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D*ESTHETIQUE CHRETIENNE.
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aification des mots» pour erprimer des tes nouyelles, comme lorsqu'ils employèreni le mol gratia pour désigner la grftce chrétienne» cette grftce dont saint Paul nous révèle quelques-uns des profonds mystères; dans le second cas, ils modifièrent également le sens de cette langue imitatire dont les figures sont les lettres, dont les formes humaines» végétales ou convenlionoelles» forment les principaux éléments. Dans cet emploi » il n y a rien que de permis et de légitime ; les signes destinés à montrer extérieurement notre pensée sont en eux-mêmes absolument indifférents; leur ▼aleur est relative et fictive. Mais ce qui peut nous aider à donner encore une plus satisfaisante explication de ce singulier emprunt» duquel résultent quelquefois des mé- Î>rîses, assez jjardonnables» du reste, comme orsqu*on attribue à Bacchus un temple dédié au culte chrétien , à cause de la présence de petits génies au milieu de branches de Yîgne chargées de pampres et de raisins ; c*est que les premiers artistes avaient fait leur éducation classique en travaillant pour satisfaire aux besoins de la société païenne, au milieu de laquelle ils étaient nés et avaient été élevés. Malgré les exigences de culte nouveau» ces artistes » peu habiles, nous dirons volontiers ces pauvres artisans, ne pouvaient se dégager des in* fluences qui avaient si longtemps exercé leur empire sur leur esprit et dirigé leur main. Ou conçoit facilement, en considérant les compositions des Catacombes» la lutte que les peintres ont à soutenir contre eux-mêmes, en mettant leurs connaissances au service de la religion. Tant qu'ils se contentent de reproduire des scènes prises de la Bible» ils trouvent nioyen de faire l'ap-
Slication de leurs études dans le costume, I pose, l'expression même des modèles antiques : ce sont les héros du paganisme transformés en personnages de 1 Ancien Testament. On comprend» en effet» que les sujets bibliques ouvraient une plus lar^e carrière à limitation positive ; aussi sont-ils
S lus communément représentés. Quant aux ûts racontés dans l'Evangile» ils sont moins correctement figurés , et parce que les fidèles étaient moins sévères envers les artistes, et parce que ceux-ci étaient réduits à puiser en eux-mêmes tous les motifs de leur composition, et à inventer des types nouveaux
Mous aurions d'autres développements à ajouter à ceux quQ nous venons d'emprunter à M. l'abbé fiourassé» touchant les Ca* tacombes. U a traité lui-même ce vaste et intéressant sujet» avec un soin, une exactitude et une ampleur qui ne laissent rien à
^151') fiUHofmMfe d'Arehéotoffie sacrée , par Il Vabbé i.'h Bourassé, chanoiiie de Tégiise métnoolitaiiie de Toyrs. 2 vol., Paris , apud 11 igue»
{ÎSS\ Virir^ pour ces documents (indépendammtal ae ceux que nous mentionnons en divers artidet de notre dictionnaire) et pour^tout ce qot cori- Ics Catacombes ep général» Séreux d^gin-
désirer. Mais, outre que sonbut n'est pas le même que le nôtre» nous traitons ^n plusieurs articles de ce Dictionnaire» tels que ceux : Allégories» JÉsus-ilnaiST, Types» Vierge Marie, etc.» des questions d'esthétique qui se rattachent aux Catacombes» et qu il serait par conséquent inutile de reproduire dans cet article. Nous le terminerons par quelques réflexions au sujet de la part d'influence qui revient à Tart antique dans la formation de l'art chré^ tien. Les uns ont tellement exagéré cette part, qii'à les entendre elle a été la lumière qui a éclairé les artistes catholiques et les a inspirés dans leurs œuvres les plus remarquables» notamment en ce qui concerne la sculpture et l'architecture. Les autres Tout tellement réduite» qu'ils l'ont anéantie» et qu'ils sont allés jusqu'à afiirmer que la religion a fait sortir tout » même à son aurore, de ses propres entrailles. U suffit d*c'x-
par conséquent table rase de Tinspiration chrétienne; rentre, supposant réellement accompli tout ce qu'elle aurait pu faire» de sa propre vertu» ne tient point compte des faits historiques les mieux démontres. Tflchons de saisir le point vrai au milieu de ces deux extrêmes. Que le christianisme ait pu trouver dans ses propres inspirations les divers éléments de son art, c'est là une vérité incontestable ;
e dirai p
le Testh^
appliqué dans cet ouvrage^ arguments péremptoires. Mais, pouvoir faire eifaire en réalité^ sont deux choses très-distinctes , deux choses qui ne marchent pas toujours ensemble, à raison de maintes circonstances, de maints obstacles physiques ou moraux dont il faut bien savoir tenir compte» si l'on veut se faire une idée exacte de la marche de l'esprit humain.
Parce qu'il a pluàTécole classique d'attribuer au paganisme une influence évidemment exagérée sur la formation de l'art chrétien, ce n est pas un motif pour que nous rejetions absolument toute influence de ce genre, lorsqu'elle nous est attestée par les documents les pi us certains» les [ilus décisifs (152). Jamais chez aucun peuple un art quelconque n'a été improvisé. Sans doute l'homme a reçu» dans l'origine des choses » une civilisation toute formée des mains de son Créateur; mais ses descendants ont conservé plus ou moins fidèlementce précieux dépôt. Des périodesde siècles se sout écoulées depuis ces temps primitifs jusqu'aux temps historiques. Pendant ceux-ci, que voyons-nous ordinairement?
Les nations (môme celles qui doivent jouer
court, Hiêtùire de Van par le$ mottumenie; Aringbi» Roma sublerranea novUtima; Boldeiti» Oburtationt eur le$ cimetières des saints marif^rs et des ancietu chrétiens; Bosio» Roma sotteranea,
M. Tabbë Bourassé a parfaitement résumé ces divers auteurs dans sa Disseriation si complète smt Us Catacomees de Rome,
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le plus glorietn rdle dans .es arts) débutent dans la carrière sous une impulsion étrangère qui leur sert de point de départ, et n'arrivent à la perfection qu'après des essais et des tAtonnements divers. L'humanité €st trop imparfaite, pour s'être jamais élevée instantanément à la plénitude du beau dans les arts (152*), Dira-l-on qu'il en était autrement des premiers Chrétiens, à cause do leur snpérioritié morale sur les autres peuides ? Cette incontestable supériorité morale, je la comprends très-bien, si l'on veut parler du cachet inimitable de beauté mystique, surnaturelle, qu'elle imprima, dès le ir siècle, aux œuvres de l'art catholique, alors à son berceau. Mais je ne saurais l'admettre comme ayant été, à cette époque, la cause instantanée d'un vaste et régulier ensemble d'esthétique chrétienne. A moins d'une révélation directe, les artistes primitifs dont nous nous occupons maintenant ne pouvaient , eu égard aux conditions tout exceptionnelles et si déplorables dans lesquelles ils étaient, deviner les procédés matériels et si compliqués des arts d'imitation, procédés qui ne s'accpiièrent qu'à la longuç. Et puis, ie christianisme, enfoui dans les catacombes, n'avait-il pas besoin d'air et de liberté pour respirer à l'aise et se développer sans contrainte dans l'art , et dans tout ce qui se rattache au culte extérieur? Aussi, n est-ce qu'après la conversiop de Constantin, que nous le voyons marcher h grands pas vers la perfection et l'atteindre même dans l'érection des basiliques bAttes par l'ordre de ce généreux monarque, agrandies ensuite et embellies par ses pieux successeurs.^ On peut donc , sans faire injure à la poétique chrétienne, reconnaître d'après les monuments primitifs qui existent encore è Rome, et d'après les grandes publications des Aringhi,des Boldetti, des Bosio, des Séroux d'Agincourt, etc., que les nremiers artistes chrétiens empruntèrent à 1 art antique plusieurs de ses types, pour les transformer ensuite, et en quelque sorte, les divini^er; ce qui ne les empêcha pas d'en créer euxmêmes beaucoup d'autres, dont Thonneur leur revient exclusivement. « Les Chrétiens, dit Matter, dans son Histoire de PEaliêe, ne s'emparèrent des beaux-arts de la drèce et de Rome, qu'k l'époque de leur décadence, à peu près comme ils s'emparèrent de la littérature de ces régions célèbres. Ce fut donc leur destinée de ne rencontrer plus que des débris d'arts et des débris de lettres, comme ils n'a-
(462*) N^His voulons dii'e, < chez un peuple ou chez un autre, i car nous repoussons de toutes nos forces le système iinpte et insoutenable du perfectionnement indéfini de rhumanilé réduite à ses propres forces, système inventé , de nos jours, par l'orgueil du rationalisme, qui voudrait se pas* ser de iMeu, et que nous combattons dans plusieurs endroits de ce Dictionnaire. Il a toujours existé dans rhumanité un nrincipe de civilisation qu*elle reçut de Dieu, à son beroeau* Mais, par suite d*une fouledeetusesoud^acctdenls ce principe s*est phts 011 moins développé ou s'est pliû ou noins altéré chez les divers peuples, et plus d'une fois cbez le
valent trouvé que des débris de croyances. Ce fut aussi leur destinée de tout régénérer, v
{Voy. Allégoaic, Architecture, Basiu- QUES. Caractère, Expression, Jêsos-Christ, Peinture Xypes \
CATHEDRALE. Magnifique et Qdèle ré.sum^ de la vie humaine et de la religion tout entière, dans son histoire, dans son culte» dans sa morale et dans ses mystères, loy. Cathédrales, d'Amiens, de Reims et ûd Strasbourg.
CATHEDRA LES d*Albi, roy.ALBi; —d'Amiens, voy. Amiens; — de Narbonne, voy.
Marronne; — de Reims, toy. Reims; — U0 Strasbourg, roy. Strasbourg; — deValen^ ce en Dauphine, voy. Valence.
CATHERINE DE SIENNE (Sainte). Un des plus beaux types de femme dont la religion et les arts qu'elle inspire puissent s'enorgueillir. Yoy. Contraste.
CAVALLIOS. Peintre, élève de Gîotlo, Foy. Peinture.
CESARIS. Compositeur français du xiv* siècle. Voy. Musique.
CHALCEDOINE. Couleur symbolique.
Foy. Couleurs.
CHALONS-SUR-MARNE. Bibliothèque de la ville. Yoy, Manuscrits.
CHANT LITURGIQUE. Les annales ecclésiastiques nous apprennent que le chant deà psaumes et des cantiques lut, dès faurore du christianisme, introduit et consacré par l'exemple du Sauveur lui-même et de ses apôtres. Nous lisons en effet dans i'Evançile de saint Marc (xiv, 26} et dans celui do saint Matthieu (xxvi, 90) que Jésus et ses dis(ûples, ayant chanté lliymne d'actions de grAces après la Cène, se dirigèrent vers la montagne des Oliviers : Et hymne dicio^ exierunt in montem Oliveti.
Saint Paul s'explique en ces termes dans son EpUre aux Ephésiens (v, 18, 19, 20) : Remplissex-vûus au Saint-Esprit, et pour Patlirer dans vos eœurs quand vous vous OfsembleZf entretenez vous de psaumes et de cantiques spiriluels, chantant et psalmodiani du fond de vos cœurs à la gloire au Seigneur. dans sa r* aux Corinthiens (iiy, 16) : Je prierai en esprit ^ je prierai du fond du cœur; je chanterai en esprit, je chanterai du fond du cœur (153). Dans son Epttre aux Colossiens (m, 16) : Enseignez et instruise s-vous le$ uns les autres par des psaumes, des hynmes ei des cantiques spirituels: chantez du fond du cœur et avec grâce à la gloire de Dieu (153*). Remarquons ici que le mot Psallite si fré-
ihéme peuple, selon les phases diverses de leur existence respective. Il y a loin He là au perfectîonnient indé^m de Pespèce bamatne. On peut appliquer cette réflexion à la relation de Jésua-Cliriat, eUe-méme^ car, bien qu'elle renferme tous les élénents de la perfisction buinaDitaira* elle n'a porté plut ou moins ses fruits ebex les divers peuples Cbréliens, qu*antaut qu'ils ont été plus ov bmhbs fidèles à son enseignement et à ses pirécepces.
(153) ùrabo spîrt/u, otnho nunU : psaUam apt% rîfic, psaltam et menu.
(i(8^*) Docenm et c^nmonentes voêmsHi^mê pmi*
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D'ESTHETIQDE CUEETIENNE.
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3 uemment employé par saint Paul et les oclfurs, signifie, dans sa primitive et véritable acception, le chant des psaumes avec accompagnement de psallérion ou de tout autre rastrument à cordes.
II résulte évidemment des divers passages
Sue nous venons de citer, que les chants *église sont d'ori^jpne divine et apostolique. Mais quelle était la nature de ces chants? Leur méloaie devait être la mème« quoique* dégénérée probablement, que celle qiton chantait dans le temple de Saiomon» puisque les apôtres, qui n'étaient jamais sortis de la Judée, ne pouvaient en connaître d*autre. Quant au caractère particulier de cette nfélodie hébraïque, il nous est resté parfaitemeut inconnu, malgré les savantes aissertalions de Calmet,de Martini, de Kircber et de plusieurs autres érudits. Toujours est- il
Îue les apôtres ont chanté les psaumes de avid comme ils les avaient entendu chanter dès leur enfance. Mais^ lorsqu'ils eurent franchi les limites de la Judée pour aller prêcher la bonne nouvelle aux Gentils, conservèrent-ils intactes les mélodies hébraïques, ou bien adoptèrent-ils, comme plus universelle et plus populaire, la mélopée grecque, en l'adaptant aux paroles sacrées Ae la nouvelle liturgie ? Je crois qu'il faut établir à c« sujet une distinction im^iortante entre les églises fondées dans la Palestine el celles fondées chez les Gentils et dans la Grèce en particulier. Dans les premières^ le rbant hébraïque a dû se maintenir longtemps.. Dans les secondes, il a dû céder à TinOmeace de la mélopée grecque, qui aura fini pai^ l'absorber.
II serait très-intéressant de savoic positivement à quel système musical appartenait le chant des hjmnes que saint PauJL recommandait aux Ephésiens. Il serait plus^ intéressant encore de connaître le cnant d'actions de grftces après la communion, qui avait été réglé de vive voix par le même apôtre avec les autres rites du saint sacrifice, comme Pindique ce passage de sa V* aux Co-^ rifUhiens (xif 3k) : « Quant aux autres points relatifs au sacrifice et à la communion eucharistique, )6 les réglerai de vive voix, ^ mon retour (IM). » Mais, puisque nous n*ar vous plus les détails liturgiques qu'indiquent ces courtes et substantielles paroles de lApôr tre, nous ne pouvons absolument cien préciser sur le chant des églises de Corinthe et d'£phèse. Il est probable qu'il subissait déjà, dans f*es deux villes, rinflaence de la mélopée grecque dont nous parlerons en son heu. Il importe en attendant de prou- Ter, par quelques autorités incontestables,, ooe peouant le laps de temps qui s'est éoonlé depuis Tocigine du christianisme
su#v AymRW ei cantkU tpirUualibutin graiia canton' ti$ in cordibus vettriê Deo,
(154) Cœtera autem^ cumvenerOydisponam,
(155) Ce qui prouve^ contrairement à ropînion opposée et^généralement reçue, que les simples fltieles ne chanuienl point dans les églises, si ce A*est pour répondre au célébrant, et dans un getlt
jusqu'à la fin des persécutions, la pratiuue du chant religieux n*a jamais été perdue dans TEglise de Dieu.
Pline, dans sa fameuse lettre à Trajan, parle des cantiques que les Chrétiens, assemblés, avaient coutume de chanter au lever de l'aurore. Saint Justin, le philosophe, (l'an ISO de Jésus-Christ), s'énonce en ces termes dans sa première Apologétiaue :
• Nous n'honorons point Dieu par des libations ni par de sanglants sacrifices ; mais par nos prières,. nos louanges et nos actions de grâces. Nous chantons des hymnes en son honneur. » Tertuilien n'est pas moins explicite. £n l'an 26&, le concile d'Antiocho condamne Paul de Samosate pour avoir banni de son église le chant des psaumes et des hymnes de David.
La conversioade Constantin, en donnant un libre essor à la manifestation du culte extérieur, dut favoriser beaucoup les développements du chant ecclésiastique. Depuis longtemps le christianisme avait été fondé dans la Grèce et dans l'Asie Mineure, dont les villes possédaient un évèque. Bientôt le siége<de 1 empire romain fut transféré au milieude ces provinces orientales dans l'an:tique^ Byzance, qui devint comme un foyer« de l'art chrétien. Ces deux circonstances > réunies ne pouvaient que contribuer à favoriser l'emploi de la mélopée grecque dans les chants de la liturgie ecclésiastique. Nous avons une preuve de cette influence et. en même temps de Tantlque usage da chant à deux chœurs, dans le célèbre canon du concile de Laodicée, relatif à la musique d'église, qui fut adopté par la plupart des évêques de l'Orient et de l'Occident. Ce concile» tenu vers l'an 360, statuait qu'à Tavenir les /Chantres ecclésiastiques (cac il y avait alors Tordre des chantres) auraient seuls le droit de chanter dans les églises (155). Ce chant devait être exécuté à deux chœurs ; c'est ce qu'on appelait aniiphonit, dérivé de deux mots grecs qui signifiant chanter devant,, en présence les uns des autres, aller- nativement^ A ce sujet, nous citerons un passage remarquable de saint Isidore, dans son livre De offlciis êcclesiasiiciê. L'évoque de Séville s'exprime ainsi : « Les Grecs furent les premiers qui composèrent les antiennes pour être chantées à deux chœurs alternativement, comme deux séraphins.
Chez les Latins, ce fut le bienheureux Arabroise gui, à l'imitation des Grecs, composa ces antiennes, et cet usage se répandit bientôt dans tout l'Occident Tl 56). »
Déjà, au rapport de V historien Socrate, saint Ignace, évèque d'Antioche, ayant entendu Tes anges célébrer alternativement les . louanges de Dieu, avait institué ce genre de*
nombre d^autres^as. exceptionnels.
(156) Aniiphonat Grœci primum compûtuerunt , iuobui chortê alternative eoncinentibus.qwtsi duo teraphim; apud Latinos autem primu» idem Ambrotiuê atttiphonas eonsiUuity Grœcorum exemptât imitatuê. Et ninô in cunctis occiduit regionihuê earnm h$us . ittcubuit. — (De offciis eccletiatî.^ lili. i,caii. 7.)
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obant dans son église ; c'est celte légende sans doute qui a porté saint Isidore a comparer le chant en deux chœurs au chant des séraphins, quasi duo seraphim. D'autres assurent» au contraire» gue ce fut un prêtre de la même église d'Antioche, nomméTlavien^ qui Y introduisit, mais beaucoup plus tard, en 350, l'usage dont nous parlons; cet usaec aurait été bientôt adopté par saint Basile le Grand, évèque de Césarée, en 366. Hais tout porte à croire que le chant à deux chœurs alternants, bien qu'il n'ait été adopté que depuis le concile de Laodicée, était connu dès les temps apostoliques^ puisqu*on Je trouve déjà établi chez les thérapeutes, qui étaient les Chrétiens les plus parfaits de ces temps reculés.
Les données très-rares et très-incomplètes qui sont venues jusqu'à nous touchant la nature et le mode d'exécution du chant ecclésiastique jusqu'à saint Ambroise,. nous font présumer que, pendant un aussi long intervalle de temps, il n'y eut rien de bien arrêté sur cette partie importante de la liturgie. Nous pouvons raisonnablement penser que le chant était alors d^une grande simplicité, et en rapport avec les niovens bornés d'exécution qui existaient, dans ces temps d'épreuve et de persécution. Ainsi que nous l'avons déjà fait observer, dans les villes où les Juifs étaient en majorité, on devait tenir beaucoup à l'antique mélodie dont avait retenti en l'honneur de Jéhova le temple do Salomon» Dans la Grèce et t*Io^ nie, les descendants de Périclès, convertis à la foi chrétienne, essayaient dans leurs pieuses assemblées d'adapter le chant des ])saumes du prophète royal à la lyre mélodique de Terpandre et de Timothée. Les autres nations avaient probablement adopté un genre mixte, composé des deux élémenis, grec et hébreu^ dont nous venons de parler.
Il était résulté de cette diversité de systèmes, ou plutôt de l'absence d'un système fixe et régulier, une grande confusion dans le chant ecclésiastique, lorsque saint Ambroise, archevêque de Milan (de 374 à 391J, qui avait fait une étude spéciale de la musique, conçut le dessin de régulariser celle liai était alors en usage dans l'Ëglise,' en 1 établissant sur les bases solides et rationnelles que nous allons voir. 11 prit son ])oint de départ de la mélopée grecque, soit en empruntant aux Orientaux des nomes on airs populaires qui ne variaient jamais; ftoit (et ceci est le plus important), en rédui-
sant en octacordes ou sénés de huit tons» que nous appelons octaves, les tétracarde» ou séries de quatre tons dont se compo* saient les tétracordes grecs (157). Dans cette vue, il établit les quatre premiers modes authentiques ou primordiaux, qui devaient former la base invariable du chant ecclésiastique, en leur conservant leur dénomination {)rimitive, à savoir : le Dorien, lePhrjgien, e Lydien et le Mvxolidien. La constitution des modes grecs (excepté le Dorien) n'étant point encore parfaitement conniM, il est
Erobable que saint Ambroise se sera borné seproduire les notes principales de chacun d'eux, sans s'attacher à une imitation exacte de leur succession diatonique. Peutêtre cette succession avait-elle été déjà altérée peu à peu, ou modifiée avec intention par les Chrétiens, de telle sorte que Tarchevêque de JMilan n'aurait fait que reproduire, dans les quatre modes dont il est l'auteur,, ces altérations ou modifications opérées avant lui. S'^il est vrai, comme le prouvent les peintures originales recueillies dans les Catacombes de Rome que les premiers Chrétiens aient emprunté à la mythologie antique plusieurs des principaux motifs allégoriques de leurs compositions, motifs qui, modifiés plus tard « ennoblis, transformés par leurs successeurs, devaient former les éléments d'une peinture nouvelle et propre au christianisme, pourquoi la musique sa>crée, après avoir eu un même point de départ, n'aurait-elle pas été appelée aux mêmes destinées 7 C'est, du reste, ce que démontre la suite de <ton histoire. Je vais môme plus loin, en afllirmant que l'on vit, dès l'aurore du christianisme, des apôtres, des évêques et de grands saints, trouver dans les seules inspirations de leur foi des chants dignes de la majesté du culte divin. A défaut de leurs compositions qui n'ont pu arriver jusqu'à nous, nous avons les témoignages formels de l'histoire qui nous a transmis leurs noms révérés (158). Du reste, quel qu'ait été le degré d'influence exercée par la psalmodie hébraïque, la mélopée grecque et l'inspiration privée sur le cnant ecclésiastique, il faut Dien reconnaître que le Sénie du christianisme a imprimé son soufe divin, son inspiration créatrice à la musique comme à la peinture, à la sculpture, à 1 architecture et à la poésie, et il serait oiseux de revenir sur les preuves que nous en avons déjà données, ou d'anticiper sur celles que nous ajouterons encore a la démonstration de cette venté (159).
(157) Ces modes étaient certaines successions de tons et de deroî-tons, par oclaves , basées sur les diverses notes de récbelle tétracordale , comme on peut en lire FespUcation dans notre Enai sur le elumi ê€cU$ia$tiquef lom. Y des AnnaUt archéologiques^ année 1846. Voir aussi Tarticle Modes ecclé- BusTiQOES, du présent Dictionnaire.
(158) Voir la note suivante.
(159) Voici, à Tappui des assertions oui prérè> dent, un aperçu des saints et illustres personnages qui se sont occupés du chant ecclésiastique, et qull
sera loisible an lecteur de consulter, depuis saint Ambroise. auteur présumé du chant du Te Deunê^ jusqu'à répoque de saint Gr^oire.
En première ligne , nous oevons citer saint Augustin, contempoi*ain, durant la première moitié de sa vie, du saint archevêque de Milan. D'après son témoignage , le chant ambroslen éuit fort mélodieux ; il se faisaii reman|ner par un rfaytbme bien prononcé, comme celui de la musique grecque d*où H dérivait. Tout le monde connaît féloge qu*il en fait daub le livre ii de ses €onfes$ioti»t où il racoUe
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D ESTilETIQlX CHRETIENNE.
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Mais ce qu'il nous iniporlo de faire ressortir dans un ouvrage d'esthétique,, eorarae celui-ci, c'est la beauté divine du chant ecclésiastique primitif. A ne consulter que la note ci-aessous, il est facile de voir- que longtemps avant saint Grégoire le Grand , d^Autres souverains pontifes,, ainsi que des
rirélats, des moines et des docteurs, s'étaient ivres avec zèle à renseignement et à la composition du chant liturgique. Leurs productions, à en juger par les rares fragments qui nous en restent et- par le témoignage non interrompu de la tradition, se faisaient; FAroarqner par une noble et touchante sim-. plicité ; elles avaient «ne vertu suave^ pénétrante, qui les rendait inimitables. L'inspiration mystique du génie chrétien avait déjà passé par là. Certes, les artistes des pre->^ miers siècles gui avaient' pu, dans 1b domaine de la peinture et de la sculpture, créer des types comme ceux que Ton voit encore dans les grandes saHes du Vatican, et dans le domaine de TarcfaHecture, des basiliques telles que celles de Saint-Jean de Latran, de Saint-Pierre et de Saint-Paul hors les murs, n*avaient pas dû' être moins bien inspirés pour le chant liturgique , dont la pratique avait commencé' dès raurore de leur religion. Ce^qui leprouve, c'est que plus on remonte vers Tantiquité, plus le chant paratt beau de mélodie, d expression et de délicatesse. G'eat Topinion des hommes de Tart , et en particulier celle de Tabbé Baini , mort depuis peu à Rome, où il était directeur des chapelains chantres pontificaux. Je le cite-d'Mtant plus volontiers que rextroit que j*en donne, résume d*une manière concise- et' élégante , les diverses opinions des savants touchant Torigine du cnant ecclésiastique, et qu'il nous aidera è saisir le ca-
conment sahit Ambroise eut recours au chdnt des psaoBies, ga*il établit suivant la pratique des Eglises aOrieiii. Saint Augustin, non content d*avoir parlé fréquemment de la musique dans ses ouvrages , a cooiposë sur cet art un traité spécial divisé en sii livres, qot se trouve dans le premier tome de ses œuvres complètes. 11 mourut en 450. — Saint Pamlion, abbé de Nîtrie, en 580, auteur d'un excellent frmté 8or la psalmodie, qui fait encore autoriié de MM jours» sous ce titre : InsHtuta Patrum de modo ptmUendi sive eantandi. H est compris dans les Sert* PfoTBê eeeUsiaêticit de Tabbé Gerberti — Le Pape saint Damase, mort en 384, a composé plusieurs nymnes H poésies religieuses; il s*est occupé avec xéte et succès du chant ecclésiastique. — Saint. Jérôme, mort en 4SN), s'est occupé également de liturgie et «te cbant religieux. Dans son cpitre â Lceta, bellefille de sainte Paule, il lui conseille die graver dans la mémoire de sa ftlle quelque chose des psaumes, dés que Page lui permettra d'articuler- quelques saas, el de rbalniuer k chanter des hymnes, le matin, à 86 tenir prête à.riieurede tierce, do sexie fi de none , comme une sentinelle vigilante, et à cottrooner la journée en offrant, à la lueur d^ine lampe, le sacnlicedn sein Dans son oraison funèbre et sainte Paule, saint Jérôme dit que les jeunes vieifes consacrées au Seigneur étaient dans Tusage de cbaaier Ivus les jours le P^aud'er, en (e disant mue Prime (ce nom n'était pas encore connu« mais la prière qu*il indique ex imitait eu substance). Tierce, firxie» fione, Vé|Mres et Toflice, de la nuit. -^ Saint
ractèrc de ces anciennes mélodies, telles qu'eltes existaient, soit avant, soit après saint* Grégoire. II ftut tenir compte toutefois des modifications plus ou moins importantes que peuvent apporter h un jugement de cette nature les révolutions écoulées, la différence des temps et des lieux, le génie particulier de certains peuples et bien d*au* très circonstances qu'il serait facile de relever pendant une si longue période. Après avoir prié le lecteur de se contenter du résultat de ses études sur tous les écrivains qui ont traité du chant ecclésiastique, et sur les nombreux manuscrits de toutes tes nattions, qu*il a consultés dans les bibttothè- 3ues et archives de Rome; après avoir^ onné sur la-constitutîon des modes authentiques et* plagaux une courte dissertation que nous omettons, parce que nous devons revenir sur cette importante matière, rabl>é Baini poursuit en ces termes : « Les véritables et antiques mélodies du cbant grégorien (je parle sans détour, quoique puissent écrire contre mon assertion tous les musi* ciens qui ne seront pas de mon avis) sonl tout à fait inimitables. Elles petivent èiro* copiées et adaptées. Dieu sait comment, à. d'autres paroles; mais en composer de nou-* velles aussi excellentes que les anciennes», cela ne saurait se faire,, et personne n'a pu. encore y réussir.
« Poiu*. moi, je ne dirai pas que lai miqeurei pairie de ces mélodies lurent ToBUvre des- )îremiers Chrétiens ; que auelques-unes mè^ noe étaient de l'ancienne Svnagogue, et furent ainsi composées (qu on me permette Texpression), lorsque 1 art était dans toute sa vie ( ^tiando Far le era mva ). Je ne di» rai pas que beaucoup sont l'œuvre de saint DamasCy de saint Gélase et surtout de. saint
PauKn, évêaue de Noie, en Mi; a composé plnstein^s hymnes q«i on chante encore dans- les églises qui suivenLle rite romain. — Claudius Wameri, prêtre de rfglise de Tienne et frère do Tévéque du même nom, musicien, poète, orateur, géomètre,. florissaiV en 471, Il est auteur de Thyume
Pange, lingoa, glorioti , PrsTiam certamiiiis, ,
qu'on chante le vendredi saint. — Le Pape Gélaseï élevé au siège pontifical eo-idS, est l*auteur de qiieU qoes traits, préfaces et hymnes. 11 apporta un soia tout particulier à la bonne constitution du cliant ecclésiastique. — Le Pape Horroisdas, élu en. 514, s'appliqua avec zèle à Tamélioration et à Teitension du cbant religieiu. —Déjà, en Tâmnëe 401; le Pape Hilaire avait fondé à Rome une école de chantres, qui fut restaurée beaucoup plus tard par saint Gré* ffoire, comme nou&Ie verrons à .rariicie-de ce grand Papo. ^ Saint Nicet, évéque de Tjrèves en 627, a écrit un Traité sur le chantées hymnes et despsan* mes dv^s LWAce public intiiulc: D« lande ei uii/itate spirHualium canticorum quœ fiunt in Ecclesia chriêliana, ««n d^ psalmodia, bona, — L'infortune Boèce, noble romain, philosophe chrétien, auteur du livre de la Cemolatiotu décapité en 534 par ordre du roi Théodoric, a composé un 7raéf^ fort es^^ timé sur la musique des Grecs, dans lequel il parle, entre autres, choses intéressantes , de remploi des lettres latines pour la notation musicale. 11 est le premier auteur conini qui «t parlé de cet empM.
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Grégoire le Grand, pontifes spécialement éclairés d*en haat pour une telle entreprise. Je ne dirai pas que quelques-unes d entre elles sont encore des moines les plus saints» les plus doctes, qui fleurissent aux vin*, ix*, x% XI* et xu* siècles, et qui, comme chacun sait, ayaient coutume de se préparer au tra- 'vail par les yeilles et le jeûne. Je ne dirai pas, ainsi qu*il résulte de nombreux monuments qui nous sont restés, qu'avant de composer un chant ecclésiastique, les auteurs dont nous parlons observaient la nature, le caractère, le sens des paroles et les circonstances dans lesquelles elles devaient être chantées, et qu'en se rendant compte du résultat de leurs observations , ils écrivaient dans le mode ou le ton le plus convenable, soit par son acuité nu sa gravité , soit par son mouvement et le genre de sa marclie, soit par la pose des demi-tons , soit par le caractère particulier de ses modulations, soit par les allures des mélodies. Ils mettaient une différence dans la manière de chanter, entre la messe et Todice : autre était le genre de chant pour VJntroU , autre pour le thradutl et autre pour le JraiV, autre pour VO/fertoire et autre pour la Communion: autre pour les Aniiennes et autre pour les Répom , autre pour la psalmodie après l'antienne de YlntroU^ et autre pour là psalmodie des heures canoniales; autre pour le €hant destiné à être exécuté par une voix seule, et autre pour le chant en chœur. Tout eela, ils l'obtenaient dans les étroites limites d'une quarte, d'une quinte, tout au plus d'une sexte, mais bien rarement dans celles de sept ou de huit tons. Je ne dirai, je le répète, rien de particulier dans cette matière; mais je aéclarerai avec une pleine certitude que, de l'ensemble de toutes ces inestimables mélodies, il résulte que le chant grégorien a un je ne sais quoi d admirable et d inimitable , uno finesse d'expression indicible, un pathétique qui touche, quelque chose de limpide, de toujours frais, de toujours nouveau, de toujours vert, de toujours beau ; mais rien de fade, rien de suranné. Auprès de ce chant apparaissent tout à coup bien stupides, insignifiantes, fastidieuses, absurdes,. surannées, les mélo- Wes modernes par lesquelles on l'a altéré , ou qu'on y a simplement ajoutées, à partir de la dernière moitié environ du xiii' siècle jusqu'il nos jours (160). >»
Léonard Poisson, auteur d'un des meilleurs Traités de plain-chant que nous possédions , s'exprime exactement comme le judicieux et savantabbé Baini, sur la beauté des antiques mélodies grégoriennes et leur supériorité, sur celles qui ont été compo-
(160) Mémoireê sur la Vie et ieê OEuvree de Paleetrina^ par J. Baîiiî, prêtre romain, cbapelain , chanteur cl direcieur de la chapelle pontificale, (Borne, 1828.) Vol I, chap. 3.
(161) G*est aussi le sentiment de Tabbë Lebœufi dans son remarquable Traité historique et pratii/ue du plain^ehanl,
(tbi) Traité historique et pratique du plain-chaut^ ;ar Léonard IVisbOii (1750), pag. 10 cl 11.
sées plus tard (161). Après avoir affirmé qu'on ne peut mieux se fixer pour ces mélodies qu au siècle de Charlemagne et aux deux suivants, il continue en ces termes : « Plus les compositions de chant approchent de leur première origine , plus elles sont simples et presque sjllabiques, surtout celles des antiennes , et plus leurs progrès sont doux, mélodieux, naturels, au lieu que les compositions postérieures sont surchargées de notes, et que leurs progrès sont durs et guindés, et pour me servir de l'expression de M. LetMBuf, cahoteux» et par là toujours difficiles et désagréables. Prenez en effet dans Tantiphonier romain i ou dans un autre antipnonier antérieur au x* siècle, les antiennes de Noël, de Pflques, de l'Ascension, de la Pentecôte et des autres offices de l'année ; comparez-les avec les antiennes des offices postérieurs, et vous serez frappés des différences de composition, les premières étant fort simples et les autres chargées et trop modulées. »
Quand donc on trouve des pièces de chant qui se ressemblent , en les examinant de près , on discernera facilement les originales de celles qui ne sont qu'imitées, à ces marques non équivoques. Les plus anciennes sont ordinairement simples, mélodieuses, coulantes ; elles sont aussi , comme oa l'a déià dit, plus correctes pour Texpressioa et la liaison des paroles ; elles sont encore plus variées et plus diversifiées» ce qui est une perfection qu'on ne doit pas négliger. Tel est l'esprit du véritable chant grégorien (163).
La nature de cet ouvrage essentiellement métaphysique ne nous permettant les développements historiques et critiques qu'autant qu'ils se rattacheraient directement à la question du beau dans l'art chrétien» je ne saurais, sans sortir de mon cadre, exposer ici les différentes phases que léchant liturgi-
3ue a subies jusqu'à l'époque actuelle (163). eulement je ferai remarquer avec Léonara Poisson {loeo eitato) gue tous les chants des différentes églises viennent du Romain , et qu'en France il en était de même avant les nouveaux bréviaires qui y firent invasion durant la deuxième moitiéduxviirsiècleetle suivant, en sorte que les changements qui s'y trouvaient et aui venaient des diverses mains par lesquelles ils avaient passé, n'ont jamais altéré le fond, au point de le rendre méconnaissable.
Maintenant, nous serions emmené nécessairement par l'ordre des matières à examiner la part qu'a eue saint Grégoire le Grand dans la constitution du chant ecclésiastique. Mais cette question trouve natu-
(463) Pour ces détails historiques - critiq»», et, en particulier pour ce qui concerne la grande ré» forme du plain-cbant efièoiuée dorant lexvn* siècle à Roine, par Paul Y, et en France par répiscoMt» on peut lire l^ouvrage publié récemment pur I a«» leur de ee Dictionnaire, sur le Chant Uturpam (AvI*
S non, chez Seguin, 1854), I vol. in 8*. Noos en onnons àes eiiraits à la Hn du mot Grécoubp (chauf).
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D^ESTHETIQUE CHRETIENNE.
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rellement sa place dans Tartiele que nous consacrons à ce grand Pontife. Yoy. Gregoim« ^Saint). Enfin à Varticle Modes {foy, ce mot) nous traitons plus à fond encore que dans celui-ci Testhetique du plaint-chant. {Voy. aussi les mots : Opéra ; Orgue, etc.
CHANT GRÉGORIEN. Yoy. Grégorien.
CHAPKLLK. Yoy. Corsini.
CHAPELLE (Sainte). Yoy. Grandeur.
CHAPELLES rayonnantes. Yoy. Roman.
CHARTRES TCathédrale de). Sa perfection ; son chœur semblable à celui de Bourges dérive directement de Notre-Dame de Paris. Yoy. Amiens.
CHARTREUSE (Grande), (près de Grenoble|. Chef d*ordre des Cbartreui, voués è la prière et à la contemplation. C*est un des ordres les plus célèbres, et par son ancienneté et par la ferveur persévérante de ses religieux (16&).
Le monastère de la grande Chartreuse nous offre un des ty()es les plus remarquables de la beauté qui résulte des harmonies de la nature* unies à celles de la religion. C*est sous cet aspect, qui rentre si bien dans norre sujet, que nous allons le considérer (165).
(I6i) Ils n*ont Jamais eu besoin de réforme.
(165) Ce inonaslère fut fondé par saint Bruno, Bé à Cologne, et qui avait été auparavant chanoine d ehancelier de TEglise de Reims. C'est dans celte ville que, he trouvant dans la maison d*Adam , où il demeurait avec Raoul et Futcius, deux de ses collègues, ils eurent, ainsi qu*il le raconte hii*ménie, une eonversation toucbant les (ausses joies de la terre et les délices pures et inn«)centes de la vie étemelle, et qu*étant par là enflammés du ddsir de cette vie, ils promirent et même firent vœu de quitter le siècle et de prendre Thalilt religieux.
f Peu de temps après ce vceu, Bruno, guidé par ■ne sage méttauce de lui-même, voulut faire Tapprentissage de la vie monastique sous un maître édatré daos la science du salut. Il alla donc, avee deaz de mss disciples, se mettre sous la direction de saint Robert, que les solitaires de Molesmes avaient choisi pour leur abbé, et qui fonda ensuite Tordre de Cileaux... Après plusieurs années passées dans la retraite et dans de profondes méditations, il crot être en état de fonder un nouvel ordre religieux, d^anrès un plan qu*rl avait conçu... Il ne larda pas à réunir, à la place de ses deux anciens disciples, qui ne le suivirent pas, six autres personnes (a) quHI entraîna par son prosélytisme ardent, k se consacrer avec lui à la vie de solitude et de péaitence dont il leur retraça Tausière tableau.
t Or, vers ce temps-là, sainC Hugues eut une vision singulière : il fut transporté en espiit, peitdant les ténèbres de la nuit, au milieu des uionlagnes de la Cbarireuse (b). Là, dans des clairières entourées de sombres forêts et surmontées de rocliers menaçants, au sein d*un désert ionché de pierres brisées et sillonné par fies avalancties, il lui sembla que le Seigneur se construisait un temple magnifique, création vraiment divine au milieu de cette espèce de chaos; en même temps il crut voir sept étoiles brillantes s*arrôter sur le faite de cet édittce et le rêvé*
(s) Ces compagnons de salnl Bruno se noninialent Laud- Tis, italien, ne en Toscane ; £Ueone de Boarg et Etienae de Die, Uhêb deux cbanoioes; de Saini-RuC; dit le cha* ptlsio, et deex briques, André et Giiériu.
(h) Ce sont ces montagnes qui ont donné leur nom à iVirdre de iraint Bruno.
On a souvent, et non sans raison, fait observer avec quelle admirable entente les fondateurs d'Ordres religieux ont de tout temps choisi la nature des sites qui convenaient le mieux à Tesprit de leur institut. Ce rapport entre les sites et les monastères pour lesquels ils avaient été choisis, a donné lieu à un
f^enre de beauté inconnu ailleurs que dans e christianisme, et que son esthétique a, par conséquent, le droit de revendiquer. Ainsi, pour nous restreindre au monastère qui nous occupe, lorsque Bruno pénétrant avec ses disciples dans ces défilés sombres^ jusque-là inaccessibles, de la forêt cartusienne, planta à Textrémité la plus épaisse^ la plus solitaire de cette haute forêt, sa tente et celles de ses six compagnons, il fut aussi bien inspiré au point de vue des convenances de la nature que de celles de la religion. Que se proposait-il en effet? si non une séquestration complète du monde et une application constante à la (irière et à la méditation. Or, quel site était plus favorable que Timmense et impénétrable désert, à cette vie de contemplation? Telle est aussi ridée d'harmonie, de rapport, oui frappe, môme à leur insu, les voyageurs habitués à
tir d*une pure et mystérieuse lumière (c).
f Le lendemain , Bruno et les six pèlerins qui raccompagnaient venaient se jeter aux pieds de saint Hugues. < Nous avons été attirés vers vous, > s*écrièrent-ils« € par la renommée de votre sagesse c et par la bonne odenr de vos vertus. Nous venons; f à I exemple des Hilarion, des Antoine et des anac chorètes des premiers temps, chercher un désert c où nous puissions fuir les fausses joies du monde c et les orages d*un siècle pervers. — Je reconnais € en vous, ajoutait le chanoine de Reims, la ligure c d'un ange qui m'apparut dans le cours de mon c voyage, et a qui Dieu m'a ordonné de confier la c conduite de ma vie : recevez-nous dans vos hras; c conduisez -nous à la retraite que nous cherchons. >
< Hugues, ému d'un pareil spectacle, releva et embrassa ces pieux éiranaers. 11 leur fit une réception pleine d'affection et de charité, et leurs larmes d'attendrissement se confondirent avec les siennes. Il comprit alors que l'apparition des sept étoiles était le présage divin de leur arrivée, et qu'elle indiquait le lieu où ces mages chrétiens devaient ar* rèter leurs pas... Bruno resta quelques jours à (are* noble avec saint Hugues ; il conféra avec Lui de la règle qu'il avait projetée pour la fondation de sou ordre. Qu'ils durent èlre élevés et sublimes, les en« treiiens de ces hommes de Dieu, méditant ensemble les hases de Tordre des Chartreux , qui font depuis huit siècles la gloire de la catholicité I Quelle profondeur, quelle gravité devaient présider aux discussions de ces saints législateurs ! ils surent créer une société religieuse dont la puissance de vitalité a été si grande que sans avoir besoin d'être réformée (d) ni renouvelée, elle est encore debout après plus de sept siècles, après avoir vu naître et périr autour d'elle une foule de sociétés politiques et Ira* maines.
c Quelque temps avant la fête de saint Jeaii-Da-
(c) Ce miracle a été reconnu aoUienlfqae par plusieurs auteurs Irès-distiogués , entre autres par Tabbé Fleuiy, par le P. Giry, et par Balllet, critique ixès-sévère et sur* nommé le Dénicheur de saints.
(H) NHttquam rsiorinata, qviia mmqiuim digormakL
OU
EMCTJONNAIRE
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se recueillir dans leurs pensées , lorsqu'ils gravissent lentement la montée du désert le plus renoma>é peut-èirp qui existe dans les annales cénobiliques de notre Occident. Sous Tempire de cette roultinte impression, ils éprouvent une admirable gradation de sentiments divers qui se succèdent, sans se détruire, et tiennent sans cesse en haleine Timdgination, Tespril et le cœur. Que dironsnous surtout de cette douce, de cette profonde mélancolie que ne manque jamais de leur inspirer laccord merveilleux des barmouies de la solitude avec celles de la méditation 1 Je n'entreprendrai point ici de décrire ces
t hases diverses de Tascension qui commence rentrée du désert aux bruits des eaux vagissantes du Guiers, et aboutit au monastère, après trois heures d'une marche on ne. peut plus accidentée.
Ces montagnes entièrement boisées de la base au somuiet, avec leurs crêtes hérissées, de sapins aigus comme les ânes aiguilles qui surmontent les faites de nos cathédrales, gothiques ; ces brusques et continuels changements de sites imprévus, dont chacun se« rait digne par sa beauté, de fixer longtemps, les regards émerveillés d'une végétation si riche et si variée ; ce torrent, qui tantôt murmure à côté de vous , et tantôt gronde sourdement au fond d'une étroite vallée dont vos yeux effrayés ne peuvent sonder les pro^ fondeurs; ces ponts si nombreux et si différents de ifbrme et d'élévation que la nature et l'art ont jetés alternativement sur ces eaux tour è tour limpides et écumantes que le voyageur est onligé, à chaque instant, de traverser; cette verdure, épaisse et d'une teinte si foncée, qui charme constamment vos regards ; ce silence absolu de la nature, que ne varie jamais le chant des oiseaux inconnu
ptigte, Hugues conduisit Bruno avec ses compagnonsdans le lieu (|ui lui avait été désigné par 1 apparition mystérieuse des sept étoiles. Ils traversèrent ensemble les portes naturelles du désert de Chartreuse, formées par des rochers inaccessibles qui se perdent dans les nues. Ils cheminèrent à travers Ses forêts, les rochers et les précipices jusqu^aux lieux où est maintenant la chapelle de Saint-Bruno., ^ii rhorreur de ces aspects sauvages, ni le silence affreux du désert, ni la crainte des frimas d*un long hiver n^ébranlèrent le courage de ces pieux anachorètes. Ils acceptèrent ce séjour avec son âpreté et ses rigueurs, comme le digne théâtre de la fervente pëniience à laquelle ils allaient consacrer leur vie.
f Hugues avait conduit à travers le désert le pe-^ tit troupeau qui s^était conflé à sa gardf«. Mais il jiV avait pas d'eau dans Pendroit où ils arrètèreru leurs pas, et comme tout devait être merveilleux daits rétablissement de Tordre des Chartreux, Tévéque de Grenoble, comme un autre Moïse, frappa le rocher et en fit jaillir la source qui depuis a été eonuue sous le nom de fouiaiiie de saint Bruno. C'est cette fontaine que le prieur Guignes lit venir plus tard par des aqueducs jusqu'au lieu où est le monastère
(a) Generasi mtlifes cœpenmi habitare m separtAh ceUis Bmnone magiaro oc duce, qm idênUdem in ri/tiim locum tHoxiim hnrridum secedere comnererat. (Nabillon, Annale» è^nedicimeê, tom. V, psg. 203.) Ce lieu est une es
dans ces lieux, et qui n*est interrompu que par les murmures dti torrent, la grande» Tunique voix de ces lieux déserts; tout cela saisit l'Ame profondément et lui fait savourer ces jouissances intimes que Ton ne trouve que dans la contemplation des grandes scènes de la nature et dans la sérénité de la paix de TAme. Alors, on conçoit comment les gracdioses beautés du désert ont pu arracher à un monde vain et trompeur tant d'hommes d'élite qui n'avaient plu^ que faire de ses joies homicides et de ses perfides douceurs. L'impression du voyageur est encore plus vive et plus profonde lorsque, arrivé au terme de son ascension, il aperçoit tout h coup en face de lui la masse imposante des vastes et réguliers bâtiments du monastère, avec leurs toits en ardoise à
Eente fortement inclinée, avec leurs nomreuses tourelles et leurs élégants clochetons. On dirait toute une ville monacale qui se dresse soudainement devant vous. Au Dord-^st, et bien au-dessus du monastère, qui domine lui-même de quatre mille pieds le niveau de la mer, s'élèvent les pics sévères et chevelus du Grand-Somm, dont les flancs détachés représentent autant de masses de roc de granit, sur les parois desquelles se dessinent par intervalles de sombres lizières de sapins. A l'opposé du Grand-Somm, au sudouest, c'est le versant rapide d'une montagne . toute couverte d'un tapis d'arbres tellement serrés,, que l'on aurait de la peine è se frayer un passage à travers ces arbres touffus. Kntre celte montagne, avec son manteau de verdure foncée, aussi douce que le velours, et celle, è l'aspect si austère du Grand-Somm, apparaît le monastère, dans un es()ace re serré, comme entre deux forts qui le protègent contre l'invasion du monde et de ses plaisirs. Ici règne plus encore que le long
actuel. Bruna et ses disciples construisirent ensuite pour leurs demeures d*humbles cabanes, séparées les unes des autres par un espace de cinq coudées, et adossées à d'énormes fragments de roc détachés des montagnes supérieures. Chacun des religieux eut d'abord sa cabane ou cellule pour lui seul ; mais bientôt leur nombre s'étant accru, ils furent obligés, pendant quelque temps, de se mettre deux dans chaque cellule, jusqu'à ce que Ton en eôt bAti de nouvelles. >
Suivant la tradition de Tordre, Bruno aurait eu. sa cellule avec un oratoire, dans Tendroît méuie où est la chapelle qui porte encore son nom, et on^ aurait conservé longtemps l'autel sur lequel le saint fondateur des Chartreux avait offert le sacrifice de^ la messe.
Mahillon (a) rapporte que Bruno avait coutume de s'éloiffner pendajitune partie de la journée du lieu où étaient sa cabane et celles de ses compagnons, et de s'enfoncer dans la forêt; d'y chercher les sites les plus âpres cl les plus sauvages pour s'y livrer à ses saintes et mystérieuses contemplations. < Extr. de ta Vie de Hugues, évèquc de Grenoble, par &L Albert Dulioyji,. 1 vol. in-8% chapitre % pug. U6.73.
pèce d'oratoire naturel, formé par un rocher que Ton montre encore aujourd'hui, et qui se trouve un peu au delà de la chapelle de Saint-Bruno,, plus avant dans Uk. forôl.
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