‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ouChapitre 64 sur 168 · UTS · texte numérisé non relu

UTS

MYS

morales qui eur yalurcDC, dafis les divers rangs de la société, Testime de tous leurs contemporains. Plusieurs même reçurent, des princes et des rois, d'éclatants témoignages d'une haute considération, qui rejaillissaient naturellement sur Tart et sur les artistes en général. Quel e^t le compositeur, de nos jours, même, parmi les plus renommés, qui en ait reçu, en aussi grand nombre, qu'un Orlando di Lasso, recherché et fêté par les plus illustres souverains de son temps? Les compositeurs de cette époque trop peu étudiée, trop peu connue, trou- .▼aient encore de puissants encouragements pour la pratique de leur art et l'exécution de leurs œuvres, dans les bénéfices ecclésiastiques, alors si nombreux dans notre pays, qui furent, même plus d'une fois, la récompense de leur mérite et de leur génie. C'est ainsi que tout concourait h rendre honorable, indépendante, la position des artistes et à favoriser l'élan de leurs inspirations. Tout se réunissait donc pour réaliser, dans leur existence comme dans leurs œuvres, cette alliance intime et nécessaire du bien et du beau qui constitue la perfection de l'art, et en particulier, celle de l'art chrétien.

Ce serait ici le lieu d'examiner si, au point de vue de l'esthétique chrétienne ^488), on doit absolument bannir de nos églises les

tjsaume^, les antiennes, et principalement es messes composées dans le style de la musique et tonalité moderne, autrement dit, style idéal, ou bien si Ton peut l'admettre exceptionnellement à certaines fêtes solennelles et avec certaines coaditions et restrictions. La solution de cette: question est assez importante, pour que nous ayons ctu devoir lui consacrer un article spécial • auquel nous ne pouvons, en conséquence, que renvoyer le lecteur. Foy. le mot Idéal [ style ) ;

UtiSlQUB.

MYSTIQUE (Ecole db Peihture). Au mot Peihti^bb, nous faisons, à cet art éminemment chrétien, rapplication des principes du beau surnaturel et divin, que nous avons posés dans la deuxième dissertation de cet ouvrage. Nous nous attachons à démontrer, autant par l'indication de certains tableau^ du moyen flge que par le raisonnement, combien l'expression mystique est la coih dition essentielle du beau dans la peinture rjeiigieuse véritablement digne de cette qualification. Mais, quel que soit le haut mérite des œuvres capitales que nous citons ou analysons dans cet article, nous* croyons àer voir en consacrer spécialement un autre à une école qui a gardé plus particulièrement ie nom de mystique^ pour avoir poussé en^

(488) Je dis seulement A^esihéliqm chrétienne^ car au point de vue des prescripiionsecclésiaslîques, il ne saurait exister aucun doaic à cet égard. Bon nom-' bre d'autorités on ne peut plus compétentes sur la matière, parmi lesiiueUes nous mettons en première ligne le Cérémoniai det évêques^ publié par I*ordre du Saini-Siége, non- seulement admettent remploi dans les cathédrales et collégiales de la musique sur le texte liturgique, mais encore seroblcul IVn-

core plus loin que les autres Texpression de ce caractère propre au génie chrétien. Les trois plus grands maîtres de cette école qui fleurit pendant le xv* siècle et les premières années du suivant, furent Fra Angelico, de Fiésole (b89), le Pérugin (^90) et Raphaël (hQi). En ces trois illustres peintres se résument les beautés les pius.chastes, les plus suaves, les plus célestes de la peinture mystique. En me rappelant celles de leurs toiles divines qu*il m'a été donné de contempler, je sens mon'impuissance à écrire

auelques lignes qui soient propres à en onner une idée à ceux de mes lecteurs qui ne les connaîtraient point. J'aime mieux les engager à étudier attentivement, d*un bout à l'autre, les deux intéressants et substantiels chapitres que M. Rio a consacrés, dans soq remarquable ouvrage (^92), à cette école incomparable. En attendant, ils liront avec autant de plaisir que de profit, les divers extraits que je vais tirer de ces deux chapitres, et qui se rapportent aux trois grands maîtres de la peinture mystique déjà nommés^

; « Le mysticisme est à la peinture ce que Textase est h la psychologie, ce qui dit assez combien sont aélicats les matériaux qu'il s'agit de mettre en œuvre dans cette partie de notre histoire. 11 ne suffit pas d'assigné** l'origine et de suivre le développement de certaines traditions qui impriment aux ouvrages sortis d'une m^me école un caractère jQOmmun presque toujours facile à recounaltre ; il i(i(ttit .ejicore s'associer, par une sympathie forte et profonde, à certaines pensées religieuses qui ont préoccupé plus particulièrement tel artiste dans son atelier, ou tel moine dans sa cellule, et combiner les effets de cette préoccupation avec les dispositions correspondantes parmi leurs concitoyens.

Cette condition est extrêmement difficile à remplir pour nous qui n'avons pas respiré l'atmosphère de poésie chrétienne au sein de laquelle les générations d'alors ont Técu, et le plus souvent nous passons avec un superbe dédain devant des peintures isiraculeuses qui ont exercé l'influence la plus délicieuse sur une quantité innombrable d'Ames humaines dans le cours de plusieurs siècles. Nous ne réfléchissons pas que cette image de la Madone et de TEnfant Jésus a parlé un langage mystérieux et consolant à plus d'un cœur assez humble et assez pur pour le comprendre, et qu'il n'y a peut-être pas de larmes plus précieuses devant Dieu que celles qui ont mouillé la pierre de ces modestes oratoires. C*est dans les vies des saints, bien plus que dans celles des peintres, qu'il faut chercher la preuve de ces

courager pour certaines solennités.

(489) Né en 1389^ mort en 1455.

(490) Pierre Vannucci, surnommé le Pérufpn, du nom de Perouse, sa ville natale, né en 1446, mort en 1524.

(491) Sanzio, d^Urbin, ville de sa naissance; né en 4485, mort en 1520.

(492) De la poésie chrétienne, — Forme de Part. Peinture^ ch. 6 et 7

%rvo

Z>*£STH£TiQUE eHRETIENNE.

MYS

iM

rapports intéressanis entre la reli^on et i*art. Saint Bernardia de Sienne allait tous les jours hors de la porte Comolii, sur la route qui conduit à Florence, et là il passait de longues heures en prières devant une Madone qu'il préférait à tous les chefs-d'œu- Tre exposés dans les églises, et dont il aimait à s'entretenir ensuite avec sa cousine Tobie, qui était la confidente de son enthousiasme (493). Cette attraction si puissante que l'œuvre d'un artiste obscur exerçait sur Timagination du jeune Bernardint cette préférence qu^il lui donnait sur tous les autres tableaux.* proposés à sa vénération, ce besoin de prier là plutôt qu'ailleurs, et d*épancber ensuite ses naïves émotions dans un autre cœur d'enfant que sa candeur rendait capable de les partager et de les comprendre, tout cet ordre de laits qui surabonaent dans l'histoire des saints et dans l'histoire des peuples, mais qui, par une sorte de convention tacite, sont placés en dehors de l'observation commune , pour* raient cependant répandre à la fois un nouveau charme et un nouveau jour sur les recherches Jusqu'à présent si arides qui ont l'art chrétien pour objet. En exploitant cette mine si féconde de considérations psychologi(|ues de l'ordre le plus élevé, on trouverait Texplication des vicissitudes qu'ont éprouvées certains ouvrages uni verseiiement admirés dans un siècle, entièrement oubliés dans un autre; on comprendrait pourquoi le bas peuple, celui que |les connaisseurs appellent superstitieux et dévote est resté seul fidèle au culte de ces images surannées devant lesquelles il s'agenouille le soir quand son travail est fini, pourquoi lui seul songe à mettre de l'huile dans la petite lampe et des fleurs sur le tabernacle. Celui ipii apporterait dans cette étude les dispositions requises pour comprendre le oeau dans toute l'étendue de son acception, n'aurait à craindre qu'un seul danger, analogue à celui auquel sont exposés les partisans trop exclusifs de peintures mystiques, il courrait risque de sacrifier plus ou moins les autres éléments de l'histoire de Tart, afin de respirer plus à loisir le parfum si suave et si prodigieusement varié des dévotions populaires

« L histoire des saints est remplie de ces traits gui démontrent l'intime connexion qui existait dans les beaux siècles de la foi chrétieune, entre l'art et cet ordre de sentiments mystérieux, exallés, qui donnent à l'flme qui les éprouve une sorte d'avant-goût de la béatitude céleste. Si cette exaltation, loin d*6tre chimérique dans son objet ou déplora))le dans ses conséquences, est au contraire comme le sceau de prédestination dont Dieu marque provisoirement les plus privilégiés parmi ses élus sur la terre, il est certain que la peinture se trouve sin- '

Elièrement ennoblie, par son intervention us cet ordre de phénomènes, qu'elle y parait véritablement comme fille du ciel, et

c'est là seulement qu'elle est élevée à sa plus haute puissance.

«c Par une conséquence nécessaire, les artistes qui ont le mieux compris ce genre de besoins, et qui ont le mieux réussi à le satisfaire, sont aussi ceux qui doivent oc« cuper les degrés supérieurs de la hiérarchie, et qui ont plus particulièrement mérité le surnom de divins. Dans le vaste domaine ouvert à leurs conceptions et à leur pinceau, ils ont choisi ce qui leur promettait un aliment inépuisable et des inspirations éternelles. S'ils sont descendus quelquefois de la région idéale dans celle de la nature vivante et matérielle, ce n'a pas été pour s'y complaire et s'y fixer, mais seulement pour emprunter des formes et des couleurs qui pussent servir à la fois de limite et de manifestation partielle à la beauté infinie

Sii'ils avaient eu le bonheur d'entrevoir, ue s'il est arrivé quelquefois et même bien souvent, que la combinaison de la forme avec l'idée n'ait pas eu lieu conformément aux lois de la géométrie, de l'optique et du bon goût, l'œuvre incomplète qui resuite Je cette transgression ne perd pas pour cela tous ses droits à notre attention, et nous n'en sommes pas moins tenu de chercher sous cette rebutante écorce les trésors de poésie chrétienne qu'elle recouvre. »

Après avoir tracé l'esquisse des divers peintres de Sienne et de Florence qui posèrent les premiers jalons de « l'école à la fois si mvstique et si lyrique, dont le bienheureux frère Angélique de Fiésole fut sans contredit le plus bei ornement, » M. Rio poursuit en ces termes : « Frère Angélique, « dit Vasari, aurait pu mener une vie trèsn, heureuse dans le monde ; mais comme il « voulait avant tout pourvoir au salut de « son ftme, il embrassa la vie religieuse et « entra dans Tordre des Dominicains, sans « renoncer à sa vocation non moins décidée € pour la peinture, conciliant ainsi le soin « de son bonheur éternel avec l'acquisition « d'un nom immortel pour les hommes. »

« Un &it bien remarquable dans l'histoire de cet artiste incomparable, c'est l'influence qu'il a exercée sur son biographe Vasari, qui vivait dans un siècle où l'enthousiasme

1)0 ur les peintures mystiques était bien afiiibli, et qui néanmoins dans le compte qu'il a rendu de celles du frère Angélique, semble s'être dégagé de tous les préjugés contemporains (>our célébrer, avec l'accent de l'admiration la mieux sentie, et les sublimes vertus qui embellirent son âme^ et les mer* veilles sans nombre qui sortirent de son pinceau. Dans la ferveur de sa conversion momentanée, il va jusqu'à dire qu'un talent aussi supérieur et aussi extraordinaire que celui du frère Angélique ne pouvait et ne devait être que le partage dé la plus haute sainteté, et que |)Our réussir dans la remrésen* tation des sujets religieux etsaints, il fallait que l'artiste fût religieux et saint lui-même. « Cette supériorité à laquelle Vasari renil

(49r>) Yiei det «afnff, par Siiuon Martin, lo;». 1, p. iiSl.

DlCTlO%?l. D'ËSTHÊTIQrE.

Page 1