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ACTIONNAIRE
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publicy en une superbe basilique» sous Tin* vocation du Sauveur, qui fut appelée l'Eglise d*or, & cause desprodisieuses richesses qu'il 7 avait amoncelées. Ce fut là le pre* niier témoignage public de sa conversion au christianisme. Cette Eglise fut appelée Constantinienne, du nom de son fondateur» et dans la suite des temps, église de Saint-Jean- Baptiste, à c^use de via proximité des fonts baptismaux : Postremo aentilium tetnplisoc^ clusis^ profanum sacrificium fieri prokibuU. Quapropler animum ad ingentium basilica^ rum et templorum erectionem convertU^ ut in illis Chrutiani cœtus congregarU Christ umque adorare valerent^ muUasque sacras œdes per diversas orbis Romani partes, imperatorta magnificentia dignas exstrui jussit^ pecuniis a jisco suo m tantum opus erogatis. Jgitur circa annum Domini 323 illas majnificas et egregias Lateranorum œdes, sive ab nxore Fausta, sive hactenus a se possessas^ beato papœ Sylvestre et R. S. E. donavity pubiicisque sumptibus eas in magnificentissimamy sub S, Salvatoris D. N, J. C. nuncupatione^ basilicam convertit^ quœ ab ornamentis Aurea dicta^ primum^ perenne ac patens Christianœ susceptœ religionis testimonium fuit. Ac etiam ab illius fundatore, Constantin nianam, temporisque progressu a proximo baptismali fonte^ ecclesia Sancti Joannis. » Revenons à Anastase le Bibliothécaire.
Voici comment il énumère les dons magnifiques de Constantin à Téglise Latérane : « Un maître autel en argent représentant sur sa face principale le Sauveur assis sur son siège, ayant cinq pieds de tiauteur et pesant cent vinçt livres, et les douze apôtres, hauts de cinq pieds et pesant chacun quatre-vingtdix livres, et avec des couronnes d'argent le plus pur, pesant cent quarante livres, et quatreanges d'argent, de cinq pieds, pesant chacun cent qiiinze livres, et ornés de pier-
(147) Fastigium argenieum licben$ in fronte Sal^' valorem »edentem in ceila^ quinque peaum^ pen^ aantem Ubras centum vigintif et duodecim aposlolo$ habentes singuloi quino$ pedes^ pensantes /ibras nonaginta, cnm coronis ex argento purissimo^ pensantibus libras centum quadraginta, et angelos quatuor ex argento in quinis pedibus^ qui pensant MtnguU libras centum quindecim cum gemmis Ala* bandinis. Fastigium ijfse pensât libras duo millia viginti quinque. Ab ejusmodi tam eelebri Salvatoris imagine, cui et basilica dicata est, dicta fuit basilica Salvatoris potius quam Constantimana^ ad di^erentiam^ alterius basilicœ ejusdem noniinis p«bbcis negotiis manciputœ^ quœ posita erat in reaione tertia apud templum Pacis,ut habel Sextus Rufns et Publius Victor.
Item a tergo respicientem in abside Salratorem sedentem in throno, in pedibus quinque [lioc est in altitudine], coronas quatuor ex auro purissimo, cum delphinis viginti, pensantes singulos libras quindecim, Pharum ex auro purissimo quod pendet sub fastigio, cum delphinis quindecim; cum cattna, qui pensât libras viginti quinque, Cameram basili* cœ ex auro, pensantem in longum et in lalum libras quingentas. AUaria septem ex argento purissimo, pensantia libras ducentas. Patenas aureas feptem pensantes singulas libras triginta. Patenas argenteas sexdecim, pensantes singulas libras triginta, Scgplios ex auro purissimo septem, pensan»
res précieuses. Uautel lui-même pesait deux mille vingt-cinq livres. C'est de cette si célèbre image du Sauveur que cette bîsisilique fut appelée du Sauveur avant de recevoir le nom de Constantinienne, è la différence d'une autre basilique du même nom, consacrée aux affaires publiques, qui était située dans le troisième quartier de Rome^ près du temple de la Paix, comme le remarquent Sextus Rufus et Publius Victor (IM)»
« On avait représenté aussi dans l'abside» au fond de Téglise, le Sauveur assis sur un trône, et l'on y voyait quatre couronnes du l'or le plus pur, avec des dauphins pesant chacun quinze livres. Le grand lustre qui était suspendu sur rautei était de For le plus pur, ainsi que quinze dauphins attachés a une chaîne pesant vingt-cinq liyres; le tombeau de la basilique, pesant en longueur et en largeur cinq cents livres; sept autels de l'argent le plus pur, pesant deux cents livres ; sept patènes d'or, pesant chacune trente-trois livres; seize patènes d'argent, pesant chacune trente livres; sept couftes de l'or le plus pur, pesant chacune dix ivres; une seule coupe ornée de corail, d'émeraudes, d'améthystes, et entièrement revêtue d'or, nesant vingt livres trois onces; vingt coupes uargent, pesant chacune quinze livres ; deux urnes de l'or le plus pur, pesant chacune cinquante livres, et contenant chacune la mesure de six boisseaux; quarante calices plus petits, de l'or le plus pur, pe* saflt chacun une livre. Cinq cents calices plus petits aussi, pour les ministres, pesant chacun deux livres.
« Quant aux ornements de la basilique, ils consistaient dans les pièces suivantes : une lampe de l'or le plus pur, devant l'autel, dans laquelle brûlait de l'huile de nard pur, ornée de vingt dauphins et pesant quarante livres. Au milieu de la basilique, quarante-
les stngulos libras decem. Scyphum singulare ex métallo, corallo ornatum, et undiquede gemmis prasinis et hyacinthinis, auro interclusum ex omni parte, qui pensât libras viginti et uncias très, Scyphos aryenteos viginti, pensantes stngulos libraé quindectm Amas ex auro purissimo duos, pensantes singulas libras qumauaginta, portantes sin^as medimnas singulas. Calices minores auro purissimo ((uadraginta, pensantes singulos libras singulas, Lalices minores ministratorios quingentos, pensantes singulos libras dtuis,
Ornamenta autem basilicœ^ pharum cantharum ex auro purissimo ante altare, in quo ardet oleum nardinum pisticum cum delphinis viginti, qui pen» sant libras quadraginta, Pharos cantharos argen-teos in gremio basilicœ quadraginta quinque, pensâmes singulos libras triginta ubi ardet oleum supra scriptum.
In parte dexlera basilicœ pharos argenteos quadraginta, pensantes sin(^ulos libras viginti, Pharos cantharos in lœva basiltcœ argenteos viginti quinque, pensantes singulos libras viginti, Metretas très ex argento purissimo, pensantes singulas libras trecentas, portantes medimnas decem, Candelabra ex auricalcho, numéro septem, quœ habent pedes duos cum omatu ex argento, interclusis stgillis prophetarum, pensantes singula libras trecentas, (Anasiasius et Baronius, loc. cit.)
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D^ESTHETIQUE CHBETIEiNNE.
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cinq autres lampes d'argent» pesant chacune trente livres, dans lesqueHes brûlait également de l'buile de narcl pur. Au c6lé droit de la basilique, quarante lampes d'argent, pesant chacune vingt livres, et au côté gauche, ringt^ina lampes en argent, pesant chacune vingt livres. Au milieu de la basilique, cinquante candélabres d'argent pour porter des cierçes, pesant chacun vingt livres. Trois amphores d'argent le plus pur, pesant chacune trois cents livres et de la contenance de dix mesures de six boisseaux. 8ept candélabres dorés, à deux pieds, enrichis de sculptures en argent et de médaillons qui représentaient les Usures des prophètes; chacun de ces candélabres pesant trois cents livres. »
Quant aux revenus assignés pour le luminaire et les parfums, Constantin avait rendu les plus grandes villes et les plus belles provinces de son empire tributaires de cette splendide basilique.
Après une telle énumération de richesses, (^ui fatigue la plume de l-écrivain autant que 1 imagination du lecteur, ne peut-on pas s'écrier avec Baronius que la gloire de ce temple, construit par les gentils convertis, fut plus grande que celle du temple de Salomon? Puisque, pourlenombre etiarichesse, les vases d'or et d'argent donnés aux églises de Rome, sans parler des autres églises qui furent élevées en même temps dans toutes les parties du monde, surpassent ceux que Salomon avait placés dans le temple du Seigpeur, où ceux qui remplacèrent les anciens, lorsque le premier temple eut été réduit en cendres. Cette assertion est d'autant plus vraie, que l'historien Eusèbe, qui vi- Tait du ternes de Constantin, assure, dans la Viede ce prince (liv. iv, chap. 46), yu'il avait consacré tout un volume à la description des ornements dont il avait enrichi la basilique qu'il venait défaire bâtir à Jérusalem, lorsqu'il dit : « Si les richesses accumulées dans ce seul temple et décrites dans ce volume étaient si nombreuses et d'un si grand prix, faut-il s'étonner aue celles donné^^s par le même prince à plusieurs autres basiliques paraissent avoir été plutôt légèrement indiquées que décrites suffisamment ? »
J'ajouterai moi-même une réftlexion à celles de Baronius et de l'historien Eusèbe, c'est que les basiliques primitives de Rome chrétienne surpassaient en magnificence nonseulement le temple de Salomon, mais encore les basiliques les plus fameuses qu'on leur a substituées plus tard sous les mêmes invocations. 11 serait facile de s'en convaincre^en comparant les états anciens aux nou- Teaux états de leur mobilier respectif. Nous espérons démontrer plus tard que, considérées même sous le rapport purement archéologiaue» elles n*ont pas été généralement égidees par celles qui les ont remplacées dans les trois siècles qui viennent de s'é-
(148) Dans son exceltente dissertation sur le beau, <TV vient de publier la Revue des Deux-Blofides (tom. VI, 1851) et dans lequel «rc peintre (Saunent et bomine
couler, (y. Latran (Rasilique de Saint-Juan de) , PiBiiBE (Saint-) de Rome , et Paul (Saint), Marie-Majeure (Sainte-).
BASSUS ( Sarcophage de Junius). F. Types.
BâUMGARTËN. Professeur de philosophie à Francfort sur TOder et Fun des premiers qui aient entrepris de donner une théorie générale des beaux-arts. C*e$t dans son principal ouvrase intitulé : Esthetica^ nom dont il fut le créateur, qu*il exposa sa. théorie du beau. Cet ouvrage fut publié à Francfort sur l'Oder, en 1750 et 1758. On regrette toutefois que lauleur se soit borné à réloquence de la poésie.
BEAU. Dans les deux dissertations qui précèdent ce Dictionnaire, nous donnons sur le beau humain, en général, et sur le beau chrétien, en particulier, des notions qui trouvent leur com^jlément et leur développement dans les divers articles de cet ouvrage, et spécialement dans ceux Arghiteg- TfjRB, Musique, Peinture, Sculpture, et leurs dérivés ou corrélatifs. Nous ne pouvons donc que renvoyer à ces divers articles, afin d'éviterd*inutiles répétitions. Seulement, nous allons traiter quelques questions détachées sur le beau absolu, un, dans son essence, quelque variés^que soient les moyens de Texprimer, et existant en tout temps et en tout lieu, indépendamment des écoles et des théories, dans Tesprit humain qui en a reçu le germe de Dieu lui-même. Nous dirons ensuite quelques mots des conditions et de Texcellence du beau surnaturel ou divin.
« £n présence d'un objet véritablement beau, du Eugène Delacroix {ihS)y un instinct secret nous avertit de sa valeur et nous force à Tadmirer en dépit de nos préjugés et de nos antipathies. Cet accord des personnes de foi prouve que si tous les hommes sentent l'amour, la haine et toutes les passions de la même manière, s'ils sont enivrés des mêmes plaisirs ou déchirés par les mêmes douleurs, ils sont émus également en présence de la beauté, comme aussi ils se sentent blessés par la vue du laid, c'est-à-dire de Timperfection. Et cependant il arrive que, quand ils ont eu le temps de se remettre et de revenir de la première émotion, en discourant, ou la plume à la main, ces admirateurs si unanimes un moment ne s*entendent plus, même sur les E oints principaux de leur admiration; les abitudes d'école, les préjugés de nation ou de patrie reprennent le dessus dans leur esprit et il semble alors que plus les Juges sont compétents, plus ils se montrent disposés à la contradiction; car, pour les gens sans prétention, ou ils sont faiblement émus, ou ils s'en tiennent à leur admiration première.
« Le sentiment du beau est-il celui qui nous saisit à la vue d'un tableau de Hapbaêl ou de Rembrandt indifféremment, d'une scène
de goût a le coorage de s'élever au dessus des préjuges étroits des classiques eiagérés.
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de Shakspeare oa de Corneille, quand nous disons : que c'est beau 1 ou se borne -t-it h Tadmiration de certains types en dehors desquels il ne soit point de beauté? £n un mot, r Antinous^ la Vénus , le Gladiateur^ et en général les purs modèles que nous ont transmis les anciens sont-ils la règle invariable, le canon dont il ne faut point s'écarler, ces modèles impliquant nécessairement avec ridée de la grâce, de la vie même, celle de la régularité.
« Mais l'antique ne nous a pas exclusivement transmis de semblables types. Le Siiène est beau, le Faune est beau, le Socrate est beau
« Les écoles modernes ont proscrit tout ce qui s'écarte de l'antique régulier; en embellissant même le Faune et le Silène^ en ôtant des rides à la vieillesse, en supprimant les disgrâces inévitables et souvent caractéristiques qu'entraînent dans la représentation de la forme humaine les accidents naturels et le travail, elles ont donné naïvement la preuve que le beau pour elle ne consistait que dans une suite de recettes. Elles ont pu enseigner le beau comme on enseigne l'algèbre, et non-seulement l'enseigner, mais en donner de faciles exemples. Quoi de plus simple, en effet, à ce qu'il semble? Rapprocher tous les caractères d'un modèle antioue, atténuer, effacer les différences profondes qui séparent dans la nature les tempéraments et les âçes divers de l'homme, éviter les expressions compliquées ou les mouvements violents capables de déranger l*harmonie des traits ou des membres, tels sont en abrégé les principes à l'aide desquels on tient le beau dans sa main. Il est facile alors de le faire pratiquer à des élèves et de le transmettre de génération en génération comme un dépôt.
« Mais la vue des beaux ouvrages de tous les temps prouve que le beau ne se rencontre pas à de semblables conditions; il ne se transmet ni ne se concède comme l'héritage d'une ierme; il est le fruit d'une inspiration persévérante oui n'est qu'une suite de labeurs opiniâtres ; il sort des entrailles avec des douleurs et des déchirements, comme tout ce qui est destiné à vivre ; il fait le charme et la consolation des hommes et ne peut ôtre le fruit d'une application passagère ou d'une banale tradition. Des pi mes vulgaires peuvent couronner de vulgaires efforts ; un assentiment passager peut accompagner pendant la durée de leurs succès, des ouvrages enfantés par le caprice du moment ; mais la poursuite de la gloire commande d'autres tentatives ; il faut une lutte obstinée pour arracher un de ses sourires ; ce serait peu encore ; il faut, pour l'obtenir, la réunion de mille dons et la laveur du destin.
« La simple tradition ne saurait produire un ouvrage qui fasse qu'on s'écrie : « Que c'est beau! » Un génie sorti de terre, un homme inconnu et privilégié va renverser cet échafaudage de doctrines à l'usage de tout le monde, et qui ne produisent rien. Un Holbein, avec son imitation scrupuleuse
des rides de ses modèles, et qui compte»^ pour ainsi dire leurs cheveux, un RemiMPandt, avec ses types vulgaires remplis d'une expression si profonde; ces Allemands, et ces Italiens des écoles primitives, avec leurs figures maigres et contournées et leur ignorance complète de l'art des anciens, étincellent de beautés et de cet idéal que les écoles vont chercher la toise' à la maie. Guidés pair une naïve inspiration, puisant dans la nature qui les entoure et dans un sentiment profond, l'inspiration que réritdition ne saurait contrefaire, ils passionnent autour d'eux le peuple et tes hommes cultivés , ils expriment des sentiments qui étaient dans toutes les âmes ; ils ont trouvé naturellement ce joyau sans prix au'une inutile science demande en vain à 1 expérience et à des préceptes.
<c II faut voir le beau où l'artiste a voulur le mettre. Ne demandez pas aux vierges de Murillo l'onction chaste, la timide pudeur des vierges de Raphaël ; louez dans hss traits de leur visage et de leur attitude l'extase divine, le trouble vainqueur d'une créature mortelle élevée vers des splendeurs inconnues. Si l'un et l'autre de ces peintres intro-^ duisent dans ces tableaux où ils nous montrent la Vierge dans sa gloire quelques-uns de ces pieux donataires ou de saints personnages de la légende , nous sommes charméschez Raphaël de leur noble simplicité et de la grâce de leurs mouvements; chez Murillo nous admirons avant tout l'expression dont il sont pénétrés. Ces moines, ces anachorètes, qu'il nous montre au désert ou dans leurs cellules , prosternés devant le cruciiix, et tout meurtris de pieuses macérations, nous remplissent à notre tour d'un sentiment d'abnégation et de croyance.
« Le beau serait-il absentde compositions si pénétrantes oui nous enlèvent dans les régions si différentes de ce qui nous entoure, qui nous font concevoir au milieu de notre vie sceptique et adonnée à de puériles distractions la mortification des sens la puissance du sacrifice et de la contemplation ? Et si réellement le beau respire à un certain deçré dans ces ouvrages gagneraient-ils ce qui leur manque, par une plus grande ressemblance avec l'antique? On a demandé comment ont fait les anciens qui n'avaient pas d'antiques. Rembrandt, qui était presque dans le même cas, puisqu'il n'était jamais sorti des maisons de la Hollande, montrait ses broyeurs de couleurs et disait : Voilà mes antiques.
« On a raison de trouver que l'imitation de l'antique est excellente, mais c'est parce qu'on y trouve observées les lois qui régissent éternellement tous les arts, c'est-à-dire l'expression dans la juste mesure, le naturel et l'élévation tout ensemble; que, de plus, les moyens pratiques de l'exécution sont les plus sensés, les plus propres à produire de l'effet. Ces moyens peuvent être emplovésà autre chose qu'à reproduire sans cesse les dieux de l'Olympe, qui ne sont plus les nôtres, et les héros de l'antiquité.
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D^ESTHETIQUE CliRETICNNE.
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Iktmbrandt, i.>n faisant le portrait d*un mendiant en baillons, obéissait aux mêmes lois dn goût que Phidias exécutant son Jupiter ou sa Pallas. Les grands et nécessaires principes de Vunité et de la yariété, de la proportion et de Texpression, n'éclataient pas moins chez l'un et cbez l'autre ; seulement, les qualités s'y rencontraient à des degrés différents d'excellence et d'infériorité , à raison de l'objet représenté, du tempérament particulier de l'artiste , et du goût dominant de son é{K)que.
« La mode, qui ballotte les talents à son gré, et qui décide de tout pour un peu de temps, a toujours beaucoup agité la question dn beau ; sa frivole influence croit s étendre jusqu'à ce qui est immuable. Les images du beau sont dans l'esprit de tous les hommes, et ceux qui naîtront dans àes siècles le.'^rreconnattront aux mêmes signes. Les signes, la mode, ni les iivres,ne les indiquent point; une belle action, un bel ouvrage, répondent à l'instant à une faculté de l &me, sans doule à la plus noble. Un certain degré de culture peut donner au plaisir causé par le beau quelque chose de plus délicat, peut dévoiler quelques beautés confuses pour désaveux peu exercés; mais cette culture, souvent indiscrète, peut aussi bien fausser le jugement et dérouter le sentiment naturel.
. « Quoi I le beau, ce besoin et cette satisfinction de notre propre nature, ne fleurirait que dans des contrées privilégiées, et il nous serait interdit de la chercher autour de nous 1 la beauté grecque serait la seule l>eauté ! Ceux qui ont accrédité ce blasphème sont les hommes qui ne doivent sentir la beauté sous aucune latitude, et qui ne |K)rtent point en eux cet écho intérieur qui tressaille en présence du beau et du grand. Je ne croirai point que Dieu ait réservé aux Grecs seuls ce que nous, hommes du Nord, nous devons préférer ; tant pis pour les yeux et les oreilles qui se ferment, et pour ces connaisseurs qui ne veulent ni connaître ni par conséquent admirer. Cette impossibilité d'admirer est en raison de l'impossibilité de s'élever. C'est aux intelligences d'élite qu'il est donné de réunir dans leur prédilection ces types différents de la perfection entre lesquels les savants ne voient que des abîmes. Devant un sénat qui ne serait composé que de grands hommes, les disputes de ce genre ne seraient pas longues. Je suppose réunies ces vives lumières de l'art, ces modèles de la grAce ou de la force, ces Raphaël, ces Titien, ces Michel-Ange, ces Rubens et leurs émules, je les suppose réunis ipour classer les talents et distribuer la gloire, non pas seulement à ceux qui ont suivi dignement leurs traces; mais pour se rendre entre eux la justice que Tassentiment des siècles ne leur a pas refusée : ils se reconnaîtraient bien vite à une marque commune, à celte puissance d'exprimer le beau, mais d'y atteindre par des routes différentes. »
M. Eugène Delacroix ne craint pas de rom-
pre en visière avec les préjugés classiques, Préjugés funestes au véritable progrès de 'art qu'ils n'ont que trop longtemps entravé. Il ne peut se résoudre à croire que le beau ait été par un privilège singulier, restreint 4 une époque déterminée et à un coin de notre globe. Ha une plus haute idée de Tes* prit humain. On doit .lui savoir gré surtout de la noble indépendance*^ avec laquelle il rend hommage à ces artistes primitifs, trop longtemps méconnus, dédaignés, qui maigre leurs figures maigres et contournées et leur ignorance complète de Tart des anciens, étincellent de beauté et de cet idéal que les écoles vont chercher la toise à la main. Les idées si justes et si élevées de M. Delacroix sont formulées, quant à leur application à la poésie et à 1 art en général, par M. Théodore Pavie, dans un excellent article sur la littérature indienne, publié également par IdiRevue des Deux-Mondes. (Tome VII, 1854.)
Après avoir rapporté une magnifique invocation à l'Aurore, tirée du Rig-Yeday un des plus anciens poëmes indiens, il s'écrie: « N'est-il pas consolant pour l'humanité de penser qu'il y a trente siècles, des poètes savaient tirer de leur cœur et de leur âme de pareils accents. Avant d'avoir fait la moindre découverte dans le domaine des arts et des sciences, l'homme possède l'entier développement de ses facultés intellectuelles, et c'est le sentiment religieux qui le soutient à cette hauteur. »
Dans un autre passage que nous fournit l'analyse du Mahâbaratay l'une des deux fraudes épopées indiennes, il fait ressortir tout ce que la réhabilitation de l'homme déchu purifié, exalté par l'abnégation et la mortification des sens, peut imprimer de touchant et de sublime à l'art et è la poésie. Il s'agit du sacrifice que Dudhictchi, saint ermite indien, fit de son corps et de sa vie pour former de ses os la foudre qui devait écraser les Titans (1W). « N'v a-t-il pas, dit l'écrivain déjà cité, autant de grandeur que de simplicité dans ce début? Les Grecs, qui prêtaient à leurs dieux toutes les faiblesses de l'humanité, afin de se les faire mieux pardonner à eux-mêmes, les Grecs voluptueux, amis du^beau, du bien-être, de tout ce quiflatte l'esprit et les sens, n'auraient jamais inventé le vieux solitaire sacrifiant sa vie pour le salut des dieux et des hommes. Le sage Dudhiclchi est plus qu'un stoïcien; il y a en lui quelque chose qui va jusqu'à l'abnégation chrétienne. La mythologieainsi entendue s'élèvejusqu'à la philosophie la plus haute. Le génie indien n'a-t-il |pas compris, et la légende ne dit-elle pas clairement qu'il y a dans les saints une vertu qui peut seule dompter les démons î L'homme déchu, quand il est purifié de ses fautes, quand il a renié la corruption, sort volontairement et sans regret de son enveloppe mortelle et s'envole vers Dieu. »
Ces réflexions ont été développées avec
(148) Littérature indienne, ^medei Deux-Mondetf loin. Vil, i85i.