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de saints prélats, tant de fervents cénobites, t^nt de pieux chanoines apportèrent le tribut de leurs mystiques inspirations.' C'est ei> vérité quelque chose de monstrueujt -que cet amalgame d'éléments si disparates, que cet accouplement de deux systèmes si opposés, et dans leur un respective, et dans les moyens qu'ils offrent pour y arriver. Mieux vaudrait cent fois entendre dans le sanctuaire, pendant les saints mystères, (Je la musiaue pure et accusée comtne telle^ que ce plain-chant hybride, dont le grotesque égale l'inconvenance, et qui offense en même temps le goût, la piété, les tradition^ ecclésiastiques et le sens commun. Parmi les plus tristes spécimeqs de ce genre bâtard qui envahit nos églises, surtout pendant la seconde moitié du ilviii* siècle, époque de décadence universelle pour l'art chrétien, npus citerons le i'ameux recuei) de Lafejllée, certaines messes en plainchant musical^ certaines lamentations saupoudrées de brèves et de petites notes dV grément, etc., etc. (298).
lndéj)e0damm^ent des différences bien ^rancbees que nous venons de signaler entré le plaip-cKant et la musique, et qui donnent iieu è des principes radicalement opposé^ dans la constitution respective de ces deui tonalités, il en est encore d'autres, telles que celles de la toniqi^e et de la dàminantCf qui ont dans la musique une signification autre que le plain-chant. Mais nous ne saurions, vu les limites étroites qui nous sont imposées, pousser plus loin les détails de ce genre. Nous croyons en avoir assçz dit pour exposer suflisamment la question capitale (puisqu'elle prime toutes les autres) de la constitution toqale du plain-cbant comparée è celle de la musique, et de l'opposition qui exiiste entre ces deux tonalités, soit dans leurs causas, soit d^s leurs effets. Mainte^ nant, un moi sûr les manuscrits et sur Tbisioire et la réforme du cbant liturgique. Uq intérêt puissant s'attache à l'étude de ces précieux Qocuments que nous présentent les i^\ XIII' et XIV* siècles, mais surtout le XII*, qui a été la plus belle époque (tqille preuves en font foi) 'du chant liturgique.
Uans ces manuscrits, ce qui frappe d'abord, c*est la surabondance des messes propres ou communes, des préfaces, des proses, des hymnes et séqueaces, etc. 11 n'en pouvait ^tre autrement dans ces temps de foi ardente et de mysticisme exalté. Le génie chrétien, qui eqfantaît tant de merveilles architectu-
rales, doQl plusieurs sont encore debout, devait jaipnirer )a même fécondité dans la création de ces çaélodies qui sont l'âme de nos temples sacrés. Sans entrer à ce sujet 4a.qs des citations qui me mèneraient trop loin, et qui ont trouvé leur place ailleurs, je içe c;pntenterai de faire remarquer que dans cçs majiqpcri^s on voit bon nombre de Kyrie et de Gloria^ vulgairement appelés farcis (299), dont la haute poésie dans le texte le dispute à la beauté dans la mélodie. On y découvre uqe grande variété de Kyrie^ de Qloria^ de Sanctus^ ài'Agnus Dei^ pour les diverses solennités ou fériés , aujourd'hui complètement ignorés, et qui pourraient être avantageusement intercalés dans nos graduels modernes» si pauvres en morceaux de ce genre.
Quant aux séquences qui furent l'origine jde nos proses, avec lesquelles elles sont ordinairement confondues, les manuscrits du xu* siècle offrent un nombre prodigieux: do ces beaux moniimepts liturgiques des ^^Uses de France. On en compte jusqu'à cinq, au choix, pour chacune des principales fêtes de l'année, sans y comprendre celles réservées aux jours dans l'octave, C'est ainsi que la célèbre prose Fulgens prœc tara, 4u jour de pÂques, avec un titre en lettres rouges, qui {a désigne comme la reine des séquences, Regina sequenliarunij est suivie de quatre autres séquences, è volonté, pour le même jour. Quant aux jours dans l'octave, chacun a la sienne propre, et ce n'est qu'au mardi de Piques, et dans des manuscrits postérieurs, qu'on voit la prose Yictimœpat* chaliy qui à survécu à toutes ses aînées.
Ce que nous venons de faire remarquer touchant la festivité de Pâques s'applique également à celles de Pentecôte et de Noël, et aux autres grandes fêtes. Celles des saints se distinguent aussi, bien que dans d^ moindres proportions, par un luxe de texte et de chants liturgiques propres qu'on chercherait vainement daqs les modernes éditions des graduels et vespéraux romains.
C'est ainsi que dans un graduel rémois portant la date certaine du xu* siècle, la fête de sainte Catherine renferme une belle prose sous un chant qui est devenu plus tard celui du Lauda^ Sion.
Tel était ce chant romain français usité dans les Gaules pendant tout le moyen Age et au delà. Nous disons romain-français ^ parce qu'il se composait de deux éléments, savoir, le romain, qui lui servait de base
^) Toutefois, il n'y a rien, ep fait d'ignorance et de 'roaavais goût, île comparable à la plupart dç nti%Mélhodes de plain- chant, où règne un tel oubli des principes et des convenances du chant liturgique, qu'il u*en faudrait pas davantage pour anéantir ce cbant lui-même, dans un temps donné. L'autorité ecclésiastique ne saurait se montrer trop sévère à l'endroit de ces soi-disant ui^^hodçs deplainchant, qui pervertissent à tout jamais le goût des ^èves du sanctuaire, ie ne parle point ici de la composition du plaln-chant et des hymnes des nou- Tcllcs liturgies que virent éclore en si grand nom-
bre la dernière moitié du xvni* siècle et le commencement du xlx^ Mon sujet m'y amènera plus tard.
(299) Parce que, dans ces sortes de pièces, le texte original est mêlé de paroles étrangères, composées exprès ou tirées de l'Ecriture sainte, et tonjours dans le sens du texte original lui-même, qu'elles dcvelop|ient ou fortifient par des asptra« tiens, des prières, des louanges, des interjeaions. On conçoit, dij reste, coml^eii 4es additions semblables, faites au texte Utjurgique, doivent <$n aufluenterla longueur.
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dans tous les diocèses, et les mélodies nationales, que nos abbés, nos pontifes et nos rois eux-mêmes avaient successivement ajoutées à ce fonds commun, et que Rome, à son tour, avait faites siennes en les incorporant è sa liturgie (300). Heureuse alliance qui était une preuve sensible de Tunion étroite des Eglises de France avec TEglise-Mère, en même temps qu*elle laissait intact le glorieux héritage de nos antiques mélodies I
Mais, comme on abuse de tout dans ce monde, le nombre de ces compositions liturgimies privées avait atteint, à la longue, de telles proportions, qu*elles menaçaient d'étouffer sous leurs formes luxuriantes le corps du chant liturgique proprement dit. Et puis, ces nouvelles formules surajoutées de jour en jour à celles qui existaient déjà, avaient fini par donner è Todice public une longueur démesurée qui ne pouvait que lasser la piété des fidèles, en devenant pour eux une cause d'ennui et de dégoût. C*est ce qui détermina le Saint-Siège, a la suite de la réforme du missel et du bréviaire, à en supprimer la pius grande partie, et à ne conserver de tant de proses que les quatre qui sont encore les seules qui se chantent dans les diocèses où le rite romain a été maintenu, à savoir ; celles des Morts, de la Fête-Dieu, de PAques et de la Pentecôte. Ces deux dernières sont de provenance française.
Les manuscrits de plain-chant étant deve- 2)us très -rares dans le Midi, c'est dans les villes du Nord et de TEst qu'il faut aller les chercher. Parmi ces villes, je citerai celles dont les bibliothèques publiques offrent le plus de ressources aux investigateurs des monuments du chant liturgique, je veux dire Paris, Reims, Laon, Châlons-sur-Marne, Dijon et Lyon. Après avoir consacré dos semaines entières à compulser les précieux manuscrits que renferment ces riches bibliothèques, et en avoir pris des extraits, j'en a: donné la nomenclature raisonnée, avec l'indication précise de chacune, dans une longue dissertation publiée par les Annales archéologiques (vol. IX et suiv.). Dans l'impossibilité où je me trouve, faute d'espace, de reproduire ici, même en abrégé, ce catalogue descriptif et raisonné des principaux manuscrits du moyen Age qui ontpassé entre mes mains, et dont plusieurs étaient encore inédits, je me borne à soumettre à mes lecteurs les conclusions finales que j'en ai tirées, et que voici :
1* C'est une chose merveilleuse que, parmi ces versions de tant d'églises catnédrales, collégiales,abbatiales et autres, sans rapport entre elles, versions qui ont été sous la main de milliers de copistes, le chant grégorien se
soit perf)étué intact jusqu'à nous, au moins
?uant à la substance, et que même des ofces importants comme celui de l'Adoration de la Croix du vendredi saint, aient conservé à travers les siècles leur primitive mélodie. Un tel phénomène ne peut s'expliquer quo par l'effet de la sollicitude de Dieu pour le culte qui lui est rendu dans son Eglise, surtout quand on pense que dès le xii* siècle tant de causes ont concouru à l'altération, et même, dans le siècle dernier, à l'anéantissement du chant ecclésiastique.
2* Si, pendant le laps de temps si considérable qui s'est écoulé après Tinventioa des notes fixes par Gui d'Arezzo, et à travers tant de systèmes et de révolutions, l'intégrité de ce chant a été maintenue dans son essence, de telle sorte que nous te possédons aujourd'hui, à peu de différence près (301), tel qu'il existait dans ces temps reculés, combien plus ce même chant a dû se conserver intact pendant le laps de temps, bien moindre et bien moins difficile, qui s'est écoulé entre saint Grégoire et son célèbre continuateur Gui d'Arezzo! Il est évi-. dent que celui-ci n'aurait pu d'un même coup improviser è lui seul un vaste corp^ de chants liturgiques comme celui de l'Eglise romaine. D ailleurs, si cela s'était passé ainsi, lui et ses contemporains en auraient certainement fait mention dans leurs écrits (302). II faut donc croire que le moine de Pompose, ayant la clef de la notation neu* matique qu'il allait réformer, et possédant en outre les traditions du chant liturgique» l'accepta et le transmit intégralement aux générations suivantes comme il l'avait reçu. 3'' Pendant le moyen Age, et surtout â partir du xiii* siècle , il y eut , ainsi qud nous l'avons remarqué plus haut, de fré* quents échanges de pièces de chant entro les églises d'Italie et celles de France. Ces dernières, tout en conservant le fond du chant romain, que la plupart devaient répudier au xYiii' siècle, augmentèrent beaucoup leur répertoire par de nombreuses ad* ditions qui lui imprimèrent un véritable cà^ chet d'individualité, et réalisèrent ainsi la grand principe de la variété dans l'unité.
Malheureusement on ne sut pas se maintenir dans de justes limites. i>'un côté, le nombre toujours croissant des compositions nouvelles; de l'autre, la pratique de plus en plus en vogue du chant figuré ou à notes inégales, et du déchant (303) » non moins que l'abus des ueumes , ou Icngues traînées de notes sur la même syllabe, enfin une exécution aussi ridicule que vicieuse, qui ne cessait d'altérer la forme et le fond des mélodies grégoriennes , amenè-
(300) Voilà pourquoi des Proses telles que , par eiempte» celle du Vent sancte Spiritus, de la Pentecôte, font partie , et même depuis longtemps, du chant rojrain , bien qu^elles soient d*origine française.
(501) Excepté, bien entendu, dans les diocèses de France où , comme dans celui de Paris , le chant romain fut, il y a cent cinquante ans, complètement
aboli et remplacé de la manière que nous oîrons plus tard.
(309) Gui d^Aresyo se plaint seulement dans les siens, que le chant grégorien avait déjà , de son temps, subi des altérations.
(j03) Ce mot exprime Vharmonis dans ses primitifs rudiments.
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OTSTHETIQUE CHRETIENNE.
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rent les choses au point que, ^ers la fin da XIII* siècle^ et pendant le xiv* surtout (SOi*) , le plain-chanty noyé dans un déluge de notes parasites* et en quelque sorte étouffé par un excès' d'additions et d*ornements superflus, n'aurait été bientôt aue J'ombre de Joi-même, si l'autorité de l'Kglise n'était intervenue pour le relever. Nous voyons, en effet, qu'un tel état de choses appela, à plusieurs reprises, la sollicitude des Papes et des conciles (305). Celui de Trente ;devait y apporter un remède efficace par son décret de la 2k' session* touchant la révision générale du bréviaire et de l'office divin (306). C*est en conséquence de ce décret que fut
Imbliée la célèbre bulle de saint Pie V, le 8 uillet 1568. Le successeur de ce saint Pape, Grégoire XIII, continua la tâche que la mort ne lui avait pas permis d'accomplir, et confia à Palestrina la réforme des chants d'église, pour mettre une fm aux graves abus dont nous venons de parler. Par suite de circonstances dans lesquelles il serait trop long d'entrer ici, le célèbre compositeur ne put terminer que la partie de ttm^ porcj du Graduel. Heureusement il avait chargé de l'assister dans son œuvre, et de la continuer, Jean Guidetti, clerc bénéficier de )a basilique de Saint-Pierre du Vatican, lequel avait aidé dans leur travail les deux prélats commis pour la révision du bréviaire et du missel.
Guidetti publia successivement à .Rome (en f 582, 1586, 1587 et 1588) le Direciorium «Aori (307), les Passions, l'omce de la Semaine sainte et les Préfaces^ ouvrages qui exigeaient , disait-il, peu de génie, mais de longues veilles. £n effet, une grande partie de ce que contient son Directoire n'avait jamais été fixée ni notée. Palestrina donna son ap-
iirobalion à tout le travail de Guidetti, dont es livres ont fait depuis autorité dans la matière, comme représentant la véritable et saine tradition de TEglise romaine. Mais écoutons l'abbé Baini (308) :
< Le saint Pontife Pie V avait avisé, en vertu du décret de la 2Ji* session du concile de Trenle et de sa propre bulle du 8 juillet 1568, à ce que toutes les églises de la catholicité récitassent et chantassent le divin office selon la forme et teneur du nouveau bréviaire romain, corrigé, amendé, et ramené à la véiiérable antiquité des premiers siècles, afin de faire disparaître parce moyen l'indécente difformité d'un grand nombre de bréviaires introduits de toute part, et d'abolir en même temps le bréviaire de François Quignonez, des comtes de Luna, car- . iliual de Sainte-Croix, adopté de préférence k tous les autres, depuis quarante ans, à cause de sa brièveté.
(3M) Voir la célèbre bulle Docta ianetorum de J^n 1X11.
(5(NS) Les musico^aphes les plus distingues de aoire lenips reconnaissent tous la nécessite qu*il y avaii, k cette époque , de réformer le cbant ecclesîa«lique, dans le sens de la brièveté el de la simplicité. Parmi les conciles particuliers qui ont déc/été celte réforme, n;)u$ citerons celui de Reints,
« Or, de cette si grande variété de bréviaires et de missels, occasionnée par les changements introduits dans les introïts, graduels et offertoires, ainsi que dans les répons, capitules et versets, par le fait de Quignonez, il résultait Tindispensable nécessité de corriger et d'amender également les livres de chant-ferme,ou grégorien, afin que le chœur ne fût pas en désaccord aven le missel et le bréviaire romains. Le saint Pontife Pie V, étant passé à la joie éternelle le 1" mai 1512, n'avait pu prendre aucune disposition pour corriger et amender les livres choraux.
« A saint Pie Vsuccéda Grégoire XllI : celui-ci , bien qu'appliqué à la correction de la Bible sacrée, du Calendrier romain, du Code Gratien et des OEuvres de saint Ambroise, ne perdit pas de vue la correction des livres de chant-ferme, ou grégorien. A peine eut-il terminé la célébration de l'Année Sainte, qu'il fit appeler Jean Pierlujgi (Pierre-Louis), compositeur de la Chapelle apostolique, et mattre de la Basilique du Vatic^an. Après lui avoir parlé avec l'eu de la nécessité d'une telle correction, il lui en confia le soin, comme à la personne la mieux entendue et la mieux au fait de remplir ses vues dans cette opération.
« Pierluigi , ayant accepté cette mission du saint Pontife , et ayant été prévenu par Jean Guidetti, un de ses disciples et chapelain de Sa Sainteté, il se permit de faira observer au Pape comment le chant ecclésiastique ou grégorien avait besoin d'être corrigé dans un très-grand nombre de mélodies, soit à cause des erreurs introduites fjar l'incurie des copistes, soit à cause de a diversité des coutumes ; et comment, par exemple, les neumes n'étant plus en usage, les graduels et les traits n'avaient plus autant de notes, pour abréger les cérémonies; de même que le chant des répons devait être un peu plus abrégé depuis que les matines ne se chantaient plus séparément pendant la nuit, mais à la suite de la messe comme les autres heures canoniques.
« Grégoire XllI approuva les justes réflexions de Pierluigi et lui accorda la faculté de corriger, de réformer, de composer tout ce qu'il croirait devoir être nécessaire pour le bon service de l'Eglise et du culte divin, comme Tatteste une décision de la Sainte- Rote du 2 juin 1599, dont je parlerai plus tard et qui est ainsi conçue : Èoe Graaualê est compositumj correctum^ reformatum a Joanne Petto AloysiOf de orditu. tanct. memor. Gregorii Xlll*
« Le révérendissime Chapitre du Vatican n'eut pas plutôt connu celle commission donnée à son maître de musique G. P., qu'au
de 4564, qui s'exprime ainsi : Abbrevielur cantuz quantum péri poterit , quando êuper unam syllabam aut dictionem^ plu$ esunt notutœ quam par sU.
(306) Le décret est des 3 ei 4 octobre 4563.
(307) Cet excellent ouvrage (malgré quelques défauts), fut réipiprimë en 16Î04, ensuite en 1640.
(308) Dans ses Mémoires hUlorùfuet et critiquée $ur la Vie et leê CEuvrei dé Pateetnn^