‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ouChapitre 72 sur 168 · PIC · texte numérisé non relu

PIC

PIE

cher et en relever Teffet, eût formé iinleitipie véritablement beau, véritablement sublime. Saint-Pierre eût été moins vaste, j'en conviens, mais il eût été plus grand ; il eût été grand de cette unité sans laquelle il ne saur rait rien y avoir de beau sous le soleil. Voyez, au contraire, tout ce que Téglise a perdu à ce malheureux prolongement de la nef orientale. On ne sait plus maintenant laquelle est la partie principale de Tédifice, de la nef ou de la coupole ? Ces deux par* ties se disputent la prééminence et laissent, par là même les yeux et l'esprit dans une

Kénible indécision. Je vois là, comme dit [. Quatremère de Quincy (qui, en crovant faire le plus bel éloçe de 1 édifice, n'en a fait que la juste critique), je vois là « une

franaeur unie à une autre grandeur». Hais unité où est-elle ? Elle a disparu. Léglise est devenue plus vaste de 180 pieds, soit; mais elle a cessé d'être grande. Un autre inconvénient de cette prolongation de la nef, c'a été de dérober presque totalement la vue de Tintérieur de la coupole. Je m'explique. Dans le plan de la croix grecaue, la nef correspondante à l'entrée principale n'étant pas plus longue que les trois autres croisillons, on aurait aperçu, dès l'entrée, l'intérieur majestueux du dôme, ce point central du monument. Dès lors, le sentiment de l'unité se serait fortement emparé de yous,

f)Our ne plus vous quitter, la disposition de 'édifice vous ramenant toujours invinciblement vers sa partie dominante.

Cette règle de l'unité n a pas mieux été observée pour le transsept que pour le portail et la grande nef. En eSet, par une disposition des plus bizarres, on voit bien dans cette église 1 idée première d'un transsept et de la croix latine, mais on n'y distingue

Sas suffisamment ce transsept. Cela vient e ce que les deux branches qui devraient la caractériser se dessinent mal au milieu des grands carrés formant les chapelles, dont elles sont flanauées, et qui donnent, surtout à la partie extérieure de Tédifice y correspondante, la forme d*un damier. Ceci n'est point une plaisanterie; on n*aqu'à jeter les yeux sur le premier plan venu de cette basilique, pour vérifier la justesse de la comparaison. C'est ainsi que ce transsept de la croix latine, qui aurait pu encore imprimer son cachet de grandeur et de convenance hiératiques à Saint-Pierre, malgré les nombreuses irrégularités du monument, n'y existe que comme idée première et ne présente plus c[u'une forme confuse et à peine sensible à Tœil. Quelles que soient Torigine et la valeur, comme symbole, de la croix latine dans nos églises (question qui n a pas été encore, ce me semble, suffisamment débattue), on ne peut s'empêcher de regretter que cette forme consacrée demeure si peu apparente, au centre de la latinité et aans un monument qu'on cite tous les jours comme le principal modèle de cette disposition hiératique.

En avançant au delà de l'intérieur du dôme, nous entrons dans le chœur.

Pourquoi faut-il que cette partie, la ptas noble, la plus harmonieuse de l'édifice» soit la moins en évidence ? Ce chœur, aussi remarquable par son ordonnance que par ses vastes dimensions, se termine, comme chacun sait, par la chaire de Saint-Pierre, soutenue par quatre des plus célèbres docteurs de l'Eglise, œuvre colossale de Bernin, oui, bien que non exempte du style maniéré et tourmenté de cet architecte décorateur, présente un ensemble grandiose et digne de sa destination. Vue de cet endroit, dans sa du rection longitudinale, jusqu'aux trois portes d'entrée surmontées de grandes fenêtres en verre blanc qui ne laissent pénétrer néanmoins qu'un demi-jour dans la basilique»

la nef immense paraît véritablement belle, et revêt en quelque sorte le caractère de l'infini. Je lui trouve même quelque chose de cette expression à la fois sublime et mystérieuse, qui est propre à nos cathédrales gothiques. Je voudrais que, lorsqu'on visite

four la première fois l'église de Sainte ierre, on pût arriver jusqu au rond-point, les yeux bandés. Lorsqu'ils s'ouvriraient à la lumière, ils contempleraient avec admiration une nef aussi belle qu'immense, et ils jouiraient d'un de ces rares spectacles qui laissent dans l'esprit une impression qu'il ne saurait désormais oublier. Ajoutons que les trois grandes fenêtres de rentrée principale, vues de cette extrémité de la basilique, augmentent, quoiqu'elles ne soient que de verre blanc, Tenet dfe la perspective, à cause de leur teinte voilée qu'elles empruntent au demi-jour de la galerie extérieure. Remarquons, à ce sujet, que la lumière est très-habilement distribuée dans toutes les parties de cette vaste enceinte, où les yeux ne se fatiguent jamais de regarder, et où chaque objet se présente à la vue sous son véritable jour.

Maintenant, si nous nous dirigeons vers les nefs latérales, elle nous fourniront une nouvelle preuve de ce manque d'unité qui se révèle par tant d'endroits dans le monument qui nous occupe. D'abord, ces prétendues nefs sont tout simplement des couloirs étroits et obscurs, sans aucun rapport architectural avec la nef principale, a laquelle ils devraient être cependant étroitement liés par«un même système, comme ils l'auraient été, selon le plan de Bramante, et comme ils le sont dans toutes les églises tant soit peu régulières. Je connais les raisons qu'on allègue pour justifier ou expliquer du moins cette disparate choquante et tant d'autres du même genre qu'on remarque dans l'édifice, et qui prouvent les variations continuelles de ceux qui en furent les architectes. Mais cette dernière particularité, qui est déjà, en elle-même, un préjugé fâcheux contre le monument, ne saurait nous empêcher de le juger tel qu'il est, et non tel qu'il aurait dû être. En 1 état» les deux couloirs, improprement appelés neis latérales, ne sont que des hors-cT œuvre tout à fait indépendants de la grand 3 nef, de telle manière qu on pourrait les supprimer

PIE

D'ESTHETIQUE CHRETIENNE.

ME

du jour aa lendemain, sans qu'elle en éprouTftt la moindre altération dans son ensemble. On peut appliquer la même obser- Tation aux diverses chapelles latérales, telles, par exemple, que celle du Chapitre et du Saint-Sacrement. Ces chapelles, fort grandes et somptueusement décorées, mais véritables superfétations , n'ont pas leur raiêon d'être \h Où elles se trouvent; ce sont autant d*églises particulières ajoutées à une autre plus grande église, des appendices

Joe rien ne rattache an corps principal, ont l'assemblage incohérent donne trop à Saint-Pierre la forme d'un pàté^ pour me servir de l'expression de M. Didron , dans une des lettres que j'ai reçues de lui.

Maintenant, je demanderai aux admirateurs classiques et exclusifs de la basilique vaticane, où est cette « entente parfaite des convenances et des proportions architecturalesy ce goût sobre et judicieux dans Tordonnance monumentale », et tant d'autres qualités dont ils nous parlent sans cesse, comme à des gens qui s'y entendent peu ? Toutes ces belles conditions se trouventelles réunies dans cette église de Saint- Pierre, objet de leur prédilection (on sait pourquoi), qu'ils exaltent avec tant de com-

{ plaisance aux dépens de ces grandes basiiques françaises des xi% xn*, xni% et xiv' siMes? Si je ne craignais d'être trop long, je voudrais établir, comme un fait incontestable, que les maîtres de l'œuvre dont le génie conçut et réalisa tant de merveilles arcnitecturales sur notre sol fécond en splendeurs monumentales, possédaient un

Su mieux que la plupart des architectes de int-Pierre et de tant d'autres églises bAties sur le même moule, cette « intelligence des proportions, ce goût sobre, judicieux, épuré » et autres qualités qu'on nous fait sonner si haut, pour nous convertir au culte de l'ionique ou du corinthien.^ C'est ce qu'ont déjà établi, d'ailleurs, beaucoup mieux que je ne le ferais moi-même, M. Vitet, dans ses Essais archéologiques , et notamment dans sa Monographie de la cathédrale de Neyon; MM. Lassus et Viollet-Leduc, dans des articles remarqualiles publiés dans les Ànnaleê archéologiques. Ces Messieurs ont comblé une importante lacune dans le domaine de l'architecture chrétienne. On avait beaucoup dépensé de poésie, à l'occasion des églises gothiques. Il se faisait temps qu'on les discutât sérieusement, au point de Yue pratique, d'autant mieux que c était là leur cdté vulnérable, aux yeux desjclassiques grecs et romains. II importait donc de démontrer à ces aveugles volontaires que nos monuments religieux se distinguent autant par l'unité, lé simplicité du plan, par la grandeur^ la justesse de leurs proportions, parla distribution intelligente, harmonieuse de leurs ornements, par la vigueur et la solidité de leur construction, que par leur caractère imposant, sublime et mystérieux. Les monumentalistes qui, à l'exemple des hommes éminents que nous venons de nom-

mer, ont débattu et tiré au clair cette ques-^ tion encore si neuve de la science pratique qui se révèle dans nos grandes constructions nationales, ont bien mérité, entre tous les autres, de l'archéologie sacrée du moyen Age, puisqu'ils ont ferme par là et à tout jamais la bouche à ses détracteurs. Ce serait maintenant le lieu de discuter la partie décorative de l'intérieur de Saint-Pierre, de parler de son ordonnance corinthienne, de ces caissons dorés qui ornent ses voûtes en stuc, de ses nombreuses moulures et basreliefs, de ses mosaïques, de ses statues, de ses tombeaux. 11 y aurait là ample matière à l'éloge et à la critique. Mais je m'arrêle> dans la crainte de prolonger une dissertation déjà trop longue. Nous pourrons revenir une autre fois sur cet objet. Pour le mo«* ment, je me bornerai à faire remarquer qu'il n'est pas vrai, comme on ne cesse de le répéter, que cette église soit la plus riche de toute la chrétienté. Sans sortir ae l'Italie, nous trouvons, dans cette péninsule, bou nombre d'églises beaucoup plus riches»

quant aux matériaux employés à leur cou-struction et quant à la partie décorative. Ainsi, pour n en citer que quelques-unes, les cathédrales de Gênes, de Pise, de Sienne , sont toutes de marbre, tandis que Saint* Pierre est seulement revêtu dans son intérieur de ce précieux calcaire, et même, si je ne me trompe, tout simplement de stuc. Plusieurs de ces églises sont supportées par des colonnes de granit, de jaspe, de porphyre, au lieu des piliers en maçonnerie de la basilique vaticane, dont quelques-uns occupent une superficie égale à celle de certaines églises de Rome. Saint-Pierre est assurément la plus vaste église de l'univers, mais elle n'est pas la plus grandiose; il en est un bon nombre d'autres qui, sans être aussi vastes, possèdent mieux qu elle cette véritable grandeur morale qui résulte de l'unité du plan et de l'harmonie des membres divers qui s'y rattachent, plutôt que de leur matérielle superficie.

Quant à lextérieur du monument, il n'offre que la reproduction, plus sensible encore parce qu'elle est en «relief, des nombreuses irrégularités que nous avons reier vées dans l'intérieur. Son ordonnance ^é-^ nérale n'est, du reste , que la répétition de celle en style corinthien du dedans. Aussi ne diffère-t-elle en rien de celle d'un vaste palais, ou de tout autre édifice pro-' fane. Même réflexion pour une bonne partie de la coupole, dont l'extérieur m'a paru aussi froid, aussi nu que l'intérieur en est saisissant et magnifique. Ce qui m'a choqué à l'extérieur de cette coupole, ce sont les fenêtres à frontons alteruativemèxt iriangulaires et en quart de cercle, qui régnent tout autour, et.dont la forme vulgaire rappelle trop exactement les façades d'hôtels du temps de la Régence ou de Louis XV. Qu'il y a loin de là à ces flèches si hardies, si fineuiont découpées, de Chartres, d'Autuu, de Strasbourg l Ce n'est pas que je prétende établir ici un parallèle entre deux genve»

PIE

iMCTIONNàIRe

si opposés ; mais il me semble que ces ûècbes aériennes» km^éeis Ters les cieixx, comme un deroier et mbiime effort du génie chrétien,. parlent autrement à l'imagination et au sentiment religieux que Textérieur de cette froide coupole, empreinte des réminiscences païennes qui , à Tepoque X)ù elle fut érigée, luttaient ouvertement contre les anciennes traditions de Tarchilecture catholique, l) me semble aussi qu'un pays comme le nôtre, dont le sol s'est couvert sans bruit, sans fracas, et comme par -enchantement, de tant de monuments sacrés qui ne lui laissent rien à envier à l'Italie, devrait être un peu plus fier de ses architectes ,et de ses églises , lorsqu'on considère qu'au centre de la chrétienté et à l'époque la plus brillante du pontificat romain, un siècle de calculs , d'efforts et de patience, les puissants encouragements de plusieurs «grands Papes, le concours actif des plus célèbres architectes qui se sont succédé pentlant cette longue période, les 350 millions qu'on a engloutis dans cette entreprise, n'ont finalement abouti » malgré l'intention hautement exprimée de surpasser tout ce qui s'était fait jusque là dans ce genre, qu'à l'érection d*un monument incomplet, avorté dans son ensemble , quelc[ue admirable qu'il puisse être dans certaines de ses parties.

Voici, d'ailleurs , comme confirmation de mes idées sur Saint-Pierre, le témoignage non suspect de prévention contre cet édifice, ti'un architecte écrivain, déjà cité dans cet ouvrage, et qui a fait une étude particulière des basiliques de Rome, à la description desquelles il a consacré d'intéressantes pages et d'excellents dessins. Ëh bien I il n'a pas cru pouvoir, en conscience» donner dans son recueil, une place à la basilique du Vatican. Laissons-le parler lui-même : « Ce serait le lieu de parler de Saint-Pierre, de cet édifice aux proportions colossales » l'orgueil, dit-on, de l'architecture, et la plus étonnante de ses merveilles ; mais Saint- Pierre, quoiqu'il ait exercé le génie de tant d'artistes supérieurs» bien qu'il soit l'œuvre successive d'architectes du premier ordre , Saint-Pierre, cependant, n'a pas trouvé place dans notre Recueil. Cette vaste création , conçue sous Timpression d'une pensée malheureuse et dans un principe vicieux peutêtre, n'a pu suggérer de hautes inspirations aux habiles successeurs de ce même Bramante, dont la plupart des productions furent d'ailleurs des chefs-d'œuvre. Il semblerait que tous ces maîtres, à l'exemple du premier, aient tous succombé sous le poids d'un si pesant fardeau. On blâme dans le plan de Saint-Pierre sa disposition vulgaire, ses formes tourmentées et l'étude mai calculée des proportions. La façade est aussi lohjet de mille critiques fondées; elle manque de relief, et l'on ne saurait y trouver ue parti décidé. La nef n'est pas non

pttts à l'abri de refxtoehes. *QooiaaB in^ uiense^ elle n'a pas cette apparence ae graudeur que le, talent bien inspiré sait donner, même aux petites choses. C est en vain qu'on cherche, dans ce grand ouvrage une idée sublime, une conception surhumaine , qui réponde au but qu'on s'était proposé. On ne retrouve dans l'ensemble ni les élans du

Sénie» ni cette parfaite unité d'intention et e direction qui a tant de prix, ni cette délicatesse enfin , et cette grAce dans tes détails qui décèlent l'artiste dirigé par le sentiment du beau. Les voûtes méritent seules, sous ce rapport, une honorable exception : leur décoration est fort remarquable, tant pour la convenance que pour le ^oût des ornements; à nos yeux, Saint-Pierre n'est donc point un chef-d'œuvre, bien qu'il soit pourtant l'un des plus glorieux témoignages de la puissance et de la volonté persévérante de l'homme: il doit étonner, sans doute, mais c'est plutôt par ses proportions gigan^ tesques hors de toute comparaison » par ses richesses inouïes, et enfin i>ar les grandes difficultés de construction qu'il a fallu vaincre. Cependant le blAme s efface , les mau-* valses impressions se dissipent, si l'on vient à considérer cette coupole célèbre, prodige de science et de poésie , ouvrage sublime dont la vue vous confond, et qui, par l'immensité de sa masse, réclat harmonieux de ses mosaïques, l'élégance de ses contours et son exécution miraculeuse, fait naître dans l'Ame ce ravissement indicible qu elle n'éprouve jamais qu'en présence des grandes œuvres de la nature. Conçue d'abord par Bramante» ^illustre artiste qui fonda l'église, elle fut ensuite modifiée par Michel-Ange, qui en détermina la forme» les proportions exactes» et jusqu^aux détails de coostruc^ tion ; mais le mérite de l'exécution et quelques modifications sont dus à Giovanno deJa Porta et à Dominico Fontana (570).

P1£RR£S PRECIEUSES, leur sens sjm^ bolique. Voy, Coulbuhs.

PINTDRICCHIO. Peintre, né à Péroùse en 145&, fut élève du Pérugin, et l'aida dans la plupart de ses travaux. 11 travailla ensuite avec Raphaël. Yoy^ Pbintvrb mystique.

PISE. (CATHÉDRALE db). Ce superbo édi^ fice, l'un des plus beaux de l'Italie et de l'univers chrétien, fut commencé Tan 1063 par Buschetto, et terminé l'an 1119, par i architecte Rainaido, c'est-à-dire durant la période la plus Hérissante de la république. L'an 1586, le plafond fut dévoré par un incendie, mais quatre ans après, il était magnifiquement réparé par Ferdinand de Médicis.

Cette basilique offre une étonnante et rare collection de riches et belles colonnes* La plupart d'entre elles sont antérieures à l'édi^ fice» et le style basilical qui fut adopté dans sa construction, toute de marbre, se prétait mieux que tout autre à l'emploi bien enten-' du de ces magnifiques colonnes toutes faite:^

(870) Edificeê de Rome moderne, ete. , destinés^vesurës et pobliés par P. Letarouilly, in-fol^ PariSf

PIS

Di:STH£TIQUE CHRETIENNE*

PIS

et d*ane admirable proportioD.On n'en compte pas moins de 450, tant à Tintérieur qu à l'extérieur. Il y en a 206 appliquées h la décoration du dedans.

Le plan de la basilique est celui d'une croix latine avec un transept fort développé, surmonté au centre d'une coupole qui réunit les deux branches de la croix. Cette coupole dont les dimensions ne sont point en rapport arec celles de l'édifice, ofifre néanmoins un des premiers et des plus curieux essais de ce nouveau genre de constructions oii le

Sénie de nos modernes architectes devait se éplover avec tant de magnificence.

La Basilique mesure enlonguenr 292 pieds S pouces ; en largeur, pour les cinq nefs, 97 pieds 9 pouces, et pour la nef du milieu, 39 pieds 1 pouce ; sa hauteur est de 101 pieds k pouces.

Elle a cinq nefs soutenues par 6k colonnes dont quelques-unes sont de jaspe, de Tert antique et de porphyre. Les bas-côtés sont en voûte; mais la grande nef a un plafond en bois , dont les compartiments sont de grands caissons dorés. Le plan de l'église étant celui d'une croix latine, les nefs de la croisée ont la même ordonnance de colonnes, ce qui ajoute encore à la beauté et à l'harmonie de l'édifice.

« Les colonnes , dit M. Quatremère de Quinry, ne sont point unies entre elles par un entablement, mais bien selon la pratique des bas-siècles de l'architecture romaine (571) par des arcades au-dessus desquelles s*élève un second rang de portiques en colonnes plus petites que les inférieures, mais aussi plus nombreuses. Elles forment une galerie qui circule autour de l'église, et c'est encore là une de ses conformités avec les anciennes basiliques. On comprend que ces galeries, outre la variété qu'elles produisent dans tout l'ensemble, font encore mieux jouir de tout l'espace que les yeux ont la liberté de parcourir.

« Tout l'extérieur du monument est pour sa disposition, dans un rapport exact avec celle de l'intérieur. Deux ordres de colonnes adossées aux murs répètent les deux ordres de la grande nef, et s élèvent juscfu'à Ja toiture des bas-côtés. L'ordre inférieur est surmonté par des arcades ; le supérieur porte Fentablement continu qui règne autour du monument. Un rang de colonnes, également adossées, mais plus petites, avec arcades, s'élève au-dessus de la toiture des bas-c6tés,et supporte celles de la grande nef.

« Pareille disposition a été suivie dans le frontispice ou portail du temple par Rainaldo collaborateur et successeur de Buschetto. H subordonna la décoration de la façade à celle des parties litérales, en la raccordant exactement aux deux masses inégales en hauteur de la nef du milieu et des nefs col-

(571) Au mot ÂRCBiTBCTORE, et dans plusieurs tuires endroits, nous faisons remarquer que ce que les premiers archiiectes chrétien^i se sont permis éuii ce genre, ils Font fait parce quMs ont bien

latérales. Cette façade se termine ainsi dans le faite, par des colonnes adossées toujours diminuant de hauteur, et par un fronton qui arrive à la hauteur du pignon du toit de la grande nef.

« On lit çrès la porte d'entrée en Tho»neur de Rainaldo, l'inscription contemporaine que voici :

Hoc opns eximfom, Um miram, tam pretiosom, Rainaidas prodens opcrator et ipse magiiter GonsUtuil mire, solertèr et ingeniose (573).»

Ces éloges n'ont rien d'exagéré, et de plus, ils sont aussi justes que concis. Jai pu m'en convaincre moi-même sur les lieux, en face de ce splendide monument, dont M. Pouioulat a si heureusement exprimé Te caractère grandiose et mystérieux. Voici comment il décrit d'abord cette façade si élégante, si riche, si légère, dont les cinquante colonnes de marbre, comme tout l'édifice, à la teinte dorée , semblent être retenues par quelque chose de magique,dans leur harmonieux ensemble.

a La Vierge et les quatre Evangélistes sortis du ciseau de Jean de Pise,sont debout sur le faite et aux quatre coins de la façade; en les voyant on se demande comment ces petites statues peuvent triompher ainsi des vents, des orages, des révolutions et des siècles. Trois portes en bronze frappent notre attention : celle du milieu est ornée de deux colonnes grecques apportées d'Egypte, festonnées avec un art 'merveilleux. Les trois portes en bronze faites sur le dessin de Jean de Bologne ont été sculptées par Pierre Tacca,Pierre Francavllla, Antonio Sasini, Horatio Mocca ; elles représentent les principales scènes de la vie du Sauveur et de la vie de Marie. Ce n'est plus le bronze qui est devant vous, c'est la représentation vivante de Tos souvenirs évangéliques : le bronze rayonne d*une façon céleste sous les traits de l'Homme-Diou ; il parle avec lui, quand le Sauveur enseigne, quand le Christ dit aux malades: Soyez guéris; aux morts : Sortez du tombeau. Ce bronze exprime les souffrances d'uu Dieu à Gethsémani, et sa mort au Calvaire. Sur une des portes , la scène de la naissance m'a fait sourire : le lit de la mère de Marie, est un lit pisan, un lit paré, tel qu'on n'en vit jamais assurément à Nazareth; l'artiste ne s*est pas conformé seulement aux habitudes de la Galilée.L'une des deux portesdu levant,celle qui fait face à la Tour Penchée,est aussi en bronze, et d'un antique et bien curieux détail; cette œuvre de Bonanno porte avec elle une naïveté expressive qui intéresse vivement.

« Jusqu'ici nous pouvons avancer sans confusion dans nos indications descriptives; on saisit sans effort l'extérieur du monument : mais si nous entrons dans l'église, nous ne saurons par où commencer. Dans

vottlu le faire et quils avaient leurs raisons pour oeia. (Note de fauteur»)

(573) Dicliannane iiatMteciwre , par M. Qua treiuère de Quint y, art. BuHheti^,

PIS

MGTiONNAlilE

cette savante réanion de tant de choses, on peut dire en quelaae sorte que rien ne commence et rien ne nnit, toute chose se touche, se lie, se mêle avec un ordre suprème,radmiration flotte dans un vague ensemble, et D*ose rien prendre à part, comme si elle craignait de porter atteinte à cette belle bar* monie (573). j>

Néanmoins, il y a quelque chose qui vous saisit et qui vous absorbe entièrement, dès

dire infinie dans les détails; c'est la noble simplicité du plan et l'incroyable richesse, ainsi que le goût merveilleux de la décoration qui l'embellit ; c'est, par-dessus tout, ce cachet hiérati<^ue, basilical, imprimé à tout rédifice, et qui.se révèle principalement dans la grande mosaïque du tond de l'abside représentant le Christ qui bénit d'une main, et dans l'autre porte le globe du monde. Et telle est la puissance de cette double impression du « beau humain » et du « beau surnaturel » qui vous domine dans celte splendide et mystérieuse enceinte, querien ne peut vous en distraire, pas même les ornements accessoires,d'aillenrs si riches et si admirablement distribués. Essayons cependant, d'en dire un mot, et sans nous arrêter è des magnificences telles que l'autel du croisillon du transsept, tout en argent massif; les lampes du sanctuaire, du même métal,ainsi que les grands chandeliers du mattre-autel tout en brocatelle d'Espagne, oui est une sorte de marbre encore plus précieux que l'argent; parcourons rapidement les objets divers proprement dits dont la sculpture et la peinture l'ont embellie*

Parmi les œuvres le seul pture^ nous remarquerons, indépendamment des merveilleuses portes de bronze qui ont tout-à-rheure fixé notre attention, les tombeaux des archevêques de Pise, la chaire à prêcher en marbre, revêtue d'anciennes sculptures et d'ornements en bronze, et un ancien bénitier en bas relief, exécuté par Jean dePjse. En fait de peintures, nous citerons celles du lambris de la grande nef et de la coupole, les belles mosaïçiues sur un fond or de l'abside, et celles qui sont formées par les gracieux et riches compartiments du pavé de la basilique. Parmi les toiles peintes, on remarque celles de Jean de Pise, de Tribolo, de Tempesta, de Roselli de Florence, de Pierre de Cortone, et principalement d'André del Sarto, dont^le chef-d'œuvre. Sainte Agnès qu'on a crue de Raphaël, est le plus beau de la cathédrale. « La jeune Agnès,dit M. Poujoulat, en parlant de ce tableau, est l'expression de cette candeur na'ive, de cette grAce que nous appellerons chrétienne, et que l'antiquité ne soupçonna point; la simple jeune fille , assise et jouant avec sou agneau, répand autour d'elle je ne sais quel

parfum virginal dont noire ftitie est"* Jooeement saisie. L'autel des Trois-Saints fut sculpté, d'après les dessins de Michel Ange, par LostagioStagi de Pietra Santa. A l'époque de la première croisade , disent les traditions , les Pisans emportèrent de Nazareth les corps de saint Gamaliel, de saint Ni^ codème et de saint Abibone» ces restes sacrés sont enfermés dans le cercueil de marbre qui est là.

« Au-dessus de nos têtes, nous avons la voûte tout éclatante d'or, qui fit oublier le désastre de 1596. Soixante quatorze colon-» nés, d'une grosseur inégale, traversent sur plusieurs rangs la vaste enceinte de l'église ; en tout, deux cent huit colonnes sont répandues dans les diverses parties de la cathédrale. On marche sur la mosaïque et sur le marbre. Comment achever de vous représeo-* ter cet intérieur d'église, avec ses vitraux peints d'où s'échappe un lour mystérieux, avec ses ornements si élégants, si hardis; avec ces hautes galeries si richement ornées; avec ce marbre noir et blanc qui donne à tout l'ensemble une physionomie douce et recueillie? Vous prendriez cette église pour une de ces fantastiques demeures comme en peut rêver la poésie dans ses radieuses ivisious ; vous la prendriez pour l'habitation des anges, et parfois à votre insu, vous prêteriezT'oreille pour écouter les harpes a'or; ou bien encore, vous croiriez voir dans la resplendissante métropole une image de cette Jérusalem céleste qu'avait entrevue le sublime exilé de Patbmos. Moi qui suis devenu un habitué des monuments de Pise, i'aiiait ces jours-ci, les honneurs du Ddme a mon illustre ami. « Oh 1 )> s'écriait M. Micbaud avec une voix émue , .en portant de tous cdtés des regards éblouis : «il faudrait réternité « pour admirer en détails tant de belles choses (57&). »

Si Ton me demandait quel est, de toutes les belles églises que j'ai vues en France, en Suisse, en Belgique, en Allemagne et en Italie, l'intérieur qui m'a le plus impressionné ?je répondrais sanshésiter 2 Celui de la cathédrale de Pise. Deux fois, j'ai visité cet incomparable monument, et deux fois, je me suis dit : « C'est trop lieau pour cette terre; c'est là véritablement l'image des splendeurs du paradis 1 »

PlTONl (Joseph-Octave). Illustre compositeur de I école romaine» né à Rieti, en 1657, mort à Rome en ilkZ. Yoy. Musiqcb^

PLAINT-CHANT Yoy. Chant grêoorien ; Chant UTUReiQUB.

PORCHE. Yoy. Rom ano-btzantin (Style).

PORTAILS. Yoy. Sculpture ; Arles ; Amiens; Reims; Strasbourg.

PORTRAITSJ D£ NOTRE SEIGNEUR Et DE LA VIERGE. Voy. Allégories, Catacombes, Types, Jêsus-Christ.

POUSSIN (Le). Célèbre peintre (rançaia« Yoy. Types.

l575) Toscane et Rome, paf M. Ponjoi^lat. (1^tre 3.)

(57i; Toicane et Rome, (lœ, cit.)

REF

D'ESTHETIQUE CHRETIENNE.

REF

PRINCIPAUTES. Voy. Anges. PROTESTANTISME. Son înfluencô $ut

PROSES. Voy. Chant liturgique ; Modes Tart. Toy. Réforme protestante. ECCLESIASTIQUES. PUISSANCES. Voy. Anges.

QUINISEXTE (Concile de), tenu à Constuntinople en 692, célèbre dans les annales 4e Tart chrétien par le canon 82, qui ordon-

nait de préférer la réalité aux images» ot de montrer le Christ sur la croix. Voy.Auàgorie.

RAPHAËL (Sanzio;. Peintre célèbre, élève du Pérugin, né à Urbin, en 1483, mort à Rome en 1520. Toy. Peinture ; Mystique {PHniure).

RAVY (Jean-Juste). Sculpteur français.

Voy. France.

REFORME PROTESTANTE. La nature et le but de cet ouvrage ne nous permettent point, sans doute, de considérer ici la pré* tendue réforme au double point de vue du dogme et de la discipline. Mais comme depuis longtemps il est de mode, parmi nos beaux esprits, de Texaiter en tant que cause de rémancipation et du progrès de Tintelligence dans nos temps modernes, elle rentre jtieînemeDt, sous ce rapport, dans le domaine de l'esthétique, et nous avons le droit, à ce titre, d'examiner sérieusement s'il est vrai que l'œuvre de Luther et de Calvin ait eu, sur l'esprit humain en général et sur la littérature et l'art en particulier, l'influence qu'on veut bien lui attribuer, ou plutôt, si cette influence n'a pas eu lieu dans un sens opposé à celui qu'il est du bon ton de lui prêter. C'est ce que nous allons examiner, dans l'ordre ci-dessus indiqué.

« La réforme du xvr siècle a été le signai de rémancipation humaine; elle a ouvert l'ère de l'indépendance civile et politique, de la tolérance et de la liberté. » C'est en ces termes pompeux que les écrivains du jour, hommes à la hauteur du progrès , préconisent l'œuvre de Luther et de Calvin. Tel est leur langage , répété à satiété dans les jdomaux, revues, feuilletons, que la presse parisienne sert par milliers en pâture à ses innombrables lecteurs, serfs de nouvelle espèce, qui, tout en se moquant de l'ini^illibilité du Pape, courbent humblement la tète sous le joug doctrinal de quelques individus sans mission aucune, et trop souvent sans études sérieuses ou sans bonne foi. 11 n'est pas nécessaire, en effet, d'être doué d'une grande capacité historique pour voir tout ce qu'il y a d'ignorance ou de partialité dans un tel langage. Je dis ignorance ou

(575) Entre autres, dans Topera des Htt§uenoU ( pÀioles de Scribe, musiqae de Meyerbeer ), qu*on pourrait forl bien définir i une iminense calomnie en vers et en musique conire le catholicisme.» C'est nie chose vraiment déplorable que de voir des boiiines de talent et de génie meUre leur plume et li urs aecurds au service des passions anticatholiques d'un

Dictioun. d'Esthêtiqub.

partialité, parce que les faits qui établissent l'esprit intolérant, persécuteur de la ré*forme, ainsi que la déplorable influence exercée par elle sur le bien-être et la liberté des peuples, ces faits, di.«-je, sont tellement péremptoires contre Ijs réformateurs , que les panégyristes de ceux-ci, ou ignorent les premiers éléments de Thistoire, ou se laissent dominer par leur haine aveugle contre le catholicisme, haine d'autant plus inexplicable que la plupart d'entre eux sont catholiques. Nous ne concevons pas, en effet, qu'on ose conserver cette glo^ rieuse dénomination, quand on écrit ou qu'on prononce l'éloge d'une secte qui, dès son début, n'a cessé de poursuivre les catholiques de son fanatisme et de ses calomnies, qui a été essentiellement provocatrice à leur égard, puisque, la première, elle a levé l'étendard contre la religion et le gouvernement du pays, contre ces lois, et, hfttons-nous d'ajouter, contre ses propres libertés. Telle fut, en effet, cette réforme, qu'il est du bon tou d*exalter, parmi nos grands et beaux esprits, et pour la glorification de laquelle nos auteurs dramatiques, poètes et musiciens, ne craignent pas de travestir indignement Thistoire sur la scène de rOpéra (575), dans une capitale qui commande à trente-cinq millions de catholiques, et qui en contient elle-même plus d'un million. Sous prétexte de réformer des abus qu'elle n'avait nulle mission de corriger, et qiii l'eussent été sans elle, elle sapa les fondements mêmes de la religion; elle immola par milliers ses enfants et ses ministres; elle renversa ou profana ses temples, ses autels; elle brisa, avec une fureur digne de celle des iconoclastes, ses statues, chefsd'œuvre du génie, lacéra ses tableaux, mit en pièces ses reliquaires somptueux, et jeta aux vents la cendre de ses martyrs. Voilà comment elle réforma les abus 1 Elle attaçiua, à main armée, des hommes qui voulaient, eux aussi, vivre et mourir dans la reliçion de leurs pères, et l'on voudrait qu'au lieu

public ë^aré! Si o^est la vanité qui les j porte, dans le but d*étre à la hauteur des idéei dujour^ ils sont bien coupables ; si c'est Tincérèt qui les pousse à flatter certains préjugés enracinés, dans Tespoir d'un plus grand succès, ils sont plus coupables encore'.On ne saurait trop déplorer, dans tous les cas» cette prostitution du latent 6t du génie.

Page 1