APPEUBIGE. — DU B£AU DANS L ORDRE PHYSIQUE ET MORAL
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frez à nos hommages 1 Vous nous demandez effrontément pour lui nos larmes et notre intérêt: S'il triomphe, il faut oue, par tous, nous deyenions complices ; s il succombe, à nous la honte de gémir sur sa défaite I car tel est TOtre mot d'ordre» voilà ce que vous Toulez de nous 1 Après cela, le beau dans les arts et dans la morale pourra-t-il être autre chose qu'une manière de problème insoluble livré à la discussion des oisifs? ou plutôt, ne faudra-t-il pas trancher la question au proflt do ce qu'il y a de plus pervers et de plus difforme dans nos deux natures, descendues à leur état le plus abject? »
Ce serait peut-être le cas de remarquer ici que les fausses notions de beau idéal et de spiritualisme qui, de la philosophie du NorcI, ont fait irruption dans la nôtre, ont porté un coup funeste aux lettres françaises et à nos arts d'imitation. Nourris d'illusions, lartiste et le poète ont tout foulé aux pieds,, se sent cru tout permis. De rabsurae^ ils devaient nous conduire à l'immoral; du caprice, à ce qu'il y a de plus désordonné. Ainsi que toutes les vérités se tiennent par ta main, les erreurs s'enchatnent et se suivent. Les mauvais littérateurs vous donneront de méchants peintres et des architectes sans goût; c'était une nécessité que Le Boucher fût le contemporain de Crébillon fils. Le beau ne sera pas banni d'une section des arts, sans être exclu de l'autre ; telle est l'éternelle loi de la nature, aussi avonsnous vu les destins s'accomplir.
£t cependant Ton continue à se passionner pour le beau. On le cherche, on le demande à tout prix, on voudrait en vivre. M'imputons qu'à de fausses définitions l'erreur de ceux qui, en croyant marcher vers son temple, se perdent dans des régions nébuleuses, ou sacrifient aux idoles qu'ils rencontrent sur leur route. 11 serait extraordinaire, en effet, qu'un besoin eût été placé an fond de notre cœur; qu'une pensée fût pleine de vie dans notre cerveau, sans qu'à nos côtés rien pût y correspondre. Nous voulons le beau ; dès qu'il vient à paraître, nous nous y attachons de toute la puissance de notre Ame : donc son existence ne saurait être révoquée en doute. Puisqu'il s'agit incontestablement d'un être réel, sachons enfin en quoi il consiste, quelles sont ses qualités, comment il se manifeste, par quels secrets ressorts il agit sur nous. Ces derniers sont moins mystérieux qu'on ne le suppose ; essayons d en fournir la preuve : nous n'aurons pas fait la part à la vérité, sans avoir ôté la sienne au mensonge.
Nous ignorons s'il est permis ou simplement possible, à l'exemple des platoniciens, de considérer le beau oans un sens abstrait. Quant à nous, il ne nous sera jamais loisible de l'étudier ailleurs que dans ses rapports avec nos impressions affectives, nos besoins latents et nos jouissances présentes ou ajournées. Tout ce qui est en delà, tout ce qui
1*054) Animal tegrotant^ suivant Boerba:»ve.
est en deçà, n'est que conjecture indigne d'un examen philosophique. D'autres êtres avec d'autres organes que les nôtres auraient peut-être des aperçus différents de ceux qui sont notre parta{;e; mais notre économie actuelle a des points de contact, des appétits, des manières de sentir qui lui sont propres, et des entraves, si on le veut ; car il faut en tenir compte, quand on traite de ce qui touche à l'homme d aussi près.
L'intention qui a créé le vaste univers étant essentiellement bonne et intelligente, on peut établir un principe peu susceptible de contestation, en affirmant que le beau, en ce qui concerne cette création, résultera d'abord à nos yeux de l'harmonie de son ensemble, et qu'abaissant ensuite nos regards, nous le trouverons, pour chaque objet, dans la conformité des parties avec le toutf et du tout avec sa destination. Cette règle peut s'appliquer à tout ce qui végète, à tout ce qui respire, même à la matière brute et insensible. Nous ajouterons que, lorsque nous aurons reconnu quelque part des caractères de beauté, c'est que nous y aurons été déterminés dans le sentiment instinctif de nos besoins, sans oublier que ceux-ci tiennent autant à notre nature intellectuelle qu'à notre nature organique.
Tout étant évidemment coordonné ici*bas, c'est de la convenance réciproque des êtres que naîtra pour nous le sentiment de leur I>erfection, qui ne sera jamais une perfection absolue réservée à Dieu seul, mais une Serfection relative; vérité que le célèbre urk, qui, avant nous, écrivait sur le beau et le sublime, a totalement méconnue, quand il s'est cru fondé à remarquer que le propre des attraits des plus belles femmes est de réveiller, chez le spectateur, des idées de faiblesse f de maladie et même d'tmperfection.
Bien que Tun des interprètes les mieux inspirés dé la science médicale se soit cru autorisé à regarder la femme comme un être maladif par nature (iOik) , il ne sera jamais réservé à une saine philosophie do prendre une pareille licence. Cène sera pas elle qui , calomniant une des créatures les plus richement dotées qui soient sorties des mains de l'Eternel, taxera d'imperfection tout ce qui est harmonie, charme et aecord. £st-^e que cette faiblesse, remarquée improprement par l'écrivain anglais, n'est pas destinée à trouver bientôt son point d'appui ? est-ce que cette délicatesse et cette rondeur de formes, en captivant les regards d'un autre être, en éveillant même chez lui le sentiment de sa puissance, ne feront pas un appel à sa protection? L'opiniAtreté dans le travail, la force musculaire qui en assure le succès, la fermeté de la voix, le prononcé * des traits ont été placés ailleurs, et là ils sont une beauté, parce qu'il leur appartenait de signaler la présence d'un cnef de famille; la gr Ace dans les mouvements, la morbidesse des contours, la paix de TAmo
DICTIONNAIRE D*E5THETIQUE.
liôi
réfléchie sur un visage admirablement nuancé, la douceur d'un organe dont les sons vont à l'Ame, ont cherché un autre asile , et là aussi elles sont une beauté , car elles convenaient parfaitement à une créature qui, livrée aux soins sédentaires d'un menace devait, chaque jour, rappeler un hôte chéri sous le toit domestique.
Par suite de cette distribution , il appert, des deux côtés, d'où procédera Tamourpropre. L'homme sera fier de cette vigueur qui dompte les métaux et qui déchire le sol nourricier, la femme de ses attraits et de ceux de ses enfants ; l'un, dans son attitude ferme, semblera dire : « Comptez sur moi ; i» rautr«^, dans ses manières non moins caressantes que timides : c Ami, en échange de ta protection, je te ferai chérir la vie. » Chacun d'eux, de la sorte, accomplit la tAefaequilui a«^té assignée par les décrets providentiels; chacun d'eux a donc la beauté qui lui est propre et qui lui était nécessaire, en vertu de cette loi arimirable de consonnances , dont le pouvoir régit toute la nature.
Mous n'aurons garde d'oublier que ces deux êtres , indépendamment des rapports pbjsiaues qui les attirent l'un vers I autre, dans 1 intérêt de la conservation des individus et de la perpétuité de l'espèce , obéissent encore à un sentiment non moins impérieux, non moins dominateur. Quoique celui-ci doive naissance à une disposition déformes plus ou moins heureuses nous j discernerons le germe du beau moral , par lequel il est accordé au genre humain de s*élever à toute la hauteur de ses destinées. Ainsi, chez les personnes d'un goût délicat, comment vojjons-nous se décider ces svmpathies qui invitent deux existences a se confondre dans une seule, si ce n'est par le charme de la physionomie et l'expression des sentiments qui viennent s'y peindre ? Toute l'Ame, en effet, est là; chacun comprend la langue qui y est parlée. En vain cette ligne moelleuse qui, du front, descend à l'orteil de l'Apollon du Belvédère , serait le partage de l'adolescent près d'atteindre à la virilité ; en vain les grâces répandues sur le corps d'une Vénus par le ciseau de Canova ou le pinceau de Corrége , embelliraient une vierge à son printemps : si l'un , par l'expression de ses traits m Aie mais rassurante, digne mais généreuse, et l'autre dans la douceur modeste de son regard, ne donnent de Téiévation à ma pensée et un aiguillon à mes désirs , le cœur se taira. L'adolescent marchera vers une beauté, peut-être moins régulière, oui lui promettra des jours plus sereins, et la jeune fille se laissera approcher plus volontiers par un compagnon de route, chez lequel une empreinte de bonté , qui est loin d'exclure la force du caractère, ne lui fera pas craindre une protection mise à trop haut prix. Toutes les passions qu'il est permis d'avouer avec quelque pudeur ont eu cette origine ; les autres, issues d'une source moins pure, re- «^oivent le mot d'ordre des sens, promettent
tout aux sens ^ et languissent et s*éleigneat lorsque les sens battent en retraite. Ne leur demandez ni les soins soutenus » ni les grands dévouements, leur domaine ne va pas jusque-là. Certes, ce n'est pas l'homme sur lequel une taille déliée et un galbe d'une forme voluptueuse auront seuls produit une assez vive impression pour le jeter dans les liens du manage , qui assurera le mieux l'avenir d'une épouse aux jours de la décadence de ces appas dont il fut idolAtre ; mais si, indépendamment des attraits périssables qui ont opéré une telle séduction, si même, avec moins d'avantages physiques, une autre femine, riche de qualités dont le signe heureux brille sur un visage expressif, a déterminé un attachement, croyez qu'il sera bien plus solide; ne redoutez pas pour elle une vieillesse délaissée 1 les traits auront pu se flétrir, les formes seront déprimées, mais les coBurs n'auront pas cessé de s'entendre.
Nous sommes entrés dans la route du beau moral : elle va devenir plus large et plus spacieuse , à mesure que nous y porterons nos pas.
Règle générale : ainsi que chaque partie du corps humain , dans les deux sexes , se rapproche de la beauté en ce qu'elle 'indique une aptitude à une perfection phvsique relative à l'espèce ou personnelle àrindividu, chaque trait de la physionomie aura également le don de plaire par la promesse que nous y démêlerons d'une qualité essentielle ou d'une beauté de caractère. Alors Tentraîrement sera justifié, et, sans contredit» de toutes les séductions, ce sera la plus durable et la plus faite pour flatter l'amourpropre d'une créature intelligente. Selon la mesure de la sphère où cette qualité agira» elle deviendra grande et digne d'intérêt. Si la concentration la rend un instrument de bonheur pour un seul être , nous en félici* terons celui-ci, sans y voir autre chose que le beau saisissable à l'un des premiers degrés de l'échelle, à moins qu'elle ne soit de nature à étendre plus loin ses beur<!ux effets. Par exemple, parlons-nous de sobriété ? elle gagnera de l'importance à nos yeux comme gage de bonne conduite dans le père de &mille et d'incorruptibilité dans le magistrat. Est-ce de pudeur et de chasteté qu'il s'agit? l'une, chez la jeune fille , sera le gage de la candeur d'une Ame qui, pour s'attacber»
attend un amour honnête ; l'autre* chez la femme mariée , attestera que répoux peol marcher en toute sécurité vers ses travaux » et que , pendant son absence , ses pénates ne seront pas humiliées.
Elargissez le cercle, les vertus croissent aussitôt en résultats , par conséquent en beauté ; Fabricius et Régulus ne se borneront pas à se nourrir frugalement : l'un repoussera l'or des ennemis de Rome pour les combattre ; l'autre, dédaignant sà propre vie, ira chercher des supplices, pour lui préférables au traité par lequel s'atténuerail la force deTElatdont il est le premier citoyen ; la fille des Scipion,Cornélie, ne se contentera