‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ouChapitre 75 sur 168 · GS · texte numérisé non relu

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ment nu ; il tient à la main droite une clochette qu*il asite et dont il écoute le son. A Reims» nous ravons déjà dit, ou a fait une place distincte à la musique. Sur la maison ae la rue de Tambour , 1 une des cinq statues de musiciens est couronnée de fleurs, ainsi qu*on en voit à Fribourg en Brisgau. Ici , la musique est représentée par un homme nu : est-ce par distinction, comme nous le croirions volontiers, et le nu indi* querait-il une personnification plus caractérisée, un idéal plus dégagé des liens matériels; est-ce par mépris, au contraire, et ce musicien ne serait-il qu'un vrai bohémien, si délabré, si pauvre, qu'il n'a pas môme de vêtements ?

« Les personnages qui accompagnent ce musicien ou plutôt celte Musique, sont ceux du TRiviuu et du quadrivium : la Grammaire

fixe ses yeux au ciel, la Géométrie mesure la terre. Au milieu de ces personnifications, on croit voir des prophètes où des apôtres, ou du moins des coniesseurs, qui, pères de la parole sacrée, ont donné leur vie après avoir éloquemment annoncé les vérités divines. Outre les vingt-deux personnages de ce cordon, on en aperçoit d*autres plus grands, au nombre de sept, à la galerie qui surmonte la rose ; ils ressemblent également à des apôtres et à des prophètes. Entre eux, au-dessus de leur tète et comme les inspirant, on voit huit anges qui sortent des nuages. La place de tous ces hommes éloquents serait justifiée ici par la présence de la Rhétorique et de la Dialectigue dont ils sont, pour ainsi dire, la réalisation humaine. Quoi qu'il en soit de celte hypothèse , l'un d'eux tient un glaive gisantesque, qui a dû le décapiter comme celui qui a martyrisé saint Paiil ; l'autre une croix, où il dut être attaché comme saint Pierre ou saint André. D'autres sont coiffés du bonnet juif, du bonnet terminéen pointe, comme celui que le moyen Age donne aux prophètes.

« A cette rose mérionale , de même qu'à celle du nord, deux figures gigantesques soutiennent la retombée du cordon d'archivolte. Ici, au sud et à gauche, du côté des apôtres, nous voyons la Religion chrétienne ou TEglise, sous la 'figure d'une grande femme ayant un nimbe comme une sainte et une couronne comme une reine. Elle tient à la main gauche une croix, un calice à la main droite. Fière et forte» elle fait un frap* pant contraste avec la figure qui lui sert de pendant et qui représente la religion juive ou la Synaçogue. Cette Juive est une femme chétive^ qui aies yeux bandés, parce qu'elle a refusé de voir la vérité. Elle a été reine aussi, mais son règne n'est plus et sa cou-* ronne tombe. Elle tient à la main droite les tables de la loi de Moïse, mais renversées* EMe avait è la main gauche un sceptre, mais un sceptre brisé. A cotte décadence irrévo* eab!e, à cette ruine d'elle-même, la tête est

inclinée , et Von verrait certainement des larmes sortir de ses yeux, si ces larmes n'étaient bues par le bandeau qui l'aveugle. Dans un manuscrit de la bibliothèque Impériale {Emblemata 6t6/tca, riche en minia-

couche dans Te tombeau.

« En retournant du midi au nord de la cathédrale, nous voyons également deux statues qui servent de pendant à celles-là. J*ai cru pendant longtemps que, comme celles du sud, elles étaient purement allégoriques; j'ai pensé ensuite qu'elles pouvaient représenter Eve et Adam. Je suppose aujourd hui qu'elles sont historiques et allégoriques à la fois : historiques, parce qu'elles figureraient Adam et Eve dont l'histoire se déroule le long de la voussure; allégoriques, parce quelles pourraient bien représenter la religion naturelle et la religion païenne. La religion naturelle ou la première révélation serait figurée par Adam , auquel Dieu a parlé directement et enseigné la vérité. La religion païenne ou ridol&trie, par Eve, qui crut au serpent plutôt qu'à Dieu, et qui caresse le démon sous la forme d'un mousire à queue de serpent et tète de ga'^ zelle, comme un païen caresse et adore son idole.

a J'abandonnerais volontiers cette expli-^ cation, parce que je n'aime pas les idées trop recherchées ; mais j'espère qu'un jour le vrai nom de ces deux grandes et remarquables figures sera donne par un monument portant une inscription, et que ce nom justifiera ce que je viens de dire. .

c Eve, ou ridolâtrie, est une forte femme de trente à trente-cinq ans. Elle tient contre sa poitrine, avec la plus délicate attention, le serpent dont la tète est h peu près celle d'un boa, mais d'un boa orné ae deux cornes de gazelle. Deux ailes sur le dos, deux pattes de lion sous le ventre, une queue de dragon. La bète ouvre largement la gueule, pour crier sans doute , en entendant l'anathème de Dieu qui la condamne à ramper et à être écrasée un jour par la vierge Marie. Eve parait regarder avec une certaine arrogance soit Dieu , soit Adam qui est en £ace d'elle.

« Adam, ou la religion naturelle, est un homme de trente à trente-cinq ans également. Vêtements courts, comme en portent les ouvriers, les hommes de peine du moyen Age; tête nue ou couverte d'une mince calotte. 11 tenait à la main un objet cassé qu'on voit mal d'en bas. Est-ce la pomme fatale« comme je le croirais volontiers?

« Ces divers sujets, que nous venons de décrire ou d'indiquer, comprennent soixantetrois (groupes ou statues isolées; ils nous conduisent au grand portail tout»aussi naturellement qu'un titre mène à l'ouvrage ou qu'un sommaire prépare à la lecture d'un livre.

« Oca^^pations mensuelles et arts libérau9

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D^ESTHETIQUE CHRETIENNE.

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(580). — Comme à toutes les cathédrales, comme à toutes les églises du moj^en âge, le grand portail de Notre Dame de Reims monte en fiice de roccident. Ce portail, chef-d'œu- Tre incomparable de la fin du xiii* siècle, est prcé de trois portes, une pour chaque nef (581). Au centre, la porte principale, la porte d*honneur est séparée en deux vantaux par un trumeau sculpté. C'est contre ce trumeau que se dresse, en statue colossale, la Vierge couronnée comme une reine et tenant reafant Jésus. L'église est une Notre-Dame; donc» la principale, la plus grande figure devait être celle de Marie. I! fallait d'ailleurs offrir cette statue à tous les regards pourvnir entre eux le portail du nord et le portail du sud, et ceux-ci avec le portail de 1 occident. Au nord, Eve nous perd par son orgueil en écoutant le démon; au sud, la Synagogue aveuglée est détrônée par l'Eglise. A 1 occident, Marie la seconde Eve, comme la litur^ gie j'appelle, nous sauve par son humilité, en écoutant les paroles de l'archange Gabriel; Marie, mère du Sauveur, porte sur son bras le destructeur de la Synagogue et Fauteur de l'Eglise. Eve enfin a fait triompher le serinent dont Marie devait briser la tôte. Voilà le trait d'union entre les deux bras et le pied de la cathédrale de Reims, entre le nord, le sud et l'ouest.

9 En conséquence, sur le piédestal qui porte cette grande statue de Marie, on voit (583) Adam et Eve mangeant le fruit défendu ; condamnés au travail par Dieu, ils sont chasbés du paradis terrestre par un ange. Ce

Earadis est figuré par un assez grand nomre de plantes et d'arbrissea^ix ^^ù des oiseaux vont becquetant çà et là. On voit en outre un jeune homme qui entre, par une petite porte ogivale, dans un verger plein de vignes. 11 se dirige vers une autre personne qui cueille des raisins. C'est probablement, nous le] pensons, l'époux du « Cantitique des cantiques. » C'est Salomon gui va chercher l'épouse dans les jardins bibliques, ou plutôt Jesus-Christ, comme l'expliquent les commentateurs, qui va trouver l'Eglise née de son sang et qui cueille le fruit dont se fera le vin mystique, le sang de la victime divine. Dans cette végétation du para-

dis, la vigne domine comme dans la cathédrale entière. Le rosier étale avec complaisance ses feuilles et ses fleurs suus les pieds mômes de Marie (583). Notons que Tange ou l'archange qui chasse Adam du paradis a la poitrine nue ; c'est entièrement contraire à l'esprit et aux habitudes du moyen âge : jamais au xm'siècle, môme au xiv% on n'a découvert, que nous sachions, la poitrine d'un ange. La cathédrale de Reims semble affectionner la nudité ; elle, en gratifie trop facilement les personnes qu'elle aime. C'est ainsi qu'elle a complètement déshabillé, au croisillon sud, la Musique qui tinte une clochette; elle a fait du nu toutes les fois qu'elle Ta pu, môme en dépit de Fusage général. 11 semble, nous le verrons encore ailleurs, que l'amour du nu lui soit arrivé ou plutôt resté des monuments romains qui existaient dans cette ville importante, de la porte Mars, par exemple, où s'étale la mythologie grecque et romaine.

« Ces trois sujets du paradis terrestre, la chute, la condamnation et l'expulsion de l'homme, nous rappellent aux conséquences du péché originel. Ebauchées aux portails nord et sud, comme nous Tavons vu précédemment, ces conséquences sont ici amplement développées.

« Par sa desobéissance, l'homme est condamnée la mort éternelle; mais, npus l'avons déjà dit, il peut se racheter par le travail et on lui met à la môme porte, en face de sa déchéance, le modèle des travaux qu'il devra accomplir pendant les douze mois de Tannée. On trace sous ses yeux le cercle de fatigues qu'il devra parcourir et recommencer plusieurs fois pour se réhabiliter.

a Ces occupations de chaque mois sont représentées sur les jambages des portes, en dehors, et faisant face au parvis. A gauche, les six mois de l'hiver et du printemps; à droite, les six mois de Tété et de l'automne. Les suiets, comme c'est Thabitude du moyen âge, s ordonnent do gauche à droite et de bas en haut. A une époque reculée, on a résumé en quatre vers latins, un pour les trois mois de chaque saison, les douze occupations de Tannée. Ces vers, nous les empruntons à un manuscrit latin (584^) qui date

&èff) Yoir les Annales archéologiques^ vol. XIII, P.Î89-299. La chapelle de Tarchevèché de Reims est coniiguê à la cathédrale : les chapiteaux de edJe-ci sont les plas riches, les plus chargés de CboHIcs, de fleurs et de fruits que Ton connaisse. La chapelle archiépiscopale n*a pas voulu, certes, entrer en lutte avec la somptueuse métropole. Cependant, aux chapiteaux, la tête des crochets s'épa- MXtit en feuillages, en trèfles qni tapissent également la corbeille. Cette petite richesse faii pressentir le grand luxe qui s*âale dans la cathédrale. La crypte de hi chapelle, cet éta^e inférieur qui, destine aux inhumations, devait offrir une extrême simplicité, contient des consoles qui présentent néanmoins une certaine élégance. Ces consoles porkatfz retombée des nervures et des arcs-doubleaux; elii« sont, comme on peut le voir, sculptées de fcîiilles larges oa étroites qui ne manquent ni de frite ni de geM.

(581) A la cathédrale de Paris, qui a cinq nefs^ lés deux portes droite ei gauche du grand portail desservent deux nefs chacune ; à la cathédrale de Chartres, les trois portes du portail occidental débouchent dans la grande nef, tandis que les collatéraux sont sans issue. Ce double vice de Paris et de Chartres, Reims a parfaitement su l'éviter : on entre dans chaque nef, mais on y entre par une porte unique.

(582) C'est mutilé aujourd'hui, mais cependant parfaitement reconiiaissable encore.

(583) Toute celte sculpture, qui date du xiv* siè* cle, est lourde et confuse. Au sacre de Charles X» on Ta encore alourdie et empâtée avec un badigeon de faux or ou de bronze qui a tourné au vert le plus sale qu'on puisse voir.

(584) BibUothéque de l'Arsenal, Théologie Uumê^ n* 182,

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du XV* siècle et qui les offre en tête d'un calendrier, absolument comme nous les mettons ici en tète de notre description ; chaque mois se parle à lui-même :

Poto — ligna cremo — de vite superflua démo. Do gramen gratum — mihi (los serini milii pratum, Feimm declmo— meMe$ meto — vina propino. Semen Itttmi jacto — mt/it pasco mes — immolo porcoi.

« A la sculpture de Reims, comme sur le vélin du manuscrit de TArsenal, un homme est à table en janvier (585); il se repose en mangeant. Une cruche d'eau ou de vin est placée au bas de la table où il est assis. Le sculpteur traduit donc cette première partie du premier vers, Poto.

« £n février, un homme se chauffe {Ligna cremo)] devant un brasier qui jette des llammes. Dans la cheminée, dont le manteau est aujourd'hui cassé, se voit pendu, pour y être fumé, un paçiuet d'andouilles. On remarque la perfection avec laquelle sont sculptées ces andouilles dont la forme est exactement celle d'aujourd'hui.

« En mars, un vigneron bêche la vigne. De vite superflua démo dit, avec la fin de la première saison, la fin du premier vers. Le manuscrit de l'Arsenal fait donc tailler en mars la vigne que la sculpture champenoise, qui s'y connaît mieux, taille seulement en avril. Avant la taille on bêche, et cette opération prend, en Champagne, le mois de mars.

c En avril, un vigneron émonde la vigne avec la serpette dont nos Champenois d*Aï se servent encore à présent. On le} voit, toute cette sculpture est locale, car la vigne tapisse, à quelques kilomètres seulement» toute la montagne dite de Reims. Le manuscrit fait pousser l'herbe en avril : Do gramen gratum,

« En mai, le mois des fleurs et des mariages ; un jeune homme tient fièrement à la main gauche une belle tige fleurie qu'il va sans doute offrir à sa fiancée. Mihi flos servit.

i « En Juin, un jeune homme, assis sur un beau cheval entier, laisse un persc^nnage derrière lui et court rapidement a la chasse. Mihi pratum {servit)^ dit le manuscrit.

« En juillet, on fauche les prés : Fenumâeclino.

« En août, on coupe les blés avec une faucille : Messes meto.

« En septembre, on semble (586) battre le blé. Vinapropino dit le manuscrit, qui n'est pas vigneron et qui se presse un peu trop de faire la vendange.

c En octobre, on emplit les poinçons avec le vin nouveau. Dans le manuscrit, il ne s'agit pas d'entonner le vin, mais d'ensemencer les terres : Semen humi jacto.

(585) Dans les cathédrales de Paris et de Chartres, c'est en décembre, le mois où est né Jésus-Christ, que commence Tannée religieuse. Reims esi plus classique. Cest la ville où furent retrouvées les Fables (le Phèdre ; la ville où se gardaient les beaux niamiscriis de Tacite et de Térence. L'antiquiié romaine y éiaii en si prand honneur, qu'on a dû naturelleuient y pi^ferer le calendrier romain uu ca-

«En novembre, cm revient au logis^ le aos chargé d'un énorme fagot de bois„ provision de l'hiver faite alors, comme on la fait encore aujourd'hui, dans les forêts de Reims. Mihi pasco suet^ dit le manuscrit, qui ta également aux bois, mais pour y nourrir les pourceaux.

« En décembre^ on tue le cochon engraisse (587) : Immolo porcos,

« La place ne manquait certainement pas pour faire accompagner chacun de ces mois du si^ne du zodiaque qui lui correspond ; le mois et le^isne sont sculptés de conserve à Paris et à Cnartres. Cependant, à Reims, on a supprimé le zodiaque entier. Il semble que cette ville savante et connaissant par cœur les douze signes de Tannée, n*âii pas jugé utile de les représenter, puisqu'on les voyait partout ailleurs, et puisque la seule image importante réellement était celle des occupations mensuelles. Les douze mois s'annoncent de trois en trois par la personnification des saisons. Chaque saison résume ainsi tout un trimestre.

« Pour deviner l'Hiver, il ne nous reste

Elus qu'un grand manteau qui flotte à la ise; l'homme qui le portait, le vieillard sans doute, a disparu complètement.

« Pour le Printemps c'est un jeune homme debout ; la tète, les mains et les attributs sont aujourd'hui cassés.

« Pour l'Eté, un homme couvert d'amples habits et qui paraît se chauffer à un grand brasier. Ou c'est une inversion, et le manteau que nous vojfons précéder les noois de l'hiver devrait venir ici, ou c'est un double •emploi, et nous aurions deux Hivers pour un Eté oublié. Il y a des exemples assez nombreux d^erreurs de cette espèce.

« Pour l'Automne, saison de chasse, c'est le centaure armé d'un arc et lançant ses flèches aux bêtes fauves des bois, aux oiseaux des champs. L'arc et la main qui le tient ont seuls résisté aux mutilations ainsi que le sabot des pieds de cet homme-che* val.

« L'homme n'a pas seulement un corps à nourrir, à vêtir, à soigner ; il doit éclairer son intelligence et réchauffer son cœur. Aux jambages de la porte gauche, nous trouvons quatorze personnifications des arts libéraux, c est-à-dire le trivium et le qtuidrivium dou« blés. Dans cette ville d'université, ville d'Hincmar et de Gerbert, on a voulu personnifier deux fois les sept arts libéraux, sans compter une troisième représentation, celle qui décore le cordon d'encadrement à la rose du sud, et dont nous avons parlé déjà à la col. 567. C'est un thème favori, et même, il faut le dire, un thème dont ou abuse, parce qu'il occupe trop de place.

lendrier religieux du moyen âge.

(586) C'est une conjecture, parce que le sujet est Irès-muliié ; mais les autres calendriers de nos cathédrales nous donnent ce sujet trèa-visiblemeiit scutpié.

(587) Ce sujet est mutilé et méconnaissable ; oo ne peut le deviner qu'à raiJe des autres sculpti de ce genre.

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« Gaillaume Durand dit que les prophètes, qui ont deviné ou seulement entrevu la venté, se présentent ordinairement avec une banderole à la main, tandis qu'on donne aux apfttres le livre aux feuillets nombreux et où tout peut s'écrire, parce que les apôtres ont vu directement, ont connu parfaitement la vérité entière (588). 11 semble qu'à Reims OD ait complété cette idée ingénieuse. A Çaucbe, en effet, le premier des personnages qui représentent les arts tient une banderole roulée ; le second, une banderole déployée ; le troisième, une tablette ou table de la loi comme celles qu'on donne à Moïse ; le quatrième, un gros livre ouvert où il feuillette. Le premier n'a qu'un étroit ruban, et encore non déroulé, pour écrire ou lire; le second n'a que le même rouleau déployé ; le troisième n'a qu'un feuillet, tandis que le quatrième possède un livre épais qui peut contenir une science tout entière. On parait monter ainsi, de la vérité étroite, tronquée, incomplète, à la yérité claire, parfaite et longuement développée. Le cinquième élève et montre de la mam gauche, comme ferait un prédicateur, une petite croix. Celui-là n'a besoin ni de banderole, ni de tablette, ni de livre ; il porte toute sa science en lui, ou plutôt toute sa science est dans la croix qui a sauvé le monde : c'est l'Eloquence ou la Rhétorique. Le sixième, l'Arithmétique, calcule dans ses mains. Le septième se penche en avant, comme pour écouter et comme pour répondre aux arguments qu'on lui oppose : c est probablement la Dialectique.

« En passant au jambage droit, noas trouvons sept petits personnages assis, comme ceux de gauche, et leur répondant symétriquement. Ces personnages, qui sont malheureusement plus ou moins mutilés, laissent voir des hommes méditatifs ou parlant, comme il convient à des philosophes et à des orateurs. Charmantes figures pleines de grftce, de physionomie, de mouvement, dessinées avec correction, drapées avec habileté, et qui, moulées en plfltre depuis quelques années, décorent aujourd'hui les cabinets des archéologues, et même certains salons de gens du monde.

« Au-dessus de ces deux rangées de statuettes sont debout deux anges, qui doivent concentrer en eux-mêmes l'art et la science, comme les saisons concentrent et résument les mois. Ce sont probablement les génies chrétiens de la science et de l'art. Mais, en outre, chaque science et chaque art en particulier est doublé d'un ange qui l'éclairé, d'un génie qui l'inspire ; c'est le ciel parlant è rhomme par ses ministres, c'est la Divinité se révélant par ses envoyés immortels, comme range parlait à saintMatthieu, comme 'aigle inspirait saint Jeaq. Ces anges de leims sont aussi parfaits en exécution que a personnification des arts libéraux; plusieurs à*eutre eux ont été moulés et sont

(5$8) Gulîelmi Dorandi RaHonale divinorum ofi^ elorum^ Hb. i, cap. 3, n**!! : Patriarchœet Prophe- UepnipaMr cum rotulUf pet quai quasi quœdam tllt•^

dans le commerce. Un de ces anges^ peutélre le roi de la science, tient un sceptre fleiïronné ; deux autres déroulent une banderole.

«t Enfin, à la console qui porte le linteau, deux anges encore font partie de tout ce tableau. Lun, celui de eauche, devait tenir ' une couronne qui est fort mutilée ; l'autre, celui de droite, tend la main gauche et pérore.

« Tel est ce sujet des sept arts libéraux, sur lequel on pourrait s'étendre longuement et qui comprend trente-deux personnages Si nous avions pu accompagner chacune de nos courtes descriptions d'une gravure sur métal ou même sur bois, ou aurait d'abord plus facilement compris notre langage ; on aurait vu ensuite combien cette sculpture était remarquablement belle. Du moins , puisqpe nous n'avons pas en ce moment de gravures de Reims, nous pouvons en offrir du « chandelier de Milan. » Le bronze de Milan est contemporain de la pierre de Reims ; c'est la même pensée, ce sont des artistes animés des mêmes idées, inspirés par le même goût, qui ont fondu le métal et taillé le liais. Voici donc la Musique et la Dialectique extraites des arts libéraux qui décorent la base du chandelier de Milan. II est inutile de faire remarquer la noblesse et l'élégance de ces deux belles femmes ; cela saute aux yeux, comme la perfection de l'agencement où elles sont assises. La Musique est plus jeune que la Dialectique, sans doute . parce que l'art précède la raison. On est artiste surtout aux premières années de la jeunesse ; mais c'est dans l'âçe mûr qu'on discute et qu'on raisonne. L'instrument de musique par excellence, au moyen âge, c*est la harpe, la harpe du Roi psafmiste. D'une main, de la droite, notre jeune Musique en touche les cordes, qui sont au nombre de neuf ou de dix. Ces cordes, elle les tend et les harmonise de la main gauche. Au mouvement de sa tête, on voit qu'elle écoute attentivement les sons qu'elle produit. Elle est assise sur un trône de feuillages d'où s'échappent dans le bas, et à' sa gauche et à sa droite dans le haut, trois petits personnages assez bizarres. Celui qui touche à son oreille droite, pour ainsi dire, tient une espèce d'archet; celui de la gauche tient un livre ou un cahier de musique; celui d'en bas élève le petit bâton, le sceptre dont les chefs d'orchestre sont armés pour conduire leur troupe musicale. La main qui tient ce bâton est mordue par un oiseau qui ressemble au canard. On le sait, le canard est connu des musiciens, surtout des joueurs de clarinette, et peut-être cet oiseau criard, qui pince le chef d'orchestre et qui s'attaque à son bras, veut-il faire obstacle au directeur des concertants. Dans ce cas, notre canard aurait ici une signification toute spéciale. Ou c'est du pur caprice, ce que nous

nerfeeia cognitio designatur: quia veto apoêtoU a Çkristo perfecle edocti $uHt, ideo Ubrhy per quos de- $ifnûtur pcrfecta oo^itio, uti ponuni.

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croyons, ou c>st de la symbolique analogue à celle que nous proposons. En haut, l'homme i Farcbet représenterait la musique instrumentale, l'homme au cahier la musique vo- 4'.ale ; au centre, la Musique à la harpe réignerait, comme sur toute circonférence règne un point central, sur la voix et sur l'instrument, et enfin sur la main qui dirige Tune et l'autre. Quoi qu'il en soit de nos réflexions, cette Musique du chandelier de Milan n'en est pas moms une charmante et intelligente figure.

« A côté est placée la Dialectique. Au moyen âge, on donne è cette figure symbolique un serpent pour attribut principal. Sur un vitrail de la chapelle Saint-Pyat, à Chartres, elle tient deux serpents à la main; au portail occidental de la cathédrale d'Auxerre, un serpent serre la taille de sa robe en guise de ceinture ; dans un b&timent attenant à la cathédrale du Puy, elle anime, comme pour les faire battre, deux reptiles, serpents ou petits dragons (589-90). Ici, notre Dialectique semble éiouflfer le reptile. Le serpent est le symbole de la duplicité, de la ruse, et Ja dialectique est une science qui vous apprend surtout à déjouer les ruses et les mauvaises raisons de vos adversaires. Art sévère, tandis gue la Musique est aimable et un peu mondaine, la Dialectique de Milan est mince ou plutôt maigre. Ses cheveux ne flottent ni ne se bouclent à Tair ; ils sont emprisonnés dans une coiffure qui n'a dé visible, dans la figure, que Tindispensable. Je suppose que si la Dialectique n'avait pas besoin de la bouche pour confondre ses adversaires, ce bandeau qui lui coupe le visage en deux monterait du menton et lui cacherait toute la moitié inférieure de la figure, comme aux femmes actuelles de l'Orient. Cette science maigre, nerveuse, de mauvaise humeur, s'établit dans une attitude vraiment agressive : qu'un mot l'indispose, qu'une proposition la contrarie, et soudain, d'un mouvement de sa main gauche, elle se relève debout contre le sophiste, tandis qu'elle écrasera de Id droite la duplicité du mauvais esprit. Au côté gauche de la Musique nous avons vu un petit homme qui tient un cahier et qui nous a paru représenter le chant; ici, au côté gauche de la Dialectique, nous apercevons un singe parfaitement caractérisé. La Dialectique écrase le serpent, qui symbolise le génie du mal, et elle confond le singe, qui passe pour le génie de la malice. 11 y a longtemps que « malin comme un singe » est un proverbe adopté par les nations. Si, par hasard, le serpent et le singe étaient les attributs plutôt que les adversaires de la Dialectique, comme la musique vocale et instrumentale sont les deux divisions de la musique en général, nous dirions que la Dialectique doit être prudente comme ?e serpent et maligne comme le singe, pour ne pas se laisser vaincre et surprendre par

les raisonnements captieux de ses adversaires. Dans ce cas, notre Dialectique se servirait du serpent, arme défensive, qu'elle semble tirer de son sein, comme d'un arsenal.

«t Quand il s'agit de donner des interprétations symboliques, on nW jamais à court; on peut même, comme ici, faire dira aux attributs le oui et le non tout à la fois. Mais nous avouerons avec franchise que ce oui et ce non nous déplaisent également. Tant que nous n'aurons pas trouvé un texte du XII' ou du XIII* siècle qui nous dise positivement ce que signifient ces personnages qui accompagnent la Musique et ces animaux qui appartiennent à la Dialectique, nous ne croirons ni à nos explications ni à celles de tout autre archéologue. Nous l'avons déjà dit bien des fois , en présence d'objets aussi douteux nous sommes comme devant des nuages dont se couvre le ciel ou des veines qui sillonnent le marbre et le bois : bien des imaginations y voient des villes, des batailles, des scènes fantastiques, oii d'autres, les plus sensés, ne trouvent que des lignes arbitraires, que des formes incohérentes uniquement dues au hasard. 11 y a longtemps, on le sait bien, qu'on fait dire aux cloches tout ce que l'on veut.

« Après les arts libéraux, les Vices et les Vertus sont sculptés sur le grand portail de Notre-Dame de Reims.

« Délassements. — Vertus, — Vices. — Après le travail des mains et de la tête, après les occupations mensuelles et les arts libéraux , la statuaire de la cathédrale de Reims offre le délassement à la campagne, en plein air, et le repos chez soi, à la maison. C'est là seulement, et à Paris, qu'on voit complètement représenté ce thème si curieux. A Reims, huit sujets au moins, deux pour chaque saison, sont sculptés sur les jambages de la porte droite du grand portail.

« Pendant l'hiver, on se chauffe près d*un bon feu.

« Pendant le printemps, on se promène dans les champs en fleurs ou au milieu des vignes.

a Pendant l'été, quand on est jeune, on va

Ï probablement, nu ou à moitié vêtu d'un caeçon, se baigner à la rivière ; dans l'âge mûr, on se livre à la conversation, on pérore ou l'on s'endort dans une belle stalle sculptée.

« Pendant l'automne, on s'assoupit à l'ombre d'une tonnelle chargée de gros raisins; on se promène dans les vignes hautes et qui promettent une prochaine et abondante vendange; on se repose sur un banc sculpté, près d'un poirier chargé de fruits.

. « C'est à l'aide des analogues, qui décorent les pieds droits de la porte gaucne, au portail occidental de la cathédrale de Paris,

(5S9-90) Voir un Mémoire Tort intéressant et Tort murale qui date seulement du xv siècle, mais dciU Ingénieux de M. Auguste Aymard sur eeiie peiutuie le caractère est des plus remarquables.

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gue je me crois autorisé à (Qualifier. ainsi ces jolies statuettes ; mais je ne me dissimule j»asMes objections qu'on pourrait adresser à celte interprétation.Ces figures, je le reconnais, pourraient bien se rattacher au sujet dont je vais parler ; elles pourraient le compléter comme un adjectif complète et précise un substantif.

« Quoi qu'il en soit, délassements du trayailou complément des Vertus et Vices qui vont suivre/.ces divers sujets sont dominés et comme j)rotégés par deux séraphins à six ailes et qui portent au cou une écharpe nouée sur la poitrine.

« Du repos à Toisiveté, la pente est insensible, etMe Toisiveté, de la paresse on tombe immédiatement dans le vice. D'ailleurs il ne suffit pas de travailler des mains et de la tète ; il faut surtout faire de bonnes œuvres. Un arbre qui porte des fruits n'est bon que quand ses jfruits sont de bonne qualité. Ainsi donc, è côté de ces délassements, qui pourraient si facilement dégénérer en vices, de ce repos et de ces conversations, que la nonchalance et la médisance pourraient dénaturer; près de ces travaux, enûn quilest nécessaire de sancti&er, on a sculpté les six principales vertus qu'il faut embrasser, les six principaux vices qu'il faut repousser. C'est uit code de morale en pierre qu'on a exposé aux regards des fidèles qui entrent dans réglise par cette i)orte droite. Ces sujets sont placés à l'intérieur des jambages ou ElutAtsurTépaisj^eur même des montants.

>éjà à l'extérieur, pour frapper plus vivement l'attention, on avait sculpté la vertu suprême» l'Humilité, et le vice par excellence, rOrgueil.

c L'Orgueil, racine de tous les maux, source de tous les vices, est figuré à gauche par un cavalier, fier de sa monture et richement équipé. L'orgueilleux est terrassé, lui et son cheval, par Touragan, par le soufile de trois dragons dont la gueule sort des nuages irrités et vomit du vent, de la plaie et môme delà flamme. L'orgueilleux renversé aussi bas qu^il voulait s'élever haut, tombe dans la bouche de l'enfer qui b&ille toute grande ouverte, afin de laisser passer jusqu'à Satan, enchaîné plus bas, une multitude de dam nés. Certainement on a voulu traduire matériellement, et selon le sens étymologique, les roots latins par lesquels on appelle l'orgueilleux superbi($ei l'enfer infernum ; l'orgueilleux est donc précipité de haut dans le fond de lablme.

c A droite, l'Humilité est représentée par une femme, une vierge sage par excellence, qui de la main droite tient et élève vers le ciel une fiole remplie des parfums de la vertu, et de la çauôhe assujettit sur ses genoux un gros livre largement ouvert. Cette belle femme, assise et calme, autant que l'Orgueil s'agite et se tourmente, est coifi'ée d'un voiie comme une religieuse. Malheureuse-

ment son bras gauche a complètement disparu.

a On est ainsi bien préparé à voir défiler le tableau où plutôt la série de tableaux qui vont suivre et que le moyen âge appelait la psychotnachie, c est-à-dire la bataille de l'âme, le combat des Vertus contre les Vices.

« A droite, lorsqu'on sort de l'église, montent les Vertus; à gauche s'échelonnent les Vices. Vices et Vertus sont debout, animés, se mesurant du regard (591), se défiant l'un et l'autre comme les héros de l'antiquitéhomérique. Pas déplus beau sujet ni qui prêle davantage au drame. C'est un duel à mort, où l'imagination du moyen âge a déployé • tout ce qu'elle avait d'invention et de puissance.

«( En procédant toujours de bas en haut, la première des Vertus porte un étendard dont la hampe est terminée par une croix. C'est une vigoureuse femme à poitrine très-saillante, fortement campée. En face d'elle, et tout au^si fière, mais plus mutilée et moins reconnaissable encore, se dresse une femme que je prendrais volontiers pour la Religion juive, comme son opposée représenterait la Religion chrétienne. S'il en était ainsi, ce serait commencer d'une manière remarquable, mais assez insolite, le sujet de la psycomachie.

« Au-dessus de la statue de droite, que je prends pour la Religion chréti'enne, la première vertu de cette psychomachie, c'est la Foi. Sous un dôme d'église, aujourd'hui presque effacé par les mutilations, est posé un autel au pied duquel priait sans doute un fidèle entièrement détruit. Eu regard s'ouvrent les deux battants d'un petit temple où se dressait, au milieu, une idole adorée par un infidèle. Idole et idolâtre, tout a dis-

f)dru, mais on les restitue facilement avec es analogues qui se voient à Chartres et à Paris.

« Après la Foi, le Courage. C'est dans la Champagne, dans la Gaule belgique que sont nés les croisades, les chefs et les historiens des croisés ; le pays de Godefrojr de Bouillon, de Villehardouin, de Joinville, devait donc faire une belle place au courage, et ce n'était pas trop que de le mettre immédiatement après la Foi. Un soldat vêtu de mailles, et portant à la main gauche un boaclier où se voit sculpté, en relief et debout, un lion, le plus vaillant des animaux, se tientfièreroent le pieddroiten avant et comme tout prêt a aller chercher l'ennemi — H regardait avec mépris la Lâcheté, figurée par un homme qui se sauve à toutes jambes devant un lièvre, le plus peureux des animaux. L'homme lâche porte la main à sou ventre, parce qu'il est travaillé par la peur et la colique. A Reims, ce petit tableau est extrêmement mutilé ; mais, à la cathédrale de

(591) Je ne puis, par malheur, na'exprimer ainsi conservé leur lêle. Toutes les autres sont dëcapiq»f pour les deux dernières, les plus haut placées téus ; mais, à leur auîtude, on sent qa^clles ^evaie«t de Coûtes ces statueues, parce que seules ^eiles ont se provoquer mutuelleirtent.

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DiCTiONNAlRE

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Paris, on le retrouve amplifié et commenté avec les détails les plus spirituels.

a Au-dessus du Coulage, la Chasteté. C'est une femme à longs vêtements, large robe ample manteau. Des habits de celte ampleur valent le bouclier du soldat ; c'est presque une arme défensive. Elle tient à la main

S;auche un livre de prières. Le livre est èrmé, mais il s'ouvrirait à l'approche des tentations. — La Chasteté est en face de l'Impureté, ou de la Luxure, jeune femme qui se promène allègrement dans les bois, ou

{)lutôt dans un jardin, robe retroussée sur es côtés, riche ceinture qui amincit la taille et qui provoque. L'arbre près duquel elle veut exercer la puissance de laséduction semble un figuier^celui qui fittomber Eve et Adam. Cette Luxure est, du reste, une gracieuse et charmante créature à laquelle, comme à la Vénus de Miio, manquent les bras, mais en outre et bien malheureusement', la tête aussi.

« Plus hau{, une femme debout, accusant un mouvement très-vif, tend ou plutôt jette , hors et loin d'elle , un sac d'argent. Elle regarde avec mépris une autre femme qui vide, mais pour elle-même et pour son unigue profit, un gros sac d'écus; cette autre lemme compte sa monnaie, pour la jeter ensuite dans un coffre bardé de fer par- (i)vant, en dessous et sur les côtés. Les sommes qu'engloutit ce coffre-fort sont tellement considérables que la mémoire ne pourrait les retenir; un livre ouvert est donc étendu près de ces monceaux d'argent. C'est le livre de- caisse; c'est là qu'on enregistre les dépenses et surtout les recettes. La femme qui donne est la Charité ; celle qui encaisse est l'Avarice. — L'Avarice devait être , dans celle ville déjà fort industrieuse au moyen Age , un vice redoutable ; voilà pourquoi on dut la maltraiter avec un soin tout particulier et«donner h la Charité cet air ardent, cette libéralité de mouvement qu'on ne rencontre nulle pan ailleurs, ni à Charires, ni à Sens, ni même aux cathédrales de Rouen et d'Amiens. Est-ce un défaut de la pierre ou une mutilation, est-ce une intention du sculpteur? la robe de cette Avarice semble trouée sur la cuisse droite* Rien n'est plus commun qu'un avare vêtu d'habits sales, râpés et usés.

cPlus haut s'élève la Sagesse. Elle est tellement muiiiée que c'est par son contraire et son ennemie la Folie, qu'il est seulement possible de la nommer. La Sagesse, fortement serrée à la ceinture , est cambrée comme une femme vigoureuse qui* n'ont jamais affaiblie les excès. La Folie est en haillons, torse 'nu, jambes et pieds nus. La télé et les bras sont cassés. Elle tenait à la main droite, comme la plupart des Folies gothiques, un gros b&ton noueux, une massue p.vec laquelle elle frapoe l'air et combat le vide. Peut-être avait-elie à l'autre main une boule, une espèce de globe du monde qu'elle voulait avaler, comme on en voit des exemples sur beaucoup de monuments. Dans les psautiers manuscrits à miniatures, on voit, en tête du psaume iniii IHxit insipiens in

corde tuo : Non têt Deuê^ bh homme afaa'^iament semblable à celui-ci. Il tient on gloiie

Îpi doit être celui du monde et qa'il sVforce d'engloutir. Ce fou, c'est un athée qui nie Dieu et qui voudrait supprimer le monde pour supprimer en quelque sorte la Divinité ; qui voudrait anéantir la création pour se passer du Créateur. Une histoire de l'athéisme dans le moyen Age ne manquerait certainement pas d^ntérêt. On la composerait très-facilement, non-seulement par les textes, mais encore et surtout par les monuments, car las représentations peintes et sculptées de l'athéisme et de l'athée abondent.

« L'Espéranre couronne les Vertus cciûmencées par la Religion chrétienne, par l'Humilité et la Foi. Pliant légèrement le genou gauche, comme pour prendre son essor, comme pour s'élancer vers le ciel qu'elle regarde avec amour, l'Espérnue est une des belles créations de ces allégories morales. Le triste Désespoir est une iemme (à cause du genre latin aesperatio ) aux che<» veux en désordre , à la bouche qui parait blasphémer et dont la poitrine est décou-^ verte, parce qu'elle vient sans doute de se percer le sein. L'épée, dont elle a dû se blesser, est cassée à Reims, mais on la re-* trouve entière à Paris. Ce désespoir» ce snl* cide, semble causé par le besoin, par la faim : la femme qui le personnifie porte la main gauche sur un sac qui pend à son côté. Mais ce sac est plat , est vide , et ne paraît plus contenir la moindre pièce de monnaie ; il n'y a plus l'ombre d'une espé* rance au fond de cette bourse. Cependant cette femme est grande et forte; elle pourrait travailler encore et vivre honorable* ment. C*est ce qui ôte l'excuse à son crime; c'est ce qui donne au Désespoir le caractère odieux qui le flétrit et qui le place , dans l'échelle des Vices, au plus haut degré, de même que l'Espérance est élevée au som« met des Vertus.

« Du côté des Vertus , à la console du linteau , un ange descend du ciel ; il tient une banderole ou devaient être écrites des paroles d'espérance. Il a les pieds dans les nuages, dans le ciel, comme pour y attirer tontes ces Vertus et ceux qui le suivent.

« Du c^té des Vices, un ange aussi, mais sur terre et comme pour y repousser les tristes êtres qui s'appellent le Desespoir, la Folie, l'Avarice, la Luxure, la LAcheté, II* dol&trie, la Synagogue.

« 11 y aurait, sur cette échelle des Vic«s et des Vertus de Reims bien des remarques à faire. Tout n'y est pas; donc^ sous 1 empire de quelles idées a-t-on fait le choix des figures que nous venons de dé<^ireT Pourquoi , parmi les choisies , a-t-on échelonné ainsi l'Humilité, la Foi, le Courage, la Chasteté, la Charité, la Sagesse, l'Espérance, et, en regard, l'Orgueil, la LAcheté, la Luxure, l'Avarice, la Folie, le Désespoir? Quel "sens donner à cette hiérarchie? Pourquoi la Sobriété et la Gourmandise, la Dca* ceur et la Colère, l'Activité et la Paresse, la

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