‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ouChapitre 153 sur 168 · IM · texte numérisé non relu

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voir, si vous en avez la triste envie, sur 1* place de l'Ecole de droit.

Et, puisque j*en suis au département de l'instruction publique, je dirai en passMit que, tout en applaudissant sans réserve au crédit qui nous est demandé» dans la loi 911e nous avons sous les yeux, pour la publica* tion relative aux débris de Ninive, je voudrais qu'on ne laissAt pas en souffrance d'autres publicationa relatives aux grands- monu* ments que nous avons sur notre sol» comme la grande publication relative à la calhédrale de Cnartres, publication qui mérite aa moins autant de sollicitude que celle relative h Ninive, et qui est en souffrance depuis plusieurs . années. Il me semble aussi que les encouragements à la littérature, dont on fait un si bizarre usage, et qui sont consacrés à des publications comme la Manographte du ckat^ pour laquelle le budget porte 3,500 fr., pourraient être utilement employés à encourager les deux seuls recueils d'archéologie nationale, le Bulleiin de M. de Caumont et les AniuUes de M. Di<^ dron. Ces deux recueils ont rendu les plus grands services à l'art national, aux souvenirs historiques, et l'on s'étonne de ne pas les voir figurer sur ces listes de souscription où tant d'autres ouvrages moins dignes occupent une large place.

Je voudrais passer sous silence le ministère du commerce et de l'agriculture, parce que M. le ministre n'est pas là; mais je ne puis me dispenser de signaler la destruc* tion d'une très-belle et très«curieuse église, celle de l'Observance, qui frappait tout d'abord l'œii <lu voyageur en entrant à Lyoa par la Saône, et qui a été détruite pour aerandir l'Ecole vétérinaire, malgré une délibération du 22 janvier 18(^6, déUbératioik dans laquelle le conseil municipal critiquait cet acte de vandalisme en ces termes :

« Le conseil exprime de vifs regrets sur la destruction d'un édifice tellement remar-

Suable, qu'à l'époque de la vente des biens es congrégations religieuses^ l'église de > l'Observance fut formellement réservée, el qu'il eût été facile de la conserver par uhe restauration bien moins coûteuse qu'une construction nouvelle. »

J'arrive à un point pliis délicat et que je prie la chambre de me permettre de traiter ; j'y mettrai tous les ménagements possibles; il s'agit de la liste civile. J'aborderai ce terrain avec tous les ménagements, avec tout le respect que je dois «t que je

Eorte à ce qui est souverainement respectale. Personne n'admire plus que moi ce oui a été fait à Versailles ; c'est une des pensées qui honorent le plus le règne actuel, le pays tout entier l'admire et Tapurécie. Qu'il y ait des imperfections de détail, je ne m'en inquiète pas; c'est une grande, une noble pensée a laquelle je serai toujours heureux de rendre hommage, ainsi que vousrtou^.

(Adhésion générale.)

Mais pourquoi laut-il, en rendant cet hommage, que j'aie à signaler ualait qui ne me parait pas d'accord avec la. nature de

mi

cette grande entreprise. Je veux parler de la transplantation des statues funéraires de ideux rois et de deux reines d*An^lcterre qui étaient dans Téglise où ils avaient été enterrés» k Fontevrault en Anjou» et qui ont été transportées , je ne «ais en vertu de qiieIle|aiitorité, k Paris» pour être mises è Versailles. Je ne sais pas Q*abord si on avait le droit d*enlever ces statues à Tendroit où elles étaient, k l'église de Fontevrault qui appartient k l'Etat. Et surtout j'en conteste la convenance» j'entends la convenance historique et artistique. Il ne s'agit de rien moins qae de Richard Cœur-de-LJon» d'Henri II» d'Eléonore d'Aquitaine, et Isabelle d'AngouJéme. Ces torobeanx devaient rester où ils avaient été fondés» c'est-k-dire è Fontevrault» c'est-k-dire en Anjou» près du bereeau de la maison de Plantagenet, au cœur ô9 leurs possessions» dans une abbaye que ces rois et ces reines avaient entourée de leur affection spéciale » et qni était pour eux ce que Saint-Denis était pour les rois de France.

J*ai vu» il y a quinze ans» ces tombes dans leur église; malheureusement il ne reste de cette belle église qu'une abside» qui sert de chapelle k la maison centrale de détention ; j'y ai vu cei' statues» j'ai déploré leur al)andon» je l'ai sisnalé ; je pensais» comme tout le monde» qu elles méritaient d'être préservées, surveillées avec soin? car ce sont de belles statues des xii* et xiii* siècles» trèsrares» comme il n'en existe peut-être pas dix en France; en les signalant et en les admirant» je comptais les retrouver dans le site qui leur convient. Car qui est-ce qui s'en irait chercher le tombeau de Richard Cœur-de-Lion k Versailles? Richard Cœwde-Lion et Versailles» ces mots hurlent vraiment de se trouver ensemble ; qu'y a-t-il de commun entre Richard Cœur-de-Lion et Versailles? Cependant ces statues sont k Pa^ ris; on les restaure; c'est une chose qui m'effraye toujours quand j'entends fwirJer de statues et de monuments en restaura*» tion ; mais enfin si cette restauration est faite» tant bien que mal» j'espère que tout le monde appréciera la convenance qu'il y a k ne faire qu'en mouler des modèles pour le musée historique de Versailles» et k restituer ces originaux k l'église pour laquelle ils ont été faits» et d*où ils n^auraient jamais dû sortir. (Adhésion.)

Maintenant, Messieurs» si la chambre n'est pas trop fatiguée (Non 1 non \) je lui demande pardon d'avoir été si long, je lui dirai quelques mots encore sur les constructions modernes. Je viens de parler des constructions anciennes et des soins que le gouvernement y donne; je voudrais dire deux mots trèscourts sur les constructions modernes» pour lesquellestantdefonds,extraordinaires»complémentaires » supplémentaii*es» nous son| demandés dans la loi que vous allez, voter.

Ces constructions se divisent naturellement en deux classes : les constructions civiles et les constructions religieuses; elles ont toutes à mes yeux deux qualités, si je puis ainsi parler, ou deux caractères t elle;*

sont toutes ou k peu près toutes très-laides et très-dispendieuses. Commençons par les églises» et ici, Messieurs, je regrette encore de ne j)as voir k son banc M. le ministre de l'intérieur...

M. LE MINISTRE DES AFPIIRBS ÉTRAKOàSES.

Il est malade.

M. LE COUTB DE MONTàLEMBEET. JB DO lui

fais })as un reproche de son absence : je la regrette; mais ce que je dis pourra servir peut-être k M. le ministre des cultes, qui est devant moi et qui a k peu près les mêmes attributions» quoique ne s'appliquent pas précisément aux mêmes objets.

Le ^ septembre 184^6, M. le comte Duchêtel a lancé une circulaire sur la cons^ traction des églises» où il s*est rendu malheureusement, et k son insu, j'en suis sftr^ l'écho d'une certaine démonstration maladroite et ridicule qui avait eu lieu quelque temps auparavant au sein d'une certaine académie. Il a lancé une sorte de condamnation contre les constructions d'églises entreprises dans le style chrétien, dans le i»tyle, j'ajouterai même national, créé en France» et qui a atteint en France Tapogée de sa beauté, de sa grandeur» le style ogi^ val. Il est dit dans cette circulaire c qu'il n« faut pas construire dans un genre aue rien, ne tnotivef et qui» pour être convenablenàent exécuté» entraînerait les admininistratioiis municipales dans des dépenses excessives.» Eh bien I Messieurs» je conteste formellement ces deux assertions; elles sont Tune et l'autre complètement inexactes. Comment ose-t-on dire que rien ne motive le style ogival en France? Comment» rien ne motive le style ogival en France» dans ce pays qui est couvert» non^seulement de ces magoitiques cathédrales que je vous signalais tout k l'heure, mais jusqu aux derniers villages, de petits chefs-d'œuvre qui n'ont pas leur égal dans les pays où l'architecture sotbi* que a régné ? rion, l'Angleterre et rÂliema-

Sne» pays que j'admire beaucoup et que j'ai eaucoup étudiés» je le déclare sans aucun patriotisme de mauvais aloi, sont loin d'avoir des églises aussi admirables et aosai nombreuses que les nêtres ; et» encore une fois, je parte» non pas de nos cathédrales» mais de nos petites églises paroissiales» cbefs-^ d'œuvre de grêce, de délicatesse, de dignité^ et de convenance , comme on en trouverait cinquante dans un rayon de auinze lieoea autour de Paris. Et c'est en présence de ces innombrables monuments que M. le ministre de l'intérieur vient nous dire que rien ne motive la reconstruction, la génération de ce style si national et catholique dans la France catholioue.

Savez-vous, Messieurs, ce qui n'est |¥>inl motivé? Ce sont des imitations servîtes et stupides des monuments de Grèce ou de Rome ; ce sont des Madeleines en petit ; oe sont ces éternelles copies du Partbenon on de je ne sais quel autre temple païen, dont on alilige sans cesse nos regards (adh^ion); et quand je dis copie» c'est parodie que je devrais dire, car ce n'est aue cela (nouvcUe

ÂPPCNDICE. — D13 VANDALISME ET DU CATHOLICISME DANS L ART

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adhésion), et cela au mépris de toutes les exigences de notre culte, de notre climat et de notre histoire.

Eh quoi, Messieurs, dans toute l'Europe éclairée, et notamment dans les pays que je nommais tout h Tbeure, en Angleterre et en Allemagne, on ne construit plus une seule église qui ne soit aussi conforme que foire se peut aux règles et aux modèles qui nous ont été laissés par les siècles chrétiens. Ni en Angleterre, ni en Allemagne on ne songerait désormais à foire une église dans un autre st^le que celui-lè. Serions-nous donc les derniers a entrer dans cette voie ? Fautil que nous soyons le, comme pour les chemins de fer, en arrière de tous nos Toisins? Je ne m'y résigne pas pour ma part.

Quant h la question économique, je déclare que là encore le ministre est tombé dans une complète erreur. Ce n'est pas sur ma parole ni sur la parole de quelques amateurs, de quelques archéologues que je vous fois cette aflSrmation ; c'est sur la parole des architectes qu'emploie le gouvernement, le gouvernement lui-même bien inspiré. Les ]>rogrammes, les devis ont été foits, et non ]>as seulement pour les grandes cathédrales, mais pour les églises paroissiales. Ces programmes ont été foits par les architectes qui ont été chargés par le gouvernement des travaux les plus importants de Paris; par M. Vfoilet le Duc, chargé des travaux de Notre-Dame et de Saint- Denis; par M. Hip- ])olyte Durand, récemment nommé architecte de la ville de Moulins. Ilsont prouvé et constaté qu'il y avait économie è employer dans de jtistes limites le véritable style chrétien, le style ogival, plutôt que le style classique.

On m'objectera peut-être une église construite par la vill.e de Paris , et que M. le ministre de l'intérieur a approuvée, l'église de Sainte-Clotilde, sur la place Belleehasse.

Voici ce que j'ai à en dire. J'ai vu les plans de cette église ; on a adopté pour cette église an style assez bAtard ; je ne veux pas le juger au point de l'art , mais uniquement À celui de la dépense.

On a adopté un gothique moderne, de décadence, mêlé, il est vrai, avec le gothique eimitif, mais qui doit, en vertu de ses déuts mêmes , coûter fort cher. On m'a dit que la ville de Paris estime les dépenses de cette église h cinq ou six millions.

M. LB COMTE DB RAMBUTBiu. Quatrc millions.

M. LE COMTE DB MONTALEMBBHT. Soit; Ce

n*en est pas moins exorbitant : une église ne coûterait pas cela, si Ton n'avait pas adopté le style gothique de décadence» doni M. le vicomte Hugo vous expliquerait les imperfections beaucoup mieux que moi. Une église conforme au style grandiose, simple et sévère que nous offre à Paris l'église romane de Saint-Germain des Prés, ou l'église ogivale de Notre-Dame, pourrait se bAtir à jMaucoup moins de frais. Et, à ce propos, je dirai que je vois avec douleur, et je ne suis pas suspect en le disant, le système de dépense que l'on adopte pour les églises de la

ville de Paris. Il semble que dans une ville comme Paris, où il n'y a pas quarante égli ses, tandis que dans une ville comme Parme il y en a près de quatre-vingts, le plus pressé serait de construire de* nouvelles églises, simples et grandes, mais sans )uxe, ce à quoi le style oçival primitif se prêteadmirablement. Au lieu de cela, ou prodigue Targent pour élever de loin en loindeux ou trois lemples de mauvais goût, otir règne une magnificence de mauvais aloi.

comme à Saint-Vincent-de-Paul, à Notre- Dame-de-Loretle, et à la Madeleine.

Eh bien,qu'il me soit permis de le dire, je le déteste ce genre-lè, je déteste le superflu quand il prend la place du nécessaire. Ce qui est nécessaire à Paris, ce sonvdes églises en grand nombre , simples , majestueuses , dans ce style de Saint-Germain des Prés ou de Notre Dame, qui se prête si- bien à la simplicité et à l'économie, en même temps qu'a la majesté et h la grandeur.

Ce qui n'est nullement nécessaire, et ce qui m'est odieux, nour ma. part, ce sont ces marbrures, ces dorures, cette profusion d^ornements suspectset coûteuxqui abondent à la Madeleine et è Notre-Dame de Lorette.

Et ce n'est pas seulement sous le rapport de l'art que je réprouve ces églises : c'est encore parce que clans ces églises si somptueuses, les pauvres ne trouvent pas leur place. ( Adhésion. ) Il semble, en vérité,, qu'elles soient trop riches pour y laisser; entrer les pauvres. Oui, je déteste les égU*ses où le pauvre ne peut pas pénétrer librement, jusqu'au pied même de l'autel, où^ ilva tant de marbrures et de-dorures, tant de balustrades et d'enceintes réservées, que les iiauvres restent h la poKe, ou k l'entrée de l'église, comme autrefois les pénitents publics. (Vive approbation.) Donnez-nous donc des églises moins ricnes» mais plus vastes et plus nombreuses, et oik règne cette noble simplicité, qui est le premier apanage de notre art religieux et national, et le premier besoin de notre situation actuelle.

Un mot maintenant sur les monuments civils.

Je ne sais pas pourquoi, puisqu'il est convenu que dans le xix' siècle, on en est réduit è copier et qu'on ne peut rien inventer; je ne sais pas pourquoi, dans ce qu'on copie, on va toujours prendre ce qu il y a de plus laid et de moins national : ainsi on va prendre pour modèles de mauvais monuments grecs et romains, alors qu'on |:K>urrait trouver parmi les édifices de nos ancêtres d'admirables modèles, non-seulement d'architecture religieuse , mais encore d'arcbi* lecture civile, domestique, politique.

M. LE GRINCE DE LA MosKowA. Les architectes ne les connaissent pas.

M. LE COMTE DE MO^TALEMBERT. VoUS aVCZ

mille fois raison. Voici pourquoi ils ne les connaissent pas, parce que 1 académie des beaux-arts (je remercie mon noble ami le

firince de la Moskowa de m'avoir rappelé ce ait important), parce que l'école des Beaux- Arts que cette académie dirige, ignorent

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MCTiQNNAlRE D'£STH£TiQUE.

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jirofondément notre art national et religieux, ))arr*e que les architectes que forme cette école, en sortent animés de cette même igno* rance^et de Thostilité que donne Fignorance. ; Voilà pourquoi nous voyons partout» en France, dans toutes les constructions offi« eieiles, toujours Jes mêmes colonnes , les mêmes frontons triangulaires « les mêmes attiques, les mêmes pilastres, en un mot les. mêmes mauvaises copies d*UQ ridicule modèle, adopté à tous les usages, qu'il s'agisse d*on tbéêtre, d'une église, d'une caserne, d'une bourse ou même de ce palais de justice de Ljron, pour lequel on vous demande je ne sais combien dans la loi que nous discutons. (Nouvel assentiment.)

Eh bien, cela tient uniquement, croyezle, au pitoyable enseignement qu'on donne àTEcole àes beaux-arts, enseignement en contradiction directe et perpétuelle avec nos mœurs,nosgoûts,nos fortunes et notre climat.

A ce sujet, un mot encore sur une cons* traction qui nous intéresse tous, c'est le tombeau de Naj[M>léon. Je trouve là précisément une partie des défauts que je signale et que je dénonce en ce moment dans le choix des sujjets des bas-reliefs qui doivent former la principale décoration du tombeau de Tempereur. Ce choix me parait être aussi malheureux que possible.

D'abordilf en aune raison morale et historique. On a choisi pour ces bas-reliefs des sujets empruntés non à la gloire militaire de rempereur,mais à sa vie civile et politique, C'est, à mon xré, un choix déplacé. Je me souviens qu'il y a quelques années, alors que je cnti({uais aussi amèrement que ie liouvais ie faire, et comme je me réserve de le faire encore, le système d'ornementation adopté pour la chambre où nous siégeons, je fis la remarque que Turgot et Portails avaient ici des statues en fâed, tandis que Napoléon^ qui a bien aussi quelque droit de figurer parmi les législateurs et tes hommes d Etat, était relégué parmi les médaillons en clair-obscur. Là-dessus on s'anima d'un beau zèle et on me répondit, ce fut, je crois, H. le d.uc Décades : Quoi L on despote comme Napoléon I

M. ut 0tc PEcizBs. Moi t (Hilarité.) Les souvenirs de l'orateur le trompent complètement ; j[e ne me suis jamais servi de 1 expression de despote.

M. LB COMTE OB MONTA LEMBBRT. Jc "^mO

souviens parfaitement que cette objection m'a été faite ; mais je vous demande pardon de vous l'avoir imputée On me dit donc : Hais Napoléon détestait la liberté, la tribune» les garanties constitutionnelles; oue voulez-vous faire de lui dans une chambré législative? J'avoue que !• raison ne me sembla pas mauvaise et je me le tins pouc dit. Mais aujourd'hui je viens la rétorquer à mou tour, et je m'étonne^en vertu de ce

même argument, qu'on vienne exposer exclusivement à Tadmiration de la postérité la vie civile«de Tempereur; je trouve que ce ne sont pas là les souvenirs qu'il imjiorte de consacrer ; j'aime et j'admire la vie ciTile du consul qui rétablit l'ordre, mais non celle de l'empereur qui substitua le despotisme à Tordre.

A l'époque où nous sommes, on n*a nul besoin de nous prêcher le desnotisnae » même dans les monuments. C*est, au reste, une 9pinion que j'émets en })assant.

Mais c'est surtout au i)oint de vue de Tart, que le choix des sujets est ridicule. Comment I lorsqu'on avait, dans la vie niili* taire de l'empereur, dans sa vie réelle, em-

1)reinte encore dans les souvenirs de toute a France, les plus magnifiques s^jet$ qa*on puisse offrir à la sculpture, on s*en va choisir, quoi? des allégories I Or, Messieurs» de toutes les bêtises que l'homme ait jaoïais inventées, la plus bête, selon moi, c'est l'ailégorie (vive hilarité), et je n'en veux pas d'autre preuve que ces affreuses peintures allégoriques que vous voyez ici dans notre plafond. (Nouvelle et plus vive hilarité.)

Voici donc, si toutes les voix de la prepe ne nous trompent point, les allégories qu'on a choisies pour orner le tombeau de Veropereur. Je crois qu'il suffit de les nommer pour en faire sentir l'inconcevable ridicule. Ce sont : !• le Code civil ; 2' le Code pénal ; 3' le Concordat ; *.• l'Université ; 5* l'industrie; C** le Commerce. On a choisi le Cornmerce, probablement par égard pour le blocus continental. (Hilarité.)

r» pair. C'est le blocus continental qui a ranimé le commerce.

M. LB COMTB DB MONTALBtfBKBT. 7* l'Agri-

culture ; et 8*" la Centralisation administrative. Comprenez-vous bien. Messieurs, tout» la beauté de cette allégorie qui aura pour objet de rendre la centralisation administrative ? Quant à moi, je suggérerais à l'artista de prendre pour emblème une uile de cartons verts. (EclaU de rire.) Je n en conçois pas d^autres.

U suffit, je crois, Messieurs, de vous STOir dénoncé ce dernier exemple, pour montrer dans quelle voie fausse, absurde» peu naturelle, antinationale, on s'engage, grftce 4 l'éducation déraisonnable de nos arUstes. C'est une ligne qui nuit à notre réputation et & nos finances ; car, dans la vie publique comme dans la vie privée, le mauvais goût coûte toujpurs plus cher que le bon goût ^ elle nuit à l'honneur de notre gouvernement et à celui de notre pays ;c est pourquoi j'ai pris la liberté de vous en entretemr un lieu longuement. (Marques nombreuses d'approbation.)

(Extrait du Monileur universel du SI juillet 1847.)

APPENDICE. — DU VANDAUSME ET DU CATHOLICISME DANS LART

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VkKT ET LES MOINES^*^^)-

Si Ton franchit l'étroite limito qui , dans rîDtelligence humaine sépare le domaine de la science et de la littérature du domaine de Tart, on retrouve encore ici, comme partout, les moines au poste d'honneur, à Tavant-garde du mouyement chrétien. On recoonatt en eux les principaux instruments de cette lente et salutaire régénération qui a dégagé Tart de toute influence païenne» et qui la revêtu de cette forme complètement et exclusivement catholique, d*où sont sortis tant çt de si inimitables chefs-d'œuvre. Trop longtemps méprisés par le même esprit qui a méconnu l'histoire, la science et toute la grandeur des siècles catholiques, tes monuments produits pendant ces siècles par l'union merveilleuse de l'enthousiasme et de l'humilité recommencent enfin de nos

I'ours à être étudiés et admirés, et la 'justice 'on Lest disposé à leur rendre ne pourra que proQter par surcroît aux ordres religieux. S'il nous était permis ici de comprendre dans nos appréciations Tépoque où l'art catholique a atteint son apogée, combien nous aimerions à montrer cet art maintenu par Tesprit monastique dans sa vigueur, sa pureté et sa fécondité primitives, sous des formes nouvelles, surtout au sein

x97l) Ce fragment historique fat inséré en mars 184T dans les AnnaUê arehéologiqueê , dirigées par M. Didroii aine, qui act^ompasDe cette insertion de U n*jte suivante : c Comme fleur de sa jeunesse , Il le comte de Montaiembert a donné à la France et au monde chrétien rineflable i Légende i de sainte Elisabeth de Hongrie; comme fruit de son âge mûr , il prépare , depuis dix ans déjà , la ro?gniflque histoire de saint Bernard. Mais saint Bernard « ainsi que tous les grands hommes , et surtout les grands saints, fut un centre où afllua le passé qui l'avait précédé et d*où partit i'aveuir qui le suivit. Avant de poser cette statue colossale au milieu du moyen âge, il fallait donc raconter toutes les [circonstances qui Tavaient amenée insensi* blement iusqu'au xii* siècle ; à Thisloire , à la vie de saint Bernard, il fallait une introduction propor* tionnée à cette histoire même. L'introduction, œu^ vre considérable et laborieuse , est fort avancée ; elle aura pour titre : De l'ordre monaslique avant saint Bernard. On y verra comment, depuis les premiers siècles du christianisme jusqu'au xii', fut {>réparée la venue de Tillustre moine français, et 'on pourra suivre pas à pas Tinfluence de Tordre monastique sur la société et les individus , sur les çsprits et les âmes, sur les œuvres de la l^îslation el les monuments de Part, sur l(>s hommes et les eboses. L'article qu'on va lire est un chapitre que M. le «"omie de BÂontaleuiliert a délaché d«: sa volumineuse introduction ; le noble hislotien l'offre à nos lecteurs , ainsi qu'il vient de nous l'écrire , comme une marque de sa persévérante sympathie

KDur notre c œuvre si nécessaire et si féconde. > os amis accueilleront donc avec reconnaissance ce travail de rêloqueut ci savant écrivain. Ils runiur-

de Tordre des Frères Prêcheurs (972) ; combien nous aimerions à suivre ses progrès, lusqu i ce qu'il ait atteint cet idéal de la beauté transfigurée par la foi, cette perfection enchanteresse de la ffrâcoi de la noblesse et de la pureté, dont le type se trouve dans la Madone^ telle que Dante Ta chantée, et telle que Ta peinte le bienheureux Dominicain Jean de Fiesole, si justement surnommé le Frère Angélique. Hais, en nous renfermant dans la période qui nous occupe spécialement, nous pourrons constater que les moines préparaient et annonçaient, dans leurs innombrables travaux d'art, Pavénement de cette perfection de Tart catholique qui a régné du xii* au xv* siècle (973], et nous aurons au moins la consolation de ne trouver sur notre chemin aucune trace de cette dépravation du sens chrétien qu*on a ap-

Eelée la Renaissance^ et qui a creusé le tom^ eau de la vraie beauté et de la vraie poésie. DèsTorigine de Tordre monastique,saint Benoit avait prévu dans sa règlequ'iiyauraitjdes artistes dans les monastères, etj il n'avait imposé à l'exercice de leur art, à Tusa^e de leur liberté qu'une seule condition, l'humilité (9^k). Sg prévision fut accomplie, etsa loi fidèlement exécutée. Les monastères bénédictins

queront que M. de Montaiembert n*v parle que ue la période antérieure à saint liernard, et qu*il a dft s'arrêter au seuil du xu« siècle, à Tépoque néme où Tart fut pratiqué avec le plus d*éclat par les ordres monastiques. El cependant, en parcourant ces f»ages rapides , ce chapitre qui n*est peut-être p9s a centième partie de I ouvrage, on verra les services immenses que les moines ont rendus à Tarchitecture, à la sculpture, à la peinture, k TorCévrerie, à la musique ; un autre chapitre concerne réducaiion, un autre Thistoire. En ce moment, où les corporations religieuses sont attaquées avec aveuglement et violence, Tœuvre de M. le comte de Montaiembert éclairera bien des esprits et adoiicHra bien des cœurs. — Toutes les notes, hors celle-ei, appartiennent à M. de Montaiembert; nous avou» dû respecter religieusement le texte, même dans^ une note où certain article du directeur des c Annales » est cité et qualifié avec une bienveillance excessive. Du reste, ce n*est pas la lettre^ mais /"ecprit de cette note que Ton considérera, et cet esprit est celui d'une affectueuse sympathie dont nou» avons le droit de nous honorer. i(iVoi€ du directeur des Annales archéologiques,)

(972) Nous ne pouvons qu'indiquer ici Texceilent ouvrase du P. Marcbese, Dominicain à Florence, sur la gloire de son ordre, intitulé : Memorie deipittoriy scultori e arddtetsi domenieam» Firenze^ i8l5et46, 2 vol. in-8-.

(975) Voir Riu,De/a poésie ehrélienne; (ormede Vart^ (974) c Artifices si suut in monasterio, cum omnt huniililate et reverentta facianl ipsas artes, si permiserit abbas, Quod si aliquis ex eis extoilltur pro scienlia arlis su», co quod vJd^atur aliquid conferre monasterio, hic talis etellatur ab ipsa arte, et.

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UCTiONNAIRE DKSTIIETIQUË.

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eurent bienlftl, non*seulement des écoles et des bibliothèques» mais encore des ateliers d*art où Tarchitecture, la peinture, la mosaïque, la sculpture, la ciselure, la ealligraphiet le travail de l'ivoire, la monture des

Eierres précieuses, la Reliure et toutes les ranches de rorneiuentation furent étudiées et pratiquées avec autant de soin que de succès, mais sans jamais porter atteinte à la juste el austère discipline de l'institut. Six cents ans après saint Benoit, lorsqu un des

8 lus austères réformateurs du xii* siècle, le . Bernard de Tiron» voulut former dans le Maine une nouvelle congrégation, sous la règle bénédictine, il eut 50in de la recruter parmi les ouvriers et les artistes du pays, en permettant à chacun de continuer l'exercice de son ancien état sous le froc monastique. Il put ainsi réunir sous ses lois, dit l'histoire contemporaine, une foule d'artis-i tes très-habiles, peintres et architectes, ciseleurs et orfèvres, qui travaillaient de leur état dans le monastère en môme temps que les forgerons, les charpentiers et les laboureurs (975).

L'enseignement de ces arts divers formait même une partie essentielle de l'éducation monastique (976).

Les plus grandes et les plus saintes abbayes étaient précisément les plus renommées par le zèle qu'on y déployait pour la culture de l'art. Saint-Gall, en Allemagne; le Mont-Cassin, en Italie ;Cluny, en France, furent pendant plusieurs siècles les métro-

«oles de Part chrétien. Plus tard, Sainl- »enis, sous l'abbé Suger, leur disputa cet bonueur. A Tombrede son immense église, la plus grande de toute la chrétienté, Cluny, avec les innombrables abbayes qui relevaient d'elle, formait un vaste foyer où tous les arts recevaient ce développement prodigieux qui devait attirer les reproches exagérés de saint Bernard (977). Le Mont-Cassin suivait la même iQ3|)ulsion , et l'on voit que l'abbé Didier, lieutenant et successeur

denuo per eam non transeat, nisi forte huroiliato ei iterum abbas jubeal. i C. 57. — A ceux qui voudraient traduire liltéralemenl le mot artifieeê par quvrier$^ nous rcpondroiis qu*au moyen âge les arlisies n'étaient guère ^ue des ouvriers , et qu'en revanche les ouvriers étaient presque tous des artistes; ^ue d'ailleurs la nature des recommanilaiions faites par le saint législateur prouve assez «nril s'agissait d'ouvriers appliqués à des travaux d'un ordre élevé et intellectuel, qui pouvaient inspirer l'orgueil, c'est-à-dire de ce qu'on appelle airtiête$ dans le langage moderne.

{^16) < Singulas artes quas noverant, légitimas in mouasterio exercere pnecepit; unde bbenter eonyenerunt ad euni tam fabri Ugnarii quani ferrani, sculpiores et aurifabri , piclores et caementarii, vinilores et agricole, miiltorumque ofticiorum ariiflces peritisslmi. > Orderic Vital, lib. vni,p»715, éd. Ducbesne.

(97e) Voici, par exemple, ce qu'il est dit de Teducation de saint Bernard , évéque de Uildesheini, élevé dans le monastère de celte ville au milieu du X* siècle : i In scribendo ( la calligraphie ) apprime eniluil; j^lcturam eilam limate exerçuit. Fa- DiHi quoque scientia et arte clusoria (la ciselure, Ott Van û'enchàiser lee pierres prétieutes), omniqMe siructura {Çarchilectart) minûceexcelluit...» Vî(.

de saint Grégoire VII, conduisait de front la reconstruction de son monastère sur une échelle colossale, et de vastes travaux de mosaïque, de {>eihture, de broderie et de ciselure en ivoire, en bois, en marbre» ea bronze, en or, en argent, exécutés par des artistes byzantins ou amalfitains, et qui lui valurent radmiration expansive desconteinporains (978). Un autre des lieutenants de Grégoire VII, saint Guillaume, abbé deHirschau, en Souabe, se livrait avec ardeur à la culture des arts : il établit deux écoles d*ar* chitecture. Tune à Hirschau même, Taulre au monastère de Saint-Emmeran de Rati^bonne (979).

Au xi* siècle ^urtout, on peut raf&rmer, à fexemple de Didier et de Guillaume, ta plo-

f>art des moines célèbres par leurs vertus» eur science ou leur dévouement à la lit>erié de l'Eglise, Tétaient également par leur zèle pour l'art, et souvent ausfti pac leur talent personnel pour la ciselure, la peinture ou l'architecture. On dérogeait même & la règle en permettant ou en ordonnant aux moines artistes, lorsque leur conduite était exemplaire, de sortir de leur monastère et de voyager, afin de perfectionner leur talent ou d'étendre leurs études (980). Quand la charité l'exigeait,, on les envoyait au loin» en véritables missionnaires de l'art» porter dans les contrées étrangères les traditioos et les règles de là beauté monumentale, comaie ceux qu'un abbé de Wearmoulh envoya eu qualité d'architectes au roi d'Ecosse Naïtan». sur la demande de ce prince, pour enseigner aux Pietés la construction des églises en pierre selon l'usase des Romains (981}«

L'archite<ture ecclésiastique est redeTabie aux moines de ses plus durables prc^rès. L'ordre de Clteaux est celui de tous qui nous a laissé les éditices les plus parfaits. Mais, pendant les six siècles qui séparent saint Benoit de saint Bernard, comme pendant tout le cours du xm* et du xiv* siècle-, les moines surent appliquer à d'innombrables

S. Bernwardi\ aucl. Tangmaro coœquali^ \n AeU 8S. 0. B., t. VIII . ç. 481. — On voudra bien remarquer que cctie éducation monastique se don» naît en plein s* siècle, c*est-àdire dans an lemps qui* les pédants modernes oni représenté comme leplus obscur et le plus mallieureux qui ait jamais existé.

(977) Voir le curieux tableau que Tait saint Bernard des magnificences artistiques de Cliuiy. Ap^^ logia ad Guiilebnum^ c. 12.

(978) Léo Osliensis, Chron. Costneiu., H v. m, c. fl f , 20, 28, 29, 50, 33, pleins de déUils inappréciables.

(979) Ses services ont été convenablement appréciés par Heideioir, Die l^au/iutle des MiitelalUn im Deuuchland, p. 5.

(980) G*esl ce que prouve ce passage relatif à Tutilcn de SaintÔall : c Abbatom vero sub qutbus niUitaverat permissu, plerumque et praeceptis, maltas propler artificia siniul et doctrinas peraj^raveraC terras. > Ekkehard , De casib. Sattcti-Callt^ c. 3. Apud Goldast. ScripL rer Alam., t. I.

(981) c Naïtaiius, rex Pictorum... architectes sibi miiti petiit , qui juxia morem Romanorum, ecde* siam de lapide in gente ipsius facerent... ReveieiK tissimus abbas Ceolfridus misit archiieclos.... » Beda, Êlist. egcle*;, I. v, c. 22. Ce Ceolfrid était MOcesseur de saint Benoit Bîscop, au vu* siède.

APPENDICE* **:DU YâNDâUSMB ET DU CiTHOLIClSME DANS L\4RT.

HU

constractîons la magnificence et la solidité que comporte cette reine des arts. Non-^eu* lement ils élevèrent h Cluny la plus vaste basilique du moyen Age et de toute la chrétienté (982)^ mais ils couvrirent tout le pays de TEurope catholique d'une profusion d'églises* de dottres, de salles capitulaires, dont il nous reste h peine les noms et quelques ruines ; toutefois, parmi ces ruines, il en est qui méritent de compter au nombre des monuments les plus précieux. Nommons seulement, entre les monastères remarquables par leur beauté architecturale, et dont on peut encore auiourd' hui apprécier les restes, Croyland, Fountains, Tintern, en Angleterre; Walkenried, Heisterbacb, Altenbefg, Paulinzelie, en Allemagne; les chartreuses de Miraflores, de Séville, de Grenade (983), en Espagne; Alcobaça et Batalha, en Portugal ; Souvigny, Vézelay, le Mont-Saint-Micbel, Fontevrauld, Ponligny»

lumiéges, Saint-Bertin, en France; noms à jamais chers aux véritables architectes, et gu'il suffit de prononcer pour frapper d'une ineffaçable réprobation les barbares auteurs de la ruine et de la profanation de tant de chefs-d'œuvre.

Pour se faire une idée de la grandeur majestueuse des constructions monastiques, il laut visiter l'Angleterre. L'œuvre de dévastation V a été moins complète et moins irréparable qu'ailleurs, d'abord parce que la propriété monastique y a été peu morcelée, mais surtout parce que les moines y avaient consacré leur zèle & la «construction des cathédrales, où ils remplaçaient les chapitres. Or, ces cathédrales existent encore, et ont même été conservées par les schismatiques anglicans avec la plus louable sollicitude. On y retrouve, malsré les additions plus récentes, la trace visible de l'immense mouvement architectural qui éclata en Anp;leterre, après la conquête, çrâce aux moines normands que le duc Guillaume y appela,

(982) Elle avait 555 pieds de long, neuf pieds seulement de moins mie Teglise actuelle de Saint-Pierre de Rome[(564 pieas), qui était alors beaucoup moins grande qu^aujourd'hui. Notre-Dame de Paris n*a que 596 pieds. Trois autres églises abbatiales, Vézelay, Saint-Denys et Pontigny, qui subsistent encore, ont respectivement 575, 555 et 514 pieds de long. J*empninte ces cliiffres à la Chronique de Vé» selmy, par Tabbé Martin.

(985) Je ne sais s'il existe encore quelque chose de ces deux chartreuses, si riches en merveilles de Tart. quand je les ai visitées, en 1845, Tune était en démolition, et Tautre transformée en faïencerie par un vandale belge qui en interdisaitrentrée aux étrangers.

(984) Ce mouvement a été bien compris etcaracttirisé par M. Vitet, dans son article sur Parchitecuire du moyen âge en Angleterre. Revue françatH. Juillet 1858, t. Vil, p. 225.

(985) Nous n'en citerons qu'un exemple entre mille. Il est dit d'Ânsteus, moine de Gorze et abbé d« SainIrArnould de Metz au x' siècle : i Architeclorae non fgnobllis ei peritia suberat : ut quidquîd seinel ^disposuisset, in omnibus locorum et »dillciorum syhunetriis vel coinmensurationibns non lacUecujusquam argui posset judicio.» Vit. S. Joan. Gor%, e. 66, in Act. SS. 0. B., t. VII, ad aiii)uin975.

(986) Cela est expressément constaté dans la Vie de saint Ethelwold, moine et évéquc^de Winche:^

et auxquels on doit les magniflaues cathédrales de Cantorbéry, de Lincoln, de Ro* chester, de Durham et de Glocester (96i).

Quand nous disons que ces innombrables églises monastiques, semées sur la surface de TEurope, furent construites par les moines, c'est le sens littéral de ce mot qu'il fout entendre. Les moines étaient non-seulement les architectes, mais encore les maçons de leurs édifices : après avoir dressé leurs plans, dont la noble et savante ordonnance excite encore notre admiration (985), ils les exécutaient deJeurs^propres mains et en général sans le secours d ouvriers étrangers (986). Ils travaillaient en chantant des psaumes (987), et ne quittaient leurs outils que pour aller à Tautel ou au chœur (988). Us entreprenaient les tâches les plus dures et les plus prolongées, et s'exposaient à toutes les fatigues et a tous les dangers du métier de maçon (989]. Les supérieurs aussi ne se bornaient pas a tracer les plans et à surveiller les travaux : ils donnaient personnelle* ment l'exemple du courage et de l'humilité» et ne reculaient devant aucune corvée. Tandis que de simples moines étaient souvent les architectes en chef des constructions (990), les abbés se réduisaient volontiers au rôle d'ouvriers. On voit au ix* siècle que la communauté de Saint-Gall, ayant travaillé en vain tout un jour pour tirer de la carrière une des énormes colonnes d'un seul bloc qui devaient servir à l'église abbatiale, et tous les frères n en pouvant plus, l'abbé Ratger seul persista a verser ses sueurs jusqu'à ce qu'en invoquant saint Gall il eut le bonheur de voir le bloc se détacher (991). Lorsque l'église fut achevée, avec toutes ses magnihques dépendances, ce produit des labeurs monastiques excita une admira* tion universelle, et leurs voisins disaient : « On voit bien au nid quel genre d'oiseaux y habite (992). »

Au X* siècle, saint Gérard, abbé de Broi-

ter. Act. SS. 0. B., t. VII, p. 606.

(987) Par exemple, lors de la construction duRamsey, au fx« siècle. Aet. SS. 0. B., t. Vit , p. 734»

(988) I Henricus in cujus manu semper dola« brum versatiir, excepto quamio stat ad altaris sa • cri ministerium. > Ermeiirici Efii$i. ap. Analecta^ p. 421, éd. in-fol.

(989) Par exemple, lors de la construction du monastère de Pompose , sous Tabbé Guy (1046). c Fratribus operantibus aliquando crates lapidum ruderibus graves, non sine diabolico insiinctu, de superioribus mûri ruerunt in terrain. In qao casu quidam ex operariis, quia supererant cratibas, delapsi ad ima.... quidam vero dnm corruentes mure tignisque aliquibus inhasrent... » Act. SS. 0. B.» t. VIII, p. 449. •

(9^0) La belle éalise de Fabbaye de Montienieuf à Poitiers, qui subsiste encore en partie , eut un de ses moines pour conêtructor^ en 1080, Mss.Foiiteneau, cité par M. de Chergé, Mém. des aniiq. de rOuesl, année 1844, p. 174, i55.

(991) tOmnis congTcgatio per toUim diem laboraverat in una columnarum illaruni nuse in basilica ipsa superstant... abbas soins... sed frustra suda bat... Sancte Caliez finde iilam,.. Immensa moles rupis illius sua sponte ind<S lissa enituit. » Frûgm. Ermenrici, tifrt êupra.

(99â) f Bcne in nido apparct qualcs volucres ii>2

Di€TlUNNAlRE DESTUETIQUE.

goe (993)y revenant de Rome, e$cM)rtait lui-p jpéme» à travers les passages si diincilesdes Alpes, les blocs de porphyre au'il faisait transporter, à dos de niulets,d'Italie en Belgique, parce que, dit son biographe, la beauté lui semblait nécessaire à son église (99^). Lors de la constiruction de 1 abbaye du Bec, en 1033, le fondateur et le premier abbé, Herluin, tout ^rand seigneur normand qu'il était, y travailla comme un simple ma* ^n, portant sur le dos la cbaux, le sable et la pierre (995). Un autre Normand, Hugues, abbé de Selby, dans le Yorkshire, en a^it de môme, iorsgu'en 1096 il rebAtit en pierre tous les éJiBces de son monastère qui était auparavant en bois : revêtu d*une capote d'ouvrier, et môle aux autres ma-

£)ns, il partageait tous leurs labeurs (996). es moines les plus illustres par leur nais« sance se signalaient par leur zèle dans ces travaux. On voyait Hezelon, chanoine de Liège, du chapitre le plus noble de TAIIcinagne, et renommé en outre par son érudition el son éloquence, se faire moine à Cluny pour diriger la construction de la grande église fondée par saint Hugues, et échanger ses titres, ses prébendes et sa réputation mondaine contre le surnom de Cimenteur (997), emprunté à son occupation habituelle. Ailleurs on raconte que, lors des vastes travaux entrepris à Saint- Vanne, vers l'an 1009, Frédéric, comte de Verdun, frère du duc de Lorraine et cousin de Tempereur, qui y était moine, et dont nous avons déjà parlé, creusait lui-même les fondations du nouveau dortoir, et emportait sur le dos la terre qui en provenait [998]. Pendant la construction des tours de Féglise abbatiale, comme il n'y avait pas assez de frères pour porter le ciment dans le% hottes jusqu'aux étages supérieurs des nouvelles tours, Frédéric exhorta un moine de race très-noble, qui se trouvait là, à prendre sur lui cette corvée. Celui-ci

iiiiiabilant : cerne basilicain et cœnobii claustrum, cic. > Ërmenriciis. — Le plan prlmiUr de celle alH baye princière avec toules ses constiuciions, telles <|u elles exisiaienlau ix* siècle» existe encore à baiiit-Gall : donné imparfaitement par MabilloH, au tome H des Annales Benediciini, il a été publié ré« cernaient avec une oarfaile exacUiude, sous forme de faC'SimUe^ par M. Keller. Zurich, 184i, in-^*". . (993) Voir sa Vie.

(994) f Lapidibus porphyreiecis quos ad sua vir Dei iransvebebat , causa necessarise venuslaiis. » VU. S. Gérard. Act. SS. 0. B.. u Vil, adaunum959.

(995) Wilielm. Geuimeticeusis, liv. vi, c. 9,ap. Duel lesne.

(996) < Ipse cucullo indutus operarîo , lapides , ^iceui, el aiia nece^isaria prophis humeris cum eaeterisoperariisadmuruui evelieresolebau* Mabiilon, .41111., i. V, I, LXis , c. 86.

(997) Cœmentarius. Mabîilon, Annal., ad 1109.

(998) c Vere monachus terne fossor accessit, et quod effossum est, onere facto ex|H)rtavii. Quis jani similia facere erubesceret, cum videret Fr^ericum, comiUs filium, fralrem duorum ducum , tmperatotia consanguineum , et fecisse et non erubuisse. i Hugo Flaviniac. Chron. Vtrdiui., paît, u, c. 7, ap. Labbe. BibL Nov. fiu«., 1, IM.

(999) ( Cum jam in alium siruclura 'porrigere* lur , el inslrumenlum illud, quod avu jioiuinalur, bubvcciionc cauicnii apialum, piTpauci esseul qUi

rougit, et dit qu'une telle tâche n'était pas faite pour un homme de sa naissance. Alors l'humble Frédéric prit lui-même la botte remplie de ciment, la chargea sur ses épaules, et monta ainsi chargé jusqu'à la plateforme où travaillaient les ouvriers. En redescendant, il remit la botte au jeune réfractaire, en lui rappelant qu'il ne devait plus désormais rouffir devant (>ersonne d'avoir à faire une corvée dont s'était acquitté en sa présence un comte, né fils de comte (99^).

Au sein de ces édifices, dont les plans et la construction étaient l'œuvre des moines eux-mêmes, il s'organisait de vastes ateliers» où tous les autres arts étaient réunis et cultivés; mais toujours sous cette stricte loi de rhumilité que le saint législateur de Tordre avait imposée.

On n'a pas assez remarqué la variété des travaux auxquels se livraient simultacémeol les moines artistes, ni la facilité extraordinaire avec laquelle ils reportaient leurs talents sur des objets divers. Le même bomme était souvent architecte, orfèvre, fondeur, miniaturiste, musicien, calligrapbe, facteur d'orgues, sans cesser d'être théologien, prédicateur, littérateur, guelquefois même évêque ou conseiller intime des princes (1000|. Parmi tant d'exemples que nous avons déjà cités (iOOl) , rappelons celui de Tutilon, moine de Saint-Gall, au ix* siècle, qui était renommé dans toute l'Allemagne comme

Eeintre, architecte, professeur, latiniste et elléniste , astronome et ciseleur (10(3). Nous pouvons en ajouter plusieurs autres qui se rapportent au xi* siècle. Ainsi, Mannsus, abbe d'£vesham, en Angleterre, est désigné comme habile à la fois ;dans la musique, la peinture, la calligraphie et l'orfèvrerie (1003) ; Foulques, grand chantre de l'abbaye de Saint-Hubert des Ardennes , était aussi bon architecte qu'élégant miniaturiste (100^). Un moine distingué, que nous

ferrent... videus vir beau» memoriae iiaemdam de nobiiioribus adstautem , ul santeret Ugneum ilîud inslrumenlum, et caemenlum coUo, ul mcvis esl, subveherei , admonuil. Qui cum erubesoerei , H suis id nalalibus incongruuni adslruerei* vir uiitissimus œrvice subposlia... Deiiide porrecto joTeai inslrumeulo eodem... ul disoerei facera quod fecerai comes comiiis fiiius ; nec erubesceret, si ei impiobarelur faclum quod conslaret ab ipso qiiondam comité primiius allentalum. t Ibid.

(lOO^j G*esi rexcellenie réflexion du P. Cahier, qui, le premier, à ce qu^il nous semble, a oonstaié la diversité des talents de ces hommes <t malfipfef, comme il les appelle irès-juslemeul. Voir le mémoire : Si le christianisme a nui aux sciences. § xiv.

(iOOl) Entre auires, saint Kloi, saint DansUn, saint Bernward, saint Godebarl, Gerben.

(1002) c £rai vaideduqueiis... ca'laliiraelegau, piaur» arlifcx ac mirificus aurifex ; raosicos ta ouini génère instrumeniorum , el fistulaniiii fat omnibus... In slrucluris el casleris ariibus elllcax, cencinnaiidi in utraqiie lingua prompUiios.... Vie luras el aurillciii carniîuibus et epignunmatihas decorabai singulariUfr preliosis«iEkkeliard,D«M* êibus S. Gain. c. 5, ap. Goldasl.

(1(K)5) < Plurimis ariibus imbulus , videlloei caaloris, scripioris, pictoris, aurique fabricis opcris scientia pollens, i Monust, An§U^ I» 151.

(1004) cPra:ceuioiem... iu.iUuminaliooibuscapiU-

APPENIHGE. ^ DU VANDALISME ET BU CATHOLICISME DANS L*ART

comptons encore parmi les historiens, flermann Contract, tout inflrme et contrefiiit

3u'il était (1005), trouvait en outre le inoyen e cultiver avec succès la poésie, la géométrie, la mécanique, la musique, et surtout Tastronomie ; il savait à fond le grec, le latin et Varabe (1006], et nul ne pouvait riva<* Hser avec lui pour la fabrication des instru<^ ments de musique et d'horlogerie (1007). iti Pendant la ffuerre des investitures, et sous le pontificat d Urbain 11, le parti oatholiaue, en Allemagne, compta parmi ses chefs Tniémon, noble bavarois, qui fut successivement abbé de Saint-Pierre de Saltzbourg et archevêque de cette ville, et qui, après avoir été longtemps persécuté et emprisonné pour la foi, mourut martvr en Palestine. II avait été élevé au monastère d*AUaïch, et y était de- Tenu peintre, fondeur et sculpteur. Pendant les intervalles de la terrible lutte où il prit une si noble part, il avait orné les monastères de sa province des produits de ses talents divers (1008). Lorsque, après avoir été bit prisonnier en Syrie, il parut devant le prince musulman qui le- condamna au marwre, et lorsqu'on lui demanda quel était son état, il répondit qu'il était architecte, joaillier et peintre, en faisant du reste Tapplication symbolique de ces arts divers aux vérités de la foi qu'il voulait confesser (1009). Indiquons maintenant, par quelques traits rapides , quelle fut l'importance que les moines attachèrent constamment à la pratique de la peinture en miniature, qui fut la véritable école de la grande peinture .reli-

KVuse (1010). Cet art se conlondait avec cei de la calligraphie, puisaue l'un et Tautre avaient pour objet d'embeJlir et de consacrer en quelque sorte les livres saints, ou les monuments de la liturgie, des saintes lettres, de l*histoire ou de l'antiquité classique, que les moines transcrivaient sur par-

lium litteranim et Incisionibus lignomni et lapîdum perituiQ. i Chran. Andëgin,^ ap. Martene, Ampl, Coi* uct.. t. lY, p. 925. — C*e8t au P. Cahier que noua devons cet deux dernières indications : il traduit avee raison les termes de la chronique par ces mots : maître en eatutruetioM , totf pour la char" pente, êoit pour la eoupe det werre$,

(1005) De là son surnom de Contracluê, < Ne... per se roovere, neve saliem se in aliud latus verlere posset; sed in sella quadam gestatoria a uiinistro suc depositus, vis curvatini ad agendumqnodlitiet sedere poterat,»Berthold ap.Perts, t.Y,p. 267. . (1006)1 Tnum hngaarum,Grjdcâe, Latin» et Ara* bic» peritissimus. > Triibemius, Ann. Hir$au9,

(4007) c In horologicis et musieis iuslrumentis el mecanîcîs nulli par erat componendis. > Rerthold, I. 6. p. 968. — H trouvait encore le temps d^adresser une correspondance en vers ad amUaê 9ua$ qua$damsanetimùmaie$ femmas. Docen, Arehit,^ m, 8, cité par Pertz.

(4008) c Aliensi monasterio, tant regularibus

3uam Bcholaribus disciplinis tradiUis est intbuenus... cuiuque non solum non esset iners in artibus quas Utierales appellani, scd et in mechanicis universis , sieut picloria , fusoria , sculptoria,... snbti^ lissimus, ui 'm quibusdain motiasienis, et in nostro specialiier, in ejus sculpiuris «t picturis pe^^icuum est cernere. » Vii, S. Gebohard, arek, SalUb. u quodam AdmmiUntimouachoA^i^, in-18,p.l42« (i009) I Qui iiUeiTogaiUii qiiis esseï? vcl, qiiam

chemin, quelquefois sur du vélin teint en pourpre, ou avec des caractères d*or et d'argent. Ils en ornaient ensuite les lettres mamscules et les marges de ces peintures délicieuses, qui sont encore les plus précieui trésors de nos bibliothèjques.

Dès le vr sièole, Cassiodore institua, dans les abbayes qu'il fonda en Calabre, des laboratoires pour la peinture en miniature es même temps que pour la transcription des manuscrits. Au ix* siècle, on vit des |)ein«* très habiles parmi les moines de Corvey, et Sintramm de Saint-Gall faisait à la fois l'admiration et le désespoir des calligrapties de son temps (1011). Godemann, abbé de Thorney, en 970, orna des peintures les plus riches un Benedictionale , qui est regardé comme le chef-d'œuvre de Tart saxon (1012}. Le moine Bernward, depuis évèque de Hildesheim, excellait dans la décoration des manuscrits qu'il transcrivait (1013). Cet art délicat était spécialement cultivé clans tout l'ordre de Cluny, et saint Bernard nous prouve qu'on ne reculait devant aucune dépense pour cet objet, puisiju'il reproche aux elunistes de faire pulvériser de l'or pour remployer aux miniatures. Dans les monastères de femmes, les religieuses ornaient également leurs œuvres calligraphiques de précieuses miniatures : celles du Hortuê Deli^ eiarum, de l'abbesse Herrade de Sainte-Odile* ajoutent une taleur infinie à cet important recueil (lOU). Pendant dix siècles, depuis Cassiodore jusau'è Tépoque de la renaissance et delaréiorme, les moines, surtout les Bénédictins et les Camaldules (1015), en Allemagne et en Italie, persévérèrent avec une infatigable sollicitude et un succès toujours croissant dans leurs travaux de peinture et do calligraphie (iOlOUI est douteux qu*on puisse trouver dans l'nistoire du monde l'exemple d'un labeur aussi constant et aussi fécond.

artem sciret?... Scio quidam diversas artes; sed prae^ipue ut sapiens archîieaus fundamentum scio ponere ûrmum... Et insuper maleriaies artes, ut desideras, videlieet aurariam, sive pictoriam scio pienarie. » Pasêio S. Ttemoms. ap. Gretser. Oper., U VI, p. 464.

(iOlO) C'est Taveu du Jésuite Lanzi, du reste assez peu inteiUgent en fait d'art chrétien.

(lOIi) t Omnis orbis Cisalpinus Sinirauiini dtgitos miratur... Scripiura cui nulla, ut opinarour, piir erit ultra, i Ekkchard. Ùe caiibuê S. 6a//î, c. I, p. 20, ap. Goldast.

(1013) Ce manuscrit célèbre est eneore dies le duc de Devonshif e, à Chauwortb. Le fac-similé en a éié publié par M. Kukewode Gage, érudit catbo- Itqiie, mort il y a quelques années.

(1013) c In scribendo enituit... PicUiram limate ezercnit. > ^

(lOli) On peut en voir un faç-Kimile curieux dans le P. Cabier, p. iHA de la réimpression de sooilémoire.

(1015) Rappelons seulement les admirables Uvras de chœur de Ferrare, de Sienne et o'u monastère degl^ Anpli de Florence, oeuvre des moines du tiii*, XIV* ei XV* siècle, si bien jugée par M. Rio, De im poéêu tkrélieniiej p. 180, t8i. ^

(1016) Le P. Cahier en cite des preuves irrécusables dans son énumération chronologique des calligraphes et des miniaieurs ecclésiastiques, la plus exacte que nous coiinaissious, ^t le ehris(iani$ini a

ItM

MCnOMNAIRE D*E&TBETIQUIL

MaiSf à répoque que nous ayons parcourae« les moines ne bornaient ()as l'application de la peinture à la miniature. Il j a plusieurs exemples de travaux entrepris sur une vaste échelle, par exemple , de peinture murale ; h Saint-Gall surtout. Les annales de cette grande maison vantent la diversité des sujets et Véclat des couleurs qui couvraient les murs de Téglise au x* siècle (1017). Les moines de Reichenau leur envoyèrent des peintres pour les iiider dans cette Œuvre (1018). Deux siècles plus tôt , saint Benott Biscop , abbé de Wearmouth, fit revêtir tout le pourtour des deux églises de son monastère de peintures qui représentaient Thistoire de Notre-Seigneur, et la concordance de l'Ancien et du Nouveau Testament (1019). Anségise, abbé de Fontenelie en 823, fit peindre, par Madalulphe de Cambray, le réfectoire de l'abbaye de Luxeuil,

Ïui avait deux cents pieds de long (1020). es églises de l'ordre de Cluny, toujours au premier rang pour la grandeur et la beauté, étaient en général ornées de pein* tures, probablement à fresoue (1021). D'autres moines employèrent leur talent granhli]ue h la propagation de la vraie foi chez les infidèles : on voit qu*en 806 le roi des Bulgares, Michel III, se fit baptiser avec les sienSt par suite de la frayeur que lui inspira la vue d'un jugement dernier, qu'un moine missionnaire, saint Héthodius, avait peint sur les murs de son palais (1022).

Enfin ils contribuèrent à donner à la

hhî atuc êcienee9t §{ xxv et xxx. Cet art a été encore plus longuement conservé dans les monastères I^recs, et s'y pratique encore auJourd*)iul, sbais touours avec rinfénorité qui caractérise toutes les oeuvres de J*Orient chrétieD, comparé à TOcddent. Voir Didron, Vowuge au If ori-Amos, dans les Annalti ûrchéolog. de iSiO, et la traduction du Guide 4it la peinture ; enliu une excellente note du P. Ca* liier sur ce sujet, { xxix, p. 193 delà réimpression.

(1017) Il est dit, entre autres, de Gunibert , abbé d^Altaicn : i Doctor sermone plaiius, piclor ita décorus, ut in laquearis exterioris S. ualli ecclesiae drtfnlo videre est. » Ekkeh., De cueibus^ c. 5. Cfer. Burkbard, De ea$ib.^ c I et 2.

( lOtS) linsula pictores transmiserat Augia dara. > C0d. m$. 5. Gult., 297.

(1019) I Doroinicae bistoriae picturas quibns totam B. Dei genitricis quam io monasterio majore fecerat eedesiam gyro coronaret, imagines qufM|ue ad ornaodum monasterium ecdeslamque B. PauU de eoncordia Veteris etNovITestamenii sumroa ra<tione oompositas exbibuil, eic., etc. i Yen. Beda, VH. S. Beued. Bi$cap., c. 5 et 9, in Aci. SS. O. Bm s»c. II.

(iWH) c Yariis picturis deeorari in maceria et in laqueari fecit Madalulfo egregio pictore Cameracensis ecclesie. > Aei. SS. O.B.^ in i^. 5. Amegù ,c.9.

(1021) I Omitto oratoriorum imniensas altiiudinés, immoderaïas Ipngitudines, bupervaeuas latiiu* dines, sumptuosas depolioues, curiotas depictio^ nef .»• » S. Beruardi , Apolog, ad Guillelm.^ c. 12. — On sait oue notre saint était dominé par des préjugés violents contre Fart religieux, préjugés que sou ordre ml beureu sèment rejeter après sa mort*

(1022) c Pingendi non rudem. » Cedrenus, edii. reg., p. 540, aie par d*Aguicourt, /fûl. deVart., éd. iul., 1. 1, p. 264. — Métliodius fut Tapôtre ikn Bulgares, des Moraves ei d^autres nations slaves : U

peinture son apolteatioii ta plus grandiose et la plus solennelle en la fixant sur le verre, et en créant ainsi ces vitraun qui font la plus resplendissante parure du temple chrétien. Ce même saint Benoit Biscop» dont nous parlions tout à Tbeure, fit venir de France des verriers^ qui initièrent les Anglo-Saxons h la connaissance de ce nouveau progrès de l'art religieux (1083). En Allemagne, les premiers vitraux connus furent ceux des monastères de Hirschau el de Tegernsee. Ceux de Tegernsee furent fabriquas aux frais d'un seigneur voisin» le comte Ar* nold, que TabbéGosbert (1024) remerciait en ces termes : « Jusqu'à présent» les fenêtres de notre église n'étaient fermées qu'avec de vieilles toiles. Grftce à vous , pour la pre^ mière fois» le soleil proibène ses rayons dorés sur le pavé de notre basilique» en pénétrant à travers des peintures qui s'étalent sur des verres de diverses couleurs. Tous ceux qui jouissent de cette lumière nouvelle admirent la variété étonnante de ces ouvra-

Ses extraordinaires» el leur cœur se remplit 'une joie inconnue (1025). »

Les religieux de cettô même abbaye de Tegernsee se signalèrent pendant plusieurs siècles dans un autre art, celui de la ciselure et de l'orfèvrerie » auquel les moines en général ont consacré autant de patience et de zèle qu*à la peinture des manuscrits (1026).

Les principaux orfèvres ou orgeniiers du moyen âge furent moines : les chroniques

fut aussi Tan des auteurs de la liturgie slavoone. (1025) f Misit legaurios Galliam, qui viuî Cacteres, artifices vidélicet Briunniis eatenus igiiotos« ad cancellandas ecclesiae, porticttumiiue et camscolorum ejas feneëtras addiioereot... Anglervin es eo gentem faujusroodi aniflciain nesse ac discere fecerunt... Cuiicia quae ad aliaris etecdesi» mi- Dîsteria conipeiehant, vasa scilicet et vestimenta, qux domi inveoire non potuit, de transmaritiis regionibus advectare curabat. > Yen. Beda, uki supra. — Je pense que c*est uo des premiers exemples connus de Temploî des vitraux ; encore ii*esi4i pas certain que ces vitraux fussent coloriéa.

(1024) Elu en 982 : il était de race nolile et renommé pour sa science.

(1025) c Ecclesiae nostne fenestrae veterilNis pannis us((ue nuuc fuerunt clausae. Vestris reUcibus temporibus auricomus sol priroum infulsit basiiioe nostne pavimenta per discoloria picturarum vitra, cunctorumque inspicienUum corda pertentant nuil* tipixia gaudia, qui inter se mirantur insoliU eperis varietates. i Pei. Theeaur. anecdaî* EccUe. , t. Yl, part. I, p. 122.

(102(5) Trois moines, nommés tous les trois Wer^ ner, furent les principaux artistes et écrivains de cette savante abbaye, de 1080 à 1180. Il est dit d|r premier qui vivait eu 1090 : c Artitfciosus anuglypba in scripturis et in pîcuiris et in ornamenus |ibn»rum de auro est^ argcnto subtilis. Tabulam in superiore parte triaiigulatam, de auro ei argeuto el elearo et aenimis et lapidibus ornatam,et qiiiaqtte vitreas et feuestras et quoddam fusiie epii» de are factum et lavacro aptum, huic ecclesiae contnliL » Pes. Ti^e$aur.^ U 111, p. m, p. 515. — Voir, sur Jet services rendus k Tart et à ia poésie aiiemande par le monastère de Tegernsee , la tb jse du docteur Kugier, intitulée De Wertnkero^ uec. Jli, mêHÊCka Tegernsetni, eic, Berolinl, 1831.

ini

APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU CATHOLiCISliE DANS L^ART.

monastiques indiquent à chaque instant des religieux, des abbés même dont le talent de ciseleur ou d'orfèvre (1027) était renommé de leur temps. Les annales de Saint-Gall rapportent un trait qui témoigne du prix qu attachaient les hommes du ix* siècle aux ciselures du célèbre moine Tutilon; pendant qu'il ciselait une image de Notre-Dame, dans son atelier, à Metz» deux pèlerins qui Tenaient lui demander l'aumône virent une dame d'une grande beauté qui le guidait dans son travail : ils la prirent pour sa sœur; mais ayant raconté ce fait aux autres religieux, ceux-ci en conclurent que c'était la sainte Vierge elle-même qui daignait lui enseigner son art (1028). Nommons encore KAngiais Anketill, qui, après avoir été maître de la monnaie du roi de Danemark, revint en Ansleterre se faire moine à l'abbaye de Saint-Alban , et se rendit célèbre par la châsse magnifique qu'il fabriqua pour y recevoir les ossements du saint |>atron de l'abbaye (1029).

Malgré la disparition de tant de monuments de la ciselure et de la joaillerie de ces siècles, causée par les dévastations de la réforme et de la révolution , il nous reste encore assez de chflsses sculptées et émaillées, assez de précieuses couvertures de livres en or, en argent , en ivoire sculpté ; assez de crosses abbatiales , de diptyques, de merveilleux bas-reliefs en ivoire ; assez de beaux ouvrages en cuivre ou en bronze» tels que fonts de baptême (1030), crucifix, encensoirs, chandeliers, jpour nous permettre d'apprécier le degré d'élégance et de perfection auquel les moines- avaient su porter leurs travaux dans ce genre. On trouve sar leurs procédés les détails les plus cu« rieux dans le traité du moine Théophile qui vivait du x* au xii« siècle (1031). Qu'il nous sniBse ici de placer eçtte branche de l'art monastique à l'abri des noms de deux saints moines, tous deux orfèvres et émailleurs,

(i0i7) On les désigne ainsi : aurifex^ aurifabrUiê mrii$ peritm^ ar^ntariuSf etc. ; le plus souvent par 9€nlptor.

(1028) On lira avec Intérêt quelques passases ou texte de ce récit : f Tutilo vero, cuni apud Meteiisium urbem cxlaturas satageret, peregrini duo S. Mariae imaginem caelanti asliierant... Sed est ne soror ejus, inquiunt , domina illa praeclara quae ei tam commode radios ad manum datet ducit quid facîat?.... Benedictus tu pater Domino , qui tali niagistra uteris ad opéra... In hractea autem ipsa aurea cnm reliquisset circuli (planiciem vacuam, iiescio icnjus arte postea caelati sunl apices :

Hoc panthema pia cœlaverat ip$a Maria, t Sed et imago ipsa sedens, quasi viva, cunctis in- •pectantibusadiiucnodiecstveneranda. i fclkkubard.^ fie eaiibuê S. Calli, c 3, in Godast. , Script, rer^ Mamann.^ t. i, p. 28.

(1029) c tjnam thecam gloriosam inchoavit, opère miriûco... Regits prxerat operibus aurifabrilibus, monetse custos et summus trapezila... Oominus Ankelillus... monacbus etaurifaber incomparabilis, qui fabricam feretri manu propria (auxiliante ouoftiam juvene saecuiaridiscipulo suo Salomone de Ely) et iocepit et consùmniavit , diligenter in suo opère aurifabrili et animo studuit et manu laboraTit. >

saint Eloi, le ministre de Dagobert, et saint Théau, esclave saxon qu'Ëloi avait racheté pour en faire son élève et son compagnon de travail ; et rappelons que des moines et des abbés figurèrent longtemps à la tète de la grande école d'orfèvrerie et d'émaillerie, fondée en Limousin par les deux saints abbés de Solignac , et que la science modeste et solide d'un prêtre de nos jours a remise en honneur et en lumière (1032).

Il est enfin un art, le plus charmant et le plus puissant de tous, celui qui répond le mieux aux besoins intimes de Tftme, qui exprime le mieux nos émotions, qui exerce sur nos cœurs Tempire le plus incontestable, mais aussi le (jIus éphémère. L'Eglise seule a pu lui imprimer un caractère durable , populaire et sacré ; et les moines ont été dans cette œuvre, aussi difficile que méritoire, les auxiliaires zélés et infatigables de l'Eglise. La musique a été de tous les arts celui qu'ils ont le plus cultivé et le plus aimé. Saint Grégoire le Grand , père de la vraie musique religieuse , S'était formé , comme on sait, dans le monastère de Saint- André, à Rome, avant d'être Pape ; le chant grégorien, fruit de son génie et de son autorité, souvent repoussé , bien plus souvent altéré par les générations postérieures, a été maintenu et pratiqué parrordre dont il était sorti, plus fidèlement que par aucune autre fraction de la société chrétienne (1033;. La raison en est simple : la musique, c*eât-àdire le chant, qui en est la plus haute expression, s'identifiait pour les moines avec l'accomplissement de leur premier devoir. Dans chaque monastère, la célébration obligatoire de l'office divin au chœur parla communauté tout entière, sept fois par jour, imposait naturellement aux moines l'étude la plus attentive de la musique sacrée. Aussi les monastères ont toujours été des écoles de musique où cet art occupait le premier rang dans les études de la jeunesse , et où

Maitb. Paris. Vitm S. Atb.abbatum , p. 36-58, éd. WaUs. — Ceci »e passait vers 1140. Rien de plus curieux, du reste, oue tout le récit rilaiiri celte chAsse et aux péripéties de ce grand travail, dan» Matthieu Paris.

(1030) Voir la note savante , éloquenie et eonsciencieuse de M. Diilron sur les fonts de baptéiue en cuivre, ornés de sculptures en relief, qui existent encore à Saint- Barthélémy de Lié^e, et que fit faf:c le noble Helin, abbé de Sainte-Marie , eu 1143. Ann, archéoL^ t. V, p. i8.

(iU31) Théopiiile, prêtre et moine; E$$ai$Mrdi^ venartê, publié par le eomle Cliaites de Lescalopier, et précédé d*une introduction par J.-Marie Gui* chard. i843, in-i*.

(iU32) E9$ai sur U$ argentiers et émaifteurs de Limoges^ par M. rabké Texier. Poitiers, 4845. 3I.Te<xier signale surtout le moine Guillaume au x* siècle, le moine Guinamond de laCliulse-Dieu en 4077. l'abbé l!»embard de Saint-Martial, moine dè^» sou enfance, abbé de 1174 ii 1178; Pierre, abbé de' Mauzac en 1168.

(1053) Voir, sur TintreJuctlon du chant romain ou gr^orien en France et en Angleterre par les moines, Mabilbn , Prœfat, in sœc. lU Bened.^ n« 104, é I. In'40

it»

DiCTtONNAiRE DESTUETIQUEL

furent composés la plupart des cliants adoptés pour l*omce divin et consacrés |)ar TEgiise pendant le moyen Age (103/^).

Mais* de tous les monastères, Saint-Gall fiU peut-être celui où la musique reçut le

Îilus grand développement. La tradition et 'amour de cet art avaient été laissés à Tain baye par un musicien romain, comme une récompense de Tbospitalité qu*iliy avait reçue lorsqu'il s'y était arrêté malade, en allant rejoindre charlemagne à Metz , pour y fonder une école de chant grégorien (1035). L'histoire a consacré le souvenir de l'enthousiasme qui transporta Conrad I'% roi d'Allemagne, lorsqu'il entendit chanter, à Mayence, la messe de Pâques, par un moine de Saint-Gall, et par trois évoques, ses élèves ; Mathilde. sœur du roi, fut ravie comme lui, et Ota à I instant sa bague, qu'elle mit au doigt du moinej artiste, en signe d'admiration affectueuse (1036). Au ix' siècle, il s'y trouvait en même temps trois musiciens renommés, liés entre eux par la plus tendre amitié, et regardés comme les plus illustres patriciens de cette petite république (1037) : c'étaient Notker, Ratbert et Tutilon. Notker, surnommé le Bigue^ issu du sang de Charlemagne et Ténéré comme saint après sa mort , composa une foule de proses et de chants longtemps populaires en Allemagne, Ratbert, noble thurgovien, fut directeur de l'école monastique, et composa des chants populaires en langjue allemande : sur son lit de mort*, il se vit entouré de quarante prêtres et chanoines qui avaient été ses élèves, et qui étaient venus au monastère célébrer la fête de Saint-Gall. Tutilon , dont nous avons vu les talents si nombreux et si Taries, profitait de sa science musicale pour enseigner à la jeune noblesse à jouer des instruments à corde et à vent (1038). Ce fut de Saint-Gall que se répandit en Allemagne, et peu à peu dans toute l'Eglise, l'usage de chanter des iequentiŒf ou proses, avant

(f 034) Le texte sttt.viDi, dont on pourrait rapprocher laiii d'autres, esi iméressant' pour établir ce jH>int. Il s'agil de Gerwold, riche et noble seigneur, laUabhéde FonteDelle, sousCharlemagDe: c Scbolain in eodeiD eœnobio etse iostiiult, quoniam omiies peoe ignares litteranim inveuît ; ac dediversis locis, plarimum Cbrisii gregem af^regavii, opliluiaque caoiilena sonis , quantum teinporis ordo sinebat edocuil. Erai enim quanqoam aliaruin litte- » arum non nimium f^uarus » caniilen» tameu artis periius, voclsquesuaviuieeicellentia non egenus. > CkroHic. Fontanell. c 16, SpiciUa., U 11, p. 278.

(1035) Ekk., Casibut S. Galli, c. i.

(1U30) Ekkehiird junior, Caê., c. 0, et Ekkeliard minlmus in Vî(. S. ISotkeri^ c. 16, ap. GohUst.

(1037) c Corel anima una eral, mistiin qualia Uts DAus fecerint... u*es isii nostrae reipubiicaî §0ualores. > Ekk., J>e casibut, c. 3.

(1038);c Filios nobilium fldibus docult. » Ekk., IV y Catibm^ c 3.

(1039) c Instituit canlores, etc., > VitaS.Ben.^ c. il, in VU. SS. 0. B., l. IV, p. 192.

(idiO) L*air noté se trouve dans Boleinczki, Bosa B^hemic^, 1657, in-8\

(1041] Voir les témoignages curieux de ce fait réui*î«i>ar Ziyelbtfur,lliif .JfiUer.O.S.l^.» parsn,p. 542.

(1042) Cet orgues Turent d*abord apportées en

l'évangile de certaines messes solennelles. Tous les reformateurs de l'ordre, tous ses principaux docteurs et écrivains , saint Be> nolt (TAiiiane (1039) « saint Dunstan • saint Odon de Cluny, et tant d'autres étaient bons musiciens ; ils employèrent leur autorité à entretenir ou à peiiectionner la musique ecclésiastique. Le saint moine Adalbert, ce grand apAtre des nations slaves , composa la musique et les paroles d'un cantioue slavon qui commence par ces mots : Boêpodme pomyluy ny^ et qui , après son martyre, deyint le chant national des Bohèmes (lOM). Pendant les grandes luttes du xi' siècle, entre l'Eglise et l'empire, plusieurs des moines qui y prirent le plus de part, tels que Hurabert, ahbé de Moyen-Moutier, Guillaume»

abbé de Hirschau, les Papes saint Léon IX et Victor III, cultivaient avec zèle la musique (lOM).

L'orgue, eette création spéciale de la musique chrétienne, ce roi des instruments, seul digne d'associer sa voix majestueuse aux pompes du seul culte vraiment divin; l'orgue dut ^ux moines le perfectionnement de sa construction, et ce fut grftee à eux que l'usage en fut généralement introduit (iOfâ). Elphège, abbé de Winchester au x* siècle» fit construire le plus grand orgue dont il soit question dans les annales du moyen Age ; il fiFllait soixante*dix hommes pour le manier (lOiS).

Les moines antjlais semblent avoir été, de tous, ceui qui aimaient la musique avec le plus de passion. « Je youdrais bien, » écrivait un abbé de Yarrow, disciple et dua*esseur du vénérable Bède, à son compatriote saint Lulle, archevêque de Mayence, « je voudrais bien avoir un harpiste, qui jouât de cette harpe que nous appelons la rote^ car j'ai l'instrument, mais je n'ai point d*artiste. £nvovez-le-moî, et, je vous en prie, ne riez pas de ma demande (10i>4). » Cette passion

France sous Pépin, en 757, par on envoi qoe loi fit ^empereur de Gonsianlinople. Presque aoasiiai après, nn moine, Wicterp, évèque d*Augsbourg,4Q fit construire un pour la nouvelle catbédrale ; Sicsgtl , Comment, de reb. Angutt, pars ii, p. 65. — Leur a>age se répandit en France et en AlleDiagne pins tel qu*en Italie. U y a de bons renseiguemeats sur les services reridus par les moines à la cnus- Iruction des orgues dans rariîcle de 11. de Coussemaker, publié par les Annales arehéoto^^put^ L 111, p. 280.

(1045) Il y en a nne description riméa H très-détaillée au t. VII des Aa. SS. 0. fi., p. 6t7 au prologue de la vie de saint Sviretbin. A la même époque, le comte Ailwin donna à fabbaye de Ramsry un orgue que Ton décrit ainsi : • Copreos orcanu* rum calamos, qui, in alveo suo super unaa coaikarum dense ordine foraminibus lasidentes, et diebus fesUs roLtium spiramento forliore pulsaii, predulcem melodiam et ciangorem kmgias resonaii* tem edideront. i.itcf. SS. Ord. Bm.^ u VU, p. 734. Des lors les moines éuieni habitués à fabriqser cet instrument et à en jouer. Cfer MablU. , A»., t. Il, I. Yirii, c. 29, et Prœf. m $mc. iH , w Bmiedkt. § VI, n. i05.

(1044) c Mecut me qooque titbarisum babeie» qui possii cithariiare tn ciibara, quam nos appdla*

APPENDICE. — DU VANDALISME ET DU CATHOLICISME DAN& L'ART

entraînait même de graves abus ; pour les réprimer, le concile de Cloneshove. en 747, ordonna d*expulser des monastères les joueurs de harpe, lés musiciens et les bouffons (1M5).

Mais les moines, si zélés pour la musique, si habiles dans la facture des instruments et dans la composition musicale, Tétaient également dans la haute théorie de l'art. Cette théorie a eu pendant tout le moyen Age les moines pour principaux interprètes, et les plus fameux auteurs qui ont écrit sur la musique appartenaient à Tordre monastique. Cent ans avant la naissance de saint Benoit, un moine d'Egypte, saint Pambon , abbé du Nitrie» avait composé un traité sur la osalmodie (1046). Plus tard, de siècle en siècle^ on vit se succéder les religieux» auteurs de savants traités sur la musique : Hucbald de Saint-Amaod (1047) occupe le premier rang parmi eux ; mais autour de lui se i>ressent ses contemporains ou ses élèves^^ginon de Prûm, Eemy d'Auxerre, Odon de Cluny, tierbert, Aurélien de Réome, et plus tard «luillaujne, abbé de Hirchau; Ëngelbert, abbé d'Amberg; Hermann Contract, qui joignit è tant d'autres mérites celui d'être le plus savant musicien de son temps (1048), •et une foule d'autres que nous avons déjà nommés parmi les lumières de Tordre bénédictin (10«9). Saint Bernard, par son traité JDe raêione cantus^ continue glorieusement celle série d'écrivains éminents qui ne doit se clore qu'à la fin duxviii* siècle, avec un au* tre Gerbert, prince abbé de Saint-Biaise dans la forêt Noire , auteur d'une célèbre collection d'écrivains sur la musique, où il a pu justement assigner le premier rang aux Bénédictins (1050). Le système des notes mo-

miis rotœ^ quia citharam habeo el ariificem non babeo... obsecro ut hanc roeam rogaiioiiem ne deapicias , et risiooi non députes. > Inter epiit. S. Monifac^ n« 89, éd. Serrarius.

(IU45) 1 Monasleria non sint arllam ludicraruni receptacula , hoc est poetaruin, citharislarum, musicoruni, scurrarum, sed orantlum, legentium, Deique laudantium liabitationes. > (C. 20.);

(1046) c Insiituta Patrutn de modo psallendi tive eantandi^ i publié par le prince-abbé Gerbert de Saint Biaise, dans sa collection.

(i047) Mort en 95:2. V. Mémoire sur Hucbald et $e$ traités de musique, par M. £. de Coussemaker. Pans, chez Techner, in-4^

(1048) f Cautos historiales plenarios , utpote quo musicus pcritior non erat, de S. Georgio, etc., etc., mira suavitate et elegantia euphonicos, prseier aiia hujusmodi perplura neumalizavit et composait. > (Bertholdi, aerimanni continuai», ap. Pertz, t. V, p. 268.) c In musica sane prae omnibus modemis subtilior exstitit et canlileuas plurimas de musica, cantusqué de sanetis satis auctor nobiles edidii. > (Ânonym. MellioenB. , ap. Pertz , t. Y, p.

ati7.)

(1049) Trilkemos, Chron. Hirsaug., passim.

(1050) I Seriptores eectesiastici de musica sacra, potiêstmum ex variis Italiœ, Galliœ et Germamœ coàieibus manuscripiis collectif et nunc primum publi* eu luce donati a Marlino Gerberto , monasterii et congr, S. Blasii, insilva Nigra,abbate, 5 toI. in-4''.

12ia

demes fut d*abord usité au monastère de Corbie, par Tabbé Ralbold. Enfin chacun saitque Guy d'Arezzo, en formulant Téchelle des intonations diatoniques, fut Tinventeur du solfège; mais beaucoup ignorent que ce Guy était un saint moine de l'abbaye de Pompose, près Ravenne (1051).

Ainsi donc , c'est à un illustre moine, saint Grégoire le Grand, que le chant ecclésiastique, Texpression* la plus haute de la musique, doit son développement; c'est h un moine que la musique moderne doit ses moyens pratiques et les procédés les plus indispensables à son étude; ce sont des moines qui, depuis la Tbébaîde jusqu'à la forêt Noire, ont pendant quatorze cents ans enrichi le trésor de la science musicale par leurs recherches et leurs traités : ce sont enfin de saints moines, du yiu* au xii* siècle, qui se préparaient, par la prière et l'abstinence, à la composition de ces immortels chefs-d'œuvre de la liturgie catholique, méconnus, mutilés, parodiés ou proscrits par le goût barbare des liturgistes modernes, mais où la vraie science n'hésite plus à reconnaître une finesse d'expression ineffable , un ie ne sais quoi d'admirable et d'inimitable, de pathétique et d'irrésistible, de limpide et de ])rofona, une vertu suave et pénétrante, et f pour tout dire, une beauté toujours naturelle, toujours fraîche, toujours pure, qui ^ne s'affadit jamais et jamais ne vieillit (1052).—. Jusqu'à leur dernier jour, fidèles à leur ancienne gloire, les églises monastiques conservèrent les plus doux trésors de cette divine mélodie qui, selon la parole d'un moine» ne se taisait qu'après avoir rempli les cœurs chrétiens de paix et de joie (1053).

— Typis San-Blasianis, hdgclxxxiv.

(1051) Ralbold mourut en 985, Guv vivait eu I0z6. Le premier subsiilua les notulœ cauda'œ, donlon se sert encore aujourd'hui, aui lettres : Guy d'Arezzo y ajouta le système des clefs et des lignes. Y. MabiU., An/i., t. IV, 1. 59, n*80.1.55.n° 100, et Append., n* vu ; Fétîs, Biographie des musiciens^ article Guy d'Arezzo : rotr Orderic Vital sur ie lalent de composition musicale déployé par plusieurs abbés normands du xi* siècle, iib. m, p. 95, iv, p.

(105i) c Un non io cbë di ammirabile ed inimi* Ubile, una finezza di espressione indicibile, un paleiico che tocca, una naturalezza Auidissima; seuipre fresco, sempre nuovo, seinpre vcrde, sempre l)eUo, mai neii apascisse, mai non inveccbia... » Baini (mattre de la chapelle pontilicale du Vatican), Memorie storiche sulla vita di Palestrina, i. II, c. 5, p. 81, apud Jouve, Essai sur le chant ecctésiaS' tique, dans les Annales archéologiques de Didroii, t. V, p. 74. Cfer Janssens, Vrais principes du chant grégorien , p. 187. — Ce savant écrivain (Baïuij ajoute avec trop de raison que les mélodies que la liturgie moderne a subsUtuees ^ ces anciens cliefs»a'œuvre sont siupides, lourdes, insiguilianies, discoidanifs, froides et fastidieuses, < stupide, insigni-jicanti, (astidiose, absone, rugou, > Ibid.

(1055) c Dulcis cantilena uivtni cultus, quae eord^ fidetium mitigat ac Isliiicat, conticuit. > <0i der« Vit., t. XIII, p. 908.)

DlCTIONN. P'ESTHÉTIQVE.

DKTIONNAII^E D'ESTHETIQUE.

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