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plus d'étendue dans notre dissertation préliminaire sur le beau idéal surnaturel ou divin ; mais nous aimons à les voir s'échapper de la plume de nos écrivains les mieux: posés dans la littérature profane. C'est là un véritable progrès. Nous y ajouterons, pour terminer cet article» celles du célèbre moine et prédicateur Savonarole sur le caractère et Texcellence du beau idéal surnaturel ou divin. Voici comment il s'adressait aux peintres sensualistes de son époque, celle de la soi-disant Renaissance italienne. « Vos notions leur disait-il, sont empreintes duplusgrossiermatérialisme... la beauté dans les choses composées résulte de la proportion entre les parties ou de l'harmonie entre les couleurs ; mais, dans ce qui est simple, la beauté, c'est la transfisuralion, c'est la lumière ; donc c'est par delà les objets visibles qu'il faut chercher la beautésuprême dans son essence Plus les créatures participent et approchent de la beauté de Dieu, plus elles sont belles, de même que la beauté du corps est en raison de la beauté de T&me, car, si vous (>reniez dans cet auditoire deux femmes également belles de corps, ce serait la plus sainte qui exciterait le plus d'admiration, et la palme ne manquerait pas de lui ôtre décernée par les hommes charnels (li^9). »
Dans ces quelques lignes du célèbre dominicain de Florence, on voit les éléments principaux de tout un cours d'esthétique chrétienne. Nous insistons particulièrement sur cette pensée aue, si dans les choses com^ posées, la beauté dépend de la proportion entre les parties ou de l'harmonie entre les couleurs, dans ce qui est simple, la beauté c'est la transfiguration, c'est la lumière divine. Par conséquent, plus un objet créé se rapprochera de Dieu, plus il sera beau. C'est pourquoi le corps de l'homme est plus beau que celui des animaux ; mais l'Ame spirituelle, intelligente, est plus belle que le corps, môme le plus beau, et l'un et rautre sont inférieurs en beauté aux anges, dont la nature est plus élevée et plus proche de Dieu. 11 suit de ce principe que l'expression du nu ne vaudra jamais^ quelque parfaite et même quelque chaste qu'elle puisse ètre^ celle des sentiments de l'Ame ! 11 n^est donc point vrai que le nu soit indispensable au sculpteur pour réaliser le beau dans ses œuvres. Si ce principe est d'une vérité incontestable, même pour la statuaire antique, comme nous poumons le démontrer par des exemples évidents, à plus forte raison trouvet-il son application dans la peinture et la statuaire chrétienne. Les chefs-d'œuvre de celle-ci seront toujours aussi supérieurs aux chefs-d'œuvre de celle-là, que l'esprit surnaturel et divin est au-dessus de l'esprit naturel et humain. Une Vénus sortant toute nue des eaux de la mer ne sera jamais, quel-
(149) Sermon, prêché à Florence le vendredi après le troisième dimanche de carême, sur t,'' entretien de Jésus avec la Samaritaine. Nous puisons cette citation dans Peicellent ouvrage de la Poés e chrétienne;
que idéal qu'on lui suppose, aussi noble* ment, aussi véritablement belle que la Vierge du portail de Reims ou du chandelier en bron:te de la cathédrale de Milan. Encore prenons-nous, et à dessein, l'un des deux termes de notre comparaison parmi les types les plus renommés de l'art antique. Pour co qui est de ceux de l'art païen moderne appliqué à la peinture et à la statuaire de nos églises, il ne saurait en ôtre question, tant ils sont, pour la plupart, vulgaires et audessous des principes les phis élémentaires de riconograpnie chrétienne.
Ils se sont donc bien ^ossièfement trompés, et ils ont bien ménté les reproches sévères que l'éloauent Savonarole* adressait aux artistes matérialistes de son temps, ceux qui dans le n<>tre n'ont vu, u'but compris le beau que dans les étroites limites du natu^ ralisme, et pour qui une statue gracieuser agaçante, aux formes élégantes et arrondies^ comme par exemple celle de la Poésie légère de Pradier, est le dernier terme de l'art. On dirait, è les entendre ou à les voir à l'œuvre, que l'expression des idées et des sentiments si profonds et si variés de l'homme n'est qu'accessoire à celle des muscles et des linéaments de son corps. Tout doit être, selon eux, subordonné à la représentation fidèle mais idéalisée de la nature^ f^ui est la loi suprême dans les arts d'imitatio». Mais estil possible d'oublier à ce point que le corps étant essentiellement inférieur à l'Ame, cette partie la plus excellente de notre être, l'expression spirituelle domine nécessairement l'expression corporelle dans les arts du dessin ? Or, cette expression ayant son siège principal dans la figure humaine, celle-ci peut très-bien se passer de la nudité plus ou moins accusée du reste du corps, pour offrir la manifestation la plus complète de la beauté. Elle a'a point à redouter les accessoires du vêtement, d'autant moins que le costume, lorsqu'il est traité avec convenance et avec goût, rehausse l'effet général des personnages plutôt qu'il ne le diminue. Cette réflexion est d'une vérité encore plus frappante, si on l'applique aux sujets mystiques de l'art chrétien. En effet, cet art, doublement chaste, et par la morale générale et par la morale évangélique, ne saurait pactiser av^c la licence et Timpureté. Du moment où il renierait sa condition d'être, il ne serait plus dans le beau ni dans le bien, car, aux yeux du catholicisme surtout, le beau et le bien ^ont inséparables dans l'art, comme dans tout le reste. C'est ce que nous démontre d'ailleurs surabondamment l'histoire de la peinture, de la sculpture ei l'architecture chrétienne, dont la décadence successive, depuis la Renaissance, est un fiiit qu'on ne saurait contester.
Nous donnerions bien d'autres développements à l'importante question qui nous oc-
publiéen 1836 par M. A. F. Rio. 11 n*a paru Jus4{B*à ce joar que le volume intitulé : Forme de la PetRture.
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DESTHETIQUE CHRETIENNE.
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cupe, si nous ne devions y revenir dans les divers articles de ce Dictionnaire, auxquels ils se rapportent. Nous compléterons celuici par quelques réflexions empruntées à une excellente dissertation sur la beauté , de M. le comte de Mellet (U9^).
« Dieu est la beauté mècne, la beauté dans son essence, à quelque degré que ce puisse élre, et toute beauté hors de la sienne n*est aucune émanation de cette beauté suprême. Les êtres sortis de la main de Dieu n'ont pas reçu de lui la beauté dans une proportioQ pareille. Marie, mèie de Dieu, Marie, la plus pure et la plus noble des créatures, en est aussi la plus belle : en elle se résume la beauté créée dans son modèle le plus acooDQpli. Après la beauté de Mario vient la beauté des anges, répartie probablement dans chacun de ces esprits célestes à un degré différent et répondant au rans que chacun d*eux occupe dans la hiérarchie sacrée. Enfin vient l'homme, auquel Dieu ne dédaigne point d*accorder souvent encore ^une grande beauté, et dont le type le plus brillant fui probablement ce premier cou])le d'où sortirent tous les autres, et qui fut placé dans le paradis terrestre avant la chute originelle. Malgré les conséquences fatales qui suivirent la chute, dans Tordre physique et dans l'ordre moral, Thomme, cette créatore dégénérée, est toujours l'enfant de Dieu^ et il conserve encore d'admirables reflets de la munificence primitive de son créateur et de son père. Au reste» en parcourant toute l'échelle des êtres dont se compose le monde» on trouvera toujours d'harmonieux rivons échappés du foyer de la splendeur dinne.
€ Pour revenir à l'homme, le seul dont nous nous occupons ici , nous remar-^ quons qu'entre les deux sexes qui se par^ lagent son espèce, la femme a été douée de la beauté bien plus largement que le sexe masculin. Or, la beauté est un don auquel est atietché de la part de tous un attrait irrésistible vers ceux qui l'ont reçu, attrait qui n'est gue la bien faible imase de l'entraînement impétueux avec lequel l'homme éman* eipédela chair se trouvera un jour précipité vers cette beauté infinie, dont la nôtre ne peut donner une idée. Cet attrait, qui nous fascine ici bas, et qui est la source d'une si noble jouissance, prouve bien que la beauté est un don, que c'est une grâce, une faveur, et qu'il en est de ce don comme de tous ceux que Dieu nous accorde, c'est-à-dire qu'il devient utile ou dangereux pour nous, suivant l'usage que nous en faisons. La beau* té physique devrait toujours être le complément'de la beauté morale : le contraire arrive trop souvent. Que de personnes, douées d'une beauté peu commune, li'ont qii'une ime de misère ! Et bien loin que ce désaccord entre les deux ordres de perfection soit indifférent pour la beauté du corps, il est certain, coname on l'a toujours remarqué, qae de deux personnes également belles,
(149*) Annales archéolopqucêf loro. XIII, 18^4.
celle-là le paraîtra le* plus chez laquelle la pureté de l'âme sera d'accord avec la distinction de la forme. Bien plus, il arrivera souvent que la noblesse de Tâme viendra tempérer la laideur physique. On a dit avec raison que la beauté morale élevée à sa plus noble expression, comme dans les saints, jetait, sur des traits naturellement laids et presque repoussants, un voile de beauté surnaturelle qui les transformait et les illuminait. C'est ce reflet que, dans l'art chréten, >es artistes doivent toujours s'efl'orcer de rendre; ils ne doivent jamais perdre de vue aue, dans la représentation plus ou moins authentique des traits des saints personnages ils doivent touiours le retracer sur leur visage auguste et I envelopper d'une auréole surhumaine. Dans un tableau religieux, l'artiste doit donnera ses pieux héros plutôt le cachet de la beauté physique que le contraire, quand les physionomies réelles n'ont point été conservées par la tradition : d'abord parce que beaucoup de saints et de sainles étaient beaux ; ensuite parce que, dans les portraits de sainteté de pure imagination il vaut toujours mieux supposer les qualités extérieures d'accord avec celles de l'intérieur, que de créer à plaisir des types disgracieux et difformes. Cette beauté dans les saints ne doit pas être une beauté grossière et maté-
. rielle, mais une beauté pure, chaste et calme^ telle qu'elle convierft h des êtres dont la vie s'est passée dans la contemplation des perfections divines et dans Teiercice des plus sublimes vertus.
^ « Depuis trop longtemps les peintres et les statuaires qui exploitent les sujets religieux <f se sont jetés dans une voie toute contraire, et l'on ne manquerait pas de reproches à adresser au plus grand nombre d'entre eux pour la manière déplorable dont ils conduisent leurs ûoifn positions; souvent tout y est faux, depuis l'intelligence historique Jusqu'aux convenances de détail, et le genre de beauté qu'ils donnent à leurs personnages, quand ils la leur ont donnée , n'est point celui qui fait aimer et prier, mais bien plutôt celui qui rappelle à l'esprit des héros de carrefour et des femmes du plus bas étage. Noiis voyons chaque jour le gouvernement encourager, à grand renfort de médailles et de suffrages, ces essais prétendus religieux qui viennent figurer dans nos expositions, en y faisant gémir le goût et la piété.
« Tous les ans nous voyons les faveurs oiBciellesallerchercherdes artistes qui, fatigués de n'avoir produit qîie des Phrynés et des Laïs dans le déshabillé mythologique le plus complet, veulent s'essayer sur des vierges chrétiennes, mais sans se persuader auparavant qu'il faudra purifier leur imagination et faire jeûner longtemps leur palette et leur ciseau des suiets sensuels et voluptueusement débrailles. Nos églises reçoivent trop fréquemment de l'Etat de ces œuvres suspectes, et si quelques honorables excep-* tions se rencontrent dans les compositions
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d*artistes nourris des (traditions de MM. Rio et deMontalembertj-dans le plus grand nombre de cas, les membres du clergé feraient un acte de justice et de convenance en refusant la porte du temple aux tableaux et aux statues d'une origine officielle. Il faudrait pourtant en venir-là pour hâler le retour aux véritables bases de tout art chrétien : et si les hommes qui travaillent dans le genre religieux voyaient leurs œuvres repoussées et restées sans destination» faute d'être conçues dans des conditions convenables, ils se mettraient bientôt à faire des études sérieuses, et beaucoup de temps ne se passerait pas sans que les choses ne fussent presque complètement réformées. Espérons que nous n'élèverons pas toujours notre voix dans le désert, et qu'après avoir longtemps protesté contre le débordement d'un torrent qui n'a fait que trop de ravages, nous n'aurons plus bientôt que des éloges à donner à des œuvres traitées avec science, avec admiration et avec amour. »
BËAUVÂIS (Cathédrale de). Son analogie très-grande avec celle d'Amiens. Yoy., Amiens.
BEETHOVEN. Célèbre compositeur allemand, foy. E1.PRESS10N.
BENEDETTO (Marcello). Noble Vénitien, compositeur célèbre, né en 1686. Toy. Musique.
BENEVOLI. Né vers 1600, compositeur de musigue d'église, directeur de la chapelle pontincale. roy. Musique.
BERNARDIN de Sienne (Saint). Foy. Peinture MYSTIQUE.
BERYLLË. Couleur symbolique. Foy. Couleurs.
BINCHOIS. Compositeur de musique du xïv* siècle. Voy, Musique.
BIZZAMANO. Oncle et neveu, peintres primitifs, foy. Peinture.
BLANC. Couleur symbolique. Voy. Couleurs.
BOÈCE. Philosophe, auteur d'un traité de musique fort estimé. Foy. Chant liturgique.
BOLOGNE (Jacques de). Compositeur de musique du xiv* siècle, foy. Musique.
BRUNELLESCHl. Architecte florentin foy, DÔME.
BUFFAMALCO. Peintre siennois. Foy.
Peinture.
BYSSUS. Couleur symbolique, foy. Cou-