‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ouChapitre 158 sur 168 · IÎ7I · texte numérisé non relu

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DICTIONNAIRE D*£STllfiTlQI}i;.

majestueux retrace devant nous les plus beaux accidents d'un^ antique végéta^iouy où que la pierre, dans sop silence éloquent vienne raconter^ des dtres qui passent eui^mêmes, les événements des siècles écoulés.

Imiter» ^W parler aux veui^, aux oreillçis et même aux passions, l'idiome qui leur est propre. Upe statue ne laissait pas d*avoir un langage ppur l^s mains de Buonarolti, quand, dans sd vieillesse réchauffée^ mais non éclairée par le soleil italique^p il se faisait conduire auprès, du fameux torse, au'^ quel il a donné son nom, pour en palper encore les formes.

De tous les genres d'imitations, la parole est la plus rapide; aussi est*ce celui qui produit le plus d'efifet.

Bornés par le plan que nous nous somr B9es tracé» nous ne qous étendrons pas ici sur ce puissant moyen de représenter les objets et de rendre saisissable tout Thomme, alors quMl s'élauce, à biea dire, de la circonvallation djp son enveloppe mortelle ,

Eour passer dans le sein d'autrui ; admiraT le transfusion, par laquelle, avec lu vél<H cité du lipide électrique et jusciue du fond de la tombe, il anime son sembl^ible de sar colère, le réiouit de sa joie, ou l'attriste de sa douleur 1 L» discours parlé, dans ses jets Impétueux^ ne laisse pas à l'Iime le temps ^e se refroidir; il Tillumine de pepsées, il l'inonde ae sentiments ; celui qui Técoute n'est pas moins ému que celui oui le prononce. Démosthènes et le peuple athénien n'ont plus qu'un seul désir, car ils se sont entenous. lis ont vu, du môme coup d'odil, . s'avancer ver$ Olynthe le conquérant rusé de la Grèce ; le môme tableau a frappé leurs regards, l^invasion de rAttique;au môme instant ils ont démandé des armes, et, si les dieux ennemis n'avaient p^is cgndfirnné la ville de Cécrops, en li^i refusant beaucoup moins qu'une journée dv^ Ùarathop, le talent d'un seul homme eût pu la préserver de sa ruine !

Avoir éternisé la parole, de toutes les irai-; tationa la plus expressive, voilà le chefd'œuvre de l'esprit humain I C'est par l'écriture qu'un tel prodige s'est opéré; c'est à l'écriture, moyen, abrégé de conserver dans un espace étroit une multitude de tableaui; visibles à la pensée, qu Homère, Sophocle, Euripide, Platon, Virgile, aussi grands peintres et nulle fois plus fécQnds q^e, Raphaël d'Urbin, doivent d'être parvenus jusqu'à nous. Vingt-deux lettres, dont les signes mobiles tiendraient dans la main d'un enfant, suffiront pour conduire en triomphe riliade et l'Enéide jusqu'au dernier des jours de ce globe; et, si la cloche du trépas universel pouvait restçr muette, l'Iliade et l'Enéide continueraient de planer sur les débris des Ages et des générations; car la presse, en multipliant ces chefs-dc&uvre d'une manière indéfinie, en assure à jamais la perpétuité. Les toiles magiques du Corrége et de Vécelli, (es bas-reliefs arrachés au Parthénon par lord Edgin seront en [.oudre; l'airain du quadrige de Corinthe

{lura cédé à la dent eorrosive des sièdest que les chantres d'ilium et du Latium paraiti*ont encore pleins de vie sur la feoillo légère oC^ se sera renouvelé le dépôt de leurs sublimes conceptions! Serait-ce que ia pensée, se ressentant de son origine, assurerait 3a propre existence en raison imrerse des moyens matériels qu'elle emploierait poar en consacrer le souvenir?

Les beaux-arts ne sont donc que des imitations ou plutôt des copies, puisque leurs fins brillants eQdrts se borneront toujours la révélation de l'hoqame intérieur. De là robliçattoB de chqisir celui-ci pour objet priaeipal de leurs études. Soumis à l'influence de la philosophie, qui n'est autr» chose que la raisoà appliquée i^u bonheur

[mblic et individuel, ils s'Mrandissent avec e cercle qu'on leur doom a parcourir; ramenés par elle è leur destination primitiTe, Quand ils en ont été détournés, ils peovenc encore fortifier la situation sociale d'un peuple, en lui inspiri^nt le goût d'utt bienôtre mieux entendu. Ceci exige quelques développements.

Les premières réunions des hommes, en ce qu'elles se (enaienl près de la nature^ étaient dirigées par te sentiment inné de ce qu'il y a de plua juste et de plus convenable; c'était pour elles une t^ndition de vie. Ainsi, favorisés de quelques influences lo^ cales, les arts ont pu jeter un grand édat dans les sociétés naissantes de la Grèce. L'événenent Ta fH^ouvé : Homère date de leur berceau. A peine un siècle et demi s'était écoulé depuis Solon, que l'architecture, la poésie et la sculpture ravissaient déjà les Athéniens par des productions classiques : toutes les muses paraient à lafois de leurs dons un peuple qui semblait être arrivé, tout à coup et dans un môme moment, aux jours de sa jeunesse et de sa maturité; tout autour de lui brillaU de fraîcheur et de force, car une civilisation faussée n'avait pas encore eu le tempe, chez lui ^ de faire ^vec succès la guerre à la nature.

Dans les sociétés usées ou vieillies sons Tempire des préjugés, à défaut de ce succès natif qui leur est interdit, les arts ont deux manières de parvenir à un certain lustre : d'abord, en s'attachent aux modèles que leur ont légués les anciens âges (et c'est dfià quelque chose que de savoir les estimer), ils marcheront sur des traces justifiées par des succès, et ils brilleront d'une lumière em-

f)runtée, comme il arriva chez nous pendant e siècle de Louis XiV. Dans ces époques apparaissent des copies de copies plus ou înoins parfaites; si l'originalité se montre qoelque part, ce n'est que par substitution. Leci est tellemeui vrai, qu'il nous serait facile de pousser jusqu'à Tévidenee la coonexité de tou( ce qui s'est fait de grand sous le règne de ce prince, avec ce qui a mérité l'hommage de l'univers dans les créations grecques et romaines : poésie, |)einture, statuaire, architecture, monuments, tout fut imité d'Athènes et de Rome. La vie publique des plus éminents personnages

APPENDICE. -- BEAUX-ARTS

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fut plus d'une fois frappée à ce coin. On n*eat pas à s*en plaindre; maïs c'esi surtout dans les arts que i on eut recours à cette belle antiquité : iualheureuseroent^dans plus d'une partie, on n en obtint que la p&ie contre-épreuve, et, en se déclarant légataire universel, on ne fit pas toujours honneur è }a succession.

Il reste aux arts un autre moyen de ren-^ trer dans les voies de la nature, par tonsé* queni du beau, chez les peuples dont le sentiment a été entraîné par les moaurs à de tristes aberrations; ils le trouveront dans leur alliance avec la pbilosophie, et tel est le caractère de Tépoque actuelle. C'est par la philosophie que l'on sera ramené vers le

que celui d'Ariane, rappel] les deux à la vérité. Les hommes de l'état le plus obscur, chez lesquels la morale aura été ébranlée, parce que l'institution qui en avait reçu le dépôt a vu se transformer ses usurpations en eauses de défaites, auront, dans ces jours récents,, à se féliciter de la rectitude rendue à leurs aperçus. Ce bienfait, i)s le devront à la philosophie. Grâce à cejle-ci, n'y a-t.-il pas déjà quelque chose de inoips exclusif qu'autrefois dans l'amour dont la terre natale est le doux ohjet? Cet amour n'e&t plus de la haine contre l'étranger, ce n'est pas non plus du cosmopolisme; C'est mieuzs c'est de l'équité. Toute guerre injuste dès lors sera sans lauriers, toute conquête sans triomphe; et les gouvernements, pour le fait môme de leurs victoires, seront i^npminieusement traînés au tribunal de 1 opinion de leur prppre pays. M'at-on laisse le droit de le dire? l'Angleterre, dans son ésoïsme aussi vaste que ses possessions, s est mise, depuis longtemps, en dehors du genre humain. Mais si ses mi^ nistres braver.t la loi universelle, ses citoyens lui restent soumis; Castlereagh se punit pour l'avoir enfreintes et Wilson, pour y obéir, se jette généreusement dans les hasards d'une guérie étrangère. Tandis que les cabinets aveuglés sur leurs propres intérêts conspirent contre les peuples, de sim-r pies particuliers entrent dans une ligue bieq plus sainte, jusque-là que des lords et des ministres oligarques souscrivent pour la liberté de la Grèce, tant sont imprescriptibles et sacrés les droits de la justice !

Ces retours vers la morale sont dus aux lumières, ces lumières à la philosophie. D'autres siècles eussent vu d'autres épées

Quitter et garder le fourreau. On pourrait lire en Europe telle guerre à laquelle ni succès ni revers ne parviendraient à com-: muniquer un caractère national.

La philosophie exercera donc son influence sur les arts, comme sur toute autre chose^ car il faudra bien qu'ils entrent dans sa sphère d'attraction.

Elle veut aujourd'hui que tout établissement public ait ua but reconnu (futilité générale ;

Qu'un temple^ accessible à l'œil dans tou-

tes ses divisions , rende à la lois tous les spectateurs participants de l'hommage dont on s'acquitte envers l'Eternel; Qu'une îèie populaire soit donnée au peu-

f>le et pour le peuple qui la paye, et non, par e jpeuple, aux grands qui ne la payent pas; Qu'un arc triomphal rappelle de grandes actions, dans lesauelles le droit commun, patrimoine sacré de notre espèce, n'aura pas été violé;

Qu'un mausolée public ne soit dressé qu'à > un bienfaiteur de Ilmmaaité, ou au moins de la contrée qui le vit naîtra. Mirabeau fut porté au Panthéon par décret de l'assemblée nationale, à laquelle sa défection était connue : on Qt bien d'oublier un tort qui fut sans suites, pour honorer le talent par lequel la liberté fut inaugurée. Les grandes rcnom-> mées sont la richesse d'un peuple, et il faut y regarder à deux fois avant de renverser une statue de son piédestal.

Le marbre, l'airain, la toile, l'urne ciné^ raire, le relief numismatique, ne souffrent plus le mensonge. Vainement telle tombe,^ qui n'aura pas un demi-siècle de durée, me dit, au père JLocAat^e, qu'elle couvre un haut et puissant seigneur, je sourie de pitié, et

ie passe outre, car je ne reconnais, après Heu, de haute puissance que celle de la patrie sur ses enfants. Espérons que bientôt l'artiste, recommandant la seule vertu au sou- ' venir des citoyens, ne leur parlera que la langue de leurs devoirs^iCt quelquefois celle de leurs droits.

Que si les arts n'étaient pas assez bien inspirés pour suivre cette direction, au lieu d'affermir un peuple dans le sentiment de sa dignité, ils ramolliraient, et le présenteraient comme une proie facile aux barbares. Supposez^ en effet, que la palette et le ciseau soient indifféremment employés à ranimer les traits du eoortisan et ceux de l'homme utile ; supposez qu'oubliant Callot et sa noble réponse, le talent célèbre nos propres défaites ou celles de nos institutions; supposez que l'on grave à Paris les hauts ' faits d'un général étranger, ou, ce qui serait pire, que 1 on y décerne les honneurs de l'apothéose aux héros obscurs d'une guerre intestine, vous pourrez avoir un musée « mais, à coup sûr, vous serez sans patrie. Ce musée lui-même sera la propriété du premier soldat qui fera entendre à la porte le cri de sa victoire. Sans coup férir, on vous pillera, peut-être parce que vous aurez craint de voir briser un marore ou brûler un tableau. A tort vous accumuleriez chez vous antant de chefs-d'œuvre qu'en a dévorés, depuis quarante ans, la Grande-Bretagne, s'ils vous empêchaient de préserver vos foyers d'une invasion, et de vous indigner en voyant peser l'or de votre rachat. Songez que les nations qui cultivent les arts, sans que les arts y nourrissent les sentiments patriotiques, appartiennent, de plein droit, aux hordes que vous nommez barbares l Celles-ci vous arracheront des mains la coupe de volupté avec tous vos cadres, vos vases, vos (apis et vos candélabres, jusqu'à ce

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qu*eDivrées à leur tour elles se la laissent ravir par d*autres triomphateurs, Athènes, Syracuse et Corinthe la cédèrent à Rome ; de celle-ci, elle passa aux Vandales, car le Capitole n'arait plus de Manlius. Craignons qu on ne nous I enlève également , si nous n'y puisons la liqueur des Ames généreuses, car les rives du Don sont tristes, et le soleil de la France est beau 1

Effectivement, ce n'est pas tant de Texcellence des ouvrages des maîtres qu'une

Salerie reçoit sa valeur que de la nature es sujets traités. Un musée, chez tout peuple qui se respecte, devrait être un dépôt d'archives nationales, où l'enfant apprendrait à lirC; comme sur le bouclier d £née, les hautes destinées de son pays. Ne doutons pas qu'alors son jeune cœur ne brûlât du désir d'entrer pour quelque chose dans leur accomplissement. La civilisation a trop étendu ses progrès , elle a trop rétréci les intérêts et amoindri la vigueur musculaire, pour que la sagesse législative ne lui oppose

Ks un contre-poids dans les institutions puiques. Le vide de la force nerveuse, que nous n'avons plus, demande à être comblé par une force morale et intellectuelle; Téchange au moins serait digne de nous. Le dogme du pouvoir absolu n'a rien de pareil à offrir aux nations : loin de relever notre nature déchue, il nous parque seulement pour des mattres; l'immoralité marche à sa suite; il avilit les arts par ses commandes, pour que !es arts avilissent les peuples; il permet dans leurs productions le futile et le libertinage qui énervent , mais il défend l'élan généreux et les inspirations civiques par lesquels la dignité se maintient. Avec cela» on n*aura dans un pavs ni le Pœcilc, ni le portique des Perses : a des satrapes il ne faut que des esclaves. Qu'importe ce qu'il advienne du dehorS; pourvu que le service du dedans se fasse 1 Cependant, dans l'état moderne de la vieille Europe , tout souverain qui, par des créations fortes, n'obviera pas à la mollesse des mœurs, se livrera à ses ennemis lui et sa nation désarmée; en deux mots, il acceptera d'être le roi d'une servitude à charge de tribut.

Un principe de régime constitutionnel présente heureusement à quelques états du nord et même du midi une meilleure perspective. De toutes parts, les arts ressaisissent leur plus bel attribut. Si l'homme les a produits par une sorte de nécessité matérielle, ils communiquent à leur tour è la vie animée son véritable caractère; pour parler avec exactitude, ce sont eux qui, en la rendant plus intelligente, en font sentir toute la gravité ; qui, en tranchant nettement entre les espèces , lui donnent chez nous son dernier trait; et qui, la poussant dans l'avenir et la reculant dans les âges, la mettent presque en possession de celte omni-présence que le Créateur semblait s'être réservée par privilège. Les générations s'écoulent, et l'homme, toujours debout au milieu dBS arts et de leurs richesses accumulées, soit qu'il s'arrête devant la colonne grani*

taire , soit qu'il redeipande à sa méoioire l'historique d'un tableau, est tenté de se dire dans ses hautes méditations : « Je sais donc quelque chose dans le temps et dans Tes^ pace, puisque le temps et l'espace me parlent de ce qui m'a précédé I »

La vie a deux parts, l'une matérielle et l'autre morale: les arts se réclament de toutes les deux. Créés par les besoins des sens» ils sont destinés, par leur perfectionnement, à satisfaire ceux de l'Ame. Ainsi devonsnous les considérer dans l'intérêt de l'existence organique comme dans celui de la vie morale. C'est ce que nous allons laire avec quelque maturité de réflexion, et pourtant, autant qu'il dépendra de nous, avec la rapidité de vues commandée par les bornes mê* mes de l'espace dans lequel notre travail a été circonscrit.

Des arts envisagés dans leurs rapports pk^ siques."- Il est assez difficile d'envisager les beaux-arts sous le simple aspect de leur mécanisme ou de leurs propriétés usuelles. On ne pourrait v parvenir que d'une manière abstraite, c'est-a-dire indépendante de leurs effets principaux, et par conséquent dépourvue de véritable intérêt. Les procédés rigoureux de la métaphysique , appliqués à l'étude de la matière, seraient plus arides que la matière elle-même. A peine pouvons-nous supporter un travail de cette nature , quand il s exerce sur nos idées. Quoi que nous fassions, le sentiment se venge ; il rentre dans ses droits; il pénètre dans ces méditations dont on chercnait à l'exclure ; il en devient l'âme, et la raison elle-même s'en félicite; car, lorsqu'il s'agit de notre savante combinaison humaine, force est qu'il y com paraisse en maître. Nous avons soutenu, dans tous nos écrits, que le jugement et la pensée lui sont subordonnés, qu'il coopère même à Tun, après s'être approprié l'autre. Nous croyons devoir insister encore ici sur une vérité, sans le respect de^laquelle il n*y a qu'erreur en philosophie : c'est que l'homme ne souffre point d être scindé, et qu'il serait également téméraire de disserter sur sa texture organique, en la séparant du sentiment insaisissable auquel elle donne un sanctuaire jusqu'ici inaperçu, ou de soumettre à Texainen ce sentiment et cette flme immatérielle, en cherchant à les suivre dans des opérations ui cesseraient par le seul fait de l'absence es organes. Une analyse chimique de l'être humain n'est pas plus admissible dans la science que le départ de ses deux natures dans la morale ; la matière de ce double travail disparaîtrait dans le travail même. U est encore douteux qu'il nous soit permis de nous considérer autrement que Dieu ne nous a voulus dans la vie présente ; au moins n'y a-t-il que cela de positif en nous. Quand le mystère tient à l'essence des choses, quand il la constitue, pourquoi ne baisserions-nous pas un œil respectueux ? Le musicien qui sépareraitle son et l'instrument, comme Platon se l'est permis plus d'une fois en parlant du corps et de l'Ame, n'énoncerait qu on sophisme; dont le lecteur sans peine évitera le

APPENDICE. -. BEAUl-ARTS.

piège. Qaani à notts» qu'il nous sulBse de savoir que le luthier qui a si bieu disposé les cordes de cette lyre et qui Ta douée de. sentiment, après qu'elle aura été brisée en conformité même de son orsanisation»

* saura bien la restituer dans son état primitif, ou dans tout autre déterminé par Pusage qui en aura été fait. Otez l'esprit, otez la matière, à votre choix : l'homme a disparu ; nous défierions Pascal de le retrouver. Ce philosophe a donné de l'éclat à sa pensée; il l'a même frappée avec force : mais du moment où il a séparé les deux natures, toutes les deux lui sont échappées, et il n'a disserté que sur unechimere. Les arts, qui sont, à bien dire, une philosophie pratique, se nourrissent de cette alliance ; on ne saurait les cultiver et s'écarter de ce principe.

£n passant du figuré au positif, nous restons dans notre sujet, puisque la musique, entre les arts libéraux, tient une place de distinction. Certes, quelque fugitifs que soient le son çt la parole modulée, notre intelligence y découvre autre chose qu'une série de notes di8[)osées pour le contentement de l'oreille. L'oreille elle-même ne saurait être satisfaite par les ondulations aériennes qui viennent la chercher, sans que ràmo soit appelée à recueillir ces vibrations, et sans <|ue celles-ci soient en rapport avec quel-

?u'une dos jouissances dont nous éprouvons impérieux besoin. Ici, la voix, l'instrument, l'art le plus agreste comme celui qui admet les plus savantes combinaisons, ne sont plus que des moyens de s'adresser au sentiment; il ne s'agit que de frapper juste. Aussi, quand ce dernier n'est que laiblement ému, ainsi qu'il arrive dans l'exécution d'une sonate, qui, pour mériter le titre de brillante, n'a pas seulement besoin d'effleurer les vraies cordes de la vie, il est permis de taxer cette musique de pur matérialisme.

Tout peuple qui, dans un beautembleantique ou moderne, se bornerait également è voir la rotonde ou la coupole qui en forment l'enceinte, les pilastres et les colonnes qui la soutiennent, les croisées ou les ogives qui l'éclairent le péristyle et le portiaue qui lannoncent, et les degrés qui y conuisent, n'en saisirait que la partie matérielle. Si, en posant le pied sur le parvis; si» en pénétrant dans la basilique et en laissant son regard se perdre sous l'immensité (les voûtes, il ne sent pas déjà la présence du Dieu qui y réside, qu'a-t-il besoin de temple? Pour lui, l'équerre et le com[)as })0u valent rester oisifs; la divinité n'a point fiarlé à son cœur charnel, et, soigné par de telles mains, l'édifice, où elle appellerait un vain hommage, tomberait bientôt en ruines. Mais il n'en est point ainsi :les hommes les moins persuadés de la vérité du dogme, les plus chancelants dans leur foi, ne sauraient, sans émotioUf approcher de ces demeures où la pensée publique place une pensée plus sainte et plus puissante; le genou fléchit involontairement et Ton adore, parce que

le sentiment aura toujours la voix plus baaie que le syllogisme. Aussi est-ce dans cet es* prit que le véritable architecte projettera son édifice, qu'il en ordonnera l'ensemble, qu'il en distriouera les parties et qu'il en assure* ra le caractère. Fiuèle à la même loi, il en consacrera l'unité, en permettant à l'œil de plonger d'une extrémité à l'autre, de s'échapper vers les constructions latérales , d'errer entre les colonnes qui les portent, et de suivre, dans l'espace qui sépare cellesci, les flots de néophytes, soit qu'entraînés sur les pas du pontife ils frappent successif vement tous les cintres de leur prière ambulante, soit que, prosternés devant la majesté des autels, ils inclinent, vers le sol, leurs fronts transformés eux-mêmes en sanctuaires où résident autant de génies adorateurs.

Cette espérance fut celle du célèbre et malheureux Soufflet, lorsqu'il entreprit la construction de Sainte-Geneviève de Paris. Peut-être eût-il atteint un aussi noble but de son art, si, calculant mieux la force de ses huit colonnes centrales, et la force de compression du superbe dême qu'on les obligeait à porter, il eût résolu ce grand problème de statique sur des données plus positives que celles dont il fut redevable à un modèle en petites proportions. Mais son expérience fut mensongère, ou plutôt elle ne devait même pas être admise; car la solidité de la matière des colonnes ne pouvant se multiplier avec leur volume, il n'en résultait aucune garantie suffisante contre leur tassement sous la masse énorme dont on les surchargeait ; d'ailleurs, par une vaine recherche de précision pour la jointe des assises, déjà afifaiblies par les cannelures, on eut la maladresse de creuser légèrement les disques superposés dans leurs faces inférieures et supérieures. Cette inadvertance contribua sans doute à faire éclater les fûts sous la coupole ; on vit celle-ci chanceler*. • L'artiste ne fut- pas témoin du dégftt; mais on l'avait prévu, on le lui avait annoncét sans qu'il se rendit aux avis. Sensible à ces contradictions, peut-être devenu accessible à des craintes qui n'étaient que trop fondées, il mourut de aouleur. Sa conception n'en était pas moins belle, et le jet en méritait des louanges que l'on regrette de ne pas voir exprimées dans son épitaphe, avec celte belle simplicité de parole dont on usa pour Christophe Wren, constructeur de l'église Saint- Paul de Londres où il est inhumé (i06<k-65).

La première obligation de l'architecture publique est d'êlre nationale et même populaire ; la seconde est de motiver tout, et jusqu'aux ornements, qui, trop souvent, pèchent par défaut de grandeur. Nous avons parié du temple; pour mieux appliquer ces deux règles, donnons un coup d'œii rapide à quelques-uns de nos principaux édifices de construction moderne.

Ainsi donc, que les citoyens, vaquant à leurs intérêts, ^larcourent le somptueux quartier de la place Vendôme, ou que, chassés

(I064r65) Si monumentum quœrn, àrcunifipicel Si vous chTchez son monument, regardez autour de vous!

fiSO

par un orage da magnifique jardin de nos rois, ils veuillent laisser au ciel le temps de se rasséréner, ils pourront désormais se procurer un abri sous les belles galeries des rues de Rivoli et de Casiiglione. Voilai enfin un genre d'architecture bien entendu. 11 faut payer le même tribut d'éloges au portique de TEcole de médecine, et à ce superbe périptère, véritable temple dressé par M. Bronj(niart au dieu du commerce, et qui rivaliserait avec ce qui reste de plus beau dans les antiquités grecques ou romaines. Nous avons enfin ce que possédait, il y a deux mille ans^ un des peuples les moins nombreux et «'un des plus grands qui aient paru sur la surface de la terre, ces propylées où les Athéniens, conversant à l'ombre, méditaient »ar teursl affaires, préparaient les traités avec les nations, écoutaient leurs ohilosophes ou préludaient à leurs fêtes. On a senti que les colonnes ne doivent plus s'ac**' cumuler les unes sur les autres, et qu elles n'acquièrent tout leur charme> dans an éditice bien ordonné, que par une heureuse alliance avec les patriarches de la forêt qui leur ont servi de modèle, ou parla fréquentation des peuples dont elles décorent les plus majestueux monuments. Les péristyles et les galeries attristent les regards, quand rètre humain n'y parait pas comme premier symbole du mouvement animé. S'il ne se montre, autant vaut errer dans les solitudes de la Syrie, où la chèvre arrache au chapiteau corinthien le sarment d'une vigne sauvage, taudis que, profanateur des ruines, le musulman farouche, cherchant la meule qui doit broyer son grain, s'attaque à la colonne sur laquelle reposait le sanctuaire des dieux. Malgré l'admiration sur parole de nos vénérables ancêtres , nous critiquerons , d'après le principe posé, cette fameuse colonnade de. Perrault , éternelle yeuve, d'habitants , entre les fûts improprement jumelés de laquelle ne se projette aucune ombre humaine, ne retentit aucune voix, ne trouve pas même un asile passager le malheureux dont les fières, peut-être riches, de leurs subsides ont fourni | à la construction du Louvre. Nous blâmerons cette galerie couverte, parce que le massif de son soubasse-* pient 1 exhausse de trente pieds au-dessus de terre ; nous la blâmerons, parce que ses colonnes ne soutiennent que des astragales et un plafond inutiles ; nous la bl&merons, parce qu'elle se donne vainement en spectacle à l'œil qui n'en saurait rien attendre, pas même un léger trait des médaillons qu'elle recèle. Que si on la défendait , en prétendant n'y voir qu'une dépendance d'apt)artements destinés à être habités par des rois; si un zèle poétique allait jusqu'à supposeriez ombres de Louis XIV, de Condé, de Corneille et de Turenne conversant ensemble le long de la balustrade, malgré l'obstacle de la grosse et pleine maçonnerie sur la<)uelle règne le fronton, notre réponse serait qu'il faudrait encore agrandir en esprit ces mêmes ombres, puisgu ici toute stature humaine hors de proportion avec les masses

des bfitiments , vue de bas, serait réduite à une taille de pygmée. On est fondé à se demander également où sont les degrés pour arrivera ces fameuses colonnes » près desquelles un jour aucun Bélisaire n'arrêtera les yeux des passants, puisque le vieux général de Justmîen ne pourrait s'y traîner avec l'enfant chargé de guider ses pas? Bornons-nous & regarder comme une magnifique inutilité , en deux mots, comme la sonate de Tarchitecture , cette galerie , dans la nariie constituante de laquelle les premières règles de l'art sont méconnues, puisque, etception faite des amphithéâtres , la colonne est destinée à porter et non à être portée» si ce n'est par son socle, ou même par une simple base qui souvent vient effleurer le soi. Encore mieux prononceronsnous une pareille sentence contre l'édifice du garde-meuble , défectueux dans toutes ses proportions.

11 est vrai que l'hôtel de la monnaie renferme un beau péristyle intérieur d'ordre composite : mais il n'est vu de personne autre que de MM. les administrateurs, et la population de Paris se renouvellera cent fois sans le voir, grdce à la lourde façade qui le dérobe aux regards. Que ce tort est léger en comparaison de l'oubli des convenances avec lesquelles ont été ordonnées toutes les salles an palais de Justice ! Quoi ! les magistrats sont rassemblés pour procéder à leurs redoutables fonctions ; ta toge romaine, symbole d'une délégation royale, les décore ; ils sont assis sur les lis de la France ; Thémis va prononcer ses oracles ; elle rougirait de voir ses augustes mystères célébrés dans l'ombre; la balance en suspens, elle s'indignerait si ceux qu'elle accuse à haute voix ne pouvaient ré[)ondre à haute voix; et, dans une ville peuplée de huit cent mille Ames, des arrêts, destinés à succéder à des débats solennels , ne pourront être entendus de deux cents citoyens! Israël rendait des jugements plus imposants à la porte de l'antique Ephrata ; c'est devant les anciens de sa nation que Booz assurait la protection d'un époux à la douce et timide Ruth; c'est devant tout un peuple qu'un enfant confondait d'imposture la vieillesse lubrique et rassurait l'innocence ; jugée à huis clos, Susanne, en tournant vers le ciel ses yeux noyés de pleurs , eût expiré sous un monceau de pierres.

Toute construction publique doit être en harmonie avec la grandeur de l'état auquel elle appartient. Si Denys d^Halicarnassé m'apprend que le premier temple dressé à la première des divinités de Rome, sous le titre de Jupiter Férétrien , n'avait que les quinze pieds de longueur qui suflliraient à peine aujourd*hui au c^inet de l'un de nos maîtres des requêtes , je me rappelle aussi qu'il existe au plus un siècle d'intervalle entre Romulus, fondateur de ce mince édifice, et Tarquin l'ancien , auquel on prétendait devoir les grands cloaques , faits « par leurs imposants débris , pOur exciter tonte notre admiration. Or, comme on ne coniiatt

APPENDICE. — fiËAUX-ÀRTS.

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éneun A«tre vestige rénaargaable de ia même époque: comme ces conduits souterrains ont

Quelque chose d'exagéré pour le service 'une ville dont le recensement » sur la Gn du règne suivant, ne s'élevait qu'à quatrevingt-quatre mille im^s, nous sommes forcés d'en reculer le travail vers d<es Ages antérieurs : nous ne saurions môme nous empêcher de croire, avec Pline le naturaiiste« quand il parle de ces superbes ésoûts , qu'une poignée d'hommes vint s'établir sur les ruines d'une grande cité antique dont Torgoeil romain a couvert religieusement le nom d'éternelles ténèbres. C'est ainsi que l'architecture des peuples , au moyen d'une saine crilique, pourrait éclairer leur histoire. . Les défK^ts des beaux-arts, bien ordonnés, nous mettraient également en position de suivre partout les mœurs à la trace. Plus loin nous pousserions nos remarques en ce

fenre, moins il nous serait facile d'assigner ceux-ci un côté purement matériel ; car, passant de l'architecture à la statuaire, nous sommes mieux fondés à nous incliner devant le sentiment qui dirige le ciseau et qui fait d'une simple pierre un champ de conception. Le peuple qui ne verrait, dans une Ggure équestre ou pédestre, que des formes corporelles plus ou moins rapprochées de la vérité, manquerait bientôt d artistes ; que lui importerait en effet d'avoir sous les yeux la représentation physique d'une machine prête à se décomposer sans laisser aucune trace dans les cœurs, et dont la nature, toujours soigneuse de conduire ses germes à leur développement, ne prend que trop déjà peut-être le soin de multiplier l'image? Avec de telles idées, ou plutôt une telle absence de sentiment, Puget n'eût pas vu la chair naître et frémir sous sa main, et , pour nous servir de sa propre expression, le marbre trembler à son approche.

Peindre ou sculpter un buste , c'est donc éterniser un sentiment. Si le buste est destiné à une galerie publique , il faut que ce sentiment soit national. S'agit-il d'une maison particulière , il suiGra, dans un ton moins relevé, de caresser des souvenirs domestiques. Heureuses les nations qui ont à la fois des socles à placer et à couvrir dans leurs musées, comme auprès de leurs lares tnodestes ! Ces bonnes fortunes sont rares. Cependant ne gémissons pas trop sur la rigueur des temps, puisqu'il existe parmi nous tels et tels hommes si éminemment nationaux, que, si la France refusait une statue à leur mémoire, l'Earope, et peut-être le genre humain^ auraient à en faire les fr.iis. , .La révolution n'a épargné, sur nos places, aucun des bronzes qui les décoraient. C'est un malheur dont nous avons gémi dans notre dernier ouvrage (1066), non pas tant à cause du préjudice porté aux arts que pour le vide laissé dans la vie d'un peuple par l'absence de ses monuments. Ainsi le lien des générations est rompu; faute de rappel, les traditions fuient et les forces morales s'étei-

gnent elles-mêmes, privées jqtu^elles sont de cette conscience, dont ia voix répète è chacun de nous qu'il n'est pas un homnie de la veille. La nation qui, parvenue à une certaine période d'existence, est sans passé, restera probablement sans avenir; c'e^t comme gage de tous les deux, et non comme vain appareil de richesses» que les monuments publics doivent être entretenus. Lorsqu'on mit en pièces l'effigie de Henri IV sur le Pont-Neuf, Sîeyes disait : « £n brisant )a statue du meilleur <|e leurs rois, les Français prouvent qu'ils ne veulent d'aucun. » C'était oublier qu'Athènes et Rome passé-* rent aussi de la monarchie à la république, et que les images de Codrus, de Romulus et de Numa, non-seulement y furent honorées, mais y eurent des autels : archontes, consuls ou rois, qu'importent les noms sous les-* quels apparaîtra le bienfait? à quelque titre que ce soit, il aura toujours droit à la reconnaissance des hommeSé C'est, eu se re5« 1>eciafnt dans ces sortes de souvenirs, que es peuples, arrivés à leur maturité, se montrent dignes d'une transition vers un ipeilleur ordre de choses.

Louis XIV s'est relevé sur son piédestal : nous n'aurons garde de nous en plaindre, car ia nation fut grande avec lui et par lui. Ainsi que nous Tavons vu, les lettres qu'il honora apprirent à la France le secret d une belle imitation. Nous n'examinerons pas sous les rapports de l'art la restauration de ce monumeuti ilont le travail a rencontré plus d'un obstacle ; pourquoi, eu effet, risquerions-nous de coutrisler un célèbre artiste qui a, dans sa tète et dans sa main^ de belles et nobles revanches ? Déjà son petit Henri, chez lequel on trouve les traits d'un prince populaire, n'a-t-i I pas pa ru charman t d exécution ? Quai 1 1 è Louis XIU, prôt aussi à remonter sur le socle, nous nous en tiendrons au peu de lignes que nous avons tracées sur le respect dû aux monuments nationaux, comme points de suture entre les Ages ; de telles statues ne s^abattent ni ne se relèvent.

Des arts dans leur aspect moral et poétique. — C'est changer de titre et non de sujet, puisqu'il nous a été impossible de concevoir les beaux-arts en dehors de la morale et du sentiment. Ce ebapitre^ à proprement parler, ne sera donc qu'une inversion « faisons en sorte que le précédent y gagne un surcroît de forces.

L'espoir et la crainte, l'amour et la haine agitent sans cesse notre sein. Toutes nos conceptions sont imprégnées de ces deux sentiments ; ils transsudent dans tous no» actes. La vie la plus pleine est celle qui se passe à ai mer ou haïr; car, si nous exceptons quelques éclairs de succès ambitieux et de volupté sensuelle oi^ le but est atteint, l'amour n'est le plus souvent que l'espoir en permanence, et la haine se réduit en définitive k de la crainte justifiée, ou qui cher^ cbe à interroger l'avenir, objet de son effrois Dans ce dernier cas, la crainte n'est pas

(1066) Examen philosophique de la doctrine de Kant $ur le beau et le lu^/tme, chez Bossange frères, libraires.

DICTIONNAIRE D*E8THETIQUE

toujours un pal : nous courons à sa rencontre au théfttre, au jeu, dans les yoyages etèla guerre; si nous nela voulons pour nous» au moîQs nous plalt-elle dans autrui. Le principal emploi des beaux-arts» de ceux surtout que nous nommons arts d'imitation, est dé nous en offrir l'image; et les terreurs

3ae nous acceptons de leur main sont alors 'autant plus douces, qu'il s'j mêle toujours une conscience de sécurité personnelle. Arrivé à un certain degré de civilisation» un peunle voudra savourer ces émotions tout entières, en repaissant ses yeux du spectacle d'une gymnastique souvent fatale aux athlètes, et même en levant le i)ouce qui ordonne aux gladiateurs de mourir sur l'arène ensanglantée. Avec un sentiment plus délicat, et peut-être aussi moins de force d'âme, il demandera à Tacteur des crimes fictifs et une mort simulée ; souvent aussi il se contentera de supposer la catastrophe, ou de la chercher dans les entr'actes, dans des livres, sur la toile et le marbre.

Cependant, il faut en convenir, un sentiment d'amour prédomine dans toute la nature, pour en assurer le renouvellement et rimmortalité. Après avoir rendu \\n hommage de respect et de gratitude à la divinité prolectrice ae notre misère, la pensée se repose avec calme sous la voûte des temples ; car si un culte commence par l'effroi, il finit par de la reconnaissance; et c'est de cette double teinte que devaient ^rticiper les vœux de l'homme, sans cesse invité à s'humilier devant la main qui frappe et qui console. Tel sera toujours le caractère cfe l'adorafrion : un recours de la faiblesse à la force, une crainte tempérée par de l'amour.

Lorsau'une contrée, avec de bonnes lois, jouira oes bienfaits d'un beau ciel, l'amour échtera davantage dans la religion et dans ses emblèmes, dans les hymnes et dans les (dtes, dans les tableaux et dans les statues. Ainsi cela sera-t-il, car la physionomie des peuples ne sauriait mentir à leur situation. Alors il y aura même des motifs de crainte que le culte, au lieu de remonter jusqu'aux

Krfections célestes, ne descende trop vers i dons d'une nature périssable. Pour un Phidias, qui fera son Jupiter grand et majestueux, vous aurez dix Praxitèles, prêts à consacrer, dans leurs Vénus, les charmes de leurs maîtresses. Effectivement, il sera toujours difficile à l'homme de distraire ce qui a plu à son cœur et à ses sens des idées qui appartiennent à un ordre de choses plus relevé. On lui assura qu'appelé par la justice distributive à une aytre vie il y conservera les goûts et les attachements de celle-ci; sa restitution organique lui est même garantie par une religion qui , en tenant ce langage, semble être entrée dans le secret de son avenir : il faut donc qu'avec la terre il fas:»e le ciel. Ne nous étonnons plus dès lors que ce sentiment souverain passe de la main du sculpteur dans la statue, pour y mettre en évidence les formes qui promettent le plaisir, et pour manifester, par l'expression, les

mouvements intimes de l'Ame qui attestent la bonté. Ce sera tout Tart.

Ainsi, l'être le plus accessible à la volupté, celui dont les émotions sont le plus Tivement ressenties, et dont toute l'organisation est ébranlée par ces épreuves douces et terribles (lue la nature, dans sa sa^e impatience, précipite yers leur fin, sera incontestablement le meilleur artiste , s'il n'a pas laissé ce feu sacré s'évaporer en flammes passagères. La femme , comme nous croyons l'avoir démontré dans notre Examen de la doc* trine de Kant $ur le beau el te sublime , est le type le plus parfait de la beauté organique. Destinée à provoquer chez l'homme une autre sorte de passion que celle dont elle subit la loi , et à le ravir, disons-le sans détour, par les riches trésors confiés à une dis- I)08ition généreuse, ce n'est pas elle qui tiendra avec le plus d'avantage le ciseau on le pinceau. Son attachement , d*abord calculé , puisqu'il commence par le sentiment d'une faiblesse qui cherche un appui, devient tout à fait moral, quoiquelle ne f misse s'assurer que par des liens physiques e protecteur qu'elle doit à ses cnannes. Voilà pourquoi , sans sortir de la sphère de ses relations, elle écrira avec plus de succès qu'elle n'animera la toile, ou qu'elle n'attaquera le marbre, presque toujours rebelle à ses doigts délicats.

L'attachement de l'homme est plus sensuel: si des qualités tendres, modestes même, resserrent les liens dans lesquels il s'engage presque toujours inconsidérément, il fiiut reconnaître que c'est la volupté qui en a formé le premier tissu, source obscure et peu digne, d'où s*élance pourtant ce qu'il y a de plus distingué dans notre naturel Tel parut le berceau de la capitale du monde. Les Romains débutèrent par voler des éponses, car il leur en fallait, ensuite ils les aimèrent ; puis ils commandèrent au genre humain , et, ce qui est plus beau, souvent à eux-mêmes. Conduit par le sentiment de son bonheur à trouver la femme belle, l'homme l'a dit à toute la nature, il l'a répété en cent mille manières ; voilà comment certains arts d'imitation sont nés de l'amour d'un sexe pour l'autre: ce qui est si vrai que là où cet amour n'at* teint pas une certaine exaltation les arts languissent ou tardent à paraître. L'effet devenant cause à son tour, la réaction de ceuxci sur la société s'explique sans peine, quand une sage administration n'a pas imposé des bornes à leur tendance naturelle : alors tout tableau, toute sculpture, deyient un ornement de boudoir; le domicile du magistrat est sans gravité; le temple luimême a cessé d'être majestueux , et la patrie, dans son oubli de demander aux artistes les travaux qui inspirent les grandes actions après les avoir fait revivre, ne distribue plus le pain des forts à ses enfant«. Chez nous , les jours de Catherine et de Marie de Hédicis déposent de cette triste vérité; apportés par elles d'Italie, les arts eurent de l'éclat en France , mais ils y kyrèrent les mœurs è la corruption. Rien qoi

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