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espagnols, qui pouvaient naguère s'enorgueillir de posséder les produits les plus nombreux et les plus brillants de tVt go* thique. Ce n'est guère que là, à ce au'ii nous semble, qu'on a vu des villes s'acnarner après leurs vastes et illustres cathédrales, au point d'en faire disparaître jusqu'à la dernière pierre pour leur substituer une

Slace ; comme cela s'est fait à Bruges pour I cathédrale de Saint-Donat; à Liège, pour celle de Saint-Lambert; à Arras, pour celle de Noire-Dame ; à Cambray, pour celle de Notre -Dame aussi, avec sa merveilleuse flèche! Ce n'est que là au'on a vu, comme à Saint-Omer, la brutalité municipale poussée assez loin pour démolir, sous prétexte de donner du travail aux ouvriers^ les plus belles ruines de l'Europe centrale, celles de l'abbaye de Saint-Bertin, et marquer ainsi d'un ineffaçable déshonneur les annales de cette ci lé.

Combien de fois d'ailleurs ne voit-on pas la destruclion organisée dans nos villes, sans qu'il j ait eu n^me l'ombre d'un prétexte I Ainsi, à Troyes, n'a-t-on pas mieux aimé détruire la charmante chapelle de la Passion, au couvent des Cord^liers, changé en prison, et puis en reconstruire une nouvelle, que de conserver l'ancienne pour l'usage de la prison? Ainsi, à Paris, peut-on concevoir une opération plus ridicule que ce renouvellement de la grille de la Place-Royale, que la presse a déjà si généralenjeat, mais si inutilement blftmé? Mêlé à cette affaire par les protestaliona inutiles que j'ai été chargé a'élever en commua avec M. du Sommerard et M. le baron Taylor, à Tappui des arguments sans réplique, dçs calculs approfondis et consciencieux de M. Victor Hugo, j'ai pu voir de près tout ce qu'il y a encore de haine aveugle du passé, de con* sidérations mesquines, d'ignorance volontaire et intéressée dans la conduite des travaux d'art sur le plus beau théâtre du monde actuel. Celte vielle grille avait en elle-même bien peu de valeur artistique; mais elle représentait un principe, celui de la conservation. Et les mêmes hommes, qui se sont ainsi obstinés à affubler la Place- Royale d'une grille dont on n'avait nul besoin, ne rougissent pas de l'état ignominieux où se trouve Notre-Dame, par suite de l'absence de cette grille indispensable qu'on leur demande depuis sept années ! Peu leur importe, en vérité, que la cathédrale de Pans soit une borne à immondices^ comme le dit avec tant de raison le rapport du comité des arts au ministre. Ils trouvent de l'argent en abondance pour planter un

(954) En I8Ô7, lors de la discussion , à la chambre des pairs, sur la cession du terrain de IHirchevéché à la ville, on éleva quelques obieciioiis sur cette cession à titre gratuit. Il fut répondu que réiat était suffisamment dédommagé par Tobligation que contractait la ville d'entourer ce terrain d*une grille \ On voit comme ceUe obligation a été bien reniplie.

(9^) Page 58 de son rapport au ministre.

{9^j Ajoutons que le conscil-gciiéral de TAisac

anachronisme au milieu de la plus carieose place de Paris, et ils n'ont pas un centime à donner pour préserver des mutilations quotidiennes, d'outrages indicibles, la métropole du pays; pour fermer cet horrible cloi^que qui est pour Paris et la France entière, pour la population et surtout pour l'administration municipale, une flétrissure sans nom comme sans exemple en Europe (93&).

Lorsque l'on voit sortir des exemples pa« reils du sein de la capitale, c'est à peine si Ton se sent le courage de s'indiçner contre les actes des municipalités subalternes : toulofois il peut être bon de les signaler. Disons donc qu'à Laon, cette immense cathédrale, trop sévèrement jugée» ce nous semble, par M. Vitet (935), l^ne des plas vastes et des plus anciennes de France, si belle par sa position unique , par st% quatre tours merveilleusement transparentes, par le symbolisme trinilaire de son abside carré, par le nombre prodigieux de ses chapelles, cette cathédrale inspire aux chefs de la cité à peu près autant de s^^mpathie que Notre-Dame aux édiles parisiens. Ses abords, déjà encombrés d'une manière 13cheuse, le seront bientôt complètement par la construction d'un grand nombre de maisons sur l'emplacement du cloître, vendu pendant la révolution. Ce terrain pouvait être racheté par la ville pour une somme insignifiante; mais, aux réclamations élevées par des personnes intelligentes et zélées, il a été répondu, par un magistrat, eu ces termes : « Franchement, je ne m'intéresse pas aux édifices de ce genre; c'est à ceux qui aiment le culte à lappu/er. > Réponse digne, comme on le voit, de cette municipalité qui a eu le privilège de détruire le plus ancien monument historique de France, la tour de Louis d'Outremer, et qui passera à la postériié, flagellée par 1 impitoyable verve de M. Hugo (936). Ailleurs, c'est encor^ la même inaifférence, ou plutôt la même aversion pour tout ce qui tient à l'histoire ou à l'art. A Langres, quelques jeunes gens studieux avaient humblement demandé au conseil municipal l'octroi de labside de Saint-Didier, la (ilus ancienne église de la ville ^aujourd'hui enlevée au culte), afin d'y commencer uu musée d'antiquités locales ; institution vraiment indispensable dans une contrée oi)i chaque jour, en fouillant le sol, on découvre d'innombr»bies monuments de la domination romaine. Mais le sage conseil a refusé tout net et a préféré transformer sa vieille église en dépôt de bois et de pompes. — La guerre d^

vole près de deux millious par an pour ses rouies , qu'il ne parvient pas à employer toute cette sdoime, mais qu*il refuse d*en consacrer un vingtième, on cinauaniième aux réparations urgentes de TédiOce le plus remarquable du département l\ se borne à exprimer le vœu que le gouvernement veuille bieg le classer parmi les monuments nationaux; comné si tous les autres départements n*aTaieni pas des cathédrales dignes d*ètre rangées dans la même catéjjorie*

APPENDICE. - DU TANDALISME ET DU CATflOLiaSME DANS L'ART.

clarée k une grande idée historique vaut bien la guerre faite à un monument; voilà pourquoi nous allons encore parler de Dijon. Ce n*est pas assez pour cette ville d'avoir détruit» en 1803, sa Sainte-Chapelle, œuvre merveilleuse de la générosité des ducs de Bourgogne; d'avoir transformé ses belles églises de Saint-Jean en magasin do tonneaux, de Saint-Étienne en marché couvert, et de Saint-Philibert en écuries de cavalerie; nous allons citer un nouveau trait de son histoire. On sait que saint Bernard est né è Fontaines, village situé à peu près aussi loin de Dijon que Montmartre Test de Paris. On y voit encore, à côté d'une curieuse église, le château de son père, transformé en couvent de Feuillants, sous Louis XIII, et conservé avec soin par le propriétaire actuel, M. Girault (937). On a ouvert dernièrement une nouvelle porte sur ia route qui conduit à ce village : la voix publique, d'un commun accord, lui a donné le nom de porte Saint- Bernard, et le lui conserve encore. Mais devant le conseil municipal il en a été autrement. Lorsque cette proposition y a été faite, il s'est trouvé un orateur assez intelligent pour déclarer que saint Bernard était un fanatique et un mysti' que dont les allures sentaient le carlisme et le jésuitisme, et qui, dans tous les cas, n*a^ vait rien fait pour la ville de Dijon! ! Et le conseil municipal s'est rangé de cet avis. Je regrette, pour mon compte, que par voie d'amendement on n'ait pas nommé la porte d'après un homme aussi éclairé que cet orateur ; mais, dans tous les cas, il aura été récompensé par ia sympathie et l'approbation de M. Eusèbe Salverte, qui, dans la dernière session, a si énergiquement blâmé le ministère d'avoir consacré quelques faibles sommes i l'entretien de l'église de Vézelay, où saint Bernard, en préchant la seconae croisade, avait trouvé moyen de plonger les populations fanatisées plus avant dans la stagnation féodale (938).

Si maintenant nous passons des autorités municipales è la troisième 'des catégories de vandales que j'ai autrefois établies, celle des propriétaires, il nous faut avouer que le mal, moins facile à connaître et à dénoncer, est peut-être là plus vaste encore que partout ailleurs. Nul ne saurait mesurer toute la portée de ces dévastations intimes : comme le travail de la taupe, elles échappent à l'examen et à l'opposition. Ce qu'il y a de plus fâcheux pour 1 art dans les dispositions de la plupart des propriétaires français, c'est leur horreur des ruines. Autrefois on fabriquait des ruines artificielles dans les jardins a l'anglaise ; aujourd'hui on trouve aux ruines véritables des édifices les plus curieux un air inconfortable^ que l'on s'empresse de faire disparaître en achevant leur démolition. Celui qui aura sur ses domaines

quelques débris du château de ses père^ ou d'une abbaye incendiée à la révolution» au lieu de comprendre tout ce qu'il peut j avoir d'intérêt historique ou de beauté pittoresque dans ces vieilles pierres, n'y verra qu'une carrière à exploiter. C'est ainsi

2 n'ont disparu notamment toutes les belles glises anciennes des monastères, dont on a quelquefois utilisé les bâtiments d'habitation : c'est ainsi, par exemple, que nous avons vu vendre, il y a trois mois, jusqu'à la dernière pierre de l'église de Foiçny en Thiérache, près la Capelle, église fondée par saint Bernard, qui avait quatre cents pieds de long, et qui subsistait encore, il y a quelques années, dans toute sa pure et native oeauté. Et on a pu faire disparaîtra ce maj^nifique édifice, sans qu'une seule réclamation se soit élevée pour conserver à la contrée environnante son plus bel orne* ment et une preuve vivante de son importance historique. Près de là, dans un site bien boisé et très-solitaire, à Bonne-Fontaine, près d'Aubeuton, abbaye fondée en liS3, on voit encore le transept méridional et six arcades de la nef de l'église qui est évidemment du xu* siècle : mais 1 année prochaine on ne les verra peut-être plus» parce que l'acquéreur installé dans l'abbatiale en arrache chaque jour quelques pierres pour les besoins de son ménage. Il y a quinze jours, un ouvrier était occupé à dé* pecer la grande rosace qui formait lantéfixe du transept, et qui, laissée à nu par la destruction cfu pignon, se découpait à jour sur le ciel, et produisait un effet aussi original que pittoresque. On ne conçoit pas gu'un esprit de spéculation purement industriel n'inspira pas mieux, et qu'on ne songe jamais aux voya-

(;eurs nombreux qu'on éloigne en dépouilant le pays de toute sa parure , de tout ce qui peut distraire de l'ennui, éveiller la cnriosilé ou attirer l'étude. Quelle différence déplorable pour nous entre le système français et les soins scrupuleux oui ont valu à l'Angleterre la conservation des admirables ruines de Tintern, de Croyiand , de Netley» de Fountains , et de tant d'autres abbayes qui, pour avoir été supprimées et à moitié démolies par la réforme , li'en offrent pas moins aujourd*hui d'inappréciables ressources à l'artiste et à^l'antiquaire I Et, s'il laut absolument descendre à des considérations aussi ignobles, qu'on aille demander aux aubergistes, aux voituriers, à la population en général des environs de ces monument*;» s'ils ne trouvent pas leur compte à la conservation de ces vieilles pierres qui, situées en France, auraient depuis longtemps servi à réparer une route ou une écluse» Où en seraient tes rives du Rhin, si fréc^uentées et si admirées» avec le mode d'exploitation des ruines que l'on emploie en France? Il y a longtemps que les touristes et les artistas

^937) Bien loin d*l miter tant de propriétaires vandales, ou pour le moiiis iiidifliérems, 11. Girault a publié un fort tK>n opu seule iniitulé : la Manon

natale de iatnl Bernard à FonUànê-Ut-Diiom, 1821. (958) Discussiou du budget de riuiérieur, eu 1K58.

DICTIONNAIRE DESTHETIQUE.

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auraient abandonné ces parages, comme ils ont abandonné la France , cette France qui était naguère, de tous les pays de TKurope, la plus richement pourvue en églises, en châteaux et en abbayes du moyen âge, et qui le serait encore si on avait pu arrêter, il y a vingt ans, le torrent des dévastations publiques et particulières. Aujourd'hui cest à 1 Allemagne qu il faut céder la palme, grâce au zèle qui anime à la fois le gouvernement et les individus contre les progrès du vandalisme, lequel y a régné comme chez nous» mais bien moins longtemps. Les mesures administratives y sont appuyées par cette bonne volonté et cette intelligence des individus qui manquent si généralement en France. C'est ainsi qu'il s'est formé dans plusieurs villes des associations avec le but spécial de conserver tel ou tel monument voisin. Nous citerons celle créée à Bamberg pour racheter et entretenir Altenbourg, l'ancien château des évoques de Bamberg. M. le baron d'Aufsess, Tun des amis les plus zélés de l'art chrétien et historique en Allemagne, en a formé une autre pour sauver le beau château de Zwernitz, en Franconie, et la niéme^meaure a été prise par une réunion de prêtres et de bourgeois dans l'intérêt de la vieille église située au pied du Hohenstaufen.

Peut-être verrons -nous en France des améliorations de ce genre. La société formée par M. de Caumont pour la conservation des monuments f dont nous avons parlé plus hautf pourra se propager et former des succursales. Dieu le veuille! car en France, plus qu'ailleurs, l'homme isolé n'a presque jamais la conscience de l'étendue de sa mission. Pour un homme vraiment énergique et éclairé comme M. de GolbérjTt qui, par l'influence que lui donne sa triple qualité de législateur, de magistrat et de savant trèsdistingué, a rendu des services si éminents à l'art chrétien en Alsace (939), nous aurons encore pendant longtemps cinquante hommes comme M. Nicolas, architecte de jBourbon-1'Archambaiilt, lequel, pour donner une preuve de ses connaissances architecturales, a fait dén)olir la Sainte-Chapelle de Bourbonl'Archambault , l'ornement et la gloire du Bourbonnais , pour en vendre les matériaux. C'est en 1833 que le dernier débris en a^disparu. *

Mais comment qualifier le trait que je vais raconter, et dans quelle catégorie de vandales faut-il ranger ses auteurs? Il y avait à Montargis une tour antique qui faisait l'ad-

(939) Entre autres églises, M. de Golbéry a sauvé celle d*UUiuarsliein , qui date, selon la tradiiion, des temps pateiis ; la belle église de Geberschwir , et celle de Sigolsheini , fondée par Timpéralrice sainte Richarde au iï" siècle. Dans cette dernière église il a eu le mérite de faire prolonger la nef de plusieurs arcades, en conservant tout a fait le style de Toriginal et en reportant sur la nouvelle façade le portail du ix* siècle, au lieu de laisser plaquer cuntre Tantique édilice une sorte de coffre en plâtras moderne, avec un péristyle à triangle obtus, comme cela se pratique partout où les l)esoins de la population exigent Tagrandisscment d^une vieUle

miration des voyageurs. M. Cotelle, notaire h Paris et propriétaire à Montargis, jugeant utile de conserver ces vénérables restes, avait provoqué des souscriptions et obtenu même du ministère une somme de 1,200 fr. pour réparations urgentes. Malheureusement, aux élections générales de 1837, M. Cotelle se présente comme candidat ministériel ; aussitôt les meneurs de Topposition se sont cru parfaitement en droit d^xciter queliiues individus à retirer petit à petit les pierres qui faisaient la base de l'édifice, et, i leur grande joie, la tour s'écroula avec un épouvantable fracas. La nouvelle de cette belle victoire fut aussitôt expédiée à Paris ; le tour y fut jugé bon, et plus d'un journal sérieux le raconta avec éloge (940). Je ne pense pas qu'il y ait un autre pays au monde où un pareil acte serait toléré, biea loin d'être encouragé.

En quittant le temporel pour le spirituel, si on examine Tétat du vandalisme chez le clergé, on reconnaît que sa puissance j est toujours à peu près aussi étendue et aussi enracinée. Malgré les recommandations et les prescriptions de M. Tévèque du Put (Ml) et de plusieurs autres respectables évoques, il y a toujours dans la masse du clergé et dans les conseils de fabrique la même inanie d'enjolivements profanes et ridicules, la même indifférence oarbare pour les trqp rares débris de l'antiquité cnrétienne. J'ai dit Tannée dernière (9^2) combien le système suivi dans les constructions récentes était déplorable : il me reste i parler de la manière dont on traite les édifices anciens. Je sais qu'il y a dans chaque diocèce d'honorables exceptions, et que le nombre de c«s exceptions s'accrott chaque jour (9bS). Mais il est encore beaucoup trop petit pour lutter contre l'esprit général, pour empêcher

Ju'il n'y ait un contraste afiligeant entre cet tat stalionnaire, cette halte dans la barbarie, et la réaction salutaire manifestée par le gouvernement et par des citoyens isolés. A Pappui de ce que j'avance ici, qu*il mo soit permis de transcrire littéralement ce

3u'on m'écrit à la fois des deux extrémités e la France : « Vous ne sauriez vous itu.igtner (c'est un prêtre breton qui parle) Tardeur que l'on met dans le Finistère et les Côtes-du-Nord à salir de chaux ce qui serait encore intact. La passion de bâtir de nouvelles églises s*est emparée d'un grand nom* bre de mes confrères ; malheureusement elle n'eat point éclairée. On veut partout du

église. Entre mille exemples de cette abtardité, nous cileroDS Saint- Vallier, sur le Rhône.

(940) Voy. le Courrier et le Siècle des premieft jours de novembre 1857.

(94i)Mgr de Bonald, depuis cardinal -arcbeTéque de Lyon.

<942) Voy. De Vétat actuel de Van religieux.

(9i3) Aux noms que j'ai eu occaaion de cher ailleurs, je dois ajouter M. Pascal, curé de la Ferlé dans le diocèse de Blois , qui , dans sa pol«iiii|M avec M. Didron, publiée par VUnivers^ a douiaédes preuves de science et de xcle.

ÂPPEiNDICE. — DU VANDALISME ET DU CATHOLICISME DANS L*ART:

noufeau, de rélégant h la manière des païens. Pour ne pas ressemblera nos pères, pour ne pas imiter leur religieuse architecture, on nous fait ou des salles de spectacle, ou de misérables masures sans dignité, sans élégance, sans aucun cachet religieux, où*le symbolisme chrétien est tout à fait sacrifié au caprice de MM. les ingénieurs. Ce n'est pas que Ton ne tàsse quelquefois des réclamations ; mais comme elles ne sont dictées que par le bon sens et la religion, et que, pour avoir des fonds, il faut suivre servilement les plans des architectes officiels, on passe à l'ordre du jour. » D'un autre côté, on m'écrit de Langres : « Le clergé de notre diocèse est tellement éloigné de tout sentiment de lart religieux, qu'il s'oppose généralement aux réparations faites dans le caractère des monuments gothiques ^ et qu'il n'est presque pas de prêtre qui ne préfère une église. à colonnes et à pilastres grecs, à fenêtres* carrées ou en demi-cercle, garnies de rideaux de couleur, aux monuments gothiques, Et chaque jour on voit, quand une église est trop petite, qu'au lieu de l'agrandir en suivant son architecture primitive, on la détruit, et on la remplace par une salle aux murs badigeonnés de jaune et de blanc. »

Je pourrais citer vingt lettres semblables, qui ne contiennent toutes que Texacte vérité, comme peut s'en assurer quiconque est doué de l'instinct le plus élémentaire en matière d'art religieux, et qui veut se donner la peine d'interroger les hommes et les lieux. Partout il trouvera des curés qui se reposent sur leurs lauriers, après avoir recouvert leurs vieilles églises d'un épais badigeon beurre-frais, relevé par des tranches de rouge ou de bleu; après avoir jeté aux gravois les meneaux de leurs fenêtres ogivales, et échangé, contre les produits de pacotille religieuse qu'on exporte de Paris, les trop rares monuments d'art chrétien que ie temps avait épargnés. Je prends au hasard quelques traits parmi ceux que me fournit une trop triste expérience de ce ({u'il faut bien nommer le vandalisme fabricien et sacerdotal. Quelquefois c*est une profonde insouciance qui fait la généreuse aux dépens de l'église. Ainsi plusieurs tonnes de vitraux provenant de l'église d'Epernajr ont été données à un grand-vicaire de Chalons, pour orner la chapelle de son uhAteau; ainsi une paix en ivoire da xiv* siècle, appartenant a Saint-Jacques de Reims, a été donnée par l'avant-dernier curé de cette paroisse à un antiquaire de la ville. Ailleurs, c'est un esprit de mercantile avidité qui spécule sur les débris de l'antiquité chrétienne, comme sur une proie assurée. On se rappelle la mise en vente de l'ancienne église de ChAtillon» l'une des jplus curieuses de la Champagnei parla fabrique, sur la misée prix de 4,000 fr., Iieureusement arrêtée par le zèle infatigable de M. Didron, et le rapport qu'il adressa au minisire de l'instruction publique sur cette

honteuse dilapidation. Mais là où ou ua saurait vendre en gros on se rabat sur le détail. A Amiens* on a vendu trois beaux et curieux tableaux sur bois du xvr siècle, qui se trouvaient à la cathédrale, moyennant le foadigeonnage d'une des chapelles. Il y en a d'autres qui servent en ce moment de portes au poulailler d'un jeune abbé 1 C'est dans cette même église qu un des chanoines disait naguère à M. du Sommerard en lui montrant des stalles du chœur, monument admirable d'ancienne boiserie : « Voyez ce are'nier à poussière I 11 nous empêche d être vus ; qui nous en débarrassera ? » Dans la collection de ce savant archéologue, on voit de curieux émaux byzantins, qu'il avait d'abord admirés à la cathédrale de Sens, et qui lui ont été apportés, il ^ a trois ou quatre ans, par un brocanteur, qui les avait achetés à l'église, toujours movennant le badigeonnage d'une chapelle. A Troyes, la fabrique de la Madeleine a fait tailler, dans les bases et les fûts des colonnes, un certain nombre de places, que l'on loue 3 ou fr francs par an» au risque de faire écrouler l'édifice tout entier. C est, du reste, la même fabrique qui voulait absolument abattre le fameux jubé de cette église, regardé comme le plus beau de France, sous prétexte que ce n était plus de mode, et qui ne l'a épargné qu'à condition de pouvoir l'empâter sous une épaisse couche de badigeon (9W. Rien n'échappe à ce mépris systématique de la vénérable antiquité; mais ce qui semble spécialement exposé à ses coups, ce sont les anciens fonts baptismaux, objets de l'étude et de l'&ppréciation toute particulière de nos voisins les Anglais. A Lagery, près Reims, le curé a fait briser des fonts romans pour les remplacer par des fonts modernes. Il en est de même dans presque toutes les églises du nord et de l'est de la France ; partout les fonts sont brisés ou relégués dans un coin obscur, pour faire place à quelque conque païenne. De l'autre côté de la France, près Poitiers, dans une église dont j'ai le tort d'avoir oublié le nom, il y avait un ancien font baptismal par immersion. Celte particularité si rare et si curieuse n'a pas suffi pour lui faire trouver grâce devant le curé, qui l'a fait détruire. Ailleurs ce sont ces vieilles tapisseries, si estimées aujourd'hui des antiquaires , surtout depuis que le bel ouvrage de M. Achille Jubinal est venu en révéler toute la beauté et toute l'importance. A dermont, en Auver^ gne, il y a dans la cathédrale douze tapisseries provenant de l'ancien évêché, et faites de 1505 à 1511 , sous la direction de Jacques d'Amboise, membre de.cette illustre famille si généreusement amie des arts; elles sont toutes déchirées , moisies et abîmées de poussière. M. Thévenot, membre du comité des arts, avait offert de les nettoyer à ses frais et d'en prendre un calque ; mais le chapitre lui a répondu par un refus. A Notre-Dame de Reims, il y a encore d'au-

(944) Arsiaui» Antiquités de Troyes, i7i7.

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MCTK)NNAmE D*ESTHET1QIIC.

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fait peindre en jaune les deux oollatéranx et la nef du milieu en blanc, en même tem^ qu'il écrasait l*un des transepts sous la masse informe d*un autel dédié à saint Pierre, parce qu*it s'appelait Pierre. A Bour?, rillage

r'ës Gisors, le curé a trouvé bon de donner sa vieille église le costume suivant : les gros murs en bleu^ les colonnes en roMt^ le tout relevé par des plinthes et des corniches enjotine. A Laon, 1 église romane de la fameuse abbaye de Saint-Martin a été badi* geonnée en ocre des pieds à la tdte par son curé, et dans la cathédrale, cette charmante chapelle de la Vierge qui a gemîé comme une ileur sur les lignes sévères dn transept septentrional, a été recouverte d'un jaune épais, et ornée d'une série d'arcades à rez-terre, en vert marbré, relevées pv des colonnes orange. Cette mascarade est due à un ecclésiastique de la paroisse, et il n'y a déplus affreux que la longue balustrade qui coupe par le milieu I extrémité carrée du chœur, et qui est peinte en noir parce que le mur auquel elle s'appuie, est peint en blanc. A la grande collégiale de Saint-Quentin, il y a autour du chœur cinq chapelles que M. Vitet a qualifiées avec raison de ^ ravissantes, d'un goût et d'ufi dessin tout à fait mauresques fdUl). » Mais je ne sais si, de son temps, celle du chevet était décorée avec des bandes de papier peint marbré, absolument comme lantidiambre d'un hôtel garni, avec un prétendu vitrail en petits carrés de verre bleus et rouges, à travers lesquels les enfants peuvent s'amuser à voir tremblotter le feuillage d'un arbre planté au chevet de l'église. On n'a pas respecté davantage la curieuse ^église de Saint-Michel en ïhiérache , que je recom* mande vivement aux antiquaires qui seront chargés de la statistique si importante du département de l'Aisne. Dans une position charmante et presque cachée au bord des vastes forêts qui longent la frontière belget elle offre le plus grand intérêt par la dis|J0sition tout a fait excentrique de ses cinq absides, et par son transept du xu* siècle. Les moines l'avaient refaite à moitié dans le xvii* siècle , et avaient plaqué beaucoup de marbre sur ce qui restait d'ancien. Mais il 7 a deux ans que sa solitude et sa beauté n'ont pu la mettre à l'abri d'une couche générale de jaune , d'orange et de blanc qui en alourdit et altère les proportions. Dans le midi on doit déplorer les oadigeonnages récents de Saint-André-le-Bas à Vienne , de Notre-Dame d'Orcival en Auvergne» de Saint-Michel au Pujr-en-Y elay , enfin de la cathédrale de Lyon. Cette dernière œuvre est du fait de M. Chenavard, arcîiitectev à

3ui des juges plus compétents que moi ont éjà imputé l'écroulement de l'ancienne nef de la cathédrale de Belle^', ainsi oue des restaurations et constructions très-affligeaotes,à Saint-Vincent de ChAlon-sur-S^e (9fc6}. Quant à ce qui 'se passe dans» Paris , J'emprunte l'énergique langage du rapport

(945) Rapport au miniitre de rmtérieurt page 61. (9i6) Cet archUeete viUidale est jtpstemfal )ii$é

très tapisseries du xiv* siècle, qui sont découpées et servent de tapis de pied au trône ôpiscopal. En revanche, quand on aura |>esoin de ce genre de panires pour certaines fêtes de l'Ëglise, comme c'est emore l'usage à Paris pour la semaine sainte, soyez sûr qu'on ira chercher au hasard, dans

Ïuelque garde-meuble, tout ce qu'il y aura e plus ridiculement contradictoire avec la sainteté du lieu et du temps. C'est ainsi que le vendredi saint de cette année 1838, tout le monde a pu voir au tombeau de Saint- Su 1 pi ce , }e Festin d'Antoine et Cléopdtre (Cléopâlre dans le costume le plus léger); et à celui de Sainl-Germain-1 Anxerrois , YéniÂi amenant l*Amour aux nymphes de Calypsoî Terminons cette série par un dernier trait de ce genre. A Saint-Guilhem, entre Montpellier et Lodève, il y a une église bfttie, selon la tradition, ()ar Charlemagne, et dont Tantel a été donné par Grégoire VU; cet autel a été arraché, rélég.ué dans un coin, par le curé, oui y a substitué un autel en bois peint, oubliant sans doute qu'il outrageait ainsi les deux plus grands noms du moyen ftge catholique, Gharlemague et Grégoire Vil 1

Quand on a ainsi disposé de la partie mobilière, ii reste l'immeuble, que Ton s'é- Tertue le mieux que Ton peut à revêtir d'un déguisement moderne. Quelle est l'église de France qui ne porte les traces de ces anachronismes trop souvent irréparables? Hélas! il n'y en a littéralement pas une seule. Là où la pioche et la rApe n'ont pas labouré ces saintes pierres, I ignoble badigeon les a toujours souillées. Qu ils parlent ceux qui ont eu le bonheur de voir une de nos cathédrales du premier ordre, Chartres, par exemple, il y a quelques dix ans, avant qu'elle ne fût jaunie de cet ocre blafard oue l'évèquea mistaotde zèle à obtenir, et qn ils nous disent, si la parole leur suffit pour cela, tout ce qu'une église peut perdre en grandeur, en majesté, en saintelét à ce sot travestissement 1 Statues, bas-reliefs, chapiteaux, rinceaux, fresques, pierres tombales, épitaphes, inscriptions pieuses, rien n'est épargné ; il faut que tout y passe, il faut cacher tout ce oui peut rappeler les siècles de foi et d'enthousiasme religieux, ou du moins rendre méconnaissable ce qu'on ne peut complètement anéantir. D'où il résultera cet autre avantage, que les murs de ré[j;lise seront plus éclatants que le jour qui doit pénétrer par les fenêtres, même quand celles-ci seront dégarnies de leurs vitraux, »et que par conséquent les conducteurs naturels de la lumière auront l'air de lui faire obstacle. Faire l'histoire des ravages du badigeon, ee serait ftiire la statistique ecclésiastique de la France ; je me borne à invoquer la vengeance de la publicité contre les derniers attentats qui sont parvenus à ma connaissance. A Coutances , dans cette iameuae cathédrale, qui 4 si Longtemps occupé les archéologues , le dernier évéque a

APPENDICE. — DU VANDALSME ET DU GATUOLIGISME DANS L'ART

ÎXti

de H. de Gasparia : < On empAte, dit-il, de peinturet et on cache sous le stuc deux chapelles de Saiot-Gernoain-des-Prés, en attendant qu*un ait assez d'argent pour babiller ainsi réglise entière. On déguise» sous des couleurs vert pomme et bleu pftie détrempées daps rboile, l'église Saint-Laurent, e( on en transforme en ce moment les chapelles en armoires. Enfin» Ton badigeonne et Ton gratte tout h la fois la grande église de Saint-Sulpioe qu'une vieille teinte grise conimençait déjàè rendre respectable (947). » Ce n'est pas au clergé , c'est au conseil des bâtiments civils, siégeant h Paris, qu'il ÎTaut attribuer et reprocher l'odieux système que l'on suit partout à rencontre des clocners d'églises rurales. Il est à peu près reconnu par tout le monde que les flèches gothiques ou en pointe sont le plus bel ornement des horizons de nus campasnes. Mais malheur à celle qui exige des réparations ! Fût-elle la plus antique, la plus noble, la

£ lus gracieuse du monde, point de pitié, es qu'on y touche, il faut la remplacer par deux pans coupés, ou par une sorte de calotte ou chaudière. C'est la règle prescrite par le conseil des bâtiments, qui ne souffre pas qu'on s'en écarte, quand même on aurai! tout l'argent nécessaire pour payer quelque chose de mieux. La ville de Charmes, dans les Vosges, avait près de cent mille francs de fonds municipaux disponibles , pour une réparation de cette nature : on ne l'en a pas moins forcée à repplacer, par un capuchon en forme de marmite renversée, sa flèche élégante et fière, qui de trois lieues à la ronde ornait le paysage. On pourrait citer une foule d'autres exemples de ce genre. Le résultat général de celte sorte de progrès consiste à abaisser partout les croix de village de trente h quarante pieds. Belle victoire pour la civilisation.

Enfin, avant de sortir des églises, il faut bien consacrer quelques mots a une classe spéciale de vandales qui y ont élu domicile, c'est-à-dire aux orgamstes. Si c'est un crime d'offenser les yeux par des constructions baroques et ridicules , c'en est un, assurément, que d'outrager des oreilles raisonnables par une prétendue musique religieuse qui excite dans l'&me tout ce qu'on veut , excepté des sentiments religieux, et d'employer à cette profanation le roi des instruments, Vorgan^ intime et m^yestueux des harmpnies chrétiennes. Or , dans toute la France, et spécialement k Paris, les organistes se rendent coupables de ce crime. Règle générale, toutes les fois qu'on invo-

auera le secours si puissajat et si nécessaire e l'orgue pour compléter les cérémcyiies du culte. iQuios les fois qu'on verra affiché 6Ur le programme de quelque fête que f argue aar^ lauçhé par ff***» ,9P P«4^ *^i® d'iivaQoe sOr d'eutendre qiielqae$ airs du Miivel opéra» des valses, de3 ^itfredanses, lte« («ttr^ de force, si Ton veut, mais jamais

dtm b MM 4e IL de GuUherit^ au miiiisire de rinstmfittgn nubyque, sur l«i ^^niOÂents du Lyon • uaiT ittseréedânsteiour»/!! 4fi ViMiY^tion pubii^

Diction?!, d EsTHÉxiquk

un motet vraiment empreint de sentimetif religieux; jamais une de ces grandes cx)nipositions des anciens mattres d'Allemagne ou d'Italie ; jamais surtout une de ces vieilles mélodies catholiques, faites pour l'orgue et pour lesquelles seules l'orgue luimême est fait. Je ne conçois rien de plus erotesque et de plus profane h la fois que le système suivi par les organistes de Paris, Leur but semble être de montrer que l'orgue, sous des mains habiles comme les leurs, peut rivaliser avec le piano de la demoiselle du coin, ou avec la musique du régiment qu on entend passer dans la rue. Quelquelois ils descendent plus bas, et le jour de Pâques de cette année 1838, on a entendu au salut de Saint-Etienne-du-Mont, un air fort connu des buveurs, dont les premières paroles sont :

Mes amis, qnaod jebois.

Je sais plus lieureux qn'uii roi.

On voit que ce n'est guère la peine pour Mgr l'archevêque de Paris d'interdire la musique de théâtre dans les églises, puisque les organistes y introduisent de la musique de cabaret. 11 y a longtemps cependant que ces abus, si patiemment tolérés aujourd'hui, sont proscrits par l'autorité compétente : et, pour me mettre à l'abri du reproche d'être un novateur audacieux, je veux citer deux anciens canons qu'on trouve dans le Bréviaire de Paris. Le premier est du concile de Paris, en 1528, décret 17 : « Les saints Pères n'ont introduit dans l'Ëglise l'usage des orgues que pour le culte et le service de Dieu. Ainsi, nous défendons qu'on joue dans l'église sur ces instruments des chants lascifs ; nous ne permet* tons que des sons doux, dont la mélodie ne représente que de saintes hymnes et des cantiques spirituels. » Le second est de l'archevêque François de Harlay, article 33 des statuts du synode de 1674^ : « Nous dé* fendons expressément d'introduire dans le» églises et chapelles des musiques pro« fanes et séculières, avec des modulationê vives et sautillantes; de jouer sur les orgues des chansons ou autres airs indignes de la modestie et de la gravité du chant ecclésiastique Knfin, nous défendons d'envoyer

ou d'afficher des programmes pour inviti^r les fidèles à des musiques dans les églises, comme à des pièces de théâtre où 'à des spectacles, m

Pour pardonner tout ce qu'on fait et tout ce qui se laisse faire dans les églises, il faut se souvenir qu'on se borne à suivre la route tracée pour la plupart de nos savants et de nos artistes attitrés, dont tout le génie consiste à mépriser et à ignorer l'art chrétien: il faut se souvenir que l'un des architectes les plus renommés de la capitale, et qui postule àu* tourd'hui une importante restauration floibtque, qualifie Tarithi lecture du moyen jge ^'arcMtecture à cbmpe-simriê, tt qi^'ooe d^s

ouê de Dovcmbre IIM.

^d47) Moniteur du $ Sioûl 1989.

UCÛ

DICTIONNAIUK D'ESTHETIQUE.

luraiètes de IVadéinie ilos Beaux-Arts déï)lore parioul l'appui donné par le gouvernement à la ieule tendance quH importe de décourager.

Je ne puis terminer cette invective sans taire une rétractation exigée par la justice. J'ai dit naguère que partout, excepté en France, les monuments d'art ancien étaient respectés» et j'ai nommé la Belgique parmi les pays qui lui donnaient cette salutaire leçon. Après svoir pris une connaissance plus approfondie des faits, je suis obligé de dire qu il n*en est rien, et que, si le gouvernement et la législation beige sont plus avancés que les nôtres sous ce rapport, en revanche, les dispositions générales du pays sont plutôt en arrière de celles de la France. Par une contradiction remarquable, la Belgique, qui avait su se garantir plus qu'en autre pays des doctrines gallicanes et philosophiques du xviu* siècle, comme Ta démontré son insurrection contre Joseph 11, avait cependant subi à un degré incroyable l'influence de Fart dégénéré des époques de Louis XIY et Louis XV. Je ne connais rien en France de comparable aux gaines colossales par lesquelles on a trouvé moyen de jtiéQgurei* la nef de la cathédrale de Malines; h la façada de Notre-Dame de Finistère à Bruxelles, véritable passoire à café flanquée , de deux bilboquets ; aux miroirs, aux pl&- ! très et aux marbrures qui déshonorent Saint- Pau! et Saint-Jacques a Liéj^e; à ces autels monstres en marbre noir, inventés exprès .pour détruire, comme à Anvers, l'effet de la j)lus belle église gothique. La Belgique n'a pas encore su se dégager de ces langes gro- «tesques. .Et, chez elle, le vandalisme restau- 4'aleur marche fièrement h côté du vandalis- ^le destructeur. Ce dernier lui fut apporté lAr la conquête française, qui fit disparaître jiresque toutes ses magnifiques abl)ayes et deux dje ses plus anciennes cathédrales. Le règli« de la maison d'Orange fui aussi une épogu^e de dévastation et d^abandou systématique. Je ne veux en citer qiie deux traits. A l'époque où le roi Guillaume 1" mettait .en vente à son profit pour .9&> millions de domaines nationaux belges, et où il livrait à la hache d'impitoyables spéculateurs cette Ibrèt de Soignes* la plus belle de TËurope occidentale, J'oroement de Bruxelles et du pays tout entier, ce prince éclairé crut faire une bonne affaire en faisant vendre aux enchères l'ancien château de Vianden, dans le Loxeipbpurg, édifice immense et admirable, jiur un rocher qui domine l'Our^ parfaitement conservé ci habité (9tô)^ et qui devait «Q uutre avoir, à ses jçiix^ le mérite d'avoir été là preaiiére jtros^s^ipn de la maisûn de Nassau dans loa Pays-Bas {^k9). ilfutadj^giâ ^oiir êix mille francs à un entrepreneur, qui en enleva les plombs, les bois et le rendit ainsi aus^i inhabitable que possible» jasqu*è (.e que le. roi éveillé par tes clameurs que iaisaii pousser cet aeie de vandalisme inOuï,

(948) Le ro» ravail rrpris à M. de Marbœuf éfni rav'«il rcçd en dôuiioir iie Napoléon et qui l'enlreionail fui'i bien.

racheta les ruines du chAteau de ses pères moyennant 3,000 francs. C'étaient toujours 1,000 écus de profit, et une gloire de moins pour sa couronne et pour le pays ; et cepen* dant voilà ce qu'on appelait une re^/auran'on/ Ces ruines, dans leur état actuel, sont, de l'avis unanime des voyageurs, plus rastes et mieux conservées que tout ce qu'on voit de ce genre sur les bords du Rhin; qu*on jugedn prix qu*avait un pareil monument dans son irrtégrité. Sous ce même règne, en 1822, on voyait encore à quatre lieues de Bruxelles, ri mmense abbaye des Prémontrés de Ninove. Ses quatre façades offraient un vaste ensemble d'architecture classique, dans les proportions les plus imposantes et les plus régulières; sa reconstruction en 1718« avait coûté 3,500,000 .francs. £n 1822, elle était dans un état de conservation par&ite, et on la mettait en vente pour 80,000 francs. La province de la Frandre orientale voulut en faire l'acçiuisition pour l'offrir comme château au prince d'Orange, qui faisait alors bAtir à Bruxelles un palais dont toute retendue n*égalc pas une seule des uuatre façades de Ninove; mais le roi refusa cette offre. Il n'eut pas davantage l'idée d*utiliser cet immense édifice, si voisin de sa capitale, pour en faire un hospice, un collège, ou une caserne; et l'adjudication déûnitive eut lieu le 15 janvier, après TafOche suivante que nous croyons devoir transcrire comme une curieuse pièce justificative de la future histoire du vandalisme : « Cette abbaye, dont la construction a coûté plus de 1,500,000 florins avant la révolution, offre, sous le rapport de la démolition, des avantages immenses. Tous les matériaux en sont de la plus grande beauté : le fer, le plomb, les ardoises fortes, les grès, le marbre, n'y ont pas été épargnés; la charpente en est énorme; aucune planche n'a été clouée. Pour le transport, la Dendre offre un moyen facile Les fortifications de Termonde, les travaux à Bruxelles, etc., assurent le débit avantageux des matériaux. En un mot, celte vente se présente aux spéculateurs sous l'aspect et dans les circonstances les plus favorables« »

Tous ces avantages ont été si bien saisis qu'aujourd'hui il ne reste pas pierre sur pierre de l'édifice. Seulement on peut exa miner les plans, chez un menuisier de la ville, et vraiment c'est une visite qui vaut la peine d'être faite, pour voir jusçiu'où Is fureur de détruire peut aller, en pleine paix et sous un gouvernement régulier.

Depuis la révolution de 1830, le nouveau gouvernement sest occupé avec qaelqUe sollicitude de la conservation des nioodmeuts. La loi communale, tout eu accordant aux municipaiiiéjs des attributions plus larges qu'en aucun autre pays du nipoda» leur défend de procéder, sms Vifpprelimiiom (tu roiy « À la détuoliiion des monainenls de 'l'antiquité ^t aux réjiarations h y fiûrer lois» que ces réparations sont de nature à lAaa-

(04^) £û f540; Margneriie de Spanbein , liérih licre du «^^nte tic ViMiidcii, Tupporta eu «loi à

Oihuiif cumlu de Nassau,

APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU GATHOLiaSME DANS LWRT.

ger te style ou le ceractère des monuments (950). » Voilà de belles et sages paroles, dont Tabsence se fait regretter dans notre loi municipale française I Pour gue l'approbation du roi ne soit jamais surprise, il a été institué une commission royale des monuments»

présidée par le comte Amédée de Beauffort, et qui a déjà rendu de grands services 11 faut espérer que, grâce à ces précautions, on ne verra plus ce qui s'est passé il y a quelques années à Chima^, lorsque la pierre sépulcrale de Tbistorien Froissart (chanoine de la collégiale de Chimaj) fut enlevée et brisée pobr faire une entrée particulière dans la chapelle des fonts 1 On est déjà parvenu à sauver, entre autres débris curieux Ja vieille porte de Hall, à Bruxelles, qui renferme encore de très-belles salles, et que Ton s'acharnait à remplacer par deux de ces barraques à porche et à fronton obtus C|ui ornent toutes les autres entrées de la capitale. On a même été assez heureux pour rendre à Sainte-Gudule une portion notable de son ancienne beauté, en détruisant le maitreautel qui obstruait son chevet. M. Rogier, ancien ministre de Tintérieur, et actuellement gouverneur de la province d'Anvers, avait conçu et proposé la magnifique idée de faire terminer la flèche de la cathédrale de Malines, par une souscription populaire, afin de placer sous cette consécration reli-

Î;ieuse et nationale le souvenir de la rdvoution de 1830, et le point central du système des chemins de fer qui doit changer industriellement la face de la Belgique. Malheureusement on a cru s'apercevoir que les fondements de la tour ne supporteraient pas une augmentation de poids aussi considérable. La ville de Malines mériterait, du reste, asseï peu cet honneur, car sa régence est occupée en ce moment à postuler avec acharnement la destruction de la belle porte à tourelles qui conduit à Bruxelles ; et lors- <|u'on leur reproche cette barbarie, ils répondent: « <%1 nous en avons détruit une, it y a quelques années, celle de Louvain, qui était bien plus belle encore! » Et ils diseni vrai, à leur plus grande honte. Mais si le gouvernement a quelque prise sur les administrations provinciales et municipales, il n'en a point sur les particuliers ni sur le clergé. La vente des vitraux et des chaires,

(950) Voici un arrêté du roi LéopolJ , qui mon- |f<i comment cette loi excellente est exécutée, il ^ daté du S8 novembre USSê. Cest un contraste liiimiltant pour nous que celui des mesures prises i Dinant on Belgique, avec les dévasutions de Dinan en Breugne« dont nous parlions plus haut , col. 1140.

f Vu rarrèté du S5 août 1837, ordonnant le redressement de la route de première classe, n* 5, de Namur ver» Givet , dans la partie de la traverse de Dinaot, comprise entre b porte Saint-Nicolas et la sortie de la ville vers Givet ;

i Considérant que, par suite de ce redressement, la porte Saint-Nicolas devait èire démolie; que oèp :ndant cette porte étant d*une belle construelion et d^une grande antiquité, il est désirable quVIIn soit conservée ititucie eu la dégageant convciiahletuent; qae, soys ce dernier rapport, de ntiu-

de tous les fragments mobiliers d'art chrétien, à des Anglais où à des brocanteurs de Paris, est organisée sur une très-erande échelle; il n'a fallu rien moins que l intervention du roi protestant, pour empêcher le curé catholique d'Alsemberg de vendre la chaire gothique de son église à un Anglais. A Aine, abbaye fondée par saint Bernard, sur les bords de la Sambre, il existe encore la plus grande partie de la maison et une moitié environ de l'église, qui date de l'époque même du fondateur. Croirait-on que ce sont les anciens religieux eux-mêmes, qui, ayant racheté ces ruines, les vendent par charretées I A Sainte-Gudule même, dont la restauration se fait, en général, avec beaucoup de zèle et de goût, il faut cependant dénoncer l'architecte qui a trouvé bon de faire arracher un grand nombre de consoles richement sculptées sur les tours de lafa<;ade« sous prétexte que ces consoles sans statues ne signifiaient rien. Quant au règne du badigeon, il est encore bien plus universel et plus solidement établi qu'en France. Je ne crois pas qu'à Texception de Sainte- Waudru de Mons, il y ait une seule église de Belgi*

3ue, grande ou petite, qui ne soit pas périodiquement radoubée et mastiquée d'une pâte impitoyablement épaisse. Il en résulte que la sculpture, si Qorissaute au moyen âge en BeN gique, est comme annulée partout où il s'en trouve quelques monuments dans les églises. Comment reconnaître non-seulement l'expression, mais jusqu'aux premières formes d'une fleure qui est recouverte d'au moins dix couches successives de plâtre? On ne se figure pas le changement que subiraient toutes les églises belles, si quelque chimiste tout-puissant trouvait le moyen de les dégager de cette enveloppe déià séculaire, et de les rendre à leur légèreté primitive. Il n'y a pas jusqu'au délicieux jubé de Louvain, dont la transparence ne soit interceptée autant que possible par un voile écailleux. Seulementau lieu du beurre fraiJ et de l'ocre, usités en France, c'est le blanc qui est universellement adopté en Belgique* un blanc vif, luisant, éblouissant, dont on ne se fait pas une idée avant de l'avoir vu. On sort de là comme d'un moulin, avec la crainte d'être soi-même blanchi. Puis si on jette un regard en arrière sur l'édifice, on se

velles dépenses deviennent nécessaires ;..••

c Considérant que la ville de Dînant est partiel-lièreinent intéressée à la conservation de la porte dont II s*agit, et que TEtat, tout en prêtant son concours à la chose , n'est cependant déterminé que par un intérêt secondaire quant à la voirie; dispose: c Art. 1*'. il est accordé à la ville de Dînant^ à titre de subside, uile somme de trois cents francs, pour contribuer à la dépense que néeesùlera la conservation de la porte dite de Salnl-Micolas en cette ville.

c Art. 2. Les terrains nécessaires, et noummeni celui qui se trouve au delà de la porte et qui forHie Tangle de séparation de Tancienne route de la nouvelle, seront acquis et occupés confêrmément aux lois en matière d'csproprtation pour cause d*atîlU<i

publiqir. >

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bICTIONKAIRË DESTHëTIQUë.

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croil eticore poursuivi vsv la brosse fatale, car, par un rallineiiient barbare, ce n*est pas seiilpment rintérieur qui est métamorphosé en blanc de craie, ce sont encore les porches, les portails, tout ce qui peut se relever sur la couleur sombre des pierres extérieures, et jusau'aux meneaux et aux archivoltes de toutes les fenêtres, qui sont passés au blanc par dehors, comme pour avertir le passant du sort qui lattend au dedans. Je n'ai vu nulle part le moindre germe de réforme sur ce point.

Pour en revenir à notre France, et pour qu'on ne me reproche pas de parler si longtemps sansindi<iuerun remède, ie finirai en insistant sur la nécessité de régulariser et de fortifier l'action de l'inspecteur général des monuments historiques et celle de la commission qui délibère sur ces propositions au minisière de l'intérieur : une loi, ou au moins une ordonnance royale, est urgente

f)our leur donner un droit d'intervention égale et immédiate dans les décisions des municipalités et des conseils de fabrique. J'ai déjà cité la loi belge h ce sujet. En Prusse, il y a unédit royal qui interdit strictement la destruction de tout édifice queU conque revCtu d'un caractère monumental ou se rattachant à un souvenir historique, et qui ordonne de conserver, dans toutes les* réparations de ces édifices, le caractère et le style de l'architecture primitive. En Bavière, la même prohibition existe et s'étend, par une disposition récente, iusqu'aux chaumières des montagnes de la Haute-Bavière si pittoresques, si bien adajîtées au climat et à la localité, et auxaueiles il est défendu de substituer les boites carrées que voulaient y importer certains architectes urbains. 11 faut cjue quelque mesure sérieuse de ce genre sojt adoptée en France; c'est la seule cliance de salut pour ce qui nous reste : c'est le seul moyen d'appuyer les progrès trop lénis et trop timides de l'opinion.

Et, en vérité, il est temps d'arrêter les démolisseurs. A mesure que l'on approfondit l'étude de notre ancienne histoire et de la société telle qu'elle était organisée dans les siècles catholiques, on se fait, ce me semble, une idée plus nette et une appréciation plus sérieuse des formes matérielles que cette

société avait créées, pour lui servir de manifestations extérieures. 11 est impossible, alors, de n'être pas frappé du contraste que présente te monde actuel avec le monde d'alors, sous le rapport de la beauté. On a fait bien des progrès de tous genres; je n'entends ni les contester, ni même les examiner; il en<st que j'adopte avec toute la ferveur de mon stiècle; mais je ne pais m'empècher de déplorer que tous ces progrès n'aient pu être obtenu qu'auxdépens de la beauté, qu'ils aient intronisé ie règne du laid, du plat et du monotone. Le beau est un des besoins de l'homme, de ses plus nobles besoins; il est, ae jour en jour, moins satisfait dans notre société moderne. Je m'imagine qu'un de nos barbares aïeux du xv' ou du XVI* siècle nous plaindrait amèrement si, revenant du tombeau parmi nous, il comparait la France telle qu'il l'avait laissée avec la France telle que nous l'avons iaite, son pays tout parsemé de monuments innombrables et aussi merveilleux par leur beauté que par leur inépuisable variété, avec sa surface actuelle de jour en jour plus uniforme et plus aplatie; ces villes annoncées de loin par leur lorêt de clochers, par des remparts et des ))ortes si majestueuses, avec nos quartiers neufs qui s'élèvent, taillés sur les mêmes patrons, dans toutes les sou^-préfectures du royaume; ces châteaux sur chaque montagne, et ces abbayes dans chaque vallée, avec les masses informes de nos aoanufactures; ces églises, ces chapelles dnns chaque village, toujours remplies de sculptures et de tableaux d'une originalité complète, avec les hideux produits de Tarchitecture officielle de nos jours; ces flèches à jour, avec les noirs tuyaux de nos usines, et, en dernier lieu, son noble et gracieux costume avec notre habit à queue de morue. — Laissons au moins les choses telles qu'elles sont : le monde est assez laid comme cela ; gardons les trop rares vestiges de son ancienne beauté, et, pour cela, empêchons un vandalisme décrépit de continuer à mettre en coupe réglée les souvenirs de notre histoire et de défricher olBciellement les monuments plantés sur le sol de la patrie par la forte main de uos i^ieui.

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