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un si bel boromaçe ne consiste cependant ni dans la perfection du dessin, ni dans le relief des figures, ni dans la rérilé des détails ; Tordonnance pittoresque n*est jamais soutenue par une savante distribution des ombres et de la lumière comme dans les fresques de If asaccio ; et, ce qui doit paraître encore })lus choquant à certains obserr Tateurs, la yie qui surabonde dans les tètes, et qui est suffisante dans les parties su* péneures du corps, va s'affaibiissant dans les membres inférieurs, au point de leur donner la raideur de supports artificiels; mais il faudrait être bien insensible à tout ce que l'art chrétien peut faire nattre d'émotions plus délicieuses dans une ftme bien préparée, pour relever minutieusement toutes ces imperfections techniques dans les produits de ce pinceau véritablement divin, imperfections qui d'ailleurs tiennent beaucoup moins à l'impuissance de l'exécutiou dans l'artiste, qu'a son indifférence pour tout ce qui était étranger au but fondamental qui occupait sa pieuse imagination.
« La componction du cœur, ses élans vers Dieu, le ravissement extatique, l'dvant-goût de la béatitude céleste, tout cet ordre d'émotions profondes et exaltées que nul artiste ne peut rendre sans les avoir préala* blement éprouvées, furent comme le c^cle mystérieux que le génie de frère Angélique se plaisait à parcourir, et qu'il recommen* tait avec le même amour, quand il l'avait achevé. Dans ce genre, il semble avoir épuisé toutes les combinaisons et toutes les
qu'on examine oe près semble régner une fatigante monotonie, on y découvrira une variété prodigieuse qui em* brasse tous les degrés de poésie qiie peut exprimer la physionomie humaine. C'est surtout dans le couronnement de la Vierge au milieu des anges et de la hiérarchie céleste, dans la représentation dujugement dernier, au moins en ce qui concerne les élus, et dans celle du Paradis, limite suprême de tous les arts d'imitation ; c'est dans ces sujets mystiques si parfaitement en harmonie avec les pressentiments vagues, mais infaillibles de son Ame, qu'il a déployé avec profusion les ineffables richesses de son imagination. On peut dire de lui que la peinture n'était autre chose que sa formule favorite pour les actes de foi, d'espérance et d'amour ; pour que satAcbe ne fût pas indigne de celui en vue duquel il l'entreprenait, jamais il ne mettait ta main à l'œuvre sans avoir imploré la bénédiction du ciel, et quand la voix in-
(4d4) On peut voir à Florence, dans la eollection de racadémie des Beaux-Arts, deux tableaux de ce genre d*aaaèi grande dimension. Dans le premier, Joseph d'Arimathie montre à un autre {personnage les clous sanglants <|ui eut pexcé les pieds et les mains de Jésus Christ. Ce geste muet en dit plus que k plus éloaueute lirade de Klopsiok. ^ (495) Tùnto ie/lt, ehe non sipub dir pik. Vasari.
(496) n Sur les gradiui et sur le tabeniacle du grand autel, ait Vasari, il y a une Gloire céleste avec une
térieure lui disait que sa prière avait été exaucée, il ne se croyait plus en droit de rien changer au produit de l'inspiration aui lui était venue d'en haut, persuadé quen cela comme dans tout le reste, il n'était que l'instrument de la volonté de Dieu. Toutes les fois qu*il peignait Jésus-Christ sur la croix, les larmes lui coulaient des yeux avec autant d'abondance que s'il eût assista à cette dernière scène de la passion sur le calvaire, et c'est à cette sympathie si réelle et si profonde qu'il faut attribuer l'expression si pathétique qu'il a su donner aux divers personnages témoiiM du crucifiement»
ou 'de la descente de croix, ou de la déposition dans le tombeau {hQh).
« Quoiqu'une grande partie de ses ouvra-
?;es ait été dispersée dans les cabinets de 'Europe, il en reste encore assez à Florence, de grandes et de petites dimensions, pour alimenter éternellement l'admiration des voyageurs. Le couvent de Saint-Marc, l'uu des plus riches du monde en glorieux souvenirs, conserve avec une vénération particulière celui du bienheureux Angélique de Fiésole, et les magnifiques peintures a fresque dont il décora les murs des corridors et des cellules (495) ; mais on y cherche vainement les livres de chœur que lui et son frère aîné ornèrent de miniatures, pour l'éloge desçiuelles Vasari dit que les expressions lui manquent ; et comme ceux qu'il fit pour saint Dominique de Fiésole ont également disparu avec les autres merveilles d art dont il avait enrichi cette église, et dans l'exécution desquelles l'amour de' son ordre et celui de sa montagne natale l'avaient encore plus heureusement inspiré (496), il faut chercher ailleurs les preuves de sa supériorité sur tous les artistes de son siècle, comme peintre de miniatures, du moins en «ce qui tient à la représentation des sujets mystiques. Outre les fragments très-bien conservés qui sont réunis dans la collection de l'académie des beaux-arts et dans la galerie du grand duc, on peut voir à Santa Maria Novella, autre couvent de Dominicains h Florence, les deux reliquaires que Vasari dit avoir été peints par frère Angelico, en même temps que le cierge pascal ; et à défaut de bes trésors lointains qui ne sont pas tous h la portée de ses admirateurs, l'imagination la plus exigeante devra être comj)létemeut satisfaite en présence du chef-d'œuvre que la France possède et que l'Italie elle-même n'aurait pas tort de nous envier.
« Le seul ouvrage qui surpasse celui dont je parle, je ne dis pas en beauté, car c'est
quantité de figures si belles qu'elles semblent vraiment être du paradis, et qu^on ne peut se rassasier de. les voir. Dans une des chapelles est une Annon* ciatioa qu^on dirait afoir éAé peinte dans le ciel... Mais Fouvrage où l'artiste s'est surpassé IninDéme est un Couronneuieut de la Vierge, qui ne peut être <|ue Tœuvre d*un ange ou d*un saint... > Toutes cet formules banales que Vasari n*a pas trouvé le moyen de varier, n'en sont pas moins significatives, quand il parle de ce qu'il a vu.
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D'ESTHETIQUE CHRETIENNE.
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impossible, mais en étendue, et peut-être en importance historique, est la grande peinture à fresque da Vatican, dans laquelle firère Angélique, appelé à Rome par Eugène IV, représenta en six compartiments les principaux traits de l'histoire de sairt Laurent et de saint Etienne, réunissant ainsi ces deux héros du christianisme dans une commémoration poétique, comme ils ont coutume de Tétre dans l'invocation des fidèles, depuis qu'un même tombeau a réuni leurs cendres dans Tancienne basilique de saint Laurent hors des murs...
« Ces peintures si admirables, qui, pour être contiguës aux chambres fameuses que peignit Raphaël, n'en excitent pas moms d'enthousiasme parmi les vrais adorateurs de Fart chrétien ; cette œuvre si simple, si pure, si déxagée de tout alliage profane, si supérieure à tout ce que Ghirlanaaïo et Bottii^li exéeulèrent dans la chapelle Sixtine, D*était pas cependant ce qui avait fait la plus forte impression sur l'esprit du Pape Butène. Tout en payant son tribut d'admi- • ration aux merveilles qu'il voyait éclore sous ses yeux, il s'était aperçu que l'Ame de l'artiste valait encore mieux que son pinceau, et l'archevêché de Florence ayant va- Qué sur ces entrefaites, l'idée de le revêtir de la dignité archiépiscopale se présenta immédiatement à son esprit. 11 fallut que l'humilité alarmée de frère Angélique recourût aux supplications les plus pressantes pour soustraire sa conscience timide è un wdeau pour lequel il se sentait écrasé d'avance ; et ce fut sur l'éloge qu'il fit h cette occasion de frère Antonin, que ce dernier, connu plus tard dans TEglise sous le nom de saint Antonin, fut nommé par Nicolas V, archevêque de Florence.
t En retournant dans sa patrie, frère Angelico laissa quelques traces de son passage en Ombrie, et, comme cette semence précieuse est destinée à porter ses fruits plus tard, les trois petits tableaux qu'il fit pour Téçlisi) de Saint-Dominique, à Pérouse, acquièrent dans l'histoire de l'art une importance qu'il ne faut pas mesurer sur leurs dimensions (497).
c Mon-seuiement Benozzo Gozzoli, le plus diéri de ses élèves, influa sur l'école ombrienne, mais encore ce fdt particulièrement dans les ouvrages par lesquels cette influence fut exercée ({u'il reproduisit cette pureté angélique qui caractérise ceux de son mattre, comme on peut le voir dans les peintures à fresque dont il décora l'église de Saint-Fortunat et celle de Saint-François, dans la petite ville de Hontefaico, très-peu d'années avant la mort de frère Angélique ' de Fiésole. Ce sont encore les sujets favoris des peintres mystiques, une Madone qui adore son enfant, puis le cycle ordinaire de Thistoire de la Vierge, et quelques traits de
(497) Deux de ces petits taUeaux sont aujoiir- Chui dans la galerie do Vatican et représentent* avec toute la pieuse naïveté qui caractérise Tauteur, tttutleurs traiis de la vie de saint Nicolas. Le troi-
la vie de saint François*, dans la représentation desquels la ressemblance entre le mattre et l'élève est plus frappante qu'aucune autre part, surtout en ce qui concerne la figure du saint, qui est une copie de celle qu'on voit dans le chapitre du couvent de saint Marc, à Florence. Un autre tableau de Benazzo conservé dans la galerie de Pérouse» et postérieur d'une année seulement à la mort du frère Angélique (498), est encore assez fortement empreint du même genre de réminiscences, quoique l'individualité du pinceau s'y tasse de plus en plus sentir, et ce fut, selon toute apparence, le dernier legs qu'il fit aux artistes ombriens héritiers prédestinés des plus beaux fruits qu*ait portés ce talent cultivé par de telles mains et mûri sous de tels auspices... »
Après avoir raconté comment l'école mystique définitivement fixée en Ombrie, par' Gentil de Fabriano, autre élève de Fra-Ange« lico ; par Nicolas de Foligno et Fiorenzo di Lorenzo, M. Rio s'exprime ainsi sur le Pé-' rugin qu'il venge au préalable de l'injuste accusation d'avarice portée contre lui par l'historien Vasari : « Les ouvrages de la première jeunesse de Pérugin, ceux qp'il exécuta avant de s'éloigner de sa patrie, ont été entièrement passés sous silence par Vasari quia mieux aimé remplir cette première partie de sa biographie d'une fastidieuse amplification, sous la forme d un dialogue entre le disciple et le mettre qui lui conseille d'aller étudier à Florence, pour des rai* sons qu'on trouverait assurément très-bonnes, SI elles étaient moins longuement déduites.
« Le style de Pérugin était dès lors irrévocablement fixé, quant au fond; ses types fondamentaux étaient adoptés, sa tendance mystique aussi prononcée qu'elle le fut ja* mais, et sa vocation comme artiste chrétien, fixée d'une manière irrévocable ; mais les germes préconçus étaient susceptibles d'un développement ultérieur, le coloris devait prendre un ton plus vigoureux pour donner
f)lus de relief aux formes, ce qu'on appelle a manière ne pouvait pas toujours rester la même; en un mot, il fallait entrer dans les voies du progrès^ sans cependant compromettre la pureté des traditions qu'il avait reçues de ses devanciers. Ces deux choses n'étaient pas faciles à concilier, au milieu du mouvement inouï que les circonstances les plus extraordinaires imprimaient alors à l'art Florentin, dont le domaine était de plus en plus envahi par le naturalisme et le paganisme , au préjudice de l'élément religieux utti semblait s'être réfugié d'abord uans l'école ombrienne, pour reparaître ensuite avec plus d'éclat dans les tableaux du ' Péruffin.
« 11 arrivait à Florence, pur de toutes les profanations contemporaines; car parmi les
siènie morceau est cité dans le Guide du voyëgêur à Pérouêit par Conslatino Coiistanlini, 1784.
j[498) 11 porte la date lie t4S6, et Vastfri dit qm frère ÂngêUque monriit en 1455.
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