‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ouChapitre 27 sur 168 · CRA · texte numérisé non relu

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D'ESTHETIQUE CHAETIENNE.

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de la sinueuse Tallée aux mille replis qui conduit à ces sublimes hauteurs, un silence profond et solennel; car l'eau mugissante du torrent qu'on a laissé à droite quelques minotes aupararant ne se fait plus entendre, et roreille n'est frappée que du son de la cloche monacale f qui, aux heures marquées £our la prière publique des fervents cénoftes, fait retentir les échos du désert de ses mélancoliques volées. Ce signal nous invite aussi k entrer dans le pieux monastère. La porte nous en est ouverte par un des bons reliRieux qui, le sourire de Thospitalité sur les lèvres , nous accueille comme un frère, oomme un ami qu'on reverrait aprè.«< une longue absence. À peine avez-vous mis le

Eieo dans la grande cour servant de vestiule» auo deux cénobites au front serein» è la figure angélique, vous viennent au-devant, comme oeux messagers de la divine charité. Ils vous offrent une hospitalité aussi cordiale, aussi fraternelle que désintéressée. Avez- vous jamais vu ces moines à la robe blanche, à la tête rasée, au maintien si noble, si candide et sigracieux, qu'aimait à représenter dans ses mystiques et suaves peintures le bienheureux'artiste de Fiésole, Fra-Angelico ? £h bien I vous avez devant vous deux types vivants de ces ineffables personnages que Tart antique ne put jamais concevoir. Pouvait-il, en effet, comprendre ce je ne sais quoi de surnaturel, de divin, qu'on ne trouve nulle part, si ce n'est chez les justes sur la terre et chez les saints dans le ciel ?

Admis dans Tintérieur du monastère, pénétrez dans ces immenses galeries, et vous verrez de temps à autre passer devant vous, comme une ombre, quelqu'un de ces hôtes nombreux du désert» qui semblent, ainsi que les montagnes témoins de leur vie extatique, appartenir moins à la terre qu'au ciel. Quel silence mystérieux» quelle simplicité mêlée de grandeur régnent dans cette vaste enceinte I L'œil se promène, sans pouvoir en atteindre rextrémité,sous les longs arceaux gothiques ou romans de ces immenses galeries, qui mesurent six cents pieds de profondeur.

Cest surtout à l'église qu'il faut voir ces hommes, qui ont échangé les soucis ou les dissipations du monde contre le calme et les saintes austérités du désert. Il me faudrait le pinceau de Granet pour rendre les effets de cet office nocturne chanté par ces bons pères, rangés sur deux lignp.s, à la pflle lueur de quelques sourdes lanternes. On se croirait reporté vers les temps primitifs du christianisme, où les vigiles et matines des

Eindes solennités étaient chantées au mim de la nuit parles prêtres et tous les fidèles. Ici, c'est durant le jour et la nuit que retentissent les accents de la louange et de la prière que font monter vers Dieu ces ha-

bitants du désert. Nouveaux Moïses sur la montagne, ils tiennent sans cesse leurs mains suf)pliantes levées vers le ciel. Seule la religion catholique a pu ériger sur les monts les plus abruptes, comme dans les vallées les plus profondes, ces asiles de la prière et de la perpétuelle contemplation, comme elle seule a pu, non loin de là, sur le Grand- Saint-Bi^rnard, consacrer une fondation toih cbante à l'exercice non interrompu de son infatigable charité. Oui, scmle, la religion catholique a pu faire des Chartreux ; seule elle a pu déterminer k s'ensevelir tout vivants dans la solitude des hommes , jadis enfants du siècle, qui nous répètent tous le» jours du fond de leur cellule ces paroles du Prophète : Je me suis enfui dans la soliiude^ parce que je nai vu que contradiction dan$^ tes cites (166) ; ou ces autres paroles de l'Esprit-Saint : Fuyez du milieu de Babylone^ et que chacun sauve son dme^ parce que i$ jour de la vengeance divine est pris de vous (167). Elle seule, en effet, a assez de lumière pour nous faire toucher au doigt la vanité des choses du temps, et assez de grâce persuasive pour fixer irrévocablement notre cœur aux choses de Téternité.

L'anti(]uité païenne était-elle capable de concevoir, je dirai plus, de soupçonner ce type si poétique, si attachant, de I enfant du oésert ? Elle était trop enfoncée dans les sens pour comprendre une telle transforma* tion de Thumanité. Aussi, quand même, je suppose, on viendrait à découvrir les plus belles peintures de Rome, de la Grèce ou de l'Ionie, on y chercherait vainement une série de tableaux d'une expression mystique et céleste comme ceux que les enfants de saint Bruno doivent au pinceau divin d'Eustache* Lesueur. C'est parmi eux, à la Chartreuse même, que l'on se pénètre bien mieux que dans un vulgaire intérieur de musée ou de salon, de la beauté de cette œuvre magistrale du premier de nos peintres catholiques français.

Elles sont donc bien réelles et bien admirables, bien touchantes aussi, dans le désert des Chartreux, ces harmonies de la nature et de la religion. Quel accord merveilleux, en effet, entre les unes et les autres, entre la vie de prière, de recueillement des hôtes de la s(riitude, et Texpression calme, sévère et grandiose de ces lieux 1 Mais è la profonde impression qui en résulte i)Ourrobservateur philosophe et chrétien, se joint encore celle qui naît du contraste qu'offre l'agitation fébrile des cités qu'on domine de si haut, et dont les vaines clameurs viennent expirer au pied de ces monts. Ici , en effet, il n'v a plus de place que pour l'impression indéfinissable que causent ces grandes scènes de la nature, lorsqu'elles se marient étroitement à celles de la vie mystique des enfants du désert. Alors on comprend comment Dieu

(166) EcfS eUm^avi fujgien$ et mami in to/tViuftire, fiioiuafii tiéi eontradietionem in cimiate, (PsaL liv itt9}

(i67) Fngite de medio BabyUmiê et unusquisavf êohet ammam êuam^ quomam temfms uUiotiiê a /i»wino, piciiêitudinsm ip$e reirisuéî eu (Jertm. v, 6.)

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DICnONMAIRE

appelle ceux qu'il aimedans la solitude, pour leur parier au cœur (168). Aussi, voyez comme depuis bientôt huit siècles les villes de France, de l'Europe, du monde entier, envoient, pour peupler cette solitude, quelques-uns de leurs habitants. Parmi ces cénobites, vous en trouverez, encore de nos jours, plusieurs qui ont occupé dans la vie civile des positions importantes et enviées. Vous eu trouverez aussi qui se sont abreuvés à la coupe enchanteresse de toutes les voluptés. Détrompés de ce faux bonheur des sens, qui égare pour les perdre tant d'hommes abusés, ils sont venus chercher sur ces monts sourcilleux la vraie félicité, qu'on ne trouve que dans la paix de l'ftme et loin des orages des passions. C'est quelque chose de bien admirable, en effet, que cette multiplication incessante des enfants du désert. Qu'elle est vive, qu'elle est féconde, cette sève de l'Ëvangile qui suscite continuellement du milieu de toutes les dissipations, de tous les enivrements du siècle, ces hommes de Dieu, qui vont consacrer leur existence tout entière à la pratique des sublimes conseils oue Jésus^Cbrist a réservés à la perfection! N'est-ce pas à ces hommes d'élite que faisait allusion le prophète Isaïe, lorsqu'il disait qu'ils viendraient de loin, du nord, du couchant et du midi (169)? Ecoutons le même prophète nous dépeindre dans son langage poétique et si vivement figuré, les harmonies de la nature et de la religion, par ces courtes paroles :

La terre qui était déserte et eum chemin^ treMsaiilira de joie ; la solitude sera dans Cal^ légressef et elle fleurira comme le Us de$ champs. Elle poussera et elle germera de tauiesparls^ et elle seradansune effusion de louat^ ge et de joie, La gloire du Liban lui sera don^ née^el elle aura tout V éclat du Carmel et de Saron (170). Les lieux qui étaient autrefois arides t seront arrosés d'une eau féconde, et la terre qui brûlait de soif^ sera désaltérée par une onde pure et vivifiante (Vîi).

Nous laissons, pour terminer nos considérations esthétiques sur la Grande- Chartreuse, la plume à unpoëte quil'a chantée en beaux vers; car la poésie, comme la peinture, aime à s'inspirer aux sublimes harmonies que nous venons d'esquisser. Les vers sont inédits; nous les devons à l'obligeance de l'auteur, qui a bien voulu nous les otTrir. Les voici tels qu'ils ont été imi>rovisés, en 18W, sur les lieux (172).

Hambles et pieux solitaires, ('.énobites de ce saint lieu, Qui, loin des humaines misères Ne vivez, n'espérez qu'en Dieu !

Fuyant nos boutes politiques, Je sais venu sous vos portiaues.

Sur vos monts, dans vos bois épais, Comme vous, hommes bons et sages.

(168) Ducam eam in soUtudinem et lot^ar ad cor ejtt$. {Ose. 11, 14.)

(169) Ecceiêlide longe ventent^ et eece HU ab aqui-* loneetmari^et i$ti de terra aunrali. (ha. lux, li.)

il 70) Lœtabiturdeteriaetinwaet exsultabit so/î- 0 et flotehit quasi lillnm. Germmans oerminabU^ et ex$Hltùbit Iwtalmndtt et laua«ns^gloria Lièani data

•CLt)

Demander â tons leurs onbraies Kt la soUtude et la paix.

Que le Dieu puissant qui nous luge Vous bénisse et soit avec vousl Qu'il protège le saint refuge Où vous rtmplorez tous pour dousÎ Frères, de ces hauteurs sublimes.

Fleurez sur nos mallieors, nos criiBM»

Sur ce noble sang répandu...

Frères, priez pour notre France Te Dieu d'amour et de démence Qui vous a toujours répondu.

Du monastère k la vaUée, Des bords du torrent aux forêts.

Dans le désert, sous la feuillée, Au pied do rocher sombre et (hds.

Sous rœil divin qui la mesure.

Sa luxuriante verdure EUle 800 tapis en fleurs, Tandis que l'astre qui les dore Donne plus de parfums encore A leurs éclaUntes couleurs.

En quitUnt vos Alpes sauvages.

Ces rocs épais, ces monts, ces bois.

Incomparables paysages Où les torrenU mêlent leurs voix, Je n'oubllrai ni leurs images. Ml ce soleil dont les nuages Nous cachaient en vain la splendeur.

Pareils à ces regards austères.

Qui ne peuvent voiler, mes pères, Les doux penchants de votre cœur.

CHOEUR (chant en). Voy. Harmonie.

CHRYSOUTHK Couleur symbolique.

Tby. CouLEi}RS« CHRYSOPASE. Couleur symbolique.

Yoy. COOLECRS.

CIMABUE. Célèbre peintre florentin, n6 en 12^0. Voy. Peinture.

CLOCHES et CLOCHERS. C'est àTépoc^ae de rintroductioq des cloches dans Téglise quMI faut faire remonter l'origine des tours qui furent destinées à les recevoir. Ces deux points historiques étant connexes, nous ne les séparerons pas, et nous les traiterons successivement et en peu de mots.

Il résulte du témoignage de plusieurs auteurs, tels que Aristophane (romfdtV de* ot- «caax); Martial [Epig.f lib.i);Slrabon {Géog.^ lib. xiv), que les anciens se servaient declochettes pour divers usages, et notamment pour marquer les heures de réunion dans^ les lieux publics. Il est môme rapporté dans les Dialogues de Lucien (In Dial. Beœ Syriœ^ pag. 16)queles prêtres delà déesse de Sj;rie en faisaient usage dans leurs cérémonies* (Voici ce passage : Astans vero et inter precandum sonum edit insCrumento cpneo, quod ubi movetur magnum quiddam eanit et aspe^ rum.) On sait que chez les Hél)reux le grandprêtre successeur d'Aaron avait une rol)e couleur d^hyacinthe^au bas de laquelle pen- •daient de petites sonnettes d'or. Mais tout cela ne saurait être comparé à nos cloches chrétiennes « dont le son harmonieux, » dit un de nos modernes archéologues (178), tf fait naître dans tous les cœurs de si

est et : deeor Carmel ei Saren (isa. xxxv, i.)

(471) Ei quœ erat arida erit in stagnum^ et sifiens in fontes aquarum, (Isa. xxxv, 7.)

(472) Par M. Antoine^ officier êupériewr d'artillerie.

(473) M. Tabbé Baraud, éans sa savanle Notice sur les cioeheSf publiée dans le tome IL du BuUetûk monumentaL

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O'ESTHETHÎUE CnETIENNE.

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