y en a un, qui élève, sur des colonnes cannelées, un fronton garni de je ne sais combien de gros enfants tout nus dans les. postures les
Ï)lus ridicules, et qui se répète en petit tout e long des bas-côtés ? serait-ce par hasard rautel oi!i se célèbrent les plus augustes mys* tères ?
Mais approchons : examinons ces scupltures, ces tableaux surtout, que Ton v expose à la vénération des fidèles. Quoi 1 c est le Fils de Dieu mourant sur la croix que cetteétude d'anatomie où vous pouvez compter tous les muscles, toutes les côtes, mais où vous ne trouverez pas la trace la plus légère d*uue souffrance divine, et dont les bras tendus et dressés verticalement au-dessus de la tète semblent, conformément au symbole janséniste, s*ouvrir à peine afin d'embrasser dans le sacrifice expiatoire le moins d'Âmes possible (903). Quoi ! cet être tout matériel, tout humain, tout courbé sous le poids des basses conceptions du peintre et entouré de figures aussi ignobles que la sienne , ce serait là le Fils de Dieu avec les douze pécheurs qui lui ont conquis le monde 1 Quoi I ce médecin juif qui semble demander le salaire de ses visites, c'est Jésus ressuscitant
gamins
seur martyr annonçant la venue du Sauveur (905)? Ces demoiselles prétentieuses, ces petites maltresses affectées, dont le front n'a lamais réfléchi que des vanités frivoles ou des passions impures, ce sont là nos vierges martyres, nos Catherine, nos Cécile, nos Agnès, nos Philomène? Cette femme écfaevelée, effrontée, à l'œil ardent, au vêtement impudique, c*e$t la première des saintes, l'amie du Christ, Madeleine? Ces autres femmes, aux formes grossièrement matérielles, à la robe transparente, ce sont là les symboles de la religion et de la foi (906)? Cette série de scènes fantasmasoriques, où je reconnais sous des habits d emprunt et dans des attitudes de théAtre, lesfiguresc[ue je rencontre chaque jour dans les rues, c est là riiistoirede notre religion,(907)? Ces Romains en toge, ces gladiateurs nus, ces modèles complaisants de raccourci, ces déclamateurs barbus, tous taillés sur le même
église. M. Pabbé Beuzelin , curé de la Madeleine, avait eu le bon esprit d^expulser de son église cette caricature déplorable.
(906) Voyez les deux figures destinées au bénitier de la îladeieine, de M, Antonin Moine, exposées au salon de 1836.
(907) Voyez la plupart des fresques de Notre- Dame-de-Lorette, de celle? du moins qui sont découvertes en ce moment (1857). Alors n*avaient point encore été livrées aux regards du public les chapelles auxquelles le regretuble Orsel et son digne ami M. Périn ont consacré vingt années du travail le plus obstiné , et qui répondent si bien à I attente du spectateur chrétien.
DiCIlONNAlRE DESTBETIQUC;
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patroDi et dont je ne puis deviner les noms qu*avec Taide du suisse ou du bedeân* ce sont ià les saints dont autrefois des attributs distincts et tout enopreints d'une poésie sublime rendaient les noms cbers et familiers, jnéme aux moindres enfants ?
Quoi ! enfin« cette matrone païenne, cette Junoo ressuscitée , cette Vénus habillée , cette imaçe trop fidèle d*un impur modèle, ce serait là, pour comble de profanation, la très-sainte Vierge, la mère du divin amour et de la céleste pureté, l'emblème adorable cfui suffit à lui seul pour creuser un abîme infranchissable entre le christianisme et toutes les religions du monde, Tidéal qui évoque sans cesse Tartiste vraiment chrétien à une hauteur oik nul autre ne saurait le suivre? Quoi vraiment, c'est là Marie! Mais dites-moi, je vous en supplie, quels sont donc les profanes qui ont envahi tous nos sanctuaires, et qui, consommant le sacrilège sous la forme de la dérision et du ridicule, pour mieux flétrir la vieille i*eligion de la France* ont intronisé la matière, le grotesque et l'impur sur les autels de l'Esprit-Saint, des martjf rs et de la sainte Vierge ?
£tque l'on ne croie point que ces profanateurs, quels qu'ils soient, ont borné leurs envahissements aux éçlises des grandes villes. Nous l'avons déjà dit, il n'y a point de paroisse de campagne où ils n'aient pénétré, et où ils n'aient tout souillé. Il n'est [)Oint d'église de village où, a[)rès avoir détruit les saintes images d'autrefois, défoncé ou bouché les vestiges de l'architecture symbolique, badigeonné le temple tout entier, ils n'aient exposé aux regards de la foule désorientée une masse damages qui ne sauraient être qu'un objet de profonue ignorance pour les simples, de mépris pour les incrédules, de scandale ponr les fidèles instruits. Trop heureuse encore la pauvre paroisse, si, dans la ferveur d*un zèle plus luneste mille fois que celui des iconoclastes, on n'a pas fait disparaître la vieille madone de bois brun ou de cire, habillée de robes empesées en mousseline rose ou blanche, avec une couronne de fer-blanc sur la tète, mais que le peuple préfère avec raison, parce que, malgré la simplicité grossière de l'image, il n'y a du moins aucune insulte à la morale ni au sentiment chrétien. On sait que dernièrement le curé de Notre-Dame-de-Clérjr ayant voulu enlever la madone séculaire qui se vénère à ce lieu de pèlerinage, pour la remplacer par quelque cnose. de plus frais* le peuples'est révolté contre cette exécution, et il s en est suivi un procès correctionnel où l'on a vu l'étrange spectacle d'une population qualifiée dHgnorante et de fanatique^
(908) On sait que depuis lors les images pieuses de la société formée à Dusseldorf pour populariser les types de la peinture chrétienne régénérée en Allemagne, ont pénétré en France et répandent cbaaue année dans les familles chrétiennes et dans le clergé des modèles parfaits de Timagerie religieuse.
(909) A Rome et partout ailleurs dans le monde catholii^ue, les prêtres ont pour coiffure un véritable bonnet carré à quatre pans , d^unc forme à la
obligée de défendre les vieux objets d« soa amour et de son culte contre le goût moderne de son pasteur.
C'est que, dans ce système de profanation méthodique, tout se tient avec une impitoyable logique ; le laid a tout envahi ; il a souillé jusqu'aux derniers recoins où poa« vait encore se cacher le symbolisme catholique. Il règne partout en maître, depuis les énormes croûtes gui viennent chaque année, après l'exposition, déshonorer les murs de nos églises, masquer et défigurer leurs lignes architecturales, jusqu'aux petites images que l'on vend aux prêtres pour en garnir leurs bréviaires modernisés aussi comme tout le reste (906), iusqu*à ce prétendu fra»net carré dont on les coiffe quand ils montent en chaire ou conduisent un mort à sa dernière deipeure, espèce d*éteignoir dont je ne sais quelle liberté de l'église gallicane semble réserver le privilège exclusif au clergé français (909).
Voilk Qonc jusqu'où est tombé cet art divin, enfanté par le catholicisme et porté par^ lui au plus naut point de splendeur qu'aucun art ait jamais atteint! cet art créé et propagé dans le monde chrétien par tant de grands papes et de saints évéques ; cet art dont les Agricole, les Avit, les Martin, les Nicaise, et tant d'autres pontifes français, avaient légué ^ leurs successeurs te dépôt sacré en même temps aue le souvenir de leur sainteté et de leur noble sraudeur; cet art si populaire, si aimé,* si généreux, qui avait mis les talents les plus purs et les plus dévoués au service de Tintelligence des peu» vres et des humbles, qiii avait peopiô jusqu'aux moindres villages de trésors inimitables, et porté jusqu'au fond des déserts et des forôts inhabitables le magnifique témoignage de la fécondité et de la beauté du catholicisme : voilà donc ce qu il est devenu avec la permission du clergé moderne 1 Ces peintres vraiment chrétiens des vieilles écoles d'Italie et d'Allenragne , ces hommes qui puisaient toutes leurs inspirations dans le ciel ou dans des émotions épurées par la piété la plus sinràre, ces humbles génies, dont chaque coup de pinceau était, on peut le dire sans crainte, un acte de foi, d'espérance et d'amour, ces admirables auxiliaires de la ferveur chrétienne* ces prédicateurs puissants de l'amour des choses d'en haut, c'est donc en vain qu'ils ont travaillé, puisque, relégués dans les galeries des princes, où ils sont confondus le plus souvent avec tout ce que l'art a produit de plus impur et de plus dégradé, ils voient la place qu'ils ambitionnaient, sur les autels où leurs frères viennent prier, usurpée par d*effrûntés
fois digne et gracieuse, absolument semblable, saaf la couleur, à la barrette des cardinaux. Il eu écah de même en France avant Louis XIV. Qu'on n*aecuse pas ces observations de minuties; dans le symbolisme ebrétien , dont le vêlement sacenlolal est une partie si essentielle , il n'y a rien d*instpti iiaut. Les moindres détails étalent liés aux œuvres les plus grandioses sous le règne de la lieaoté et de la vérité, et malheureusement ils le sont encore sous le régne du. laid et du profane.
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APPENDICE. — DU TENDALISME ET DU GATUOLiClSME DANS L*ART.
un
parodisteSy sans qn*aucnne main sacerdotale Tienne jamais purifier le sanctuaire de ces souillures. On Va dit avec une cruelle vérité » il ^ a beaucoup d'églises qui n*ont pas été atteintes par les mutilations iconoclastes des huguenots, il j en a beaucoup qui ont échappe ^ la rage des vandales de la terreur, mais il n'y en a pas une seule en France, quelle que soit sa majesté ou sa petitesse, pas une seule qui ait echap|»é aux profanations que commettent, depuis trois siècles, des architectes et des décorateurs soldés, encouragés, ou du moins tolérés par le clergé. Et cependant, dans ces églises où il n'y a pas une pierre qui ne porte Tempreinte du paganisme regénéré, pas un ornement qui ne témoigne du triomphe de la rocaille du xviii' siècle ou du classicisme païen du xvii*, on entend souvent des prédicateurs vanter du haut de la chaire les services rendus par la religion à l'art, sans s'apercevoir même que la religion a été hon< teusement expulsée de l'art jusaue dans le temple oill ils parlent. On voit cnaque jour des apologistes de la relision, dissertant sur le même thème, avec Pi^norance la plus inexcusable ou la plus plaisante confusion, oublier les noms des artistes qui ont le plus honoré la religion, ou bien ne les citer que pour les confondre avec ceux qui ne se sont servi des sujets religieux que pour populariser la victoire de la chair sur l'esprit. Fra Angelico avec Titien, Giotto avec les Ganaches, Van-Eyck avec Rubens, et le pur et fieux Raphaël du Sposalizio et de la vispute du Saint'Saerement avec ce Raphaël dégénéré qui n^avait plus pour modèle que la boulangère dont il avait fait sa maltresse.
Toutefois n'accusons pas seulement le clergé français ; ceux dltalie et d'Espagne ont été ausi loin que lui ; celui d'Allemagne a été plus loin encore, mais il a le bon esprit de sentir aujourd'hui son erreur, et de revenir avec empressement aux types chrétiens (910). N'accusons pas même le clergé en général, si ce n'est du tort d'avoir subi trop servilement le joug des artistes dégénérés qui ont brisé le fil de la tradition chrétienne ; et pendant longtemps il n'y en a point eu d'autres. Accusons surtout ces artistes et leurs successeurs, obligés par état d'étudier les différentes phases de l'art religieux, d'avoir volontairement répudié la beauté et la pureté des anciens modèles, pour affubler les sujets chrétiens d'un vêtement emprunté tour à tour h l'anatomie savante'du paganisme, ou à la coquetterie dé-
(910) Pour s*en convaiocre , on ii*« qu'à vîsiK^r la caUiédrale de Fribourg eu Brtsgau , à deui pas du Rhin. Ou y verra quel goût pur eteiceUent préside aux rëparalions et a Tenirelien de celte magiiilique et si complète église. Que si, en revenant, on passe par Strasbourg, et que Ton jette un coup d'œil sur le cbœar de cette cathédrale , on verra quel abîme sépare la France et TAllemagne sous le rapport de rioieUigeooe de Tart chrétien. Mgr Geissel, nooveU loneat élevé k Tévèché de Spire, s'est fait un nom en Allemagne par Thistoircde sa cathédrale, et dans son mandement d'installation , il a pris pc)ur suiet la beauté et le sens symbolique de cette célè-
bauchée du temps de Louis XV. Accusons les princes et les grands seigneurs des trois derniers siècles, qui n'ont eu que trop d'encouragements pour ces sacrilèges, et trop de galeries pour y déposer leurs produits. Nous n'oublierons jamais un tableau que nous avons vu à la galerie des anciens électenrs de Bavière à Schleissheim, près Munich, que nous citerons comme le type :de ce que nous appelons le çenre profana- * tenr ; c'est une Madeleine peinte par je ne sais plus quel peintre français du xviii* siècle : cette Madeleine est nue et sans autre parure que ses cheveux, lesquels sont pou*' drés. Le guide vous dit d'un ton sentimental que Tartiste a eu sa femme pour modèle. Aujourd*hui, on ne met plus de poudre aux Vierges et aux Madeleines, parce que ce n'est plus la mode ; mais on leur met des féronniires et des bandeaux, parce que l'ou en voit aux femmes du monde, au-dessus desouelles la pensée du peintre n*a jamais su s élever. On ne déshabille pas une sainte, parce qu'après tout on veut que sou tableau puisse être acheté ()ar le gouvernement pour telle ou telle église ; mais Taccoutrement qu'on lui donne, la tenue et le regard ({u'ou lui prête, ne sont guère plus décents ni plus édiuants que la nudité complète de la Madeleine de Schleissheim.
L'antiquité païenne ,*que nous admirons volontiers chez elle et dans certaines limites, mais dont nous repoussons avec horreur rinQuence sur nos mœurs et notre société chrétienne, l'antiquité était au moins conséquente dans les symboles qu'elle nous a laissés de ses dieux et de ses croyances. Ces svrnboles sont tout à fait d'accord avec les récits de ses prêtres et de ses poètes. Jamais elle n'a imasiné de faire de son Jupiter une victime, de son Bacchus un dieu mélanrx)lique, de sa Vénus une vierge pudique et pieuse. Il était réservé aux chrétiens, aux catholiques, de trouver le secret de la profanation dans l'inconséquence , d'emprunter aux doctrines pulvérisées et flétries à jamais par le christianisme les types de leurs constructions et de leurs images religieuses, d'édifier l'église du Crucifié sur le plan du temple de Thésée ou du Panthéon, de métamorphoser Dieu le Père eu Jupiter, la sainte vierge en Junon ou en Tenus habillée, les mart^TS en gladiateurs, les saintes en nymphe^;, et les anges en amours I
£si-ce à dire qu*il faille asservir toutes les œuvres d'art religieux à un joug uni-
bre église dont il est aiiiourd*bui le premier pasteur. Le ly Milner , vicaire apostoliaue en Angl»)terre, et si connu par. ses écrits de controverse, avait acquis une véritable popularité scientilique par son excellente bistoirede lacatliédrale de Wln* cbester. H était beau de voir un prélat catholique consacrer sa plume et sa science à YiUusiraiton d^une de ces grandes créations de Tancienne foi, où ses prédéot^eurs avaient célébré les pompes catholiques, mais dont les portes sont fermées aux fidèles d*a«jourd'bui par rbéré^ie usurpatrice. Ce sont là de nobles exemples que nous ne craignons pas de proposer au clergé de France.
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DlGTiONiNAIRE D*ESTHET1QUE.
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forme ? qu'il faille passer le Diveau impitoyable aun type unique, comme celui de Byzance,sur tous lesfruitsde rimagination et dei'inspiration consacrée par la foi? 11 n'en est rien :rart vraiment religieux ne repousse que le contre-sens, mais il le repousse énergiquement; il a horreur de Tenvahissement du païen dansle chrétien, de la matière et de la chair dans le royaume delà pureté et de Tesprit. Il veut la liberté, mais la liberté avec Tordre; il veut la variété^ mais la variété dans runité^ loi éternelle de toute grandeur et do toute beauté. Mais au lieu de longues explications théoriques, citons des noms et des faits ; c'est le plus sûr moyen de montrer combien le génie catholique sait être fécond et varié, sans jamais manquer aux conditions de sainteté et de pureté qui le constituent. Dira-t-on qu'il y a uniformité entre une cathédrale romane et une cathédrale ogivale, entre Saint-Sernin de Toulouse et Saint-Ouen de Rouen, entre la cathédrale de Mayence et celle de Milan, et pour ne pas sortir de Paris, entre Saint- Germain-des-Prés et l'intérieur de Saint- £ustache? Non certes, et cependant tous ces édiQces répondent également h l'idée légitime et naturelle d'une église chrétienne ; tandis qu'il y a répulsion complète et profonde entre cette idée et des anachronismes comme la Madeleine et Notre-Dame de Lorette. Est-ce que les bas-reliefs 4'Andréde Pise au baptistère de Florence, ceux des tombeaux de saint Augustin à Pavie et de saint Pierre martyr à Milan , le Jugement dernier au grand portail de Notre-Dame de Paris, ou les saintes exquises de la Frauenkirche à Nuremberg , sont taillés sur le même modèle ? Non certes ; ces pierres toutes vivantes par la foi et le génie qui les animent, ne se ressemblent , ni par la disposition des sujets, ni par l'expression, ni par l'agencement, mais uniquement* par ce sentiment de pudeur, de grAce et de dignité que le dogme de la réhabilitation de l'homme donne à toutes ses idées : tandis que la fameuse vierge de Brydone à Chartres, et le fameux tombeau du maréchal de Saxe à Strasbourg ne saurjBiient commémorer que l'emphase et la prétention d'un siècle corrompu. Qu'y a-t-il de commun entre la madone vraiment divine de Van-Eyck à Gand, et^icelles de Francia et du Pérugin ; entre les délicieuses miniatures de Hemling sur le reliquaire de Sainte- Ursule à Bruges, et celles de Fra Angelico sur les reliquaires de Santa-Maria Novella à Florence; entre les graves et grandioses fresques de la primitive école florentine et celles si pures et si majestueuses de Luini ou de Raphaël avant sa chute ? Ce n'est certes ni le coloris, ni le dessin, ni les types choisis, rien en un mot, si ce n'est une égale fidélité à l'idée chrétienne, et ce merveilleux effet également produit sur l'Ame par tous ces différents chefs-d'œuvre. Entraînée par eux vers le ciel, elle est plongée dans cette sorte d'extase mystérieuse qu'aucune parole ne saurait rendre, et qui ne laisse à l'admiration d'autre ressource que
de dire comme le Dante, au souYenir des
délices du paradis:
Percb'îo lo'ogegno e Tarte e Fuso chiami , Si uul dire!, cbe mai s'immaginasse ; Ma creder puossi et di veder si brami.
Que l'on ne croie pas non plus que cette fidélité à la pensée chrétienne doive dépendre exclusivement d'une époque spéciale* d'une organisation unique de la société , et que la notre en soit déshéritée. A côté de ces exemples qui datent des écoles primitives, on peut citer à juste titre l'admirable école contemporaine d'Allemagne, je veux dire celle d'Overbeck et de ses nombreux disciples, si peu connue en France, où Ton se croit cependant le droit de porter sur elle les jugements les plus bizarres, parce u'on a vu deux ou trois tableaux de l'école e Dusseldorf qui ne lui ressemble en rien. £h bien ! tous ceux qui ont vu et compris des tableaux ou des dessins d'Overbeck ne pourront s'empêcher de reconnaître qu'il n'y a là aucunement copie des anciens maîtres, mais bien une originalité puissante et libre, qui a su mettre au service de l'idée catboli-
3ue tous les perfectionnements modernes u dessin et oe la perspective imorés des anciens. L'Ame la mieux disposée à la poésie mystique n'en est nas moins complètement satisfaite , comme aevant le chef-d'œuvre le plus suave des anciens jours , et Tinteiligence la plus re vache est forcée de convenir qu'il y a même de notre temps la |>ossibilite de renouer le fil des traditions saintes, et de fonder une école vraiment religieuse, sans remonter le cours des Ages et sans cesser d'être de ce siècle.
U est triste que l'Allemagne puisse s^altribuer à elle seule la gloire de cette véritable et salutaire renaissance , Il est triste que la Belgique , par exemple, où îl y a, comme en France , tant de jeunes talents , qui a produit, ou xv* sièle, une école si chrétienne, si pure et la première de toutes
f)ar le coloris, celle de Van-Eyck, de Ueiuing, de Roger Van de Weyde, de Schoorel, s'obstine aujourd'hui à ne voir dans son brillant passé que l'école charnelle et grossièrement matérialiste de Rubens et de Jordaens. U est triste '({ue la France n'ait pas revendiqué l'initiative de cette glorieuse réaction en faveur du bon sens et du bon droit. Heureusement il est aujourd'hui constaté que cette réaction s'est étendue jusqu'à elle, et que parmi nôuç une foule de nobles cœurs d artistes palpitent du désir de secouer le joug du matérialisme païen* Ils aspirent , pour l'art auquel ils ont dévoué leur vie , \ des destinées plus élevées qoe celles qui lui sont promises par les arbitres usurpateurs de la critique moderne. Il est donc permis d'espérer que nous verrons enGn s'élever une école de peinture chrétienne dans cette France , qui , depuis les enlumineurs de nos vieux missels, n*a pas compté un seul peintre religieux,. sauf le seul Lesueur. venu du reste à une époque qui rend sa gloire doublement belle. De la ressource que peinture, cette révolution heureuse se tomr
APPENDICE. — DU YANDALISME ET DU GATHOLiaSME DANB L*ART.
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manique et se communiquera chaque jour davantage aux deux* autres branches de l*art. Nous ne voulons blesser aucune modestie, ni entourer d'éloges prématurés des efforts qui aboutiront plus tard à une couronne populaire et méritée; mais à côté des
' œuvres si accomplies et si heureusement inspirées de M. Orsel, en peinture (911), h côté des monuments de mademoiselle de Fauveau, si parfaits, mais jusqu'à présent trop rares et trop étrangers à la religion, nous ne pouvons naus défendre de signaler les excellents commencements de MM. Bion et Duseigneur, en sculpture, et les travaux d'architecture si patients, si savants et si régénérateurs de MM. Lassus, Durand et Louis Piel (912). Chaque année fortitie les dévouements anciens et fait éclore des vocations nouvelles pour la régénération de Tart religieux ; et le jour viendra peut-être bientôt où Ton verra une phalange serrée marcher au combat et à la victoire sur les vieux préjugés et les nouvelles aberrations qui dominent Tart actuel. Mais les obstacles sont nombreux, les ennemis sont acharnés; la lutte sera longue et pénible. Constatons seulement que cette lutte existe ; car, dans le fait seul de son existence, il y a un progrès incalculable sur Tépoque de la Restauration et un Rerme fécond de conquêtes pour l'avenir. Il faut, du reste , nous nabiluer à regarder en face nos adversaires , à les compter et surtout à peser leur valeur. C'est pourquoi il ne sera peut-être pas hors
* de propos de faire ici une briève énuméraiion des différentes catégories d'adversaires ((ue nous avons à redoutet ou à combattre ; je ne crains pas de dire nous, parce qu'il y a certes entre ceux qui travaillent pour la réhabilitation d'une cause immortelle et ceux qui jouissent du fruit de leurs généreux efforts, une union de cœur et d'âme assez intime pour justifler la solidarité des espérances et des inimitiés.
Posons en premier lieu, non pas comme les plus redoutables, mais comme les plus nombreux et les plus aptes à se laisser .confondre par une portion du public avec les hommes du progrès, posons les hommes de la mode, de cette mode, ignoble parodie de Tart, et qui en est la mortelle ennemie ; de cette moue qui amis le gothique en encriers
(911) Avec If. Orsel, il est juste de citer MM. Périn et Hoger, diargés comine lui de la décoration à fresque des chapelles du baptême, du mariage et de la sainte Vierge à Notre-Dame de Lprette. Ils .ont lotte courageusement ensemble pendant, les mau* vais jours ; et nous avons la connanceque le moineiil où le public sera appelé à juger leurs œuvres, signalera une nouvelle époque pour l'art rjeligieux , en même temps que les âmes chrétiennes auront quelques moyens de se consoler des profanations de tout genre étalées daus cette prétendue église.
(91%) r^ous renvoyons nos lecteurs au bénitier modelé par M. Bion pour féglise de saint -Eustadhe, ainsi qu*à sa chaire destinée à Téglise de Brou ; au
groupe de Tarchange saint Michel, vainqueur de laian, et à la statue de Dagoberi , par M. Dusei- Sneur« qui esl^déstinée au musée de Versailles. [. Piel a publié dans VEnrvpéen un voyage ârcht-
et'en écrans, qui daigne assigner aux produits de Tart chrétien une place dans ses préférences, h côté des pendules de Boule et des bergères en porcelaine du temps de Louis XV; de cette mode enfin qui inspire à un certain nombre de peintres des tableaux où les mœurs et les croyances du mo.yen Age sont représentées avec autant de fidélité que dans cette foule de pitoyables romans qui inon* daient naguère notre littérature. Heureusement le bon sens public a déià fait justice de ces charges du moven âge, de cette prétendue étucie du passé, sans goût, sans science et sans foi. La mode du gothique est à la veillé d'être enterrée; et les pieux eflTorts des hommes qui se sont dévoués à l'œuvre de la régénération, seront bientôt à Tabri d'une confusion humiliante avec Texptôitation de ceux qui spéculent sur la vogue et sur toutes les débauches de l'esprit.
Est-ce la seconde ou bien la dernière place qu'il faut assigner aux théoriciens et aux praticiens du vieux classicisme? S'il fallait ne tenir compte que de la valeur, de l'influence ou de la popularité de leurs œuvres et de leurs doctrines, eu vérité, ce ne serait que pour mémoire qu'on aurait le droit de les menlionoer. Mais , ^puisqu'ils occupent toutes les positions omcielles , puisqu'ils ont fc peu près le monopole de l'iniluence gouvernementale, puisqu'ils s'y sont constitués comme dans une citadelle d'où ceux qui font quelque chose se vengent de la réprobation générale qui s'attache à leurs œuvres, en repoussant opiniâtrement les talents qui ont brisé leur joug, et d'où ceux qui ne font rien s'efforcent d'empôcher que d'autres ne puissent faire plus qu'eux-mêmes; puisque surtout ils ont encore la haute main sur tous les trésors de l'ËCat consacrés à l'éducation de la jeunesse artiste, il ne iaut jamais se lasser de les attaquer, de Lattre en brèche cette suprématie qui est une insulte à la France, jusqu'à ce que l'indignation et le mépris public aient enfin pénétré dans le sanctuaire du pouvoir pour en chasser ces débris d'un autre âge. Du reste, on a la consolation de sentir que, s'ils peuvent encore faire beaucoup de mal, briser beaucoup de carrières, tuer en germe beaucoup d'es|iérances précieuses, leur règne n'en touche pas moins à sa fin ; il ne leur sera pas donné §
tectural en Allemagne, dont nous n^adoptons pas toutes les conclusions , mais fui est la première œuvre sérieuse sur cette matière. M. Uippolyte Durand a exposé de savantes et consciencieuies études sur Notre-Dame de TEpine et Saint-Rémy de Reims. Il est chargé de la restauration de cette dernière église , et s'acquitte de cette mission importante à la satisfaction de tous les amis de Tart nlslorique. Enfin, les travaux de restauration de la Sainte-€hape!le et du prieuré de Saint-Martin des Champs à Paris , ont assez fait connaître M. Lassus , qui vient d*élre chargé par le gouvernement, en même temps que M. Âmaury Duval, d'une monographie de la catoédrale de Chartres, dont les premiers travaux surpassent en exactitude , en beauté et en intelligence, tout ce que nous connaissons eu ce genre.
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DICTIOMNÀUIE D^ESTHETKHJË.
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de flélrir longtemps eacore de leur souiBe malfaisant Tavenir etîe génie d*une jeunesse digue d'un meilleur sort; la publicité fera justice de ces ébots du classicisme expirant, qui seraient si grotesques, s'ils n'étalent encore -plus funestes ; les concours de Rome les tueront. Nous ne subirons pas toujours le règne d'hommes qui ont Ta-propos de donner pour sujet aux élèves, en Tan de gr&ce 1837, Apoiion gardant le$ troupeaux chez Admèie^ et Mariiu méditant sur lee ruines de Carlhage.
Une troisième es4>èce d'adversaires,'et,8e* Jon nous/la plus dangereuse, ee sont les critiques. Nous entendons sous ce nom les écrivains qui, dans divers journaux, sont chargés de traiter les questions d'art. Tous ces juges souverains et sans appel semblent s'ôtre donné le mot pour étouner, soit par un silence convenu, soit par des bi&mes amers, tout ce ({ui porte l'empreinte d'une ré«
Î^^nération religieuse dans 1 art. En attaquant a juridiction de ce haut tribunal, nous avons besoin de répéter ce que nous avons dit en commença^nt, savoir : que nos observations et nos plaintes roulent uniquement sur la partie religieuse des différentes branches de l'art; pour le reste, nous nous déclarons de nouveau tout à fait incompétents. Mais lorsqu'il s'agit de l'avenir d'un élé-^ ment si essentiel et si intime de la forme religieuse, élément qui s'adresse ou qui est censé du moins s'adresser aux masses catholiques, nous nous sentons le droit de protester selon la mesure de nos forces contre cette ligue mauvaise, dont les organes im» pitoyables sont campés dans les journaux les plus accrédités, et inémedans ceux plus spécialement consacrés aux arts (913). Si cette ligue devait triomplier, c'en serait fait assurément de toute espèce d'école religieuse en France. Dès qu'un jeune homme montre dans ses œuvres quelque tendance à marcher dans une voie plus pure et plus rationnelle que celle qui lui est tracée à l'Ecole des Beaux-Arts, ou par l'exemple des maîtres en vogue, ses œuvres et sa tendance sont aussitôt censurées avec l'animosité la plus cruelle. Le mot de poêtiche lui est jeté avec un froid mépris, comme une flétrissure dont il ne doit jamais se relever. On lui impute comme un crime de copier servilement les écoles gothiques f et ce reproche lui est fait par des hommes qui, à chaque ligne de leurs éctits, montrent l'ignorance la plus profonde de tout ce qui touche à ces malheureuses écoles gothiques ; par des hommes dont les paroles prouvent qu'ils n'ont jamais vu, ou du moins Jamais regardé un tableau de Té-
Î>oque qu ils voudraient mettre au ban de 'intelligence humaine ; par des hommes qui donnent chaque jour l'exemple de cette confusion historique que nous relevions plus haut comme tres-regrettable chez les ecclé-
(913) Nous devons faire une exception éclatante en laveur de ï Européen, recueil dont plusieurs ^riicles en matière d'art sont dictés par une science pirofonde et le sentiment le plus pur des exigences
siastiques, mais qui est bien autrement inexcusable chez ceux qui se sont investis dn droit de régenter Fart passé, présent et h venir, ils ne savent pas même distinguer entre leurs contemporains ; ils déclarent avec la plus risible certitude que Mil. Ingres et Overbeck suivent la même ligne; ils rofos disent qne la sainte Cécile de M. Delaroche rappelle le style gothique du Pérugin (91fc); d'autres, à propos du même tableau , n'ontils pas été parler de Giolto et d'Orgagna, comme étant du xv* et du xvi* siècle? Après
auoi, dans la même phrase, ils accouplent eux ou trois de ces grands noms, pour asseoir sur eux un jugement tantôt méprisant, tantôt dédaigneusement protecteur, et établir des rapprochements inouïs entre des hommes qui n'ont jamais rien en âe commun entre eux, si ce n'est d'être égaiement ignorés de ceux qui en parlent de la sorte. Et voilà les censeurs qui donnent ou ôtent, à leur gré, le droit de cité dans l'art t Voilà les aristarques à qui nous reconnaîtrions le droit de former nos idées sur le beau 1 Ce n'est pas tout : après qu'ils ont ruiné autant qu'il dépend d'eux la pratique du vrai beau, il nous faut subir leurs théories, apprécier tout ce qu'elles renferment de pur, de satisfaisant et de fécond, tout ce qu elles promettent de gloire et d'originalité à l'avenir de l'art en l^rance. Il faut entendre les uns proclamer et appeler de tous leurs vœux une réaction plus ou moins effrontée en faveur des nudités, l'apothéose de la chair, le retour aux classiques turpitudes de la mythologie; ils nous trouvent déjà trop loin des saletés de Boucher et de Vanloo^des solennelles nudités de l'empire : on dirait qu'il n*y a plus assez de barons à l'Académie pour les servir à leur gré. Les autres, avec une outrecuidance despotique, s'indignent de ce que nous ne restions pas cloués au xvi* siècle; ils veulent bien reconnaître que les Grecs et les Romains ne sont plus de mise, mais le paganisme de la renaissance , mitigé par la civilisation italienne , travesti à l'usage de ces tyranneaux de l'Italie , les plus corrompus et les plus sacrilèges qu'on vit jamais; voilà le beau idéal, qu'il n est pas donné au génie chrétien , au génie national de dépasser! Mais quels que soient leurs dissentiments intérieurs, leurs différents degrés de pudeur et de science , on peut être sûr qu'ils se trouveront tous d'accord pour combattre, eo bataille rangée, contre ceux qui cbercheroot à ramener, dans l'art religieux, Fesprit chrétien, dont ils ont décrété unanimement la mort et la sépulture , au sein des vieilleries des temps barbares. £h bien I on peut le leur prédire hardiment, leur arrêt seca cassé ; malgré leur union et leur acharnement, lisseront débordés t'i'insiinct delà jeunesse ne se laissera pas égarer ; les idées marcheront, et un beau jour ces arbitres re-
de la pensée chrétienne.
(914) C'est écrit, mais il Caut 4e lire po«r it croire,' dans le Temps^ article sur le salon de IS^7.
APPENDICE. — m YANDALIS» BT MI GATHOUCISME DANS L*ART.
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doaUibl^s se f éveilleront tout seuls sur leur tribunal abandonné. J*en prends k témoin et le nombre toiqours croissant des jeunes gens qui bravent ta malveillance et l'injustice pour suivre la voie nouvelle, et l'intérêt toujours plus vif que met le public à étudier leurs essais, malgré les avertissements zélés aue distribue chaque matin le journal de cnaoun.Mais si l'empire de la critique, telle qu'elle est actuellement organisée, doit s'écrouler , elle n*en est pas moins très-puissante è rheure qu*il ^ st. Pour la braver et lui survivre , il faut aux nouveaux adeptes de Tart chrétien, non pas l'ardeur d'une réaction momentanée, non pas l'élan d'un jeune courage, mais l'énersie intime, l'enthousiasme caime et contenu, ledévouement religieux è ce qui est immortel , et cette modestie si— lencieus en face de l'injustice qui semble l'ignorer encore plus que la dédaigner : toutes vertus bien rares et bien difficiles, mais dont le prand et saint Overbeck au fond de son atelier solitaire de Rome fournit le modèle le plus accompli et le plus encourageant. Signalons en quatrième lieu une autre classe d'adversaires* qui semblerait rentrer dans la précédente , mais qui offre des caractères distincts. Nous voulons parler d*un certain nombre d'écrivains sur Tart , lesquels, dominés par ces visions vagues et ambitieuses oui sont le signe à la fois de la grandeur et cie la fsiblesse de notre temps, voudraient lancer Tari dans des voies inconnues et impossibles à déterminer, au risque de le voir s'égarer ou périr d*impuissance. Ils parlent bien des conditions essentielles àlart religieux en jgénéral; ils connaissent les produits de Tancien art chrétien; ils les apprécient même sous quelques rapports; ils les ont étudiés avec plus ou moins de conscience et de profondeur; mais, entraînés par je ne sais quelle impulsion humanitaire f ils font chorus avec les adorateurs du paganisme et de la renaissance, pour déclamer contre le moyen ftge en général, pour confondre l'art de celte époque dans leurs rancunes contre la féodalité, pour protester contre toute tendance qui semolerait ressusciter cette époque même en peinture, lis veulent qu'on n étudie les chefs-d'œuvre du passé chrétien que le temps nécessaire pour asseoir un jugement souvent superficiel sur des noms trop ignorés, pour leur assigner une place honorable dans la grande révolution de l'humanité ; après quoi ils lancent lartdans un orbite immense et vague, dont il est impossible de découvrir le but au mi* lieu de leurs formules éclectiques, dont il est impossible surtout de retirer aucune application pratique pour réparer les dommages et combler les vides des. temps où nous vivons. En un mot , ifs veulent bire MM pkilasBpUe de Fart. Déplorable erreur 1 nous ne craignons pas le dire , du moins en> ce qui touche à l'art religieux, si cette pbiiosoplùe. ne doit consister, comme celle qu'on nous offre , qu'en un certain nooittre de formules arbitraires, qui nous autoriseront à renier le passé pour nous livrer
OiCTtOTISI. O^EsTBÉTIQVa
aveuglément aux hasards de Tavenir. Malheur a l'art , si cette tendance se communiquait à beaucoup de jeunes artistes : sa réfénération chrétienne deviendrait impossile ! Qu on le sache donc bien, il en est cle l'art religieux comme de la religion elle«mème. Quand on est réduit à faire de la philosophie religieuse, c'est qu'il n'v a plus de religion; ouand on iait de la philosophie de l'art, c est au'il n'y a plus d'art. Dans l'art chrétien il ne peut y avoir rien de nouveau au fond, pas plus que dans le christianisme luimême. L'an tient à Tautre par d'indissolubles nœuds. D'ailleurs n'invente paâ qui veut; C6ttx«là surtout qui croient et qui veulent inventer sont justement ceux qui inventent le moins. Le génie, dans l'art comme dans tout, n'a jamais été le fruit de la préméditation , du calcul ou du raisonnement; c'est le fruit de ce que les uns appellent le hasard et les autres l'inspiration a'en haut. Il y aune fin de non-recevoir bien facile à opposer aux auteurs de ces théories ambitieuses : c*est de leur demander ce qu'il faut faire actuellement pour bitir et orner nos églises , et répondre aux divers besoins des podulations religieuses, en attendant qu'eux ou les artistes qu'ils ont en vue» s'il y en a, aient inventé quelque nouveau
{Progrès. Quant h nous, nous répoudrons ranchement qu'il faut tout bonnement marcher sur les traces des grands artistes chrétiens, au risque de se borner h les copier et de procurer à ses œuvras la terrible dénomination de |)<M/tcAe#. Le champ du véritable art chrétien est, Dieu merci, assez vaste, depuis les peintures des catacombes jusqu'à la Diepute du Saint-Sacrement^ depuis les sculptures de l'école de Pise jusqu'aux apôtres deNuremoerg; depuis l'Abbave-aux- Hommes de Gaen jusqu'à la cathédrale d'Orléans. Oui, encore une fois, étudiez , fût-ce au risque de les imiter servilement, les grands hommes qui ont fait de si grandes cBuvres : étudiez-les dansces CBuvresd'abord,
fmis dans leur vie, dans leurs croyances, dans e fécond et sublime symbolisme dont leurs travaux n'ont été que l'expression. L'étude sérieuse, consciencieuse, amoureuse, conduira à l'inspiration, et l'originalité ne manquera
f>as; nous en avons pour témoin les Overbeck» es Veith, les Cornélius, les Hess> toutes les splendeursdela glorieuseécole d'Allemagne.
Nous arrivons enfin à ce que nous ne pouvons ni ne voulons regarder comme la disposition g'hostile d'un dernière classe d'adversaires, mais à ce qui n'en est pas moins l'obstacle le plus grave et peul-Atre le plus difficile à surmonter que pré^vn^ l'état actuel des choses, c'est*a-dire l'indifférence et l'éloiguement du clergé pour les idées que nous eijiKons. Quand oo songe au grand nombre (le travaux que le clersé fait exécuter ou sur lesquels il influe incurectement, il est évident que, tant au'il n'interviendra pas d'une manière décisive en fSiveur de la régénération chrétienne ^t ra« tiomiellede l'art, cette régâneratuMi luanuer» de l'impulsion la plus efficace et Uu
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DIGIONNAIRE D'ESTHETIQUE.
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"^secours le pins naturel. Malheureusement^
i qu'il nous soit permis de le dire, dans le mo-
^ ment actuel le clergé est en général assez
' indifférent \ tout ce qui se fait pour le salut
de Tart religieux; beaucoup de ses membres
ignorent Thistoire et les règles de cet art ;
ils ne comprennent guère les monuments
admirables qu'ils en possèdent , et surtout
ils acceptent et consacrent avec le plus aveu-
5 le empressement le rè^ne du |)aganisme ans tous les travaux qui se font journellement dans nos églises. Nous savons qu'il j n d'honorablesy xceptions et nous nous faisons un devoir de signaler celles qui sont à notre connaissance. Mgr Té vèque de Belley (915) « par exemple . se montre aussi préoccupé qu'aurait pu l'être un pontife des plus «beaux siècles de l'Eglise , du maintien et du progrès de l'esprit chrétien dans les monuments de son diocèse. Les archevêques d*A- "vignon et de Bordeaux, les évêqnes de Nevers, du Mans, de Rodez, de Gap, du Puy, de Versai lies, ont fait des circulaires qui manifestent le plus louable esprit de conservation et de respect pour la vénérable antiquité. Il y a même au séminaire du Mans un cours d'archéologie chrétienne dont le fondateur, M. l'abbé Cnevraux, a mérité récemment une médaille d'or, décernée nar la société que préside M. de Caumont. Nous croyons qu'il
ia au petit séminaire de Saint-flermer, près eauvais, un cours semblable. On a vu der- »iiièrement dans les journaux que M. l'abbé Devoucoux, savant autunois, avait fait dé- 'couvrir les magniflques sculptures du por- ^ tail de la cathédrale d'Autun, recouvertes à • dessein, au xviii* siècle, par une épaisse •^ couche de plâtre, afin de pouvoir y plaquer Miii gros médaillon digne de celte malheureuse époque. M. Gros, vicaire-général du diocèse de Reims, se distingue par sa solli- 'Citude pour les anciens monuments religieux, et par le concours éclairé qu'il a prêté à M. Didron, chargé par M. Guizot de dresser la statistique monumentale de cette partie de la Champagne. A Troyes, la délicieuse église de Saint-Urbain, élevée au xiir siècle par le Pape Urbain IV sur le site de l'échoppe du cordonnier ^ui lui ' avait donné le jour, cette église, témoignage sublime de l'humilité et de la piété du pontife, et en même temps modèle du plus beau style ogival , est heureusement entre les mains d'un jeune curé, M. ^l'abbé Bourcelot, qui, à fcMTce de sacrifices et de zèle, est venu à bout de 4a doter d'un autel pluç en harmonie avec l'édifice lui-même que les monstrueux idacages gui défigurent presque ' toutes les autres églises de cette ville si riche en monuments gothiques. Son amour pour l'art chrétien ne s'arrêtera pas là : peut-être verrons -nous, grâce à ses soins si à l'ai>pui d'un préfet véritablement ami de
(915) Mgr Dévie. "*'
(19IB) L*architccte chargé de lareeonstroction est
M. Piei, que nous avons noimué pkis haut ec qui
est inon sous le Troc de Saint-Uoininiaoe. Celte
' tielle églHe a été terminée ci livrée au cube ëepuis
la belle architecture, s'achever ce noUe édifice. Nous savons encore qu'il y a un jeune curé de Nantes, M. l'abbé Fournier, qui, aidé par plusieurs paroissiens instruits, a conçu le pian de rebâtir son ^lise sur on modèle du moyen âge. Que Dieu te conduise (916) 1 €e sont la des symptômes heureux et consolants, et certes, dans d*autres Krties de la France, on en pourrait recueilbeaucoup de seniblables. Mais, hélas I ce ne sont toujours que des exceptions. La grande majorité du .clergé n'en est pas encore U, il s'en faut (917). Nous le disons avec une profonde douleur, avec une douleur augmentée , de tout le respect , de tout le ulial amour que nous portons è ee vénérable corps, le clergé est en général indifférent à la renaissance ou à l'existence de l'élément chrétien dans lart, et cette indifférence ne saurait provenir que d)9 son ignorance fâcheuse sur cette grave matière. Qu'il nous pardonne cette expression peut-être trop franche de la vérité, arrachée par la conviction et de longues études au cœur du plus dévoué de ses eniants» de celui qu'il trouvera toujours au premier rang de ses défenseurs.
A Dieu ne plaise cpxe nous regardions cette ignorance comme intentionnelle, que nous reprochions au clergé comme une faute ce que nous envisageons seulement comme un très-grand malheur. Nous savons mieux que personne toutes les diflicultés contre lesquelles il aurait fallu lutter pour être arrivé aujourd'hui au point que nous voudrioos lui voir occuper. Des persécutions et des épreuves trop longues ont dû naturellemeot détourner les anciens du sanctuaire de ce genre d'études ; et, depuis la paix de !*£glise, le nombre des prêtres a été trop petit pour qu'ils eussent pu dérober au service des paroisses les ioisirs nécessaires à l'examen de ces grandes questions. Ils n'ont fait d'ailleurs que recueillir la succession de trois siècles d'inconséquences et d'erreurs que Ton pourrait, à plus juste titre, reprocher à. quelcj^ues-uns de leurs prédécesseurs. Ceux-ci, en effet, procédaient avec une logpque désespérante à la destruction méthodiaue de tout ce qui pouvait leur rappeler le mieux la glorieuse antiquité du culte dont ils étaient les ministres. Il ne serait pas resté une seule de nos cathédrales gQtliic|ues, si ces masses indestructibles n -aidaient fatigué leur déplorable courage; maison peut juger de leurs intentions par certaines façades et certains intérieurs qu ils ont réussi è arranger à leur gré« Cest grâce A eux .qu'on a vu tomber ces merveiTleu jubés, barrière admirable entre le Saint des Saints et le peuple fidèle, aujourd'hui remplacée par des grilles en fer creux 1 Noo contents de l'envahissement des statues et des
quelques années (1836).
^t9 17) On se rappelle que ceci était écrit en 1837. Une iransformatiofi heureese ei eeiii|ilèie «*esl cffccui^ def ois ctXle ^p<M|iie.
iISS
APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU CATHOLICISME DANS L*ART
tableaux |>a'iens sous des faux noms, on les yit 9 pendant le cours du xviii* siècle « substituer presque partout à Tantique liturgie» h cette langue sublime et simple que rEglise a inventée et dont elle seule a le secret, des hymnes nouvelles, où une latinité empruntée à Horace et à Catulle dénonçait Vinterruption des traditions chré* tiennes (918). On les vit ensuite défoncer les plus magnifiques vitraux, parce que sans doute il leur fallait une nouvelle lumière pour lire dans leurs nouveaux bréviaires ; puis encore abattre les flèches prodigieuses qui semblaient destinées à porter jusqu'au ciel récbo des chants antiques qu'on venait de répudier. Après quoi, assis dans leurs stalles nouvelles, sculptées par un menuisier classique, il ne leur restait plus qu'à attendre patiemment que la révolution vint frapper aux portes de leurs cathédrales, et leur apporter le dernier mot du paganisme ressuscité, en envoyant les pr6tres.à l'écbaiaud et en transformant les églises en temples de la Raison.
Mais grAce pour leur ombre! ils avaient Texcuse de s'être laissés entraîner par le torrent qui a entraîné la société tout entière, depuis les soirées platoniciennes des Médieis, jusqu'aux courses de char ordonnées par la Convention au Chaoïp-de-Mars. Eussent-ils voulu d'ailleurs n'employer que des artistes chrétiens, où les auraient-ifs trouvés au milieu de la désertion générale?
Ainsi donc réclamons des plus sévères aristarques indulgence pour le passé. Le clergé y a tous les droits. Mais la pourrons-nous réclamer de même pour l'avenir? Déjà l'on commence à s'étonner de ce que si peu de ses membres ont jugé digne de leur attention et de leur dévouement ce que les indifférents appellent Vart chrétien. On s'étonne à bon droit de voir que si cet art, qui constitue une des gloires les plus éclatantes du calholicisme, est reconnu, est apprécié aujourd'hui, c'est grâce aux efforts de savants laïcs, protestants, étrangers, d'hommes presque tous imbus de la funeste théorie de Fart pour lUirtf tandis que le clergé et les catholiques français s'en occupent à peine (919). On s'étonne de ce que toutes les fatigues et toute la gloire de cette grande œuvre soient livrées sans partage à des écrivains tels que MM. de Caumont, de Laborde, Didron, Magnin, Mérimée, Vitet, dont les travaux, du reste, si savants et si méritoires, ne portent pas la moindre trace d'esprit religieux; ou s'en étonne, disons-nous ; mais, après tout, il n'y a là qu'une conséquence toute naturelle d'un fait encore bien autrement étonnant: c'est qu'il n'y a pas peut-être cinq séminaires en France, sur quatre-vingts, ou
Ton enseigne à la jeunesse ecclésiastique l'histoire de l'Eglise ! rChose merveilleuse et déplorable à la fois, l'histoire de l'Eglise, cette série d'événements et d'individus gigantesques, qui préoccupe aujourd'hui tant d'esprit» complètement étrangers, sinon hostiles, aux convictions religieuses ; cette manifestation continuelle d'une force supérieure à celle de l'homme, semblerait au premier abord n'être indifférente qu'au clergé catholique. Veut-on acquérir quelques notions justes et impartiales sur les grands hommes et les grandes époques de cette histoire? veut-on savoir ce qu'étaient les croisades, saint Grégoire Vil, Innocent III, saint Louis, saint Thomas, Sixte- Quint, il faut avoir recours à des livres traduits des protestants allemands ou aux écrits trop rarement orthodoxes de M. Michelet, de M. Villemain et de M. Guizot. C'est en vain qu'on s'adresserait au clergé français, successeur et représentant de ces noms glorieux parmi nous; on courrait risque de rencontrer, parmi ses publications nouvelles, les exagérations gallicanes de Fleury, ou la Dévotion réconciliée avec Vesprit^ *^par un prélat du dernier siècle (920).
Comment se ferait-il donc que, dépourvu de connaissances étendues et approfondies sur les événements et les personnages des tempsqui ont enfanté l'art chrétien, le clergé pût apprécier les produits de cet arjt qui tient parles liens les plus intimes à ce que l'histoire a de plus grand et de plus important ? Comment aurait-il appris a distinguer les œuvres Qdèles aux bonnes traditions, ou
3ui manifestent une tendance à y retourner» e toutes celles qui les parodient et les déshonorent ? Il faut bien cependant qu'il se hflte de revenir à cette étude et à ce;te appréciation, sous peine de laisser porter une Krave atteinte à sa considération dans une foule d'esprits sérieux. Des faits trop nombreux viennent chaque jour à l'appui d'adversaires malveillants. On a déjà dit que» pour entendre la musique religieuse, il fallait aller à l'opéra ou aux concerts publics, tandis aue la music[ue théâtrale se retrouve dans les églises. Craignons qu'on ne dise bientôt que Part religieux a des sanctuaires dans le cabinet des amateurs, dans les boutiques des marchands de curiosités, dans les galeries
prêtre, se montrer même scandalisé de cette expression A'art chrétien^ et déclarer qu'il ne connaissait d'autre art que celui de faire des chrétiens ! Ce n'était ici que l'expression un peu crue d'une idée trop générale. Citons un exemple borné, mais significatif, du
(9(8) On connaît le dicton si juste que (Il naître ceue métaniorpfaose : Acceun latinitai^ feceait frieuu,
(919) Nous devons cependant faire une exception en faveur de M. Tabbé Pavy , auteur de plusieurs excellentes monographies sur des églises de Lyon ; de M. Tabbé Tron, qui vient de mettre au jour une
description de Saint-Maclou, de Pontoise; et de M. Gilbert, qui a publié des descriptions des catlié* drales de Paris, Chartres, Amiens, Rouen , de Taocienne abbaye de Saint-Ouen de la même ville , 4»^ S;iint-Riquier et de Saint- Wulfran d*Abbevil|e« (9i0) Voir la note 917. k
lOS
OlGTIONNAIRe D^ESTHETIQUC.
celte déplorable absence da sentiment de fart chrétien. On a moulé depuis plusieurs années quelques-unes des plus belles madones de nos belles églises gothiques, entre autres celle de Saint-Denis, qui a été transportée à Saint-Germain-des-Prés (921). Ces modèles exquis de la beauté chrétienne se trouvent chez la plupart des marchands où le clergé et les maisons religieuses, les frères des écoles chrétiennes, etc., se fournissent des imagesqui leur sont nécessaires. Il semble que leur choix pourrait se fixer sur ces monuments de Fantique foi, que le zèle de quelques jeunes artistes a misa leur portée. Eh bien l il n*en est rien : ils sont unanimes pour préférer celte horrible Vierge du der- . nier siècle, de Bouchardon, que Ton retrouve dans toutes les écoles, dans tous les couvents, dans tous les presbytères ; cette Vierge au front étroit, à 1 air insignifiant et commun, . aux mains niaisement étendues, figure sans grâce et sans dignité, qu'on dirait inventée à dessein pour discréditer le plus admirable sujet que la religion offre à Tart. Que penser ensuite, pour ne pas étendre nos observations hors de Paris, de cette chapelle Saint- Marcel, récemment érigée dans Notre-Dame (922), monstrueuse parodie de cette archiiecture gothiaue dont on avait le plus beau modèle dans l*éçlise même, et où, par un xafiinement exquis de barbarie, on a été pein- 4url(irer en marbre et dorer une espèce d'arcade qui semble avoir la prétention d'être «ogivale ? On sait qu'à Saint-Merry, ou Méderic, dans une restauration récente, c'est le diable qui occupe la place de Dieu et qui préside à l'assemblée des saints ; nouveau système de symbolisme théologique, afiirmé 4>ar M. Godde, architecte des églises de Paj*is et grand-prêtre du vandalisme municipal. Ust^-il possible que dépareilles choses se pas* •sent en 1837, dans la métropole de Paris et 'de la France ? Et que sera-ce encorCi s'il ne s'élève pas du sein du clergé une seule voix pour protester contre cet incroyable projet, qui tend à transformer ensacristie la chapelle
que toutes nos cathédrales nous la révèlent, en remplaçant par un lieu d'habillement et de comptabilité ce sanctuaire suprême, ce dernier refuge de la prière que la tendre
(921) Puisque nous nommonfi cette statue célèbre, il nous est impossible de ne pas signaler le vandalisme qui a fait reléguer dans une obscure sacristie ce chef-d'œuvre de la sculpture chrétienne, tandis que dans la même église, à la chapelle de la Sainte-Vierge, Ton a introtfisé un pitoyable marbre moderne que Ton doit au ciseau de feu Dupaty, de rAcadémie des beaux-arts , digne au reste du fronton classique qui Tencadre en contradiction avec tout le reste de Téglise, digne encore des affreuses fresques en grisaille qui la flanquent des deui cétés (1857). La statue de la vierge dont nous partons est aujourd'hui placée k l'entrée du bas côté juéridional.
(9ii) Dans k transept septentrional.
i9&) Le go^iverticmeat du roi Louis-Philippe a iri^iié aux Chambres en 1845 U resiaurat:aii
piété de nos përes avait toujours réservé au
I)oint culminant de l'église, au sommet de a Croix, pour cette vierge-mère dont Notre-Dame est un des plus beaux temples (923)?
EnQn, quand flnîra-t-on de roir s*éléTer, avec Tapprobation du clergé ou par ses soins directs, des édifices comme Notre-Paose-de- Lorette, Saint-Pierre du Gros-CaillD«i, Saint* Denis du Saint-Sacrement, Notre- Dame-de- Bonne-Nouvelle, la chapelle de MM. les Lazaristes, rue de Sèvres, où repose le corps de Saint- Vincent de Paul, indignes masures dont les formes lourdes et étriquées à la ibis ne sont conformes qu*au genre classi-
Îpe et païen, contemporain de la réorme; tandis que, par la contradiction la plus bizarre, les protestants construisent dans Paris une assez jolie chapelle gothique sur le patron inventé et consacré par le catholicisme ?
En vérité, quand on rapproche ce dernier fait de la quantité d*églises gothiques que Ton voit bAtir chaque jour en Angleterre, et du soin reliffieuiavec lequel les protestants anglais et allemands conservent le caractère général jusqu'aux moindres ornements des belles cathédrales catholiques que la réforme a fait tomber entre leurs mains, on est tenté de croire que le protestantisme a usurpé le monopole ae Tart chrétien. Heureusement il n*en pas ainsi; les nouvelles chapelles que les catholiques anglais fondent en grand nombre sont fidèlement copiées sur les anciennes églises qu'on leur a prises. Les jésuites viennent d'achever, à Oscott, un vaste collège avec une belle église, l'un et Tautre entièrement gothiques, et dont le plan aussi bien que les détails, rappellent les plus magnifiques abbayes du moyen Age. Au mois d'octobre de cette année, dans une seule semaine et dans le même canton, on a consacré trois belles églises et une abbaye de trappistes, du meilleur style gothique {92k). Les catholi* ques d'Ecosse et d'Irlande suivent absolument le même système. Enfin le roi de Bavière, ce souverain si catholique et si gêné* reusement dévoué à l'art, a fait restaurer* avec autant de soin que de science, les belles églises de son royaume, surtout les cathédrales de Raiisbonne et de Bamt>ei^ : pour celle-ci le respect scrupuleux de Tan cnré* tien a été poussé si loin que l'on a relégué
complète de Notre-Dame : ce projet fut aconei»li avec empressement par les deux assemi>lées pariementaires. On verra plus loin le rapport fatt |4ir Tauteur à la Chamhi*e des pairs sur le projet de loi qui a eu pour résultat de confier cette restauratiaa aux mains habiles de MM. Viollet-Le Duc et Lu* SOS , déjà signalés à rattentioo jpubiiqae et à la reconnaissance de tous les amis oe Part clirétJea
et national par Teiceilente resuuratioa de U Chapelle.
(m) Ces trois égUses sont celles de Gitee- Dieu Manor, de la Trappe de Notre-Dame du Mont Saint-lternard et de WhitvrIciL, loules les mis construites aux frais d*un généreux aéopfane, M. Ambroisc LUIe Phillips. Voy. VAmi àê ItfRctijM du 7 novembre IH37.
APPENDICE. ^ DU YÂNDALISME ET DU GÂTBOUCISME DANS L*ART
dans UD cloître voisin tous les mausolées modernes, dont le classicisme païen formait un contraste choquant avec le style primitif de la basilique où reposent les corps sacrés de saint Henri et de sainte Cunégonde. Dans ses constructions nouvelles, ce prince a em^ brassé tous les genres d*architecture chré* tienne, depuis la oasilique des premiers siècles jusqu au gothique parfait du quatorzième ; et il a su réserver les formes classiques pour le Valhalla, espèce de Panthéon nistorique qui n'a rien de commun avec la religion. C'est qu'en effet, puisque Tarcbitecture moderne en est réduite à copier, il faut au moins savoir ordonner ces copies d'une manière conséquente et rationnelle. S'il; avait quelque nouvelle architecture bien séduisante, bien originale, on conçoit que le clergé se laissât séduire comme au moment de la renaissance; mais puisqu'on n'a encore rien pu inventer qui sorte des deux grandes divisions de l'antique et du moyen Age, du païen et du chrétien, pour-
Sruoi, au nom du ciel, aller choisir de préérence l'héritage du paganisme pour eniaire hommage au Dieu des chrétiens ?
Uu'on ne nous objecte pas le surcroît de dépenses : mauvaise raison ou plutôt excuse mensongère , inventée par la routine et l'ignorance des architectes classiques. Il ne s*agit pas, dans l'état actuel, d'élever de ces vastes cathédrales; où presque chaque pierre est un monument de patience et de génie , œuvres gigantesques que la foi et le désintéressement peuvent seuls enfanter : il s'agit tout simplement de réparer , de sauver , de guérir les blessures de celles qui existent, et puis de bfltir çà et là quelques églises de paroisses petites et simples. Or, des calculs désintéressés ont prouvé qu'il n'en coûterait pas plus (peut-être moins), pour adopter le svstème ogival ou cintré, sans abondance d ornements , que pour écraser le sol des masses opaques et percées de parallélogrammes que Von construit de nos jours. Si nous sommes plus pauvres que les Anglais , nous sommes , je pense , plus riches que les malheureux pavsans d'Irlande. Cependant ces pauvres serts , tout épuisés qu ils sont par la famine, les rentes qu'il leur faut payer à leurs seigneurs absents dix pays, et les dîmes que leur extorque le clergé anglican ; ces Ilotes , qui n'ont que bien rarement du pain à manger avec leurs pommes de terre ; ces martyrs perpétuels , obligés, après avoir gorgé de leurs dépouilles un clergé étranger, de nourrir encore celui qui les console dans leur misère, et de faire une liste civile à O'Connell, ce roi de la parole qui les conduit à la liberté ; ces irlandais b&tissent eux aussi des églises pour abriter leur foi, qui ose enfin se montrer au grand jour; et toutes ces églises sont gothiques {92&)\ Comme dans toute
(925) Pour être exact, il faut avouer que la chapelle métro|K>UuiAe de Marlboroug/i-Streei^ à Dublia, est bâtie dans le {[enre classique , parce que comoieucée il y a plusieurs années,. à une époque
l'Europe , après ia grande frayeur de la tiri, du X* siècle, le sol de cette pauvre Irlande , tout fraîchement délivrée d'une affreuse servitude , se couvre d'une blanche parur<» d'églises dignes de ce noml Excutiendo sefnet^ rejecta vetustate , passim candidam ec- ^ clesiarum veitem induit. (Radulph. GLABBRr m, 4.) Ils viennent , celte année même , de faire consacrer une belle cathédrale par leur archevêque natriote, Mgr M'Hale, a Tuam. Voilà ce ou'ils font, ces glorieux mendiants I Et nous. Français, nous sommes encore à nous traîner servilement dans l'ornière que nous a tracée le conseil des bâtiments civils l
Mais on nous objectera peut-être que le clergé n'est plus, comme autrefois, le maître absolu de tous les édiQces religieux: que, par une inconséquence ridicule et illégale, mais passée en usage dans nos mœurs administratives, il n'a plus le droit exclusif d'accepter ou de rejeter les œuvres d'art qu'on y place, les travaux qu'on y fait; qu'il ne lui est pas libre de s'opposer aux déprédations qu y commettent les architectes municipaux, ni d'empêcher le gouvernement de s habituer à regarder les églises comme autant de galeries où il lui est loisible d'ex-^
f>oser à demeure les tableaux soi-disant reigieux que la protection d'un député ou le caprice d'un employé subalterne aura fait actieter. Cela n'est que trop vrai; mais il n'en est pas moins positif que le clergé fait exécuter une foule de travaux importants pour son propre compte ; c'est sur ceux-lài que roulent nos observations précédentes. Il y a, en outre, beaucoup de petites commu-^ nés en France qui, pour devenir paroisses et avoir un curé à elles , s'imposent de grands sacrifices pour construire à leurs frais des églises , sans autres conseils que ceux des prêtres du voisinage, sans autre surveillance que la leur. Ce serait là une voie aussi naturelle qu'honorable de rentrer dans le vrai. D'un autre côté, il est malheureusement incontestable que le clecgé n'a manifesté que très-rarement son opposition au vandalisme des architectes ofGciels , au scandale des tableaux périodiçiuement o(y troyés aux églises. Il le pourrait cependant^ nous en sommes persuadés , en s'appuyant sur ses droits imprescriptibles, et sur des textes de lois dont l'interprétation actuelle est abusive. 11 le pourrait bien mieux encore en invoquant le bon sens et le bon goût du public , qui ne manquerait pas de réagir aussi sur l'esprit de l'administration. Il y aurait unanimité chez les gens de goût, chez^ les véritables artistes, pour venir au secours d'une protestation semblable de la part du clergé : l'opinion est délicate et sûre en ces matières , comme on Ta vu récemment lors des sages restrictions mises par Mgr l'archevêque de Paris à l'abus de
où le mauvais go6t était encore puissant, luéme en Angleterre , elle a été achevée d après le plan primifi^'
fi^
DICTIONNAIRE DESTHETIQUE.
I14ir
la musique théAtrale dans les églises : la victoire serait bientôt gagnée. Quant i nous, ai nous avions ]*honneur d*ôtre évèqae ou curé, il n'y a pas de force hunaaine qui pût uous contraindre à consacrer des églises comme Notre-Dame-de-Ix)rette y à accepter fies statues commes celles qu'on destine à la Madeleine , i subir des tableaux comme ceux que l'on voit dans toutes les paroisses de Paris , avec une pancarte qiii annonce pompeusement qu'ils ont été donnés par la ville ou le aouvernement. £n outre , si nous avions l'honneur d'être évéque ou curé, nous ne confierions jamais, pour notre propre compte , des travaux d'art religieux a un artiste quelconque, sans nous être assure, non-seulement de son talent, mais de sa foi et de sa science en matière de reli^ gion : nous ne lui demanderions pas combrea de tableaux il a exposés au Salon, ni sous (]uel maître païen il a appris à manier les pinceaux; nous lui dirions : « Croyezvous au symbole que vous allez représenter, au fait que vous allez reproduire? ou, si vous n'y croyez pas , avez-vous du moins étudié la vaste tradition de l'art chrétien, la nature et les conditions essentielles de votre entreprise? Voulez-vous travailler, uon pour un vil lucre , mais pour l'édificatiou de vos frères et l'ornement de la maison du Dieu et des pauvres? S'il en est ainsi, u)ettez-vous à l'œuvre; sinon , non. » Mous demandons pardon de la trivialité de la comparaison ; mais, en vérité, c'est le cas de renouveler la fameuse recette de la Cut- Minière bourgeoise et de dire : « Pour faire une ouvre religieuse, prenez de Id religion, etc.
Qu'on nous peripette une dernière considération. Dans les beaux travaux qui ont paru jusqu'à présent en France sur l'art du moyep âge, et dont iious «vons cité plus
}iaut les auteurs , on remarque un vide que 'on peut dénoncer sans être injuste envers les bomipes laborieux et intelligents qui ont ouvert la voie. Ce vide , c'est celui de l'idée fondamentale, du sens intime, de ce mens divifiior qui animait tout l'art du moyen Age, et plus spécialement son architecture. On a parfaitement décrit les monuments, réhabilité leur beauté, fixé leurs dates, distingué et classiQé leurs genres et leurs divers caractères avec une perspicacité merveilleuse; mais on ne s'est pas eniîore occupé, que nous s(ichions,de détermii^erle profond sy ^)bolisme, les lois régulières et harmoniques, la vie spirituelle et mystérieuse de tout ce que les siècles chrétiens nous ont laissé. C'est là cependant la clef de l'énigme ; et la, science sera radicalement incomplète, tant que nous ne l'aurons pas découvert. Or, nous croyons aue le clergé est spécialement appelé a fournir
(926) La justice et la sympathie que nous éprou- T0II8 pour toutes les tenlalivesde régénéraUon catholique de fart, iiou5 fout un devoir de recommander à noH lecteurs àes œuvres dont nousn^avonseu connais» &anc<^ qu'après avoir terminé le travail qui précède.
«Sous uoinuitTons» donc\çi il. Baptiste Petit-
cette clef, et c'est pourquoi nous regardons son intervention dans la renaissance de uotre art chrétien et national, non-seulement comme prescrite par ses devoirs et ses intérêts, mais encore comme utile et indispensable aux progrès de cette renaissance et à sa véritable stabilité. En effet, par la nature spéciale de ses études , par la connaissance qu'il a, ou qu'il devrait avoir , de la théologie du moyen flge , des auteurs ascétiques et mystiques, des vieux rituels, de toutes ces anciennes liturgies, si admirables, si fécondes et si oubliées , enfin et surtout par la pratique et la méditation de la via spirituelle impliquée par tous les actes qui se célèbrent dans une église, le clergé sent est en mesure de puiser à ces sources abondantes les lumières définitives qui manquent à l'œuvre commune. Qu'il sache donc reprendre son rôle naturel, qu'il revendique ce noble patrimoine, qu'il vienne compléter et couronner la science renaissante par la révélation du dernier mot de cette science: Qu'il ne croie pas en faire assez , lorsqu'il n'étudiera que tes dates, la classification, les caractères matériels des anciens monuments: c'est là l'œuvre de tout le monde. H n'y a pas besoin d'être prêtre , ni même catholique pour cela; on en voit des exemples tous les jour3. Le clergé a, dans l'art , une mission plus difficile, mais aussi bien autrement élevée.
En terminant, nous ne demanderons pas pardon de la brusque franchise , de la violence même , si l'on veut , que nous avons mise à protester contre les maux ac* tuels de Tart religieux ; la vérité nous excusera, et nous vaudra l'indulgente sympathie des cœurs sincères et des intelligences droites. L'avenir nous justifiera. Si la lutte continue avec la même constance qui a été montrée jusqu'ici, si l'instinct du public sa développe avec la même progression, on peut nourrir Tespérance d'une victoire prochaine. Il nous sera peut-être donné de voir de nos yeux des évêques qui ne rougiront pas d'être architectes , au moins |.iar la pensée, comme leurs plus illustres prédécesseurs, et aussi décidés à repousser de leurs églises l*indécent, le profane, les innovations païennes , qu'à anathématiser une hérésie ou uu scandale. Peut-être alors verronsnous encore des artistes qui comprendront que la foi est la première condition du g^nie chrétien, et qui ne rougiront pas de s^ageiiouiller devant les autels qu'us aspirent à orner de leurs œuvres. Quant à nous, si nos faibles paroles avaient pu ranimer quelque courage éteint ou porter une seule étincelle de lumière dans un esprit de bonne foi, notre récompense serait suffisante, et notre alliance se trouverait ainsi consommée avec ces ieunes artistes (926), qui se dévouent à
Girard, oui semble appelé à régénérer Tari si Mi* cieux delà miniature cbréiienne; M. Charles Va»serot, qui a exposé d*admirablM études sar la cathédrale d^Amiens et les églises d^Amalfi ; M. Boileau qui, d'humble menuisier, tsi devenu sculploir en bois pour doter IVgltse de Sainl-Amoine da
APPENDICE - DU YANDAUSME ET DU CATHOLICISME DANS L'ART
iUt
bire rentrer dans Tart consacré au chrislia* fiisme ces caractères de pureté » de disnilé et d^élévation morale y seuls dignes de la majesté de ses mystères et de ses destinées immortelles. Tous ensemble, ne perdons pas courage , et saluons cet avenir qui doit remettre en honneur la loi antique et souve* 1 raine de Tart» cette loi si cruellement mé- I connue depuis trois siècles , qui proclame que U beau n'est que la splendeur du vrai.
Ce qui précède était écrit, lorsque dans une de ces vieilles Vies des Saints^ toutes nourries de cette poésie de la foi qui a fait le charme et le bonheur de nos pères pendant tant de siècles, dans une de ces {/rendes TOlumineuses qu'on lisait jadis dans toutes les chaumières, et qui ont été mises de côté par le même esprit qui a défoncé les vitraux, badigeonné les cathédrales, rogné les flèches et métamorphosé les anciennes liturgies, nous avons trouvé une belle et touchante histoire qui nous semble pouvoir servir tout naturellement d'épilogue à notre travail, et que nous citerons dans son vieux langage :
cL'Eglise célèbre ce mesme jour la feste de cinq glorieux martyrs, qui estoient excellons sculpteurs et chrestiens, hormis Simplicien qui estoit payen, lequel voyant que les ouvrages de marbre et d'autres riches estoffes de ses quatre compagnons se trouvoient si parfaicts et accomplis, qu'en les eslabourant
Compiègne d*uDe chaire goihlqae que sonliutéar a eu le boa esprit de rendre conforme aux anciens modèles : preojière chaire vraiment chrétienne et raisonnable quVit enfantée la France moderne. M. Boileau, &gé de 24 ans seulement, exécute en ce moment, et au compie du chapitre, deux chaires épiscopales pour la cathédrale de BeauTais. EnOn BOBS ne pouvons passer sous silence le livre d*Heures. qui a paru dernièrement, avec des compositions de M. Gérard Séguin , et dont chaque page est encadrée par des ornements dus à M. Daniel Ramée, d*une variété, d'une sévérité et d'uue exactitude historique qui fùrment le plus agréable contraste avec le pitoyable abus qu'on fait du gothique dans la plupart des iUuitrations de nos jours. Ce livre oflfire UBe heureuse idée dont la réalisation est satisfaiiâute, et un heureux contraste avec d'autres pro-
tout leur succédoit comme ils l'eussent pu désirer, là où au contraire il gastoit beaucoup d'outils de son art. Il demanda à Simphorien, qui estoit le premier de tous, d'où venoit cela? Il lui respondit que toujours, en prenant quelque instrument pour le travail, ils invoquoient le nom de Jésus-Christ leur Dieu, et luv remonstra si bien, que par la faveur de Notre-Seigneur il fut converty, et baptisé par un sainct evesque, nomme Cyrille, et mourut constamment avec ses quatre compagnons pour la foy chrestienne.
D'autant que l'empereur leur ayant commandé de faire un ouvrage de certaine idole, entre plusieurs animaux, ils représentèrent bien au vif les animaux, mais ils ne voulurent jamais esbaucher l'idole... L'empereur sachant cela, cuida crever de despit, et fit faire des cercueils de plomb, dans lesquels il fit enfermer les cinq martyrs, et puis jeter au fond de la rivière, par lequel martyre ils achevèrent glorieusement le cours de leur pèlerinage, et gaignèrent la couronne d'inoh mortalité (927J. »
Disons-le franchement : de même que Simplicien alla de l'atelier au baptême, et du baptême au martyre, aussi faut-il quB nos jeunes artistes, qui aspirent à régénérer Tart religieux, sachent aller avec simplicité au baptême de la foi, et braver ce martyre du ridicule et de l'invective que leur promet une impitoyable critique.
ductions du même senre. U est à regretter seulement qu*on n'ait pas préiéré la liturgie romaine à la litur«» gie parisienne, et que ces beaux encadrements dui moyen âge servent d'accompagnement à des hvmnea classiques du xvii* et du xviu* siècle (Note de 1837.) La date qui précède suOit pour rappeler que s'il fallait compléter cette liste par tout ce qui s'est ^fait de« puis dans le méine ordre d'idées, elle deviendrait un volume. Telle qu'elle est, elle suffit pour indiquer les pas faits dès lors dans la bonne voie. Les Annaies arcàéologiqua fondées par M« Didron en 1840, forment dans leur XYl* volume, déjài paru, le répertoire le plus complet de ces tent;itives de plus en plus satisfaisantes et nombreuses (Note de 1856.) (927) la Fleur des Saints , p. 1037 , au 8 Hoveiabre«