‹ Dictionnaire d'esthétique chrétienne, ouChapitre 79 sur 168 · GOS · texte numérisé non relu

GOS

Je soie que mon Rédempteur vU^ que je reê^ suicUerai un jour ^ et que je verrai monJHeu^ dans ma propre chair. Cette espérance re^ pose au fond de mon cœur (611).

Le prophète Isaïe nous annonce la résurrection générale des corps par ces paroles énergiques : Ceux que vous avez fait mourir. Seigneur^ vivront, et nos frères qui ont été tués avec moi, vivront avec moi (612).

Réveillez^ous du sommeil et chantez ses louanges, vous qui habitez dans la poussière des tombeaux (613).

Car la rosée que vous répandez sur eux, Seigneur, comme celle que vous répandez sur les herbes de la terre, sera pour eux une rosée de lumière et de vie» et vous détruirez en ce jour le règne des géants, en précipitant dans leurs ruines tous ceux qui auront imité leur impiété (614).

// viendra un temps, dit le prophète Daniel, où la multitude de ceux qui dorment dans la poussière, se réveilleront, les uns pour ta vie étemelle, les autres pour V opprobre étemel qu'ils auront toujours devant les yeux (615).

11 y aura par conséquent deux sortes de résurrections de la chair, l'une glorieuse , J*autre non glorieuse. Quel thème à contrastes saisissants pour la peinture et la sculpture chrétienne !

Nous avons déjà vu (616) combien ces deux grandes formes de Tart en avaient tiré parti.

Après les prophètes, Jésus-Christ nous déclare lui-même qu'il est la résurrection et la vie (617). 11 nous apprend qu'il viendra Jui-méme juger les bons aui auront été fidèles à sa loi, et les roécnants qui l'auront méconnue. Les uns seront placés à la droite et conduits par les anges dans le paradis ; les autres à sa gauche, et précipités par les démons dans l'enfer (618). Mais il faut qu'il ressuscite d*abord lui-même comme les pré* mices de ceux qui ne sont qu'endormis; primitiœ dormientium (6i9).

Grflce à cette résurrection glorieuse, ima-

J;e et gage assuré de la nôtre, la mort qui ùt pendant si longtemps fépouvante du genre humain, n'est plus aux yeux du juste qu'un passage, qu'un sommeil, et son corps confié momentanément à la terre, est un dépôt qu'elle restituera fidèlement un jour au Créateur et Rédempteur, tout res-

{ilendissant de gloire et d'une éternelle beauté. Quelle mine inépuisable de motifs heureux et jusque-là inconnus, pour l'artiste chrétien ! Sans doute, ce dogme sublime et consolant a fourni à l'éloquence et à la poésie les plus belles inspirations*

(611) Sciùentm quod Redemptor tneu$ vivii et in natissimo die de terra surreclurus sum : el rursum eircumdabor pelle mea, ei m carne mea videbù Deuni ineum,.,repoiitaesl h4BC spes mea in sinu meo. (Job XIX, 25-i7.)

(612) Vivent mortui et interfecli met résurgent» (ha, x&vi, 19.)

(613) Expergiscimini el laudate qui habilaiiê in pulverem. (Ibia.)

(614) Quia ro$ luci», ro$ tuus et terram gigantum detrahei in ruinam, (Ibid.) \

Mais n'a-t-il pas été gravé en caractères encore plus saisissants dans les œuvres de sculpture et de peinture, qui décorent nos temples saints ? Vous les reconnaîtrez aisément ces caractères sur les portails célèbres d'Arles, d'Amiens, de Reims et de Strasbourg, de même que sur les chapiteaux des élégantes colonnettes qui portent les arcades des cloîtres romans de nos basiliques sacrées. Vous les reconnaîtrez aussi dans ces chefs-d'œuvre innombrables de peinture que le génie chrétien a multipliés avec tant de bonheur et parmi lesquels, il faut le dire, brille d'un incomparable éclat celui de Fra-Angelico.

£t pour ne parler ici que des vitraux aux mille couleurs, qui éclairent nos temples de leur jour mystérieux, voyez comme les rayons du soleil, en traversant ces tableaux diaphanes, projettent sur les dalles funéraires du pavé les scènosles plus animéesdela résurrection des corps. On dirait que les ossements de la tombe vont tressaillir, éclairés par ce merveilleux symbole consacré par les siècles dans l'Eglise de Jésus- Christ. Que dis-je ? le symbole ne doit-il pas être remplacé, à la fin des temps, par la réalité? C'est la foi qui nous l'enseigne, en nous disant : Un jour, Us temples de Dieu s'écrouleront avec tout l'univers, et l'on verra alors ces ossements, comme ceux de la vision du prophète, se rejoindre, reprendre leurs chairs, redevenir vivants, animés, et comparaître avec nous devant Jésus- Christ, ce juge suprême de tous les mortels.

Ainsi se trouve retracé par la peinture et la sculpture dans nos basiliques sacrées, et en caractères encore plus démonstratifs que ceux des livres les plus éloquents, ce dogme si encourageant pour le juste, mais si terrible pour les méchants, de la résurrection générale de la chair. Voy. Allégorie, Catacombes , Amiens {Cathédrale d') , MATièRS^ }\BiÈis (Cathédrale de)^ Strasbourg (Cathédrale de). Peinture^ Sculpture.

REVELATION. On entend par ce mot^ d'après le langage des Livres saints, interprété par la tradition, la manière dont Dieu se manifeste dans la nature, et aussi dans l'existence et la conscience de l'homme; puis la communication plus spéciale des vérités divines, des œuvres et des conseils de Dieu, telle qu'elle a été donnée aux prophètes, et par eux au peuple hébreu ; enfin, la venue du Christ, les vérités dogmatiques et morales qu'il a promulguées, et rétablissement du royaume de Dieu en ce monde. Ce n'est pas iri le lieu de traiter

(615) Et mulli de his qui dormiunt in terne put* terj, evigilabuni ; alii in vitam œtemam, et aÙi m cpprobrium, ut videant temper, (Dan, xu, 2.)

(G 16) Dans plusieurs articles de ce Dictionnaire. . (an) Ego sum resurreciioetvila, (Joan, xi,i5.)

(618) Cum autem venerit Filius hominis in meje- State sua, et omneiangeli cum eoy tune udebit stlper *sedem majestatis suœ,.,el statuel ovesquidem a deX' fn'i, nœdos autem a sinistris, (Matth, xxv, 31-53.)

(t)19) ISune autem Christus resurrexit a mortuiSt primitiœ dormientium, (/ Cor, xx, 20.)

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D^ESTUETIQUE CHRETIENNE.

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de la révélation sous ces différentes faces, ni de voir comment elle est possible, logiquement, physiquement et moralement, et comment, en particulier, la révélation du Verbe incarné était devenue indispensablement nécessaire. Nous n'avons à nous occuper dans notre ouvrage que des effets de cette dernière sur le cœur et l'esprit de I*bomme, et, par conséquent, sur Fart qui en est le fidèle écho et la sensible expression. C*est ce que nous avons déjà fait dans notre deuxième dissertation préliminaire, et ensuite dans plusieurs articles séparés. Dans celui-ci, nous allons, toujouris en vue du beau dans Tart chrétien, considérer la révélation évangélique sous un aspect aussi Douveau qu'intéressant, en nous rendant compte de sa raiêon détre par rapport aux mystères qu'elle a proposés à notre foi. Lorsque nous aurons répondu à cette question iPourquoi Jésus-Christ nous a-l-il révélé des mystères? le le'^.teur conclura de luimême, ^ans le moindre effort de raisonne* ment, qu*une telle révélation, pour ceux qui ont le bonheur d'y participer, a, d'une

En, immensément élargi le domaine de rt, et que, d'une autre part, elle a singulièrement développé dans le cœur et dans l'esprit de Tbomme le sentiment, l'idée de cet infini^ qui est devenu chez les Chrétiens la source des plus grandes beautés dans les œuvres de l'art. Après ce court préambule, nous entrons en matière.

11 semble que le Fils de Dieu ayant fait tant que de se révéler à 1 homme, jusqu'à se rendre semblable à lui, c'était le cas, ou jamais, de lui parler clairement et de lui proposer une religion intelligible dans toutes its parties, une religion que l'homme eût d'autant mieux appréciée, qu'elle eût été dégainée de ces mystères qui déconcertent sa raison et deviennent pour lui une occasion de blasphémer contre la révélation ou de la tourner en ridicule. On se demande, en conséquence, pourquoi Jésus-Christ a-t-il révélé des mystères?

Avant de répondre à cette difllculté,il importe de vider ce qu'on appelle une question préjudicielle avec.ceux qui la font, c'està-dire avec les rationalistes et tous ceux qui raisonnent comme eux.

Nous leur dirons donc : Pourquoi vousmêmes acceptez-vous tous les jours et en tout, hormis en matière de religion, des milliers de mystères? Tout, eu effet, est un mystère dans la nature, depuis l'insecte qui rampe humblement sous nos pieds jusqu'à l'aigle qui plane hardiment sur nos têtes, au milieu de l'air. Que disons-nous ! toutes les sciences ont leurs mystères. Il y en a dans la physique. Comment sopère la circulation du sang, ce va-et-vient d'un liquide si nécessaire à la vie? Mystère II

y en a dans la chimie. Comment du charbon, par Je simple dégagement de ses atomes, peut-il se convertir en diamant ? Mystère... Il y en a dans la psychologie. Où est l'homme qui puisse expliquer nos facultés? qui puisse dire comment nous nous souvenons ;

comment nous oublions, comment naissent et disparaissent tour à tour en nous tant de sentiments divers ou contradictoires , la lAcheté et le courage, la bassesse et l'orgueil, la tristesse et la gaité , la haine et l'amour ? 11 y a des mystères même dans les sciences qu'on proclame avec tant d'aplomb , les sciences exactes; et ces mystères, ce sont les plus grands mathématiciens qui se sont chargés de les relever; par exemple, la divisibilité de la matière à l'intini. Il y en a jusque dans la géométrie. Expliquez-moi, en effet, comment deux lignes asymptotes

3ui se rapprochent toujours davantage Tune e l'autre, ne parviendront jamais à se rencontrer. Mystères que tout cela

Oui, tout dans l'univers, depuis la ger* roination obscure du plus petit grain jusqu'au dogme de la Trinité, tout est, je dis plus, tout doit être mystère. Pourquoi cela? Parce que tous les êtres, ainsi que toutes les vérités émanées de Dieu , touchent pat* quelque point à cet être infini et ne sauraient conséquemment être saisis, compris entièrement par une intelligence finie. C'est ce qui fait dire à l'ange de l'école, saint Thomas, que les élus dans le ciel , bien qu'ils voient Dieu plus clairement qu'on ne peut le contempler ici-bas, ne peuvent néanmoins le comprendre, parce que, s'ils le pouvaient, ils seraient Dieu.

D'un autre côté, il ne faut pas oublier gue les mystères divins, étant révélés à une intelligence finie , ont par cela même avec elle un point de contact par où ils lui deviennent accessibles, mais seulement par cet endroit. C'est ainsi que le globe de la lune, durant la première période de son évolution mensuelle, nous montre seulement le quart de son disque, tandis que les trois autres quarts restent entièrement dérobés à nos yeux. Et si l'homme ne percevait rien de l'objet révélé , il vaudrait autant pour lui que la révélation n'existât pas* Si donc il n'y a et s'il ne saurait y avoir dans la nature que des mystères, par le motif que nous venons de dire, combien plus il doit y en avoir lorsque Dieu lui-nême, l'infini , se met en communication directe avec la créature finie? Or, c'est ce qui a eu lieu^

t)rincipalement dans la révélation évan^éique. J'aborde en conséquence immédiatement la question , et j'affirme que , si Jésus-Christ nous a révélé de si grands , de si profonds mystères , c'est f parce qu'il est Dieu ; 2" parce qu'il est Dieu Rédempteur. Nous reprenons ces deux points séparément.

Si Jésus-Christ est Dieu, comme il l'a prouvé lui-même péremptoirement, ou comme doivent l'admettre, au moins à titre d'hypothèse, les adversaires que nous combattons, il y a nécessairement dans les vérités qu'il nous a révélées, un côté divin, infini, oui échappe, par conséquent, à notre intelii» gence humaine, finie, et voilà le mystère. Au* trement, si notre intelligence pouvait saisir» comprendre sous toutes ses faces, Tobjet de cette révélation divine faite par Jésus-Christ,

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