‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ouChapitre 157 sur 168 · BEAUX -ARTS · texte numérisé non relu

BEAUX -ARTS

PAR M. DE KÉRÂTRT.

On s'exprimerait d'une manière imparfaite si l'on disait que les beaux-arts, dont nous allons parler dans cet article , sont le complément de la civilisation; car ils appartiennent à l'essence de l'homme, puisqu'ils sont la conséquence directe du développement de ses facultés instinctives et acquises. Partout où notre espèce a été vraiment constituée en corps de société, les beaux-arts ont paru; et, parla même raison que Tintelligence de quelques castors réunis va jusqu'à dresser un édifice, dont les fondations sont

creusées sous les eaux et dont le faite les domine, la créature humaine était appelée à suspendre dans les airs cette basilique religieuse^e Saint-Pierre de Rome , entre les murs de laquelle Michel-Ange enferma glorieusement dix-huit années de son génie.

Invité à nous occuper des arts libéraux, et è Jeur consacrer quelques articles dans cette Encyclopédie, nous nous bornerons, pour le moment , à saisir leur aspect purement philosophique. Quand nous les soumettrons ensuite^ d'une m((nière plus spéciale, à notre

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APPENDICE. — BEAUX-ARTS

exameB » nous laisserons «encore à d'autres pIvKDes le soin de déiurniiner les procédés et le mécanisme par lesquels ils atteignent àl leur perfection. Hais nous ayons de la peine à croire qu'une pure théorie , d'une niterprétation toujours douteuse, doive surebarger ce dictionnaire. Les beaux^arts»

dans leur essor, ne pouvant être que le produit d'une grande pensée chez les peuples arrivés à cette époque de force civile et de besoins moraux où le sentiment cher* che une issue, il nous semble que, pour l'inlérèl de la science, il suffira de réveiller ici, I>ar de rapides analyses, les souvenirs du génie. Soyons persuadés que les moyens d'exécution ne manqueront pas à l'esprit de l'homme mis sur la voie. Si la tradition les lui refusait, pour sortir de son tourment, il les inventerait de nouveau. Ce n'est pas parce qu'au xv' siècle, Jean de Bruges a trouvé le secret du mélange des couleurs à l'huile, que la peinture a fait de si rapides progrès en Italie , mais c'est parce que l'heure avait sonné où de beaux talents allaient lui ouvrir la riche carrière qu'elle a parcourue. La découverte de l'artiste flamand lui eût failli, que, mettant en œuvre d'autres ressources, elle eût encore accompli ses destinées. Lorsque les premiers statuaires , aidés d'un fer aigu, ébauchaient , sur le tronc d'un arbre les linéaments destinés à offrir au respect des nations les traits d'un dieu ou a*un guerrier protecteur de leur pays, imaginaient-ils qu'un jour le marbre s'assouplirait sous le ciseau tenu par une main plus habile , ou que le bronze liauéûé coulerait dans les formes dont on le chargerait de reproduire l'empreinte ? ^

Philotofhit des arts. — Aucune de nos idées, si nous ne les attachons à des signes, ne sera nette et distincte ; encore moins, sans lo secours des signes, pourrions-nous la faire revivre dans notre mémoire. Les deux notions de Dieu et de la patrie sont les plus forts liens dont on ait jamais entouré le faisceau social ; c'est vraiment par elles qu'il s'éternise. Je dirai, quant à la première, que l'adoration veut è tout prix s'attacher quelque part : d'un objet apparent et saisissable, elle peut alors s'élever è ce qui est un document de l'instinct et une imposante probabilité du raisonnement. Francnissant l'es- )>ace intellectuel, pourvu que vous lui donniez des supports, elle arrivera ainsi à cette^ vérité de l'existence de Dieu , qui serait la plus belle des conceptions de l'esprit humain, s'il était au pouvoir de celui-ci de créer quelque chose. Certains philosophes n'ont pas assez consulté cette exigence* de notre nature; ils n'ont pas vu que le plus sûr moyen d'attacher la superstition à nn peuple, comme à une proie, serait d'y dégager tout à coup le culte de ses^ formes palpables. Dès qu une contrée serait menacée d'athéisme, les plus folles croyances seraient à la porte. Quand le sentiment relifieux est resté un temps sans pAture, il est ientût affamé, et il n'est pas d'aliment dont il ne s'accommode ; faute d'avoir trouvé à

étancher sa soif suivant ses besoins, il s'eni* vrera de toute liqueur : hébété ou furieux, s'il ne rampe devant l'autel , il y aiguisera des poignards. Après qu'Israfil eut entendu, de la bouche de son législateur, la leçon du plus pure théisme qni ait été annoncé aux hommes, il alla se prosterner devant un veau: car Moïse avait oublié la mer d'airain, les chérubins prêts à couvrir dé leurs ailes l'arche d'alliance, la table de propitiation, le chandelier aux sept branches, le sanctuaire abrité de toisons de brebis, et surtout le voile destiné à séparer le peuple du Saint des saints. Aussi, à défaut de statues, que les souvenirs trop récents de l'Egypte lui défendaient de montrer à ses frères, dans une seconde allocution , il n'eut garde de méconnaître le pouvoir de ces emblèmes, sur lesquels l'imagination des fils de Jacob avait au moins quelque prise. Voilà comment, dans la sévérité du culte le plus dégagé de formes , les arts devinrent les auxiliaires de l'adoration publique. Plus tard, il^ obtinrent un magnifique droit d'asile dans le temple voté par David et exécuté par son fils; de la tente vovageuse, ils passèrent sous des voûtes de cèdre et de marbre qui furent encore leur ouvrage.

La patrie elle-même, cette seconde source des nobles pensées et des puissantes émotions, n'est sensible ou visible que par les arts. Monuments, tombeaux, statues des grands hommes ; portiques où les flots de générations forment un flux et un reflux qui se disputent l'espace ; théâtre où tout un peuple se précipite devant le charme de la volupté, quand il ne court pas mêler en commun des pleurs qui ont aussi leur volupté^ promenades ombragées où l'enfance essaye ses premiers pas; édifices publics où, joyeux de sa rencontre , l'ami serre la main de Fami, si vous vous éloignez de nos yeux, dès aussitôt la patrie est absente I C'est ce

S lui a fortement autorisé des penseurs proonds à dire, avec les Romains du vieil âgé, que le sol est la patrie; et, en cela, ils se trompent d'autant moins que, transportés sur une terre lointaine , fût-ce avec les tendres objets de nos affections , nous y chercherions encore les traces du pays natal ; nous voudrions nous y ménager de douces erreurs, en ressuscitant au moins les noms touchants de Pergame , des portes Scées , et en relevant à quelques pas de là Tautel des dieux domestique.^:.

Les arts tiennent une place immense dans ia langue des signes. Xe sauvage ignore presque tous les arts : aussi sa langue est pauvre, et son génie indisent ne lougit pas de s'humilier (levant le notre.

Cultiver les arts , c'est imiter. La nature nous entoure de modèles ; l'essentiel est de choisir. L'imitation la plus propre à affecter l'Ame dans ses consonnances les plus vraies et les plus délicates sera donc le trioàipbe ^ de l'art, soit qu' on y parvienne au théâtre par la déclamation et la pantomime , soit €[ue les actes les plus importants de la vie soient transportés sur la toile, soit qu'un édifice

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