‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ouChapitre 76 sur 168 · USI · texte numérisé non relu

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DESTilETIQUË CHRETIENNE.

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Discorde et la Concorde , k Douleur et Ja Joie^ Dolorei LcUUiay comme à la cathédrale d'Auxerre, la Justice et riiyustice, n'y sont- Hles pas figurées? Pourauoi ces Vertus, hors le Courage , sont-elles des femmes ; pourquoi, à Reims, les Vices eux-mêmes ont-ils préféré et adopté le sexe féminin? Guillaume Durand dit, dans son Rationale divinorum officiotum^ comme nous l'avons déjà fait remarquer, que les Vertus sont femmes, parce qu'elles allaitent de leurs seins et qu'elles réchauffent dans leur poitrine. Mais les Vices affament et glacent, et cependant ils sont femmes ici. Il est probable que leur nom, qui est féminin en latin, a seul décidé à leur donner ce sexe. On «st dans un pays classique, dans un pays •d'études latines, et qui n'écoute qu'avec une certaine indifférence les lois de la sym^ i)otique inventées par Guillaume Durand.

A Reims, à Paris aussi et ailleurs, il faut le dire « on a fait une exception pour le Courage, dont le nom latin fortUudo est féminin, et qu'on a cependant figuré en homme. «G'e^t que le Courage est surtout guerrier et •qu*rl se montre principalement dans les combats. Il fallait donc un homme et un soldat pour bien le représenter.

« Créé à la rose du nord et transgressant les ordres de Dieu, Thomme, dans la cathé- <lrale de Reims^ se réhabilite à la même

tlace d'abord, puis à la rose opposée, .'exemple du travail et de la vertu lui esi donné , non-^seulement à ces deux roses du nord et du sud, à une hauteur de trente ou trente-cinq mètres, mais encore et avec plus de détails , à la portée de la main et au niveau des plus faibles yeux, le long des jamiMiges qui encadrent les ventaux des trois portes de l'occident. L'enseignement est complet et en double exemplaire : d'abord •au rez-de-chaussée , pour ainsi dire , puis à la hauteur des grandes voûtes.

< Ainsi , ayant appris à travailler des mains et de la tète , engagé à se bien conduire par le tableau des vertus et des Vices, l'homme peut maintenant se développer dans la succession des siècles ; il peut parcourir toutes les phases de l'histoire. Nous verrons donc se dérouler sous nos yeux , en centaines , presque en un millier de fi-

fnres, que nous compterons une à une, histoire universelle de l'humanité , depuis Ja création du monde jusqu'à sa fin. Toutefois,, car nous sommes dans une cathédrale; c'est l'histoire religieuse proprement dite qu'on a dû représenter de préférence. C'est surtout à l'Ancien Testament et à l'Evangile que les sujets de la sculpture sont emr prontés (592-9(^).

€ yu de la Saint e-Tierge. — Tie de Jétus-

(5d2-»4) A rarticle Str48BOIIKG {Cathédrale de) nousdécrivons celle série de sujets à peu près dans ie^niéine ordre qu'ils sont représeiiiés à Reims. Nous omettrons donc ici, afin d'éviler un double emploi, la description de M. Didron, qui d*ailleurs n*esi encore quç commencée. Mais nous reproduirons les

Christ — L'ancien Testament est, la figure du nouveau. Tout événement qui se manifeste dans Tancien monde est destiné à se reproduire, plus claire et plus complet, dans le monde issu de Jésus-Christ. Le cnristiahisme marche, et le bruit de ses pas retentit, par un écho anticipé, dans toute l'histoire des Juifs. Enfin le christianisme est le corps dont le judaïsme est l'ombre; mais ici, et eu égard à l'ordre chronologique, Tombre précède le corps au lieu de le suivre.

« Ce merveilleux parallélisme se reproduit dans toute l'histoire do pierre sculptée à Reims. Ainsi les patriarches, les juges, les rois, les prophètes de l'ancienne loi ne sont là que pour expliquer la loi nouvelle. Abraham va sacrifier Isaac, parce que Dieu le Père sacrifiera son Fils Jésus; Moïse porte le serpent élevé sur une colonne, et qui guérit la morsure des autres serpents, parce que l'Homme^ Dieu, élevé sur la croix, guérit le mal et détruit la peine dont l'antique serpent est l'auteur, et dont nous avons hérité du premier homme. Aaron tient une branche morte, et qui cependant fleurit; Gédéon pressure une toison qui s'est remplie d'eau sur une terre sèche, parce que Marie, une Vierge, a enfanté Jésus en restant vierge. Nous pouvons donc laisser l'Ancien Testament afin de ne nous occuper que du Nouveau, sans craindre de rien oublier, car le corps, ainsi que nous venons de le dire, amènera nécessairement son ombre : inévitablement le son produira son écho.

« La mère du christianisme est la mère de Jésus-Christ, à laquelle est consacrée la cathédrale de Reims. C'était donc à la Vierge que devait être donnée la porte centrale, porte d'honneur, porte royale. Trois étages, comme dans tous les monuments gothiques, divisent cette porte : au bas, les parois, au milieu, la voussure ; dans le haut, le tympan qui remplit le pignon. Contre les parois, huit statues colossales représentent l'Annonciation, la Visitation, la Purification. La Vierge qui reçoit la salutation de Tarchange, la Vierge qui apporte l'Enfant divin au vieillard Siméon, la jeune et charmante suivante, peut être Anne, sont d'admirables statues que nous proclamons coinparables aux plus belles de l'antiquité. Mais, à la Visitation, la Vierge et sa cousine Elisabeth sont dra-

f>ées dans un style qui surprend non-seuement les détracteurs, mais encore les admirateurs du stvie gothique. La Vierge ressemble, à s'y méprendre, a Marie de Médicis, telle que Rubens l'a peinte dans la galerie du Luxembourg, aujourd'hui placée au Louvre. Mais c'est une Marie de Médicis plus jeune et certainement plus belle que celle de Rubens. Ces statues auraient-elles donc

belles pages qu*il a consacrées à celle du type de la Vierge Marie, si divcrsemenl et si nobleujenl figuré sur les parois de Notre-Dame de Reims, et c*est par là que nous terminerons celle longue et intéressante citation, {yote de Vcuieur du Diclionuaire.)

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été reiaites s\} temps de Louis XIII 7 Quel-

Sues personnes Tavaient pensé; inaiscepenant les supports, qui sont parfaitement gothiques, font corps avec les statues mêmes, et détruisent une pareille supposition. D'ailleurs, i la cathédrale d'Amiens, on retrouve les mêmes types, et la ch&sse de saint Eleuthère, de Tournai, offre une petite statuaire où le romain et le bas-empire ont laissé des traces certaines de leur influence; les statuettes de la châsse de Tournai ne sont que les statues diminuées de Notre-Dame de Reims. Quoi qu'il en soit, cette statuaire défie rantiquité elle-même, et la cathédrale de Reims nous offre |:)eut-ètre deux cents statues ou statuettes imprégnées de cette élégance supérieure, de cette beauté vraiment suprême. Elisabeth et Marie sont dans le style romain; d'autres paraissent accuser le style grec. Notre-Dame de Reims est donc, en sculpture, un miroir où se reflète Tanti^ quité de Périclès et d'Auguste, comme elle est, en architecture, Tembouchure ou convergent, nous l'avons vu, les affluents de rinde, de l'Egypte, de la Grèce et de Rome.

« A la voussure, la vie de la Vierge, commencée sur les parois, se continue ou plutôt se reprend pour s'achever. Sous Louis XVI, cette voussure, qui comprend quatre-vingttine figures ou groupes, a été tiideusement restaurée, ou plutôt saccagée. Plus ignorants encore que' nous ne le sommes aujourd'hui, persuadés d'ailleurs que les statues gothiques de nos cathédrales étaient des magots déguisés en saints, et placés à droite et à gauche sans ordre et sans raison, les restaurateurs du xviii* siècle ont abattu une série de statues mutilées (je veux bien le croire), et qui représentaient en réalité ou en allégorie toute la vie de la Vierge depuis sa naissance jusqu'à son assomption et son couronnement. Sur cinq cordons concentriques qui décorent cette voussure, trois ont été refaits presque en entier; tous les cinq, sans exception, ont été odieusement grattés. II y a longtemps, il y a bien des années que je regarde et que j'étudie la cathédrale de Reims, et néamoins, tant les altérations infligées à cette voussure sont graves, tant l'inintelligence qui a présidé aux restaurations est grande, il n'y a pas seulement trois ans qup j*ai pu entrevoir la véritable signification de ces figures. II s'agit, en effet, de lire un texte effacé, surchargé, tout fourmillant de contre-sens et, disons le mot, d'absurdités.

« Voici donc ce que je crois avoir vu :

<f A gauche, l'histoire de la Vierge ; h droite, la même histoire complétée par l'allégorie. A gauche, la réalite ; à droite, le symbole : deux courants divers qui se côtoient pendant quelque temps et qui finissent par se réunir dans un centre commun, qui est le ciel où Marie triomphe.

« A gauche donc, en regardant la porte, aux cordons extérieurs de la voussure, nous vojrons la petite Marie, toute jeune, âgée de trois ans suivant la légende. Elle monte, toute seule et sans appui, au temple de Jé-^

rusalem, où elle passa treize ans. Elle gravit les marches de l'édifice et elle joint le.s mains en priant. Anne et Joachim, son fière et sa mère, la suivent. Sainte Anne tient un livre et saint Joachim un cierge : c'est le cierge de l'offrande et le livre où la jeune enfant apprendra la loi divine.

d Plus haut, des saints affreux, d'une exécution moderne et qui fait toucher au doigt la supériorité de la statuaire gothique sur l'art actuel, ont certainement remplacé le mariage de la Vierge, ou sa vie légendaire ot celle de ses parents. Parmi ces horribles personnages, on voit un saint Roch, que les artistes gothiques, et surtout ceux de Notre- Dame de Reims, n'ont jamais sculpté, par la bonne raison qu'il n'était pas né encore lorsque se bâtissait notre cathédrale. On voit un saint Louis, coiffé d'une couronne et d'un manteau fleurdelisé, comme en aurait pu por* ter Louis XVIII, comme j'en ai vu porter un à Charles X, le jour de son sacre ; ignobles fleurs de lis plates et lourdes, écrasées et poussivcit. On voit des anges langoureux et des saintes hébétées. Une adoration des mages doit reproduire, quoique fort maladroitement, l'ancienne sculpture. Ainsi Tun des mages, coiffé d'une couronne de plumes, ressemble à un chef de sauvages, à un cacique. Il est sans doute là pour représenter les Etats-Unis d'Amérique, qui sont venus offrir leurs présents au Sauveur nouveau-né. Cette sculpture date vraisemblablement de Louis XVI et de Tépoque où le marquis de Lafayette allait partir pour aider les Américains à conquérir et consolider leur indépendance. C^st ainsi qu'on peut expliquer la présence de ce chef cle Natchez ou de Siminoles à la place de l'un des rois mages de rOrient. L'idée est ingénieuse, mais peu archéologique. Des bergers apportent au jeune Enfant divin, né dans une crèche, un vase a lait et un mouton : rien n'est plus conforme aux idées de Berquin ou de Florian. Le moyen âge était moins pastoral que cela. On sent l'époque où le roi de France faisait construire des bergeries et des laiteries dans le petit Trianon.

« Plus haut encore est la Nativité. Marie, la plus lourde et la plus épaisse nourrice qui soit jamais venue d'Alsace, emmaillotte un enfant qui ne vaut guère mieux que la mère. C'est une honte pour cette adourable et vraiment virginale église de Reims.

c A droite, c'est tout aussi déshonoré qu'k gauche. Un Charlema^ne matamore, qui fait

Ïendant au saint Louis de gauche ; un saint érôme è peu près nu, et tenant à la main an rocher dont il voudrait se frapper la poitrine, ainsi que les mauvais peintres de la renaissance Italienne l'ont représenté, mais comme ne l'ont jamais fait les artistes du moyen âge ; un portefaix, sous prétexte de saint Sébastien, et dont la peau, épaisse comme celle d'un pachyderme, admet avec peine et laisse

1)énétrer difficilement la pointe de quatre lèches de métal ; un saint Laurent en tunique espagnole du temps de Ribeira; des saintes Agnès, Catherine, Marguerite etMar-

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DTSTHETiQUK UiRETlËiNNE.

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tbe avec le costume, Tattitude el les attributs que leur donnent les mauvais peintres français du xviii' siècle ; des anses dont la tunique est fendue sur la cuisse droite comme a des nymphes païennes, et dont le collet de redingote est rabattu sur les épaules, anges qui ont la tournure et la figure plus laides encore que leurs vêtements.

« Voilà ce que le siècle de Louis XV et Louis XVI a fait de cette voussure et de cette porte royale.

« Cependant, par bonheur, il reste encore quelques figures anciennes pour témoigner que les sujets anciens étaient symboliques et relatifs a la virginité de Marie qui enfanta l'Homme-Dieu en restant vierge. On voit des flammes s*élancer d*un buisson qui ne brûle pas et d'où sort la Divinité. On voit, dans une fournaise qui les respecte, les trois enfalits Sidrach, Misach et Abdenago. On voit l'ange marquant du tau mystérieux le seuil de la porte des Hébreux que ce signe devait sauver. Enfin, quatre des prophètes qui ont prédit l'incarnation de Dieu dans le sein d'une vierge.

« Deux cordons de cette voussure, les plus intérieurs, ont mieux résisté que les trois autres au vandalisme de cette restauration. A l'un s'échelonnent les rois de Juda, ancêtres de Marie, qui était de race royale. Le premier est Jessé, dans le sein duquel s'enracine l'arbre généalogique. Les restaurateurs ont transiormé en couronne le bonnet juif de Jessé, comme s'il avait été roi. Ils ont mis à la main d'un autre roi de la même série les tables de la loi, comme si Moïse avait jamais eu d'autre couronne que ses deux aigrettes flamboyantes. Ils ont placé, au milieu de ces rois, une reine martyre, coiffée de cheveux en nattes comme une bourgeoise de notre temps. Ils ont mis le violon du chef d'orchestre de la cathédrale de Reims entre les mains d'un ancêtre de la Vierge. — A cela près, ce cordon de quatorze statues est ancien.

« Le cordon Je plus rapproché du centre contient quatre rois faisant de la musique en rbonnenr de la Vierge et dix petits anges agenouillés qui portent le soleil, la lune et des couronnes pour en faire hommage à leur reine, la mère du Créateur de la nature. Deux grands anges sont debout à la naissance de ce cordon : celui de gauche prie Marie à mains jointes; celui de droite porte an chandelier devant la sainte Vierge et lK>ur lui faire honneur.

« Au sommet de la voussure, à la clef de fbaque cordon, un ange joint les mains et prie : cinq cordons, cinq anges.

c Enfin, le long des jambages, tous regardant la grande Vierge du trumeau, vers laquelle ils s'inclinent ou s'agenouillent, trente anges en aube, en tunique, en chape, en manteau, encensent ou portaient des attributs qui ont tous disparu. Rien de plus gracieux que ces anges, dont on a déjà moulé

(595) ... Mulhr aniicia tôle, et Ivna sub pcdibu? e^us, et in capîle ejas corona $tellarum éux^deànBm

uelques-uns qui sont dans le coninieru».

n regret éternel, c'est que ces délicates statuettes aient toutes souffert et qu'elles soient plus ou moins mutilées.

a II n'y a pas, disons-le, de cathédrale du xni* siècle où Ton ait fait un si nombreux cortège d'anges è Marie, reine des anges.

« Le tympan de la voussure, plein et chargé de statues partout ailleurs, est ici, à Keini.% entièrement à jour et vitré. C'est une héré-* sie, si Ton peut parler ainsi, dans la belle architecture gothique. Mais cette hérésie ou plutôt cette originalité de génie a permis d'éclairer h l'intérieur le portail occidental, à régal de l'abside. Ce qui esta Amiens jour de souffrance, impasse a Chartres et cave ou four è Paris, est, è Reims, une lanterne étincelante et toute à jour. Je ne me lasserai jamais d'admirer cette cx)mbinaison, tout è la fois de science et d'art, de construction et de goût, qui a permis de dresser au portail occidental deux tours gigantesques et d'y ap-' peler, sublime effort et succès inouï, des tor» rents de lumière. C'est l'invention d*ua ar« tiste de génie.

« Les statues oui, dans une autre église, auraient tapissé le tympan de la voussure, se sont élevées d'un étage et ont gagné l« tvmpan du pignon. Dans ce champ on voit, de grandeur colossale, Jésus couronnant la sainte Vierge en présence de deux séraphins et de quatre anges. Marie, suivant les règtea iconographiques du moyen Age , est à la droite de Jésus, qui lui pose une couronne sur la tète. Les deux séraphins à six ailes encensent avec des encensoirs refaits maU heureusement sous Louis XVL Deux anges s'agenouillent; ils tenaient sans doute ues chandeliers qui ont disparu. Deux autres anges sont debout et montrent aux fidèles Marie, leur reine. Uit soleil, qui brille au* dessus de la tète de Marie, un globe qui s'arrondit sous ses pieds, sont modernes ; mais ils doivent remplacer, avec plus ou moin^i d'exactitude et de bonheur, le soleil dont Y Apocalypse revêt Marie et la lune qu'elle lui donne pour escabeau (595). La couronna devait rayonner de douze étoiles qui ont dis paru sous la restauration et le grattage de tout ce groupe colossal.

(Foy. les art. Albi {Cathédrale cf ) , Francb , Manuscrit , Peintcrb , Sculptoiib , ViSRaB Marie , Types, Ahi&ms {Cathédrale d'), Ogival (Style).

RENAliïSANCE. Que fout-il entendre par ce mot ? Si Ton nous adressait sérieusement une semblable question , nous répon« drions : La Renaissance, pour les peuples régénérés par le christianisme, ne peut étra que l'art , puisant de nouvelles inspirations dans le principe chrétien. Elle ne date point, par conséquent, de la chute de Coûstantinople, en ikS3 , ni de Léon X et de François 1"; mais elle remonte à la venue du Messie, de ce suprême etdi vin législateur» qui est venu dire au monile : Je êuis lu voie^ lavé-

DioriosN. n'EbTiitTiQUE.

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rite tt la mV (596) ; elle remonte au berceau de BélhléelD, qui est celui des sociétés modernes* Comme Toti serait alors vrai et conséquent! comme Ton classerait avec ordre et netteté les diverses périodes de Tart et de la littérature I Quelle belle et intéressante suite de développements historiques 1

Mais telle n*est pas la Renaissance dont nous nous occupons maintenant. Il s*agii de celle qu*on a voulu voir dans rapparition, au miheu des nobles enfants du Christ, du polythéisme, contre lequel le Verbe incarné avait lutté jusqu'à la mort, laissant à s^s successeurs dans le ministère de la vérité, la tâche de le combattre à outrance et au péril de leur vie. Il s*agit de savoir si, jusqu'à Tavénement des Médicis au trône pontifical, les peuples catholiaues, initiés par la révélation évangélique a des idées et à des émotions de Tordre le plus relevé et le plus intime, avaient croupi dans les ténèbres de la barbarie* Il s'agit de savoir si , à cette époque, le catholicisme n'avait pas donné des preuves suffisantes de sa puissante vitalité, |K>ur qu'il dût embrasser, comme type unique du beau, les formes d'une religion toute sensuelle, que la nôtre nous avait accoutumés à regarder comme la mère, la protectrice de Terreur , et dont les monuments s'harmonient au2>si peu avec notre dimat qu*avec nos pratiques et nos croyances. Telle fut néanmoins 1 aberration incroyable du.xvi* siècle et des deux suivants, lorsque, dans leur engouement pour les nouvelles idées, ils appelèrent du beau nom de Renaissance Timportation dans la société catholique de Tantique paganisme avec sa philosophie, combattue pendant quatre siècles j>ar nos maîtres et nos premiers dociaurs dans Ja loi; avec ses brillants poètes, qui exaltaient les vicejs proscrits par la morale évangélique ; av^c ses statues, images séduisantes de ses mille divinités impures (597^ ; enfin avec ses historiens et s%s iribcms , gui enseignaient les maximes les plus Haussés et les plus dangereuses sur les grandes questions de la politique et du droit ^ès gens.

Pourquoi donc ces peintures si sombres et si souvent reproduites dans nos livres inspirés, de Tignorance et de la corruption de la gietntilitë ? Pourquoi donc le Verbe d!intelligence et de vie était-il venu sur la terre en&eigner et féconder de son propre sang une doctrine si fort en opposition avec celle des nations assises â Vombrede lamort? La vérité serait-elle divisible, par hasard? Kt un catholique pourrait-il, sans violer les lois inexoi-ables de la logique, préconisai* comme type unique du beau (c^ui n'est luimême que la splendeur du vraij Jes œuvres des idolâtres que T£sprit-Saint nous représente constamment ensevelis dans les ié-

. (596) Ego $um tia^ei Mftias, et viim^Joaa^ xiv, 8.) 1597) On coimaU. les. termes dlndjgnaiioji ((U*arracha au Pape Adrien \i, «uccesàeur immédial de Léon X,la vue de loiucs les statues antiques qu'on avait déterrées à j^nuids frais sous le pantiHcal du

nèbres et livrés à de honteux excès, Jusqu'à ce que le flambeau de la foi soit veûu briller au milieu d'eux (598)

On comprend difficilement aujourd'hui avec quelle légèreté, quel dédain, furent traités dès lors les écrits des Pères , ceux des beaux génies du moyen âse, et ces produits admirables et divins de Tart chrétien» que la science autant que la foi de nos ancêtres avait entassés dans leurs bibliothèques et dans leurs merveilleuses basiliques.

Ce serait ici le lieu d'examiner par quel renversement étrange d'idées, à ce principe chrétien fut substitué le principe païen, et comment une société qui devait tout au catholicisme fut amenée à rompre avec son élément naturel et à abjurer un passé glorieux.

Mais les limites que nous nous sommes imposées dans le présent article ne nous permettent guère de nous livrer aux ^téveloppements qu'exigerait cette époque importante de nos annales, oui commence d ailleui's à être mieux jugée, à mesure que la critique historique devient plus consciencieuse dans ses recherches et plus impartiale dans ses appréciations.

Boriibns-nous à quelques aperçus sur la révolution architecturale introduite à cette époque. Nous verrons ensuite quel cas il faut faire du mépris que nos novateurs affichèrent dès lors envers nos églises du moyen âge, expression si naïve et si sublime de notre foi.

Gardons-nous d'abord de ratiacher, au moins d'une manière absolue, la première altération du style ogival, à l'implantation de Tart païen dans les sociétés chrétiennes; ce sont deux faits distincts qu'il importe de ne pas confondre, bien qu'il existe entre eux quelque corrélation.

Dès la fin du xiv* siècle , Tarchiteeiure gothique avait vu ses formes 'se modifier, par un effet de cette inconstance et de oel amour inquiet de la nouveauté, qui travaille sans relâche Tesprit humain. Le style ogival avait déjà perdu beaucoup de sa grandeur, de sa hardiesse et de sa légèreté, lorsque l'imitation de Tart antique vint le détrôner. Les voûtes aiguës s étaient aplaties et tendaient vers le plein-cintre ; leurs surlaces, ainsi que celles de tout l'intérieur de l'édifice, étaient entièrement couvertes d'une multitude de nervures, se croisant et se coupant à bâtons rompus. Les contre-forts et les arcs-boutants avaient disparu sous les sculptures innombrables dont on les avait surchargés. Les flèches et les tours s'étaient abaissées avec les voûtes; l'édifice avait perdu de sa longueur et de son immensité. En un mot, Téglise gothique, dé^Hiuillée {leu à peu de ses caractères les plus saillant5«

•00 prédécesseur : Proh idoia barbararum ! t*ëcria ce vertueux Pontife.

(598) Populuê qui ambulabai in tenebrii^ ffidii tecem magnam ; habitaniibuê in regiom umbrm marl»^ lux orta e$l eis. (Isa. ix, â.)

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D ESTHETIQUE CHRETIENNE.

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tendait visiblement h se transformer, après on règne aussi lonç que glorieux.

Cette transformation aurait donc eu lieu iDdépendamnient de la Renaissance; mais elle se serait effectuée dans un sens catholique, et nos vieilles sociétés chrétiennes n'auraient pas éprouvé une révolution destinée à faire prévaloir au milieu d'elles le principe païen. Or, voilà précisément ce dont nous accusons la Renaissance, et ce qu'il importe de ne pas confondre avec une simple modification dans lart catholique. Voyez en effet, si dans les transformations successives de l'architecture chrétienne, depuis la basilique romaine, élevée peu à peu a Tétat de tyne, jusqu*à la cathédrale gothique, le temple chrétien n'a pas toujours conservé son ordonnance principale et son caractère symt)oIique. Parcourez les églises romanes , lombardes, carlovingiennes, byzantines et ogivales, et vous remarçiuerez dans toutes, à de très-rares exceptions près, la môme distribution générale, le mèmec-achet mystique, plus ou moins développé. C*est que les ordonnateurs de ces grands édifices se transmettaient religieusement les traditions de Farchitectonique chrétienne, dont la filière remontait jusqu'aux premiers siècles de la foi. Hommes de foi eux-mêmes, ils avaient conservé intact le dépôt des types sacrés. Aussi est-ce sur eux çue s'est appesantie d'abord la main des princes, lorsque, frappés d'un esprit de vertige, ils ont voulu rompre avec 1 Eglise, leur mère nourricière, substituer Ta forme matérielle à l'inspiration catholique, comme ils remplaçaient dans les esprits l'idée du droit et du devoir moral par celle de la force brutale. Quand ik n'ont plus,voulu d'architectes catholiques, ils ont supprimé les corporations de maçons, de maîtres de l'œuvre, lesquelles, sjns la protection des Souverains Pontifes et des évoques, avaient couvert l'Europe chrétienne de tant de merveilleux édifices.

Encore, si l'art avait gagné à cette scission violente avec le passé I 11 n'en a rien été; c'est un auteur non suspect de partialité pour le catholicisme qui va nous le prouver, c'est Thomas Hope, archéologue anglais, dont nous empruntons les paroles : « Franchissant d'un seul bond, dit-il, en parlant de nos novateurs, tous ces siècles où le cintre et l'ogive s'étaient lentement et graduellement développés, ils firent revivre, en apparence au moins, si ce n'est on réalité, la forme et les caractères des monuments antiques... Les voilà qui abandonnent les voûtes compliquées, les vastes arcsboutants, qui étaient le trait dominant de tout l'édifice, pour les simples voussures, les plafonds en volutes, les appuis droits et canrés;Ies voilà qui rejettent les réseaux, les découpures, le^ dais, les flèches, les fers de lance; en un mot tous les ornements {particuliers au style gothique, pour les chapiteaux, les corniches, l\is entablements, les balustrades et les vascs des ancieus

Kt ils appellent tout cela renaissance de i*ancien goût', quoique l'expression soii fausse, sous plus d'un rapport. D'abord il n'y a renaissance que lorsque Tespril de vi« revient positivement dans le môme corp^ qu'il avait animé autrefois; or le vrai goûi antique n'avait existé que dans l'ancienni* Grèce, tandis que le renouvellement des formes de l'antiquité n'eut lieu que hors de la Grèce. En second lieu, quoique la révolution artistique eût amené l'abandon complet du style ogival, on n'y substitua qu'une adoption superficielle de certaines lormes antiques, confusément réunies, sans aucun égard à leur nature ou à leur destination , et non point un retour rationnel, uniforme, universel, au goût et aux principes d^ l'antiquité, saisis dans leur essence mémo (599). »

Ces idées de Thomas Hope sur le caractère de l'imitation de l'antique chez le« modernes, nous les partagions depuis longtemps. Nous avons préféré les exposer par une citation textuelle de cet archéologue distingué, persuadé qu*il les rendrait beaucoup mieux que nous n'aurions pu le faire nous-môme.

Ainsi, il est bien démontré : i* Qu'il n'y a pas eu, au XV* et au xvi* siècle, de Renaissance proprement dite, puisque renaître » c'est, pour la société comme pour l'individu, recouvrer une vie dont elle jouissait auparavant. Or, c'était le principe vital du catholicisme et non la poétique des dieux de roiympe, qui, depuis plusieurs siècles , animait les nations européennes. Il n'y a donc pas eu rénovation, mais révolution^ ce qui est bien difl'érent. La vraie Renaissance serait plutôt celle qui se manifeste amourd'hui par le retour des idées yen l'architecture , la peinture et la poésie du moyen Age, retour incomplet, néanmoins, sous plus d un rapport.

ir 11 résulte de la comparaison des monuments antiques avec ceux érigés dans ies xvr et ivir siècles, que rarement les architectes classiques nous ont rendu le type grec dans toute sa pureté de conception et dans toute son entente des détails.

Ainsi l'imitation de larchitecture grecque, en se substituant {)armi nous au vieux type catholique, n a pas même eu le mérite de reproduire è nos regards le type çaien; elle ne le pouvait pas d'ailleurs, puisque, comme nous le faisons observer dans un autre endroit, elle devait trouver dans la nature des idées du catholicisme et dans Tordonnance matérielle et obligée de ses églises, un obstacle invincible à cette reproduction exacte du temple antique.

Voilà donc les résultats que nous a valuj la soi-disant Renaissance : Anéantissement du type catholique, imitation incomplète et maladroite de Tart antique. Aussi, n avoii.Nnous eu, depuis, ni art chrétien, ni art national. Quel siècle sera ap|>elé è combler cette grande lacune? Je Tignore. Le nôtre

(599) Biêtoirc de r architecture, par Tbomns Hope, W vol., cfa. 44, p. 4:^6 et 457.

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n*a plus I9 foi qui soulevait des nior.tagnes de pierres; toutefois il se remue, il s'agite^ il porte ses regards vers le passé, effrayé qu il est de Tanarchie intellectuelle et morale que lui ont léguée la Réforme et la Renaissance. Il regrette de ne pas croire assez : il soupire après l'unité des croyances, hors de laquelle il se sent défaillir, malgré ses

1)rogrès incontestables dans la science du >ien-étre matériel. Car il en est des nations comme de l'homme privé, elles ne vivent pas seulement de pain, mais de toute parole •qui procède de Dieu, source de la vie morale et de la vie physique.

Mais revenons à nos novateurs du xvi* siècle, qui ont eu de trop nombreux imitateurs dans les âges suivants, et voyons s'il était bien fonrié, le mépris qu'ils a'ffectèrent pour nos vieilles églises cbrétienoes.

Devenus partisans exclusifs de la ligne droite, principe générateur de l'architecture grecque, ils ont ignoré ou oublié que la ligne courbe, élément constitutif des édifices religieux, surtout de ceux de la période ogivale, étak singulièrement appropriée au Renie de l'art catholique» dont elle facilite les eombiuaisons si variées, et qu'elle avait, mieux que sa rivale, pour modèle, la nature elle-même, dont les divers aspects excluent presque toujours cette prétendue ré^ularit^ de la ligne droite. Ils ont oublié qu en reproduisant ainsi plus fidèlement les divers aspects de la nature, cette ligne courbe, si dédaignée par eux, réunissait le double avantage de l'unité dans l'ensemble et de la variété dans les parties diverses qui le déterminent, ce qui explique très-bien cet air de {grandeur et de simplicité qui nous frappe orsque nous entrons dans nos immenses -basiliques, et ces beautés innombrables de détails, qui viennent ensuite éblouir nos yeux et forcer notre admiration.

Te}s sont les monuments que nos archi- Jtectesoat ikppelésaothiques. Certes, ce n'était

£4s ignorance de leur part ; ils savaient trèsien que les Gothsdes iv* et v* siècles, n'avaient rien k démêler avec un système architectural qui n'a commencé à se propager Ïu'au xu*. Ils ne voyaient dans cette qualication qu'une expression flétrissante envers cet art chrétien, qui était devenu pour

j[600) En parcourant les salles du palais de Ver-

MîUes, le spectateur catholique esi dominé par un

.fteolimenl de surprise qui ne le cède pas même à

Fadmiration que lui inspire la réunion de tant de

chefft-d'œuvre de peinture ei de sculpture qui frap-

Seni ses regards. Il se demande si les dieui, les éesses, les nymphes, les faunes, les saiyres, qui font exclusivement les frais de décoialion de r^ palais, u^auraient pas mieux été places dans la résidence d'un pnnce idolâtre que dans celle d'un roi ùpotlé Fils âiné de TËglise.

La même ubservaiion s'applique au genre de décor;:tioa adopté dans presque toutes les résidences prhicières de TEurope, toujours sous rinttuencédes Idées païennes qui ont pris vogue aux xv* et xvi* siéclen en Italie, et au xvi* en France. (001) Vos autem geniu eleetum, régale iacerdotiwn^

eux synonyme de barbare. Aussi, ne faut-ii pas s'élonfierde rencontrer plus d'une fois, sous la plume des écrivains les plus judicieux des xvir et xviir siècles, des phrases comme ceile-ci . « Une telle église est belle,

Quoique gothique; » tant il est difficile de se épouiller de certaines idées, qu'on s'esl transmises aveuglément , sans en examiner la justesse ni la portée.

On aura de la peine à croire un jour que dans une société qui devait tout au catholicisme, on ait admis en principe, au moins implicitement, la supériorité des nations païennes dans la philosophie, la littérature, les arts, et même dans les actions de la vie publique et privée. On aura de la peine à croire que des hommes appelés, par une &veur signalée , à la connaissance du vrai Dieu , se scûent épris d'une belle passion pour des divinités créées par le vice et l'ignorance. On aura de la peine à croire que, non contents d'avoir nourri l'imagination de l'enfance des aventures bizarres et passablement scandaleuses de ces divinités, ils les aient encore mises en action sur la toile et sur le marbre, pour en répandre avec profusion des images dans les musées, dans les lieux publics , et jusque dans les palais des rois très -chrétiens (600). On aura de la peine h croire en. un mot, que les peuples qui s'étaient prosternés devant de semblables divinités aient été présentés comme des peuples modèles è ces nations chrétiennes querapotre saint Pierre avait appelées racechoiêie^ ioeerdoce royal f nation sainte ^ p€iq>le conquis par h vrai Dieu pour publier les grandeurs de celui qui Va appelé des ténèbres à son admiraèU lumière (601).

Quand on en fut venu à un tel renversement d'idées, oui tendait à la destruction de la foi chez des nommes plus irréfléchis néanmoins que coupables, il fallut bien offrir en holocauste l'architecture chrétienne à celle qui avait érigé des temples k un Jupiter séducteur et k tout son cortège de voluptueuses divinités. Alors les deux principes se trouvant en présence, il s'établit entre eux une lutte qui ne fut pas sans gloire ni sans résultat pour les arts, puisqu'elle nous valut des édifices remarquables par la grâce et la finesse de leurs détails (602). Mais cette architecture fleurie , flamboyante, prismati-

gens sancta, populus acquhitionis : ut virtutes armuutieiis ejus, qui de tenebris vos vocavit in admi^ubilê lumen $uum, (/ Petr. u, 9.)

(602) La façade de la niaison des Tét^, à Valence, est un des plus remarquables specimeu qu*oa puisse voir de cette architecture de transition du genre gothique au genre grec. Il est k regreuer qu'on n*ait pas encore lithographie avec tous ses détails ce morceau si curieux du style Renaissance. £lie vient d'érre dessinée par M. Laurens, de Monipeilier. Un autre spécimen pins t^ntaïquable encore que fournit dans le même genre la ville de Talence. est la porte de la maison Duprt-Latour, qui a été gravée dans le magnifique ouvrage sur Us Momtt^ menis de la France^ public par M. Alexandre dt taborde.

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D'ESTHETIQUE CHRETIENNE.

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Sue, empreinte du double cachet de Ja ligne roite et de la ligne courbe , et offrant les divers caractères d'ornementation particuliers aux deux genres, fut le dernier mot de Part chrétien , condamné dès lors à un profond oubli.

Jetons maintenant un coup d*œi] sur le type grec, importé alors parmi nous, et qui, împanaitement reproduit dès son début, devait s'altérer encore davantage sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV, et tomber, sous ce dernier prince, dans le genre bAtard appelé style rococo.

Convaincu que l'exagération est toujours ennemie de la vérité, nous aurons soin d'éviter, dans notre jugement sur Tarchitecture grecque, la préoccupation hostile que nous avons reprochée aux architectes de la Renaissance envers nos monuments religieux.

Nous ne refusons donc pas à ceux de la Grèce l'admiration qui leur est. due sous le rapport de la beauté de la forme, laquelle fut exprimée par ce peuple ingénieux, jus-

Ïu'à ia perfection, surtout dans la statuaire. D culte tout sensible, étranger à la manifestation des facultés intimes de TAme, demandait en effet des formes riantes, gracieuses , correctes et exécutées dans les plus belles proportions.

Nous admirons donc comme type parfait d'une religion toute extérieure, l'architecture grecque , avec ses élégantes colonnes surmontées de leurs chapiteaux roulés en volutes ou sculptés en reuilles d'acanthe, avec ses frises et ses frontons, dont les reliefs offrent à nos regards charmés les dessins les plus purs et les plus gracieux. En un mot , nous apprécions cet art comme un reflet de la beauté physique, dont il est l'expression la plus noble et la plus vraie.

Mais cette architecture » qui convenait si bien à un culte sensible et extérieur, ne pouvait, par cela même, être appropriée au culte intérieur, mystérieux et symbolique des chrétiens. Il fallait à ceux-ci des temples capables de contenir la foule qui s'y pressait sans distinction de rang, au lieu de se tenir en dehors de l'édifice, comme le pratiquaient les gentils ; car le règne de l'imposture était passé, et les prêtres du Christ n'avaient pas besoin, comme ceux du démon (603K d'.une enceinte étroite et obscure. Il fallait à cette religion du Christ,, des temples élevés comme les pensées et les espérances qu'elle était venue apporter à une société toute matérielle ; il fallait des formes symboliques à celte croyance qui révélait à l'homme tant de mystères d'expiation et d'amour.

C'est ce nouvel ordre d'idées qu'on aurait dû étudier et suivre pour tout ce qui regarde l'architecture catholique; on n aurait pas implanté alors au milieu de nous le temple grec, étroit et écrasé comme ses dieux ; on aurait épargné à nos vénérables basiliques ces restaurations de par le bon goûty

qui les ont plus défigurées que ne l'avait fait le vandalisme des barbares.

Il est une autre consfd^k*atton importante, quoiçiue tirée uniquement de la nature physique, qui devait arrêter nos novateurs. Les édifices grecs, avec leurs lignes droites, leurs formes carrées , nettement dessinées , avec leurs belles pierres d'une blancheur dorée, qui se marient si bien à un ciel toujours pur et sans nuages, ne s'harmoniseront jamais avec les brouillards et l'humidité délétère de nos climats septentrionaux. Cette considération , disons-nous , s'opposait à l'emploi si fréquent du style grec, et en bornait naturellement l'application à certaines constructions civiles, qui le comportent mieux que nos temples chrétiens.

Mais l'impulsion était donnée. Lesfaveurs» les récompenses, les encouragements prodigués par tous les grands de la terre aux par* tisans de la nouvelle école , achevèrent le triomphe de cette révolution, qui, pendent plus de deux siècles, a tenu en arrêt la civilisation catholique, et qui est destinée paut-être encore à porter longtemps ses fruits.

Toutefois, gardons-nous de désespérer entièrement de l'avenir. 11 faudrait fermer volontairement les yeux à la lumière, pour ne pas voir que la direction imprimée par M. de Chateaubriand vers l'étude de nos temps modernes, considérés comme le produit et Texpression du principe catholique, a déjà opéré une révolution immense dans les esprits, en mettant en faveur l'histoire des bienfaits dus à l'influence du christianisme. Ce thème. Si fécond en aperçus neufs et intéressants, s'est considérablement développé sous la plume de nos grands écrivains ae France et d'Allemagne. Ils ont examiné, au flambeau d'une critique basée sur les faits, la valeur de cette épitbète de barbare^ jetée à la face de plusieurs siècles par des auteurs directement hostiles au catholicisme, ou épris jusqu'à l'engouement, des institutions et des arts de la gentilité. Us se sont demandé si la pein<* ture des mœurs, des usages, des monuments, des découvertes et des actions héroïques de nos ancêtres n'était pas plus digne de notre intérêt que la périodique et éternelle reproduction des faits et gestes des peuples anciens, dont les conditions sociales offrent si peu de rapports avec les nôtres.

Grèce à leurs investigations profondes et à leur impartialité, à laquelle ne nous avait pas préparés Técole sophistique et déclamatoire de leurs devanciers immédiats, il s'opère une réaction sensible en faveur d*nne f>ério(le considérable de notre histoire, que 'ignorance, le philosophisme et, ne craignons pas de le dire, les préjugés étroits de certains historiens ecclésiastiques n'avaient que trop défigurée. Par suite de cette réaction salutaire, nous avoAs vu se modifier singulièrement les idées jusque-là admises sans conteste sur les lois, les institutions, l'économie politique, ia philosophie, la lit-

(605) Qaomam omnes Dei gcntium dœmonia. (P$al, xgv, 5.)

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t^ralure tt les trts le ces siècles inexplorés.

L'architecture chrétienne a eu une large part dans cetle direction nouvelle des es • prits. Les temps sont passés, heureusement, où Ton croyait, avec quelques termes de dédain, prononcer un jugement irrévocable sur nos monuments nationaux ; où des Français, bien moins lamiliarisés avec les annales de leur pays au*avec celles des Grecs et des Romains , s imaginaient feire preuve d'instruction et de bon goût en traitant, sans iaçon , de barbares^ leurs pères dans la foi et.dans la civilisation. Maintenant les Chappuy, les Gilbert, les TayIor,]es de Cauipoiit, les Lenoir, les Vitet, les Montalembert, les Schmit, les du Sommerard, les Didron, les Viollet-Leduc et tant d'autres archéologues distingués, nous ont initiés à noire admirable architecture chrétienne, et nous racontent comment s'élevèrent ces basiliques aériennes, qui, par l'immensité de ieurs proportions, l'élancement de leurs voûtes et de leurs tours audacieuses, leur aspect imposant et mystérieux, laissent loin derrière elles les temples de la gentilité, et attestent aux générations qu'elles voient se succéder si rapidement , tout ce qu'il y a d'inielliffence et de vie dans le catholicisme qui les édifia.

C'est ainsi que la science et les arts se sont donné la main, pour renouer la chatne interrompue des temps passés. Notre siècle, si riche de ses nombreuses découvertes, ne dédaigne pas, comme son devancier, les siècles déjà écoulés; il les accepte tous, par cela même qu'il est doué d'une intelligence profonde , et il reconnaît l'impulsion salutaire qu'il a reçue des temps qui Pont précédé. C'est déjà on notable progrès. L'art voudrait redevenir catboli(|ue; mais que d'obstacles n'a-t-il pas encore à vaincre pour sortir de Tanarchie où l'avait plongé une si grande déviation de son principe générateur I Que chacun de nous s'empresse donc de lui payer son modeste tribut, en apportant une pierre à l'édifice de la restauration ; et, dirigé par la foi, aidé des éléments puissants dont la science moderne ^ut disposer, il enfantera de nouveaux prodioee.

RESTAURATION DU CHANT LITURGI- QUE. Yay. Grésoriih (Chant).

RESTITUT (Chapelle monumentale de Saiht*), Dr6me.Ce monument, pour être relégué dans une humble commune isolée des grandes voies de communication, n'en offre pas moins à lanthéologue et à Tantiquaire chrétien un puissant intérêt, au «iouble point de vue de l'architecture et du symbolisme chrélîen.ll s'agit d.'unédiculebftti non loin de Tancienne ville épiscopale de Sainl-Paul- Trois^Châteaux, par Charlemagne lui -même, et conservé jusqu'à ce jour dans soh état primitif. Cet edicule-eou(K>le, qui présente, au moins dans son intérieur, les caractères saillants de l'architecture carlovingienne , tels qu'on les voit encore dans plusieurs églises des bords du Rhin , servit, pendant

plusieurs siècles, de tombeau à saint Restitut, premier évoque des Tricastins. Ceci demande quelques détails historiques

Une tradition constante et autorisée par Rome, porte que parmi les saints personna-

?es qui abordèrent en Provence avec saint azare, Tami privilégié du Sauveur, se trouvait Célidoine ou Sidoine, l'aveugle-né, qui , après avoir été guéri par lui (/oan. ix), se fit son disciple et prit le nom de Resiiiut^ du mot Restitutus est et vtsus, en souvenir de la guérison miraculeuse dont il avait été l'objet. Restitut demeura quelque temps à Aix , avec saint Maximin , autre disciple du Sauveur, qui était devenu le premier évoque de cette ville; puis il vint à Arles, d*où il fut envoyé dans le pays des Tricastins , dont il devint le premier évoque. Il quitta ensuite son siège pour aller en Italie, et mourut dans la ville a'Albe, d'où ses reliques furent plus tard transférées dans le lieu qui porte son nom. C'était là, en effet,

2 ne le saint évéque avait opéré des miracles datants en faveur d'un grand nombre d'aveugles auxquels il avait rendu la vue, en leur lavant les yeux avec les eaux de la fontaine , qui, depuis n'a cessé d'être fréquentée par les personnes privées de la vue, auxquelles elle a maintes fois procuré une complète guérison. Cette fontaine coule encore^ aujourd'hui, à quelques pas de l'église.

Le corps du saint fut donc transporté d*Albe dans le Milanais, en France, et déposé dans la chapelle monumentale qui venait d'être érigée par les ordres de Charlemagne, pour l'y recevoir. 11 y resta jusqu'au mois de juillet 12&9, époque à laquelle Laurens, cin-

Îuante-deuxième évêque de Saint-Paulrois-ChAteaux, fit construire sous la direc^ tion de Giraud de Clermont, un magniflque sépulcre en marbre gris, sur quatre colonnes, dans le caveau de la chapelle monumentale où l'on peut le voir encore aujourd'hui. Deux cents ans plus tard, vers lb65 , le roi Louis XI vint en personne vénérer ces reliques, et fit à l'église de magnifiques présents. En 1578, les saintes reliques qui, soixante-deux ans auparavant , avaient été transférées par l'évêque Guillaume Adhémar, dans un enfoncement de la muraille du midi , qui existe encore , furent brûlées et dispersées par les protestants. Depuis, cette chapelle perdit de son importance, au point de vue religieux, mais non au point de vue archéologique, et elle n*eut à subir d'autres avaries que les outrages inévitables du temps. Elle était devenue chapelle des pénitents, lorsque le gouvernement, sur le rapport de l'architecte Chevillet, l'a fait restaurer complètement, de même que la délicieuse église romane à laquelle elle communique, et dont il sera parlé plus bas.

La chapelle carlovingienne , bAtie à la fin du VIII* siècle ou au commencement du ix% offre un carré parfait; elle est divisée dans sa hauteur en deux parties, celle inférieure, formant un caveau où était le tombeau de saint Restitut, et celle supérieure, formant la chapelle érigée en son honneur. Le ca-

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DESTHETIQUE CHRETIENNE.

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teau présente un narallélogramme de 5 mètres 50 cent, de longueur « sur k mètres 47 eent. de largeur. li es^t entièrement en pierre de taille 9 voûté en berceau plein cintre ; la longueur est arrêtée du côté de Téglise» par un arc doubleau sur pilastres servant à porter le mur de la chapelle ; sa seule décoration intérieure consiste en bandeaux à chanfreins, qui reçoivent la retombée de la voûte et de Tare doubleau. La chipelle présente à Tintérieur un carré parftU de 5 mètres 85 cent, de cûté. Les faces Mcd et midi sont décorées chacune de deux }iMiquesirréguliers; les pleins cintres qui les jOirniontent prennent naissance sur des impostes à cbanfreinsy couronnant des pilastres de 2 mètres 73 cent, de hauteur. L'entonceiDent de ces portiques est de 0,3b cent. ; les faces au couchant et au levant comportent chacune un seul arceau à plein ceintre, et dont les naissances ne sont prises qu'à 1 mètre 76 cent, de hauteur sur des impostes sans retours, ornés de ronds et de barres obliques sculptées en saillie. L'arceau au couchant formait aussi un enfoncement qui est aujourd'hui rempli par la maçonne^ rie. Celui au levant devait être entièrement ouvert [)our donner entrée h la chapelle au moyen d'un ecalier, et déterminerait sans doute la face principale de l'édifice; il est aujourd'hui fermé par une maçonnerie percée d'une petite porte formant i entrée d'une tribune qui donne sur Téglise.

Au-dessus des arceaux dont nous venons de parler, les quatre murs encadrant la chapelle s'élèvent sans décoration jusqu'à une hauteur de 6 mètres ik cent., où se trouve une première corniche sculptée en divers feuillages. A 1 mètre 50 cent, plus haut, le plan carré de la chapelle devient octogone au moyen des quatre pendentifs soutenus par des trompes dont le centre est orné (l'une coquille. Une seconde corniche placée À 3 mètres 20 cent, de la pFemière, pourtôurne l'octogune résultant de cette disposition. Cette corniche est ornée de touffes de feuilles de jonc , et forme la. naissance d*un dôme oui couronne la chapelle,, et au centre duquel se trouve une ouverture circulaire <i*euviron 1 mètre de diamètre, destinée sans doute à donner de la lumière. 11 résulte donc de toutes ces dimensions, que la chapelle a intérieurement une hauteur totale d'environ 121 mètres 30 cent. (604).

Quiconque a visité le dôme d'Aix-la-Chapelie édifiée par Charlemagne^ reconnaîtra lacilement aux détails oui précèdent , que celui de Saint-Restitut n est qu'un diminutif de la célèbre basilique du grand empereur. Mais la partie la plus curieuse ^ quoique grossièrement traitée, de l'édifice, c'est la grande frise sculptée, qui en paurtourne tout l'extérieur, à la hauteur de la première corniche iqt^ieure. Elle règne sur les quatre faces du monument, et n'est masquée qu aux deux angles de la face à Test, par la

jonction des murs et de la voûte de Té^Use» qui viennent aboutir à cette face. Cette frise, composée de tableaux en relief, représentant des personnages , des animaux et une partie des signes du zodia(]ue, est encadrée dans deux bandeaux divisés en codopartiments ou médaillons, par des briques rouges, et couronnés d'une corniche sculp* tée sur le chanfrein, de petites rosaces en étoiles enclavées les unes dans les autres- Cette frise qui, entre autres scènes variée^,, représente le jugement dernier, d'après l'Apocalypsef est un des plus remarquables spécimens qui existent en France « et peutêtre même en Europe, du symbolisme religieux» On en jugera par les détails qui suivent.

Ce qui doit tout d'abord fixer notre atttn^ tion, c^est le principal personnage, cebi du. milieu, sur ta façade du coucbantv Ce perr^ sonnage est assis sur un fauteuil dont' on ne voit pmnt le dossier, maie seulement ïea quatre montants r dont les sommets sont re^ caurbés. 11 a un escabeau sous chacun de ses deux pieds. 11 tient sur ses geneux un gros livre sur lequel son bras gauche s'ap» puie ^ et sa main le serre par en bas , en le saisissant de ses doigts recourbés qui se cachent par les extrémités sous le livrey tandis que le pouce appuie par-dessus.

La main droite s'élève au-dessus du mon* tant du fauteuil. L'index et le médius sont droits ainsi que le pouce. Les deux autres» doigts sont plies. Une auréole est autour de la tète du personnage dont la face n'a rien conservé que la forme ovale en relief, san» marque des yeux, du nez ou de la bouche ; tout y est presque effacé.

Ce personnage principal pourrait être bienf véritablement celui qui est décrit aux chapi^* très IV et v de VApocalypte , dont voici un extrait : Une porte iouvrii au ciel , et mne voix éclatante comme une trompette apprlm le prophète à y monter f pour voir ce qut a/* lait arriver. Il y fut en etprit^ et voilé tiu^un trône placé dans le ciel ee présente à f«a rt -■ gardSf et un personnage était eusis sur em trône.

Sa face était brillante^ présentant Vskspect^ de la pierre de jaspe et de sarde. Un arc-^en'*': cielf semblable à une émeraude^ environnmê^ le trône de ses couleurs douces et mùfestueu* ses ; vingt-quatre sièges étaient remgés à ten^ tour: c'étaient aussi des trônes oé étaient assis vingt-ij^tre vieillards vêtus de blamc^. ayant des couronnes d or sut leuv tito. Jhi> trône suprême partaient des foudres^ des voix^ et des tonnerres: sept lampes^ c'est-à-dire /er sept esprits de Dieu^ brillaient devant M, Vis-à-vis du trône il y avait une mer irons* parente comme le vevre et semèlaité à du cristal : et au milieu^ vis-à^is du irâne et à l'entour^ il y avait quatre animaux^ pMns d'yeux devant et derrière, le premier animal était semblable à un lion; le second était semblabU'à un venu ; le troisième avait le vi*

{Wj Elle n*esi accessible aujaurd'bui que par un elle reçoit un peu de jour par une jietite fenêtre ir- ^'«lier extérieur el uni; poterne assez mal placée ; rcgiilièro ei percée au hasard.

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fafff comme celui d*un homme; et le quatrième émit eembloblt à un aigle qui vole.

Ces quatre animaupc avaient chacun six ailes; et ils ne cessaient jour et nuit de dire : .sainte saintf saint est le Seigneur Dieu tout* paissant^ qui était et qui est et qui doit venir. 4^t lorsque ces animaux rendaient ainsi glaire^ honneur et louange à celai qui est assis sur le irine^ qui vit dans les siècles des siècles^ les vingt-'quatre vieillards se prosternaient devant celui qui est assis sur le trône ; et ils éidoraient celui qui vit dans les siècles des siiclfs ; et ils jetaient leurs couronnes devant le trône, en disant : Vous êtes digne , Ô Seigneur notre Dieu^ de recevoir gloire^ honneur et puissance; parce que vous avez créé toutes ehosesy et que c'est par votre volonté qu'elles êuksistent.

Tel est le contenu du chapitre iv; le prophète continue, dans la chapitre v :

Je vis ensuite dans la main droite de celui qui était assis sur le trône^ un livre écrit de* dans et dehors, scellé de sept sceaux. Et je pis un ange fort et puissant qui disait à hat^te voix : Qui est digne d'ouvrir le livre et d'en lever les sceaux?

Maie nul ne pouvait ni dans le ciel^ ni sur la t^rrcy ni sous la terrcy ouvrir le livre, ni le regarder. Je fondais en larmes de ce que nul ne s'était trouvé digne d'ouvrir le livre, ni de le lire, ni de le regarder. Alors, l'un des vieillards me dit : Ne pleurez point; voici àc lion de la tribu de Juaa, le rejeton ou le fils de Jhvidf qui a obtenu par sa victoire le pouvoir d'ouvrir le livre, et d'en lever les sept sceaux. En wtime temps, je regardai, et je vie au milieu du trône et aes quatre ani^ maux, et au milieu des vieillards, un agneau f!ommç égorgé, qui était debout, et qui avait sept cornes et sept yeux, qui sont les sept ftiprits 4e JHeu envoyés par toute la terre. Et il tint prendre le livre de la main droite do oelui qui était assis sur le trône ; ci V ayant ouvert* les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards scprostemèrent devant l'Agneau, < ayant chacun des harpes et des coupes d'or, pleines de parfums qui sont les prières des saints. Et ils chantaient un cantique nouveau, en disant : Vous êtes digne. Seigneur, de prendre le livre pt d'en ouvrir les sceaux^ parce que vous avez été mis à mort et que par rotre sang vous nous avez rtuhetés pour Meu, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation, et vous nous avez faits tous rois et prêtres pour notre Dieu ; et nous régnerons pour vous sur la terre.

Je regardai encore, et j'entendis autour du trône, et des animaux et des vieillards, la voix de plusieurs anges. Et il yen avait des milliers de milliers, qui disaient à haute voix : L' Agneau fui a été mis à mort est digne de re^ revoir putssance, divinité, sagesse, force, hmneur, gloire et bénédiction. Et j'entendis t fautes les créatures qui sont dans le ciel, sur in terre^ sous la terre, dans la mer et dans t*ute son étendue, qui disaient : A celui «fui est assis sur le trône, et à l'Agneau, bé" fédietion^ hfmneur, glaire et puissance dans les siècles des siècles, El les quaire animaux

disaient : Amen. Et les vingt-quatre vieillards tombèrent sur leurs visages, et adoré-' rent celui qui vit dans les siècles des siècles. Or, en examinant le principal personnage du monument, on voit qu'il pourrait bien être le même que celui auquel tout se rapporte dans cette magnifique description des chapitres iv et y de {Apocalypse, et le même que celui qui est sur le portail de Chartres, sur celui de Saint^Trophime d'Arles et de plusieurs autres églises, surtout parmi celles du style roman, et le même qu'on voit traité en mosaïque ou en peinture polychrome au fond de l'abside de$ anciennes basiliques , principalement à Home. C'est là un des types les plus anciensy les plus beaux et les plus célèbres de riconographie chrétienne. En parcourant les autres médaillons de cette frise aussi intéressante qu'elle est peu connue, on reconnaît successivement les phénomènes qui suivent l'ouverture de chacun des sept sceaux. Ainsi, il est dit au chapitre ti de ce livre, que lorsque l'Agneau eut ouvert on des premiers sceaux, un des quatre animaux se 6t entendre au prophète, u'une voix majestueuse comme le tonnerre, en disant:

Viens et vois; et que le prophète vit paraître un cheval blanc. Il est effectivement dans la frise; la pierre noircie ne le présente pas avec cette couleur; mais voilà le cavalier qui le monte, il a un bouclier au bras gauche; on ne voit pas son arc, mais il peut avoir été effacé par le temps; c'est bien apparemment le cheval qui se montre à l'ouverture du premier sceau et qui annonce la puissance d'un vainqueur couronné qui marche à la victoire. En tournant à la façade du nord, on aperçoit un second cbeval; son cavalier tient la bride et a un bouclier. Ce cheval est indiqué de couleur rousse. Dans l'Apocalypse, une grande épée avait été donnée à celui qui le montait, pour enlever la paix de dessus la terre et faire que les hommes s'entretuassent les uns les autres (v. k) ; mais on ne découvre pas cette épée sur la frise. A l'ouverture du troisième sceau, apparaît un troisième cheval; il est noir, le cavalier qui le monte a une balance à la main (v. 5); et l'on distingue en effet sur la frise un troisième cheval ;il est bridé, son cavalier a un bouclier; mais il n'a pas la balance à la main. Le verset 7 nous présente l'ouverture du quatrième sceau et invite le prophète à venir voir, et voilà qu'au verset Sapparalt un quatrième etderniercbeval; il est pâle, et celui qui le monte s'appelle la mort. Derrière lui est l'ouverture de l'enfer qui le suit. 11 a reçu la puissance sur les quatre parties de la terre, pour tuer parTépée, par la famine, par la mortalité et ))ar les bètes sauvages. Ce quatrième cheval est représenté dans la frise , partie nord, comme les deux qui précèdent ; le cavalier tient la bride et porte un bouclier au bras gauche. Les ouatre chevaux n'ont pas d'antres signes. Ils sont tous les quatre tournés h l'opposé du principal personnage. On |)eut suppofier qu'ils ont reçu des oriJres de lui.

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