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ment un aperçu raisonné de ces {grands mat- Ires des écoles allemande, vénitienne, espagnole, napolitaine, romaine, avec les nuances diverses qui les caractérisent et qui les distinguent. C'est pourquoi nous nous bornerons à une simple nomenclature qui complétera cetableau, déjà étendu, des grandes écoles de musique, depuis le xiv* siècle. Commençons par l'école romaine. Nous remarquons d'abord Benevoli, né vers 1600.11 devint le chef de cette école et maiire de chapelle du Souverain Pontife. H prit Pales- Irina pour modèle en ce qu'il a d'énergique, de brillant sous le rapport de l'art et de l'harmonie. Il y joignit la marche plus légère, plus agréable des voix, soit isolées, soit réunies. Il emprunta de Gabrielli la musique à parties très-nombreuses, et ne fut surpassé en cela que par Antonio Lotti (hSS). Il eut pour successeur dans ses divers emplois B&rnabel. L'école deNaplesnous offre lecéièbre Alexandre Scarlatti. né en 1658; homme de verve et de génie qui réussit également dans le style d'église et dans le style dramatique, à cette époque où l'influence de plus en plus marquée de l'opéra, découvert dans les premières années de ce siècle, tendait à s'assimiler la musique sacrée. Successivement compositeur à Rome, à Venise, à Vienne et à Munich, il ne fit qu'accroître sa renommée et il finit par remplir de son nom le monde musical. 11 eut de brillants élèves, qui devinrent eux-mêmes des mai* très distingués, et dont les deux principaux furent Antonio Caldara, né vers 1673, qui se fit remarquer par son style noble, élevé, Joint à la plus grande simplicité. Il composa DBducoup pour l'église, et adapta, comme
(483) Lotti, contemporain de Scarlatli ( il naquit vers 1665 ), un des plus illustres compositeurs de réeole vénitienne, fui mattre de chapelle et organiste de la basilique de Saint-Marc. Il mourut en 1740 et eut pour élève Beuedetlo Marcello dont il sera parlé plus bas. I Le senûmenl vrai, l'expression profonde sont les qualités dominantes des compositions de Lotti ; son style est simple et clair, et nul n'a mieux possédé que lui, dans les temps modernes, Tart de taire chanter les voix d'une manière naturelle. Dans ses opéras on ne trouve pas assez de vivacité draluailque ; mais dans les madrigaux et dans la musi ]ue d'église, il est au moins l'égal d'Alexandre Scarlatti, et sa supériorité sur tous les autres maîtres de son temps est incontestable. > Biographie wtiveneUe det musiciens^ t. VI.
Une autre gloire de l'école vénitienne fut Benedetto Marcello, noble vénitien, néeniGbS et mort à Brescia en 1739. La poésie, l^étude des langues et la musique partagèrent ses loisirs. H prit beaucoup de la manière de Lotti. Ce qui le rendit célèbre, ce fut surtout la composition de la musique de cinquante psaumes paraphrasés du laiin en vers italiens par Jérôme Ascagne Justiniani. Ces, psaumes sont écrits pour une, deux, trois et quatre voix, avec une liasse chiffrée pour l'accompagnement de l'orgue ou du clavecin, et quelques-uns avec violoncelle obligé ou deux violes. Ce l'ut principalement dans cette belle composition qu'il s'appliqua, et avec succès, à rendre le texte de ses morceaux de chant, non-seulement selon l'esprit de l'ensemble, mais encore dans tous ses détails. Tout en cherchant à remplir cette dernière condition qui donne prise d'ailleurs à de
son maître, h ce genre de musique une riche instrumentation obligée, exemple qui eut de nombreux imitateurs à cette époque, et qui finit par se convertir en pratique générale et constante parmi tons les compositeurs d*église. Ce fut peut-être ce qui nuisit le plus au style de chapelle, le véritable style ecclésiastique, et peut-être même ce qui lui porta le coup mortel.
Francesco Durante, né à Naples en 1693, et successeur de son mattre Scarlatti, dans ses divers emplois, se voua principalement à la musique d*église, mais avec Tintentiori de la foncire en quelque sorte avec le style libre de chambre et de concert, et de Tembellir de tous les agréments mélodiques et harmoniques de Tépoque et principalement de toutes les ressources que pouvait offrir l'instrumentation. C'est ce dont on peut se convaincre, en examinant les premiers versets de ses Litanies de la sainte Vierge, en fa mineur, et à trois voix. 11 y a là une élégance de mélodie, un luxe de vocalises, une complication dans l'harmonie constamment traitée en style fugué, et une recherche d'instrumentation dans Taccompagnement, qui vous feraient prendre cette musique pour l'œuvre de quelque compositeur des plusexperts, des plus habiles de notre temps. Cela est admirable comme facture, mais ce n'est plus que de la musique, et Scarlatti lui-même est déjà bien dépassé. Mais nous sommes en plein xviii* siècle et Durante, dont l'école si renommée a produit les pluscélèbres compositeurs italiens de ce siècle, vivait encore en 1750 (U4}. Nous ne parle* ronsdonc pointdeceux qui de son temps, ou après lui, tels que les Léo, les Jomeili, les
sérieuses dilllcultés, il a Tait valoir les formes et les genres les plus difie.eiits de la musique, et en destinant sou ouvrage à exercer et à former des voit choisies, il a préparé de nobles jouissances aui amateurs du bon style religieux, tel qu'il existait à cette brillante et curieuse époque.
A cette époque se rattache également un autre célèbre compositeur qu'on ne peut assigner à aucune école, parce qu'il passa sa vie à voyager successivement eu Espagne, en Portugal, en Italie, en Angleterre et en Allemagne; je veux parler d'Emmanuel, baron d'Astorga, né en Sicile en 16S0. 11 composa beaucoup en siyle de chambce élevé qui avait été introduit par Carissimiet Scarlatti. et qui jouissait alors d'une grande faveur. En 1 726, il fit représenter à Vienne son opéra de Dapkné^ sa plus belle production peut-être, et un Siabat à deux et trois voix, exécuté à Oxford en 1753, et supérieur, selon moi, à celui trop vanté de Pérgolése, et f-omposé assez longtemps après. On dirait que ce dernier a été calqué sur le précédent. Le Stabat d'Astorga, que j'ai actuellement sous les yeux, est une composition très - compliquée et très -avancée, soit quant aux formes mélodiques, soit quant aux divers mouvements et aux rapports des parties entre elles, soit quant à l'instrumentation de raccoii>pagiiemi'n(. On ne compose pas aujourd'hui de musique plus compliquée, plus difficile, et peut-être même de pius distinguée que celle-là. C'est d'ailleurs, on le pense bien, de la vérîtai>le musique séparée par un abfme dâ celle de Orlando di Lasso et même de Palestrin:).
(484) Quoique irop Imité par notre cadre, nous
MUS
D ESTHETIQUE CHRETIENNE.
MUS
Pergolèse» brillèrent, à des titres divers, d*un vif éclat, et furent à leur tour remplacés )>ar d'autres qui furent eux-mêmes surpassés, dans la symphonie et Toratorio, par Joseph Haydn ; dans Topera comique, par Cimarosa, et dans Topera sérieux, par Giuck, et, presque dans tous les genres, par Timroortel Mozart. Ce serait entrer en plein dans le domaine de la musique moderne et dans )>xamen philosophique des œuvres de ces deux illustres représentants, qui vivent encore, Rossini et Me^rsrbeer. Or, le plan de ce dictionnaire nous interdit un travail exprofesso sur une telle matière. Ce n*est que dans ses rapports avec la musique sacrée^ qu'il nous est permis de traiter la musique moderne, et c*est à ce point de vue seulement, que nousFavons étudiée dans plusieurs articles de cet ouvrage, tels que ceux-ci : Style iDiix, Orgue , Orchestre, Opéra, etc.
Avant de conclure définitivement celui-ci, nous dirons un dernier adieu à cette grande école romaine, qui sut se préserver plus longtemps que les autres de la contagion du style musical moderne et qui même, jusqu'à ce jour, a le mieux conservé les bonnes et antiques traditions du style classique alla Paksirina, soit dans la composition, soit dans Texécution du chant liturgique (485). Un de ses plus illustres représentants, du* tant cette première moitié du xviii' siècle, fut Joseph Octave Pitoni, né à Riéti en 1657, et mort è Rome en 1743. Après y avoir fait -ses études musicales, il entra dans la chapelle de la cathédrale d'Assise, où il s'occupa h mettre en partition les œuvres de Palestrina, dont Tétude lui parut toujours la meilleure. Ensuite, après avoir exercé, pendant un an, les fonctions de maître de chapelle dans la cathédrale de Riéti, il fut Qomiué, en 1677, mattre de chapelle dans la collégiale de Saint-Marc, à Rome, et il y fit entendre, pour la première fois, ses compoaitioDS à deux et k trois chœurs. Successivement il joignit À ce titre qu'il conserva loute sa vie, plusieurs autres litres analogues, et notamment en 1708, celui de direc-
devons au moins une mention nominale aux grands compoùleurs allemands .qui existèrent du xvi* au ivm* siècle. Ce sont Jean Valther, bavarois, né en 1500, doDl nous avons parlé, ainsi que de Louis Senfl, dans notre article Luther ; Jacques Habn (Jacobus Gallus ), né vers 1550, le compositeur le plus riche, le plus ingénieux, le mieux au fait de son 4rt de toute cette époque; Melcbior Vulpius , contemporain de Gallus, qui vivait à Weimar, dans TAliemague protestante; Thomas Walliser, né en 1560, compositeur catholique, qui vivait à Strasbearg; Léo Hasier, né à Nuremberg, en 4564; Henri bchûix,dil Saçittaruiê, né en 15^(5, une des sommités de la musique allemande de celte période ; Vosk* mar Leîsring, né vers 1600; Henri Grimm,* ué vers tOOO, et Jean Joseph Fux, vers i660, qui vécut à Yienne où, sous trois empereurs, il fut maître de diapelle, et d*où sa renommée se répandit dans toute TKuropi; par son savant ouvrage di<iactique Gradus 9à Farnassumj traduit eu plusieurs langues ; le célèbre HandeU né à Halle en Saxe, en 1684, qui se Ht'une pande réputation par ses oratorios ; et le son noms célèbre compositeur et organiste Jean
teur de la musique du chapitre de Saint- Jean de Latran; ensuite, en 1719, la même place à Sairtt-Pierre du Vatican.
a Pitoni fut un des plus savants maîtres de l'école romaine dans les temps modernes. M. Tabbé Baini dit, avec raison, que s^es compositions ont conservé, jusqu'à ce jour, toute leur fraîcheur; il cite, en particulier, la fugue du Dixit à seize voix^ en quatre chœurs réels, qui se chante chaque année aux secondes vêpres de Saint-Pierre, dans la basilique du Vatican, et qui paraît toujours plus belle, ainsi que ses messes inîltulées Li Pastori a Maremme, Li Pastori a Montagua et Morca. Les compositions de Pitoni, écrites pour le service des ditTérentes églises où il était maître de chapelle, sont en nombre immense : jamais il ne faisait entendre, dans une église, ce qu'il avait écrit ' pour une autre. Ses messes et ses psaumes, a trois chœurs, avec et sans instruments, s'élèvent à plus de quarante ; il a écrit plus de vingt messes et psaumes à seize voix en quatre chœurs, avec et sans instruments: enlin, pour la seule basilique du Vatican, il a composé le service entier de toute l'année, tant en messes que vêpres des fêtes de première et seconde classe, dimanches, communs et propres des saints. Pitoni a laissé également quelques psaumes et motets à six et neuf chœurs, chacun composé de quatre parties; il avait commencé à écrire une messe à quarante*huit voix en douze chœurs, mais son grand âge ne lui permit pas de l'achever (*86J. »
Nous terminerons cet article par une observation importante. La plupart des grands compositeurs qui brillèrent durant la longue et si remarquable période que nous venons de parcourir, furent, comme les grands peintres des beaux siècles de la peinture chrétienne (i87), des hommes profondément et pratiquement religieux. C'est ce qui résulte des détails biographiques ç|ue nous possédons sur leurs vies, aussi bien que sur leurs œuvres. De plus, ils se recommandaient par leur caractère personnel et par des qualités
Sébastien Bach, né en 1685 à Eisenach, et mort en
(485) C'est une chose digne de remarque, en effet, que le collège des chapelains cliantres de la maison pontificale à Rome, soit encore' malgré la diminution notable de Timportance qu'il avait autrefois, la seule école où le goût, la composition et Texécution du style harmonique basé sur le plnincbant des grands maîtres du moyen âge, se soient perpétués sans interruption jusqu'à ce jour, en sorte que cc.ne soit qu'à Rome qu'on puisse se faire une idée de cette grande et belle musique, qui est une vraie nouveauté pour ceux qui l'entendent pour la première fois, tant elle a été délaissée partout ailleurs. Mais, pour en comprendre, même à Rome, tout l'eOét, il faut entendre à certaines fêtes solennelles, dans l'église de Saint-Pierre, les musiciens du chapitre de cette basilique exécuter avec l'aide d'auxiliaires nombreux des compositions coloss;)les à seize voix réelles ou à trois, quatre et cinq chœurs concertants.
(486) Biographie tMiverselU de$ mu$ieien$t k Vil
(487) Voy, Peinture.