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elle serait elle-même Dieu, c*est évident. Nous allons prouver cette vérité jusqu'à la démonstration ; pour cela, il suffit d exposer clairement le vrai sens du mot com^ prendre.
Ce mot dérivé du latin, comprehendercy signifie donc contenir^ embrasser quelque chose dans sa totalité. C*est ainsi que dans Tordre physique, un verre rempli d'eau, contient, embrasse tout le liquide qu'on y a répandu. Il en est de même dans Tordre moral. L'esprit comprendra^ embrassera, dans son ensemble, une science, un art quelconque dont il aura étudié à fond et dont il possédera tous les éléments. Autrement, s'il ne connaît de cet art, de cette science, que certaines parties, et qu'il ignore les autres, la connaissance qu'il aura de cet art, de cette science, ne sera qu'imparfaite, que relative. Sans doute, il en saura plus que celui qui ne les aura jamais étudiés ; mais il n en sera pas, pour cela, dans Tune ou dans l'autre, un véritable artiste, un véritable savant. Par exemple, un élève eu architecture sera capable de connaître, après quelques lefons, certaines règles de cet art et d'en faire application : il connaîtra l'architecture, mais seulement par certains côtés, tandis que s'il comprenait, s'il embrassait dans son esprit toutes les règles, toutes les notions qui concernent Tart de bfltir, il serait véritablement architecte.
Autre exemple : un élève en horlogerie, qui ne connaîtrait qu'imparfaitement le principe du mouvement d'une montre, en saurait plus sans doute qu'un homme complètement étranger à Tart de Thorloger ; il ne connaîtrait néanmoins cet art que par certains côtés ; mais s'il venait à comprendre tous les ressorts, engienages, pilotis, en uu mot, tout ce qui se rapporte au mécanisme si compliqué d'une montre, il deviendrait alors un véritable horloger. De même, l'homme à qui Dieu veut bien se révéler, en sait plus, sans nul doute, sur Dieu et ses attributs, que celui à qui une semblable révélation n'a pas été faite ; mais supposons que, par impossible, il vienne à saisir, à embrasser, à comprendre, en un mot, toutes les fac^s de l'objet révélé, de même que Télève architecte ou Télève horloger qui aurait fini par comprendre toutes les parties de Tart qui lui aurait été enseigné, cet homme, en comprenant ainsi Dieu, deviendra Dieu lui-même, comme Télève dont il s'agit est devenu architecte ou horloger. Or Dieu s'étant révélé à des millions d'hommes, il y aurait donc, dans cette h vpothèse, des milliers de dieux, ou plutôt, toute notion de Dieu serait, par ce seul fait, anéantie.
Il est donc absolument vrai que de c^te notion même de Dieu, résulte forcément la
raison d'élre de tous les mystères qui abondent dans toute manifestation faite à Thomme fini par un Dieu infini, et qui abonderait d autant plus, que cette maniiestation aura été plus directe, plus intime. Penser, agir contrairement à cette vérité fondamentale, fut toujours un blasphème, une révolte S|ue Djeu ne pardonna jamais. Ecoutons saïe, s*adressant au chef des anges rebelles :
Comment es'tu tombé des deux, Lucifer^ qui brillais le matin..., qui disais dans Um cœur : J'élèverai mon trône au-dessus des astres de Dieu ; je m'assiérai sur la montagne du testamenty à côté de f aquilon; je tnonterai sur la hauteur des nues^ et je serai semblable au Très-Haut. Et voilà que tuas été précipité dansV enfer , au fond de C abîme (620).
Adam et Eve s'étaient imaginé aussi qu'ils deviendraient semblables à Dieu ; qu'ils
tiosséderaient, comme lui, la science du ûen et du mal (621) ; et à peine ont-ils essayé de comprendre Dieu, que des ténèbres épaisses viennent obscurcir leur intelligence» pour la punir de son orgueil.
Les premiers descendants de Noé, dans la plaine de Sennaar, se disent : Vtnex^ élevons une tour jusqu'au ciel: et les trois personnes divines disent à leur tour: Feiiei, descendons et confondons la langue de ces orgueilleux (622). Tel est le chAtîment iné< vitable qu'il réservée tous ceux qui voudront devenir semblables à lui, et (ce qui est le comble de Torgueil), voudront se passer de lui, et régner à sa place sur les nations. Voyez le sort de ces philosophes de l'antiquité et des temps modernes qui croyaient pouvoir à eux seuls, conduire le genre humain et le perfectionner. Aveugles euxmêmes, ils se sont constamment fourvoyés, ne laissant après eux que des traces de leur radicale impuissance à rien fonder, à rien édifier, quand ils n'ont pas laissé que «les ruines.
Que signifient encore de nos jours tous cet systèmes de philosophie écossaise, allemande, française, qui se combattent les uns les autres, avec leur jargon inintelligible du mot et du non mot, de l objectif ex du subjectifs de Lessing, de Kant, d'Hegel et autres? O philosophes, vous avez beau habiller vas idées creuses d'une phraséologieabstraileetè prétention, nous n'y voyons, au fond, que Tantique orgueil de Thomme superbe qui répète depuis bientôtsix mille ans :iene«ermraj /nu: « JSon serviam. » {Jerem. it,20.) Votre vaine phrai>éologie n'*fn impose qu'aux hommes simples efincapables de toute réflexion sérieuse. Eh bien, cette raison supérieurt^n^ gressive^ universellcp que vous aimez tant à opposer è la raison suprême et révélée de
jOtO) Quomodo cecidisti de cœlo s Lucifer t qui mane wiêbarit?..* qui diceba$ in carde tuo : In eœlum conêcendam^ super oitra Dei exaltabo solium meunUf sedebo in monte testamenli, in lateribus Aquilonis; Mcendam super alhiudinem montium^ similis ero AliUtimo. VerunUamen «id inferum dctraheris^ in
profundum laei. {Isa. xiv, 12'15.)
(621) Eritis suut dii^ seientes bonum et mo/um, {Cen, ni, 5.)
(6i2) Veniu igilur, descsndamus^ et confundsunm linguam ipsorum. (Cen. xi, 7.)
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D*ESTHETiQUE CHRETIENNE.
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Dieu, sera, comme elle le fut toujours, bu* miliée parla confusion et lacontradictiondes langues.Vous vous étanouirez dans vos vaines pensées (623) ; vous verrez vos systèmes s'en aller par lambeaux , et il ne vous restera bientôt plus d*autre alternative que de survivre à votre bumiliation ou de confesser humblement Timpuissance de votre orgueil (62i)l
Dieu ne peut donc révéler à la créature qne des mystères, parce qu'il est infini, et que la créature est finie. Il est vrai, comme nous e^ avons déjà fait la remarque, que î'ètre fini touchant par quelques points k TEtre infini dont il émane, saisit plusieurs faces de chaque mystère, bien qu'il lui soit impossible de les comprendre dans leur ensemble. C'est ce qui arrive principalement «a sujet des mystères que le Fils de Dieu nous a révélés dans son incarnation, et ceci nous conduit naturellement à cette seconde et dernière proposition, que Jésus-Christ a ûù nous révéler des mystères, même en tant que Dieu-Rédempteur, et des mystères plus grands et plus profonds encore que ceux des deux précédentes révélations.
En effet > celle dont il s'agit maintenant, ayant été directe et la plus directe qu'il soit
Kssible d'imaginer, puisqu'un Dieu fait mme venait lui-même parler aux hommes, la manifestation divine a dû être plus complète, plus étendue dans cette dernière révélation, et par conséquent, renfermer un plus grand nombre |de mystères. Ayant été dIus complète et plus étendue, cette manifestât iou de Dieu a dû nécessairement développer à nos regards sa sagesse, sa puissance et son amour, avec plus d'ampleur dans Tœuvre de la rédemption que dans celui de la création. Mais aussi, et par une consé quence rigoureuse, le second œuvre, celui de la rédemption, a dû nous offrir plus de mystères,et cela se coraprend.A mesure que rinfiui se manifestait davantage au fini, l'horizon des mystères a dû s'élargir en proportion.Qu'en est-il résulté? L'être fini a pu dès lors saisir un plus grand nombre d'as- |iects de l'être infini, et les saisir plus clairement ; mais en même temps, un plus grand nombre de ces aspects lui ont échap(.é entièrement ou sont restés enveloppés de nuages à ses yeux. Nous expliquons notre pensée par la comparaison que voici :
Un voyageur parcourt une vallée étroite et profonde. Il distinguera assez bien les objets, qui, de droite et de gauche, frapperont ses regards. Mais voilà que tout à coup, au sortir de ce défilé, un magnifique hori- XOD se déroule à ses yeux étonnés et ravis, dans une immense plaine. Sans doute, il découvrira un bien plus grand nombre d'objets dans cette plaine que. dans l'étroite vallée. Mais ces objets, il ne les distinguera pas tous aussi clairement, à cause de leur distance respective. Plusieurs même se déroberont entièrement à ses regards, dont
(€25) Sed evanuemnt in eogilaiicnibui ium. {Rom.
la portée sera trop faible pour les atteindre.
Cette vallée étroite, c'est la révélation primitive retrécie par le péché, et, avec des proportions moins restreintes, c'est la révélation mosaïque, plus développée que cellelà. Ce vaste iiorizon de la plaine, c*est la révélation évangélique du Dieu- Rédempteur. Il est donc incontestable que dans cette révélation si directe du Verbe incarné, rhomme devait puiser sur Dieu et ses attri*buts beaucoup plus de lumières qu'il n'en avait auparavant. Mais d'un autre côté, Thorfzon divin s'étant ainsi démesurément élargi devant lui, sa vue bornée devait évidemment manquer d'une portée suffisantepour embrasser tous les points de cet im-mense horizon. De là ce mélange de lumière et d'obscurité, qui constitue le mystère, et que nous remarquons principalement dans ceux que nous a révélés Jésus- Christ. £t voilà comment , en se manifestant directement à nous, il ne pouvait ne pas nous révéler de mystères et même de plus grands qu'auparavant. Maintenant, appliquons les considérations qui précèdent à quelqu'un des mystères en particulier.
Dans l'incarnation, par eiemple, nous concevons que l'amour infini deDieu l'ait porté à prendre uneflme et un corps semblables aux nôtres, pour souffrir et expier ainsi lui*mêmo nos iniquités; voilà le côté accessible du mystère; mais ce que nous necomprenons pas et ne saurions jamais nous expliquer, c^st qu'ilaitpuimimementunirdanslamême personne divine deux natures aussi différentes et surtout aussi distantes l'une de l'autre
Îue la nature de l'homme et la nature de ^ieu ; voilà le côté inaccessible du mystère. Et chose plus surprenante encore , il est tel attribut de Dieu, que l'on comprendra dans un mystère, er que Ion ne comprendra pas dans un autre mystère , ou qu on y comprendra d'une autre manière, et réciproquement. Quelquefois, dans le même mystère on comprend un attribut divin, quant à une opération, et l'on ne le comprend point quanta une autre. Ainsi, dans l'Eucharistie» nous concevons que Dieu, en vertu de sa toole-puissance, anéantisse la substance du pain et celle Ju vin ; mais ce que nous ne saurions concevoir, c'est la même puissance qui fait que Dieu se substitue lui-même au pain et au vin anéantis, tout en en maintenant les apparences de forme, de couleur et de goût, c est-à-dire des accidents sans sujet. Ainsi, dans le même sacrement, dans le même mystère,nous comprenonsla puissance de Dieu, et nous ne comprenons point la puissance de Dieu. Mais toujours nous voyons ici comme dans chacun des autres mystères, le côté accessible et le côté inaccessible à l'intelligence de l'homme. Le côté accessible, c est la puissance divine qui détruit le pain et le vin ; le côté inaccessible, c'est ia même puissance, qui conserve les apparences de
(624) El obêcuraium e$t imlpiéns cor eorumARom. 1,21.)
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la chose , même après la destruction totale de cette chose elle-même.
11 est donc absolument vrai que la révélation de mystères et de nouveaux mvstères était une condition inévitable de la rédemption des hommes^ opérée par le Fils de Dieu. Oui, Jésus-Christ, en se manifestant directement à nous, a dû nous les révéler, et comme Dieu, et comme Dieu-Rédempteur. Supprimez un moment le mystère de l'Incarnation avec ses conséquences immédiates oui sont la doctrine divine, au moyen de renseignement donné par TEglise, et la grflce divine communiquée par les sacrements, vous anéantissez d'un seul coup toute révélation, toute rédemption et toute régénération de l'humanité ; et vous tarissez la source des plus belles inspirations de la poétique chrétienne, dont ce mystère (nous l'avons déjà vu) est le point de départ. Il faudra donc dire adieu à ces merveilleux et innombrables chefs-d'œuvre de musique, de sculpture, de peinture et d'architecture, édos au soufQe du génie catholique inspiré par l'Incarnation. 11 faudra renier tout un passé glorieux de dix-huit siècles, et remontant péniblement le cours des Ages écoulés, il faudra se replonger dans l'ignorance et la superstition de la gentilité. On le voit, ce n'est pas une question oiseuse que nous venons d'agiter dans cet article. Le pourquoi des mystères qui en fait l'objet vaut bien la peine ou'on s'y arrête un peu, car il est la véritable clef qui nous ouvre Ténigme de la transformation de l'humanité, non-seulement dans la morale, mais encore dans la littérature et les beaux-arts.
Indépendamment de notre deuxième dissertation préliminaire dans laquelle nous développons les conséquences admirables de l'Incarnation pour l'art chrétien qui en dérive, ou pourra consulter encore les articles : Allègorib, Amiens, Architecture, Basiliques, BxzANTiN (Style)y Caractère, Chant
UTDRGIQUE, EXPRESSION, GRANDEUR, HaRMO-
mE, Musique, Modes ecclésiastiques, Ogi- TAL {Style}^ Opéra, Peinture chrétienne, Peinture mystique, Reims, Renaissance, Résurrection de la chair. Sculpture, Statuaire, Tonalité, Types, Verres peints.
RICCO (André). Peintre primitif, né à Candie, en 1105. Voy. Peinture.
ROMAN (Style). Style d'architecture chrétienne dérivé de i architecture romaine, dont l'arc en plein cintre^ c'est-à-dire formé d'un demi-cercle, est le type générateur. La qualification de romarif appliquée au type architectural dont il s agit, indique clairement, en effet, que ce style n'est pas l'architecture romaine elle-même, mais qu'il en est une modification amenée peu à peu Dar les exigences et les conditions nouvelles du culte chrétien. Ce n'a été qu'au xi* siècle, que ce style a été définitivement arrêté, pour se propager avec un ensemble et une rapidité vraiment prodigieux, dans r£urope, et principalement en France, en Allemagne et eu Italie. 11 y a régné en maître jusque vers le milieu du xii% époque à
laquelle le style ogival est venu se mêler à lui, et former par ce mélange ce qu'on appelle le gothique de transition. Or, si Ton considère que nos innombrables églises romanes, sans parler de celles qui ont disparu, ont été construites, à quelques exceptions près, durant une si courte période, on n'aura pas de peine à se faire une idée de la puissance, de la vie et du génie cré»teur de la société profondément chrétienne de cette période historique que, par le plus étrange abus de mots, nos beaux esprits s'obstinent encore à trailer de bmrbare. 11 n'y eut jamais d'ailleurs, pendant le moyen êge, de barbarie proprement dite, puisque chacune des phases de cette longue et si intéressante période, peut revendiquer comme siennes des œuvres plus ou moins remarquables dans le triple domaine de la littérature, de la science et de l'art. C'est ce qui résulte d'une multitude de faits, et particulièrement de ceux, en si grand nombre, que nous avons mis en relief dans plusieurs articles de cet ouvrage. En ce qui concerne l'architecture romane, objet de celui-ci, le lecteur n'attend point de nous, sans doute, une dissertation historique et arcbéologigue, qui sortirait de la nature de notre sujet. Il n'en est pas de même d'une question d'esthétique pure, qui y rentre essentielle» ment et que nous allons aborder fmmédiament. 11 s'agit de savoir lequel des deux est le plus beau, du style roman ou du style ogival qui l'a remplacé. £n présence ues monuments si nombreux de l'un et de l'autre de ces deux genres d'architecture, que nous avons encore sous les yeux, une telle comparaison peut se faire, au moins sous les rapports essentiels, avec connaissance de cause. Toutefois, nous n'avons point la prétention de trancher une question aussi délicate. Nous allons seulement, pour ea faciliter la solution, exposer succincteiiieiit les considérations principales qui, à notre avis, établissent, au moin^ à certains égards, la suprématie du style roman sur le style ogival. Ce dernier est si brillant, si distingué, Teffet en est tellement saisissant, oe prime abord, qu'il ne faut point s'étonner de la popularité dont il jouit, et des sympathies particulières qu'ont pour lui, en grau* de majorité, nos archéologues chrétiens.
Loin ue nous la pensée de venir le déprécier à leurs yeux. Mais l'admiration, d'dilleurs si légitime, qu'ils lui ont vouée, n*est-eile point trop exclusive chez la plupart d'entre eux? Et l'infériorité absolue où ils tiennent le roman par rapport au gothique esielle raisonnée? Est-elle justifiée au point de vue de l'art en général et à celui de Tart chrétien, en particulier. C'est ce que nous ae pensons pas. La question, on le voit, se présente encore ici sous un double aspect, celui du beau humain^ et celui du ùemt surnaturel ou divin: elle est archéologique et hiératique, en même temps. On peut la discuter au point de vue de l'arcbaecture proprement dite, en général, et au point de vue de Tarchileclure hiératique en particu-
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D*ESTHETIQUE CHRETIENNE.